Suite aux déclarations de Mme Buzyn, ministre de la santé

Le collectif des 39 ne comprend pas comment vous pouvez préconiser 12 mesures aussi éloignées de la réalité de l’intenable quotidien des personnels hospitaliers et de l’indigne condition d’accueil des personnes hospitalisées.

Est-ce du déni, du mépris, ou une méconnaissance technocratique qui vous amène à préconiser un stage en psychiatrie aux futurs généralistes en voie de disparition qui ont déjà bien du mal à recevoir leurs patients.

Qui vous amène à demander la mise en place d’indicateurs de qualité et de recommandations de bonnes pratiques qui laissent à entendre que les équipes de professionnels manqueraient d’efficience et seraient dans l’incapacité de trouver les organisations adaptées. Et, alors que nous sommes noyés depuis 2005 sous les questionnaires qualité, sous les certifications toujours plus gourmandes de procédures, de fiches et d’objectifs déconnectés de la réalité du cœur de notre métier à toutes et tous, le soin, l’écoute, la relation humaine, les bonnes pratiques se décréteraient-elles en dehors de la rencontre singulière avec la personne en souffrance ? Continuer la lecture de Suite aux déclarations de Mme Buzyn, ministre de la santé

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Crise de la psychiatrie, crise de nos démocraties : quelle hospitalité pour nous-même ?

Roger FERRERI  membre des 39 contre la nuit sécuritaire.                    Article paru dans l’Humanité le 31 janvier 2018

Une des caractéristiques d’une époque civilisationnelle tient à la reconnaissance de ses marges et de leurs traitements. Traitement à l’évidence monstrueux dans les totalitarismes, ce qui nous contraint d’en faire un enseignement permanent de la question démocratique. Cette question se travaille plus qu’elle ne s’accueille.

Quelle hospitalité pour la folie n’y échappe pas. Sous les pavés la plage ne se suffira jamais à lui tout seul. Les bannières flottent assez au vent pour changer dans l’instant de direction avec lui. Il y faut la dynamique d’une diversité des pratiques de la folie s’enseignant les unes les autres de la prohibition de tous discours à visée universelle à son endroit.

L’universel comme prescription, dans les sciences de l’homme, ne fait que témoigner du désir de pouvoir de quelques-uns sur tous les autres, philosophes et psychanalystes compris. La prohibition de l’inceste n’est pas une loi universelle, elle n’est jamais que la représentation la plus universalisable, la force de vente, du concept d’interdit par notre espèce parlante. Continuer la lecture de Crise de la psychiatrie, crise de nos démocraties : quelle hospitalité pour nous-même ?

NEUROSCIENTISME ET PEDAGOGIE, UN COUPLE DANGEREUX !

Le Collectif des 39 souhaite réagir à la création à l’Education nationale du nouveau Conseil scientifique par le Ministre J.M. Blanquer, avec à sa tête le Professeur Stanislas Dehaene, spécialiste de psychologie cognitive, et médiatique promoteur des neurosciences.

Ce Conseil scientifique est d’une seule couleur théorique, uniforme et donc réductrice. Blanquer et Dehaene veulent imposer dans l’enseignement une nouvelle pédagogie « fondée sur les preuves » statistiques, à l’image de ce qui se pratique en médecine (Evidence Based Medecine), et que depuis de nombreuses années nos gouvernements successifs tentent d’imposer à la psychiatrie… Pourtant, les résultats de la science statistique peuvent-ils vraiment être directement appliqués, sans recul, ni possibilité de remise en question ? On sait que le moteur de toute(s) science(s) est la capacité de (re)mise en question, de doute fondamental et méthodologique, et que les « bons » résultats d’aujourd’hui constituent parfois les erreurs du lendemain… Continuer la lecture de NEUROSCIENTISME ET PEDAGOGIE, UN COUPLE DANGEREUX !

Attaque du médico social – Alerte enfance en danger !

Marie BAKCHINE   Psychologue / psychothérapeute dans un     CAMSP    Reims, 2017

Le secteur médico-social regroupe 900 000 salariés et prend en charge environ 1 million 500 personnes (enfants et adultes).

C’est un secteur complexe qui accueille dans 35000 structures une population hétérogène pour des missions de soins, d’accompagnement, de prévention, d’actions éducatives, d’intégration, de protection, d’hébergement.

La politique d’austérité mise en place par les gouvernements successifs a porté un coup sévère à la qualité des soins.

Le secteur médico-social et sa branche consacrée à la petite enfance (1) sont aujourd’hui menacés dans leurs pratiques. Jusqu’à présent, les politiques gouvernementales en matière de « santé mentale » ont eu pour conséquence un repli des structures publiques vers celles du médico-social, souvent gérées par des associations privées à but non lucratif.

Les CAMSP par exemple, (Centre Action Médico-Sociale Précoce, prés de 250 aujourd’hui en France) sont créés dans les années 1970 pour accueillir, dépister, annoncer un diagnostic et soigner sur un temps long, grâce à un plateau technique pluridisciplinaire, les enfants et leur famille touchés par un handicap ou une maladie chronique, dans des consultations précoces et proches du domicile. Ils sont aujourd’hui confrontés au démantèlement progressif des hôpitaux publics et plus particulièrement de la psychiatrie de secteur infanto juvénile.

En conséquence, les CAMSP sont contraints de prendre en charge, en nombre croissant, des pathologies psychiques de plus en plus lourdes, habituellement traitées dans les CMPE (2), tels que autismes et psychoses infantiles, afin de pallier une carence d’offre de soin en psychiatrie et de places en hôpitaux de jour. Ceci est le résultat de la mise en place des GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire) qui visent la fusion des structures sanitaires et médico-sociales toujours dans une logique de réduction des coûts et au détriment des personnes en souffrance.

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«12 jours»: La folie ambigüe

Patrick Coupechoux  blog sur Médiapart

Chacun salue la façon dont Raymond Depardon montre des gens que l’on ne voit jamais, qui sont relégués, oubliés. Mais leur a-t-il donné réellement la parole ? Rien n’est moins sûr.

Ce qui est frappant dans le film de Raymond Depardon, c’est son ambigüité, c’est cette façon qu’a le cinéaste – certainement à son corps défendant – de susciter un malaise dont on ignore, sur le coup, réellement les causes.

Il y a tout d’abord cette idée reprise en chœur par tous les médias : celle d’une prise de parole – rare, voire « unique » – des patients. Il est vrai que le cinéaste montre des gens que l’on ne voit jamais, qui sont relégués, oubliés, et c’est l’un des intérêts de son film : avoir rendu visibles les invisibles. Mais leur a-t-il donné réellement la parole ? Rien n’est moins sûr.

Que voit-on en fait ? Des personnes souffrantes face à une institution qui les domine – juges et avocats malgré les efforts de ceux-ci pour se montrer « humains » – et qui clament dans leur parole malhabile, parfois délirante, leur désir de sortir de l’hôpital – ce qui est « la moindre des choses » dans une telle situation. Il est intéressant de comparer, de ce point de vue, 12 jours à un autre film de Raymond Depardon datant des années 1980, Urgences, où l’on entendait, aux urgences psychiatriques de l’Hôtel-Dieu à Paris, de vrais récits de vie – fussent-ils parfois délirants – des histoires humaines.

lire la suite       https://blogs.mediapart.fr/patrick-coupechoux/blog/041217/12-jours-la-folie-ambiguee

 

Urgence pour les hôpitaux psychiatriques

Par Jean-Marcel Bouguereau        La république des Pyrénées

L’hôpital, havre de soins, laisse se perpétrer et se perpétuer des pratiques qui s’apparentent, dans certaines conditions, à des traitements inhumains et dégradants.

Inspecter les prisons, c’est parfois découvrir des conditions de détention dégradantes. Il y a un mois, 30 députés se sont rendus dans 26 établissements pénitentiaires : lors de visites surprises, à Bois d’Arcy ou encore aux Beaumettes, à Marseille, ils ont vu des cellules, des douches, « dans un état de délabrement malheureusement assez avancé », selon la députée LREM du Val-d’Oise, Yaël Braun-Pivet. À la même période, le député François Ruffin alertait sans succès la ministre de la Santé « sur la situation de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel à Amiens et sur la psychiatrie en général : chambres sur-occupées, soins réduits au minimum, détresse des soignants ». Une autre députée LREM, Barbara Pompili, s’y est rendue aussi : « Je savais, on me l’avait dit. Mais je n’avais pas vu. Maintenant j’ai vu. Et je ne pourrai plus oublier. http://www.larepubliquedespyrenees.fr  Continuer la lecture de Urgence pour les hôpitaux psychiatriques

Un communiqué du Collectif des 39 à propos de la disparition programmée des Conventions Collectives du médico-social.

Le collectif des 39 est très inquiet des menaces de disparition des conventions collectives qui régissent actuellement les établissements associatifs du social, du médico-social et du sanitaire privé.

Ces conventions collectives, essentiellement celle dite de 66 et celle dite de 51 en fonction de leur année de création, sont en effet menacées par la mise en place des CPOM (Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens), entités administratives et gestionnaires qui se généralisent partout dans le médico-social à marche forcée sous la pression des A.R.S (parallèlement à la mise en place des G.H.T dans le cadre du service public).

En effet l’article 50 du futur Projet de financement de la Sécurité sociale ( PLFSS ), spécifie que les conventions collectives des établissements regroupés dans les CPOM ne seront plus opposables aux décisions et pratiques de ces derniers puisqu’étant de nouvelles entités juridiquement distinctes.  Continuer la lecture de Un communiqué du Collectif des 39 à propos de la disparition programmée des Conventions Collectives du médico-social.

Communiqué du 25 novembre 2017

Le collectif des 39 salue la mise en ligne de la pétition « Le TDA/H me fâche ! », qui s’inscrit dans le mouvement actuel de prise de conscience des familles et des professionnels du soin et de la santé mentale face aux enjeux de la politique de l’enfance.

Les concepteurs et signataires de cette pétition attirent l’attention sur la question de la validité de ce diagnostic, sur les risques du traitement médicamenteux et sur la présence d’instructions diagnostiques sur un site de l’Education nationale.

Le Collectif des 39 a déjà débattu des questions de l’enfance, notamment lors des assises du sanitaire et du médico-social en 2013 (http://www.collectifpsychiatrie..fr/?p=6869). L’élaboration d’une réflexion a continué en novembre 2014, lors d’un grand forum rassemblant familles, professionnels, citoyens, artistes (http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=7365), puis lors d’un colloque au Sénat en 2015 (http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=7835) et  en octobre 2016 avec le Meeting «Enfance effacée, Résister, Inventer » pour alarmer  sur l’inhospitalité des pratiques prescrites (http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=8317).

D’autres professionnels ont fait de même (pétition « TDA-H : une dangereuse surmédicalisation ? », http://www.stopmedikids.org), afin de contrer la tendance actuelle qui vise à évacuer la dimension psychique, relationnelle et multifactorielle des perturbations de l’attention et de la psychomotricité chez les enfants, qui amène ainsi à « oublier » la possibilité d’un soin psychothérapeutique.

Nous tenions à dénoncer plus précisément le management actuel des soins aux enfants et familles en difficultés. Management organisé par les injonctions de la Haute Autorité de Santé (Recommandation de bonne pratique, décembre 2014), relayées sur l’ensemble du territoire par les Agences Régionales de Santé, et appliquées in fine par les Maisons Départementales des Personnes Handicapées dans le cadre de l’Education nationale. Les MDPH sont les rouages institutionnels qui, en triant bureaucratiquement (sur dossiers) les populations, classent et stigmatisent chaque jour un plus grand nombre d’enfants et de parents, pour une école dite « inclusive ».

En rappelant ces initiatives nous souhaitons œuvrer dans le sens d’une convergence des forces des professionnels,  des familles et des citoyens, pour une meilleure hospitalité pour l’enfance et, plus généralement, contre une « nouvelle psychiatrie » réduite au traitement bio-éducatif des souffrances psychiques.

Débranchez-les !

Sandrine Deloche. Médecin pédopsychiatre                                            Pratiques Les cahiers de la médecine utopique n° 79. Octobre 2017 Dossier : Santé connectée

Quand le numérique s’invite au berceau, on est loin du conte de fée. Irritabilité, agitation, troubles du sommeil, de la communication, retard de langage voire syndrome autistique ont été constatés lors d’une surexposition aux écrans. Une alerte a été lancée sur la toile  !

Un bébé de 7 mois, est assis sur l’herbe à côté de sa mère. Il la regarde parler au téléphone, puis envoyer un texto. Tout est calme bucolique et ensoleillé. La mère dépose le téléphone du côté de l’enfant pour parler à un adulte. Le bébé saisit le téléphone, le met à la bouche, en explore les contours. La mère surprend la scène, lui retire l’objet pour un jouet. Elle reprend, elle, le téléphone en « textotant » quelques instants, le buste et la tête penchés sur l’écran. Le bébé s’impatiente, s’agite. La mère lui parle sans regarder l’enfant qui ne se calme pas. Finalement la mère finit par lui donner le téléphone, qui lui sera retiré par le grand-père, au moment où la mère se lève. Une interaction commence en face à face, le bébé ne réclame plus l’objet. Que nous livre cette scène ? La grande réceptivité du bébé à ce qui nous occupe. Et plus encore, si « ce » est matérialisé. De cette suprématie de l’objet, le bébé en cherchera les ressorts. S’en suit un implicite tenace : l’objet a un pouvoir ! Continuer la lecture de Débranchez-les !

2024 : ÉCRAN TOTAL

Sandrine Deloche. Médecin pédopsychiatre,                                            Pratiques Les cahiers de la médecine utopique n° 79. Octobre 2017 Dossier :  Santé connectée 

Plongez dans l’ère numérique de la Santé Mentale labélisée par le Ministère. www.netcarepedopsy.fr  répond en un clic à tous les soucis de votre enfant.

Pour Émile, vous avez scrupuleusement respecté le programme de préparation à l’école maternelle, en téléchargeant l’application school beauty labélisée par Prevention-Care, conseillé pour chaque petit, afin d’éradiquer les troubles « dys » tout azimut : dysphasie, dyspraxie, dyslexie, dyscalculie…

Cinq heures de training journalier sur écran sont vendues pour faire de votre bambin, un écolier tout terrain répondant aux attendus officiels du Ministère.

Mais, des nuits sans sommeil, des absences de sourires, des cris stridents, des balancements, des colères sans motif d’Émile vous mettent le doute et les nerfs à vif. N’y tenant plus, vous accédez au site www.netcarepedopsy.fr   . Continuer la lecture de 2024 : ÉCRAN TOTAL