Archives pour la catégorie Meetings, Interventions Publiques

PROGRAMME DU MEETING du 16 Octobre 2016

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ENFANCE EFFACÉE ..? RÉSISTER, INVENTER 

MEETING POÉTIQUE ET POLITIQUE

organisé par le groupe  Enfance du Collectif des 39

Dimanche 16 octobre 2016 de 9h à 18h

à  la PAROLE ERRANTE à Montreuil, 9 rue François Debergue,

M° Croix de Chavaux

Interventions poétiques et artistiques tout au long de la journée avec Hélène Bouchaud (actrice), Aurélien Chaussade (acteur),                     Martine Irzenski (actrice), Tolten (rimailleur) Continuer la lecture de PROGRAMME DU MEETING du 16 Octobre 2016

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> COLLOQUE AU SENAT 9/09/2015 – COMPLET

Il n’y a pas de places pour cet après-midi. C’est une rencontre pour s’adresser aux sénateurs et parlementaires dans le cadre de la loi qui est discutée. Ce n’est pas un meeting.  Nous rendrons compte au plus vite et des textes des interventions seront mis sur le site , vous pourrez ainsi en prendre connaissance.

COLLOQUE AU SENAT

                                                                             » 39 ALERTE »

                                                                                      Salle Gaston Monnerville

                                                                                         Mercredi 9 septembre 2015

 ORGANISÉ PAR LE COLLECTIF DES 39,

en collaboration avec

L’association HUMAPSY ET le Collectif LE FIL CONDUCTEUR

sous le parrainage de Madame Aline ARCHIMBAUD

Sénatrice de Seine Saint Denis.

13h30  – Accueil

13H45  – Introduction : Philippe Bichon, Psychiatre, (Cour-Cheverny)

14H – Alerte : un enfant risque de ne plus être soigné ?  

Nous voulons alerter les élus sur la dégradation progressive de l’accueil et de la prise en charge de la souffrance psychique des enfants. Comment et pourquoi la sur-médication croissante ? Comment et pourquoi la généralisation du handicap ? Comment et pourquoi la destruction des structures de soin ? Comment et pourquoi la sur-administration des méthodes de soins elles-mêmes ?

Animé par Philippe Rassat, Pédopsychiatre, (Cognac 16-Mussidan 24) avec Sandrine Deloche, Pédopsychiatre, (Paris), Carlos Parada, Pédopsychiatre (Fontenay sous bois),  François Gonon, Neurobiologiste, directeur de recherche émérite CNRS (Bordeaux)Mireille Battut, Présidente de l’association La main à l’oreille (Paris)

15H15 Pour l’hospitalité de la folie, non à la contention !

Comment lutter contre la banalisation des pratiques de contention ? De quoi sont-elles le signe ? Quelles propositions et quelles alternatives sont à soutenir en solidarité avec les équipes soignantes pour construire une autre psychiatrie accueillante pour la folie ?

Animé par Alexandra de Seguin, Psychiatre ( Longjumeau 91), avec Hervé Bokobza, Psychiatre ( Montpellier ) Christian Lamotte, membre du Collectif Le Fil Conducteur, Thierry Najman, Psychiatre, chef de pôle (Moisselles 95),  Guy Dana, Psychiatre- Psychanalyste, chef de service (Longjumeau 91), Serge Klopp, Cadre de santé (Neuilly sur Marne 93), Yves Gigou, Cadre Infirmier, 94, Jacques Mairesse,Psychiatre (Paris), Dominique Besnard, Psychologue Clinicien, (Quimper), Un membre  de l’association HumaPsy

16H30     Quels espaces citoyens pour les patients dans les établissements du sanitaire et du médicosocial ?

La discontinuité des soins et des accompagnements, la rupture de l’alliance thérapeutique sont-elles les causes de la contrainte et de la contention abusive ? D’autres alternatives sont possibles si on garde des secteurs de taille humaine avec une place possible pour les associations ouvertes à la parole des patients et des soignants.

Animé par Paul Machto Psychiatre – Psychanalyste (Montfermeil 93), avec Victoire Mabit, Membre du Collectif Le Fil Conducteur, Jean-Michel de Chaise Martin, Psychiatre, Chef de service (Landerneau 29), Matthieu Dissert, Président de l’association HumaPsy,  Patrick Chemla, Psychiatre – Psychanalyste, Chef de service, (Reims)

 17H45 – Conclusion :  Hervé Bokobza, Psychiatre (Montpellier)

39

Intervention pour la journée de STOP DSM, le 22 novembre 2014

J’interviens ici comme représentant du Collectif des 39, mais je parle aussi bien entendu en mon nom propre. Ce collectif a été fondé à l’initiative d’Hervé Bokobza au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy  à Antony en décembre 2008, discours  qui voulait criminaliser les prétendus « schizophrènes dangereux », et qui maintenant rassemble familles, patients et soignants.

 J’ai rejoint aussitôt ce collectif d’autant plus que j’avais été à la fondation de la Criée à Reims voici 28 ans : lieu d’une critique radicale de la psychiatrie normative, et de la volonté déjà d’une évaluation lancée à l’époque par un psychanalyste qui croyait mesurer ainsi la pertinence de son orientation.

 Nous avons aussi au niveau du collectif des 39, également remis en cause d’entrée de jeu la conception de la folie qui sous-tendait le discours sarkozyste, concrétisé d’ailleurs par des mesures rapides aggravant l’enfermement dans les HP, et  se cristallisant dans la promulgation d’une nouvelle loi le 5 juillet 2011, étendant la contrainte jusqu’au domicile du patient. Loi à l’époque récusée par l’ensemble de la gauche, et depuis entérinée et tout juste toilettée par le nouveau gouvernement. Dès notre premier meeting, nous avons avancé une critique radicale de la dégradation de la clinique psychiatrique promue par le DSM. Le souci proclamé, comme chacun sait, était celui d’une langue partagée entre les cliniciens et les chercheurs pour améliorer les échanges scientifiques et la recherche. La réalité est tout autre, se concrétisant par l’appauvrissement du regard et de l’écoute du psychiatre et des soignants, la réduction du patient à une sommation de signes, ce qui ferait renoncer à toute recherche de sens au symptôme et au délire qui affecte un sujet parlant. Nous n’avons pas varié dans cette critique de la « clinique du DSM » qui transforme le psychiatre en gestionnaire de populations à risques, instrument du biopouvoir, exécuteur zélé de protocoles de soins basés sur les recommandations de la HAS, lesquelles sont elles-mêmes construites par des experts issus d’une caste où l’on retrouve les PUPH de psychiatrie générale, les laboratoires pharmaceutiques et les lobbies  comme Fondamental. Ce lobby construit par des hommes politiques de droite, des patrons et des psychiatres aux options scientistes clairement réductionnistes, aura  depuis sa création profondément infiltré tous les rouages de l’Etat et de l’actuel gouvernement. Le plan psychiatrie élaboré par Edouard Couty était ainsi effectué sur des transparents marqués du monogramme de Fondamental. Une signature que l’on retrouve au carrefour de toutes les volontés actuelles de détruire l’utopie de la politique de secteur dans ce qu’elle avait de plus riche : une approche du sujet dans sa complexité multidimensionnelle, ce qui inclut de mon point de vue la « double aliénation » avancée par Oury. Une aliénation psychopathologique ou transcendantale, qui s’articule mais ne saurait se confondre avec l’aliénation sociopolitique. Il est clair que la prétention a-théorique et anhistorique du DSM en est l’exact contraire, et aplatit ce qu’il s’agit au contraire de déployer et de complexifier quand nous prenons en charge un patient, et que s’engage avec lui une relation thérapeutique. Cela m’évoque immédiatement plusieurs registres : celui en premier lieu de l’instant de voir, et c’est le « Praecox Gefühl » avancé par Oury ;  Oury qui soutenait que celui qui n’était pas capable de faire un diagnostic en quelques minutes lorsqu’un patient entrait dans son bureau aurait bien fait de changer de métier !

Il ne s’agit pas seulement du regard pour une exigence aussi radicale qui prend en compte en premier lieu le pathique, la sensation et la présence de « l’autre en apparition »: autant dire une approche phénoménologique très précieuse, qu’il s’agit d’articuler avec l’écoute du sujet parlant y compris quand il fait silence. Dans les situations et les moments de transfert psychotique, c’est avant tout dans ce registre sensible du pathique que nous tentons de rentrer en contact avec l’autre pris dans ses empêchements à exister. 

Abord phénoménologique, et écoute fondée en raison sur la psychanalyse, qui ne contredisent en aucune manière un usage bien tempéré des médicaments et de la sociothérapie. J’entends par ce terme la construction avec les patients de lieux de socialisation qui leur permettent progressivement de reprendre leur vie en mains par le biais d’une construction partagée de l’espace thérapeutique.

C’est ainsi qu’à Reims, j’ai cru inventer le club thérapeutique avec les patients dès 1980, avant de découvrir que cette trouvaille avait été faite et théorisée par Tosquelles dès 1943. Cela fait partie des paradoxes de la transmission, que de découvrir en cours de route que nous marchons sur les traces presqu’effacées de nos prédécesseurs, manière de dissiper l’illusion de l’auto-engendrement et de l’anhistoricité, quand rien ne nous a été transmis de l’histoire ou même que celle-ci se trouve silenciée. Ceci dit, j’ai été stupéfait des effets de seuil et de remaniement qu’un tel dispositif produisait, pour peu qu’on y fasse jouer « la fonction moins 1 », autrement dit une analyse institutionnelle permanente qui ne se contente pas de l’écoute du signifiant, mais qui l’articule avec la dimension du lieu et des liens qui s’y nouent.  Ainsi j’ai vu avec étonnement ce que je n’attendais pas,  alors que j’étais encore pris dans des idéaux de resocialisation,  à savoir que des patients psychotiques pouvaient, en quelque sorte, abandonner un temps leur délire et leur apragmatisme au vestiaire pour, quelquefois les retrouver à la sortie, mais que ce temps de suspension pouvait permettre l’apparition ou le surgissement d’un sujet potentiel.

Notons au passage qu’une telle variabilité suppose un repérage diagnostique permanent dans la relation transférentielle, ce qu’il nous faut distinguer soigneusement de l’étiquetage DSM ou autre, où le sujet serait nommé par son regroupement de signes, par son syndrome, ou par sa maladie. Il s’agit pour nous d’un diagnostic dynamique nécessaire dans le repérage à l’autre du transfert, et qui peut d’ailleurs être fort différent d’un « diagnostic de structure ». On sait combien ce type de diagnostic a pu paraitre séduisant à beaucoup, qui nous invitent au retour nostalgique à une ère pré-DSM. Je ne partage pas ce point de vue, même s’il m’arrive aussi d’être tenté par ce type de repérage à l’autre. Le risque est toujours celui de fixer l’autre et la situation thérapeutique, qui ne saurait se confondre avec une « présentation de malades », où il s’agit de faire ressortir le maximum de signes ou de signifiants qui viendraient signer la forclusion ou autres… Dans ce théâtre de la folie directement issu de l’héritage asilaire, le psychiatre même s’il est averti du registre inconscient, travaille hors transfert,  et vient chercher une confirmation de  ses hypothèses théoriques antérieures. Cela peut avoir un intérêt dans la formation en termes d’apprentissage d’un savoir, mais ce savoir qu’on extrait du discours du patient ne peut revenir à celui-ci dans la dynamique d’une cure ou d’une prise en charge. De plus cela interdit de parler de « moments de transfert psychotique » chez un sujet qui n’est pas psychotique à proprement parler, mais peut traverser des moments de folie. J’évoque ici l’enseignement de Françoise Davoine, les livres qu’elle a publiés avec JM Gaudillière à partir de leur pratique hétérodoxe, en prise directe avec leur travail en institution et en cabinet (cf aussi le numéro 9 de Che Vuoi ? « Moments psychotiques dans la cure »). La rencontre avec « la folie Wittgenstein » en 2001 aura marqué pour moi un tournant : ainsi il y avait des collègues qui pouvaient témoigner d’une pratique de la thérapie des psychoses certes issue du lacanisme, mais élaborée aussi dans la rencontre avec des psychanalystes américains et des chamans amérindiens, successeurs de ceux que Devereux avait étudiés en son temps. Et je passe sur l’érudition et la multitude d’autres apports littéraires et historiques qui marquent une pratique soucieuse d’une prise d’une « clinique du transfert » dans la grande Histoire. D’entrée de jeu je me suis reconnu avec eux dans une fraternité de parcours avec la dynamique de la clinique que je découvrais au centre Artaud, mais aussi  dans mon cabinet. Il me semble que nous aurions à déblayer sérieusement, en nous aidant de leurs apports, le terrain encore occupé par une orthodoxie qui nous est de bien peu de secours dans les conditions actuelles de la pratique, et qui du coup ouvre un boulevard aux théories pragmatistes et utilitaristes de réduction des symptômes.  Dans les entretiens et les échanges que je peux avoir avec des patients après 10 ou 15 ans de thérapie analytique en institution, il serait vraiment difficile et même indécent d’aller rechercher les « stigmates » de la structure psychotique. D’entrée de jeu je me suis préoccupé d’aider mes patients, et de les aider à sortir de la folie s’ils pouvaient se le permettre. Je me suis étayé, et je continue à le faire avec le concept de « guérison psychanalytique » forgé par Nathalie Zaltzman dans son texte « la pulsion anarchiste », autrement dit un remaniement psychique du sujet qui n’a rien à voir avec la perspective de suppression des symptômes. J’y rajoute la proposition  winnicottienne : que serait une analyse si elle n’avait pas comme enjeu, je ne dis pas comme projet, l’idée que le sujet puisse se construire ou se reconstruire une vie qui vaille la peine d’être vécue ?

Le terme de rétablissement nous vient du monde anglo-saxon et il est issu de la mouvance post-DSM, d’une mouvance qui a souvent connu le pire de la psychiatrie DSM, et qui a choisi à juste titre de la récuser radicalement. Mais cela fait longtemps, on l’aura compris, que je raisonne avec ce registre du rétablissement, quand bien même j’avais du mal à lui trouver un nom partageable.

Certes chaque concept a une histoire, mais il n’est pas interdit d’opérer des recouvrements lorsqu’ils nous apparaissent opératoires. Et je pense que le rétablissement peut aussi être une visée dans une clinique du sujet, sensible à l’inconscient freudien et aux effets de retournement : à maintes reprises il arrive qu’un sujet qui semble toucher le fond opère une sorte de rebond. On pourrait d’ailleurs le formuler en terme lacaniens : lorsque le sujet psychotique, objet jusque-alors du désir d’un Autre trompeur et diabolique, chute et risque l’effondrement, il peut se produire un rebond où il décide de reprendre sa vie en mains. Cela peut se produire hors transfert et en dehors de toute relation thérapeutique qui peut être violemment rejetée et vomie, et ce point de rebroussement peut constituer le point d’auto- fondation d’un sujet. Lors du meeting des 39 le 1° Novembre, tout le monde aura pu entendre ces patients militants qui s’en sont sortis par le militantisme antipsychiatrique, et recherchent  aujourd’hui l’alliance avec nous. Ce mouvement de retournement peut aussi se produire dans un travail thérapeutique et être entendu comme « une construction dans l’analyse » au sens freudien de ce terme. Mais je pense également important de relier cette approche freudienne avec la recherche d’un pouvoir instituant pour les patients que permet « la fonction club » quand elle ne se limite pas à un local ou à un dispositif, mais qu’elle constitue le soubassement d’une praxis dans un collectif de soins.

Dans les mobilisations que le Collectif des 39 relance contre la prochaine loi de santé et auxquelles je l’espère STOP DSM continuera à s’associer, d’où l’importance de signer l’appel des 39 et de le diffuser, il me semble essentiel de ne pas nous en tenir à un registre purement idéologique de dénonciation d’une loi biopolitique. Il s’agit de nous appuyer en premier lieu sur nos pratiques instituantes, sur leur valeur inestimable incompatible avec toute évaluation comptable, et sur les pratiques à venir respectueuses d’une éthique du soin psychique, qui ne peuvent se définir autrement que post DSM !

http://www.hospitalite-collectif39.org/?CA-SUFFIT

Patrick Chemla, pour le Collectif des 39

Meeting du Collectif des 39 – le 1er novembre – FÉDÉRER LES RÉSISTANCES POUR UNE HOSPITALITÉ SUFFISAMMENT BONNE POUR LA FOLIE

MEETING DU COLLECTIF des 39
le 1er NOVEMBRE 2014
à la Maison de l’Arbre
9 rue de François Debergue à Montreuil

 

FÉDÉRER LES RÉSISTANCES
POUR UNE HOSPITALITÉ SUFFISAMMENT
BONNE POUR LA FOLIE

39

PROGRAMME

9h :   Accueil

 

9h15 :  PRÉSENTATION de la journée

Philipe  Bichon, Thierry Najman,  Alexandra   De  Seguin, 

Catherine Skiredj-Hahn

 10h :   TABLE RONDE  Enjeux et réalités

avec la participation

d’Humapsy,  du Collectif  Alternatif  Formation,  du Fil Conducteur,

de Stop DSM, de l’Appel des Appels, de Serge Portelli, 

de Mireille  Battut

animée par Patrick Chemla, Bruno Tournaire-Bacchini, Monique

Vincent, Pedro Serra

Palette graphique : Pierre Sadoul,  

Intermèdes : Toltem

 

12h :  Pause repas avec  projection vidéo et fanfare ARTOS

13h –15h: FORUMS

 

  1.  Fonction Soignante et Pratiques du Collectif

  2. Hospitalité à la souffrance de l’enfant

  3. Continuité de la relation et du lien dans le sanitaire et le

médicosocial

Chaque forum sera un espace de discussion publique entre les personnes présentes.

15h-17h :  PROPOSITIONS D’ACTIONS et CONCLUSION

          

avec Hervé Bokobza, Paul Machto, Philippe Bichon, Serge Klopp

  1. les attaques contenues dans le nouveau projet de loi
  2. Retours des forums sous forme de brèves
  3.  Motion du collectif des 39
  4.  Prise de position des différents représentants des organisations professionnelles, syndicales, politiques et citoyennes qui ont répondu à ce jour.

 

 Meeting pensé et organisé : 

par le groupe de travail du collectif des 39 :

Madeleine Alapetite, Yacine  Amhis , Selma Benchelah, Dominique  Besnard, Philippe  Bichon ,Hervé Bokobza, Jean- Michel Carbunar, Marie Cathelineau ,

Patrice Charbit, Franck Chaumon, Patrick Chemla , Dominique  Damour,  Guy Dana, Alexandra De Seguin, Mathieu Disert,  Roger Ferreri , Yves Gigou, Olivia Gili,

Christian Guibert, Liliane  Irzenski, Serge Klopp, Françoise Labes, Annick  Lair , Catherine Lemoine, Aurore Lenail, Émile Lumbroso, Victoire  Mabit,  Paul Machto, Jacques Mairesse, Bénédicte Maurin, , Simone  Molina, Thierry Najman,

Françoise Nielsen, Frédérique Niquet, Carlos Parada,  Martin Pavelka, Sylvie Prieur, Philippe Rassat, Benjamin  Royer, Pierre Sadoul, Pedro  Serra,

Catherine Skiredj-Hahn, Bruno Tournaire-Bacchini, Monique Vincent, 

Anne-Marie Von der Heyden, Brigitte Voyard, Elie Winter.

Avec le fil Conducteur

Avec Humapsy

Avec le Collectif Alternatif Formation

 

Invités participants aux débats :

Laurence  Cohen Jean-Pierre Drapier, Sandrine  Deloche, Yann Diener, Jérome Guedj, Serge  Portelli,, Patrick Landmann, Denys Robiliard, Muriel Theuring, Ariale Lulu,

Jean-Luc  Gibelin, Nathalie Gamiichipi,  Alain Abelhauser, Fréderique Gaillard, Yannick Lartigue, Jean Claude Chaise, Bernard Odier, Patients du « Collectif Artaud » et du club de La Borde, les Psycausent,…..

le programme – pdf :  2014-11-01 meeting 39 V4

« Continuité des soins et de la relation, articulée avec le sanitaire et le médico-social » au Meeting du 1er Novembre

Nous, « le Fil conducteur »*, collectif de réflexion et de propositions sur la prise en charge de la maladie psychique, invitons à participer au meeting organisé à l’initiative du Collectif des 39 le 1 er novembre 2014 à Montreuil.
Extrêmement préoccupés, inquiets, voire même révoltés par l’évolution actuelle de la prise en charge de la maladie psychique, nous considérons qu’à côté des professionnels, des représentants institutionnels ou institutionnalisés, une autre voix doit se faire entendre (cf. le Manifeste du Fil conducteur).
Le constat actuel du fonctionnement de la prise en charge des malades psychiques est plus qu’inquiétant.
Les familles, plongées brutalement dans l’univers de la psychiatrie lors d’une hospitalisation pour le moins traumatisante d’un enfant ou d’un être cher, ne trouvent le plus souvent ni soutien ni interlocuteur. Tenues à l’écart, sans explications aucune sur ce qu’est une maladie psychique, ses conséquences, qui le plus souvent sont lourdes, sur l’évolution possible, sur la manière dont elles peuvent accompagner la personne malade, elles se trouvent isolées, écartées, alors que leur proche vit une souffrance incompréhensible, insupportable. Leurs questions restent sans réponses, un diagnostic peut tomber brutalement, ou n’est pas donné, l’absence d’accompagnement ou d’écoute accroît leur angoisse légitime. Elles assistent, impuissantes, à l’enfermement et à l’isolement de leur proche, puis au parcours décousu et chaotique de soins multipliant les soignants dans les structures diverses (hôpital, hôpital de jour, foyer de nuit, maison de postcure, CMP…). Un lien thérapeutique, nécessaire pour soigner, ne peut être construit dans de telles conditions alors que la relation devrait être au centre du soin.
Le renvoi vers un statut d’aidant familial est paradoxal dans un contexte de déni de la souffrance de la famille, et des fratries, le plus souvent oubliées. Le statut d’aidant familial, qui voudrait donner aux familles l’illusion de devenir « tout à coup » compétentes alors que leurs difficultés ne sont toujours pas reconnues par la société et par un certain nombre de professionnels, est un leurre proposé au service des restrictions budgétaires qui affectent le champ du soin.
Les personnes malades vivent dans une absence de structures coordonnées des soins, qui relèvent d’un secteur psychiatrique démuni ou démotivé. Elles se plaignent aussi de ne pas être écoutées, ni entendues par les équipes soignantes.
On ne peut que s’étonner, dans ce contexte où l’obligation de soins est inscrite dans la loi, que l’absence de reconnaissance de la fonction thérapeutique préventive et curative de la relation, de l’écoute et la parole, soit absente des projets actuels de la future loi Santé.
La volonté de normalisation de la maladie psychique, présentée essentiellement comme une maladie organique dans une conception exclusivement biologique ou génétique qui reste plus que spéculative, nous inquiète par ce qu’elle pourrait entraîner de perte d’humanité dans la prise en charge. Nous maintenons la nécessité d’une complémentarité des approches dans les soins, utilisant ainsi tous les moyens possibles pour lutter contre une souffrance insensée. Nous ne voulons pas d’un parcours de soins exclusivement réduit au trio contention-isolement-médication.
Le recours à la contention, qui est un véritable traumatisme pour les patients, devient une pratique courante non questionnée et banalisée. Pire, protocolisée. Une réflexion sur le désarroi des personnels peu ou pas formés face à la maladie psychique et les situations difficiles serait probablement au moins aussi nécessaire.
Dans le contexte social actuel le manque de structures adaptées d’accueil et de soins revient à une non-assistance à personnes en danger avérée vis-à-vis de personnes fragiles.
Les difficultés sociales des patients et l’absence de réponse à leurs demandes, telles que le désir d’un lieu d’accueil, d’un logement, ou encore d’un travail, mettent les professionnels en difficulté et peut avoir des conséquences dramatiques pour les personnes malades et leur famille. Pour les malades au long cours, le manque de lieux de soins de longue durée se fait cruellement sentir.
Pour débattre de toutes ces questions, nous vous invitons à participer au forum « Continuité des soins et de la relation, articulée avec le sanitaire et le médico-social ».

*Le Fil conducteur associe des familles et proches de malades psychiques, des patients et des professionnels de santé, tous concernés par la place des familles dans l’accompagnement et la prise en charge de la personne malade. C’est un espace de parole émanant de l’atelier « familles » des Assises citoyennes, ou l’Hospitalité en psychiatrie et dans le médicosocial, qui ont eu lieu à Villejuif les 31 mai et 1er juin 2013.
Adresse mail : lefilconducteur.collectif39@gmail.com

le programme – pdf :  2014-11-01 meeting 39 V4

 

Fonction soignante et Pratiques du Collectif lors du Meeting du 1er Novembre

« Patient et soignant sont tous deux des humains. Ils arpentent tous deux la route dangereuse, imprévisible et finie de la vie. Peu de chose, symboliquement, les différencient. En pratique, ce qui les sépare est leur situation. Le patient est un humain tombé dans un fossé (un ravin, un gouffre) et souffre. Il demande de l’aide à ses proches et, parfois, à un soignant. Le soignant est un humain qui dispense des soins. Parfois c’est un geste spontané, désintéressé ; parfois, c’est un métier choisi et il en vit. Dans un cas comme dans l’autre, c’est son attitude qui fait de lui un soignant, et non son statut. » Ces paroles de M. Winckler lors de la Conférence d’éthique clinique à Paris en avril 2014, situent d’emblée les enjeux de ce qui nous rassemble : notre humanité commune (patients et soignants) et l’hospitalité nécessaire à la souffrance psychique.
Pour nous, la relation est première dans toute démarche de soin. Seule garantie d’une prise en charge cohérente, elle repose sur l’existence d’espaces de travail et d’élaboration collectifs dans lesquels chacun s’engage, s’appuyant sur ce collectif dans les difficultés auxquelles le travail le confronte. Pour nous, ceci est nécessaire aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé (libéral et institutionnel. Car, l’existence d’une fonction soignante ne va pas de soi, elle doit être remise en cause chaque jour pour chaque patient. Pas de recette à priori, mais une élaboration des expériences du quotidien, tant dans leur banalité que dans leurs impasses, et de façon régulière avec d’autres soignants.

On constate de plus en plus un manque d’attention à l’égard des patients et des familles, des contraintes pour imposer aux patients une continuité de ce qui ne peut plus avoir le nom de « soin ». Car le soin consiste avant tout à travailler la qualité du lien thérapeutique, ce qui est le contraire de la démarche qualité qu’on nous impose aujourd’hui. En effet, le soin ne peut être de qualité que si est pris en compte le lien des soignants avec les patients, leur famille, leur environnement ainsi que le lien des patients entre eux et celui des soignants dans l’institution qui les abrite.
Or il n’y a plus d’abri pour le soin aujourd’hui.

Comment en est-on arrivé là ?
Depuis 2007, avec la Révision Générale des Politiques Publiques, puis avec la Loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST), suivie en 2012 par la Modernisation de l’Action Publique (MAP), les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de transformer le Secteur et le Médicosocial en entreprises soumises à la concurrence du privé dans des missions de service public. Ils ont ainsi transformé ceux qui se trouvent sur une route difficile, du fait de multiples facteurs autant subjectifs que sociétaux, en simples clients auxquels est faite l’offre d’un panel de réponses codifiées : le modèle hégémonique proposé est celui d’un homme dont la vie et l’existence sont réduites à un ensemble de neurones à médiciner et de comportements à rééduquer, réduisant les professionnels de la santé et du médicosocial à n’être que de simples « techniciens ».
La Haute Autorité de Santé (HAS), avec son volet «Psychiatrie» dont nous demandons la suppression, est une machine qui produit en continu des normes et des techniques qui n’ont rien à voir avec le lien thérapeutique tel que nous l’entendons, patients, familles et soignants réunis dans le Collectif des 39. La notion de « profession » et celle de « soin » sont abolies dans cette orientation.

Sur le terrain chacun assiste à un mépris du travail quotidien, de la notion d’équipe, et des professionnels. « Est-ce que la psychiatrie est là pour apprendre la tarte aux pommes ? », répondait à la délégation d’Inter-Collège des psychologues d’Ile-de-France une représentante de la Direction Générale de l’Organisation des Soins. Ou encore « Les patients ne sont pas là pour prendre du plaisir mais pour se faire soigner » entend-on ailleurs. Comme si l’objectif du soin n’était pas « avant tout, le mieux-être (ou le moins-mal-être) du patient » ! Mais alors quel serait-il ?
Ainsi, dans cette orientation que nous contestons, le socle commun des sciences humaines – qui s’associait jusque là au médical – est abandonné au profit de l’application de ces procédures opératoires et de gestes techniques qui nient l’histoire de chacune des personnes accueillies, nient sa parole et empêchent toute construction subjective.

Quel est le socle commun de ces formations obligatoires ?
Le Néolibéralisme triomphant a besoin de techniciens et non pas d’humains qui pensent et réfléchissent collectivement. La compétition encouragée, toute démarche collective devient impossible voire dangereuse. Aussi sous couvert de (DPC) Développement Professionnel Continu, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, sont appliquées comme dans l’industrie agro-alimentaire, une « traçabilité » et une « transparence », qui fusionnent dans un concept commun l’évaluation des pratiques et une formation continue obligatoire, au lieu d’une dialectique entre savoirs acquis et expériences de terrain.
C’est ainsi que nous analysons la souffrance des professionnels qui ne trouvent plus de sens à leurs actions et se replient dans des actes techniques ou administratifs, abandonnant les patients, les « usagers ».

C’est ainsi que nous comprenons la gravité, parmi d’autres, des faits suivants :
– l’apparition dans le secteur médico-social de techniques de management qui font fi, comme à l’hôpital, du « prendre soin » des personnes accueillies,
– Le DSM comme seule théorie de la souffrance psychique,
-le refus de formations liées à la psychanalyse (cf. le CMPP d’Orly) par des acteurs qui vont, par collaboration ou soumission volontaire, encore plus loin que les préconisations de la HAS,
-le refus de la spécificité d’une formation infirmière,
-la mise à mal des services qui pratiquent la psychothérapie institutionnelle avec suppression de postes d’internes,
– « l’oubli » de la présence des psychologues à l’hôpital dans le projet de loi de santé de septembre 2014, qui est un acte symbolique fort que nous adresse le Ministère.

Pourtant des pratiques de subversion et de résistance se font connaître à l’Hôpital, dans les Secteurs, dans le Médicosocial : elles se sont forgées au cours des années, en même temps que la logique de ces attaques était analysée et devenait plus lisible.

C’est pourquoi, nous souhaitons, dans ce Forum « Fonction soignante et Pratiques du Collectif », donner parole à tous ceux qui voudraient bien partager leurs expériences de terrain et de lutte pour récuser une telle dérive destructrice.

Venez nombreux le 1er novembre à Montreuil à La Maison de l’arbre ! www.collectifpsychiatrie.fr

Pour une hospitalité à la souffrance de l’enfant, lors du meeting du 1er novembre 2014

Affiche Rouleau 39 JPEG

«TOUS LES HOMMES NAISSENT FOUS, LIBRES ET ÉGAUX EN DROIT »

Depuis l’arrivée du DSM III, le champ de l’enfance et de l’adolescence n’a cessé d’être l’objet d’expérimentation d’une psychiatrie évaluatrice, médicamenteuse et rééducative. Le plan Autisme, les recommandations de l’HAS et les attaques contre la psychanalyse ne sont que les branches d’un même arbre qui cache bien mal la volonté de démanteler tout accueil de la singularité .
D’après certains démographes de la santé, la demande de consultations se serait multipliée par dix en quelques années. Il est de notre devoir de nous interroger sur cette demande – ses causes et ses conséquences – que la société adresse avec ses enfants.
En France, la loi du 2 janvier 2002 a ouvert le champ du médico-social (c’est à dire une immense part de la souffrance enfantine) et de la pédopsychiatrie à la logique du marché :
A) Par la réification d’un « usager » (parents et enfants indistinctement) et l’élimination du symptôme derrière le handicap, c’est à dire par l’escamotage de la subjectivité. B) Par l’instauration de la « démarche qualité » qui prétend évaluer les prestations délivrées en regard de recommandations de « bonnes pratiques » professionnelles déterminées arbitrairement par l’ANESM (médico-social) et l’HAS. Une évaluation scandaleusement privatisée représentant un marché plus qu’attractif qu’il serait temps de dénoncer. C) Par l’instauration manifeste ou dissimulée d’un champ « hors-soins » que ce soit dans le cadre du sanitaire ou du médico-social.
La loi de 2005 instituant la MDPH est une prolongation de la précédente. La politique du handicap, malgré quelques rares avancées sociales, produit des effets pervers majeurs. Actuellement nous vivons un double paradoxe : les enfants en grande souffrance sont moins soignés, pendant qu’une foule de simples « déviants » du système scolaire sont stigmatisés en handicapés, à coup de certificats médicaux et de diagnostics psychiatriques, pour pouvoir bénéficier de renforts purement pédagogiques (type AVS, ou classes à effectif réduit). L’école, publique et privée, scolarise plus de 220 000 élèves considérés comme en situation de handicap (chiffres du rapport de la CNSA-MDPH 2012). En 2012 on comptait 88 000 « prescriptions » de AVS. L’immense majorité de ses dossiers se justifieraient pour des difficultés psychiques !
Les agités, les redoublants, les insoumis, les peu concernés par l’apprentissage – le plus souvent issus des populations les plus précaires – se voient ainsi « psychiatrisés » par la voie du handicap. Par la production de certificats médicaux pour la MDPH, les cliniciens se trouvent souvent dans l’injonction anti-éthique et liberticide d’être simultanément experts et soignants. Les rouages de l’intégration scolaire proposée par l’actuelle loi sont un formidable processus d’aliénation de chacun: où plus personne ne décide directement, où plus personne n’est concerné par les décisions et où plus personne n’est responsable.
La pédopsychiatrie doit rester le lieu d’accueil de la souffrance psychique enfantine, quand elle ne peut plus être entendue pour ce qu’elle est : un moyen désespéré, par le corps, par le comportement, par la parole abimée, de faire entendre que « ça ne va pas ». Il nous faut nous opposer ensemble aux connivences et aux renoncements qui détruisent notre raison d’être soignante et qui parfois, il faut bien le dire, viennent cacher la misère de la clinique.
La conjonction de ces trois références (DSM, marché, handicap) en produit une quatrième : la prescription médicamenteuse dès le plus jeune âge (amphétamines, neuroleptiques, etc.) et la surmédicalisation scientiste qui l’accompagne (imagerie médicale, génétique, investigation électro-numérique, diagnostiques biologiques de Dys- -lexies,-calculies,-praxies,etc.) le plus souvent très éloignée des réalités quotidiennes des enfants.
C’est pourquoi, le Premier Novembre, le Collectif des 39 propose de rassembler nos forces, d’échanger nos expériences, de rompre l’isolement des acteurs – infirmiers, éducateurs, rééducateurs, psychologues, pédopsychiatres, enseignants, cadres administratifs et parents – concernés par la situation de la souffrance psychique de l’enfance et de l’adolescence.
— Pour un front uni du service public, sanitaire et médico-social et pour la continuité des soins.
— Pour la pérennisation des moyens des inter-secteurs de pédopsychiatrie.
— Contre la privatisation à but lucratif de des prises en charge en pédopsychiatrie.
— Contre la récupération de la clinique par une politique du handicap quand elle transforme les marges en anormaux.
— Contre une pensée unique, pseudo-experte et bureaucratique. Contre le DSM5, la CIM10 et la pensée classificatoire appliquée aux enfants et aux adolescents
— Contre la médicalisation et la médication outrancière des enfants par les psychotropes.
— Pour une remise à plat démocratique de l’arsenal législatif concernant l’enfance : Loi de 2 janvier 2002, loi de 2005, loi de 2007.

A la Maison de l’Arbre
9, Rue François Debergue
93100 – Montreuil

> Fédérons nos rêves pour résister à l'occupation de nos libertés de conscience.

Le collectif des 39 organise un rassemblement – Le SAMEDI 1er NOVEMBRE 2014

La Parole errante à la Maison de l’arbre

9, rue François Debergue – 93100 Montreuil

Fédérons nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience.

Nous nous sommes réunis et levés une première fois contre l’anathème, en provenance de la plus haute autorité de l’État, frappé à l’encontre de la folie. Paroles prononcées dans l’enceinte même d’un service de soin et dont nous espérions qu’elles ne relevaient que d’un accident de la démocratie en acte : un président élu par le peuple distillait la peur, installait un climat sécuritaire espérant ainsi incarner la figure du protecteur de ce peuple qu’il lui fallait créer à la mesure de ses petits accès d’agitation despotique.

39 nous étions ce vendredi-là, 39 alertés par l’insupportable, unis par le nombre, sans règlement associatif, parce qu’un nombre représente la multitude, nous étions nombreux ce soir-là à nous élever « contre la nuit sécuritaire » de plus en plus nombreux et multiple, déjà portés par cette hétérogénéité des disciplines et des parcours.
Mais il n’y a pas de pente despotique possible sans servitude volontaire, et au plus près de nos pratiques nous avons dû faire front, non sans difficultés, contre le déplacement en miroir de la figure de la folie dangereuse vers sa résolution en obéissance servile, soit de la schizophrénie dangereuse à l’autisme rééduqué.

Et puis le personnage en haut de l’État sous la pression populaire a changé. Nouvel élu qui s’était présenté comme celui du changement.

Issus du contexte, nous en avons tenu compte, nous avons déplacé en partie nos énergies vers l’accueil de la différence et de la folie. Nous avons œuvré par le débat, les rencontres, le soutien, les pétitions… pour que l’accueil et le soin n’interdisent pas aux plus engagés de tenter de concilier, chacun au plus près de ses œuvres, de ses constructions, de ses pratiques institutionnelles, la question toujours à renouveler entre demandes sociales et aspirations individuelles et cela avec l’aide de la multiplicité du nombre.
Nos salutaires divergences et origines à l’intérieur de notre multitude ont soutenu l’hétérogénéité nécessaire pour maintenir les questions contre l’aveuglement toujours présent au sein de la réassurance par le dogme.

Nous n’avons jamais proposé l’uniformisation des pratiques sous couvert d’une théorie de la vérité institutionnelle ou psychique, que cela ait pu l’espace d’un instant, d’un espoir, d’une fougue traverser l’un d’entre nous, voire un groupe, ne fait que témoigner de la complexité du politique, ce dont la multitude qui est nôtre, nous a, en fin de compte, protégés.
Cette hétérogénéité n’empêche pas l’implication, les croyances, le combat, au contraire même elle permet d’en promouvoir le dynamisme en refusant d’imposer de l’extérieur un modèle à qui que soit qui ne s’en saisirait pas à sa façon, à sa mesure, redonnant aux espaces de travail leur index de liberté, de création, d’œuvre humaine.

L’idée d’une alternance politique, présente depuis quelques décennies, avec son vécu différent selon les uns et les autres avait peut-être créée une petite respiration limitant l’installation en continu de ce qu’on pourrait désigner d’une politique du pire, soit une politique où le peuple ne serait que la somme algébrique d’éléments à gérer comme de simples objets interchangeables. Force est de constater que cette alternance n’a pas eu lieu et l’air est devenu un peu plus irrespirable.
Assez rapidement, dans la suite de la mise en scène de l’inconsistance de la valeur des mots par l’État, en tant qu’ils permettent d’ouvrir au débat politique, au partage de la quête de sens, et cela sous couvert d’une supposée vérité venue d’ailleurs et indiscutable, le corps des surveillants en tous genres s’est majoritairement ( certains ont démissionné, refusé…) libéré de toute éthique.

La gestiocratie a été promue aux commandes, elle s’avance sans retenue parée de la monstruosité des experts en gestion humaine, notre vie serait prescrite, encadrée, évaluée, bref comportementalisée.
Depuis un peu plus d’un an, l’assurance de la non-alternance a libéré les contrôleurs du désir humain, les petits jouisseurs de la destruction de la vie et des rêves des hommes. Le petit nombre impliqué dans les pratiques, pas plus nombreux que ceux qui s’étaient battus contre la monstruosité asilaire, que ce soit dans le public ou dans le privé, avait non sans quelques difficultés, pu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans la suite du Conseil national de la résistance, construire leurs alternatives.
Extrême importance de cette possibilité qui empêchait la grande masse de s’endormir trop tranquillement dans ses routines aliénantes.
Depuis un peu plus d’un an, la haine encore retenue par la lâcheté de la servilité des officiants textuels, s’est sentie autorisée à coloniser tout ce qui s’était construit au nom d’une profonde implication envers l’accueil de la différence et plus largement contre tout ce qui échappait au moule d’une science et d’une morale d’État. La collusion entre les restrictions budgétaires et les recommandations de l’HAS, dans ce contexte de déficit démocratique revendiqué, donne toute son ampleur aux passages à l’acte de la horde des bureaucrates qui nous dicte nos conduites humaines.
Le temps de la promotion des médiocres, des jalousies, des rancœurs bat son plein, les techniciens de l’évaluation, de la recommandation autoritaire, peuvent faire œuvre de normalisation comme cela fut à l’acmé du totalitarisme soviétique.

La haute autorité de santé est le centre organisateur du mouvement des troupes d’occupation qui organisent le contrôle et commencent à imposer ses interdits dans notre territoire des libertés de penser et de faire.
Un de nos proches a heureusement combattu et donné l’alerte quand dans son CMPP à Orly ,une formation a été refusée par l’ARS parce que hors recommandation.
Ne nous y trompons pas cet acte est d’une extrême gravité, il témoigne d’une bascule de la question démocratique vers une vérité scientifique permettant de gérer les hommes, bien évidemment pour leur bien, foi d’expert ! Ces mêmes experts dont Cornelius Castoriadis disait d’eux qu’ils étaient appelés à en dire toujours plus à partir de toujours moins. Ils proposent l’uniformisation des réponses, qui plus est, ils confondent soin et éducation et limite cette dernière à des techniques désuètes d’obéissance aux ordres, ils osent appeler cela l’égalité. Le voile noir d’une hétéronomie, d’un hétéro nomos, de lois supérieures qui nous gouverneraient et sur lesquelles nous n’aurions plus rien à dire, commence à recouvrir les institutions concernées par les œuvres solidaires, à la mesure des lois économiques qui, sur ce même mode, s’imposeraient à nous.

Ce voile noir dans son effectivité porte un nom, celui qu’Hannah Arendt a révélé : « La banalité du mal ». Ce concept, s’il a été énoncé par rapport à un contexte bien précis, trouve une actualité contemporaine dans l’inhumanité en extension, les haines de l’altérité qui s’installent. Car en effet, tel est l’œuvre des bureaucrates et technocrates appliquant sans sourciller des « recommandations » sous couvert de « bonnes pratiques » homogènes et uniformisantes. Si nous n’y prenons garde, c’est de fait ce qui est en train de s’instaurer dans le champ des soins en psychiatrie et dans le champ social.

Nous devons compter plus que jamais sur la force de nos rêves, sur ce que Gaston Bachelard appelait le surrationalisme, la question de l’homme, du commun, de l’homme dans ses rêves d’humanité qui ne saurait exister sans l’enseignement infini des questions posées par la folie.

Nous devons fédérer nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience.

Nos prochaines journées, si nous voulons continuer de rêver et d’exister, ne pourront être que de combat.

> Le 1er novembre 2014 un meeting de résistance

Le 1er novembre 2014
Maison de l’arbre à Montreuil 93

les 39 organisent un meeting de résistance

Nous continuons d’affirmer que ceux qui souffrent de graves maladies psychiques ont et auront besoin à des moments de leur existence de recourir à des lieux d’accueil. Lieux où les rencontres nécessaires à tout soin qui se réclame « humain » ne sont pas dictées par des protocoles aliénants. Lieux où les règlements ne sont pas l’unique proposition « contenante », lieux où prendre du temps est possible et reconnu comme nécessaire, avec une écoute de ce que les personnes en souffrance psychique reconnues dans leur singularité ont elles-mêmes à nous apprendre. Lieux où les psychiatres et les équipes soignantes s’engagent dans un accompagnement au long cours.

Or depuis deux ou trois décennies toutes les conditions nécessaires à cet accueil se dégradent progressivement pour atteindre un niveau insupportable. Les moyens diminuent, la formation est scandaleusement pauvre et inadaptée, les théories s’étiolent, se rigidifient, perdent le caractère complexe indispensable à la pratique soignante. Toute une expérience soignante, toute une histoire collective de la psychiatrie française risque de disparaître.
Lors des Assises de la psychiatrie et du médico-social, les témoignages de patients, de familles et de professionnels ont fait apparaître que de nombreuses équipes, en l’absence de réflexions institutionnelles et micropolitiques, utilisaient des méthodes coercitives s’appuyant sur des théories réductrices de la folie. De plus, l’abandon des principes de base du secteur et du développement du potentiel soignant des patients au sein des clubs thérapeutiques favorise la démission et le désinvestissement des travailleurs en psychiatrie devant la perte du coeur de leur métier et renforce les mauvaises conditions d’hospitalité et de soins aux patients ainsi que l’accueil défaillant des familles.

Hélas la future « Loi de santé publique » risque d’aggraver ce processus : Du Secteur fondé sur le principe de continuité des soins préventifs, curatifs et de postcure par la même équipe, sur une base territoriale, le projet de Loi ne retient que la notion de territoire, pour en faire un quadrillage de la population. Territoire dans lequel devrait s’organiser le parcours du patient entre psychiatrie (qui ne s’occuperait dorénavant que de la phase aiguë), médecin généraliste (qui assurerait le soin en phase de stabilité), psychiatre libéral (qui serait intégré sans en avoir la vocation ) et médicosocial (qui assurerait les éventuels besoins d’hébergement et l’offre d’activités sur la journée).

Le pouvoir politique continue de s’appuyer sur les forces bureaucratiques pour soutenir la “démarche qualité” et la segmentation des “prises en charges” où l’illusion d’une continuité s’appuie sur le dossier médical informatisé partagé sans limite avec rupture du secret médical.

Le Collectif des 39 invite tous les citoyens, les soignants, les patients, les familles qui résistent individuellement, toutes les forces associatives de soignants, de patients, de familles, toutes les forces syndicales et politiques , pour amplifier notre mouvement afin de stopper toutes ces dérives. Une mobilisation de grande envergure qui soit force de proposition pour que dans la future « loi de santé publique » prévue à la fin de l’année, la psychiatrie soit reconsidérée sous l’angle d’une hospitalité pour la folie et d’une continuité humaine et non pas administrative des soins.

Venez au meeting, ouvert à tous, le 1er novembre, à « La maison de l’arbre » à Montreuil, pour unifier tous ceux qui souhaitent sortir de la servitude volontaire, et poser par là un acte de résistance au nouveau déploiement de cette psychiatrie technocratique et bureaucratique.

www.collectifpsychiatrie.fr