Handicap partout, soins nulle part

Carlos Parada, Psychiatre

Double page Débats coordonnée par Nicolas Dutent et parue le mardi 25 octobre dans L’Humanité.

Crétin, imbécile, stupide, schizo, débile, dément ou parano, triso, taré, maso et psychopathe ! Voilà bien des quolibets qui ont transité entre la médecine et le langage quotidien. Dans les cours de recréation, autiste est déjà une insulte banale. Le transfert des mots d’un domaine à un autre est courant et c’est ce qui se passe dans une catachrèse. Dans la clé USB, il n’y a ni clé ni serrure. Une table n’a pas plus de pieds que n’a la lettre. Votre scie n’a pas de dents, comme le métro n’a pas de bouche. Notez que dans ces formulations, nous ne rendons plus compte du détournement d’un mot de son usage d’origine. Transposé du social au champ clinique, en psychiatrie, le handicap a la valeur d’une catachrèse (observation inspirée d’une observation de Roland Gori sur un tout autre thème). Il y a peu, ce mot portait une vague notion anglaise, philanthropique et sociale. Il a gagné le domaine fragile du soin psychiatrique d’aujourd’hui. Il remplace ce qui était nommé autrefois comme déficience, retard mental, inadaptation, inhibition, problème psychologique, etc. Cette expansion du domaine du handicap sur le soin psychique est loin d’être anodine et mérite réflexion. Continuer la lecture de Handicap partout, soins nulle part

Share

A propos de l’article, J’ai fait un mauvais rêve.

Le Collectif des 39 publie, à nouveau, le texte qui a été confié à son Blog par Philippe Rassat, membre du Collectif des 39, afin de mener dans cet espace, dédié à la réflexion des professionnels et des proches des patients en psychiatrie, un débat autour des questions, des tensions, voire des tempêtes, concernant la pratique du packing.

En effet, sa publication avait été suspendue par prudence durant cet été, suite aux actions surprenantes de l’ARS d’ Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente qui a non seulement condamné les opinions de Philippe Rassat (ce qui, en soi et sous cette forme, est déjà surprenant pour une agence publique), mais qui a décidé d’intervenir auprès de ses deux employeurs d’une façon qui aurait pu aboutir aux licenciements de ce professionnel ! Cela nous a paru extrêmement inquiétant et incompréhensible, et nous avons donc pris le temps nécessaire de réflexion et de conseil juridique.

 Le Collectif des 39 tient à préserver, malgré ces attaques qui témoignent d’une ambiance de plus en plus anti-démocratique, l’existence d’un espace d’expression respectueux à la fois de la liberté des opinions et du droit.

Nous tenons toutefois à faire remarquer, que les actions de l’ARS qui visent l’auteur du texte semblent, sur certains points, confirmer les préoccupations exprimées dans son texte par Philippe Rassat – acteur de terrain attentif, citoyen engagé et professionnel apprécié – sur la dimension idéologique autoritariste, antidémocratique, du management qui se répand dans le champ du soin. Les épisodes des Plans autisme, et celui plus récent de la création des GHT, en sont des exemples criants expérimentés par tous les professionnels.

Nous tenons à rappeler également que le film « Le Mur », soutenu par un collectif qui comprend à la fois des parents et des tenants des «thérapies» cognitivo-comportementales, dont parle Philippe

Rassat dans son texte, a d’abord été condamné à l’interdiction de diffusion. A notre connaissance cette interdiction a été levée en appel, en vertu de la liberté d’expression, sans pour autant que le tribunal d’appel désavoue le fait qu’il s’agit d’un montage manipulateur, qui nous apparaît digne des films de propagande des régimes extrémistes des années 30-40. L’immense majorité des familles des enfants autistes et des professionnels ne peut se reconnaître dans ces procédés condamnables.                                              

Le Collectif des 39.


Le texte est retiré à la demande de la présidente de l’union régionale Poitou-charentes d’Autisme France suite à la réunion de conciliation organisée par le conseil départemental de l’ordre des médecins de Gironde.

Il est remplacé par le texte suivant de Philippe Rassat :

« Sincèrement je n’ai jamais eu l’intention, en m’exprimant comme je l’ai fait, dans le cadre d’un débat d’idée, de heurter quiconque.  Si tel est le cas je le regrette et je présente mes excuses aux parents qui ont pu être affectés. »

Share

L’éthique : un levier pour réinventer une psychiatrie humaine !

Klopp Serge

Intervention Ethique Villejuif octobre 2016

En préambule je voudrais remercier les organisateurs de m’avoir invité et rappeler que vu le temps qui m’est donné, je vais forcément apparaître caricatural dans certains de mes propos qui nécessiteraient d’être plus explicités et illustrés d’exemples, mais nous n’en aurons pas le temps.

Jamais il n’a été autant question d’éthique qu’aujourd’hui. Et jamais notre société dans tous ses domaines n’a été aussi peu éthique. Au point que lorsque j’entends parler de mise en place d’un groupe d’éthique, je me demande quels reculs éthiques sont en train de se mettre en place.

En effet, le fait que l’on ait institutionnalisé les comités éthiques, cela ne laisse-t-il pas croire que les réflexions éthiques sont réservées aux spécialistes, aux experts du Comité Ethique ?

Cela ne risque t-il pas paradoxalement d’amener les soignants à faire l’économie d’une réflexion éthique personnelle singulière et donc à banaliser les pratiques non éthiques ?

Le fait que les comités Ethiques soient composés d’un nombre fermé de membres désignés cela n’est-il pas en soi une aberration éthique ? Continuer la lecture de L’éthique : un levier pour réinventer une psychiatrie humaine !

Share

PROGRAMME DU MEETING du 16 Octobre 2016

                                pfd-badges-version2 2

ENFANCE EFFACÉE ..? RÉSISTER, INVENTER 

MEETING POÉTIQUE ET POLITIQUE

organisé par le groupe  Enfance du Collectif des 39

Dimanche 16 octobre 2016 de 9h à 18h

à  la PAROLE ERRANTE à Montreuil, 9 rue François Debergue,

M° Croix de Chavaux

Interventions poétiques et artistiques tout au long de la journée avec Hélène Bouchaud (actrice), Aurélien Chaussade (acteur),                     Martine Irzenski (actrice), Tolten (rimailleur) Continuer la lecture de PROGRAMME DU MEETING du 16 Octobre 2016

Share

Communiqué de presse Collectif des 39 – Groupe Enfance –

Le Collectif des 39 est inquiet et en colère face à l’évolution de nos sociétés, avec l’affaissement permanent des systèmes de solidarité publiques.

Le groupe Enfance de ce collectif organise un meeting poétique et politique intitulé   « Enfance effacée..? Résister, Inventer! ».

Ce meeting aura lieu le dimanche 16 octobre 2016 de 9h à 18h à la Parole Errante à Montreuil, 9, rue François Debergue (Métro Croix de Chavaux).

L’entrée est libre et gratuite.

L’objet de cette journée est de dénoncer la logique gestionnaire qui entame la liberté de penser et d’agir, particulièrement dans le champ de l’enfance. Nous apporterons aussi le témoignage de la force, de la beauté et de l’intelligence d’autres pratiques qui respectent l’imaginaire et le temps de l’enfance.

Avec ce meeting nous voulons amplifier les solidarités, tisser des liens entre les mouvements individuels de résistance à la mise à mal de nos métiers, à la disparition tendancielle, dans les eaux glacées du calcul égoïste, de ce qui construit l’humain.

Share

ENFANCE EFFACÉE : RÉSISTER, INVENTER… REJOIGNEZ-NOUS !

Quel avenir pour les enfants ? Quel avenir pour l’enfance de l’humanité ? Prévention ou prédiction?

Liliane IRZENSKI – Pédopsychiatre

Les 39 se sont constitués spontanément, fin 2008, en réaction à la violence d’un discours de l’ancien président de la république, discours tenu à l’intérieur de l’hôpital psychiatrique « Erasme » situé à  Antony. Son discours ne niait pas  l’existence de la Folie, mais  l’amalgamait avec des notions de dangerosité mensongères et abusives. Elles donnèrent lieu à la budgétisation immédiate de mises en acte de contraintes intolérables, à l’encontre des patients.  Il ré-encensa  une figure de l’ennemi intérieur en   prescrivant à toute  la population le fiel de la peur ce qui renforça la méfiance envers les autres, déjà induite par la montée, de plus en plus inquiétante, du chômage et du virtuel.  Fabriquer des peurs sociales et de ce fait  attiser insidieusement la peur inhérente au désir,  atteste d’une orchestration  contraire à l’humanisation  car en creusant les sentiments d’insécurité et d’incertitude propres à chacun,  de tels propos   abêtissent notre pouvoir  de penser : qu’est-ce qui fait société ? Cette mise en scène de domination  bien familière aux politiques est  une  mise aux pas assassine de la population. C’est à partir  de ce discours aussi bête que démiurgique, médiatisé à haute dose,  qui contribua à  vouloir  légitimer la mise en place  d’une politique  sécuritaire que nous nous sommes retrouvés près de 2000, en février 2009, pour un premier meeting, à la Parole Errante, « CONTRE LA NUIT SECURITAIRE ». Nous étions  rassemblés par un désir  d’amitié, conjuguant résistance avec hospitalité et ce désir nous continuons  de l’affirmer en vous donnant rendez-vous le 16 octobre. Continuer la lecture de ENFANCE EFFACÉE : RÉSISTER, INVENTER… REJOIGNEZ-NOUS !

Share

ALERTE AUX DÉLITS D’OPINION

Un de nos collègues psychiatre, le docteur Philippe Rassat,  nous a fait part d’une lettre adressée par le directeur de l’Agence régionale de santé d’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes à la Présidente de l’association qui gère un établissement dans lequel il exerce.

Le ton et l’esprit de cette lettre, les sanctions qu’elle annonce ouvertement, confirment avec éclat l’état de déliquescence du débat démocratique en France. A nouveau il faut constater que ce sont certaines associations de parents d’autistes (Autisme France) qui ont pour seul souci de faire régner leur vérité, à l’exclusion de toute autre. A nouveau, ce n’est ni plus ni moins qu’une interdiction professionnelle qui est appelée en lieu et place de tout débat. Les opinions de certaines associations de parents d’enfants autistes, opinions qu’elles ont bien évidemment le droit d’avoir, mais qui tirent à l’évidence leurs réputations d’interdire aux autres d’avoir une pensée différente de la leur au point que toute personne qui attaquerait leur raisonnement relèverait d’une plainte judiciaire est une atteinte gravissime à la démocratie.

A nouveau, on est stupéfait de voir l’empressement de hautes instances d’Etat à se glisser dans les ornières de cette politique nauséabonde. Nous avions déjà connu la mise en cause de la psychanalyse dans les pratiques et les formations soignantes, nous voici désormais face à la promotion d’un délit d’opinion. Qu’on les fasse taire ! disent ces associations, visant à travers Philippe Rassat, l’ensemble de la profession, non conforme à leurs yeux. Qu’on les sanctionne !, dit le représentant de l’Agence régionale de santé.

De quoi s’agit-il ? Le directeur d’une Agence régionale de santé, se disant informé par des associations de parents d’autistes qui auraient jugé les propos de ce médecin comme étant « de nature diffamatoire ou injurieux », annonce qu’une « information a été effectuée en ce sens par ses services auprès de la Haute autorité de santé. » Son initiative se fonde asur des extraits d’une lettre de ce médecin qui s’exprime dans le cadre d’un regroupement de personnes intitulé : « Collectif psychiatrie des 39 », soit dans le cadre de ce qu’on appelle communément l’expression d’une opinion politique. Ce collectif s’est fondé sur le refus d’une rhétorique d’exclusion qui superpose folie et criminalité, comme si les malades mentaux étaient par nature dangereux. On connaît la logique profonde de cette politique, et on en a vu les effets. C’est dans ce cadre que P. Rassat s’est exprimé, signant son propos, où il dénonce la mainmise grandissante d’une idéologie d’extrême droite dans le champ psychiatrique.

Dans l’extrait cité, il est impossible de tenir pour diffamatoires ou injurieux les propos concernant des faits, produits par le régime nazi et historiquement avérés, sauf à tomber sous le coup de la loi sur le négationnisme. Ce sont donc les énoncés concernant des associations qualifiées dans le texte d’extrême droite qui seraient injurieux, non pas du fait qu’ils soient d’extrême droite, mais qu’ils pourraient laisser croire sans doute qu’ils sont de l’ordre du nazisme. Raisonnement très enseignant puisqu’il laisserait supposer, concernant les opinions politiques, qu’il ne serait permis que de proférer uniquement celles qui s’avéreraient absolument vraies. Pour ceux dont la crainte du nazisme leur laisserait supposer qu’il vaut mieux prévenir que guérir, un tel raisonnement leur interdirait d’émettre une quelconque inquiétude, et seule l’authentification du régime nazi par sa présence effective permettrait d’énoncer la chose établie !

Devant une telle dégradation du débat politique on ne peut plus se contenter de baisser les bras, car hélas des affaires plus ou moins spectaculaires se succèdent les unes après les autres, participant de la mise en place par essais successifs d’un ordinaire antidémocratique. Il faut le dire : la posture du directeur de l’Agence de santé est d’une extrême gravité, car elle signe une atteinte profonde à la liberté d’expression : que l’on soit d’accord politiquement ou pas avec les propos de notre collègue Philippe Rassat, cela n’autorise en aucun cas d’en interdire l’expression.

Pour notre part, nous sommes profondément d’accord avec ce que son texte contient d’un constat d’alerte. Mais ce que nous défendons ici n’est pas la pure vérité de ce qu’il dit, mais son droit de le dire. A l’inverse, on peut s’interroger : d’où le directeur de l’ARS peut-il bien tirer une quelconque compétence réglementaire lui permettant de porter ainsi atteinte à l’expression politique ? Cette « autorité » dont son titre le pare serait-elle de nature scientifique ? Il faut souligner ici ce qui est peut-être le plus inquiétant, dans la présente affaire comme dans les précédentes concernant la psychanalyse, c’est que la « vérité-HAS » prétend s’avancer sous les traits de la norme et de la règle. A quel titre le Directeur de L’ARS peut-il prétendre avoir autorité à faire taire le débat ? Quel est le fondement de son autorité en la matière ?

Il y a hélas dans notre pays une tendance croissante à faire du débat d’opinion l’affaire des experts. La bureaucratie, c’est d’abord la prétention à effacer toute dispute pour la résoudre en consensus d’experts. Voici où cela mène : à une forme de police bureaucratique qui, sous couvert de discours scientifique épuré de toutes contradictions, prétend incarner la vérité politique, comme on l’a vu dans des états totalitaires, toutes idéologies confondues.

En démocratie, nous avons le droit de critiquer des opinions avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Mais les gouvernements qui tirent leur fonction d’avoir été élus par le peuple délèguent de plus en plus le débat politique aux appareils techno-bureaucratiques et mettent gravement en péril les démocraties qui ont mis des siècles à se mettre en place. Acceptons, même si nous ne pouvons pas le démontrer de manière absolue, que les régimes démocratiques ne sont pas à jamais irrémédiablement inscrits dans nos sociétés et qu’il convient d’en partager les choix pour se mobiliser afin de les maintenir.

C’est pourquoi cette affaire est gravissime. Le directeur de l’Agence régionale doit faire amende honorable des propos qu’il a tenus, et le gouvernement doit cesser de participer de cette dérive. Mais il appartient surtout à chacun de participer à l’instauration d’un débat de fond, non sur les questions techniques, mais bien sur les enjeux éthiques et politiques que posent nos pratiques.

Franck CHAUMON        Roger FERRERI

Share

Meeting Poétique et Politique : ENFANCE EFFACÉE..? RÉSISTER, INVENTER

arton29-a84e8

ENFANCE EFFACÉE ..?  RÉSISTER, INVENTER…

Journée poétique et politique

Nous sommes inquiets et en colère. Les politiques s’attaquent à notre humanité dès l’enfance.

Vous,  soignants, éducateurs, parents, acteurs du champ  de l’enfance et de l’adolescence :

Vous qui êtes nombreux à porter une culture, des idées, des expériences respectueuses de la complexité humaine et de la subjectivité de chacun

  • N’avez-vous pas constaté les répercussions navrantes des réductions de dépenses publiques relatives aux soins, à l’accueil et à l’éducation des enfants et des adolescents ?
  • N’avez-vous pas constaté comment cet appauvrissement de moyens au nom de la recherche d’une certaine efficacité s’est accompagné de la généralisation d’une gestion technocratique qui impose ses normes et ses protocoles au détriment d’approches plus humaines ?
  • N’avez-vous pas observé comment la volonté de réduire les coûts sans concertation et sans discernement a favorisé la privatisation de lieux d’accueil et de soins avec le risque d’être orientés par la  recherche de profits financiers ?
  • N’avez-vous pas, vous aussi, subi cette pression de rentabilité qui entrave, voire qui détruit, les pratiques originales développées depuis des  décennies dans le champ de l’enfance et de l’adolescence ?
  • N’avez-vous pas constaté que l’expérience qui a montré toute  l’importance d’avoir du temps et des lieux pour accueillir, écouter, réfléchir à plusieurs, formuler des hypothèses de travail et de soins au cas par cas, sont contredites par des injonctions simplificatrices. Des prétendues découvertes scientifiques nous sont imposées par des logiques d’intérêts financiers.
  • N’avez-vous pas éprouvé le sentiment d’être ligotés dans vos efforts pour penser, travailler et inventer les formes les plus justes pour aider un bébé, un enfant, un adolescent à grandir, à nommer ce qui le déchire ou l’inhibe, à comprendre ses difficultés propres, à apaiser ses contradiction internes, à trouver sa place dans sa famille et dans un cercle plus large ?
  • Ne trouvez-vous pas insupportable de subir des injonctions qui neutralisent la pensée et l’action des adultes – qu’ils soient soignants, éducateurs, parents ou enseignants – auprès des enfants qui viennent vers nous pour que nous prenions soin de leurs fragilités, de leurs bizarreries ou de leurs maladies ?
  • N’avez-vous pas été découragés devant l’impossibilité de faire entendre que ces injonctions avaient pour résultat d’abraser la complexité relationnelle de la vie ? Ces injonctions nous détournent de la nécessaire prise en compte des dimensions multiples, conscientes et inconscientes, qui entrent en jeu dans toute difficulté ou maladie psychique.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Continuer la lecture de Meeting Poétique et Politique : ENFANCE EFFACÉE..? RÉSISTER, INVENTER

Share