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OFFENSIVE CONTRE L’ASSOCIATION TRAIT D’UNION

L’association Le Trait d’Union, lié au Centre psychothérapique de St Martin de Vignogoul, voit sa subvention de fonctionnement supprimée par l’ARS Languedoc Roussillon d’ici la fin de l’année.
Cette association créée en 1981,  gère 2 appartements communautaires, 3 studios et un CATTP et emploie 5 salariés. Le CATTP a un file active de 90 patients, et il y a 11 places en appartements. 
 Les appartements sont appelés à être transformés en SAMSAH rattachés à une autre structure. Le CATTP est purement fermé et 90 personnes en demande d’accompagnement et d’aide psychiques se retrouvent à la rue, l’ARS leur proposant les GEM comme solution alternative. 
Quant aux salariés, ceux du CATTP sont licenciés, les autres restent dans l’incertitude de leur avenir.
 Ces décisions scandaleuses de l’ARS Languedoc Roussillon, vient :
-1 Mettre en péril le suivi thérapeutique et l’accompagnement soignant de très nombreuses personnes en grande difficulté psychique et qui sont dans une amélioration et une stabilisation de leurs difficultés
– 2 renforcer l’opposition entre une structure de soin et une association de type GEM, alors que leurs projets sont différents et complémentaires
 Pour signer la pétition il faut cliquer sur le lien ci-dessous
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Le fil conducteur a rencontré le ministère

Dans la perspective de la loi de Santé publique, le Fil conducteur souhaite contribuer à une réflexion pour une refondation de la psychiatrie et de l’accueil de la folie dans notre société. Pour une psychiatrie humaine.

Le « Fil conducteur » est un espace de parole et de réflexion émanant de l’atelier Familles des Assises citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social, organisé par le Collectif des 39, qui ont eu lieu les 31 mai et 1er juin 2013, réunissant des patients, des familles et des soignants. Ce groupe  réunissant des patients, des familles et des soignants a pour objectif d’élaborer des propositions à faire valoir auprès des responsables de la Santé. Patients, familles, soignants, nous faisons œuvre commune pour formuler ce que nous entendons par « soins en psychiatrie », pour inventer ensemble autour des questions de l’accueil, du soin, du suivi et de l’accompagnement.

Actuellement, selon nous et à l’aune de nos expériences partagées, les parcours de soins se révèlent inorganisés la plupart du temps, voire anarchiques, et représentent un véritable parcours du combattant pour les familles comme pour les personnes souffrant d’une maladie psychique.

Voici les points qui nous semblent essentiels, selon les trois pôles qui nous rassemblent, patients, familles, soignants. Nous vous remercions vivement de l’attention que vous prêterez à notre démarche.
Nous demandons une psychiatrie humaine, qui s’adresse à des êtres humains.  

Une personne souffrant d’une maladie psychique est un être humain, et pas seulement « cas » ou une pathologie. Le diagnostic ne gouverne pas seul le soin : le respect, l’attention, l’écoute et la parole sont nécessaires.
Nous demandons un parcours de soins cohérent.    

Trop souvent, les personnes souffrant de troubles psychiques ont un parcours de soins cahotique, passant d’une structure hospitalière à une structure d’accueil (hôpital de jour, foyer de nuit…), ou une structure de soins (CMP), parfois même plusieurs psychiatres dans chacune des structures en même temps, sans communication entre les différents services. Un médecin référent est nécessaire, qui serait le lien nécessaire tout au long de la maladie.  Des hospitalisations successives, alternant avec des sorties sans accompagnement, entraînent des rechutes qui ne peuvent que chroniciser la maladie. 
Nous demandons une permanence téléphonique 24 heures sur 24 pour les CMP    

Les CMP sont essentiels dans l’accompagnement des malades dans la cité. Non seulement ils sont insuffisants en nombre, parfois il faut six mois pour obtenir un premier rendez-vous, mais leurs horaires ne sont pas adaptés pour des personnes fragilisées par leur pathologie, qui ont besoin de soutien et de présence n’importe quand, même aux heures de fermeture. Pour cela, nous demandons une permanence téléphonique 24 heures sur 24, qui puisse répondre présente à tout moment.    
Nous demandons aussi qu’un lien soit établi entre le CMP et les familles, afin que, par exemple, si un patient ne vient pas à un rendez-vous, la famille soit alertée. Ou que du personnel soit envoyé au domicile du patient.
Nous demandons un accompagnement dans la cité, après les sorties d’hôpital      

Lorsqu’une personne sort d’hôpital et retourne chez elle, elle se retrouve livrée à elle-même alors qu’il lui est très difficile de faire face et d’assumer le quotidien. Ce qui entraîne le plus souvent de nouvelles hospitalisations. Et des hospitalisations qui se succèdent ne peuvent que chroniciser un malade dans sa maladie. Alors qu’un accompagnement, un soutien au domicile peuvent éviter ces retours à l’hospitalisation. Une maladie psychique qui se chronicise coûte beaucoup plus cher à la société qu’un accompagnement régulier. A moins que le patient ne se retrouve à la rue, augmentant le nombre de SDF comme c’est souvent le cas si les familles ne sont pas là.
Nous demandons plus de logements thérapeutiques

Les personnes fragilisées par la maladie mentale ne peuvent pas, le plus souvent, assumer seuls la vie matérielle au quotidien, et ont besoin d’accompagnement ; la solitude peut être un facteur d’angoisse entraînant une rechute. Les logements thérapeutiques sont une réponse à ces difficultés.
Nous demandons des lieux d’accueil et de soins au long cours

Lorsque après des années de soins, d’hospitalisations successives, il s’avère que le patient est chronicisé dans la maladie, il faut envisager un lieu où il peut trouver le soin et l’attention dont il a besoin, et ainsi créer le lien nécessaire à son amélioration.
Nous demandons que les familles des personnes malades soient prises en compte  

Lors de l’irruption d’une maladie psychique chez une personne, la famille est entraînée avec elle dans le maelstrom du trouble mental, en première ligne, et désarmée face à l’étrangeté des symptômes qu’elles côtoient depuis parfois longtemps. La réponse des soignants est alors le plus souvent absente ou insuffisante, et les familles ne sont pas reçues, voire ignorées, au prétexte de l’autonomie du patient et de la nécessité thérapeutique.  La souffrance des familles doit être prise en compte, d’autant que, dans la majorité des cas, c’est elle qui assure ou va assurer une prise en charge lourde et au long court tant au point de vue de l’hébergement, que du soutien affectif et économique. Cette  prise en charge peut avoir des répercussions sur leur santé psychique et physique (dépression, désespoir…), comme sur leur vie familiale et professionnelle, et même entraîner de lourds problèmes financiers. Il faut porter de l’attention et un soutien aux gens vivant avec une personne malade psychiquement, notamment l’entourage jeune. N’oublions pas que les familles sont aidantes, aimantes, mais pas soignantes.
Nous demandons une formation d’infirmiers en psychiatrie

Depuis 1992, il n’y a plus de formation spécifique en psychiatrie pour les infirmiers. Pourtant, les infirmiers sont un poste pivot dans le soin : la maladie psychique n’est pas une maladie comme les autres et nécessite une connaissance spécifique. Les jeunes infirmiers ont de plus en plus recours à la contention et aux chambres d’isolement, car ils ont peur des malades. Les infirmiers formés, eux, qui peuvent guider les jeunes dans le soin, partent à la retraite petit à petit, et cette connaissance va disparaître des murs de l’hôpital. Il y a un besoin criant de rétablir cette formation, aussi bien pour améliorer le soin des personnes malades, que pour le confort des infirmiers eux-mêmes dans leur milieu professionnel et leur relation aux malades. 
Nous demandons que l’on arrête les contentions et les isolements

De plus en plus, la contention et l’isolement sont le recours rapide de soignants débordés et non formés devant une situation de crise. Dans une maladie du lien qu’est la maladie psychique, comment peut-on penser que c’est avec de la contention et de l’enfermement que l’on peut établir un contact avec un malade ? C’est avec du temps accordé, de l’attention que l’on peut instaurer un lien de confiance. Cela prend certes du temps, mais la contention et l’enfermement sont des réponses contraires à l’établissement de la confiance nécessaire au mieux-être d’un malade.
Nous demandons que les maladies psychiatriques ne soient pas considérées comme les autres.

La maladie mentale n’est pas une maladie seulement organique. Et ne peut donc être traitée comme telle. Les traitements seuls ne sont pas une réponse à la souffrance mentale, le temps, l’écoute et la parole sont aussi nécessaires pour établir un échange soignant. La thérapie, c’est aussi la relation avec le patient.
Nous demandons que les familles ne deviennent pas « aidants familiaux »

Une famille est naturellement présente, aimante et aidante. Mais elle reste une famille, et ne saurait devenir « soignante » ou se substituer ou pallier la manque de personnel soignant.
Nous demandons, pour les malades pris en charge à 100%, la gratuité du forfait hospitalier ou la CMU.

Des malades au long cours, pris en charge à 100%, perdent la CMU lorsqu’ils touchent une AAH. Ce qui entraîne, lors d’hospitalisations, le paiement du forfait hospitalier de 18 euros par jour. Pour faire face à cette dette, ils doivent souscrire à une mutuelle, que la plupart du temps ils ne peuvent pas payer. Soit cela les enfonce dans des problèmes financiers insolubles, soit ils renoncent aux soins. Et tombent dans une maladie sans issue, par manque de moyens.  Nous demandons que les forfaits hospitaliers ne leur soient pas imputés, ou qu’ils bénéficient de la CMU.
Nous demandons le retrait du dossier médical partagé en psychiatrie.  

Le dossier médical n’assure pas le suivi actuellement, au long des hospitalisations et des structures de soin. Mais le partage du dossier médical peut avoir des effets catastrophiques sur les patients en psychiatrie, qui voient leur vie de patient accessible de manière incontrôlée par le milieu médical.

La continuité des soins ne peut être que humaine, la relation avec le patient est avant tout thérapeutique, ce n’est pas qu’une affaire de dossier.
Nous demandons le soutien et le développement des clubs thérapeutiques dans les structures de soins en psychiatrie.

Le club thérapeutique est un élément très important pour les personnes souffrant d’une maladie psychiatrique. En effet, une telle structure offre aux patients la possibilité d’avoir une responsabilité dans une structure, d’avoir un pouvoir décisionnel dans la gestion de cette structure, et de se réaliser dans des activités qu’ils choisissent. Les malades peuvent ainsi avoir un sentiment d’utilité sociale, qui se construit à partir où le malade a une responsabilité.

Suite au Meeting du 1er Novembre 2014: un groupe initié par le Collectif des 39 pour l’Enfance

Lors de ce meeting où nous  avons participé à un forum « pédopsy » relatif aux modalités actuellement proposées pour aider/ accompagner/éduquer/ soigner des enfants en grande difficultés. Certains membres des 39, travaillant plus spécialement auprès d’ enfants et leurs parents, ont souhaité pouvoir se rencontrer régulièrement afin de :
– faire connaître leurs lectures des situations institutionnelles, leurs positionnements et leurs idées à partir de leurs constats,
– créer dans chaque région des instances de réflexions et de lutte pour défendre l’accueil, l’hospitalité, le temps de penser et de se parler /d’écouter….compte-tenu du saisissement que ns subissons tous, en  réalisant  combien nos métiers, nos cadres de travail et nos valeurs sont  attaqués de façon de plus en plus violente et contraignante.
Le 15 décembre et le 22 janvier ont réunis  sur ces questions ceux et celles qui habitent Paris où sa proximité et nous avons décidé que les prochaines réunions devaient se tenir une fois par mois, un samedi pour permettre à ceux et celles qui habitent en province de nous rejoindre.
LA PROCHAINE REUNION SE TIENDRA  LE SAMEDI 14 MARS de 10H à 13H :
141 rue de Charenton PARIS 12
 -car la prochaine réunion des 39 se tiendra à la même adresse le vendredi 13 mars de 20H à 23h-.et chacun(e) y est le ou la bienvenu(e)-Ces réunions sont OUVERTES à tous ceux et toutes celles qui ont pris conscience de la gravité du « rouleau compresseur » qui menace, sous couvert de restrictions budgétaires, et orchestre une partition où soumission rime avec stigmatisation/exclusion.
Il est temps de fédérer nos luttes et nos îlots de résistance PLUS LARGEMENT ! Nous avons à conjuguer nos efforts de lucidité et nos colères avec nos volontés pour faire entendre combien CETTE CASSE DE L’ENFANCE DOIT CESSER tout autant que ce mépris haineux pour tous nos métiers de la relation HUMAINE, nos années de pratique et nos savoirs faire spécifiques et complémentaires.
J’invite  donc chacun (e) à  RESTER mobiliser activement  ET à MOBILISER tous ceux et celles qui sont empêchés d’exercer leur art et leur patience, ceux et celles interdits de parole, de pensées ou d’initiative, à nous rejoindre, pour que nous dépassions les constats de démantèlement d’équipes, de destruction de services, de suppression de postes, de disqualification des fonctions…..et que nous cherchions ensembledes voies  pour rester solidaires et créatifs et initier un contre-pouvoir.
Bien amicalement,
Liliane IRZENSKI
Ps : je vous transmets en PJ  l’annonce de 3 journées de travail où interviendront nos amies Janine Altounian et Christine Davaudian. L’entrée y est libre. A diffuser. Merci.
 document:

Hommage à Jean OURY le Jeudi 5 mars 2015 de 9h30 à 17h

Journée d’hommage à Jean Oury, médecin Directeur de la clinique  de La Borde à Cour-Cheverny depuis 60 ans, disparu au printemps dernier. Hommage rendu par les professionnels de notre Etablissement et organisé par l’Association Scientifique et Culturelle de Maison Blanche.   En espérant faire en sorte que cet hommage soit une ouverture, une occasion de transmission de tout ce que Jean Oury nous a apporté et enseigné.  Que de notions à la fois très simples, et très conceptualisées avez-vous développées.

AMBIANCE, ACCUEIL, DÉCISION, HUMOUR, TRAVAIL, SOIN, on pourrait faire un abécédaire. Une grande connaissance de la phénoménologie, une grande approche de la clinique , un sens de l’accueil et de l’écoute , un grand humanisme.

Nous étions nombreux à Blois pour vous rendre hommage.
Nous souhaitons encore être plus nombreux pour continuer cet hommage et ce chemin.
Dr Georges Archambault  Vice-président de l’Association Scientifique et Culturelle de Maison Blanche
Centre hospitalier Sainte-Anne
Amphithéâtre Raymond Garcin
1, rue Cabanis 75014 Paris
Inscription auprès de la formation continue : Tél. : 01 49 44 40 36
E-mail : formcont@ch-maison-blanche.fr
Contact : catherine.rifault@ch-maison-blanche.fr

programme ASCMB 5 mars 2015

Nous sommes Charlie !

Communiqué de presse       Vendredi 9 janvier 2015. 

La rédaction de Charlie Hebdo toujours vaillante dans la défense de la liberté quelle qu’elle soit, s’était engagée dès 2010 en soutien à notre combat pour une « Hospitalité pour la folie », notre lutte contre le renfermement et la stigmatisation des fous. 

Cet attentat ignoble a décimé une partie de la rédaction de Charlie Hebdo et tué des policiers, un livreur, un gardien. Elsa Cayat, psychiatre et psychanalyste qui était chroniqueuse à Charlie est aussi décédée.

Ces meurtres nous atteignent profondément.

Le Collectif des 39, regroupant des professionnels en psychiatrie et dans le médico-social, des patients, des familles, appelle tous les citoyens à se mobiliser et à participer aux rassemblements qui se tiendront dimanche partout en France et notamment  place de la République à 15 h à Paris.

Mais au delà de ce grand rassemblement il nous faut nous engager dans le long terme dans cette lutte déterminée pour la libre pensée, la libre parole, l’hospitalité de l’autre.

Le développement des haines identitaires et le rejet de l’altérité, dont les faits tragiques récents sont le prolongement, implique une réflexion collective essentielle. Les débats les plus larges sont désormais incontournables pour faire vivre une éthique, une humanité, une solidarité profondément attaquées depuis de trop nombreuses années.

Signez l’appel du meeting du 1er Novembre 2014, ÇA SUFFIT !

Les faits sont là, têtus et implacables . 

Tandis que la demande de soins croît – notamment pour les enfants -, les moyens humains se raréfient : diminution des postes d’infirmiers, marginalisation scandaleuse des psychologues,  raréfaction  des psychiatres (publics et privés).

La formation est manifestement insuffisante pour les infirmiers. Elle est réductrice, affadie et trompeuse pour les internes en psychiatrie, car la complexité de la discipline n’est que trop rarement prise en compte. Elle ne leur permet que trop rarement de choisir leurs options théoriques, de développer une pensée critique indispensable. Tous les étudiants subissent un formatage où règne la dimension binaire et réductrice du soin : aider le patient à comprendre ce qui lui arrive ne serait plus à l’ordre du jour.
Lire la suite et signer en cliquant sur ce lien   http://www.hospitalite-collectif39.org/?CA-SUFFIT

 

 

CLASSER ET EXCLURE ? Vendredi 9 janvier 2015 Mairie de Magrin (81) 20 heures par Les Psy-causent

Le DSM est-il toujours dans l’air du temps ? Ne commence t-il pas à être remis en question ? Est-il possible alors de réfléchir et de passer à une psychiatrie débarrassée du DSM ?

Cette classification des maladies mentales a été conçue à l’origine selon des critères statistiques pour la recherche et l’épidémiologie. Un tournant radical est intervenu dés la version 3 qui évacuait l’approche

dynamique de la psychopathologie et toute référence à la psychanalyse. Fin de la lune de miel ?

Vont suivre alors toute une série de troubles, tous détachés de leur contexte, de leurs circonstances.  En quoi cette classification vient confirmer une évolution de la psychiatrie vers une pathologisation des

troubles du comportement, vers une psychiatrisation des émotions ?  Peut-on alors vraiment parler d’évolution de la psychiatrie ? Evolution médicale, sociétale ?

La psychiatrie serait-elle désormais sous influence…celle d’un guide normatif dans lequel la réalité psychique serait occultée au profit d’une réalité organique et cérébrale ?

De la référence unique à la pensée unique il n’y a qu’un pas….

Réinvestissons la clinique du sujet et la nosographie psychiatrique !

Faisons un pas de côté.

Nous verrons bien ce qui relève de l’imaginaire et ce qui est réel !

 

Avec la participation de Patrick LANDMAN,psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste et juriste. Président d’« Initiative pour une clinique du Sujet » et à l’origine du mouvement « STOP DSM »

 

PS : Pas de manuel de classification de tes boissons ou plats. Apporte quelque chose, dans l’ordre que tu veux !

Entrée libre et sortez libre !

 

0614380690     lespsycausent@gmail.com      Site: http://lespsy-causent.over-blog.fr/

l’AFPEP-SNPP à la journée STOP-DSM

Lors des journées de Lyon de l’AFPEP-SNPP, dont le thème était « Résistances », Patrick Landman nous a présenté son idée d’un colloque « Stop-DSM » (voir numéro 161 de la revue Psychiatries que tous les adhérents viennent de recevoir par la poste). La tentative « d’OPA » lancée par « l’entreprise DSM » sur le diagnostic en psychiatrie nous apparaît tant partie prenante de la main mise qui s’organise sur nos pratiques, que avons soutenu l’initiative de Patrick sur le champ. C’est à nos yeux un enjeu majeur.
Ne nous y trompons pas, l’objectif du DSM est la soumission des acteurs de la santé et de ses « consommateurs ». Une multitude diagnostique, telle que nous la présente le DSM, est sensée saturer les cas de figures en psychiatrie et rendre inutile toute réflexion singulière. C’est là le seul moyen de contrôler de bout en bout le marché des psychotropes. Il s ‘agit de cocher des cases pré-établies qui permettront à l’ordinateur de dicter l’ordonnance. Tout colloque particulier devient une entrave à cette démarche.
Les diagnostics DSM sont jetables selon les aléas du marketing. Inutile de se battre au sujet de leur essence, ils seront abandonnés d’un revers de main et remplacés par d’autres selon les péripéties du marché. Le combat ne se situe pas là. Le DSM a été récupéré par la finance qui a besoin de la prévisibilité des cours boursiers pour exercer son emprise. La soumission réclamée au psychiatre, la même que celle demandée au patient, rassure les investisseurs qui pourront ainsi asseoir leurs investissements sur des opportunités stables, statistiques à l’appui. Si nous feignons d’ignorer la stratégie politico-économique mise en avant avec le DSM, nous n’avons que peu de chance de tirer notre épingle du jeu, faut-il rappeler qu’il s’agit de celle de nos patients ! La lutte à laquelle on nous oblige se situe au niveau politique.
Mais revenons au plus près du diagnostic.
Classifier est un pouvoir social majeur et l’histoire de la psychiatrie en France est à cet égard bien éclairante. L’évolution de la psychiatrie française depuis deux siècles nous oblige à répondre à certaines questions et notamment: Comment se fait-il que le seul bouleversement politique d’envergure qui n’ait pas donné lieu à l’émergence d’un nouveau cadre diagnostic en psychiatrie soit le mouvement d’émancipation des années 60 ? Pourquoi la mise en place du secteur psychiatrique, de la psychiatrie de proximité, de la disparition de l’asile, n’a pas eu besoin d’un nouveau diagnostic mais bien plutôt d’un objectif éthique que nous pourrions appeler « le fou à délier » ? Vous en conviendrez, il ne s’agit pas là d’un diagnostic courant mais plutôt d’une perspective.
La révolution française a permis l’émergence de la monomanie, le retour de la monarchie après Bonaparte celle de la dégénérescence, la troisième république celle de l’hystérie et des psychoses chroniques, le nazisme celle du parasite, le néo-libéralisme actuelle celle de l’handicapé. L’émancipation des années 60 n’a non seulement pas été un événement historique radicalement violent mais a porté une évolution éthique de la société qui n’a pas eu besoin de stigmatiser ses concitoyens. Bien au contraire. Tous les changements politiques radicaux ont porté au pinacle un nouveau diagnostic psychiatrique. L’entreprise DSM conforte cette observation et  sa multitude peut se résumer à une seule question, celle du handicap. La révolution néo-libérale est un bouleversement politique de grande envergure qui possède un besoin massif de classification.
L’histoire nous enseigne également, et c’est là un fait et non une option partisane, que les courants humanistes ont porté, plutôt plus que moins, une psychopathologie tandis que les courants réactionnaires ont toujours préféré des théories dégénératives ou génétiques. Cela en dit long sur la révolution néo-libérale.
Comme vous le voyez, pas moyen de faire de psychiatrie sans en mesurer la dimension politique. Il y en a d’autres, bien évidemment, mais la volonté contemporaine d’enfermer la psychiatrie uniquement dans la science n’est-il pas un moyen de la dénier.
Faire un diagnostic, pour un soignant, est une nécessité. Mais il s’agit d’un cadre dans lequel les soins vont se développer et non d’une étiquette définitive sensée clore un processus. Une psychose décompensée, une névrose invalidante, un état limite ou une perversion, engageront la partie selon des modalités différentes. Les soins, dans le sens de prendre soin, ouvrent des perspectives à l’inverse d’un catalogage de l’autre qui ne serait plus qu’à éduquer. Le diagnostic en psychiatrie fait déjà partie des soins et n’en est pas le préalable.
En France tous les leviers passent progressivement du côté de la finance. Le diagnostic, les cabinets groupés, les plateaux techniques, les médicaments, la recherche, les lieux d’hospitalisation, les entreprises de formation ou de psycho-éducation, les remboursements des soins surtout avec l’émergence du tiers payant généralisé et la part grandissante des assurances privées et des paniers de soins, tous ces flux de capitaux gérés jusque-là par l’assurance maladie et l’état passent sous l’emprise du « marché ».
Présent à tous les niveaux du processus, la finance pourra ainsi fixer son prix, assurer les rendements, exercer sa prééminence.
Le diagnostic est un enjeu politique majeur. Celui qui en dicte les contours est certainement celui qui en tire les ficelles.
Nous avons à tenter de préserver des zones à l’abri des spéculations stérilisantes. Nous avons besoin d’une recherche réellement indépendante, de lieux de soins convenables, de protéger les populations fragiles, de mettre en place des traitements adaptés aux patients et non à l‘industrie, de proposer un épanouissement plutôt qu’un abrutissement.
Nous ne pouvons compter sur un sursaut humaniste du « marché ». Il nous faudra bien compter sur autre chose. Cette journée « stop-dsm », la nouvelle classification française en cours d’élaboration, les mouvements de résistance qui émergent ici ou là, la partie des professionnels qui gardent le cap, tout cela va dans le bon sens.
L’AFPEP-SNPP, fidèle à ses fondamentaux, soutiendra ces initiatives et présentera les siennes.
Je vous remercie

Dr Patrice Charbit  Président de l’AFPEP-SNPP

Intervention pour la journée de STOP DSM, le 22 novembre 2014

J’interviens ici comme représentant du Collectif des 39, mais je parle aussi bien entendu en mon nom propre. Ce collectif a été fondé à l’initiative d’Hervé Bokobza au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy  à Antony en décembre 2008, discours  qui voulait criminaliser les prétendus « schizophrènes dangereux », et qui maintenant rassemble familles, patients et soignants.

 J’ai rejoint aussitôt ce collectif d’autant plus que j’avais été à la fondation de la Criée à Reims voici 28 ans : lieu d’une critique radicale de la psychiatrie normative, et de la volonté déjà d’une évaluation lancée à l’époque par un psychanalyste qui croyait mesurer ainsi la pertinence de son orientation.

 Nous avons aussi au niveau du collectif des 39, également remis en cause d’entrée de jeu la conception de la folie qui sous-tendait le discours sarkozyste, concrétisé d’ailleurs par des mesures rapides aggravant l’enfermement dans les HP, et  se cristallisant dans la promulgation d’une nouvelle loi le 5 juillet 2011, étendant la contrainte jusqu’au domicile du patient. Loi à l’époque récusée par l’ensemble de la gauche, et depuis entérinée et tout juste toilettée par le nouveau gouvernement. Dès notre premier meeting, nous avons avancé une critique radicale de la dégradation de la clinique psychiatrique promue par le DSM. Le souci proclamé, comme chacun sait, était celui d’une langue partagée entre les cliniciens et les chercheurs pour améliorer les échanges scientifiques et la recherche. La réalité est tout autre, se concrétisant par l’appauvrissement du regard et de l’écoute du psychiatre et des soignants, la réduction du patient à une sommation de signes, ce qui ferait renoncer à toute recherche de sens au symptôme et au délire qui affecte un sujet parlant. Nous n’avons pas varié dans cette critique de la « clinique du DSM » qui transforme le psychiatre en gestionnaire de populations à risques, instrument du biopouvoir, exécuteur zélé de protocoles de soins basés sur les recommandations de la HAS, lesquelles sont elles-mêmes construites par des experts issus d’une caste où l’on retrouve les PUPH de psychiatrie générale, les laboratoires pharmaceutiques et les lobbies  comme Fondamental. Ce lobby construit par des hommes politiques de droite, des patrons et des psychiatres aux options scientistes clairement réductionnistes, aura  depuis sa création profondément infiltré tous les rouages de l’Etat et de l’actuel gouvernement. Le plan psychiatrie élaboré par Edouard Couty était ainsi effectué sur des transparents marqués du monogramme de Fondamental. Une signature que l’on retrouve au carrefour de toutes les volontés actuelles de détruire l’utopie de la politique de secteur dans ce qu’elle avait de plus riche : une approche du sujet dans sa complexité multidimensionnelle, ce qui inclut de mon point de vue la « double aliénation » avancée par Oury. Une aliénation psychopathologique ou transcendantale, qui s’articule mais ne saurait se confondre avec l’aliénation sociopolitique. Il est clair que la prétention a-théorique et anhistorique du DSM en est l’exact contraire, et aplatit ce qu’il s’agit au contraire de déployer et de complexifier quand nous prenons en charge un patient, et que s’engage avec lui une relation thérapeutique. Cela m’évoque immédiatement plusieurs registres : celui en premier lieu de l’instant de voir, et c’est le « Praecox Gefühl » avancé par Oury ;  Oury qui soutenait que celui qui n’était pas capable de faire un diagnostic en quelques minutes lorsqu’un patient entrait dans son bureau aurait bien fait de changer de métier !

Il ne s’agit pas seulement du regard pour une exigence aussi radicale qui prend en compte en premier lieu le pathique, la sensation et la présence de « l’autre en apparition »: autant dire une approche phénoménologique très précieuse, qu’il s’agit d’articuler avec l’écoute du sujet parlant y compris quand il fait silence. Dans les situations et les moments de transfert psychotique, c’est avant tout dans ce registre sensible du pathique que nous tentons de rentrer en contact avec l’autre pris dans ses empêchements à exister. 

Abord phénoménologique, et écoute fondée en raison sur la psychanalyse, qui ne contredisent en aucune manière un usage bien tempéré des médicaments et de la sociothérapie. J’entends par ce terme la construction avec les patients de lieux de socialisation qui leur permettent progressivement de reprendre leur vie en mains par le biais d’une construction partagée de l’espace thérapeutique.

C’est ainsi qu’à Reims, j’ai cru inventer le club thérapeutique avec les patients dès 1980, avant de découvrir que cette trouvaille avait été faite et théorisée par Tosquelles dès 1943. Cela fait partie des paradoxes de la transmission, que de découvrir en cours de route que nous marchons sur les traces presqu’effacées de nos prédécesseurs, manière de dissiper l’illusion de l’auto-engendrement et de l’anhistoricité, quand rien ne nous a été transmis de l’histoire ou même que celle-ci se trouve silenciée. Ceci dit, j’ai été stupéfait des effets de seuil et de remaniement qu’un tel dispositif produisait, pour peu qu’on y fasse jouer « la fonction moins 1 », autrement dit une analyse institutionnelle permanente qui ne se contente pas de l’écoute du signifiant, mais qui l’articule avec la dimension du lieu et des liens qui s’y nouent.  Ainsi j’ai vu avec étonnement ce que je n’attendais pas,  alors que j’étais encore pris dans des idéaux de resocialisation,  à savoir que des patients psychotiques pouvaient, en quelque sorte, abandonner un temps leur délire et leur apragmatisme au vestiaire pour, quelquefois les retrouver à la sortie, mais que ce temps de suspension pouvait permettre l’apparition ou le surgissement d’un sujet potentiel.

Notons au passage qu’une telle variabilité suppose un repérage diagnostique permanent dans la relation transférentielle, ce qu’il nous faut distinguer soigneusement de l’étiquetage DSM ou autre, où le sujet serait nommé par son regroupement de signes, par son syndrome, ou par sa maladie. Il s’agit pour nous d’un diagnostic dynamique nécessaire dans le repérage à l’autre du transfert, et qui peut d’ailleurs être fort différent d’un « diagnostic de structure ». On sait combien ce type de diagnostic a pu paraitre séduisant à beaucoup, qui nous invitent au retour nostalgique à une ère pré-DSM. Je ne partage pas ce point de vue, même s’il m’arrive aussi d’être tenté par ce type de repérage à l’autre. Le risque est toujours celui de fixer l’autre et la situation thérapeutique, qui ne saurait se confondre avec une « présentation de malades », où il s’agit de faire ressortir le maximum de signes ou de signifiants qui viendraient signer la forclusion ou autres… Dans ce théâtre de la folie directement issu de l’héritage asilaire, le psychiatre même s’il est averti du registre inconscient, travaille hors transfert,  et vient chercher une confirmation de  ses hypothèses théoriques antérieures. Cela peut avoir un intérêt dans la formation en termes d’apprentissage d’un savoir, mais ce savoir qu’on extrait du discours du patient ne peut revenir à celui-ci dans la dynamique d’une cure ou d’une prise en charge. De plus cela interdit de parler de « moments de transfert psychotique » chez un sujet qui n’est pas psychotique à proprement parler, mais peut traverser des moments de folie. J’évoque ici l’enseignement de Françoise Davoine, les livres qu’elle a publiés avec JM Gaudillière à partir de leur pratique hétérodoxe, en prise directe avec leur travail en institution et en cabinet (cf aussi le numéro 9 de Che Vuoi ? « Moments psychotiques dans la cure »). La rencontre avec « la folie Wittgenstein » en 2001 aura marqué pour moi un tournant : ainsi il y avait des collègues qui pouvaient témoigner d’une pratique de la thérapie des psychoses certes issue du lacanisme, mais élaborée aussi dans la rencontre avec des psychanalystes américains et des chamans amérindiens, successeurs de ceux que Devereux avait étudiés en son temps. Et je passe sur l’érudition et la multitude d’autres apports littéraires et historiques qui marquent une pratique soucieuse d’une prise d’une « clinique du transfert » dans la grande Histoire. D’entrée de jeu je me suis reconnu avec eux dans une fraternité de parcours avec la dynamique de la clinique que je découvrais au centre Artaud, mais aussi  dans mon cabinet. Il me semble que nous aurions à déblayer sérieusement, en nous aidant de leurs apports, le terrain encore occupé par une orthodoxie qui nous est de bien peu de secours dans les conditions actuelles de la pratique, et qui du coup ouvre un boulevard aux théories pragmatistes et utilitaristes de réduction des symptômes.  Dans les entretiens et les échanges que je peux avoir avec des patients après 10 ou 15 ans de thérapie analytique en institution, il serait vraiment difficile et même indécent d’aller rechercher les « stigmates » de la structure psychotique. D’entrée de jeu je me suis préoccupé d’aider mes patients, et de les aider à sortir de la folie s’ils pouvaient se le permettre. Je me suis étayé, et je continue à le faire avec le concept de « guérison psychanalytique » forgé par Nathalie Zaltzman dans son texte « la pulsion anarchiste », autrement dit un remaniement psychique du sujet qui n’a rien à voir avec la perspective de suppression des symptômes. J’y rajoute la proposition  winnicottienne : que serait une analyse si elle n’avait pas comme enjeu, je ne dis pas comme projet, l’idée que le sujet puisse se construire ou se reconstruire une vie qui vaille la peine d’être vécue ?

Le terme de rétablissement nous vient du monde anglo-saxon et il est issu de la mouvance post-DSM, d’une mouvance qui a souvent connu le pire de la psychiatrie DSM, et qui a choisi à juste titre de la récuser radicalement. Mais cela fait longtemps, on l’aura compris, que je raisonne avec ce registre du rétablissement, quand bien même j’avais du mal à lui trouver un nom partageable.

Certes chaque concept a une histoire, mais il n’est pas interdit d’opérer des recouvrements lorsqu’ils nous apparaissent opératoires. Et je pense que le rétablissement peut aussi être une visée dans une clinique du sujet, sensible à l’inconscient freudien et aux effets de retournement : à maintes reprises il arrive qu’un sujet qui semble toucher le fond opère une sorte de rebond. On pourrait d’ailleurs le formuler en terme lacaniens : lorsque le sujet psychotique, objet jusque-alors du désir d’un Autre trompeur et diabolique, chute et risque l’effondrement, il peut se produire un rebond où il décide de reprendre sa vie en mains. Cela peut se produire hors transfert et en dehors de toute relation thérapeutique qui peut être violemment rejetée et vomie, et ce point de rebroussement peut constituer le point d’auto- fondation d’un sujet. Lors du meeting des 39 le 1° Novembre, tout le monde aura pu entendre ces patients militants qui s’en sont sortis par le militantisme antipsychiatrique, et recherchent  aujourd’hui l’alliance avec nous. Ce mouvement de retournement peut aussi se produire dans un travail thérapeutique et être entendu comme « une construction dans l’analyse » au sens freudien de ce terme. Mais je pense également important de relier cette approche freudienne avec la recherche d’un pouvoir instituant pour les patients que permet « la fonction club » quand elle ne se limite pas à un local ou à un dispositif, mais qu’elle constitue le soubassement d’une praxis dans un collectif de soins.

Dans les mobilisations que le Collectif des 39 relance contre la prochaine loi de santé et auxquelles je l’espère STOP DSM continuera à s’associer, d’où l’importance de signer l’appel des 39 et de le diffuser, il me semble essentiel de ne pas nous en tenir à un registre purement idéologique de dénonciation d’une loi biopolitique. Il s’agit de nous appuyer en premier lieu sur nos pratiques instituantes, sur leur valeur inestimable incompatible avec toute évaluation comptable, et sur les pratiques à venir respectueuses d’une éthique du soin psychique, qui ne peuvent se définir autrement que post DSM !

http://www.hospitalite-collectif39.org/?CA-SUFFIT

Patrick Chemla, pour le Collectif des 39