Archives pour la catégorie Résistance au Quotidien

APPEL DES PSYCHIATRES ET MEDECINS DU CH LE VINATIER BRON

Nous, psychiatres et médecins du Centre Hospitalier le Vinatier 69500 BRON, au nombre de 166 signataires, sommes confrontés actuellement à une dégradation des conditions de prise en charge des patients. Nous exprimons notre très grande inquiétude sur l’avenir des missions de la psychiatrie publique, nos craintes à pouvoir maintenir des soins de qualité et de proximité dans les dispositifs de secteur et à prendre en charge les populations les plus démunies.

La mutualisation de moyens et l’organisation en Pôles de 2011/2012 (Loi HPST) avaient peut-être donné à certains l’espoir que cette restructuration serait utile et pérenne. C’était sans compter sur la tyrannie des économies comptables, véritable rouleau compresseur, faisant fi des besoins des patients. Les directeurs d’hôpitaux exécutent les injonctions des ARS qui exécutent les ordres du ministère, au nom d’impératifs financiers dont nul ne se risquerait à comprendre le sens véritable et le but ultime. Si ce n’est l’inexorable démantèlement de la médecine hospitalière depuis vingt ans, tous gouvernements confondus.

Une nouvelle feuille de route pour les hôpitaux est tombée fin 2016 : l’ONDAM* a décidé une diminution des dépenses de santé de 3 milliards et demi pour l’année 2017 et sur ces trois milliards et demi la réduction des dépenses sera de 1,7 milliards pour les hôpitaux publics en 2017. Mutualisation, fusion de services ont presque atteint leurs limites ; c’est donc sur les réductions d’activités (fermetures de lignes de soins) et sur la réduction des effectifs (non remplacement des départs en retraite) que se feront les économies à venir. Nous assistons à la paupérisation globale de l’offre de soins, à la mise en place de conditions de travail de plus en plus éprouvantes (accroissement de la souffrance au travail), à la perte des solidarités et au lent naufrage de nos valeurs et engagements cliniques. Ces coupes réglées impactent directement nos pratiques et nos convictions. Continuer la lecture de APPEL DES PSYCHIATRES ET MEDECINS DU CH LE VINATIER BRON

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Retrait immédiat de la circulaire du 22 avril 2016 interdisant la pratique du packing

Suppression de la circulaire interdisant le packing
mercredi 11 mai 2016, 

Cette pétition est très importante et nécessite l’aide de tous.

Merci beaucoup

Voici le texte de la pétition : ICI

Nous demandons le retrait immédiat de la circulaire du 22 avril 2016 interdisant la pratique du packing dans les établissements médico-sociaux.
Cliquer ici pour la signer : ICI

> Est-ce la fin de l’hôpital de Saint Alban ?

Le Centre Hospitalier François Tosquelles, à Saint Alban sur Limagnole en Lozère, est connu et reconnu non seulement par ce moment historique qui, après-guerre, a bouleversé la psychiatrie française et la vie asilaire mais aussi parce que son traitement institutionnel des psychoses, et les effets et conséquences qui s’en suivent, constituent à ce jour un outil thérapeutique d’une grande pertinence.

Certains, et non des moindres, ont pu dire qu’ « heureusement qu’il y a eu St Alban pour donner une dignité à la psychiatrie française » pendant la seconde guerre mondiale. Ce souffle novateur a pris le nom de « Psychothérapie Institutionnelle » dans un moment où la conjoncture sociale et politique ne s’y prêtait guère et a su se prolonger malgré les difficultés multiples et protéiformes que nombre d’initiatives rencontraient.

À ce propos, François Tosquelles a pu dire « L’occasionnelle conjoncture politique se montre paradoxalement toujours ouverte à l’espoir. » …mais est-ce la fin de l’hôpital de Saint Alban ?

Aujourd’hui, alors que l’hôpital est implanté en divers endroits, dans le département ce moins peuplé de France, qu’en est-il de ce souffle?

Février 2015, arrivée d’une nouvelle direction. Le tempo est donné : l’hôpital psychiatrique de St Alban, « entreprise comme les autres », avec son économie de gestion et son augmentation de la productivité, reçoit son coup de grâce.

Modèle paradoxal où tout se trouve standardisé, nous sommes dans le « tout normé », il faut « séquencer » les opérations de travail tout en proposant un service exclusif et personnalisé devant respecter la singularité de chacun. Dans ce système mis en place seule la logique managériale prévaut. Et c’est une performance financière que doit réaliser l’hôpital cette année : 900 000 euros d’économie (dont 300 000 euros de débasage) ; des éclaircissements ont été demandés par le conseil de surveillance. Pris en otage par cet « endettement », l’hôpital doit dégorger du « cash » ; et le « cash » pour un hôpital psychiatrique c’est les soignants : non renouvellement des départs à la retraite, récupération de 23 équivalents temps pleins… La direction propose de mutualiser les moyens (humains, cela va sans dire…), ce qui s’apparente plus à une compression des effectifs qui ne stoppe pas l’hémorragie mais qui l’accélère par la suppression de perspectives.

D’autant plus que notre département ne facilite en rien cette politique… Petit extrait du quotidien : ici, c’est en temps que nous évaluons les distances kilométriques, -Marvejols à 35 min de St Alban -Florac à 1h30 de St Alban -Langogne à 1h de St Alban -St Chély à 16 min de St Alban -Mende à 45 min de St Alban. Pour vous donner une idée plus précise, une visite à domicile peut prendre une demi-journée dont les 2/3 sur des routes dites sinueuses voire vertigineuses, en Lozère. Nous sommes à flux tendu et en manque d’avenir.

L’équation est simple : diminuer le nombre d’employés abaisse les dépenses et donc augmente le profit (économique). Mais y a-t-il moins de patients ou sont-ils abandonnés ? C’est donc toute une organisation du travail qui est saccagée, comme le décrit le personnel de St Alban :

-Réduction de 40% du budget thérapeutique -Réduction de 40% de l’enveloppe des supervisions -Fermeture des hôpitaux de jour adultes, enfants du site de Florac

-Licenciement des accueillants familiaux thérapeutiques à échéance de juin 2015 -Validation de la fermeture des hébergements alternatifs à l’hospitalisation (maisons communautaires, appartements thérapeutiques)

-Remise en cause des liens du C.H.F.T. et de l’association Société Lozérienne d’Aide à la Santé Mentale

-Fermeture de la crèche du personnel : mort entérinée pour cet été

-Fermeture de l’unité C.D.R. (Centre de Réadaptation) à St Chély : « interface entre les unités de soin et la réinsertion ouvrant à la réadaptation sociale et / ou professionnelle » : mort annoncée pour octobre 2015 Nous sommes dans l’antichambre de notre propre liquidation .

Impression qu’il n’y a rien à faire, que tout le monde est pris à la gorge. Sentiment accentué par l’isolement des individus qui n’auront d’autres choix que de se soumettre. On se rencontre moins, on piétine. La direction assène un discours et un vocabulaire de management et trouve même des services qui « descendent » d’autres services, collaborant par là même au démembrement de l’hôpital.

Dans ce climat qui pourrit, cette ambiance délétère, chaque salarié doit proposer des idées pour améliorer son poste, chaque unité des idées pour améliorer son service, sa méthode pour organiser sa douce agonie, en tout cas silencieuse. C’est dans ce suprême déni du soin et mépris des soignants que nous baignons, et l’Association Culturelle du Personnel en est touchée de plein fouet, tout comme la majorité des hôpitaux psychiatriques de France.

Comment se mobiliser pour résister à cette machine infernale ?

Qu’en est-il de notre socle commun, de nos valeurs éthiques et politiques ?

Qu’en est-il de la valeur humaine de la folie ?

« Où commence et où finit la clinique ? »

L’ Association Culturelle du Personnel de St Alban.

> La pédopsychiatrie du secteur de Saint-Denis indignée !

ça bouge, mais en ordre dispersé, Corbeil, les 5 de Paris (Esquirol, MB, Ste Anne, Perray-Vaucluse et ASM 13) après Villejuif, Caen, Uzès et d’autres l’an dernier, une coordination ne ferait pas de mal, non ?

Communiqué de presse – jeudi 4 juin 2015

Grève le 8 juin du secteur de pédopsychiatrie rattaché à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis

La pédopsychiatrie du secteur de Saint-Denis indignée pour ses enfants et leurs familles.

Objectif : Interpeller le gouvernement français sur les effets dévastateurs des conditions de travail du secteur de pédopsychiatrie sur les enfants et leurs familles.

Un enfant, en souffrance psychique, et ses parents attendent entre 7 mois et 1 an, ce qui correspond à 400 familles en détresse, avant que nos structures de soins puissent les accueillir et les écouter. Nous ne pouvons plus assurer nos missions de service public.

Pourquoi ces délais humainement et éthiquement inacceptables ?

L’agence Régionale de santé, et l’hôpital Delafontaine, sous la tutelle du ministère de la santé, ont décidé depuis quelques années, et de manière unilatérale, d’amputer les moyens humains et financiers dédiés aux structures de soins de psychiatrie infanto-juvénile alors que la demande est en augmentation constante. Le taux de natalité (+30% en 3 ans) alimente cette demande, alors que sa nature s’aggrave du fait de la précarité extrême de la population.

Les conséquences sont très graves :

Pour l’enfant : sa prise en charge tardive va à l’encontre des dépistages précoces recommandés. Les troubles qui s’enkystent alors sont susceptibles d’aggraver son retard dans les apprentissages scolaires et rendre son lien aux autres de plus en plus délétère.

Pour les parents : leur sentiment de rejet et d’abandon par notre institution est massif. Ils sont face à un désarroi avec lequel ils n’arrivent plus à composer.

Pour la collectivité : cette situation contribue à fracturer les structures de protection de l’enfance, mais aussi celles sociales, médicales, judiciaires, à cause des passages à l’acte répétés qu’elle peut produire. Un enfant ou un adolescent qui n’est pas écouté dans sa parole, se fait souvent entendre par un passage à l’acte contre lui-même (mutilations, suicide…), ou bien contre son environnement : école, famille, proches. Le décrochage scolaire, l’alcoolisme, la toxicomanie, la délinquance, la radicalisation, la violence contre la société … sont autant d’appels possibles d’adolescents qui, trop souvent, n’ont pu être accueillis et entendus à un âge plus jeune. Ce coût budgétaire pour notre pays étant bien plus élevé que les réductions de postes, et les érosions salariales au regard de ces enjeux fondamentaux.

Le 8 juin, le secteur de pédopsychiatrie rattaché à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis est en grève et participe à l’action auprès du ministère de la santé.

Rendez-vous à 14h00 dans le hall principal de l’hôpital Delafontaine.

– Le collectif du personnel du secteur de pédopsychiatrie de l’hôpital Delafontaine : psychologues cliniciens, pédopsychiatres, cadre socio-écucatif, éducateurs, enseignants, infirmiers, secrétaires, assistantes sociales, orthophonistes, psychomotriciennes, agents de service,

– Sud, CGT, CFDT

Pour signer c’est ICI

Contacts :

Christophe Vandeneycken, cadre socio-éducatif, hôpital Delafontaine

Christophe.vandeneycken@gmail.com 06 61 75 49 93

Laurence Boski-Weiss, pédopsychiatre, hôpital Delafontaine

Laurence.boski@free.fr 0621414448

Francis Piot, psychologue clinicien, hôpital Delafontaine

0622967561

> La psychiatrie asphyxiée

Une Situation de la psychiatrie

Un exemple de démantèlement d’une équipe de psychiatrie, la situation au CHSF (Centre Hospitalier Sud Francilien)


La psychiatrie asphyxiée

Alors que la politique officielle du Ministère prétend promouvoir les soins ambulatoires, les équipes de psychiatrie de secteur rattachées au CHSF qui les ont développés depuis 40 ans, en multipliant la diversité des offres de soins en relation avec les partenaires des champs social et médico-social du territoire sont mises à mal, voient leurs moyens réduits brutalement et leur travail clinique disqualifié, fragilisé et finalement remis en question au nom des objectifs du Plan de Retour à l’Equilibre Financier.

La psychiatrie de secteur repose en effet sur quelques principes simples et fondamentaux :

-Une disponibilité des soignants au traitement des sollicitations multiformes qui leur sont adressées.

-Une grande fiabilité des relations au long cours établies entre soignants et soignés.

-Une facilité d’accès aux diverses unités de soins territoriales de proximité.

Nos différents secteurs, historiquement, à l’initiative de Lucien Bonnafé, ont été parmi les premiers, en France à leur donner une réalité effective. Personne ne le conteste. Mais, dans les faits, aujourd’hui, quand on travaille à flux tendu, quand les équipes s’amenuisent, quand la précarisation des postes (généralisation des recrutements en CDD) ne garantit plus les continuités relationnelles, quand des dispositifs de soins sont menacés localement de fermeture, c’est toute une conception du service public de psychiatrie qui se trouve attaquée.

En effet si l’on peut comprendre le principe de la prise en compte des impératifs financiers qui dicte l’évolution actuelle de nos secteurs du fait des économies à réaliser, les décisions prises par leur brutalité, leur imprévisibilité et leur soudaineté remettent en cause l’organisation même des soins apportés aux personnes en difficulté et la possibilité de leur prise en charge, le mouvement de réduction drastiques des équipes étant de plus en plus amplifié, s’opérant de manière aléatoire sans ligne d’action apparente autre que l’opportunité d’agir au cas par cas des économies.

Ainsi:

-Dans le secteur de Vigneux, Montgeron, Crosne manquent : 3 postes de psychiatres, 1 psychologue, 1 infirmière.

-Dans le secteur de Yerres, Brunoy, Quincy/Sénart manquent : les ASH (agents du service hospitalier) sont retirées des unités d’hospitalisation, un CMP va fermer, il manque un psychologue, des psychiatres s’en vont.

-Dans le secteur de Corbeil, St Germain les Corbeil, St Pierre du Perray, Tigery, Villabé,

manquent : 1 psychologue, 1 psychiatre, 3 postes infirmiers au moins.

-Dans l’Unité des Urgences Psychiatriques et de Liaison (UPLI), il manque 2 psychiatres et des infirmiers, ce qui entraine actuellement une crise majeure.

-Quant à l’intersecteur de psychiatrie infanto-juvénile, tout comme les autres services de psychiatrie adulte, il est confronté en première intention aux effets du malaise social. Là aussi, les objectifs du COM (Contrat d’Objectifs et de Moyens), fixés par une mission d’appui en santé mental venue enquêter en 1999 en psychiatrie (et reconnaissant une psychiatrie sinistrée), ne sont pas respectés. Ce COM signé en 2004 devait permettre à la psychiatrie infanto-juvénile la création de 3 « structures d’accueil supplémentaires » et l’augmentation de places en Familles d’Accueil Thérapeutiques.

Les enveloppes budgétaires attribuées à l’hôpital pour la psychiatrie infanto-juvénile ont probablement été englouties dans le retour à l’équilibre financier alors même, que jusqu’à très récemment, le directeur de la psychiatrie nous avait promis chaque année qu’avant la fin de l’année en cours nous aurions tous les personnels promis.

Si bien qu’au regard du COM 2015 non encore réalisé manquent aujourd’hui dans le service de psychiatrie infanto-juvénile : 1 cadre infirmier, 12 infirmiers, 4éducteurs spécialisés, 1,5 ortophonistes, un mi-temps de psychomotricien, 3 psychologues, 0,5 assistants sociaux, 1,5 secrétaires, 1 PH temps plein, 2 PH temps partiels, 1 assistant spécialisé, 8 vacations médicales.

Toutes les équipes des secteurs sont au bord de l’asphyxie et devront, si la tendance annoncée se confirme, cesser une partie de leurs activités. Dans les CMP les délais d’attente s’allongent, les urgences sont débordées,  et les services hospitaliers ne pourront plus disposer du temps, des moyens, et des conditions de sécurité indispensables à la qualité des soins en psychiatrie. Déjà, un CMP, à Vigneux sur Seine, s’est vu contraint de fermer l’accueil au public à plusieurs reprises par manque de médecins psychiatres.

Dans chaque service les saignées sont dramatiques. Des soignants recrutés sur des contrats précaires ne sont pas reconduits du jour au lendemain, ceux qui partent en retraite voient leurs postes supprimés, d’autres sont retirés des unités de psychiatrie afin de combler les manques de l’établissement, quand ce n’est pas confier leur fonction à des entreprises privées.

Ces restrictions sont donc désastreuses, alors que toutes les structures de soins sont confrontées à une inflation de nouvelles demandes, qui ne sont pas sans rapport avec la crise sociale et la précarisation des conditions de vie des habitants de nos différents secteurs. A l’inverse de ce que l’on constate, c’est une donnée qui pourtant devrait-être prise en compte en priorité.

Par ailleurs, tout le monde sait que la qualité des soins en psychiatrie dépend des relations de confiance personnelles et durables qui s’établissent entre les soignants et les patients et leurs familles. Comment la préserver si les usagers sont contraints, en permanence, de changer d’interlocuteurs

Aujourd’hui la question posée par l’évolution des secteurs réside donc dans la possibilité même d’assurer des soins cohérents et donc efficaces aux populations concernées.

Il est donc urgent aujourd’hui qu’une concertation enfin s’instaure entre l’administration et les secteurs pour déterminer ensemble les solutions de nature à conserver un service public de soins adapté à sa mission.

Jusqu’à aujourd’hui les tentatives de concertation se sont heurtées à un refus absolu de dialogue.

A nos différentes alarmes, l’administration de l’hôpital objecte en effet qu’elle ne peut faire autrement. Elle doit, nous dit-on, obéir aux directives de l’Agence Régionale de Santé qui, elle-même met en œuvre les orientations du Ministère. Quelles que soient les réalités de terrain, leurs histoires et leurs particularités, seules importeraient désormais les économies drastiques dans le financement des services publics, dont les modes de gestion et de management devraient se calquer sur ceux des entreprises performantes. La santé et donc la psychiatrie n’y échapperaient pas. C’est un choix politique. Mais pour nous c’est d’abord une illusion dangereuse. Nous avons affaire à des patients en souffrance et non à des objets, et nos services ne sont pas des « produits », mis en vente sur un marché concurrentiel.

C’est pourquoi nous tenons alerter les politiques, nos partenaires, les familles des patients, et tous ceux qui se sentent concernés par la qualité des soins proposés aux personnes en grande souffrance psychique, afin de réagir à la catastrophe qui s’annonce.

Le Collectif des équipes de psychiatrie du CHSF.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

> MOBILISATION POUR UNE PRESERVATION DE LA QUALITE DES SOINS

LA MOBILISATION DES SALARIES DE L’APSI POUR UNE PRESERVATION DE LA QUALITE DES SOINS SE POURSUIT

Depuis plus d’un an maintenant, les salariés de l’APSI*, toutes professions confondues (association du secteur médico-social du Val de Marne, oeuvrant dans le champ de la pédopsychiatrie et du handicap psychique) sont en lutte pour la préservation de la qualité des soins. En Mars 2014, l’accord d’entreprise fixant la répartition du temps de travail des psychologues en Temps clinique- Temps DIRES (Documentation, Information, Recherche, Elaboration, Supervision) a été dénoncé par notre direction. Il est menacé de disparaître, ce qui constitue une attaque de la fonction de psychologue et du travail engagé avec: – les patients et leurs familles. – les autres membres des équipes de chaque centre (orthophonistes, psychomotriciens, médecins, éducateurs, assistants sociaux, secrétaires…) – les partenaires extérieurs (écoles, services sociaux, éducatifs, judiciaires…). Le dialogue avec notre direction visant à la convaincre de la nécessité de conserver ce temps pour une qualité de soin de nos patients et de leur famille est resté vain. Une grève d’une semaine en janvier a été largement suivie par le personnel (psy et non psy), soutenu par l’ensemble des médecins-directeurs et un collège d’orthophonistes et psychomotriciennes, très inquiets des dérives autoritaires de notre Direction Générale. Les cliniciens, très soucieux des patients et de leurs familles ne souhaitent pas un travail à la chaîne, à visée adaptative, sans souci qualitatif. Le temps DIRES est garant d’une qualité des soins que nous souhaitons préserver. Les psychologues et autres personnels de l’APSI mobilisés auprès des familles

*L’APSI 94, compte 310 salariés regroupant 14 CMPP, 2 CMP, 1 ITEP, 2 SESSAD, 1 ESAT, 1 FAM, 1dispositif d’insertion par le logement (SAS, SAVS, maisons-relais, foyer mères-enfants, foyer d’hébergement de jeunes majeurs, gestion DALO).

> LETTRE OUVERTE D’UNE PSYCHOLOGUE MISE À LA PORTE…

LETTRE OUVERTE D’UNE PSYCHOLOGUE MISE À LA PORTE
AUX DIRECTEURS DE L’HÔPITAL, DE L’AGENCE RÉGIONALE DE SANTÉ  ET À MADAME LA MINISTRE DE LA SANTÉ

Je travaillais comme psychologue dans un service de psychiatrie adultes à Corbeil-Essonnes, secteur des Mozards. Embauchée le 1er septembre 2013 en contrat à durée déterminée, j’ai repris le poste de titulaire d’une psychologue partie à la retraite. Ceci revenait à supprimer un poste de fonctionnaire en le remplaçant par un poste aléatoire en CDD de six mois : sacré tour de passepasse. Quant à la partie administrative de mon recrutement, elle s’est faite par courrier et par téléphone, je n’ai jamais rencontré d’interlocuteur en chair et en os. J’ai eu droit à deux reconductions de six mois et, fin février, je devais signer mon quatrième CDD. A chaque renouvellement de contrat, la chef de service a demandé un contrat à durée indéterminée et à chaque fois, il a été refusé pour des motifs différents. Or, le jeudi 26 février 2015, pendant mes vacances, j’ai reçu une lettre recommandée de l’hôpital me signifiant le non-renouvellement de mon CDD. Selon cette lettre, le samedi 28 février devait être mon dernier jour de travail dans ce service. Un préavis de deux jours ! Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une de ses salariés en deux jours. Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une psychologue-psychanalyste qui travaille avec vingt-cinq patients en thérapie et onze patients en atelier thérapeutique. Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une thérapeute du jour au lendemain alors que celle-ci a rendez-vous avec tous ces patients la semaine suivante sans lui permettre de préparer cette séparation. J’ai été mise à la porte pour des raisons « budgétaires et financières » afin que le « plan de retour à l’équilibre financier » de l’hôpital soit en meilleure voie. Marie-Paule Chardon n’est pas un être humain en relation thérapeutique avec d’autres êtres humains. C’est une variable d’ajustement pour un plan. Comme a pu dire Monsieur Toulouse, le directeur de l’hôpital, « il ne faut quand même pas exagérer les conséquences d’une fin de CDD… » Même leur travail, ces gestionnaires le font mal ! La chef de service avait reçu confirmation du renouvellement de mon contrat le 13 février, suivie le 23 février par l’information contraire. Soit un retournement complet de la situation en dix jours ! Autre indice d’une gestion calamiteuse : dans notre service, une psychologue a été embauchée en CDD, deux mois avant ma mise à la porte. Il serait aussi légitime de poser une question de fond : pourquoi ce trou abyssal dans les finances du centre hospitalier sud-francilien ? A qui incombe la responsabilité de ce dysfonctionnement ? Il faut savoir que l’hôpital a ouvert en 2012, en étant déjà en déficit ! Sur le plan professionnel, je me retrouve du jour au lendemain sans travail. Mais au-delà de ma personne, il y a les patients et le peu de cas qui est fait d’eux. Alors qu’ils ont souffert dans leur vie trop souvent de ruptures traumatiques, l’institution soignante leur inflige à nouveau des discontinuités de soins sans explication et sans paroles. Et comme le dit un collègue du service : « Avertir une psychologue au dernier moment (…) n’est pas seulement indigne sur le plan humain, c’est aussi une faute clinique ». Un souci de rentabilité sert de prétexte à ces gestes irresponsables. Comme si on ne pouvait pas agir autrement ! Stratégies misérables pour que personne ne puisse être désigné comme responsable de l’inhumanité de ces procédés. Ces tours de passe-passe technocratiques rendent illégitime toute discussion sur le fond et pire encore, découragent d’aimer son métier. J’ai écrit cette lettre pour dénoncer ces faits mais aussi pour mettre ces dits serviteurs de l’Etat devant leur responsabilité et leur demander des comptes. Enfin j’ai écrit cette lettre pour que d’autres que moi, en proie à des mésaventures comparables, les dénoncent aussi et que nous puissions unir nos refus dans une action commune contre tant de gâchis. Ne restons pas dans l’impuissance et dans l’isolement !

Marie-Paule Chardon Avril 2015 mpchardon@yahoo.fr

> La grande Braderie du social

A la suite de la journée du 22 novembre à Paris et à la rencontre au ministère du 12 décembre derniers, la mobilisation se poursuit. Notre prochaine étape est un débat de Lille, bientôt suivi par Orléans, Nantes, Toulouse, Marseille, Paris, etc …

La projet de refonte des métiers s’accélère : voilà un extrait de l’article des ASH du 24 mars 2015 : »Etats généraux du travail social » : le détail de la mission confiée à Brigitte Bourguignon »
« Brigitte Bourguignon devra aussi proposer les grandes lignes d’une refonte du travail social, en précisant son rôle dans la société et en identifiant les évolutions souhaitables avec ce qui fait consensus et ce qui fait débat. La lettre de mission précise par ailleurs que « les éventuelles perspectives d’évolution des conditions d’emploi [doivent] être renvoyés aux discussions avec la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique ». Les conclusions de la députée sont attendues pour juin 2015. »Debout pour nos métiers mail A42Debout pour nos métiers mail A4

l’AFPEP-SNPP à la journée STOP-DSM

Lors des journées de Lyon de l’AFPEP-SNPP, dont le thème était « Résistances », Patrick Landman nous a présenté son idée d’un colloque « Stop-DSM » (voir numéro 161 de la revue Psychiatries que tous les adhérents viennent de recevoir par la poste). La tentative « d’OPA » lancée par « l’entreprise DSM » sur le diagnostic en psychiatrie nous apparaît tant partie prenante de la main mise qui s’organise sur nos pratiques, que avons soutenu l’initiative de Patrick sur le champ. C’est à nos yeux un enjeu majeur.
Ne nous y trompons pas, l’objectif du DSM est la soumission des acteurs de la santé et de ses « consommateurs ». Une multitude diagnostique, telle que nous la présente le DSM, est sensée saturer les cas de figures en psychiatrie et rendre inutile toute réflexion singulière. C’est là le seul moyen de contrôler de bout en bout le marché des psychotropes. Il s ‘agit de cocher des cases pré-établies qui permettront à l’ordinateur de dicter l’ordonnance. Tout colloque particulier devient une entrave à cette démarche.
Les diagnostics DSM sont jetables selon les aléas du marketing. Inutile de se battre au sujet de leur essence, ils seront abandonnés d’un revers de main et remplacés par d’autres selon les péripéties du marché. Le combat ne se situe pas là. Le DSM a été récupéré par la finance qui a besoin de la prévisibilité des cours boursiers pour exercer son emprise. La soumission réclamée au psychiatre, la même que celle demandée au patient, rassure les investisseurs qui pourront ainsi asseoir leurs investissements sur des opportunités stables, statistiques à l’appui. Si nous feignons d’ignorer la stratégie politico-économique mise en avant avec le DSM, nous n’avons que peu de chance de tirer notre épingle du jeu, faut-il rappeler qu’il s’agit de celle de nos patients ! La lutte à laquelle on nous oblige se situe au niveau politique.
Mais revenons au plus près du diagnostic.
Classifier est un pouvoir social majeur et l’histoire de la psychiatrie en France est à cet égard bien éclairante. L’évolution de la psychiatrie française depuis deux siècles nous oblige à répondre à certaines questions et notamment: Comment se fait-il que le seul bouleversement politique d’envergure qui n’ait pas donné lieu à l’émergence d’un nouveau cadre diagnostic en psychiatrie soit le mouvement d’émancipation des années 60 ? Pourquoi la mise en place du secteur psychiatrique, de la psychiatrie de proximité, de la disparition de l’asile, n’a pas eu besoin d’un nouveau diagnostic mais bien plutôt d’un objectif éthique que nous pourrions appeler « le fou à délier » ? Vous en conviendrez, il ne s’agit pas là d’un diagnostic courant mais plutôt d’une perspective.
La révolution française a permis l’émergence de la monomanie, le retour de la monarchie après Bonaparte celle de la dégénérescence, la troisième république celle de l’hystérie et des psychoses chroniques, le nazisme celle du parasite, le néo-libéralisme actuelle celle de l’handicapé. L’émancipation des années 60 n’a non seulement pas été un événement historique radicalement violent mais a porté une évolution éthique de la société qui n’a pas eu besoin de stigmatiser ses concitoyens. Bien au contraire. Tous les changements politiques radicaux ont porté au pinacle un nouveau diagnostic psychiatrique. L’entreprise DSM conforte cette observation et  sa multitude peut se résumer à une seule question, celle du handicap. La révolution néo-libérale est un bouleversement politique de grande envergure qui possède un besoin massif de classification.
L’histoire nous enseigne également, et c’est là un fait et non une option partisane, que les courants humanistes ont porté, plutôt plus que moins, une psychopathologie tandis que les courants réactionnaires ont toujours préféré des théories dégénératives ou génétiques. Cela en dit long sur la révolution néo-libérale.
Comme vous le voyez, pas moyen de faire de psychiatrie sans en mesurer la dimension politique. Il y en a d’autres, bien évidemment, mais la volonté contemporaine d’enfermer la psychiatrie uniquement dans la science n’est-il pas un moyen de la dénier.
Faire un diagnostic, pour un soignant, est une nécessité. Mais il s’agit d’un cadre dans lequel les soins vont se développer et non d’une étiquette définitive sensée clore un processus. Une psychose décompensée, une névrose invalidante, un état limite ou une perversion, engageront la partie selon des modalités différentes. Les soins, dans le sens de prendre soin, ouvrent des perspectives à l’inverse d’un catalogage de l’autre qui ne serait plus qu’à éduquer. Le diagnostic en psychiatrie fait déjà partie des soins et n’en est pas le préalable.
En France tous les leviers passent progressivement du côté de la finance. Le diagnostic, les cabinets groupés, les plateaux techniques, les médicaments, la recherche, les lieux d’hospitalisation, les entreprises de formation ou de psycho-éducation, les remboursements des soins surtout avec l’émergence du tiers payant généralisé et la part grandissante des assurances privées et des paniers de soins, tous ces flux de capitaux gérés jusque-là par l’assurance maladie et l’état passent sous l’emprise du « marché ».
Présent à tous les niveaux du processus, la finance pourra ainsi fixer son prix, assurer les rendements, exercer sa prééminence.
Le diagnostic est un enjeu politique majeur. Celui qui en dicte les contours est certainement celui qui en tire les ficelles.
Nous avons à tenter de préserver des zones à l’abri des spéculations stérilisantes. Nous avons besoin d’une recherche réellement indépendante, de lieux de soins convenables, de protéger les populations fragiles, de mettre en place des traitements adaptés aux patients et non à l‘industrie, de proposer un épanouissement plutôt qu’un abrutissement.
Nous ne pouvons compter sur un sursaut humaniste du « marché ». Il nous faudra bien compter sur autre chose. Cette journée « stop-dsm », la nouvelle classification française en cours d’élaboration, les mouvements de résistance qui émergent ici ou là, la partie des professionnels qui gardent le cap, tout cela va dans le bon sens.
L’AFPEP-SNPP, fidèle à ses fondamentaux, soutiendra ces initiatives et présentera les siennes.
Je vous remercie

Dr Patrice Charbit  Président de l’AFPEP-SNPP

Mobilisation des salariés de l’A.P.S.I. pour une préservation de la qualité des soins

Nous sommes 300 salariés dont une soixantaine de psychologues de l’APSI (Association de Prévention Soins et Insertion), association du secteur médicosocial œuvrant dans le champ de la pédopsychiatrie et du handicap psychique, située dans le Val de Marne et regroupant 13 CMPP, 2 CMP, 1 ITEP, 2 SESSAD, 1 ESAT, 1 FAM, 1 SAS, 1 SAVS, des Maisons-Relais et 1 foyer mèresenfants.
Nous sommes mobilisés, toutes catégories professionnelles confondues, pour lutter contre des décisions de notre direction générale qui auraient pour conséquences la dégradation de la qualité des soins, reconnue depuis plus de 40 ans par nos partenaires sur le département.
Notre activité clinique constituée d’abord d’un certain nombre d’actes effectués en présence des patients ou usagers et de leurs familles, ou en implication institutionnelle directe, nécessite également un travail continu de rédaction, de réflexion, d’élaboration, de recherche et de supervision (à la charge financière des cliniciens), parfois même en dehors de l’institution. Ce temps – qui nous était jusqu’ici reconnu par un accord d’entreprise aujourd’hui dénoncé   est contesté par notre direction sous couvert d’économies budgétaires et d’hypothétiques embauches.
Sans ce temps DIRES (Documentation, Information, Recherche, Elaboration, Supervision), élément fondamental de notre fonction clinique, notre travail perdrait toute dimension thérapeutique ; il deviendrait un simple « travail à la chaine » à visée adaptative, sans souci qualitatif ni respect du sujet souffrant et de sa famille.
Nous refusons ces dérives gestionnaires administratives et technocratiques, méconnaissant totalement le soin psychique et qui mettent en péril une clinique respectueuse du sujet, pour le maintien de laquelle nous sommes aujourd’hui engagés.