{"id":117,"date":"2010-09-20T11:07:28","date_gmt":"2010-09-20T11:07:28","guid":{"rendered":"http:\/\/drapher.u7n.org\/39\/?p=117"},"modified":"2010-09-20T11:07:28","modified_gmt":"2010-09-20T11:07:28","slug":"le-projet-de-loi-reformant-les-soins-en-psychiatrie-une-insulte-a-la-culture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=117","title":{"rendered":"&gt;Le projet de loi r\u00e9formant les soins en psychiatrie : une insulte \u00e0 la culture"},"content":{"rendered":"<p><strong><\/p>\n<div style=text-align:justify><em>Il faut \u00eatre b\u00eate comme l\u2019homme l\u2019est si souvent pour dire des choses aussi b\u00eates que b\u00eate comme ses pieds, gai comme un pinson\u2026\u2026 Le pinson n\u2019est pas gai, il est juste gai quand il est gai, triste quand il est triste ou ni triste ni gai\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 J.Pr\u00e9vert<\/em><\/div>\n<p><\/strong><\/p>\n<div style=text-align:justify>Lorsque s\u2019imposera le bilan de l\u2019action pr\u00e9sidentielle de Nicolas Sarkozy, on ne manquera pas de constater la d\u00e9flagration qu\u2019il aura initi\u00e9e entre l\u2019Etat et les avanc\u00e9es civilisatrices, les acquis culturels de notre pays. Et l\u2019on pourra dresser un sinistre catalogue : discours \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Dakar sur l\u2019homme Africain \u00ab pas assez entr\u00e9 dans l\u2019histoire \u00bb, loi organisant les soins psychiatriques sous contraintes en ambulatoire, centres de r\u00e9tentions administratives \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, d\u00e9mant\u00e8lement de \u00ab camps \u00bb de Roms, de gens du voyage, cr\u00e9ation d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 des citoyens devant la loi, plaisanteries de mauvais go\u00fbt devant les tombes des r\u00e9sistants des Gli\u00e8res, r\u00e9ponses insultantes \u00e0 des citoyens en col\u00e8re, m\u00e9pris pour les lecteurs de la Princesse de Cl\u00e8ves, et bien s\u00fbr j\u2019en passe. Promotion de la barbarie, insulte \u00e0 la culture caract\u00e9risent cette politique.<\/p>\n<p>Le discours pr\u00e9sidentiel et la politique du gouvernement sont constamment marqu\u00e9s de la l\u2019imperium de la culture du r\u00e9sultat ; l\u2019action, f\u00fbt-elle agitation volontariste, trouve seule gr\u00e2ce \u00e0 leurs yeux. Or dans le champ du soin \u00e0 la personne psychiquement en souffrance, cette orientation est catastrophique. Elle rejette les apports d\u2019une clinique de la psychopathologie patiemment \u00e9labor\u00e9s en particulier par les \u00e9coles fran\u00e7aises et allemandes, enrichie par la philosophie ph\u00e9nom\u00e9nologique et par le g\u00e9nie freudien, approches qui n\u00e9cessitaient d\u2019\u00e9couter les patients cas par cas et une formation continue s\u00e9rieuse de la part des praticiens de toutes cat\u00e9gories. Elle y projette au contraire une protocolisation des pratiques et une \u00e9valuation d\u00e9tach\u00e9e de tout contexte clinique, fond\u00e9e sur des d\u00e9finitions de traits pathologiques sans commune structure mais dont l\u2019addition se pr\u00eate \u00e0 des statistiques abusivement transpos\u00e9es ici. Cette agitation pseudo scientifique accompagne de fait un virement volontaire, violemment scand\u00e9, s\u2019insufflant obsessionnellement dans les media, de l\u2019interpr\u00e9tation de la psychopathologie comme souffrance individuelle vers l\u2019affirmation de la dangerosit\u00e9 du patient pour autrui.<\/p>\n<p>On pourrait croire en effet sans rapport les errements du pr\u00e9sident et de son gouvernement avec l\u2019observation de ce qui se passe en psychiatrie aujourd\u2019hui ; pourtant, la pr\u00e9f\u00e9rence allant aux faux semblants, l\u2019on y retrouve la haine de l\u2019histoire et de la patience, de l\u2019exigence intellectuelle, on y retrouve la l\u00e2che flatterie populiste de la passion de l\u2019ignorance pour faire gober la promotion des entreprises de fabrications de coupables , on y retrouve une fermeture born\u00e9e aux hasards et \u00e0 la singularit\u00e9 des rencontres qui fondent toute possibilit\u00e9 de cr\u00e9ation civilisatrice. Quand Picasso peignit son \u00ab Nain \u00bb d\u2019apr\u00e8s celui de V\u00e9lasquez dans \u00ab les M\u00e9nines \u00bb il \u00e9tait \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de son travail et en particulier du d\u00e9sapprentissage du savoir acad\u00e9mique : lui-m\u00eame affirmait : \u00ab \u00e0 huit ans j\u2019\u00e9tais Rapha\u00ebl, il m\u2019a fallu toute une vie pour peindre comme un enfant \u00bb. Dans nos professions nous savons bien quelles difficult\u00e9s il nous faut affronter, traverser, pour savoir ne pas savoir et nous laisser enseigner (sinon soigner) par l\u2019aventure de la rencontre avec des patients. Le caract\u00e8re parfois inou\u00ef de leur souffrance pourrait nous tenter de recourir \u00e0 la ma\u00eetrise, au contr\u00f4le, \u00e0 la tentative de modifier par la manipulation des comportements qui nous d\u00e9rangent trop ; r\u00e9pondant par la violence \u00e0 la peur qui parfois les envahit nous pourrions alors renoncer \u00e0 ce que Tony Lain\u00e9 appelait \u00ab sa profonde solidarit\u00e9 avec la folie qu\u2019il y a dans l\u2019autre \u00bb niant nos propres failles, nous nous retrouverions du c\u00f4t\u00e9 de la barbarie dont l\u2019histoire de la psychiatrie a souvent montr\u00e9 trop de preuves. Praticiens de ce champ particuli\u00e8rement sensible \u00e0 ce qu\u2019\u00eatre humain peut signifier, notre travail quotidien est de nous r\u00e9unir gr\u00e2ce \u00e0 une orientation qui limite ces tendances barbares, dites inhumaines ; sans les nier, de veiller \u00e0 opposer \u00e0 la mise au ban de tel ou tel malade, \u00e0 la r\u00e9pression de tel ou tel comportement par l\u2019abrutissement m\u00e9dicamenteux ou l\u2019enfermement , l\u2019offre d\u2019un accueil pour l\u2019histoire de chacun avec sa temporalit\u00e9 pour entrer en confiance, avec la singularit\u00e9 des m\u00e9diations que chacun reconna\u00eet ou invente.<\/p>\n<p>Mais, nous voil\u00e0 convoqu\u00e9s aujourd\u2019hui l\u00e0 o\u00f9 la barbarie de la soci\u00e9t\u00e9 de contr\u00f4le (au sens de Deleuze reprenant le syntagme de William Burroughs), tente de nous mener. Malgr\u00e9 la contestation radicale des psychiatres d\u00e9sali\u00e9nistes contre les lieux d\u2019enfermement comme r\u00e9ponse \u00e0 la question de la folie, malgr\u00e9 la le\u00e7on incontournable de Foucault, nous sommes convi\u00e9s \u00e0 participer activement \u00e0 la recherche d\u2019une ma\u00eetrise du sympt\u00f4me par le contr\u00f4le des conditions de son \u00e9mergence au domicile m\u00eame du patient. Le projet de loi relative aux droits et \u00e0 la protection (sic) des personnes faisant l\u2019objet de soins psychiatriques et aux modalit\u00e9s de leur prise en charge- qu\u2019en terme galant ces choses l\u00e0 sont mises- organise la continuit\u00e9 de la contrainte au pr\u00e9texte de la continuit\u00e9 des soins ; d\u00e9voiement de sens qui s\u2019inscrit dans la cohorte des insultes \u00e0 la culture, \u00e0 l\u2019apaisement du lien social qu\u2019elle promeut , nouvel avatar qui vient stigmatiser une population et confirmer la d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019encontre de ceux qui n\u2019adh\u00e9reraient pas au projet m\u00e9dical les concernant ( non compliants faut-il dire !) mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9tranger, du paresseux, du lettr\u00e9, du sans papier, de l\u2019analyste et de son patient, du voisin, de l\u2019artiste, de l\u2019homme de passage, sans oublier le raton laveur, car ne sont ils pas des dangers potentiels pour le sommeil des bien pensants ? La promotion de la confusion entre Droits de l\u2019homme et du citoyen et la mesquine petite somme des droits individuels permet d\u2019agiter le chiffon d\u2019une pr\u00e9tendue aspiration populaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 plut\u00f4t que de se pencher sur les conditions de vie commune d\u2019un peuple. Population facilement exclue \u00e0 cause du mal-\u00eatre qu\u2019ils \u00e9voquent et que l\u2019on pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas voir, les patients comptent parmi les proies que s\u2019autorise la puissance publique dans son entreprise nuisible de chasse aux boucs \u00e9missaires.<\/p>\n<p>. Le projet de loi r\u00e9formant l\u2019obligation de soin pour les patients constitue donc un paradigme mortif\u00e8re de cette tentative de destruction des solidarit\u00e9s garantes de la solidit\u00e9 du lien social entre les citoyens. Il s\u2019agit l\u00e0 du projet cardinal d\u2019un gouvernement pour lequel l\u2019extr\u00eame droite est manifestement plus q\u2019une compagne de route et pour lequel aussi la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats des plus nantis impose d\u2019organiser l\u2019affrontement des plus d\u00e9munis dans leur multiplicit\u00e9 et avec leurs int\u00e9r\u00eats parfois contradictoires, ou comment faire oublier l\u2019affaire Woerth- B\u00e9ttencourt en organisant la chasse aux Roms puis en septembre le soin sous contrainte en ambulatoire auquel nous sommes d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 livrer une bataille sans concession. Ce texte que d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs seront amen\u00e9s \u00e0 examiner \u00e0 l\u2019automne prochain semble-t-il est une insulte \u00e0 la culture car il ne laisse aucune place \u00e0 ce qui du g\u00e9nie humain peut contribuer \u00e0 tenter de donner hospitalit\u00e9 \u00e0 la folie, il ne laisse aucune place au surgissement des potentialit\u00e9s cr\u00e9atrices qui, dans la folie, permettent \u00e0 des sujets sur le point de succomber au tragique morcellement d\u2019eux m\u00eame , de reprendre pied, d\u2019oser solliciter d\u2019 autres personnes encourageant la trouvaille de suppl\u00e9ance \u00e0 leur ab\u00eeme pour que la vie ne soit plus compl\u00e8tement impossible. Les relations \u00e9troites entretenues par la folie et l\u2019art, l\u2019adoption par les \u00e9quipes soignantes de la f\u00e9condit\u00e9 dont la souffrance psychique peut parfois \u00eatre porteuse sont autant de t\u00e9moignages contre l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 sociale et politique des patients qui constitue une insulte \u00e0 notre culture fertilis\u00e9e par le romantisme et le surr\u00e9alisme.<\/p>\n<p>La d\u00e9signation des patients comme d\u2019abord potentiellement dangereux est un raccourci inadmissible, un mis\u00e9rable contresens m\u00e9connaissant la f\u00e9condit\u00e9 po\u00e9tique dont ils sont porteurs, m\u00e9connaissant l\u2019apport de la folie \u00e0 la connaissance de l\u2019\u00e2me humaine, \u00e0 ses cr\u00e9ations artistiques, \u00e0 ses trouvailles scientifiques. Ethiquement, elle est l\u2019exact oppos\u00e9 de la consid\u00e9ration attentive et solidaire que requiert toute pratique visant \u00e0 prendre r\u00e9ellement soin de son contemporain. Philosophiquement elle d\u00e9ment honteusement l\u2019incertitude fondamentale de la raison. . Cette loi se caract\u00e9rise aussi par la protocolisation abusive du soin : l\u2019absence d\u2019un patient \u00e0 sa s\u00e9ance, au temps de rencontre avec le soignant faisant l\u2019objet non d\u2019un questionnement, d\u2019une mise en perspective clinique mais d\u2019un acte norm\u00e9, automatique, obligatoire, au nom naturellement des bonnes pratiques : d\u00e9noncer le sujet concern\u00e9 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 administrative laquelle \u00e9ventuellement le ram\u00e8nera menott\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Cette organisation visant au contr\u00f4le syst\u00e9matis\u00e9 des \u00ab comportements \u00bb est un scandale dans le champ de l\u2019aide, du soin. Elle consiste essentiellement \u00e0 exclure les praticiens, toutes cat\u00e9gories professionnelles confondues de leur fonction primordiale : \u00e9laborer une r\u00e9flexion sur leur travail pour ne pas nuire aux possibilit\u00e9s de traitement. Nous savons bien que la seule possibilit\u00e9 que nous ayons de pr\u00e9server la dignit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 psychique des patients, et la n\u00f4tre aussi, r\u00e9side dans l\u2019effort pour aborder l\u2019\u00e9nigme particuli\u00e8re de la souffrance de chacun, et cela comme Picasso peignant son Nain l\u2019a fait, en se d\u00e9barrassant des oripeaux du conformisme acad\u00e9mique. Nous avons \u00e0 chaque instant de nos pratiques \u00e0 nous d\u00e9barrasser autant que possible du fatras psychologisant et \u00e9ducatif dont l\u2019universit\u00e9 fait volontiers la promotion. Nous avons aussi et surtout \u00e0 nous d\u00e9barrasser de tout ce qui pourrait nous para\u00eetre justifier que nous devenions acteurs du maintien d\u2019un ordre public dont nous voyons au quotidien de l\u2019arsenal l\u00e9gislatif d\u00e9velopp\u00e9 par les plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019Etat comment il tente d\u2019imposer \u00e0 un corps social au bord de la rupture les modalit\u00e9s les plus excluantes possibles du vivre ensemble et combien il confine \u00e0 l\u2019ordre moral dont le qualificatif de \u00ab nouveau \u00bb ne limite pas l\u2019horreur. Avec, Freud nous ne pouvons pas y croire, mais avec lui il faut bien se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence une fois encore : dans les moments de chamboulement de la soci\u00e9t\u00e9, aujourd\u2019hui la mondialisation, les effets pacificateurs de la culture peuvent tomber les uns apr\u00e8s les autres et quelquefois massivement. Le pire d\u00e9ferle alors et son cort\u00e8ge d\u2019agonies, sa g\u00e9henne d\u2019esp\u00e9rances perdues. Marquant l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 qu\u2019il y a justement pour les hommes \u00e0 vivre ensemble, \u00e0 se retrouver dans le Babel des langues et des pulsions, le pire ne demande qu\u2019\u00e0 faire retour, livrant chacun sans limite \u00e0 prendre sa place selon son organisation psychique au fil des \u00e9v\u00e9nements , dominant ou domin\u00e9 et parfois les deux \u00e0 la fois, sc\u00e8ne ouverte par l\u2019oppression de l\u2019homme par son semblable, avec \u00ab la paille de la mis\u00e8re pourrissant dans l\u2019acier des canons \u00bb pour reprendre encore Pr\u00e9vert\u2026 Or l\u2019on nous propose sans merci, le pauvre langage du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en t\u00e9moigne sans cesse, de faire la guerre contre ci, la guerre contre \u00e7a ; apr\u00e8s la guerre \u00e9conomique le temps est \u00e0 la guerre \u00e0 la d\u00e9linquance et \u00e0 ceux qui l\u2019incarnent : fous, roms et sans papiers faisant, semble-t-il, bien l\u2019affaire. Bernard- Henri L\u00e9vy dans son article du Monde intitul\u00e9 \u00ab les trois erreurs de Nicolas Sarkozy : m\u00e9pris des Roms, outrage \u00e0 l\u2019esprit des lois, discours de guerre civile \u00bb \u00e9crit : \u00ab tenir le langage de la d\u00e9ch\u00e9ance [\u2026] c\u2019est la garantie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fi\u00e9vreuse, inapais\u00e9e, o\u00f9 chacun se dresse contre chacun et o\u00f9 le ressentiment et la haine seront tr\u00e8s vite les derniers ciments du lien social \u00bb Nous savons bien pourtant comment les fous, souvent d\u00e9j\u00e0 t\u00e9moins d\u2019horreurs pass\u00e9es, subissent parfois et pour les m\u00eames raisons le sinistre sort de ceux que la b\u00eate d\u00e9signe comme boucs \u00e9missaires des malheurs du monde. L\u2019\u00e9tymologie peut \u00eatre d\u2019une aide pr\u00e9cieuse dans la compr\u00e9hension de ces tristes voisinages : Ali\u00e9n\u00e9 du latin alius l\u2019autre, le radicalement \u00e9tranger, dont vient aussi t\u00e9moigner la traduction allemande du mot ali\u00e9ner : entfremdung, rendre \u00e9tranger donc. C\u2019est vraiment \u00e0 ceci que nous sommes convi\u00e9s : faire des patients des \u00e9trangers radicalement autres et dont il ne faudrait que redouter la violence. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une proposition \u00e9thiquement inadmissible, une fois encore, une insulte \u00e0 la culture \u00e0 laquelle nous refusons de nous associer. Le 2 d\u00e9cembre 2008 un discours offensif contre nos patients avait \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9, il n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment de bon ton, au c\u00e9nacle des professionnels de l\u2019enfermement, d\u2019y voir une attaque grave aux libert\u00e9s publiques ; la suite vient et organise un statut tr\u00e8s particulier de l\u2019humain en souffrance psychique ou de n\u2019importe qui troublerait l\u2019ordre public du fait d\u2019un comportement incompatible avec les exigences de l\u2019ordre moral. Ainsi l\u2019on pourrait demain se voir imposer des soins psychiatriques sous contraintes \u00e9ventuellement \u00e0 la maison voire une hospitalisation. Cette derni\u00e8re se d\u00e9roulerait dans des lieux \u00ab s\u00e9curis\u00e9s \u00bb( pour lesquels rappelons le soixante dix millions d\u2019euros ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bloqu\u00e9 par le minist\u00e8re en trois mois) et dans des conditions o\u00f9 aller et venir librement serait graduellement limit\u00e9 sinon emp\u00each\u00e9 essentiellement selon l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019omnipotente autorit\u00e9 administrative et l\u2019\u00e9trange b\u00e9n\u00e9diction pr\u00e9sidentielle : \u00ab personne mieux qu\u2019un policier de haut vol ne saurait en exercer les pr\u00e9rogatives \u00bb, le tout \u00e9ventuellement sur signalement des directeurs d\u2019h\u00f4pitaux obligatoirement pr\u00e9venus par les \u00e9quipes soignantes.. Lacan reprenant le Balcon de Jean Genet rappelle \u00e0 propos du rapport du sujet avec la fonction de la parole que \u00ab si est un rapport adult\u00e9r\u00e9 un rapport ou chacun a \u00e9chou\u00e9 et o\u00f9 personne ne se retrouve [\u2026.] continue de se soutenir si d\u00e9grad\u00e9 soit-il[\u2026]comme quelque chose qui est li\u00e9 a ce qu\u2019on appelle l\u2019ordre et cet ordre se r\u00e9duit quand une soci\u00e9t\u00e9 en est venue \u00e0 son plus extr\u00eame d\u00e9sordre \u00e0 ce qui s\u2019appelle la police \u00bb. Dans la pi\u00e8ce de Genet, les petits vieux r\u00e9clament des uniformes de g\u00e9n\u00e9raux, d\u2019\u00e9v\u00eaques et de juges pour jouir dans le ventre des prostitu\u00e9es mais personne ne demande \u00e0 enfiler les oripeaux du pr\u00e9fet de police qui choisit le phallus comme embl\u00e8me, lui qui, pivot de tout, se d\u00e9sesp\u00e8re en m\u00eame temps que sa fonction ne soit pas assez attractive pour que l\u2019on souhaite s\u2019identifier \u00e0 lui. Il va de soi que nous ne saurions emp\u00eacher le pr\u00e9sident et ses pr\u00e9fets de jouir de leurs semblants phalliques, le voudrions nous que n\u2019en n\u2019aurions pas les moyens, mais nous avons le projet r\u00e9solu d\u2019emp\u00eacher qu\u2019ils emportent les plus vuln\u00e9rables d\u2019entre nous dans leur pr\u00e9occupante sarabande. \u00ab L\u2019Etat qui fait la guerre se permet toutes les injustices, toutes les violences \u00bb dit Freud dans ses \u00ab Consid\u00e9rations actuelles sur la guerre et sur la mort \u00bb. Il y a dans le projet de loi qui nous bouleverse une r\u00e9elle violence institu\u00e9e, d\u2019autant plus inqui\u00e9tante que le principe civilisateur, l\u2019apaisement cr\u00e9atif du lien entre les citoyens, sera d\u2019autant plus difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre dans ce moment de risque de \u00ab grande mis\u00e8re psychologique des masses \u00bb pour l\u00e0 encore reprendre Freud.. Les prochaines dispositions l\u00e9gislatives concernant les personnes n\u00e9cessitant des soins psychiatriques sont \u00e0 l\u2019aulne de ce qui s\u2019enseigne sur les bancs des \u00e9coles de m\u00e9decine et de soins infirmiers : c\u2019est ainsi qu\u2019il est enseign\u00e9 dans les \u00e9tablissements publics de sant\u00e9 une m\u00e9thode consistant \u00e0 permettre au personnel devant un patient agit\u00e9<br \/>\n, de savoir utiliser tel ou tel outil relationnel st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 pour pacifier la situation ou \u00e0 d\u00e9faut d\u2019utiliser des techniques issues des arts martiaux ; la guerre disais-je ; c\u2019est ainsi qu\u2019il faut d\u00e9plorer la suppression progressive mais rapide des formations universitaires en psychopathologie, c\u2019est ainsi que telle officine de recherche \u00e9tablit un classement ridicule de l\u2019efficacit\u00e9 des th\u00e9rapies, c\u2019est ainsi encore que s\u2019organise un dipl\u00f4me de psychoth\u00e9rapeute visant \u00e0 former en trois ans des professionnels de la psychoth\u00e9rapie.Ces pratiques tiennent lieu de r\u00e9flexion r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e approfondie, prudente et pr\u00e9cautionneuse sur les causes, le sens de la survenue de tel ou tel \u00e9v\u00e8nement, insulte \u00e0 la culture vous dis-je. Il y a lieu \u00e0 ce propos de constater que ce d\u00e9sastreux d\u00e9voiement de nos pratiques et de l\u2019enseignement n\u2019est pas de la seule responsabilit\u00e9 du gouvernement. Certains professionnels y ont leur part qui en effet r\u00e9clament, enseignent, promeuvent, appliquent ces m\u00e9thodes simplificatrices et violentes de relation avec les patients. La contrainte \u00e0 la maison, l\u2019immobilisation techniquement ma\u00eetris\u00e9e en lieu et place de la tentative toujours retravaill\u00e9e de trouver les moyens d\u2019une r\u00e9elle hospitalit\u00e9 pour la folie, constituent ainsi les moyens nouveaux propos\u00e9s aux professionnels dans l\u2019exercice de leur profession. Nous avions pourtant mis beaucoup d\u2019espoir dans la r\u00e9volution copernicienne en psychiatrie qui ne centrait plus la question de la folie sur celle de l\u2019asile ; nous avions cru d\u00e9pass\u00e9e la loi d\u2019exception dont le premier effet avait \u00e9t\u00e9 d\u2019imposer un statut hors le droit commun \u00e0 ceux que la parfaite \u00e9tranget\u00e9 qui les d\u00e9finissait avait fait nommer \u00ab ali\u00e9n\u00e9s \u00bb. Nous voil\u00e0 aujourd\u2019hui renvoy\u00e9s \u00e0 cette approche s\u00e9gr\u00e9gative donnant aux plus fragiles d\u2019entre nous un statut d\u2019extra territorialit\u00e9, les excluant du droit commun et les assignant au titre de leur souffrance particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019enfermement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou pire encore d\u00e9sormais, chez eux. Nous n\u2019aurions pas d\u00fb oublier qu\u2019un an avant sa mort, huit ans apr\u00e8s sa condamnation d\u00e9finitive, Galil\u00e9e, devenu compl\u00e8tement aveugle, \u00e9crivit dans un sonnet :  \u00bbMonstre je suis plus \u00e9trange et difforme Que harpie sir\u00e8ne ou chim\u00e8re\u2026. Et je perds et mon \u00eatre et ma vie et mon nom \u00bb La barbarie du savoir dogmatique, de la norme indiscutable peut aussi d\u00e9faire le sujet p\u00e9niblement rassembl\u00e9 autour de sa faille originelle. Nous avons eu tort d\u2019imaginer le progr\u00e8s d\u00e9sali\u00e9niste comme d\u00e9finitif, sans doute n\u2019avions- nous pas assez bien lu Freud et son \u00ab Avenir d\u2019une illusion \u00bb : toutes les avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques, toutes les inventions esth\u00e9tiques demandent \u00e0 \u00eatre soutenues, sans rel\u00e2che tant elles sont fragiles.<\/p>\n<p>Nous n\u2019acceptons pas cette r\u00e9forme impos\u00e9e du soin en psychiatrie qui ne tient aucun compte de ce que la r\u00e9flexion clinique attentive permet de m\u00e9diations, d\u2019inventions chaque jour \u00e0 chaque rencontre avec chacun des patients dont la singularit\u00e9 de la souffrance nous enseigne les m\u00e9andres de la complexit\u00e9 psychique , dont l\u2019histoire particuli\u00e8re avec ses appartenances sociales et ses origines sur le globe est \u00e0 consid\u00e9rer avec bienveillance l\u00e0 o\u00f9 le sarkozysme, pauvre r\u00e9f\u00e9rence politique mal inspir\u00e9e des plus sinistres th\u00e8ses stigmatisantes et rejetantes, ne veut rien savoir de la f\u00e9condit\u00e9 des brassages ethniques et culturels.<\/p>\n<p>Le pouvoir s\u2019attaque chaque jour un peu plus au socle sur lequel la R\u00e9publique s\u2019est construite, il a entrepris une destruction quasi syst\u00e9matique des propositions du Conseil National de la R\u00e9sistance, il met \u00e0 mal les droits essentiels de l\u2019homme et du citoyen, organise des niveaux diff\u00e9rents de citoyennet\u00e9, s\u2019attaque \u00e0 ce que l\u2019histoire r\u00e9cente de la psychiatrie a tent\u00e9 de d\u00e9velopper, il met ainsi en danger la civilisation, la culture m\u00eame qui permet aux humains d\u2019essayer de vivre ensemble. Il y a l\u00e0 plus que jamais une ardente obligation \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 cette casse, \u00e0 refuser d\u2019appliquer des lois sans l\u00e9gitimit\u00e9, \u00e0 continuer d\u2019essayer d\u2019\u00e9tablir pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir les bases d\u2019une civilisation non excluante, les fondements d\u2019une organisation sociale ou dire le mot culture ne serait pas une insulte.<\/p>\n<p>Nous sommes aujourd\u2019hui dans la position d\u00e9crite par Francis Ponge \u00e0 propos de Giacometti : \u00ab l\u2019homme en souci de l\u2019homme, en terreur de l\u2019homme, s\u2019affirmant une derni\u00e8re fois en attitude hi\u00e9ratique, d\u2019une supr\u00eame \u00e9l\u00e9gance. Le path\u00e9tique de l\u2019ext\u00e9nuation \u00e0 l\u2019extr\u00eame de l\u2019individu r\u00e9duit \u00e0 un fil \u00bb Ce fil est fragile, il tient chacun des hommes et ne demande qu\u2019\u00e0 se rompre, nous sommes garants du maintien de son int\u00e9grit\u00e9, c\u2019est ainsi que les po\u00e8tes, les peintres, les musiciens pourront continuer \u00e0 tisser avec ce fil \u00e0 quoi nous sommes r\u00e9duits, la beaut\u00e9 et l\u2019esp\u00e9rance du monde.<\/p>\n<p>Il y a un acte de profonde culture \u00e0 refuser le projet de loi organisant des soins sous contrainte \u00e0 domicile, un des actes de r\u00e9sistance que la d\u00e9rive actuelle du pouvoir exige, comme de refuser le traitement discriminatoire de certaines cat\u00e9gories de citoyens r\u00e9duits aux actes commis par une infime minorit\u00e9 d\u2019entre eux. Il y a lieu de prendre ainsi notre place, \u00ab calmes sous nos sabots, brisant le joug qui p\u00e8se sur l\u2019\u00e2me et sur le front de toute humanit\u00e9 \u00bb pour citer Rimbaud dans son po\u00e8me \u00ab Morts de quatre vingt douze \u00bb.<\/p><\/div>\n<p>Micha\u00ebl et Jacqueline Guyader.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut \u00eatre b\u00eate comme l\u2019homme l\u2019est si souvent pour dire des choses aussi b\u00eates que b\u00eate comme ses pieds, gai comme un pinson\u2026\u2026 Le pinson n\u2019est pas gai, il est juste gai quand il est gai, triste quand il est triste ou ni triste ni gai\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 J.Pr\u00e9vert Lorsque s\u2019imposera le bilan de l\u2019action pr\u00e9sidentielle &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=117\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">&gt;Le projet de loi r\u00e9formant les soins en psychiatrie : une insulte \u00e0 la culture<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-117","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyses-et-pratiques-professionnelles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/117","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=117"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/117\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=117"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=117"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=117"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}