> Halte à la destruction d’un secteur Pilote

Halte à la destruction d’un secteur Pilote

L'administration de l'Hôpital Sainte Anne a décidé de rassembler sur un seul site, l’Institut de Puériculture de Paris (IPP) toute la pédopsychiatrie du Centre Hospitalier Sainte Anne (CHSA).
Concentrer sur un seul site, dans un projet unique, un axe pédopsychiatrique d’expertise non sectorisé et un axe pédopsychiatrique de soins sectoriels est un non sens en termes de complémentarité et d’articulation et va à l’encontre de l’esprit du secteur (cf circulaires de 1960 et 1972).
Le secteur de pédopsychiatrie du 14ème arrondissement s’est organisé en ayant des centres de consultations distincts tout en étant assez proches les uns des autres. Ces centres de consultation sont de petite taille, ou des maisons de quartier, recherchant la contenance et la sécurité nécessaires aux enfants accueillis tout en effectuant un travail de proximité facilitant l'accès aux soins des enfants et l'accompagnement de leur famille. Cette inscription au sein de la vie locale lui permet de tisser des liens de soutien et de complémentarité avec les différents partenaires que l'enfant rencontre dans son parcours de soin.

La Circulaire du 16 mars 1972 complète la circulaire du 15 mars 1960 et précise la raison d'être du secteur psychiatrique infanto juvénile en revendiquant l'originalité des objectifs et des moyens exigés pour l'approche des enfants et des adolescents dans leur milieu de vie habituel : « celui-ci n'est pas pure entité abstraite et statique mais il se définit par l'action d'une équipe dans un aire géographique donnée dont la situation, la délimitation sont en rapport direct avec la nature des besoins à satisfaire et des actions à entreprendre….. Cette limitation des distances permet également à une équipe médico-sociale, grâce à des déplacements restreints, non seulement d'avoir un meilleur rendement, mais aussi de prendre en charge des institutions diversifiées et implantées en des endroits distinct. »

Ce déménagement, concentrant l'ensemble de l'offre de soins sur la porte de Vanves, sans aucun projet médical et dans des locaux en l'état, avec l'attribution au 3ème étage de boxes de consultation le long d'un couloir borgne, va à l’encontre des missions de Secteur qui sont actuellement assurées au quotidien sur le terrain dans la complémentarité et à la satisfaction des patients, de leurs familles et des partenaires : écoles, collèges, lycées, services sociaux, médecins libéraux, PMI, MDPH.

La circulaire conteste la création de « complexes d'établissements » tel celui que Sainte-Anne est en train d’effectuer sur le site de l'IPP à travers le projet « Nouvel IPP Centre Référence Enfance » : « par le jeu de groupements, on ne peut être amené à envisager la création de « complexes d'établissements » importants ce qui n'est pas sans risque. Il faut éviter les groupements humains trop considérables sur une même assiette géographique, surtout si elle est restreinte.
On palliera cet inconvénient par un fractionnement de l'ensemble en des points géographiques distincts quoique assez proches les uns des autres, tout en maintenant l'unité de gestion. »

Afin de réaliser ce projet « Nouvel IPP centre Référence Enfance », un déménagement initial doit s’appliquer dès juillet 2014, aux unités de soins sectoriels implantées dans différents lieux du 14ème arrondissement.
Cette décision de l'administration de l'Hôpital Sainte Anne donne à penser qu'on pourrait se passer de la circulaire du 15 mars 1960 alors que le rapport d'information par la commission des affaires sociales en conclusion des travaux de la mission sur la santé mentale et l'avenir de la psychiatrie présenté par M. Denys Robiliard souligne que la prise en charge organisée autour du « secteur » est toujours un dispositif novateur.

Il est urgent d’intervenir afin de s’opposer à ce déménagement initial, premier pas vers le démantèlement de l’intersecter du 14éme.

Voir l’extrait de la lettre adréssée à Claude Evin, parue dans Libération
jeudi 23 janvier 2014 –

Il faut garder une psychiatrie de proximité

Par Sandrine Deloche pédopsychiatre et Yann Diener psychanalyste, pour le Collectif 14

Ernesto est l’enfant fou et génial de la Pluie d’été, publié par Duras en 1990. Ernesto est en retard sur certaines choses, en avance sur d’autres. Il est «dans sa bulle». Il refuse d’aller à l’école, «parce qu’on y apprend des choses qu’on ne sait pas». Ernesto aurait pu bénéficier de consultations au centre médico-psychologique (CMP) de son quartier. Les CMP font partie des secteurs de pédopsychiatrie mis en place dans les années 70 : structures extra-hospitalières, lieux d’accueil à taille humaine, loin de l’asile, ils sont inscrits dans la ville. Les enfants et leurs parents y viennent plus facilement qu’à l’hôpital, à la recherche d’une adresse pour parler des angoisses, des traumatismes, des difficultés scolaires et autres cauchemars qui peuvent compliquer la vie jusqu’à la rendre impossible. Le travail des équipes de secteur se fait en partenariat avec les écoles spécialisées, les hôpitaux de jour, les jardins d’enfants, dans un maillage local qui permet d’appréhender la complexité d’un symptôme dans son contexte. La proximité avec le lieu d’habitation de l’enfant et de sa famille permet ce travail d’orfèvre, sans lequel bien des instituteurs ne tiendraient pas longtemps, sans lequel la violence des adolescents serait encore plus vive.
Mais aujourd’hui, les agences régionales de santé (ARS) poussent les hôpitaux à faire des économies sur ce réseau extra-hospitalier qui a un coût. Pour tenter d’équilibrer son budget étranglé par l’ARS, l’hôpital Sainte-Anne s’apprête à démantibuler l’historique et symbolique intersecteur infanto-juvénile du XIVe arrondissement de Paris, créé et tissé pendant plus de trente ans, par Michel Soulé, Yann du Pasquier, Jean Bergès et beaucoup d’autres. Le CMP des 6-12 ans est ainsi en passe d’être fermé, et son personnel affecté à un bloc hospitalier excentré. Cela aura pour effet de démanteler les pratiques de proximité et de rompre les parcours de soin, que l’ARS est pourtant censée garantir. Ces économies à court terme auront, à long terme, un coût énorme pour la santé publique.
Nous avons affaire à une politique hospitalière qui tente de faire passer une pure opération gestionnaire pour un projet d’expertise : un soi-disant «pôle référence enfance» avec mutualisation des moyens. «Mutualisation des moyens» : une expression de la novlangue administrative pour ne pas dire fermeture de postes, appauvrissement du travail, isolement des équipes. Une régression qui va avec un alignement sur les méthodes comportementalistes : la psychanalyse est attaquée en même temps que le secteur, la parole des patients et des équipes se referment. Ce qui se profile à l’horizon de ces fusions-mutualisations, c’est une régression au temps où l’on saucissonnait les enfants pour traiter leurs «troubles» hors de leur contexte, selon une conception mécaniste et localiste du symptôme, qui réduit les intervenants à des techniciens spécialisés et cloisonnés.
Les professionnels de la santé, qui se réfèrent à la psychanalyse, doivent tenir sur la conception qu’ils se font du symptôme comme d’une vérité à entendre. Nous devons tenir sur nos pratiques pour que les symptômes des enfants, comme des adultes, puissent encore leur servir à dire non, et pour que nos interventions (et nos institutions) ne servent pas à les museler. Lorsqu’ils refusent la place qui leur a été assignée, les enfants comme Ernesto nous apprennent à dire non. Monsieur Evin, directeur de l’ARS de l’Ile-de-France, peut encore dire non : ne pas laisser faire le démantèlement d’un maillage nécessaire à la parole de ces enfants qui déjà ne la prennent pas facilement. Vous pouvez empêcher la fermeture de ces espaces de parole et de soin nécessaires au lien social.

Pour soutenir le collectif 14, une pétition est en ligne :

http://www.petitions24.net/defendons_les_droits_des_patients_aux_soins_de_secteur

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