Les vendredi et samedi 19 et 20 juin 2009 les 24emes Rencontres de Saint Alban : actualité de la psychothérapie institutionnelle
"La part de l’ombre : sujet et institutions à l’ère de la transparence"
Atelier n°1 : Défense et illustration de l’institution à l’ère de la transparence
"Nous voulons nous étourdir à force de lampes et de bruit. Tous nos livres, toutes nos actions ne sont remplis que du fracas des jours. Pourtant ce qui nous gouverne - instincts, imagination, rêves, passions, pouvoir créateur - plonge dans une ombre sans contrôle. Nous implorons, nous espérons la lumière, alors que, par un effet contradictoire, cette obscurité qui nous terrifie nous alimente puissamment…"
Inutile de préciser que le thème que, cette année, nous soumettons à l’épreuve de la pensée s’inscrit volontairement contre cette tendance hégémonique et impérieuse qui, sous couvert de transparence, nous plonge dans la plus noire des nuits, celle où le froid calcul justifie l’oubli et l’ignorance la plus crasse. En effet, la pratique clinique subit les pleins effets d’une approche unique qui conduit à renier l’Inconscient, ses formations et ses symptômes, au profit d’un pseudopositivisme (au service de l’Evidence Based Medecine) alliant cognitivo-comportementalisme et neurosciences pour promouvoir la « Santé Mentale » (définition OMS).
Est-il encore possible et comment pourrions-nous alors nous y prendre, pour maintenir, créer, des dispositifs institutionnels qui échappent à cette tentative de panopticon moderne où l’autre se trouve réduit à ce qu’on en voit ou on en mesure au détriment de ce qui se pense et se vit dans la nécessaire réciprocité de la relation soignante ?
Comment échapper aux fictions prédictives qui fonctionnent comme destin et maintenir un espace entre l’individu et la place que l’ordre social veut lui assigner ?
Atelier n°2 : Pudeur et obscénités
Dans ce contexte où s’opère « une convergence historique entre le scientisme comportementaliste, sa finalité économique et l’intérêt sécuritaire au service du système néolibéral » (Olivier Labouret), il est difficile alors de soutenir ce que, pourtant, la clinique avec patience et difficulté chaque jour nous apprend, à savoir que « l’ombre étant ce qui parle du soleil, à voix basse » elle est ce pli et repli où de se cacher l’être se révèle.
On peut dire en un certain sens que le patient rencontre l’institution lorsque plus ou moins soudainement s’est trouvé mis à nu ce qui devait rester caché. Il s’est d’abord produit quelque chose (traumatisme) que le sujet n’a pas pu ou n’a plus pu soutenir sur sa propre scène, d’où l’aspect obscène que prendra sa chute.
Mais, en autre sens, on peut dire aussi que l’obscénité n’est pas l’apanage de la folie et des divers dérèglements mentaux, elle naît aussi des discours politiques et scientistes qui poussent les soignants à dénier toujours plus la complexité symbolique et historique de la souffrance psychique. D’une totale impudeur, ces discours positivistes les poussent même à dévoiler, jusqu’à mettre à nu, ces souffrances qui, enfin visibles par tous et à tout moment, et censées à elles seules désigner le sujet, le maintiennent à l’écart du monde.
Dès lors le travail est clair, il s’agit par la mise en scène institutionnelle du transfert d’accompagner le sujet dans un retour vers sa propre scène, vers sa propre complexité. Il ne s’agit donc pas de découvrir toujours plus le sujet mais, au contraire, d’accueillir avec pudeur ces fragiles édifices que le sujet a su trouver, rendre le symptôme et le sujet qu’il représente à son opacité. La question que nous posons est simple : sommes-nous encore capables de cette pudeur dans nos institutions de soins ?
Atelier n°3 :Que cache la transparence ?
Et il est tout aussi difficile, et pourtant d’une extrême importance, de montrer en quoi l’ombre reste riche de possibilités, non pas forcément par ce quelle recèle mais par ce qu’elle permet de voir. Elle est ce qui permet de percevoir ce que cache la pleine lumière, entre autres que toute idée de transparence n’est d’abord qu’une idée, une idée qui se dénie en tant que telle, et pour cause, mais une idée quand même. Se présentant commeune évidence, cette idée se soutient et laisse place au fantasme que tout, enfin, pourrait être visible, sans reste et sans écart.
Présentée comme une rationalisation des méthodes gestionnaires en lien avec les actes thérapeutiques la volonté de transparence est de fait une tentative de Tout dire, de Tout évaluer, de Tout maîtriser. Cette illusion ne peut se développer qu’au prix du ravalement du sujet souffrant et d’une atteinte à sa liberté, qu’au prix de la réduction de toute institution. La gestion n’est qu’une technique qui vise au comptage de certains faits. La thérapeutique se déploie dans le champ de la création où le sens peut apparaître au sujet, comme ce qui reste toujours à dire.
Là où le comptage gestionnaire s‘arrête, là commence le thérapeutique. Il s’agit donc de montrer comment le cadre doit être dépassé, suspendu voire subverti pour ouvrir à des espaces de transfert issus du discours des patients. Et comment ce travail invisible ne peut pas faire l’objet d’un codage gestionnaire, usant d’autres formes d’évaluation.
Atelier n°4 : La folie aujourd’hui
« … même à l’extrême achèvement du dire, la parole ne peut pas s’achever en un dit » écrit Jean Bauffret
Et lorsqu’elle envahit la clinique du sujet souffrant, l’idée de transparence n’est pas sans effet ni grave conséquence, puisqu’il devient alors difficile, voire impossible de faire la part, dans la pratique, entre ce qui relève du soin et du contrôle social.
Surveiller, repérer, enfermer : voilà à quoi désormais (à nouveau) devrait se réduire la façon de traiter la folie.
Aujourd’hui où l’idéologie positiviste triomphe, où la seule vérité est celle de l’efficacité, de la maîtrise et de la transparence, la question de la folie, qui est indissociable de notions aussi essentielles que celles de sujet, de citoyen, est stigmatisée, réduite, évacuée, voire vouée à un effacement pur et simple, concrètement et théoriquement. Pourtant la folie comme contrepoint et contrefort de la raison, ne cesse de poser des questions essentielles à tout humain et à toute société, car loin d’être une aberration, une monstruosité, elle participe au contraire de l’expérience commune. « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît… » écrivait François Tosquelles.
La psychiatrie est directement concernée, politiquement et idéologiquement, par les mouvements divers de stigmatisation, d’exclusion, de ségrégation, de paupérisation qui réapparaissent et se multiplient aujourd’hui. Elle pourrait même constituer un espace essentiel où se jouent et s’affrontent certaines considérations antinomiques de l’homme, sans que l’on prenne forcément conscience de la portée des enjeux. Mais si la folie est une part de l’ombre sans laquelle l’humain ne serait pas ce qu’il est, quelle place lui laisse-t-on, lui reconnaît-on aujourd’hui, au plus concret de nos pratiques ? Et que dire d’un monde qui ne serait éclairé que par les lumières d’une idéologie, qui se prend pour la Raison, et qui s’abreuve à des impératifs gestionnaires directement imposés par une économie néolibérale ?
« … Mais il y a autre chose. Cette nuit si terrible apparaît bénéfique si nousl’embrassons, les yeux ouverts, dans la vérité du regard. » Jean Tardieu, Obscurité du jour, 1974
Renseignements
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Centre hospitalier François Tosquelles,
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