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> AUDITION des 39 au SENAT le 9 SEPTEMBRE 2013

NOTES POUR L’AUDITION AU SENAT DU 9 SEPTEMBRE

Je vous remercie au nom du Collectif des 39 de nous auditionner dans le cadre de la révision de la loi du 5 juillet 2011. Nous allons d’une certaine manière vous redire ce que nous avions avancé lorsque monsieur Denys Robillard nous avait auditionné le 9 Juillet dernier avant que son rapport d’étape soit soumis à la discussion parlementaire.

D’entrée de jeu, 2 points :

Il eut mieux valu abroger carrément une loi scélérate que de vouloir l’amender

En même temps nous ne pouvons que saluer le très important travail mené par la commission parlementaire menée par Denys Robillard qui a été réellement à l’écoute des acteurs de terrain : des psychiatres, mais aussi des usagers : familles et patients ; cela pour aboutir à un compromis qu’il considérait lui-même comme provisoire.
Ce compromis voudrait en quelque sorte adoucir le sécuritaire par la médicalisation. Ce qui nous fait aboutir à des paradoxes logiques et très concrets comme les soins sous contrainte en ambulatoire, rebaptisés entre temps programmes de soins. Et qui sont le cœur même de la loi du 5 Juillet. C’est en généralisant l’espace de la contrainte que cette loi nous a paru scandaleuse quand elle fut promulguée et cet aspect demeure dans l’actuel projet.
Il eut mieux valu procéder à une abrogation préalable comme promis avant les présidentielles, pour repenser une nouvelle loi cadre sur la psychiatrie qui aurait commencé par affirmer la primauté des soins libres, et qui aurait réaffirmé et réactualisé la politique de Secteur.
Et même dans le projet actuel, il ne semble pas suffisant d’affirmer que le reste des enjeux de la psychiatrie sera envisagé plus tard ! Il faudrait insister d’emblée sur une politique incitative qui fasse de la contrainte une exception, alors que nous savons que les mesures d’internement n’ont cessé d’augmenter de façon exponentielle avant même la loi du 5 Juillet !
Même si nous manquons de chiffres, nous savons que dans le même établissement les mesures de contrainte aux soins peuvent varier de 1 à 10.
Et que certains multiplient les programmes de soins alors que d’autres dont je fais partie n’en ont aucunement besoin, bien au contraire pour promouvoir des soins libres !
Il s’agirait d’inverser cette tendance lourde et rétrograde pour promouvoir une psychiatrie fondée sur l’accueil et l’hospitalité, recherchant la confiance entre patients, soignants et familles.
A quoi servent ces soins sous contrainte en ambulatoire, qui ne peuvent désormais plus être exécutés de force, et qui nécessitent une relance complète de l’hospitalisation sous contrainte en cas de refus, comme l’a rappelé le Conseil Constitutionnel ?
– A rassurer de façon illusoire les familles qui vont croire que leur proche sera ainsi soigné par des équipes placées sous contrainte de la loi ?
-A rassurer des équipes qui voudraient faire l’économie d’un travail de construction d’un espace de confiance préalable à toute possibilité de thérapeutique ?
-A continuer à faire peur à des patients récalcitrants qui refuseraient de prendre leur traitement ?
Nous le réaffirmons avec insistance : ce sont là de très mauvaises raisons, et il vaudrait mieux purement et simplement abolir ces mesures : un internement peut se faire sous la contrainte, pas un soin psychique !
Il eut mieux valu maintenir les termes de « placement » comme Denys Robillard l’avait préalablement envisagé « pour appeler un chat un chat », et réserver le terme de soin à un registre contractuel, négocié et renégocié autant que de besoin tout au long d’une prise en charge.
Cela constitue le quotidien de nombreuses équipes qui se passent de tout « programme de soins », ou qui ne les utilisent que dans les très rares situations cliniques que la loi de 90 encadrait déjà en terme de sorties à l’essai. Pourquoi réintroduire ces sorties à l’essai pour les limiter à seulement 48 H ? Nous pourrions évoquer les longs week-ends et tenter de négocier leur durée, mais surtout imaginer qu’elles pourraient venir en lieu et place des programmes de soins qui n’introduisent que de la confusion et une sécurité illusoire.
Ainsi l’hôpital retrouverait une fonction contenante dans le bon sens de ce terme , à charge pour des équipes relancées par le législateur de faire que ces lieux d’hospitalisation retrouvent ou réinventent leur fonction thérapeutique, sans laisser croire à une pseudo accélération de la « guérison » par la mise en isolement, la contention et l’administration de traitements à forte doses sans cesse présentés comme des panacées ou pire des avancées de la science !
Le tout à marche forcée aboutissant à rejeter de l’hôpital et souvent sans concertation avec les proches des patients gavés de traitements qu’ils s’empressent de rejeter.
Nous l’avons déjà dit à Denys Robillard : ces pratiques barbares ne cessent de progresser dans les établissements (enfermement et contention) et leur protocolisation ne fait malheureusement que les cautionner !
Du coup l’hospitalisation devient l’exact contraire d’un temps fort quelquefois nécessaire pour qu’un patient puisse se rassembler, réduire les excès de son délire quand celui-ci l’empêche de vivre, et se préparer à la sortie avec le soutien d’une équipe ambulatoire. Puisque c’est dans l’ambulatoire et l’espace de la cité que des soins peuvent être prodigués au long cours lorsqu’ils sont nécessaires et négociés entre les uns et les autres.
Et que ces soins libres devraient constituer la base même d’une politique de secteur à refonder dans un contexte difficile.
En conséquence, à défaut d’une abrogation pure et simple de la loi du 5 juillet, nous demandons la suppression pure et simple des soins sans consentement en ambulatoire pour les remplacer par des sorties à l’essai qui devraient rester marginales et permettre la réinsertion dans la cité.
Un tel changement ne prendrait de valeur qu’à la faveur d’une relance politique d’une psychiatrie fondée sur l’accueil et des valeurs humanistes de solidarité.
Cette politique pourrait aussi se fonder sur les nouvelles convergences qui ont pu se construire entre des collectifs d’usagers, de familles et de soignants qui ont trouvé récemment, les 31 mai et 1° juin, l’expression de leur rassemblement massif dans les Assises citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médicosocial appelées par le Collectif des 39.

Pour le Collectif des 39
Dr Patrick Chemla
Psychiatre chef de pôle Reims, Centre de jour Antonin Artaud

Intervention lors de l’audition de la commission des affaires sociales du Sénat le 9 septembre 2013 (Serge Klopp)

Dès 2010 nous nous sommes opposés au projet de révision de la loi de 1990
Notamment en ce qui concernait le projet liberticide des soins ambulatoires sous contrainte.
Certes, certaines dérives du régime des sorties d’essai posaient question. C’est la raison pour laquelle, certaines associations d’usagers étaient favorable à la révision de la loi de 1990.
Mais cela ne justifiait pas l’instauration de cette extension liberticide de l’internement.
Je rappelle qu’en 2011, l’ensemble des parlementaires de gauche se sont opposés à ce projet en le qualifiant expressément de « sécuritaire » et de « liberticide ».
D’autant que cette forme de contrainte, non seulement échappe au contrôle du JLD, mais en plus entraîne chez les soignants une banalisation de l’internement – fut-il à domicile.
Nous parlons d’internement, parce qu’il s’agit bien d’une mesure de droit d’exception entraînant une privation de certains droits fondamentaux, qui ne dit plus son nom.

Etant donné que les sorties et permissions d’essai sont réintroduites dans le projet actuel, et de ce fait soumises au contrôle du JLD, nous considérons qu’il n’y a plus lieu de maintenir les soins ambulatoires sous contraintes. C’est pourquoi nous proposons leur abrogation.
Ce qui remettrai l’accent sur le caractère d’exception de ces mesures.

Au-delà se pose la question plus globale des enjeux politiques de la psychiatrie.
Certes, les politiques n’ont pas à définir les bonnes pratiques en psychiatrie. Mais la définition des missions et du soin en psychiatrie les concerne.
La psychiatrie n’aurait-elle pour mission que de traiter des troubles et des symptômes (comme le préconisaient les rapports Cléry Mélin en 2003 et Couty en 2009), ou de normaliser et contrôler les populations ?
La psychiatrie n’a-t-elle pas, avant tout, à soulager la souffrance d’un sujet ? Ce qui implique une clinique qui repose sur la relation et la confiance. Ce qui se construit avec la personne.

Or la banalisation de la contrainte vient structurer une culture soignante, où ce n’est plus au soignant de faire l’effort d’aller vers le patient et d’établir un lien thérapeutique de confiance. Puisque le patient est obligé de venir. Les soignants considérant dans ce cas là que cela suffit !
Maintenir les soins ambulatoires sous contrainte et leur banalisation revient donc à définir la psychiatrie avant tout comme outil de contrôle et non comme système de soins chargé de soulager la souffrance de nos concitoyens.
Nous récusons cette conception et c’est pourquoi nous insistons sur la nécessité de l’instauration d’une grande loi sanitaire redéfinissant les missions humanistes de la psychiatrie.

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> Regards croisés sur la loi du 5 juillet 2011

Vendredi 4 octobre 2013
Centre équestre « Les Cavaliers du Pays Cathare » à Magrin (81) 20 heures

RESPECTER LES DROITS, CONTROLER, JUGER, CONTRAINDRE …PSYCHIATRIE SOUS SURVEILLANCE ?

« Le fou n’est coupable de rien. La folie n’est pas une infraction » Serge PORTELLI
La loi du 5 juillet 2011 s’inscrit dans un contexte sécuritaire et une politique illusoire du risque zéro qui conduit à faire du soin psychiatrique un outil au service de l’ordre public et de la sécurité.
Cela rend de fait, le soignant acteur et comptable de cette mission.
Prévenir, protéger, soigner sont-ils des concepts dépassés ?

Comment analyser la loi du 5 juillet 2011 réformant les modalités d’hospitalisations sans consentement en psychiatrie ?

Que penser de la judiciarisation des patients ? De la psychiatrisation de la justice ?
Quel bilan peut-on dresser de l’intervention du Juge des Libertés et de la Détention, du respect des droits des patients, des convocations au tribunal, des possibles amalgames folie/délinquance ou encore des programmes de soin, des soins contraints à domicile…

Quelles répercussions sur les patients, les familles et les équipes concernées ?
La Psychiatrie n’est pas là pour surveiller ou contrôler, elle est là pour prendre soin.
Mais alors quel rôle et quelle place pour la justice ?
Dans le cadre de la contrainte aux soins psychiatriques, comment concevoir, imaginer, mettre en œuvre cette dualité Psychiatrie/ Justice. Une fusion, une union ! Pour le meilleur…

Nous vous proposons ce soir un débat intitulé : « Regards croisés sur la loi du 5 juillet 2011 »

Avec la participation de Serge PORTELLI , Président de chambre à la Cour d’Appel de Versailles
et Thierry NAJMAN, Psychiatre, Psychanalyste, Chef de Pôle.

06 87 28 08 05 Mail : lespsycausent@gmail.com
Site: http://lespsy-causent.over-blog.fr/
Entrée libre – PS : Les plats ou boissons que tu apporteras seront partagés…avec justice et sans contrainte !

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> La psychiatrie en contrebande

Pourparlers en Picardie et l’ICSMP vous invitent à une rencontre avec

Patrick Chemla

Psychiatre, Psychanalyste, Chef de service au Centre Antonin Artaud à Reims, Membre du Collectif des 39,
Auteur de Expériences de la folie, Erès 2010, La fabrique du soin, Erès 2012, etc

La psychiatrie en contrebande

Le mercredi 25 septembre 2013 à 20 h 30
Amphi Jean Cavaillès, 3 place Dewailly, 80000 Amiens

Il sera ici question d’une certaine psychiatrie, qui, prenant appui sur la psychanalyse, a inventé depuis la 2°
guerre mondiale la Psychothérapie Institutionnelle et le Secteur.
Cette psychiatrie recouvre un ensemble hétérogène qu’il est difficile de nommer, en tout cas pour le
moment. Entre la destruction de l’ordre asilaire ancien produisant le mouvement du Secteur et le lent déclin
des pratiques respectueuses de l’humain, nous avons traversé le plus souvent à notre insu une période
politique qu’il nous faudra caractériser : régression ? Ou marche en avant d’un néolibéralisme articulé avec
toutes les techniques d’instrumentalisation de l’humain ?
Dans cette situation la psychiatrie est redevenue un enjeu politique crucial, mettant en évidence et
condensant tous les processus de destruction des collectifs, de ravalement de l’éthique et de formatage des
subjectivités.
La question peut se poser en termes de résistance, qu’il faudrait articuler avec la construction de lieux de
production d’une contre-culture, où d’autres rapports sociaux s’inventent entre patients et soignants, où une
autre langue se dégage des enjeux de la production marchande et de la démarche qualité.
Nous avons besoin dans ce contexte d’un incessant mouvement de rassemblement de tous ceux qui se
refusent à cette « Nouvelle raison du Monde » (cf Dardot et Laval). Il est également certain que sur le
terrain, dans les institutions, la praxis politique et clinique en passe déjà par l’usage de la ruse (la metis
d’Ulysse) pour tenir bon et transmettre l’essentiel : l’ambiance, le souci de l’autre, l’humour, l’hospitalité au
tout autre et à l’énigme du désir inconscient.

Soirée co-organisée par l’Association Pourparlers en Picardie, 93 rue Vulfran Warmé,80000 Amiens et l’Institut Collégial pour la santé mentale en Picardie (ICSMP), hôpital de jour la Marelle, 18 boulevard Carnot, 80000 AMIENS.

Contact et infos :
jeanwattiau@gmail.com
contact@icsmp.fr
http://pourparlersenpicardie.jimdo.com/
http://www.icsmp.fr/
Entrée gratuite pour les adhérents Pourparlers en Picardie et ICSMP
Non adhérents : entrée 5 euros (tarif plein) /ou 3 euros (étudiants ou demandeurs d’emploi).

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Le collectif est à Jazz in Marciac

AVEC LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DU GERS ET LES 39
Dimanche 4 août 2013
à 14h30

Salle des arènes
(Chemin de ronde, à proximité des arènes)

Projection-débat

organisé par le Collectif des 39

« Création artistique et soins psychique, est-ce encore possible ? »

Projection du film

« Le dernier voyage de l’Arbre Rose »

de Philippe Borel et Suzanne Allant

24 min

* * *

Ce film est un témoignage de l’atelier d’expression libre « l’Arbre Rose » qui après 35 ans d’existence a du fermer ses portes en décembre dernier.

A l’heure où la santé mentale est médicalisée et où les hôpitaux ont d’autres priorité, comment réagir quant eu devenir incertain des ateliers d’expression intra-hospitaliers, qui ferment les uns après les autres au départ en retraite de leurs animateurs .

Débat en présence de Jean-Bernard Couzinet, plasticien ; animé par Simone Molina, psychanalyste et Sylvie Prieur, psychologue clinicienne, membre du collectif des 39.

Lundi 5 août 2013
à 14h30

Au Cinéma
(place du Chevalier d’Antras)

Projection-débat

organisé par le Collectif des 39

« Où en est l’accueil en psychiatrie ?»

« 15 jours ailleurs »

Réalisation Didier BIVEL, Productrice Elisabeth ARNAC

Acteurs : Didier BOURDON, Judith CHEMLA, Agathe DRONN, Bernard VERLEY

Laurent BATEAU, Camille PANONACLE

90 min

* * *

Vincent fait un burn out au bureau. Il est hospitalisé « sous contrainte » par sa femme en unité psychiatrique. Lors de ce séjour, Vincent se lie d’amitié avec une jeune psychotique, Hélène, qui veut absolument sortir pour revoir son enfant. Elle convainc Vincent de fuguer avec elle.

Ce court voyage va les amener au delà de leur destination.

Débat en présence de la productrice, Elisabeth Arnac, animé par Paul Machto, psychiatre, membre du collectif des 39 et un représentant de l’UNAFAM

Mardi 6 août 2013
à 14h30

Salle des arènes
(Chemin de ronde, à proximité des arènes)

Projection-débat

organisé par le Collectif des 39

« Un parcours singulier en psychiatrie, un exemple africain »

Projection du film

« Les enchaînés»

réalisé par Alexis Duclos

* * *

En Afrique, une réalité existe à propos des malades mentaux : trop nombreux d’entre eux sont « condamnés » à l’errance ou à être enchaînés parfois pendant longtemps faute de lieux de soins et de soignants.

Ce film retrace le parcours d’un homme qui, après avoir lui même traversé une période de désarroi, s’est révolté contre cette situation et s’est engagé pour développer un accueil humain et des soins dignes. Sans aucune formation il a œuvré avec d’autres pour créer des centres de soins en Côte d’Ivoire et au Benin.

Cela pose des questions très actuelles qui concernent aussi la situation française où l’on assiste au retour des pratiques de contention. Quel accueil pour la folie ? Quelle implication et quelles alliances possible entre professionnels, les usagers et leurs familles ? C’est aussi une question centrale qui concerne une société dans son ensemble : quelle place pour l’humain, dans notre monde actuel ?

Débat animé par Bénédicte Maurin, éducatrice et Philippe Bichon, psychiatre, membre du collectif des 39

Notez aussi que le mardi 6 août à 18 h -la pièce de Rosemonde Cathala à la salle des fêtes, Gerschwin, l’esprit du Jazz, à propos de Thélonious Monk. Il y aura un quartet qui jouera la musique créée par Emile Parisien.

« L’ESPRIT DU JAZZ – GERSHWIN » 3 au 10 AOUT

Une rencontre inédite entre Thelonious Monk et Louis Armstrong autour d’un enregistrement devenu célèbre : « The man I love » dans la chanson de Gershwin avec Miles Davis. Pour Monk, ce jour là Miles a tué le plus grand moment du Jazz en brisant son solo. Il n’a pas compris que Monk allait atteindre le son pur juste après le silence… Créé en 2008 à Jazz In Marciac, ce spectacle revient cette année dans une ultime version ! (conseillé à partir de 12 ans) Spectacle théâtral et musical (publié aux ed. E.T.G.S.O. vol.13 : www.etgso.com/)

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> Audition MISMAP Collectif des 39 – 9 juillet 2013

Audition MISMAP Collectif des 39 9 juillet 2013

1) Dr Mathieu Bellahsen

Le collectif des 39 travaille depuis plus de cinq ans pour une psychiatrie promouvant des soins psychiques fondés sur l’accueil et l’hospitalité. Il regroupe des soignants de toutes catégories professionnelles, des usagers, des familles et des gens du monde de la culture.
Nous prenons acte de la volonté d’apaisement dans la rédaction de la proposition de loi et considérons comme des avancées positives:

1- la suppression du statut spécial des patients passés en UMD

2- la mise en place de sorties de courte durée non accompagnées (ce qui ne modifie pas le mode de l’hospitalisation temps complet). Mais le délai maximal de ces sorties non accompagnées est de 48h, ce qui semble trop court. Pourquoi d’ailleurs les limiter ?

 Nous demandons un allongement de ce délai. 3- La suppression du certificat de J5-J8 4- L’intervention du JLD à 10J en audience foraine+++
Pour autant, le problème central est celui du cadre de discussion comme va l’abordera après moi Patrick Chemla, et notamment l’existence de soins sans consentement en ambulatoire. Nous le répétons, la garantie que ces soi disant « soins » soient de véritables soins est maigre voire nulle.
Rappelons qu’avant l’avis du conseil constitutionnel, la loi de juillet 2011 était fondée sur un postulat erroné qui, pour aller vite, qui confondait « soins » et « prise des médicaments ». Dans cette optique réductrice les soins se limitaient à être certain que les patients psychotiques aient une « injection mensuelle de neuroleptique retard » puisque des nouveaux médicaments étaient supposés mieux soigner les troubles psychiques (ce qui est faux, aucune avancée réelle depuis 50 ans dans la chimiothérapie).
Lors des Assises de la psychiatrie et du médico-social les 31 mai et 1er juin derniers, qui ont été un franc succès avec plus d’un millier de personnes présentes, nous avons consolidés notre engagement commun contre la bascule de paradigme opérés par la création de ces « soins sans consentement en ambulatoire ». La malaise était d’ailleurs perceptible par le législateur dans la loi de juillet 2011, puisque ces soit disant « soins » n’apparaissent que sous la paraphrase de « soins selon l’article… »
Malgré les critiques du pré-rapport de la mission parlementaire, deux points importants n’ont pas été modifiés :
– l’expression « soin » n’est pas remplacée par le mot « placement »
– les soins sans consentement en ambulatoire et les programmes de soins ne sont pas remis en question malgré le déplacement de la contrainte centré sur un lieu, l’hôpital, vers une contrainte centré directement sur la personne.
C’est une bascule puisque l’extension du champ de la contrainte est devenue illimitée, tant sur le nombre de personnes qui sont concernées, que sur son temps d’application. Par ailleurs cette contrainte peut défausser les professionnels de travailler à un lien thérapeutique avec patients et famille fondé sur la confiance.
En conclusion le point négatif central est la perpétuation des « soins ambulatoires » et « soins à domicile ». Soyons clairs, ce ne sont pas d’autres « modalités de soins » mais d’autres modalités de contrainte aux soins en ambulatoire.
Après cette remise en question du cadre général de la loi, les autres points à modifier sont :

1- Il n’y a pas de délai clairement donné à l’administration pour modifier une prise en charge d’hospitalisation complète en SSCA, ce qui dans la pratique laisse latitude à l’administration de nous faire mariner et de refuser cette modification parce qu’on est pas dans les délais, « qu’il aurait fallu s’y prendre plus tôt » etc.

 l’inscription dans la loi d’un délai de la décision du directeur pour la transformation du mode contraint de prise en charge est une mesure importante

2- la vidéoaudience est certes encadrée mais n’est pas supprimée. Nous plaidons pour sa suppression pure et simple, là aussi le principe en lui-même ne peut subir d’adaptation

3- La primauté de la confidentialité de l’audition et non sa publicité sont indispensables pour des raisons compréhensibles cliniquement : la levée partielle du secret médical (certificats), audition devant d’autres patients de l’hôpital

4- Enfin, dans le cas des SPDRE, pour une permission, le psychiatre doit faire la demande 48h avant. Le préfet peut s’y opposer jusqu’à 12h avant la permission, ça semble très court et cliniquement ça peut créer des tensions inutiles avec les patients

 Un temps entre le délai d’opposition du préfet et la sortie du patient plus long (24h par exemple au lieu de 12h) nous semble préférable

2) DrPatrickChemla

Notes pour l’audition du 9 juillet par la commission en charge de l’avenir de la Psychiatrie
Une fois l’exposé de Mathieu Bellahsen effectué, je ne rajouterai rien sur le projet de loi lui- même, sinon qu’il est manifestement le fruit d’un compromis, et qu’il voudrait en quelque
sorte adoucir le sécuritaire par la médicalisation. Ce qui nous fait aboutir à des paradoxes logiques et très concrets comme les soins sous contrainte en ambulatoire, rebaptisés entre temps programmes de soins. Et qui sont le cœur de la loi du 5 Juillet. C’est en généralisant l’espace de la contrainte que cette loi nous a paru scandaleuse quand elle fut promulguée et cet aspect demeure dans l’actuel projet.
Il eut mieux valu procéder à une abrogation préalable comme promis, pour repenser une nouvelle loi sur la psychiatrie qui aurait commencé par affirmer la primauté des soins libres.
Et même dans le projet actuel, il ne semble pas suffisant d’affirmer que le reste des enjeux de la psychiatrie sera envisagé plus tard ! Il faudrait insister d’emblée sur une politique incitative qui fasse de la contrainte une exception, alors que nous savons que les mesures d’internement n’ont cessé d’augmenter avant même la loi du 5 Juillet !
Il s’agirait d’inverser cette tendance lourde et rétrograde pour promouvoir une psychiatrie fondée sur l’accueil, recherchant la confiance entre patients, soignants et familles.
A quoi servent ces soins sous contrainte en ambulatoire, qui ne peuvent désormais plus s’exercer sous la contrainte, et qui nécessitent une relance complète de l’hospitalisation sous contrainte en cas de refus ? A rassurer de façon illusoire les familles qui vont croire que leur proche sera ainsi soigné par des équipes placées sous contrainte de la loi ?
A rassurer des équipes qui voudraient faire l’économie d’un travail de construction d’un espace de confiance préalable à toute possibilité de thérapeutique ?
A continuer à faire peur à des patients récalcitrants qui refuseraient de prendre leur traitement ?
Nous le réaffirmons avec insistance : ce sont là de très mauvaises raisons, et il vaudrait mieux purement et simplement abolir ces mesures : un internement peut se faire sous la contrainte, pas un soin psychique !
Il eut mieux valu maintenir les termes de « placement » comme Denys Robillard l’avait préalablement envisagé « pour appeler un chat un chat », et réserver le terme de soin à un registre contractuel, négocié et renégocié autant que de besoin tout au long d’une prise en charge.
Cela constitue le quotidien de nombreuses équipes qui se passent de tout « programme de soins », ou qui ne les utilisent que dans les très rares situations cliniques que la loi de 90 encadrait déjà en terme de sorties à l’essai. Pourquoi réintroduire ces sorties à l’essai pour les limiter à 48 H ?
Nous pourrions évoquer les longs week-ends et tenter de négocier leur durée, mais surtout imaginer qu’elles pourraient venir en lieu et place des programmes de soins.
Ainsi l’hôpital retrouverait une fonction contenante dans le bon sens de ce terme , à charge pour des équipes relancées par le législateur de faire que ces lieux d’hospitalisation retrouvent
ou réinventent leur fonction thérapeutique, sans laisser croire à une pseudo accélération de la « guérison » par la mise en isolement, la contention et l’administration de traitements à forte doses sans cesse présentés comme des panacées ou pire des avancées de la science !
Le tout à marche forcée aboutissant à rejeter de l’hôpital et souvent sans concertation avec les proches des patients gavés de traitements qu’ils s’empressent de rejeter.
Nous vous l’avons déjà dit : ces pratiques barbares ne cessent de progresser dans les établissements et leur protocolisation contrôlée ne fait malheureusement que les cautionner !
Il s’agit de l’exact contraire d’un temps fort quelquefois nécessaire pour qu’un patient puisse se rassembler, réduire les excès de son délire quand celui-ci l’empêche de vivre et se préparer à la sortie avec le soutien d’une équipe ambulatoire. Puisque c’est dans l’ambulatoire et l’espace de la cité que des soins peuvent être prodigués lorsqu’ils sont nécessaires et négociés entre les uns et les autres.
Et qu’ils devraient constituer la base même d’une politique de secteur à refonder dans un contexte difficile.
En conséquence, à défaut d’une abrogation pure et simple de la loi du 5 juillet, nous demandons la suppression pure et simple des soins sans consentement en ambulatoire pour les remplacer par des sorties à l’essai qui devraient rester marginales et permettre la réinsertion dans la cité.
Un tel changement ne prendrait de valeur qu’à la faveur d’une relance politique d’une psychiatrie fondée sur l’accueil et des valeurs de solidarité.
Cette politique pourrait aussi se fonder sur les nouvelles convergences qui ont pu apparaitre entre des collectifs d’usagers, de familles et de soignants qui ont trouvé récemment l’expression de leur rassemblement dans les Assises citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médicosocial, appelées par le Collectif des 39.

3) MatthieuDissert

L’hospitalisation sous contrainte qu’il s’agisse de son ancienne ou sa nouvelle dénomination est un acte d’une violence extrême, bien sûr elle est parfois nécessaire même quand le patient adhère à ses soins, il peut arriver qu’une crise le conduise à refuser une hospitalisation.

1- une hospitalisation sous contrainte commence souvent par l’intervention de la force publique et des pompiers avec, parfois, une violation du domicile du patient.

2- lors de l’arrivée à l’hôpital, on vous dépouille de vos vêtements et effets personnels. 3- parfois on vous enferme, voire même on vous attache.
La nécessité de cette procédure n’en atténue pas moins la violence et cette violence ne peut être considérée comme un soin.
Dans le meilleur des cas la crise passe et le délire diminue, et la contrainte cesse, c’est là que commence le soin.
Certaines équipes, refusent d’admettre que si le patient n’adhère pas au soin, il s’agit bien de leur échec, le patient n’étant en aucun cas responsable de ce qui lui arrive.
Les soins sous contrainte en ambulatoire sont la perpétuation de cette violence initiale, qui devient une menace, l’hospitalisation faisant office de sanction de type carcérale.
Il est inadmissible que sous prétexte de l’incompétence de certaines équipes de « soins » soit renforcée par une loi qui leur permet de se passer de faire leur travail, établir le contact et instaurer la confiance.
Un traitement médicamenteux non accepté aura des effets qui augmenteront son rejet.
Les soins sous contrainte en ambulatoire, loin d’améliorer la prise en charge, ont et auront pour effet de maintenir les mauvaises pratiques violentes des mauvaises équipes.

4) Dr Thierry Najman

Juste quelques mots de conclusion, afin de préciser encore trois points, dans la lignée et la philosophie de ce qui vient d’être évoqué :
Il est étonnant que le rapport d’étape ne dise rien au sujet de cette nouvelle mesure d’hospitalisation, introduite par la loi du 5 juillet 2011, appelé « péril imminent sans tiers » mais que l’on pourrait paradoxalement et logiquement qualifié « d’HDT sans tiers ». Ce nouveau mode de placement est source de confusion et d’ambiguïté sur plusieurs points. Sur le terrain, il est possible de constater son utilisation dévoyée dans un certain nombre d’hôpitaux. Dans différents SAU, par exemple, des médecins adoptent cette mesure par commodité, face à une surcharge de travail, afin de ne pas avoir à rechercher un tiers qui pourtant existe et pourrait venir signer un certificat en se déplaçant jusqu’au SAU. Cette SPDT sans tiers reflète, au même titre que d’autres aspects de cette loi, l’idéologie sécuritaire qui la sous-tend et dans laquelle elle prend son origine. Sur le terrain, de nombreux acteurs hésitent quant à la façon d’interpréter et de mettre en pratique la loi à son sujet. Lorsqu’un membre de la famille ou un ami se manifeste dans un second temps, et que la mesure avait été prise faute de tiers, est-il possible, ou même est-il souhaitable, de la transformer en SPDT ? Il ne serait pas inutile que le projet de loi clarifie ce qu’il en est cette modalité d’hospitalisation ambiguë et source de dérives potentielles que l’on observe déjà dans la pratique sur certains secteurs.
Par ailleurs, il faut reconnaître les avancées de ce projet de loi en matière d’allègement bureaucratique, avec en particulier la disparition du certificat du 8ème jour. Cependant, il serait probablement possible d’aller un peu plus loin dans ce domaine afin de favoriser le développement du temps soignant relativement au temps purement administratif. D’autres certificats ne sont bien souvent que des copies inutiles des précédents et mobilisent des médecins dans des services sous dotés en temps médical. Il nous faut créer les conditions d’un meilleur accueil de nos patients et élaborer un cadre de travail mettant l’accent vers un soucis clinique plus qu’un souci bureaucratique. De surcroît, dans beaucoup de services, tous les médecins ne disposent pas de la signature concernant les certificats. En des temps de pénurie, et après les diminutions d’effectifs de ces dernières années dont nous n’avons peut-être pas encore vu le bout, il nous faut ménager ce qui reste de moyens humains et employer ces moyens humains sur le terrain de la relation au patient, de l’échange clinique, et des activités thérapeutiques. Nous savons que la déflation du temps passé auprès des patients et la diminution du temps soignant sont des facteurs d’accroissement de la contrainte, de l’enfermement, voir de la contention. Or, il est clair que depuis un certain nombre d’années le mouvement général est celui de l’addition des protocoles, à l’utilisation des ordinateurs (y compris en matière de soins sans consentement) et à l’accumulation contre productive de formulaires en tout genre.
Un dernier point, pour appeler à la prudence en matière de systématisation de l’intervention des avocats, tel que le prévoit le projet de loi. Une meilleure information des patients est indéniablement souhaitable, concernant le droit des malades, et la possibilité de se faire assister d’un avocat au moment où le patient le souhaite. Le matériel doit être fourni pour rédiger un éventuel courrier, ainsi peut-être, qu’une liste d’avocat, avec les démarches précises pour être mis en relation avec un avocat commis d’office. Un livret d’accueil clair à ce sujet est nécessaire. Mais une systématisation trop poussée dans ce domaine comme dans d’autres, un défaut d’adaptation, par conséquent, à la singularité du cas, une logique trop purement juridique, ne prenant pas suffisamment en compte la dimension clinique de cette question, pourrait parfois produire des résultats contraires à l’intérêt du patient et au but rechercher. Cela suppose une discussion au cas par cas avec le patient et ses proches. Enfin, comme cela avait noté lors des précédentes auditions, il serait véritablement important que le juge, en cette circonstance particulière, puisse être requalifié de «juge des libertés» et que soit officiellement écarté le terme de « détention » qui renforce malheureusement l’amalgame trop souvent relevé, entre maladie mentale et dangerosité. La très grande majorité des patients ayant des soins sans leur consentement n’ont commis aucun délit, aucun crime, et le terme de « juge des libertés et de la détention » n’aide pas les patients à penser que le juge est présent pour les protéger, ce qui est pourtant la réalité.

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Une politique « fondée sur l’évidence scientifique » ?

Une politique « fondée sur l’évidence scientifique » ?
Pierre Dardot

Je reprends à mon compte ce qui vient d’être dit par Jean Oury sur la « bureaucratie exacerbée » :
le Troisième Plan Autisme présenté par Madame Carlotti nous fait respirer d’un bout à l’autre ce que Marx appelait à juste titre en 1843 dans sa Critique du droit politique hégélien, « l’esprit de la bureaucratie ».
« L’esprit de la bureaucratie » : l’expression sonne tout de même étrangement, fera-t-on remarquer, car l’absence d’esprit n’est-elle pas la caractéristique même de la bureaucratie, de toute bureaucratie ? Il y a malgré tout un « esprit de la bureaucratie » : en disant cela, Marx pensait à l’esprit de secret et de mystère de la vieille bureaucratie d’Etat qui se protège à l’intérieur par sa hiérarchie et à l’extérieur par son caractère de société fermée, protégée de la société réelle par ses rites, sa langue, ses procédures de cooptation, bref par tout un « formalisme ». C’est pourquoi il définit la bureaucratie comme le « formalisme d’Etat ».

Que le texte du Plan Autisme soit imprégné jusqu’à saturation de ce formalisme dans sa langue et son écriture, voilà qui n’est pas douteux. Il l’est jusque dans ses moindres formulations, jusque dans son goût immodéré pour les subdivisions mécaniquement reproduites d’une partie à l’autre (I. A. B. 1. 2. 3., etc.), jusque dans ses blancs si méticuleusement mesurés, jusque dans la monotonie affligeante de son lexique (en particulier dans les 37 « Fiches Action » qui occupent à elles seules près de 90 pages sur les 121 que compte ce rapport !), jusque dans son abus de l’abréviation (que l’on songe à l’insupportable attente qui est la nôtre en tant que lecteurs puisque c’est seulement à la page 59 que le sigle « RBP » se substitue enfin à notre plus grand soulagement à l’expression « recommandation de bonnes pratiques » et seulement à la page 68 qu’apparaît le sigle « RBP HAS 2011» !). Pourtant, d’un autre point de vue, il pourrait sembler qu’aujourd’hui, à l’inverse de l’époque de la bureaucratie prussienne, tout est étalé, dit de manière directe et transparente : plus de demi-mots ou de formulations allusives, les objectifs sont ouvertement affichés et, en un sens, jamais les choses n’ont été dites aussi clairement et crument. Il suffit de lire le Plan Autisme III pour s’en convaincre. On affirme dans un passage relatif à la formation des acteurs que « l’autisme est un trouble neuro-développemental » et qu’il est essentiel aux professionnels comme aux familles de le savoir (p. 26). On prescrit à la recherche de s’orienter vers la « découverte de marqueurs biologiques » en arguant du fait que leur identification « pourrait ouvrir la voie » à la connaissance des causes de cette pathologie.
A cette fin, on préconise d’ « inclure » la recherche sur l’autisme dans celle qui est développée dans le domaine des neurosciences, de la psychiatrie, des sciences cognitives et des sciences de l’homme et de la société (p. 21). On attend de l’Association nationale des CRA qu’elle facilite par son action le développement de « pratiques de prise en charge homogènes » (p. 14) et qu’elle permette d’« harmoniser » les pratiques des CRA (p.19). On prévoit de confier à la HAS l’organisation d’une audition publique en vue de « l’élaboration de recommandations de bonne pratique » pour les adultes sur le modèle de celles qui ont été faites pour les enfants (p.15). On invite les étudiants des futures licences professionnelles à découvrir la diversité des méthodes existantes « compatible » avec les RBP de la HAS (p. 28 : le lecteur découvre ainsi le charme discrètement bureaucratique de la « diversité compatible » !). Dès décembre 2012, le rapport du sénateur Milon, administrateur de FondaMental, avait donné le ton et enfoncé le clou en réduisant d’entrée de jeu la psychiatrie à une spécialité médicale qui relève des mêmes « critères d’évaluation » (p. 47) que les autres disciplines médicales et appelle à mots couverts à étendre la « validation scientifique » pour faire pièce à l’intérêt pour la psychanalyse (puisque c’est l’absence de validation qui « renforce l’intérêt pour la psychanalyse », comme l’aveu en est fait à la p. 43 du rapport!).

Je voudrais m’arrêter à une phrase de ce Plan qui me paraît mériter toute notre attention. Elle figure à la page 22, c’est la première phrase du 3. de la partie B du IV consacrée aux « axes prioritaires de la recherche ». Elle dit exactement ceci : « Les politiques de santé publique demeurent au plan international, et également en France, insuffisamment « fondées sur l’évidence » scientifique. » Le scrupule le plus élémentaire m’oblige à préciser que les trois mots « fondées sur l’évidence » sont mis entre guillemets par l’auteur de ce Plan. Il faut lire cette phrase remarquable tant elle résume à elle seule « l’esprit de la bureaucratie ». Les mots placés en italiques « fondées sur l’évidence » renvoient manifestement à l’expression anglaise « evidence based medicine » devenue par abréviation « EBM ». On sait que cette expression a été forgée dans les années 1980 au Canada pour baptiser une pratique qui était déjà entrée en vigueur depuis plusieurs années. Le rapport d’information du sénateur Milon de décembre 2012 déplore à cet égard : « La France a par ailleurs un faible taux de suivi des recommandations internationales, notamment parce que certains praticiens contestent l’evidence based medicine qui fonde les études anglo-saxonnes. Elle paraît à certains praticiens trop abstraite face aux pratiques de la psychiatrie française et au cas singulier de chaque patient » (p. 34).
On admirera au passage le « certains » de certains praticiens et le « paraît » de l’expression « elle paraît ». Cependant là n’est pas le plus important. La phrase citée du Plan joue sur l’équivoque du mot anglais « evidence » et sur la difficulté de rendre exactement en français l’expression anglaise : on convient le plus souvent de parler de « médecine factuelle » ou de « médecine fondée sur des preuves ». Le terme anglais « evidence » peut se traduire tout aussi par « données probantes » que par « preuves » : il fait en tant que tel partie du vocabulaire de l’enquête policière, tout particulièrement de celui de la police scientifique à laquelle il incombe précisément au cours de l’enquête de recueillir et de réunir le maximum de preuves (comme on peut l’apprendre en regardant une série policière américaine). De là la double traduction que l’on rencontre souvent : « médecine factuelle » ou « médecine fondée sur les preuves », selon que l’on privilégie les seules données factuelles ou la force des preuves. Et c’est en ce point que le mot français « évidence » est introduit à point nommé pour s’annexer les sens du mot anglais : en français le mot a le sens de ce qui se voit de soi-même, dans une visibilité immédiate qui contraint l’assentiment de l’esprit. Peu importe que cette introduction soit consciente ou non. Ce qui est symptomatique, c’est l’association implicite de la preuve et de l’évidence qui appartient à une épistémologie dépassée. Il n’est en effet aujourd’hui aucun épistémologue sérieux pour soutenir que la preuve scientifique relève de l’évidence.
La preuve suppose tout un montage, patient, laborieux et souvent collectif, qui n’a rien à voir avec la visitation de l’esprit illuminé par l’éclat insoutenable de la vérité. Une politique « suffisamment » fondée sur l’évidence scientifique, vraiment fondée sur cette évidence, est par conséquent, tout au moins dans l’esprit de ses promoteurs, est une politique qui se déduit directement et immédiatement de certaines « données » ou de certains « faits » qui sont censés valoir comme « preuves » en raison de leur « évidence » même. En affirmant que les politiques de santé publique sont « insuffisamment » fondées sur l’évidence scientifique, on élève implicitement l’exigence que ces mêmes politiques soient entièrement et intégralement fondées sur la dite évidence. Du même coup, puisqu’il est avéré qu’on ne saurait résister à l’évidence, on suspecte toute politique « insuffisamment » fondée sur l’évidence de procéder d’une mauvaise volonté, c’est-à-dire d’une volonté, fut-elle inavouée, de ne pas « se rendre » à l’évidence.

Mais que faut-il penser d’une telle exigence adressée à la politique de santé publique ? On a souvent fait valoir, à bon droit, que la médecine, contrairement à la biologie, est irréductible à la science qu’elle s’incorpore et dont elle se nourrit, si bien que l’on peut s’interroger sur la valeur d’une expertise clinique entièrement fondée sur des preuves : l’expertise clinique, celle que fait et qui fait le clinicien, repose sur un jugement singulier rendu sur un sujet singulier par un sujet singulier, et l’on voit mal qu’elle puisse se déduire directement de l’évidence des preuves. Le propre de l’ « évidence » est justement qu’elle dispense de tout véritable jugement parce qu’elle s’impose immédiatement à l’esprit. C’est pourquoi certains adeptes du paradigme EBM ont eux-mêmes mis en garde contre le danger d’une expertise clinique qui succomberait à la tyrannie de la preuve. Ce qui est vrai de la médecine et du jugement du clinicien est encore plus vrai de la politique et du jugement en vertu duquel une politique est déterminée et conduite. Car la politique n’est pas une espèce de médecine, elle n’est pas une médecine à l’usage de la cité, elle est tout autre chose qu’une médecine. Comment peut-on attendre, espérer ou pis exiger qu’une politique soit entièrement fondée sur l’évidence scientifique ? Par définition la détermination d’une politique, au sens d’une certaine orientation de l’action gouvernementale, par exemple en matière de santé publique, procède d’une activité de délibération et de jugement qui se confond avec la politique elle-même : une politique implique en ce sens toujours un choix entre plusieurs possibles dans une situation donnée, une politique n’est jamais dissociable de la politique comme activité, et c’est précisément en quoi une politique n’est jamais la seule politique possible. L’exigence d’une politique fondée sur l’évidence scientifique c’est l’exigence d’une politique unique qui s’imposerait par la seule « force des choses », c’est-à-dire l’exigence d’une politique qui nous affranchirait de la politique. Il suffit d’écouter Madame Carlotti dire et répéter à propos des méthodes de traitement de l’autisme : « je ne choisis pas », « je ne choisis pas », et ce alors même qu’elle choisit d’exclure la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle au profit des seules approches neurologiques et comportementales. Mais ce choix ne doit pas apparaître dans la mesure où une politique qui se soumet d’elle-même à la tyrannie de la preuve ne peut que se nier comme politique.
Une telle exigence n’est pas à vrai dire tout à fait nouvelle : au début du XIXe siècle le saint-simonisme avait formulé la prédiction d’une proche extinction de la politique comme activité distincte dans la société industrielle. Selon lui, la politique, ou le « gouvernement des hommes », consiste en l’exercice arbitraire du commandement par lequel une volonté cherche à s’imposer à une ou d’autres volontés, alors que l’« administration des choses », qui revient aux savants et aux industriels, est rationnelle parce qu’elle est indexée à la vérité de la science.
La supériorité de l’administration des choses vient de ce qu’on ne saurait résister à la vérité parce qu’elle s’impose d’elle-même sans avoir à commander, précisément par son « évidence ». Que se passe-t-il lorsque le gouvernement, qui est et reste quoiqu’il dise un gouvernement des hommes par des hommes, cherche à substituer au nom de la « vérité scientifique » l’administration des choses au gouvernement des hommes ? Ce qui se met alors en place, ce n’est pas l’administration des choses, parce que celle-ci, aussi efficace soit-elle, ne pourra jamais faire qu’il n’y ait plus d’hommes à gouverner, c’est bien plutôt l’administration des hommes, mieux c’est l’administration des hommes qui traite les hommes comme des choses dont on peut disposer à partir de statistiques et de méthodes d’évaluation interchangeables car profondément indifférentes au sens de leur activité. Mais pour administrer les hommes comme des choses, le gouvernement doit s’interdire d’exercer une contrainte directe et massive, il doit dans la mesure du possible déléguer et transférer à différentes instances le soin de s’acquitter de cette tâche de légitimer son activité d’administration. En d’autres termes, le gouvernement se doit d’organiser sa propre défection. C’est exactement ce qui se passe sous nos yeux : FondaMental se charge d’élaborer la « bonne norme scientifique » en faisant pression sur le gouvernement, de droite comme de gauche, pour qu’il reprenne à son compte sa conception de la « validation scientifique » taillée sur mesure pour avantager la neuropsychiatrie. Il suffit de lire la première partie du rapport Milon pour se rendre compte que cette association est prête à certaines concessions nominales pour continuer de défendre l’essentiel : ce texte ne parle plus de la « santé mentale », comme s’il avait entendu notre critique, notamment celle faite par Mathieu dans sa thèse (il reconnaît ainsi à la page 12 que la santé mentale tend à se confondre avec la capacité d’adaptation à la vie sociale et au « comportement social dominant »), mais il parle d’intégrer la psychiatrie dans une « politique de santé publique ». Fort de cette délégation dans la production de la norme, le gouvernement peut alors installer la HAS dans la fonction de police des bonnes pratiques, ce qui lui permet de se retrancher derrière le paravent d’une instance qu’il a lui-même activement promue au rang d’« autorité scientifique ». C’est tout ce dispositif qui produit l’« évidence scientifique » sur laquelle on voudrait fonder la politique de santé publique alors qu’en réalité elle est fabriquée pour dissuader de toute véritable délibération politique.

Revenons maintenant à cet « esprit de la bureaucratie » dont nous parlions au début. Si la vieille bureaucratie d’Etat était une bureaucratie du mystère et du secret, la nouvelle bureaucratie managériale est une bureaucratie de la transparence gestionnaire. Reste qu’il y a bien un esprit de cette bureaucratie, quelque chose comme un « nouvel esprit de la bureaucratie ». Ce nouvel esprit ne peut prospérer que parce que le politique s’évertue à organiser méthodiquement sa propre défection. L’expansion de la bureaucratie ne résulte pas en effet d’un excès de politique, mais tout au contraire d’un renoncement du politique à la politique. Ce nouvel esprit est de protéger l’Etat de la politique en réduisant l’action gouvernementale à la continuité d’une gestion des populations au-delà de toute alternance gouvernementale, ce qui est la version néolibérale de l’« administration des choses », c’est-à-dire de protéger l’Etat de « toute manifestation publique de l’esprit politique » ou de « l’esprit civique », comme dit encore Marx. Il nous revient dans ces conditions de rappeler activement et publiquement que cet esprit politique ou civique ne peut vivre que dans et par l’hétérogénéité des pratiques et que cette hétérogénéité doit être préservée contre la funeste et mortifère homogénéisation de ces mêmes pratiques sous l’effet d’une police exercée au nom de l’évidence scientifique qui est la négation même de la politique. En ouvrant un espace à la confrontation, à la délibération collective, à l’invention de nouvelles relations, l’hétérogénéité des pratiques sauve la possibilité même de la politique.

Pierre Dardot
Pierre Dardot et Christian Laval La nouvelle raison du monde, essai sur la société néolibérale La Découverte.2009

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Communiqué de presse " Les assises et le meeting "

COMMUNIQUE DE PRESSE

Présentation du pré-rapport sortie mercredi sur la santé mentale par Mr Denys Robiliard

député rapporteur de la mission parlementaire sur la santé mentale

Les Assises Citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social auront lieu vendredi 31 MAI et samedi 1er JUIN prochain à Villejuif, espace de Congrès les Esselières. Nous sommes à ce jour plus de six cents inscrits. Le programme est modifié pour tenir compte de l’actualité :

Vendredi 31 MAI de 9h à 13h : trois tables rondes seront organisées avec :

– Monsieur le Député DENYS ROBILIARD, rapporteur de la mission parlementaire sur la santé mentale, il nous présentera en exclusivité le pré-rapport parlementaire qui devrait être publié mercredi 29 Mai.

– Patrick LANDMAN, co-fondateur du mouvement « stop DSM », autour de la sortie du DSM 5

– Elisabeth ROUDINESCO et Pierre DELION, au sujet du troisième plan autisme.

Samedi 1er JUIN de 14h30 à 17h, un meeting sera organisé avec syndicats, associations et partis politiques (L’AFEPP-SNPP, la fédération Croix Marine, les Ceméa, Humapsy, l’association du champ Freudien, l’intercollège des psychologues d’île de France, Utopsy, la fédération des ateliers de psychanalyse, Dimension de la psychanalyse, le Cercle Freudien, Espace Analytique, La CGT, SUD,le SPH,le Front de Gauche,le NPA,et EELV sous réserve).

Y interviendront notamment :

– Jean OURY, psychiatre directeur de la clinique de Laborde (Cour Cheverny)

– Laure MURAT, historienne et professeure au « Département d’Études françaises et francophones » (Department of French and Francophone Studies) de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), auteur de L’Homme qui se prenait pour Napoléon : Pour une histoire politique de la folie (Gallimard)

– Mireille BATTUT, Présidente de l’association La Main à l’Oreille

– Pierre DARDOT, philosophe et co-auteur de « La nouvelle raison du Monde » (La découverte)

www.collectifpsychiatrie.fr

ceci modifie l’organisation de la matinée de vendredi, les deux moments
Formation, Transmission et Culture.
Ethique, Science et politique.
sont décalés en fin de matinée

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Le cerveau n'est pas un ordinateur

Le cerveau n’est pas un ordinateur

Philippe Bichon, psychiatre à La Borde, fait partie du “ Collectif des 39 ” dénonçant le plan autisme. Il explique pourquoi il défend le libre arbitre des soignants.

La psychiatrie institutionnelle a une longue histoire en Blaisois. Les cliniques de La Borde, La Chesnaie et Saumery sont des lieux ouverts où les patients sont soignés par des équipes pluridisciplinaires.
C’est tout naturellement que nombre de leurs praticiens s’inscrivent dans le courant du « Collectif des 39 » (constitué en 2008), qui se mobilise actuellement contre le plan autisme du gouvernement, mais également contre sa vision globale de la psychiatrie. Philippe Bichon, psychiatre à La Borde, est membre du collectif. Et il nous explique son point de vue.

Que dénoncez-vous dans les directives gouvernementales ?

« L’application aveugle de méthodes évaluatives. On nous impose de plus en plus de normes, nous avons des obligations de résultats et sommes comparés aux services de médecine, chirurgie. C’est pour cela que la clinique Freschines a quitté son château en début d’année. Il y a une véritable attaque de notre culture, on nous délivre un catalogue de symptômes à cocher face à un patient. Pourtant chaque diagnostic est singulier. Par rapport à l’autisme, le gouvernement s’en remet à la Haute Autorité de santé qui dit que les méthodes éducatives sont les plus efficaces. Ce n’est pas prouvé scientifiquement et cela prive les patients d’autres méthodes dont la psychanalyse. On veut sortir l’autisme de la psychiatrie en expliquant qu’il s’agit d’un dysfonctionnement génétique. C’est nier que l’homme et sa maladie sont liés à son histoire, à son environnement. D’autres études que celles mises en avant par la ministre démontrent qu’il y a une interaction entre l’expression des gènes et l’environnement. »

Cela va-t-il avoir des conséquences dans vos pratiques quotidiennes ?

« Il y a menace de ne plus financer les établissements qui n’iront pas dans ce sens. Il y a un glissement général vers le médico-social. Lorsque j’étais étudiant, l’autisme représentait environ 1 cas pour 1.000. Maintenant on est à 2 ou 3 % car on a élargi le spectre de l’autisme à des troubles de l’enfant à communiquer. Comme pour les bipolaires ! Cela sert l’industrie pharmaceutique, car l’efficacité des médicaments est plus probante sur des sujets moins atteints. Or, depuis cinquante ans, il n’y a aucune révolution dans les médicaments au niveau de la pratique clinique. Les lois se construisent à partir de contre-vérités et c’est grave. »

Vous dénoncez le manque de liberté des praticiens ?

« Il y a une crainte permanente de ne pas obéir à la norme qui empêche de penser. Or notre travail est fait d’incertitudes, nous devons être inventifs et prendre des risques. Si un patient me dit qu’il veut sortir à Blois, je vais peut-être prendre un risque. Ou alors on veut des murs autour de La Borde ! On veut gérer et soigner le cerveau comme un ordinateur, or il bouge en permanence. L’histoire d’un patient est aussi importante que ses symptômes. Nous dénonçons la dérive scientiste qui voudrait donner une seule formation pour s’occuper de l’autisme dans des groupes de patients homogènes. C’est l’inverse exact que nous pratiquons à La Borde depuis des années, nous avons une pratique de terrain pluridisciplinaire et nous voulons faire remonter notre expérience au gouvernement. Nous tenons nos assises (*) dans deux semaines et nous avons invité le député Denys Robiliard, rapporteur du rapport de l’Assemblée nationale «  santé mentale et psychiatrie  ». »

Le député à l’écoute

Denys Robiliard, député de Blois, est rapporteur de la commission « santé mentale et psychiatrie » actuellement en cours à l’Assemblée nationale. C’est donc tout naturellement que les praticiens de la psychiatrie institutionnelle blésoise l’ont alerté.
« Dès le départ, nous savions que notre travail ne porterait pas sur l’autisme car il y a assez de travaux par ailleurs sur le sujet », explique le député. « Concernant la psychiatrie, le mouvement institutionnel, comme on le connaît à Blois, vient en contradiction de la Haute Autorité de santé. Nous menons des auditions, organisons des tables rondes pour mettre tout à plat. Nous avons d’ailleurs déjà auditionné un praticien du Collectif des 39. »
Le député se garde bien de dévoiler le moindre avis tant que le rapport ne sera pas officiellement clos et présenté à l’Assemblée, vraisemblablement en septembre. La partie concernant l’hospitalisation sous contrainte devrait, quant à elle, être publique tout prochainement. Le député n’est pas opposé à l’idée de participer aux assises, pour écouter uniquement. « Ma préoccupation première est de ne pas retomber dans l’instrumentalisation des malades mentaux. »

(*) Assises pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social, les 31 mai et 1er juin à Villejuif, à l’initiative du Collectif des 39 et des Cemea.
la nouvelle république 23 05 2013

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Plan autisme 3 – commentaire sur la lettre de Mme Mireille Battut.

Voici une lettre (http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=6824) dont le ton est celui qui convient au regard de la violence des attaques du lobby comportementaliste, et des abus de pouvoir répétés des instances gestionnaires. Elle situe le débat non pas en termes de savoirs comme c’est le cas le plus souvent – fut-ce le savoir des autistes « eux-mêmes » ou le savoir des parents – mais en termes de choix de société. La prétention de groupes, quels qu’ils soient, à dire la vérité pour tous est toujours le signe de la haine de la démocratie dont parle Rancière. Ce texte réintroduit la politique dans la prétendue dispute de La science opposée au soi-disant conservatisme de professionnels ringards attachés aux valeurs du passé. La politique, c’est le conflit des argumentations où nul ne peut prétendre parler au nom de tous.
La force de cette lettre, c’est qu’elle prend parti et du coup permet de débattre. Je m’appuie sur sa lecture pour souligner ce qui me semble l’essentiel. Sous couvert d’universalité (« l’autisme », « la » science, « l’intérêt commun ») il y a bien une politique de privatisation générale du champ, soutenue voire organisée par des lobbys puissants. Certaines associations de parents sont ici utilisées, instrumentalisées, en connaissance de cause ou pas, peu importe. Ce sont ces lobbys puissants – aux cotés desquels on rangera certains secteurs intéressés de l’Université et de l’industrie pharmaceutique, qui ont trouvé leur porte voix dans la personne de certains hérauts ministériels. C’est que l’immense marché de « la dépendance » est un secteur prometteur, où s’investissent les services (privatisés) d’aide à la personne et les prescripteurs de psychotropes. La promotion de réponses fragmentaires (par exemple les services des aides à domicile ou à l’école) marche du même pas que la mise en cause des services publics.

Un des aspects de cette politique consiste donc dans la mise en cause et la destruction des professionnalités, ce que l’on a vu sous Sarkozy sous le vocable de l’attaque des « corps intermédiaires ». Contre la complexité des métiers, le pragmatisme qui se déclare athéorique (« ça marche », les chiffres le disent) constitue le cheval de Troie de la domination du marché. Les professionnels pensent se défendre en y opposant leurs savoirs, leurs pratiques, leur histoire, mais leur « bonne volonté » est battue en brèche, car leurs interlocuteurs ne se situent pas du tout dans le même registre. Croire que c’est en montrant la qualité de nos élaborations que nous allons convaincre les artisans d’une telle politique est une illusion que nous risquons de payer cher.
Malheureusement, la complicité de nombreux politiques (ou bien leur cécité) ne contribue pas à placer le débat sur son juste terrain. C’est que très souvent ils sont gestionnaires (purs gestionnaires des collectivités locales, dès lors qu’ils passent à la trappe le concept de service public) et sont assaillis de « réponses techniques » proposées par les marchands de toutes sortes (et ceci jusque dans les antichambres ministériels, certaines affaires récentes ont montré jusqu’où cela pouvait aller). Ainsi un monde bascule, sans que l’on en prenne la mesure. Par exemple « l’aide à la personne » constitue dans ses termes même le programme d’une extraordinaire régression au regard de la notion de solidarité. Le « service », est proposé en kit bon marché ; qui résisterait à une telle simplification de la gestion ? Le management de l’entreprise diffuse dans le social, au titre des politiques dites de « santé mentale ».
Tous les professionnels sont à ce titre nécessairement des emmerdeurs, avec leur habitude de couper les cheveux en quatre (i. e. de réfléchir à leur métier), et de faire valoir leur qualification, c’est à dire leur manière de prendre en compte la complexité du réel. Circulez il n’y a rien à penser, les réponses sont préformées, disponibles pour pas cher. La phase actuelle du libéralisme se caractérise par une attaque frontale des solidarités au profit des attributions d’aides personnalisées. Comme l’ont montré Dardot/Laval et bien d’autres, le néolibéralisme n’est pas la loi du laisser faire du marché mais l’utilisation déterminée de l’Etat pour sa propre destruction. Nous l’avons sous nos yeux: HAS, ARS etc sont des machines gestionnaires visant à détruire les régimes historiques de solidarités qui constituent la sédimentation des luttes du passé.

La démocratie version néolibérale, c’est la destruction de tous les obstacles à l’extension du marché.

C’est à ce titre que les métiers sont des obstacles à la logique de circulation généralisée. Ce qui est vrai et bon c’est ce qui circule plus: cf Google ou le classement des revues selon leur impact factor. Le néolibéralisme, on l’a souvent remarqué, présente d’étranges ressemblances avec la bureaucratie totalitaire. La science d’Etat est ici (dans les propos de Madame Carlotti) incroyablement revendiquée. Du haut de sa position de représentante de l’Etat et de garante de l’interêt commun, cette dame prétend distinguer la vraie science, c’est à dire celle qui convient à sa politique. Qu’elle fasse un choix se conçoit, évidemment, mais qu’elle le fasse non pas au nom d’une politique mais d’une vérité de La science est d’une gravité dont il faut s’étonner qu’elle ne fasse pas réagir, bien au delà de nos cercles professionnels. Ce serait drôle si le passé ne nous avait pas montré que ce pouvait être sinistre. Sans rire : Les pédopsychiatres seraient donc tous fervents de la psychanalyse? pas de problème, supprimez les! Remake de la fameuse formule brechtienne je crois, le peuple ne veut plus du tyran, pas de problème, changez le peuple!

On se souvient qu’il y a peu, les historiens sont montés au créneau car certains sujets devenaient interdits, au nom de la mémoire des victimes. La conflictualité de la recherche et des pratiques est ici virtuellement supprimée, circonscrite. Mais alors, on s’interroge : comment la science avance-t-elle? Sous le jugement de quelle haute autorité du pouvoir? Science d’Etat, art d’état, mémoire d’Etat…

Comme sur les photos, on voudrait effacer les personnages indésirables et réécrire l’histoire de la science (avec ses passions violentes, la guerre des laboratoires etc) et des arts, (les violentes polémiques des écoles de peinture, de poésie, de … psychanalyse).

Normez-moi tout ça, je vous prie, au nom de la lutte contre les charlatans. Le petit problème, voyez-vous, c’est que ça ne marche pas comme ça. Le problème, c’est que le fait humain comme tel est conflictuel. Supprimez le conflit, vous vous supprimez la pensée, vous supprimez la vie.

Nous sentons bien que la culture politique elle-même est ici profondément menacée, et que dans cette spirale morbide, ceux là même qui sont mis en position de l’incarner (les « élus ») peuvent être fascinés par le soulagement que procure le discours d’experts et de tous ceux qui disent détenir les solutions qu’ils prétendent « d’évidence ».

Là où les élus se trouvaient confrontés à la complexité et à la conflictualité, voici la certitude des expertises, prétendument authentifiées par la vox populi (les fameux « usagers »). Plutôt que faire face par exemple à l’extrême complexité de situations d’enfants dits autistes et devoir interroger concrètement la manière dont la collectivité comme telle et au delà la culture lui fait une place, il est tentant de croire à la solution autoproclamée de pratiques standardisées et labellisées. Quitte à ce que la « collectivité » mette sérieusement la main à la poche !

Le problème c’est dans une telle logique c’est la mort du politique comme tel qui est ainsi programmée. Le paradoxe, c’est que les politiques peuvent s’y précipiter. Certes, nous savons que l’on peut se vouer à sa propre mort, selon la pulsion du même nom. Mais nous savons aussi que la servitude pour être parfois volontaire, n’est pas obligatoire ; le livre de La Boétie en témoigne, dans sa lucidité.

La seule voie est donc, avec d’autres, de mettre en cause cette gangrène du discours expert, c’est à dire de restaurer la conflictualité politique. « Vivre ensemble », est affaire de choix. Tout ne se vaut pas, au delà des « solutions techniques ». Vivre ensemble, avec des personnes dites autistes, est une question pour tous, et sans garantie de réponse, en vérité.

Franck Chaumon

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Les psychiatres et la gauche

Les psychiatres et la gauche

Caroline Eliacheff – France Culture

logoLes médecins n'attendent généralement pas grand-chose de la gauche à une exception près: les psychiatres surtout depuis l'orientation impulsée par Nicolas Sarkozy vers le tout sécuritaire. Ne voyant rien venir concernant la refondation de la psychiatrie plus conforme à l'éthique soignante, ils commencent à s'impatienter.
C'est dire que le plan autisme présenté par Mme Carlotti, ministre déléguée aux personnes handicapées, était attendu avec espoir. Eh bien, ce plan renforce plutôt le camp des déçus.
Pour comprendre la déception -le mot est faible- il faut rappeler que nous en étions restés, en matière de prise en charge de l'autisme, aux recommandations de Haute Autorité de Santé classant les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle dans les interventions "non consensuelles" au seul profit des approches éducatives comportementales. Au grand dam des psychiatres et psychanalystes qui pratiquent depuis des années, pour autant qu'ils en aient les moyens, une approche variée, adaptée à chaque cas et aux souhaits des parents, contestant qu'une seule méthode, la leur ou une autre, puisse avoir le monopole de la prise en charge des autistes.
Leur critique a reçu le renfort inespéré de la revue indépendante Prescrire qui s'est penchée sur le guide issu de ces recommandations. La revue conclut:
"Ce guide privilégie les méthodes cognitivo-comportementales et écarte les autres approches sans argument solide. Ce choix exclusif est non ou mal étayé. Il n'aide pas les soignants de premier recours ni les familles à faire des choix éclairés".
Le plan autisme était l'occasion d'apaiser un conflit largement dépassé en pratique entre psychanalyse et éducatif ainsi qu'en témoignent les livres récemment parus de Bernard Golse, Pierre Delion ou Laurent Danon-Boileau. C'est exactement l'inverse qu'a choisi Mme Carlotti. Elle affirme:
"En France depuis 40 ans, l'approche psychanalytique est partout et aujourd'hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d'autres méthodes pour une raison simple: ce sont celles qui marchent et qui sont recommandées par la HAS".
On ne s'attendait pas à retrouver des propos aussi tranchés qu'inexacts dans la bouche de la Ministre. Si l'on veut rattraper notre retard, est-ce bien le moment de s'engager dans le tout-éducatif au moment où ce choix, appliqué depuis longtemps aux Etats-Unis, est fortement remis en question. Dans quelques années, le bilan risque d'être accablant. Au moins les psychiatres ne pourront pas être désignés comme bouc émissaire!
Mais la ministre ne va-t-elle pas trop loin en déclarant:
"N'auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demandons de travailler".
Depuis quand un ministre impose-t-il un mode unique de prise en charge qui ne fait pas consensus? On attendait de la gauche qu'elle résiste à imposer une réponse univoque à la plus complexe des affections, tant par son origine multifactorielle que par ses expressions cliniques. Hélas, à tort.

à écouter: http://www.franceculture.fr/emission-les-idees-claires-de-caroline-eliacheff-les-psychiatres-et-la-gauche-2013-05-15

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