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LA RHÉTORIQUE DU VIDE

Qu’advient-il quand la folie n’est plus considérée donc accueillie comme une souffrance à part entière, mais devient une menace à cadenasser illico ? 

Sandrine Deloche médecin pédopsychiatre                                              Pratiques, cahiers de la médecine utopique. Avril 18. N°81. « Souffrir »

Sur son visage, il y a la démesure de l’effroi. Vacillante, la voix raconte un état de faits cuisant.

« Ils étaient douze autour de moi, douze personnes pour m’attacher » dit-elle. « En deux minutes, plus de montre, plus rien, ça c’était très violent». Le regard reste effaré de cette affaire-là. L’art et la manière de l’hospitalité sont restés lettre morte. Quelque soit son expression, la crise déclenche un plan d’action qui agit au centuple l’effraction et la violence du malaise « incriminé ». Une scène de peurs intime et collective, inavouable pourrait-on dire, arme la contention dès le point d’entrée, les urgences, jusqu’aux services d’hospitalisation.

Le visage cherche en l’autre la reconnaissance de cet insensé. « Il faut parfois beaucoup de personnes pour imposer la contention » lui répond, en face, le juge des libertés et de la détention !! Il est là pour lui dire ses droits, et vérifier la procédure, malgré la sauvagerie qu’on lui raconte. Depuis 2011, ça doit avoir lieu dans les 12 jours de l’enfermement d’une personne en hôpital psychiatrique.

Le documentaire de Raymond Depardon, « 12 jours », nous rend témoins d’une dérive qui ronge les institutions soignantes : la déliaison aboutissant à la perte de sens, et vice et versa, au profit de l’implacable mécanisation de la procédure. Continuer la lecture de LA RHÉTORIQUE DU VIDE

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Le prix de l’obéissance dans PRATIQUES n° 80

Sandrine Deloche, médecin pédopsychiatre                                                     Pratiques les cahiers de la médecine utopique n°80.                                  Dossier : la marchandisation des corps. Janvier 2018

Quand un symptôme de l’enfance tombe aux mains de logiques marchandes, sans surprise l’économie du sujet passe derrière les intérêts politico-financiers. Ici, ce sont les contours d’un scandale sanitaire qui interrogent notre propre obéissance à de telles manœuvres, et son prix.

Aujourd’hui quand un enfant pose problème à l’école, il n’est plus un élève en difficulté ni un enfant à part. Il est un trouble, un handicap, une maladie. Sans attendre, il est estampillé, fiché, étiqueté, traité, orienté. L’échec scolaire ne relève plus de l’Éducation Nationale, au sens strict du terme : une nation qui s’engage dans l‘éducation de ses enfants. Non, l’échec scolaire est devenu une valeur marchande. Il est sous-traité en surface par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), et en profondeur par les laboratoires pharmaceutiques. Ces deux-là ont un pouvoir exorbitant. Ils ont fabriqué 2 substances hyper toxiques quant à la construction de l’enfant : la MDPH, la reconnaissance d’un handicap psychique à tout bout de champ et les « labo », un dérivé d’amphétamine prescrit larga manu, le méthylphénidate ou Ritaline, Continuer la lecture de Le prix de l’obéissance dans PRATIQUES n° 80

PÉTITION de L’APPEL DU 7 – MONTPELLIER

Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé : Une place digne pour chacune et chacun: c’est un droit !  

Une place digne pour chaque personne en situation de handicap, de précarité, de fragilité : c’est un droit !

Aujourd’hui, beaucoup trop de personnes en situation de handicap n’ont pas de solution de prise en charge adaptée à leurs besoins. Tous les secteurs sont touchés, de la petite enfance au secteur adultes, du social au secteur du médico‐social et de la psychiatrie. Des centaines de personnes, enfants et adultes, ayant pourtant une notification pour intégrer un établissement n’auront pas de places et très peu d’espoir d’en trouver rapidement.

Le constat est le suivant :

‐ Pas de places dans les établissements et services.

‐ Des listes d’attente extrêmement longues (généralement de plusieurs années)

‐ Pourtant des établissements ferment, des places disparaissent.

‐ Les budgets alloués à ces situations urgentes et vitales ne correspondent pas aux besoins.

‐ De plus en plus de familles en détresse.

‐ Des usagers fragilisés, oubliés, sacrifiés.

‐ Des professionnels en souffrance, de plus en plus de burn‐out, de turn‐over.

Le collectif de L’APPEL DU 7 se mobilise pour que demain, toutes ces personnes puissent prétendre à leurs droits. Nous réclamons la création et l’ouverture de places, d’établissement, de lieux d’accueil et de structures adaptées pour chaque personne.

Nous revendiquons le respect de ces personnes, le respect des lois et le droit à une place digne pour chacun. Mobilisons‐nous et signons cette pétition. Une place digne pour chacune et chacun : c’est un droit !

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Agnes_Buzyn_Ministre_des_Solidarites_et_de_la_Sante_Une_place_digne_pour_chacune_et_chacun_cest_un_droit/?tNIIKmb

Attaque du médico social – Alerte enfance en danger !

Marie BAKCHINE   Psychologue / psychothérapeute dans un     CAMSP    Reims, 2017

Le secteur médico-social regroupe 900 000 salariés et prend en charge environ 1 million 500 personnes (enfants et adultes).

C’est un secteur complexe qui accueille dans 35000 structures une population hétérogène pour des missions de soins, d’accompagnement, de prévention, d’actions éducatives, d’intégration, de protection, d’hébergement.

La politique d’austérité mise en place par les gouvernements successifs a porté un coup sévère à la qualité des soins.

Le secteur médico-social et sa branche consacrée à la petite enfance (1) sont aujourd’hui menacés dans leurs pratiques. Jusqu’à présent, les politiques gouvernementales en matière de « santé mentale » ont eu pour conséquence un repli des structures publiques vers celles du médico-social, souvent gérées par des associations privées à but non lucratif.

Les CAMSP par exemple, (Centre Action Médico-Sociale Précoce, prés de 250 aujourd’hui en France) sont créés dans les années 1970 pour accueillir, dépister, annoncer un diagnostic et soigner sur un temps long, grâce à un plateau technique pluridisciplinaire, les enfants et leur famille touchés par un handicap ou une maladie chronique, dans des consultations précoces et proches du domicile. Ils sont aujourd’hui confrontés au démantèlement progressif des hôpitaux publics et plus particulièrement de la psychiatrie de secteur infanto juvénile.

En conséquence, les CAMSP sont contraints de prendre en charge, en nombre croissant, des pathologies psychiques de plus en plus lourdes, habituellement traitées dans les CMPE (2), tels que autismes et psychoses infantiles, afin de pallier une carence d’offre de soin en psychiatrie et de places en hôpitaux de jour. Ceci est le résultat de la mise en place des GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire) qui visent la fusion des structures sanitaires et médico-sociales toujours dans une logique de réduction des coûts et au détriment des personnes en souffrance.

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«12 jours»: La folie ambigüe

Patrick Coupechoux  blog sur Médiapart

Chacun salue la façon dont Raymond Depardon montre des gens que l’on ne voit jamais, qui sont relégués, oubliés. Mais leur a-t-il donné réellement la parole ? Rien n’est moins sûr.

Ce qui est frappant dans le film de Raymond Depardon, c’est son ambigüité, c’est cette façon qu’a le cinéaste – certainement à son corps défendant – de susciter un malaise dont on ignore, sur le coup, réellement les causes.

Il y a tout d’abord cette idée reprise en chœur par tous les médias : celle d’une prise de parole – rare, voire « unique » – des patients. Il est vrai que le cinéaste montre des gens que l’on ne voit jamais, qui sont relégués, oubliés, et c’est l’un des intérêts de son film : avoir rendu visibles les invisibles. Mais leur a-t-il donné réellement la parole ? Rien n’est moins sûr.

Que voit-on en fait ? Des personnes souffrantes face à une institution qui les domine – juges et avocats malgré les efforts de ceux-ci pour se montrer « humains » – et qui clament dans leur parole malhabile, parfois délirante, leur désir de sortir de l’hôpital – ce qui est « la moindre des choses » dans une telle situation. Il est intéressant de comparer, de ce point de vue, 12 jours à un autre film de Raymond Depardon datant des années 1980, Urgences, où l’on entendait, aux urgences psychiatriques de l’Hôtel-Dieu à Paris, de vrais récits de vie – fussent-ils parfois délirants – des histoires humaines.

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Urgence pour les hôpitaux psychiatriques

Par Jean-Marcel Bouguereau        La république des Pyrénées

L’hôpital, havre de soins, laisse se perpétrer et se perpétuer des pratiques qui s’apparentent, dans certaines conditions, à des traitements inhumains et dégradants.

Inspecter les prisons, c’est parfois découvrir des conditions de détention dégradantes. Il y a un mois, 30 députés se sont rendus dans 26 établissements pénitentiaires : lors de visites surprises, à Bois d’Arcy ou encore aux Beaumettes, à Marseille, ils ont vu des cellules, des douches, « dans un état de délabrement malheureusement assez avancé », selon la députée LREM du Val-d’Oise, Yaël Braun-Pivet. À la même période, le député François Ruffin alertait sans succès la ministre de la Santé « sur la situation de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel à Amiens et sur la psychiatrie en général : chambres sur-occupées, soins réduits au minimum, détresse des soignants ». Une autre députée LREM, Barbara Pompili, s’y est rendue aussi : « Je savais, on me l’avait dit. Mais je n’avais pas vu. Maintenant j’ai vu. Et je ne pourrai plus oublier. http://www.larepubliquedespyrenees.fr  Continuer la lecture de Urgence pour les hôpitaux psychiatriques

Débranchez-les !

Sandrine Deloche. Médecin pédopsychiatre                                            Pratiques Les cahiers de la médecine utopique n° 79. Octobre 2017 Dossier : Santé connectée

Quand le numérique s’invite au berceau, on est loin du conte de fée. Irritabilité, agitation, troubles du sommeil, de la communication, retard de langage voire syndrome autistique ont été constatés lors d’une surexposition aux écrans. Une alerte a été lancée sur la toile  !

Un bébé de 7 mois, est assis sur l’herbe à côté de sa mère. Il la regarde parler au téléphone, puis envoyer un texto. Tout est calme bucolique et ensoleillé. La mère dépose le téléphone du côté de l’enfant pour parler à un adulte. Le bébé saisit le téléphone, le met à la bouche, en explore les contours. La mère surprend la scène, lui retire l’objet pour un jouet. Elle reprend, elle, le téléphone en « textotant » quelques instants, le buste et la tête penchés sur l’écran. Le bébé s’impatiente, s’agite. La mère lui parle sans regarder l’enfant qui ne se calme pas. Finalement la mère finit par lui donner le téléphone, qui lui sera retiré par le grand-père, au moment où la mère se lève. Une interaction commence en face à face, le bébé ne réclame plus l’objet. Que nous livre cette scène ? La grande réceptivité du bébé à ce qui nous occupe. Et plus encore, si « ce » est matérialisé. De cette suprématie de l’objet, le bébé en cherchera les ressorts. S’en suit un implicite tenace : l’objet a un pouvoir ! Continuer la lecture de Débranchez-les !

2024 : ÉCRAN TOTAL

Sandrine Deloche. Médecin pédopsychiatre,                                            Pratiques Les cahiers de la médecine utopique n° 79. Octobre 2017 Dossier :  Santé connectée 

Plongez dans l’ère numérique de la Santé Mentale labélisée par le Ministère. www.netcarepedopsy.fr  répond en un clic à tous les soucis de votre enfant.

Pour Émile, vous avez scrupuleusement respecté le programme de préparation à l’école maternelle, en téléchargeant l’application school beauty labélisée par Prevention-Care, conseillé pour chaque petit, afin d’éradiquer les troubles « dys » tout azimut : dysphasie, dyspraxie, dyslexie, dyscalculie…

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Mais, des nuits sans sommeil, des absences de sourires, des cris stridents, des balancements, des colères sans motif d’Émile vous mettent le doute et les nerfs à vif. N’y tenant plus, vous accédez au site www.netcarepedopsy.fr   . Continuer la lecture de 2024 : ÉCRAN TOTAL

Psychiatrie à l’Assemblée Nationale: le député François Ruffin face au Dr Wonner et à Mme Buzyn

REGARDEZ cette vidéo accompagnée d’un commentaire démontrant comment la démarche-qualité est en décalage avec la réalité, ou plutôt comment elle décale la réponse à un problème concret  vers une réponse formelle. La réponse de Mme Buzyn est une démonstration de l’inutilité de la démarche-qualité et donc de l’HAS, d’où la nécessité d’un débat-combat pour sa suppression…     

* La première intervenante, le Dr Martine Wonner, médecin psychiatre (pléonasme) , députée LREM  défend les protocoles…. Elle a fait des études de psychiatrie à l’Université de Strasbourg,  a  travaillé pour le CNAM puis dans le groupe privé Générale de santé. Elle a ensuite dirigé le Samu social de Paris pendant près de trois ans, avant de rejoindre un groupe de cliniques privées…

* Quant à Mme Buzyn, la ministre,  à qui on ne fait pas la leçon, en effet c’est presque trop beau pour être vrai ! Elle ne va pas arriver à cacher longtemps que, fille de psychanalyste ou pas, elle est le perroquet (ciel, mes plumes !) du discours managérial qui est la marque de ce gouvernement.

APPEL DES PSYCHIATRES ET MEDECINS DU CH LE VINATIER BRON

Nous, psychiatres et médecins du Centre Hospitalier le Vinatier 69500 BRON, au nombre de 166 signataires, sommes confrontés actuellement à une dégradation des conditions de prise en charge des patients. Nous exprimons notre très grande inquiétude sur l’avenir des missions de la psychiatrie publique, nos craintes à pouvoir maintenir des soins de qualité et de proximité dans les dispositifs de secteur et à prendre en charge les populations les plus démunies.

La mutualisation de moyens et l’organisation en Pôles de 2011/2012 (Loi HPST) avaient peut-être donné à certains l’espoir que cette restructuration serait utile et pérenne. C’était sans compter sur la tyrannie des économies comptables, véritable rouleau compresseur, faisant fi des besoins des patients. Les directeurs d’hôpitaux exécutent les injonctions des ARS qui exécutent les ordres du ministère, au nom d’impératifs financiers dont nul ne se risquerait à comprendre le sens véritable et le but ultime. Si ce n’est l’inexorable démantèlement de la médecine hospitalière depuis vingt ans, tous gouvernements confondus.

Une nouvelle feuille de route pour les hôpitaux est tombée fin 2016 : l’ONDAM* a décidé une diminution des dépenses de santé de 3 milliards et demi pour l’année 2017 et sur ces trois milliards et demi la réduction des dépenses sera de 1,7 milliards pour les hôpitaux publics en 2017. Mutualisation, fusion de services ont presque atteint leurs limites ; c’est donc sur les réductions d’activités (fermetures de lignes de soins) et sur la réduction des effectifs (non remplacement des départs en retraite) que se feront les économies à venir. Nous assistons à la paupérisation globale de l’offre de soins, à la mise en place de conditions de travail de plus en plus éprouvantes (accroissement de la souffrance au travail), à la perte des solidarités et au lent naufrage de nos valeurs et engagements cliniques. Ces coupes réglées impactent directement nos pratiques et nos convictions. Continuer la lecture de APPEL DES PSYCHIATRES ET MEDECINS DU CH LE VINATIER BRON