On ne soigne plus un sujet, on attaque un symptôme

Je voudrais souligner la dimension de maltraitance de l’Etat, vis à vis de l’enfant et de ses parents, des adultes et de la société en général.

En effet, il convient de ne pas tomber dans l’erreur de se centrer sur l’enfant, mais  de souligner la dimension collective et historique, de l’enfant et de sa famille  car ce sont les liens entre eux, et avec le restant de la famille ,  que nous soignons , et non l’enfant cible , symptôme , tel que le véhicule l’idéologie actuelle .

C’est la  question idéologique qui est au centre du débat actuel, à savoir la reconnaissance de la vie psychique.

Il convient d’expliquer au Sénat , qu’auparavant , et même si ce n’était pas parfait , il existait une politique du soin psychique adressée aux enfants et à leurs parents , au travers d’une organisation , le Secteur , qui s’articulait avec la Maternité ,  la PMI ,  puis autour de la médecine scolaire et des Rased à l’ecole . Ces personnes étaient en contact avec le service de Pédo Psychiatrie ou le CMPP et se réunissaient régulièrement en commission de circonscription pré-élémentaire une fois par mois. Il existait donc un système de prévention et de diagnostic, qui a disparu quand on a fait disparaître la Pédo Psychiatrie  de l’instance organisatrice de la politique de soin.

Le changement s’est effectué à partie de la Loi de 2002 sur l’action sociale et médico-sociale qui a créé le cadre législatif de tous ces changements ; s’orientant vers une politique éducative , sociale et médico- sociale en lieu et place de la politique de soin précédemment décrite .D’ailleurs le nombre de lois sur le social et le médico -social a été multiplié par dix , au cours de ces dernières années.

En 2005 , le remplacement de la CDES par la MDPH , qui instaure  la notion de handicap dès le plus jeune age et inscrit l’enfant dans une filière qui le met à l’écart : Cliss en primaire puis UPI ou Ulysse au collège et ensuite au lycée.

Ceci s’accompagne du retour en force de l’examen psychométrique ou QI qui devient l’outil de référence.

Le passage de  la CDES à la MDPH a multiplié par 5 , le nombre de personnes handicapées .

La  Loi de 2007  réforme  l’aide sociale à l’enfance : il est fait alors obligation aux travailleurs sociaux, mais aussi aux soignants du sanitaire d’envoyer au Conseil Général  les informations préoccupantes , et au juge des enfants des signalements et au procureur de la république des dénonciations.

Du coup la politique change son fusil d’épaule : il ne s’agit plus de soigner les enfants et leurs familles, pour permettre leur réintégration dans le tissu scolaire, mais de signaler les familles en difficulté sociale , dont le nombre s’accroit chaque jour . Le traitement n’est plus sanitaire, mais essentiellement social et judiciaire.

Le résultat est d’abord que les familles n’ont plus confiance dans les services auxquels elles étaient venues demander de l’aide(sans imaginer qu’une démarche de demande de soin allait les stigmatiser).

Pour mémoire le combat de Pas de zéro de conduite, pour empêcher la détection dès la petite enfance  des futurs délinquants .

Donc actuellement sont mis en place des services de l’ASE , qui sont dans l’incapacité de répondre à tous ces signalements. Ce sont les chefs de service qui sont chargés d’indiquer les cas à suivre ou non en fonction du budget alloué. Pour ce  faire, le secret médical a été en partie levé, en faisant appel à la notion de secret médical partagé.

C’est une  gestion administrative qui a remplacé les soins ( même si nous essayons de continuer à soigner ).

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de soigner un sujet , et une famille en souffrance, mais d’attaquer un symptôme  par la méthode de rééducation adéquate, ou par des médicaments.

Il paraît  efficace et économique de  définir un enfant par son symptôme et d’organiser la rééducation qui supprimera le comportement déviant .Cependant,  ce choix est fait au détriment d’un travail qui devrait être réalisé avec l’enfant et sa famille pour mettre en avant tout ce que le symptôme vient masquer et pour relancer des interactions familiales plus favorables au développement de chacun.

Le résultat  c’est qu’actuellement, tous les établissements sont pleins: les IME les SESSAD , les ITEP , les services d’aide à l’enfance , les CMP , les CMPP, indiquant par là que cette politique doit pour le moins être questionnée.

Concernant le Secteur de Pédo Psychiatrie, il a, sans augmentation de moyens,  triplé sa file active de 1995 à 2005 , et a doublé ce même chiffre depuis 2005. Malgré ce il  n’y a eu aucun soutien apporté au Secteur de Pédo Psychiatrie , mais au contraire des critiques sévères, alors que c’est un système qui nous est envié par d’autres pays européens.

Il semble urgent de reconsidérer cette politique centrée sur le handicap  et le signalement, avec tous les risques qui s’y associent , marginalisation discriminante , et renforcement du symptôme par son inscription sociale.

 Dr Christian GUIBERT

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