Forum du Collectif des 39 du 9-3 à Ville Evrard (ouverture)

Ouverture
Paul Machto.
Psychiatre

Merci à vous d’être là ce soir pour ce premier forum de notre Collectif, le Collectif des 39 du 9-3.

Tout d’abord il nous faut remercier Frédéric Ferrer et la compagnie Vertical Détour de nous accueillir ici, aux Anciennes Cuisines. Ce lieu de l’hôpital mis à la disposition de la Culture par la Direction, se prête très bien à cette rencontre, car la psychiatrie par le fait même de son objet est un fait de culture, doit se confronter avec le culturel et le social. Cette initiative d’affecter des lieux de l’établissement à la Création est un excellent choix qui rejoint ce que nous tentions d’avancer l’an dernier lors d’une rencontre sur l’Avenir de Ville Evrard.

Je tiens aussi à remercier la Direction de l’hôpital d’avoir permis que se tienne ici ce premier forum.

« Forum » : ce mot nous l’avons choisi au Collectif des 39 pour bien souligner notre désir de porter sur la place publique ce débat essentiel à propos de la place faite aux fous dans cette société. Il s’agit de débattre de la conception des soins aux malades mentaux. Nous voulons des pratiques dignes et humaines pour la psychiatrie. Nous voulons soutenir pour toutes celles et ceux qui sont concernés par la psychiatrie, le respect nécessaire de la responsabilité des professionnels, et la reconnaissance de leur place de sujet à ceux que l’on désigne comme « autre », y compris dans leur irresponsabilité même.

C’est à une véritable bataille des idées à laquelle nous sommes convoqués.
Notre responsabilité est immense car nous sommes confrontés à un moment où tout peut basculer.

Ce collectif de Seine-Saint-Denis s’est créé le 1er avril dernier.
Quelle belle date pour la création d’un mouvement ! Une blague, mais quelle blague à opposer à la violence, à la brutalité, à la bêtise aussi des gouvernants !
1er avril, cela me fait penser au « Rire de résistance », cette initiative de Jean Michel Ribes en … 2007. Déjà ! « Le rire désarme, ne l’oublions pas » disait Pierre Dac. Et Freud : « L’humour ne se résigne pas, il défie ! ».

Car de « résistance » il en est question, et depuis plusieurs années en psychiatrie, mais ailleurs aussi dans la société, dans les colloques, dans les différents mouvements de revendication des dernières années. « Résistance » invoquée de façon par trop incantatoire, comme dans un prolongement du discours de la plainte qui s’est développée, discours de la plainte, triste pendant de la servitude volontaire qui s’est installée face au rouleau compresseur de l’idéologie dominante : gestion, évaluation, déshumanisation, marchandisation.

Avec ce mouvement naissant, il s’agit de passer aux actes de résistance, à la construction d’un discours qui nous donne un cadre pour agir, pour soutenir les pratiques que nous avons mises en œuvre, et pour combattre les pratiques qui prennent les sujets comme des objets, combattre les pratiques qui abandonnent la dignité des individus en souffrance, et poussent à l’indignité les soignants.

Alors « rire » oui, 1er avril, oui ! Car il s ‘agit aussi de faire l’éloge du jeu, du plaisir dans notre métier, plaisir des rencontres, plaisir des inventions, plaisir de la créativité dans nos pratiques. Plaisir revendiqué dans cette confrontation avec la folie, avec les folies des hommes. Pour inventer des pratiques qui puissent accueillir la plus grande des souffrances, celle du psychisme, qui va jusqu’à envahir les corps, et exclure celui qui en est atteint d’abord de la cité, mais pire encore, l’exclure de lui-même.

C’est dans l’enthousiasme que nous avons organisé ce forum.
C’est dans l’enthousiasme que nous avons lancé l’appel des 39 « La Nuit Sécuritaire » le 15 décembre dernier dans un regroupement de toutes les catégories de soignants.
C’est dans l’enthousiasme des 25000 signatures réunies en trois semaines, que nous avons organisé ce meeting à la Parole Errante à Montreuil le 7 février, où 2000 personnes se sont rassemblées.
C’est dans l’enthousiasme encore, que nous avons lancé le Manifeste pour « un Mouvement pour la Psychiatrie ».

Des lettres ont été envoyées par des soignants et par des citoyens au Président de la République pour dire, chacun avec ses mots, son indignation en réaction à son sinistre discours du 2 décembre à l’Hôpital Erasme d’Antony. Érasme ce magnifique auteur de l’Éloge de la Folie, aurait pu entendre ces indignes propos fous de la fureur du rejet de l’autre, de la désignation de l’autre comme s’il s’agissait d’un monstre, comme si la part d’humanité dans la folie était déniée.
Ces lettres, il faut continuer à en envoyer, que ce soit aux élus, aux gouvernants, pour témoigner que nous refusons ce nouvel ordre sécuritaire.

Nous avons effectué un certain nombre de démarches auprès des partis politiques, des parlementaires, et nous continuons pour faire valoir notre exigence d’un moratoire pour que s’organise un grand débat national avant toute nouvelle législation sur la psychiatrie. Car il s’agit de défendre la politique de secteur mise en œuvre depuis près de 40 ans et tout particulièrement développée en Seine-Saint-Denis. Il s’agit de se battre contre son démantèlement comme le prévoit la loi H.P.S.T. ou encore le rapport Couty.

Depuis février, des collectifs nombreux se sont constitués dans le pays. Des forums se sont tenus :
– A Reims d’abord fin janvier, pour protester contre la suppression de l’enseignement de psychothérapie institutionnelle à la Faculté de psychologie de Reims.
– À Montreuil à nouveau en mars avec l’association UTOPsy qui réunit des jeunes psychiatres, des internes, des étudiants en psychologie, des éducateurs en formation des travailleurs sociaux.
– À Uzès, à l’hôpital du Mas Carreyron, à l’initiative de soignants
– À Montpellier, à l’initiative de l’association Isadora de la Clinique St Martin de Vignogoul,
– À Charleville-Mézières, à l’initiative de syndiqués de la C.G.T.

D’autres sont prévus :
– À Paris le 5 juin à l’initiative de l’association Pratiques de la Folie.
– À Marseille le 5 juin également, à l’initiative de l’association des Psychiatres Privés, l’A.F.P.E.P.
– À Reims, le 13 juin, avec la Criéé et le Diwan Occidental- Oriental.
– À Saint Alban le 20 juin.
– À Béziers le 28 septembre dans le cadre des journées annuelles des Croix – Marines.

À chaque fois c’est le désir de parole qui surgit. Le désir de dire nos pratiques, de dire les contraintes bureaucratiques, de dire la folie des protocolisations, de la normalisation, de l’homogène et soutenir la richesse de l’hétérogène dans les équipes, dans les institutions.

Car c’est bien la singularité qui est visée. La singularité des histoires individuelles mais aussi des histoires collectives qui ont été le terreau des innovations thérapeutiques institutionnelles. Avec ce discours du 2 décembre, c’est l’histoire même des pratiques psychiatriques des 50 dernières années qui est balayée.
À n’en point douter, en balayant l’Histoire, c’est bien le projet de ne plus prendre en compte l’histoire du sujet souffrant avec les pratiques centrées sur les comportements telles qu’elles se sont développées depuis une dizaine d’années.

Car ce discours présidentiel pour choquant et indigne qu’il soit ne doit pas nous détourner dans la facilité de la réaction. Ce discours est venu là, comme un effet de miroir sur ce qui s’est développé de façon si facile et insidieuse en psychiatrie à partir du milieu des années 90 : le retour à une médicalisation avec l’objectivation du malade, l’effacement de la pensée critique sur les pratiques, le développement énorme du recours aux médicaments, l’oubli des thérapeutiques institutionnelles, la mise à l’écart des psychothérapies, des soins psychiques, les réponses immédiates, le principe de précaution érigé en conduite à tenir, la banalité du recours aux chambres d’isolement, la banalité de la contention qui avaient complètement disparu dans les années 70- 90. À ceci il faut aussi bien sûr rajouter les ravages de l’accréditation, ce processus abêtissant du formatage normatif, l’idéologie de l’évaluation, la gestion comptable, la suspicion, voire le mépris des administratifs sur les pratiques soignantes et les professionnels, la dérive gestionnaire de la formation des cadres de santé dont certains ont oublié trop vite leurs engagements et leur fonction soignante, la frilosité de nombre de psychiatres.

Et pourtant vaille que vaille, dans les difficultés, dans l’adversité, dans le combat pied à pied, des équipes ont maintenu des pratiques dans lesquelles les patients sont acteurs de leurs soins, où la prise en compte de leur parole est essentielle, où l’on ne parle pas à leur place où pour eux, on sollicite leur engagement, plutôt que de vouloir leur bien, vouloir à leur place, les assister, faire dans l’occupationnel, l’éducatif ou l’assistance. Des pratiques où les soignants sont soutenus dans leurs initiatives, leurs engagements, ce qui ne peut qu’encourager leur sentiment de responsabilité, la reconnaissance de leur savoir-faire. Des pratiques qui se soutiennent de la créativité, de l’invention mais aussi du risque inhérent à l’humain, inévitable dans tout engagement thérapeutique.

Il nous appartient de mettre en avant, de penser, de repenser, ces questions fondamentales qui sont le socle de la psychiatrie humaine, désaliéniste, que nous faisons, que nous voulons développer encore plus, et que nous voulons défendre :
– L’accueil,
– L’hospitalité,
– Le Collectif.

Il nous faut avoir l’audace de nos idées, l’audace des théories et des pratiques qui nous ont été transmises, et que nous devons à notre tour porter et transmettre.

Parce que « L’essentiel se niche dans les détails », nous avons souhaité aborder par le biais des détails de nos pratiques, des difficultés rencontrées depuis quelque temps dans cet établissement, à l’occasion de ce premier forum à Ville Evrard, dans ce lieu de culture que sont devenues les anciennes cuisines.

J’espère qu’enfin vont s’ouvrir ce soir des perspectives fructueuses, des retrouvailles avec le débat, avec la confrontation, avec la remise au premier plan de la parole pour qu’enfin nous passions aux actions pour défendre ce qui nous a fait choisir ce métier.

Alors quelques mots de présentation de la soirée. Et excuser l’absence de l’U.N.A.F.AM. en la personne de Mr Thieuzard qui n’a pu être présent ce soir. Ce n’est que partie remise tant est important le débat à instaurer avec les patients, les familles et leurs associations.

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>Collectif des 39 du 93, forum public le 03 Juin 2009

COLLECTIF DES 39 DU 93

UN COLLECTIF DES 39 DU 9-3 S’EST CREE A VILLE EVRARD LE 1ER AVRIL POUR REJETER LA NUIT SECURITAIRE QUI NOUS EST PROPOSEE. NOUS NOUS SOMMES SAISIS DE LA PAROLE, ET NOUS AVONS DECIDE DE TROUVER DE NOUVELLES FORMES D’ACTION POUR NOUS REAPPROPRIER NOTRE FONCTION SOIGNANTE.

DEPUIS TROP LONGTEMPS LE ROULEAU COMPRESSEUR DE LA GESTION, DE L’IDEOLOGIE COMPTABLE, SECURITAIRE ET TECHNO- SCIENTISTE ATTAQUE NOS PRATIQUES DE SOINS AU QUOTIDIEN !

NOUS AVONS DECIDE L’ORGANISATION D’UN FORUM PUBLIC

LE MERCREDI 3 JUIN 2009 DE 18H. A 21H. AUX ANCIENNES CUISINES DE VILLE EVRARD.

« PARTIR DES DETAILS POUR REINVENTER NOS PRATIQUES »

QUE CE SOIT LES TEXTES LEGISLATIFS DEJA PARUS OU A VENIR, (CIRCULAIRE SECURITAIRE DE JANVIER, RAPPORT COUTY, LOI BACHELOT, REVISION DE LA LOI DE 90, LOI SUR LA PSYCHIATRIE), OU LES DECISIONS LOCALES INACCEPTABLES, NOUS ALLONS REAGIR POUR RETROUVER L’ENTHOUSIASME DE L’INVENTIVITE ET DE LA CREATIVITE, AFFRONTER LES QUESTIONS QUI SE POSENT POUR RETROUVER LA DIGNITE DE NOS PRATIQUES. TOUS CONCERNES PAR LES SOINS, PATIENTS, FAMILLES, SOIGNANTS, NOUS DEVONS RENOUER AVEC LE DEBAT ET L’ACTION.

DE L’AUDACE POUR REDECOUVRIR LE PLAISIR DE LA CLINIQUE, DU TRAVAIL EN EQUIPE, DU SOIN QUI EST D’ABORD RELATIONNEL.

Venez nombreux échanger à partir de nos valeurs communes Débattre à partir de quelques interventions, De lectures et de scènes de théâtre pour définir des modalités d’action.

Ensemble le Mercredi 3 juin 2009 de 18h. à 21 h. aux Anciennes Cuisines de Ville Evrard.

Visitez le site « La Nuit Sécuritaire » : http://www.collectifpsychiatrie.fr Et signez et faites signer la pétition.

FORUM DU 3 JUIN 2009 AUX ANCIENNES CUISINES DE VILLE EVRARD « PARTIR DES DETAILS POUR REINVENTER NOS PRATIQUES »

Ouverture : Paul Machto. Michaël Guyader : Le Manifeste et la Nuit Sécuritaire Evelyne Lechner : les détails La Symponie Inachevée – ÉLIANE PROCA-KRIMPHOFF BERNADETTE BOISSSE, CHRISTINE MANGUIN – LES CREVETTES – DÉBAT

SERGE KLOPP – CADRE, FONCTION SOIGNANTE ET GESTION POUR LES 39 – PATRICK CHALTIEL – LA RITOURNELLE DES SIGLES – Intervention Théâtrale – Poétique FATIMA DOUKHAN-KACI – FREDERIC FERRER – LAURENT VASSAL – ANNE MARIE SECRET DÉBAT

( U.N.A.F.A.M. ) ? Syndicat S.U.D. Intervention Théâtrale – Poétique Syndicat C.G.T. Intervention Théâtrale – Poétique Syndicat C.F.D.T. Patrick Coupechoux – La déprime des opprimés Anik Kouba – L’écrasement des professionnalités. DÉBAT

Intervention Théâtrale – Poétique ( EMMANUEL CONSTANT ) ? ( HENRIETTE ZHOUGHEBI ) ? YVES GIGOU – UNE UNIVERSITE ALTERNATIVE DE PSYCHIATRIE ? – STEPHANE GATTI – LA PAROLE ERRANTE DÉBAT

CONCLUSION, QUELLES SUITES AU MOUVEMENT ? PATRICK CHALTIEL – PAUL MACHTO.

PARTICIPANTS ET INVITES AU FORUM DU 3 JUIN 2009.

PATRICK COUPECHOUX, Journaliste, écrivain, auteur de « Un monde de fous », vient de publier « La Déprime des opprimés » BERNADETTE BOISSSE, infirmière PATRICK CHALTIEL, psychiatre des hôpitaux EMMANUEL CONSTANT, Vice Président du Conseil Général FATIMA DOUKHAN-KACI, psychiatre FREDERIC FERRER , comédien, metteur en scène, Cie Vertical Détour. STEPHANE GATTI, Réalisateur, Scénographe, La Parole Errante YVES GIGOU, cadre supérieur de santé, Appel des 39 MICHAËL GUYADER, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Appel des 39 SERGE KLOPP, cadre de santé, Appel des 39 ANIK KOUBA, psychologue ÉVELYNE LECHNER, psychiatre des hôpitaux PAUL MACHTO, psychiatre des hôpitaux CHRISTINE MANGUIN, infirmière ÉLIANE PROCA-KRIMPHOFF, psychiatre des hôpitaux ANNE MARIE SECRET, psychothérapeute LAURENT VASSAL, psychiatre des hôpitaux HENRIETTE ZHOUGHEBI, Conseillère Régionale Ile de France.

SYNDICATS SUD, CGT, CFDT. U.N.A.F.A.M.

>Grenoble : Hôpital de St Egrève

lundi 27 avril 2009

Ici nous avons crée un collectif de réflexion sur nos pratiques soignantes. Face aux mutations en prévision de la psychiatrie, qui ont déjà commencées ici avec une idéologie très sécuritaire, ainsi qu’à la logique économique qui nous est imposée…, nous avons comme objectif de remettre le soin au coeur de nos préoccupations, et, par l’échange pluri-professionnel, redevenir acteurs de nos pratiques auprès des personnes soignées, retrouver un sens au soin et une logique qui respecte les patients. Ensuite nous proposerons les actions qui découlent de ces réflexions. Ces réflexions prennent la forment de rencontres au sein de l’établissement. Nous sommes pour le moment 26, d’autres personnes devraient bientôt nous rejoindre. Nous sommes psychiatres, infirmier(e)s, psychologues, certains avec 20 ou 30 ans d’expérience, d’autres récemment diplômés. Ce mouvement de résistance, au fonctionnement qui nous est imposé, est né d’un malaise partagé de professionnels de santé, qui refusent l’avenir sécuritaire qui se profile pour la psychiatrie. Notre groupe envisage d’organiser différents évènements sur l’hôpital, afin de sensibiliser le plus de professionnels possible, comme des soirées de réflexions, forums ou colloques. Nous relayerons localement les actions proposées par d’autres mouvements, comme le moratoire exigé par le groupe des 39. Nous sommes indépendants des organisations pré-établies par le CH de st Egrève, ainsi que des syndicats.

>Uzès : La création du collectif 17/89

Dimanche 26 avril 2009

« Psychiatrie, le malentendu ? » Vend 17 avril au Mas Careiron (CH Uzès 30) : un ptit compte-rendu.

« C’était le 17, nous étions 89 * »

Une assemblée-forum (concoctée sans mollir, en l’espace d’un mois), pensée comme une rencontre inaugurale, associée à la formation continue, avec, sans sous-entendu, le lancement d’un collectif local à la fin de la journée : Se rassembler (fait devenu trop rare entre les personnels) et prendre le temps de penser face aux réformes menées au pas de charge.

5 interventions d’un quart d’heure ont déroulé le fil de l’actualité et des mesures en cours, analysé les conséquences sur les pratiques et redéployé, chacun sa manière, les valeurs qui nous sont chères, de celles qui fondent le travail dans la rencontre avec la folie : Etats des lieux/Etats d’esprits. Merci aux intervenants : Yves Gigou, Serge Klopp, Simone Molina, Hervé Bokobza, du collectif « Nuit sécuritaire », ainsi qu’à Madeleine Convent, infirmière au Mas Careiron. 5 interventions suivies de débats et scandées par une lecture à voix haute de lettres choisies, adressées aux président de la république. Les lire, c’est une chose, les entendre, c’en est une autre. Merci à Bernard Babkine (écrivain, critique littéraire, président du festival Uzès-Danse) qui les a mise en voix ainsi qu’à Emmanuel Natali (infirmier) qui a aussi prêté la sienne. Interroger le politique, garder le lien avec la clinique, tel fut l’angle d’attaque de cette après-midi et le point commun de ces approches.

Interventions et débats :

De « comment en est-on arrivé là ? » à « comment résister ? », nous vous passons les détails (nous vous invitons à lire d’ici peu, le compte rendu plus détaillé sur le blog en projet du collectif 17/89 d’Uzès).

L’accent fut mis sur la nécessité au quotidien, de se tenir, coûte que coûte, auprès des patients, de rester des cliniciens. Oser dire « je »(S.Klopp), oser dire « non » face aux dérives (du langage gestionnaire « désincarnant » par exemple, face aux temps de parole, de réunion « confisqués »etc…) « La fonction soignante n’est pas une technique mais implique une éthique et la nécessité de faire appel à sa propre créativité dans le travail. »(S.Molina) Seule garantie pour rester sujet et le garantir de même, à celui qu’on accueille.

Pour cela : s’appuyer sur le collectif dont la création fut proposé à l’issue des débats, être à plusieurs, se sentir soutenu dans cette reprise de parole.

La création du collectif 17/89 :

Si le coup pouce « formation continue » était là pour facilité la reconnaissance (d’une réflexion nécessaire) et la venue des personnels, la suite, c’est bien évidemment de tenir ce collectif hors des sentiers balisés de la formation – liberté oblige – celle notamment de l’ouvrir à tout citoyen, qui se sent concerné par les questions de santé mentale, de près ou de loin, patients compris. Projet de blog (d’ici 15 jours) avec lien réciproque – site Nuit sécuritaire.

A suivre donc.

Au final :

Une journée conçue, donc, pour que chacun puisse entendre et cueillir « ce que bon lui parle ». Une belle bibliographie de textes et livres cités à l’appui de la réflexion, pour approfondir. Un succès local, enfin, en ce vendredi après-midi, de vacances. Une salle comble et attentive, qui l’est restée jusqu’à 19h30. Et le passage tout aussi attentif du directeur. Des retours positifs en provenance des personnels, bien décidé à poursuivre les échanges.

* Le compte est bon : vé-ri-di-que ! L’inconscient révolutionnaire tout de même.. !

Plus d’infos sur le blog : Uzes Psy Blog

>A Ville-Evrard (IDF) : Les 39 du 9-3

Mercredi 22 avril 2009
Des nouvelles du 9-3

Le mercredi 1er avril 2009, trente neuf soignants, (si ! si !, ce n’est pas une blague ni de la propagande ) des secteurs du 9-3 rattachés à l’E.P.S. de Ville Evrard se sont réunis dans un pavillon de Ville Evrard répondant à l’invitation de quelques uns de l’appel des 39. Ils ont voté à l’unanimité la création d’un collectif des 39 du 9-3 !

Ce fut une vraie surprise de nous retrouver si nombreux pour une première rencontre. Diversité catégorielle, diversité des secteurs, des lieux d’exercice, intra et extra-hospitaliers

Prise de paroles, désir de paroles et de faire quelque chose, tant pour relayer sur un plan local l’initiative des 39 ( démarches auprès d’élus pour soutenir la revendication du moratoire ) que refuser des budgets pour le sécuritaire, recenser les entraves aux levées de HO, participer à la mobilisation contre la loi HPST, etc.

Le débat a été riche et a témoigné que les soignants ont envie de parler et de se parler, et d’agir …

On a rappelé que dans ce mouvement, chacun y est en son nom, qu’il n’est en rien opposé aux syndicats, que les syndicats et le collectif peuvent se nourrir mutuellement et s’articuler.

Beaucoup de thèmes ont fusé : • concernant nos pratiques, la clinique est notre socle commun, comment les transmettre ? • sur l’évaluation ? comment se la réapproprier, plutôt que de se la laisser imposer par l’extérieur ? • la certification comme entreprise abêtissante … • Le RIMPsy est nominé pour le Big Brother award !!! • sur l’alliance avec le champ culturel, les espaces de création ….. • la violence, l’agressivité, les chambres d’isolement, • la bureaucratie qui envahit et entrave les pratiques soignantes, . quelles modalités d’action avec les patients et les familles ? Comment aborder ces thèmes ? par le théâtre, par ex ?? Il faut dire aussi que la Direction de Ville Evrard a bien contribué à nous mobiliser : « Avalanches » récentes de notes de service, – pour supprimer les bouteilles d’eau pour les patients ( dans un pavillon les patients ont écrit une pétition et le Directeur a été interpellé par une patiente lors du rassemblement organisé par les syndicats pour le C.T.E. Il faut dire que l’eau qui coule des robinets est marron … « mais elle est bonne à boire, des tests ont été fait ! » dixit le directeur. – pour supprimer les lingettes et les limiter le nombre des couches culottes, – pour supprimer la possibilité pour les patients hospitalisés de faire laver leur linge à la blanchisserie centrale, – pour faire payer dès avril, les soignants qui déjeunent avec les patients dans le cadre des repas thérapeutiques dans les H.d.J.

Devant tant d’énergie, une deuxième réunion a été décidée … pour la semaine suivante, le 8 avril.

Lors de cette deuxième réunion : Rapidement, il émerge de nos discussions la nécessité de se centrer sur les « détails », d’axer les actions des 39 du 93 sur les dits-détails de la vie quotidienne. Faire de la micro politique et du grand bruit à partir de là, de notre quotidien et de ce qui crée l’usure, c’est à dire finalement, partir de la clinique et des pratiques. C’est à partir de là que l’on peut défendre une éthique des métiers, en disant ce que nous ne pouvons pas admettre, de relayer et par là même, ce que nous continuons à penser comme étant notre métier. ( a été évoqué le livre d’Armand Gatti, sur les arbres de Ville Évrard, et du coup dans une belle envolée poétique « parler des détails qui empêchent les cigognes de se poser sur les arbres de Ville Evrard » !!!). Chacun, dès lors, se trouve à avoir des choses à dire et à partager :
Question de la pénurie de médicaments suite au fonctionnement en « flux tendus » imposé par la pharmacie (plus de médicaments quand on a besoin de dépannage, les infirmiers doivent courir vers d’autres pavillons en cas d’agitation et de traitement manquants !!), – aberrations diverses, travaux invraisemblables et hors de prix quand il n’y a plus d’argent pour remplacer des postes ou employer des gens, des ordinateurs dans tous les bureaux et plus de soignants, Mais aussi, tout ce qui parle de l’envahissement administratif dans nos pratiques soignantes. Au sein même de cette question est discutée la place complexe des cadres, en première ligne, à qui l’on demande d’être des courroies pour faire fonctionner cette machine administrative sans plus se préoccuper du soin ou de questions cliniques. (cf les déclarations de Bachelot, le projet de l’implication de cadres dans le « collège » pour décider des sorties de H.O.) Dès lors, l’idée force qui se dégage serait de faire un état des lieux, dans chacun de nos services, de l’intrusion de la demande administrative dans les pratiques de soin, à travers tout ce qui semble être des détails mais qui empêchent de travailler. Ce sera donc le pivot de l’organisation d’un forum public : sorte de lecture à plusieurs voix, où chacun pourrait, un par un, prendre la parole, au sein et à partir du collectif, afin que nous puissions inventer des formes d’actions concrètes et de résistance dans nos pratiques. Mercredi 24 avril prochaine réunion pour préparer ce forum qui se tiendra

LE MERCREDI 3 JUIN A VILLE EVRARD, AUX ANCIENNES CUISINES de 18 H A 21H.

>Allons nous continuer à courber l’échine ?

Si le premier temps de l’accréditation avait soulevé quelques débats, le deuxième temps , la V2, nécessite de nouvelles réflexions tant les problèmes posés sont différents qualitativement.

Ils posent, en effet, la question sensible de l’évaluation des pratiques.

Les équipes se sont engagées dans ce nouveau passage, développant des ressources considérables…

Et pourtant, cette somme inouïe de travail qui nous paraît bien souvent insensé (au niveau de la forme tout comme au niveau du fond) est une perte de temps – celui là non passé auprès de nos patients – à patauger dans les méandres de l’évaluation, l’auto évaluation, la formalisation, la réduction…

Le soin, désormais à la charge de l’administratif relève d’une parfaite signalétique, parcours, circuit … Au moins nous ne risquons plus de nous perdre. Bientôt un GPS du soin en vente dans nos centres commerciaux les plus proches ?

Mais si la signalétique semble mieux fléchée, je ne vois pas pour autant une quelconque destination à l’horizon…

Quand l’intention de soin se protocolise, l’autre, le patient devient un ON indifférencié bien loin d’une relation constituante puisque singulière d’une rencontre. L’autre déshumanisé, au mieux un chiffre, un déchet.

Fascisante, l’accréditation peut invalider toute subjectivation dans la relation, terrifiant anéantissement de notre être –humain le plus élémentaire.

Et pourtant les protocoles rassurent en référence cette fois au discours religieux du dogme accrédité .

Face à la V2, exit les grands référentiels théoriques, les grands mouvements de pensée, ils ne valent plus face aux Références administratives.

La culture de la transparence, virtuelle (faut-il encore le dire ?) , rejette le réel. L’effet est immédiat, si tout est possible alors plus rien ne l’est. Les climats dépressiogènes actuels en attestent.

Finalement, rien n’est vraiment grave, c’est peut-être ça le pire, la V2 ne demande rien qu’un tas de petites choses.

La contrainte de devenir bons élèves malgré nous nous conduit à nous arranger pour répondre au mieux, au plus économique, pour pouvoir continuer à fonctionner, pour être tranquille pendant quatre années.

Pouvons nous coopérer pour la survie des institutions telle que la loi l’exige sans nous compromettre ?

Nous compromissons, une coopération même à minima reste une coopération.

Cette accumulation d’un tas de petites choses, dont nous pouvons nous arranger dans un soupir d’agacement, à moins d’en rire s’il nous reste un peu d’humour, sera t’elle le charnier de la psychiatrie à venir ?

Chaque institution passe son épreuve, s’auto évaluant en louchant sur la copie voisine. Y a t’il de la place pour tous ?

La conflictualisation due à la division de nos relations (inter institutionnelle et/voir intra) n’est plus conceptuelle. Terminée les guerres d’école, c’est chacun pour sa peau dans la menace permanente de la bureaucratie post moderne, nouvelle dérive disciplinaire.

En croyant faire de l’économie, en voulant nous faire croire que nous faisons de l’économie, nous faisons de la finance. La finance dans sa centralité dominante, dans son aberration virtuelle.

Le prix de l’accréditation en lui-même nous en donne un parfait exemple.

C’est le jeu du furet, « il est passé par ici, il repassera par là », la bureaucratie revendique la savoir, le pouvoir sur les autres, dés lors naturellement considérés comme incompétents et à soumettre. La démarche même de l’accréditation et de la V2 n’est-elle pas une nouvelle forme de colonisation ? Le monde du plus fort devient insidieusement propriétaire du monde de l’autre…

Ne rentrons pas dans la protocolisation du soin et ne nous laissons pas imposer dans la thérapeutique des normes sans rapport avec ce dont la parole est l’expression.

Eviter le pire, en l’occurrence la mort d’une institution, risque de nous conduire à une prudente passivité doublée d’une abnégation de soi insupportable.

L’impuissance, le non agir ont pour effet la tristesse, la peur, l’insécurité, maîtres mots de la post modernité.

Pour voir survivre nos institutions, devons-nous y renoncer au nom du savoir bureaucratique ?

Alors, nous voilà, face à ce qui se construit comme de l’inévitable et nous conduit à l’acceptation. Comment dépasser les constats accablants, politiquement corrects, reflets d’une pensée abrasée ?

Comment modifier la situation en y introduisant de nouvelles potentialités ?

L’accréditation, pour conclure, c’est le risque de la dispersion dans une série de pratiques flottantes entre ce qui n’existe plus et ce qui n’existe pas encore, c’est le danger d’un mode imaginaire de dépendance à une totalité abstraite qui rend virtuel le réel et nous métamorphose en spectateurs de ce que nous sommes en train de faire.

Toute évaluation, nous le savons tous est toujours très relative.

Les pratiques cliniques, cela nous regarde, le nous pour un développement d’une myriade de relations « non utiles » nous pouvons ici prôner l’inutile avec le monde, avec les autres, avec nous-même. Assumer nos fragilités, nos incertitudes comme éléments indissociables à la situation clinique.

Les pratiques cliniques, plurielles, peuvent venir prendre le contre pied des contraintes de l’accréditation et d’autres instances du même acabit.

Pour reprendre l’acception de Deleuze, « résister c’est créer », titre aussi d’un live de Miguel Benasayag, et pour éviter les appauvrissements normalisateurs, il nous paraissait indispensable de témoigner à propos de cette chose qu’est la V2 et l’accréditation, de créer, entre nous un lien, une relation et de refuser d’être des monades isolées.

Cette lettre ouverte à vos remarques, vos suggestions, vos idées, votre soutien est une façon de pouvoir se rendre présent au présent que nous vivons, l’essence même de ce qui serait une éthique de vie.

S’absenter du présent, ne rien en dire, ce serait se sentir spectateur, ce serait dire avoir obéit totalement aux ordres .

Corinne Gal. Psychologue.

>Laxou (54) quiz : qui sommes-nous ?

Dimanche 29 mars 2009 :

Nous ne sommes pas des agents de sécurité

Nous ne sommes pas des régisseurs du trésor public

Nous ne sommes pas des distributeurs automatiques de médicaments

NOUS SOMMES , NOUS SOMMES ……. DES INFIRMIERES DE SECTEUR PSYCHIATRIQUES QUI AIMENT LEUR TRAVAIL MAIS QUI DETESTENT CE QUOI VERS QUOI ON NOUS AMENE

Sandrine Leinen

Infirmiére de scteur psychiatrique , CPN LAXOU (54)

sandrine.leinen@orange.fr

>Réaction de I. Souchu Infirmière à St Martin de Vignegoul : Vous n’aurez pas nos rêves !

Vous n’aurez pas nos rêves !

Une psychologue m’a fait lire son texte « nouvelle de la V2″, entendez visite N°2 des accréditeurs et j’en partage radicalement la critique. J’ai eu envie à mon tour de m’exprimer à ce sujet.

Depuis le début, ma position quant à l’accréditation a été de lui tourner le dos, obstinément. Je ne fais volontairement partie d’aucune commission de travail. Ces vérités imposées me font souffrir et je ne voulais pas m’y trouver associée. Après la lecture du texte de ma collègue, mon attitude m’a fait l’effet d’une défense inutile car trop solitaire, comme si finallement je me protégeais personnellement de l’avancée de ce rouleau compresseur.

Car cette accréditation n’est pour moi qu’un chapître de plus à un processus déjà bien engagé d’une dégradation des rapports de l’homme avec son humanité. Elle est l’irruption d’une volonté extérieure violemment contraire à mon être vivant. Elle se heurte à mon désir d’un autre monde possible. Les mots sont forts ? La tyrannie bureaucratique aussi ! Elle se fait même payer ! comble de l’absurde ! Et notre horizon pourrait bien ressembler à un désert, désert du réel. Je vous livre cette phrase de Giorgio Cesarano dans Manuel de Survie

« La séparation monde réel/monde idéal a interdit à quiconque de vérifier activement la parfaite irréalité du monde réel en la confrontant à son désir ».

Cela dit…Que faire ? Comment ne pas céder ? Comment ne pas se résigner ? Quel geste inscrire ? Quel dessin à dessiner, quelle banderolle à imaginer nous permettant d’être un peu fiers, un peu consistants moins désespérés ! Entre tous, nous pouvons être pris dans les filets du discours qui nous fait croire que nous partageons la même vision sans cesser de ressentir que nous nous éloignons toujours plus de nous-mêmes.

J’ai choisi de travailler avec et dans la folie. Je ne veux ni ne peux intérioriser celle de l ’accréditation. Ce texte est mon refus. J’ai eu l’outrecuidance de croire que je pouvais le dire et qu’il y avait une place pour ce dire à Saint Martin de Vigngoul. Le courant de psychothérapie institutionnelle n’est pas né dans n’importe quel contexte historique. Nous y puisons nos racines et si nous ne voulons pas que l’histoire se fasse sans nous, ces questions se posent et dépassent largement le cadre de l’accréditation.

I. Souchu Infirmière à St Martin de Vignegoul

>Où allons-nous en psychiatrie ?

(Texte prononcé le 21 mars 2009 lors d’un débat public à TOURS)

Il faudrait que l’ensemble du monde psychiatrique arrive à se mettre d’accord sur la question suivante : Qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on devrait faire en psychiatrie ?

Il est évident que cette question en soulève bien d’autres et même, tellement, que cela produit une inhibition patente, particulièrement au moment où nous sommes confrontés à une véritable charge contre les malades et le service public de psychiatrie de secteur.

Je vais essayer de vous dire quelque chose et, pour ce faire, je vais vous poser cinq questions. J’ai écrit l’essentiel de ce petit texte en revenant de Paris samedi dernier d’une journée organisée par UTOPSY et où est intervenu le collectif de « la nuit sécuritaire ».

Ce serait vous mentir si je vous disais que je n’avais pas quelques réponses à ces cinq questions. Mais se poser quelques questions peut donner une direction aux réponses.

Iére QUESTION

Pensez-vous qu’il puisse y avoir une clinique sans politique ? Pensez-vous que la clinique, c’est à dire la façon, le chemin qu’on emprunte pour poser un diagnostic, même à titre d’hypothèse, et pour réfléchir à la façon dont on va soigner le patient, pensez- vous que tout cela n’a rien à voir avec le politique, c’est-à-dire la façon dont on envisage le rapport de chacun avec la chose publique ? Cette chose publique, c’est celle qui organise le fonctionnement économique et touche donc aux grands secteurs de la chose publique dont nous connaissons la triade : santé, éducation, justice. Mais on peut y ajouter la culture, etc…

2ème QUESTION

Pensez-vous qu’il soit possible de passer d’un système public de soins dont les coûts sont répartis sur l’ensemble des couches sociales à un système où l’organisation des soins, du diagnostic à la guérison ou à la stabilisation, ne soit réglée que par l’objectif de produire de l’argent et donc de soumettre l’ensemble du système de soins à une logique de production financière ?

3ème QUESTION

Pensez-vous qu’on puisse fonder un système de soins, donc des pratiques de soins, articulé autour d’objectifs de rentabilité, de profits financiers et parvenir ainsi, un jour, à trier les patients en fonction de ce qu’on pourrait appeler leur coefficient de rentabilité ?

4ème QUESTION

Pensez-vous que la maladie mentale puisse être abordée exclusivement à partir d’une clinique dite objective, quantifiée, standardisée, statistisée ? Pensez-vous que les soins des maladies mentale puissent subir le même traitement évaluatif et être organisés à partir de ces seuls critères d’objectivité dite scientifique, avec interchangeabilité des personnels, discontinuité des soins, multiplications des intervenants ? Pensez-vous que les soins des maladies mentales puissent être encore des soins dans la logique des produits financiers et dans le repérage et la surveillance continue de la dangerosité potentielle des malades.

5ème QUESTION

Si vous répondez oui à ces trois questions, pourriez-vous préciser
votre choix de société ?
votre conception de la maladie mentale ?
les actions que vous comptez entreprendre pour réaliser ces objectifs ?

Avant de vous laissez répondre à ces questions, je vais vous faire part de mes propres réponses ;

A la première, je réponds : Pas de clinique, pas de soins, en dehors du politique. Les malades en prison, les malades à la rue, les malades renvoyés chez eux, les malades dont on ne s’occupe pas, les enfants qu’on veut désignés dès leur petite enfance comme potentiellement dangereux ou potentiellement malades, je pourrais continuer la liste, tout cela se soutient d’une clinique qui ne va pas sans le politique. De la clinique et du politique, je me sens responsable à la place où je travaille. Je ne peux pas m’en laver les mains ou me contenter de dire que je dois me faire à tout cela !

A la deuxième et troisième question, je réponds : Rentabilité financière dans le domaine de la santé signifie que chacun doit faire face individuellement à ses problèmes de santé et non collectivement. Baisse des remboursements, franchises, augmentation des mutuelles et des assurances, dépassements d’honoraires, forfaits, dessous de table, sont les moyens politiques de nous faire accepter un système de soin à plusieurs vitesses avec de graves conséquences sur la santé et la vie même des individus. 25% des cancers, des personnes atteintes d’un cancer, ne reçoivent pas les soins qu’ils devraient recevoir soit à cause des durée d’attente pour un diagnostic soit parce qu’ils ne bénéficient pas des soins qu’ils devraient recevoir. Et, on nous parle de qualité des soins ! Il y a aujourd’hui un tri explicite (malades sans papiers ou ayant la CMU, malades à la rue, malades en prisons etc…malades ayant besoin de soins psychiatriques). Et, nous savons qu’il va s’accentuer du fait de la mise en place de la T2A à 100%.Lorsque qu’on parle de repérage, de détection à la place de prévention ou avant la prévention, dans le rapport COUTY , c’est le TRI qu’on a comme objectif. Lorsqu’on parle dans le document sur les indicateurs en psychiatrie des malades consommateurs de soins, il s’agit toujours du tri qui implique bien sûr exclusion des soins. Les vieux et les malades mentaux ont peu de chance d’être sélectionnés comme une matière première propre au plus grand profit. Ceux qui ne rentrent pas dans le système normatif, même enfant, doivent être séparés des normés et punis plutôt qu’éduqués ou soignés. Tout ceci est inacceptable. Mettre en danger la logique du profit financier dans le domaine de la santé, du fait même de notre mauvais état de santé, finira bien par nous faire tous, un jour, être considérés comme potentiellement dangereux pour le système.

A la quatrième question, je répons : Pas de clinique, pas de diagnostic, pas de soins sans l’engagement du soignant qui va de l’accueil à la prise en charge, comme on dit. On s’engage avec notre formation, notre culture, avec ce que nous sommes, avec nos résistances, nos défenses, nos désirs, nos angoisses…Pas de thérapeutique sans cette prise relationnelle sous transfert. Clinique, diagnostic et soins ne peuvent se soutenir que du transfert qui est à notre charge. C’est à cette condition qu’il n’y a pas les fous d’un côté et nous, les soignants, de l’autre. De même, il n’y a pas le politique d’un côté et notre pratique de l’autre. Je crois que la folie est propre à ne pas nous le faire oublier.

A la cinquième question, je réponds :

Mon choix de société est le suivant : Une société où la parole puisse aller le plus loin possible au cœur même de son impossibilité à dire. Et, là encore, la folie nous enseigne. C’est pour cela que ce que ce qu’on dit de la folie engage l’ensemble de la société, engage la façon dont on envisage constituer une société. Désigner les fous comme potentiellement dangereux, ou l’enfant au début de sa vie ou un peu plus tard, c’est affirmer qu’on ne croit pas à la parole, à ce qu’elle nous permet de construire. Répondons leur que la folie que nous fréquentons nous a appris que c’était pourtant le seul chemin, que la parole est notre seule possibilité d’être libre. Ce qu’on nous propose n’est qu’enfermement stérile et lâche.

Il m’est difficile de concevoir un modèle de société sans avoir une conception de la maladie mentale. La maladie mentale n’est pas une limite à la créativité, elle nous pousse à l’inventivité, à l’ouverture, à la construction.

Alors, pour conclure :

Sommes-nous prêts à demander le retrait du rapport COUTY et à imposer notre façon de concevoir l’avenir de la psychiatrie ?
Sommes nous prêts à demander le retrait de la circulaire du 21 février 2009 ?
Sommes nous prêts à rejeter la tarification à l’activité et à désobéir à toute injonction de produire des éléments qui y contribuent ?
Sommes nous prêts à rejeter les procédures d’accréditation et d’évaluation de l’HAS qui méprisent autant les patients que le travail des soignants ?
Sommes nous prêts à informer tous les élus nationaux de ces positions et à rencontrer le Préfet pour lui faire connaître ces mêmes positions ?

Qu’avons-nous à exiger pour le service public de psychiatrie de secteur ?
D’abord le maintien du secteur et d’une équipe formée, stable, en nombre, capable d’assurer la continuité des soins, si essentielle en psychiatrie, et les liens avec toutes les structures sociales et médico-sociales qui ont leur missions propres, différentes du soin que nous voulons réinscrire dans nos pratiques, en psychiatrie, de la prévention à une réinsertion quelqu’elle soit. Le soin et l’accompagnement sont tout un en psychiatrie et relève de l’équipe de secteur même si des soignants extérieurs à l’équipe vont y participer ou des structures sociales ou médico-sociale qui doivent disposer de personnels suffisamment formés pour accueillir certains patients.
Le maintien du lien étroit entre lieux d’hospitalisation et l’extra-hospitalier.
La nécessité de reconsidérer autant la formation des infirmiers que celle des médecins et celle des psychologues.
La réaffirmation que les hospitalisations sous contraintes n’ont pour finalité que de permettre le soin et non répondre au dictat de l’ordre public. Les patients doivent pouvoir avoir la possibilité d’un recours rapide lorsqu’ils sont placés sous contrainte et avoir recours, si nécessaire à un avocat. Des limites doivent être fixées à la durée de la sortie d’essai. La mise sous tutelle ne devrait priver du droit de vote qu’à titre exceptionnel. Les mesures de tutelles devraient être périodiquement réexaminées.
L’ALLOCATION d’Adulte Handicapé pourrait être renommée Allocation d’Aide à la Vie Quotidienne et faire que les patients ne soient plus sous le seuil de pauvreté.

Il y aurait tant de choses à dire, que je m’arrête là.

R. LEBRET

>Commentaire sur une visite d’accréditation d’un HDJ

Notre HdJ de pédopsychiatrie est une petite institution associative du secteur sanitaire, qui accueille 28 enfants de 3 à 16 ans, autistes, déficients sensoriels (surdité ou cécité), avec handicaps associés. Comme tous les hôpitaux, quelque soit leur taille, après l’accréditation, nous nous sommes attelés à la certification, la V2007. Nous avons dû, durant toute une année, déprogrammer nombre de synthèses cliniques et temps d’élaboration d’équipe, pour satisfaire à la démarche « qualité » ! Le témoignage ci-dessous est un commentaire « à chaud » de la visite en elle-même des agents de la HAS dans notre établissement. Durant les 4 jours de « l’enquête » des 2 experts visiteurs, nous avons ressenti une disqualification quasi constante de notre travail. C’était particulièrement déstabilisant. Comme si rien de ce qu’on avait pu mettre en place ne correspondait. J’avais l’impression étrange de ne pas parler la même langue, de me trouver dans un autre monde, « le meilleur des mondes »…

Je comprends mieux les équipes des grands hôpitaux psy qui expliquent que les infirmiers passent leur temps à renseigner leur activité sur ordinateur pendant que les patients ont un « repas thérapeutique » avec les ASH car bien sûr, le personnel soignant n’a plus le temps de s’occuper des patients, ils s’occupent du programme qualité…

Les 2 « expertes visiteuses » de la Haute Autorité de Santé n’avaient jusqu’à présent jamais visité de petits établissements. L’une était directrice d’une clinique privée de médecine, chirurgie, obstétrique et l’autre, cadre de santé dans un grand hôpital psychiatrique (+ de 300 lits) et on aurait cru les deux premiers jours qu’elles étaient arrivées chez les martiens…pour un contrôle d’identité ! Ce qui nous donnait également un sentiment d’inquiétante étrangeté… De plus, l’une d’entre elles (l’infirmière chef) a eu dès la présentation de leur démarche des jugements de valeur très déplacés, au sujet de la composition de notre équipe : « Comment pouvez-vous prétendre avoir un projet thérapeutique avec une équipe composée essentiellement d’éducateurs ? ou concernant notre projet d’établissement : « Complètement obsolète, c’est de la littérature, vous feriez tout aussi bien de le publier en roman »… ça ne commençait pas bien du tout… Le deuxième jour, elles étaient tellement disqualifiantes que j’en étais écoeurée ! Tout ce travail merdique, bureaucratique, enfermée à double tour dans mon bureau 10 heures par jour (sans voir ni les enfants ni l’équipe. C’est ça la qualité !) pour s’entendre dire que les précédents experts visiteurs nous avaient fait un rapport bien trop gentil, qu’elles ne comprenaient pas car ça n’allait pas du tout :
Une politique qualité embryonnaire (je n’ai toujours pas compris ce que c’était moi, leur « politique qualité » à la con !)
Pas de politique formalisée, de programme d’actions annualisé, d’objectifs hiérarchisés, de critères d’évaluation traçables et quantifiables… Que des actions au coup par coup disaient-elles
Elles expliquaient aux éducateurs que chaque fois qu’un enfant fait « une crise », ils doivent l’inscrire dans le dossier du patient et s’ils n’ont pas assez de temps… qu’ils se plaignent à la directrice…
Les rééducateurs doivent noter dans le dossier à chaque fois qu’ils prennent en charge un enfant (alors que c’est un emploi du temps annuel, donc pareil chaque semaine, les enfants restant 6 ans en moyenne…)
Notre « C8 » doit non pas être lavé quand il est sale mais « à périodicité définie » avec planning de nettoyage et de plus décontaminé régulièrement. Vous êtes un hôpital oui ou non, disaient-elles ?
Elles se fichaient pas mal de l’ensemble des réunions que nous avons avec les parents de nos jeunes patients, la vraie qualité c’est d’envoyer annuellement un questionnaire de satisfaction du client…
Elles me posaient des questions du genre : « montrez moi votre bilan annuel du schéma directeur de l’information ? »
Où sont les preuves écrites, montrez nous les preuves, etc. L’équipe était atterrée, et moi aussi… Ce n’était vraiment pas la peine d’y passer tant d’énergie pour en arriver là ! C’est vraiment la bureaucratie folle, la technocratie totalitaire. Quand elles croisaient un enfant, elles détournaient la tête. L’infirmière chef en psychiatrie, (la plus rigide des deux, bizarrement) expliquait à nouveau à une éducatrice qu’il fallait noter tous les événements qui posent problème dans le dossier du patient. Non, disait-elle, pas si ils se mordent entre eux (ce n’est pas ça le problème !) mais par exemple : « si un enfant arrive pendant 3 jours avec des chaussures abîmées, il faut le noter dans son dossier »…On ne sait jamais, il faut toujours se protéger de la moindre plainte possible des parents…

Au fou !

Cependant, au fil des 4 jours, on voyait quand même qu’elles prenaient la mesure du côté surréaliste des exigences de traçabilité tous azimuts. Elles nous disaient par exemple qu’il nous faudrait un qualiticien à temps plein ! C’est vraiment une bonne idée lorsqu’on est 30 salariés et qu’on n’est déjà pas assez pour prendre en charge les enfants. Je pense que la DDASS appréciera…Déjà que ni les consultants, ni le coût de la certification (3500 euros pour nous) n’est financé…Bonjour le double lien de « la démarche volontaire obligatoire » (c’est comme ça qu’il la nomme à la HAS). Elles ont malgré tout fait un effort d’adaptation mais étaient bien embarrassées pour réussir à faire rentrer la dentelle d’un travail institutionnel au cas par cas, réactif et adapté au plus prés des besoins des patients, dans les rouages de la grosse machine à certifier ! On va certainement avoir un rapport « avec suivi » à 3 ou 6 mois. Ils n’en ont pas encore terminé avec nous et nous non plus malheureusement. Heureusement, d’aller au meeting de la nuit sécuritaire, samedi, m’a un peu remonté le moral. Avez-vous déjà été à la HAS ? Les locaux débordent de luxe et de haute technologie ! La représentante des parents de la « CRUCQ » nous disait après son « interview » qu’elle était écoeurée en pensant à toute cette débauche de moyen dépensé pour cette démarche et combien de places pour les patients on pourrait créer avec ça… Qu’on en finisse avec ce broyage de cerveaux et cet empêchement de travailler ! Ça suffit la maltraitance…Comment peut-on imaginer une seconde que le patient soit au centre de cette démarche ?

Isabelle Huttmann Directrice