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>Fleurs du mal, Le Romantisme à l'ère d'internet

Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. (Charles Baudelaire)

 

Gecko, jeune beur, sort difficilement d'une enfance de foyers. Streetdancer, yamakusi, il arpente les rues parisiennes à la recherche de lui même. Anahita, jeune iranienne, fuit à Paris la violence de son pays. 

Etudiante à l'Université de Téhéran, belle et intelligence, elle découvre paris à la recherche d'une liberté inconnue. L'internet habite les vies de nos deux protagonistes. Violent parfois, il pénètre les vies de ces deux jeunes à leur insu et rappelle sans cesse la cruauté du monde et la violence des actes.

Ce film est l'histoire d'une rencontre de deux jeunesses blessées. Mais c'est aussi l'histoire d'un protagoniste technologique qui s'immisce dans une relation amoureuse romantique et passionnelle en plein coeur de la ville des amoureux.

Anahita ne peut pas briser le fil qui la retient à l'Iran et c'est son inséparable ordinateur qui lui rappelle sans cesse le pays qu'elle a fui, la lâcheté qu'elle a amenée avec elle dans ses bagages, l'envie de vivre qui l'a poussée à partir et les amis étudiants qui se battent pour une liberté chimérique au prix le plus fort qui soit, celui de leur vie.

Gecko quant à lui, exprime sa solitude à travers un corps en perpétuel mouvement, il danse, danse et danse encore son ennui, sa honte de n'avoir pas été un bon fils et son envie d'aventure.

Ponctué de vidéos youtube montrant la violence iranienne dans sa réalité la plus crue, parfois à la limite de l'insoutenable, on ne peut pas rester indifférent devant un tel film.

Quand le spectateur s'évade dans le romantisme de cette relation amoureuse, Internet le rappelle sans cesse à son souvenir. Il se retrouve alors auprès d'Anahita et souffre avec elle en portant la honte d'être si impuissant devant de telles images. A d'autres moments, le corps du spectateur s'anime devant les figures complexes de Gecko, il danse et voltige avec lui mais le Web revient encore et encore lui rappeler qu'il est des pays où même danser est un crime.

David Dusa, réalisateur de Fleurs du Mal a su mettre dans cette oeuvre toutes les émotions les plus vives et les plus crues. D'origine hongroise, élevé en Suède et vivant en France, ce cinéaste a collectionné des années durant des vidéos de l'insurrection iranienne ayant suivi l'élection de Mahmud Ahmadinedjad en 2009, sans trop savoir comment il allait les utiliser. C'est sa rencontre avec les deux acteurs principaux de ce film qui lui a permis de construire l'intrigue de ce film sur fond d'Internet.

David Dusa nous entraîne alors dans un tourbillon de sentiments des plus forts et des plus violents. La relation amoureuse tissée entre ces deux jeunes protagonistes est empreinte d'un romantisme rare mais elle est aussi le rappel qu'une rencontre d'individus est tout d'abord la rencontre de deux histoires, de deux souffrances parfois tellement fortes qu'elles en deviennent incompatibles.

Des dialogues ciselés, pertinents, sensibles entraînent le spectateur dans des ressentis très perturbants. C'est ainsi qu'on se laisse entraîner dans le sentiment amoureux, la passion, la violence, l'impuissance, la honte et dans tout ce qui fait qu'on se sent exister au plus profond de soi même.

Internet devient le personnage principal. Il est celui qui nous permet de nous rencontrer, de nous informer mais il est aussi celui qui, par sa violence et sa réalité crue, peut nous séparer, nous hanter et nous faire faire des choix irréversibles. Anahita et Gecko vivront leur passion jusqu'au bout de ce qu'ils peuvent et savent donner, l'iranienne qui rêve de liberté et le danseur qui s'emprisonne dans des clichés sociaux et culturels se donnent l'un à l'autre sans compter, sans espérer et Internet saura les rappeler à leur douloureuse réalité.

Il est difficile d'écrire au sujet d'une telle oeuvre tant l'émotion est fulgurante. Si on devait en résumer l'essence et le sens, un mot suffirait peut-être : celui de Liberté. Les Fleurs du Mal n'ont jamais été d'autant d'actualite quand Charles Baudelaire, en d'autres temps avait dit : 

Les sanglots des martyrs et des suppliciés

Sont une symphonie enivrante sans doute,

Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,

Les cieux ne s’en sont point encore rassasiés.


 

Sortie en salles le 8 février.

Marie L