{"id":1707,"date":"2011-04-11T18:51:19","date_gmt":"2011-04-11T18:51:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=1707"},"modified":"2011-04-11T18:51:19","modified_gmt":"2011-04-11T18:51:19","slug":"quatre-bombes-a-fragmentations-mises-dans-la-loi-pour-detruire-la-psychiatrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=1707","title":{"rendered":"&gt;Quatre bombes \u00e0 fragmentations mises dans la loi pour d\u00e9truire la psychiatrie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center; \"><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/20090603-1930511.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1739\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/20090603-1930511.jpg\" title=\"20090603-193051\" width=\"800\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 16px; \">Ce sont les quatre id&eacute;ologies cach&eacute;es dans cette loi&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">1- le refus de prise en consid&eacute;ration des probl&egrave;mes sociaux des patient. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">2- l&rsquo;urgence d&eacute;sign&eacute;e comme seul sympt&ocirc;me. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">3- l&rsquo;obligation de soins comme seule r&eacute;ponse efficace. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">4- le m&eacute;dicament comme seul soin fiable.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><br \/>\n\tLa loi une fois appliqu&eacute;e (ce qui semble impossible) va montrer peu &agrave; peu qu&rsquo;elle est habit&eacute;e par quatre id&eacute;ologies dont l&rsquo;effet va &ecirc;tre progressif comme de vraies bombes &agrave; fragmentation d&eacute;truisant d&rsquo;abord les institutions puis s&rsquo;acharnant sur chaque patient. Tableau apocalyptique&nbsp;! Dites-vous&nbsp;? Nous allons voir.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><br \/>\n\tEn ce beau samedi d&rsquo;avril il ne fallait pas manquer la provocation des 39 &agrave; venir &eacute;changer sur la folie et la loi, pr&egrave;s de la statue de Pinel devant l&rsquo;h&ocirc;pital de La Salp&ecirc;tri&egrave;re. C&rsquo;est l&agrave; que, non pas lui d&rsquo;abord, mais un gardien du cul-de-basse-fosse de cet h&ocirc;pital o&ugrave; les fous &eacute;taient enchain&eacute;s et trait&eacute;s comme des b&ecirc;tes sauvages, Pussin et sa compagne allaient, en enlevant leurs chaines, cr&eacute;er la premi&egrave;re psychiatrie humaine. Ils allaient montrer de 1975 &agrave; 1980, Pinel les ayant rejoint, que &laquo;&nbsp;la folie totale n&rsquo;existe pas, et que chez chaque personne troubl&eacute;e persiste une part de raison gard&eacute;e&nbsp;&raquo;. La psychiatrie humaine, hors obligation, &eacute;tait n&eacute;e, et le soin par la parole reconnu comme premier soin, hors toute contention. C&rsquo;est cette psychiatrie que les &eacute;lus de la Nation veulent d&eacute;truire aujourd&rsquo;hui. Nous sommes donc en pleine absurdit&eacute;.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Herv&eacute; Bokobza brillant animateur des d&eacute;bats des 39 me voyant arriver me demande de dire quelques mots sur l&rsquo;actualit&eacute; de la loi. J&rsquo;avais encore &agrave; l&rsquo;esprit les &eacute;changes du matin sur les articles de M&eacute;diapart, et les r&eacute;actions des lecteurs &eacute;taient si pertinentes, si percutantes que j&rsquo;ai eu aussit&ocirc;t envie de les transmettre l&agrave;. Il s&rsquo;agissait de ces quatre &laquo;&nbsp;bombes&nbsp;&raquo;, je les en remercie, car ceux qui entouraient Pinel ont appr&eacute;ci&eacute; leur pertinence. Voici ces quatre id&eacute;ologies, bombes cach&eacute;es dans la loi, d&eacute;masqu&eacute;es ce matin.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La premi&egrave;re est le refus de prendre en consid&eacute;ration comme question de d&eacute;part essentielle les besoins sociaux des personnes pr&eacute;sentant des troubles psychiques graves. Pourtant ces besoins sont des besoins vitaux, ils sont donc primordiaux. Nous avons la chance en France que d&rsquo;autres &eacute;lus sous l&rsquo;impulsion des familles et des usagers aient eu l&rsquo;intelligence de promulguer la loi de 2005 sur l&rsquo;acc&egrave;s aux soins et &agrave; l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des chances pour les personnes en situation de handicap. Cette loi a ouvert le chemin pour proposer des compensations aux difficult&eacute;s sociales en compl&eacute;ment des soins, il faut maintenant l&rsquo;appliquer. Par contre la loi actuelle sur la psychiatrie ne s&rsquo;en pr&eacute;occupe pas et croit pouvoir se limiter &agrave; un seul aspect celui appel&eacute; abusivement urgence.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Rappelons que Franco Basaglia (ce psychiatre italien novateur, si mal connu des fran&ccedil;ais), lorsqu&rsquo;il recevait un patient ne se mettait pas d&rsquo;abord &agrave; la recherche de ses sympt&ocirc;mes, avant il posait les questions suivantes&nbsp;: &laquo;&nbsp;Monsieur, avez-vous un logement&nbsp;? Vos ressources sont-elles suffisantes&nbsp;? Vos liens sociaux sont-ils solides&nbsp;?&nbsp;&raquo;. Ensuite seulement il s&rsquo;occupait de sa vie psychique. Il savait que s&rsquo;il ne s&rsquo;occupait pas des besoins sociaux d&rsquo;abord, non seulement il b&acirc;tirait les soins sur du sable, mais de tels soins sans appui aggraveraient les troubles&nbsp;!<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;id&eacute;ologie cach&eacute;e dans la loi veille &agrave; &eacute;carter ces besoins sociaux, sachant qu&rsquo;elle fait coup double dans l&rsquo;unique int&eacute;r&ecirc;t de l&rsquo;Etat actuel&nbsp;: elle fait de fortes &eacute;conomies en &eacute;cartant tout recours &agrave; la solidarit&eacute; nationale, et de plus elle fragilise encore les patients ayant des troubles psychiques graves en leur apportant les seules r&eacute;ponses psychiques, car elle en fait une &laquo;&nbsp;client&egrave;le captive&nbsp;&raquo; des institutions de soin.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La seconde id&eacute;ologie cach&eacute;e est celle d&rsquo;affirmer que &laquo;&nbsp;tout en psychiatrie serait urgence&raquo;. Affirmation fausse qui permet de d&eacute;placer et concentrer toutes les r&eacute;ponses de soin en quelques lieux concentr&eacute;s, et de donner des troubles &laquo;&nbsp;une repr&eacute;sentation th&eacute;&acirc;trale dramatique&nbsp;&raquo;. Le tigre de papier des urgences met en sc&egrave;ne pour les m&eacute;dias la pr&eacute;tendue dangerosit&eacute;, mais &eacute;vite de souligner que les troubles aigus qui apparaissent le plus souvent progressivement peuvent tout &agrave; fait &ecirc;tre reconnus et soign&eacute;s &agrave; temps avant d&rsquo;exploser.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;id&eacute;ologie de la dramatisation de la folie permet au nom d&rsquo;un danger fantasmatique d&rsquo;opposer &agrave; la folie des armes lourdes aux cons&eacute;quences inattendues. Non seulement celles-ci sont tout &agrave; fait disproportionn&eacute;es &agrave; l&rsquo;objectif, mais en dramatisant les rencontres elles les d&eacute;forment, les aggravent, provoquent des interf&eacute;rences qui font perdre les raisons simples et relationnelles des souffrances psychiques et des troubles. La volont&eacute; de &laquo;&nbsp;tout monter en &eacute;pingle comme urgence&nbsp;&raquo; provoque une escalade. Les acteurs se croient oblig&eacute;s&nbsp;(ils vont l&rsquo;&ecirc;tre dans la loi) de faire d&rsquo;embl&eacute;e un diagnostic, au lieu de chercher &agrave; &eacute;tablir la confiance, et d&rsquo;imaginer sans d&eacute;lai un traitement, au lieu de permettre &agrave; la personne de commencer &agrave; s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; son psychisme, sous pr&eacute;texte qu&rsquo;il faut aller vite. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Une telle d&eacute;marche est fausse&nbsp;: l&rsquo;outil essentiel des premi&egrave;res rencontres avec une telle personne c&rsquo;est de prendre le temps suffisant pour que le calme et la confiance s&rsquo;installent. Ceci est simple et facile &agrave; partir du moment o&ugrave;, avant l&rsquo;arriv&eacute;e de l&rsquo;urgence, la disponibilit&eacute; de l&rsquo;&eacute;quipe de secteur pr&eacute;sente en ville hors h&ocirc;pital 24\/24h offre un recours &agrave; toute inqui&eacute;tude, hors climat dramatique&nbsp;; l&agrave;, l&rsquo;entourage de la personne participe &agrave; la cr&eacute;ation de ce climat, alors que dans toutes les urgences le premier r&eacute;flexe est d&rsquo;&eacute;carter familles et amis trait&eacute;s comme g&ecirc;neurs alors qu&rsquo;ils sont des appuis indispensables. Aux urgences on sort les armes lourdes diagnostic, traitement imm&eacute;diats, orientation ailleurs le plus vite possible (alors que l&rsquo;essentiel est de cr&eacute;er un &laquo;&nbsp;lien durable&nbsp;&raquo; s&rsquo;appuyant sur la confiance, seul vecteur du soin psychique), et l&rsquo;orientation la plus garante de tout risque sera la plus lourde et la plus fr&eacute;quente&nbsp;: l&rsquo;hospitalisation&nbsp;; chaque acteur a &laquo;&nbsp;bravement et faussement&nbsp;&raquo;, logique de la couverture tir&eacute;e &agrave; soi).<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;id&eacute;ologie de l&rsquo;urgence, avec sa variante pr&ocirc;n&eacute;e par certains, l&rsquo;intervention &agrave; domicile syst&eacute;matique (alors qu&rsquo;il faut la d&eacute;battre chaque fois), massacre la psychiatrie, en obligeant de choisir de pr&eacute;f&eacute;rence, par crainte du risque, les solutions les plus lourdes qui vont en r&eacute;alit&eacute; constituer des fili&egrave;res s&eacute;gr&eacute;gatives, comme le d&eacute;nonce Roger Mis&eacute;s pour les enfants et adolescents, fili&egrave;res dont le patient isol&eacute; aura de plus en plus de mal &agrave; se d&eacute;gager. Cette id&eacute;ologie s&rsquo;appuie sur la peur de la folie et la cultive. L&rsquo;escalade que provoque l&rsquo;urgence est la grande mystification impos&eacute;e &agrave; la psychiatrie par cette id&eacute;ologie.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Nous devons donc lui opposer cette pratique concr&egrave;te simple, qui a donn&eacute; ses preuves, et qui n&rsquo;est pas une id&eacute;ologie&nbsp;: la pratique de l&rsquo;&eacute;coute de la personne, son accueil et celui de son environnement relationnel qui vont construire un espace o&ugrave; la personne retrouve sa libert&eacute; face aux pressions internes et externes qui l&rsquo;assaillent. Ceci se d&eacute;roule dans les espaces simples de l&rsquo;&eacute;quipe de secteur, sans armes lourdes, en dehors de tout h&ocirc;pital. Cette disponibilit&eacute; est l&rsquo;un des fondamentaux de la politique de secteur.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La troisi&egrave;me id&eacute;ologie cach&eacute;e est constitu&eacute;e par les cons&eacute;quences voulues mais masqu&eacute;es de &laquo;&nbsp;l&rsquo;obligation de soins&nbsp;&raquo;. Les promoteurs de la loi n&rsquo;ont pas expliqu&eacute; clairement qu&rsquo;ils nient par ce terme l&rsquo;existence de la maladie mentale, ils la traitent comme une maladie physique (que chacun voit), ou comme un comportement d&eacute;linquant (qu&rsquo;il suffit de remettre en place). Les auteurs de cette loi en effet pensent qu&rsquo;il suffit de d&eacute;signer la maladie &agrave; la personne r&eacute;tive pour qu&rsquo;elle la reconnaisse, et qu&rsquo;il suffit de la convaincre du bien fond&eacute; d&rsquo;un traitement pour tout r&eacute;soudre selon leur id&eacute;ologie.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">C&rsquo;est tr&egrave;s grave&nbsp;: cela veut dire qu&rsquo;ils refusent le constat fait depuis Pinel que toute maladie psychique grave est centr&eacute;e par un d&eacute;lire qui occupe une part de sa vie psychique, et que, fait central, la personne n&rsquo;en a pas connaissance. Ce n&rsquo;est pas un refus, ni un refoulement, c&rsquo;est le point le plus complexe de la psychiatrie, c&rsquo;est un d&eacute;ni&nbsp;: elle vit cette r&eacute;alit&eacute; d&eacute;lirante, mais ne sait pas que cette r&eacute;alit&eacute; est diff&eacute;rente du monde que nous partageons avec l&rsquo;autre partie d&rsquo;elle m&ecirc;me. L&rsquo;id&eacute;ologie masqu&eacute;e appelle ce fait de noms divers accumul&eacute;s par des descriptions superficielles&nbsp;: agitation, excitation, angoisse, d&eacute;pression grave, d&eacute;mence, violence, agressivit&eacute;, etc., et &agrave; chaque fois elle fait le m&ecirc;me constat&nbsp;: la personne pourtant allant tr&egrave;s mal aux yeux de tout le monde &laquo;&nbsp;ne demande pas de soin, et &agrave; toute proposition pour la soigner r&eacute;pond qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas besoin de soin&nbsp;&raquo;, elle r&eacute;pond de la m&ecirc;me fa&ccedil;on malgr&eacute; ce que l&rsquo;on croit &ecirc;tre une diversit&eacute; de maladies et de troubles. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">C&rsquo;est toujours en fait un seul trouble, le d&eacute;ni qui la fait r&eacute;agir ainsi. Il y a une vraie unit&eacute; et une constate dans cette attitude, les familles la connaissent bien. Le point central de la psychiatrie se trouve l&agrave;. Et nous savons tous, soignants, familles, acteurs civils que la personne alors est insensible &agrave; toute explication, &agrave; tout raisonnement, et que m&ecirc;me si une injection m&eacute;dicamenteuse arr&ecirc;te une agitation anxieuse (agitation interpr&eacute;t&eacute;e sauvagement comme une violence, voire une agressivit&eacute; lucide), le d&eacute;ni persiste. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ainsi &laquo;&nbsp;l&rsquo;obligation de soin est un contre-sens clinique central&nbsp;&raquo; puisqu&rsquo;elle heurte de plein fouet, elle refuse, elle &eacute;crase cette m&eacute;connaissance qui fait partie int&eacute;grante de la personnalit&eacute; de ce malade. Elle va donc provoquer une escalade de d&eacute;fenses que cette id&eacute;ologie appelle abusivement violences alors que la personne tente de &laquo;&nbsp;survivre&nbsp;&raquo;, alors que la personne a besoin de confiance, de calme, de libert&eacute;. Il est tellement plus simple pour les id&eacute;ologues du tout s&eacute;curitaire et du risque z&eacute;ro de ne s&rsquo;embarrasser d&rsquo;aucune h&eacute;sitation, d&rsquo;aucune perte de temps, d&rsquo;aucune d&eacute;pense et de d&eacute;cider qu&rsquo;il suffit de constater que les malades mentaux refusent de se soigner, et qu&rsquo;on va donc les &laquo;&nbsp;obliger&nbsp;&raquo; &agrave; se soigner, c&rsquo;est &agrave; dire &agrave; prendre des m&eacute;dicaments, derni&egrave;re id&eacute;ologie d&eacute;masqu&eacute;e dans la loi.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La quatri&egrave;me id&eacute;ologie a &eacute;t&eacute; d&eacute;voil&eacute;e par la maladresse de deux professeurs de psychiatrie (Le Monde.fr du 8 avril 2011) qui on d&eacute;clar&eacute; na&iuml;vement qu&rsquo;ils la trouvaient tr&egrave;s bien cette loi, et qu&rsquo;il ne fallait pas l&rsquo;attaquer. En effet si nous nous penchons sur l&rsquo;activit&eacute; des professeurs qui se sont organis&eacute;s pour travailler en dehors du service public de psychiatrie 60 (dont on peut &eacute;carter 20 pour les enfants et ado) pour 65 millions d&rsquo;habitants et 1127 &eacute;quipes de secteur et 4000 postes de praticien, on observe qu&rsquo;ils veulent exercer &laquo;&nbsp;tranquillement&nbsp;&raquo; loin de l&rsquo;agitation, donc tr&egrave;s contents qu&rsquo;une loi les d&eacute;barrasse des cas &laquo;&nbsp;lourds&nbsp;&raquo; qui font du bruit dans leur service. Mais nous d&eacute;couvrons l&rsquo;id&eacute;ologie masqu&eacute;e&nbsp;: &laquo;&nbsp;les professeurs sont la cheville ouvri&egrave;re des m&eacute;dicaments&nbsp;&raquo;. Ils sont la plate forme essentielle des &laquo;&nbsp;essais cliniques&nbsp;&raquo; dont ont besoin les laboratoires pharmaceutiques, d&rsquo;autre part puisqu&rsquo;ils ne sont pas sectoris&eacute;s ils n&rsquo;enseignent ni psychoth&eacute;rapie institutionnelle, ni psychoth&eacute;rapie, et se limitent aux seuls m&eacute;dicaments. Nous comprenons (autre r&eacute;alit&eacute; cach&eacute;e de la loi) que le seul traitement qui pourra &ecirc;tre utilis&eacute; dans les trois formes d&rsquo;obligation de soins sera les m&eacute;dicaments&nbsp;: les seuls traitements que l&rsquo;on peut d&eacute;signer par leur assignement &agrave; tel ou tel sympt&ocirc;me, avec des doses qui sont pr&eacute;cises, ce que vont s&rsquo;efforcer d&rsquo;avaliser les professeurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;obligation de soin va entrainer les laboratoires pharmaceutiques &agrave; r&eacute;gner en maitres absolus sur la psychiatrie, sans concurrence. Pourtant ce monopole va avoir un certain nombre de cons&eacute;quences cach&eacute;es&nbsp;: d&rsquo;une part la plupart ont, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;un effet connu, des &laquo;&nbsp;effets secondaires&nbsp;&raquo;, plusieurs &eacute;tant nocifs, et dont l&rsquo;un des aspects les plus inqui&eacute;tants est de ne se d&eacute;clarer qu&rsquo;apr&egrave;s plusieurs ann&eacute;es de prescription (ob&eacute;sit&eacute;, diab&egrave;te, hypertension, puis atteintes du c&oelig;ur, de la r&eacute;tine, etc.,), d&rsquo;autre part ils pervertissent la pratique psychiatrique car ils s&rsquo;attaquent aux seuls sympt&ocirc;mes et consid&egrave;rent l&rsquo;humain comme un &ecirc;tre v&eacute;g&eacute;tatif que l&rsquo;on traite comme tel (l&rsquo;&eacute;tat v&eacute;g&eacute;tatif est souvent le r&eacute;sultat obtenu), sans aboutir &agrave; aucun changement psychique profond, ne modifiant jamais un d&eacute;lire.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">En m&ecirc;me temps cette id&eacute;ologie va aboutir &agrave; son autodestruction, car s&rsquo;il est possible de pr&eacute;ciser le nombre de mol&eacute;cules donn&eacute;es, il n&rsquo;existe aujourd&rsquo;hui aucune certitude sur leur efficacit&eacute; pr&eacute;cise. Si bien que lorsque l&rsquo;obligation de soins, et donc de prise ou d&rsquo;injection de m&eacute;dicaments aura &eacute;t&eacute; prescrite, il n&rsquo;existe aucune certitude ni clinique ni biologique de son degr&eacute; d&rsquo;efficacit&eacute;&nbsp;; de ce fait la logique de pr&eacute;caution devant le risque et le besoin de s&eacute;curit&eacute; ne pourra emp&ecirc;cher l&rsquo;escalade et les accidents qui ne tarderont pas &agrave; se multiplier. Comme cette logique de s&eacute;curit&eacute; sera &agrave; la port&eacute;e de tout un chacun (voisin, g&eacute;n&eacute;raliste, famille, ou autre) pour signaler une &eacute;ventuelle survenue ou aggravation de troubles, le recours &agrave; l&rsquo;obligation de soins v&eacute;rifi&eacute;e et suppl&eacute;mentaire sous forme de m&eacute;dicament sera &laquo;&nbsp;oblig&eacute;e&nbsp;&raquo;. L&rsquo;injection de neuroleptique, gr&acirc;ce, au besoin, &agrave; des &laquo;&nbsp;officiers de sant&eacute;&nbsp;&raquo; muscl&eacute;s, saura mettre fin &agrave; toute r&eacute;sistance&nbsp;!<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><br \/>\n\tLes fameuses injections &laquo;&nbsp;retard&nbsp;&raquo; donneront tout confort aux&nbsp;&hellip; prescripteurs<br \/>\n\tDevant autant d&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute;, de c&eacute;l&eacute;rit&eacute; de r&eacute;ponse &agrave; tout sympt&ocirc;me tous les autres traitements seront invalid&eacute;s&nbsp;: la psychoth&eacute;rapie trop lente et trop propre &agrave; chaque soignant.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Mais &eacute;tonnant retournement des choses, devant les exc&egrave;s des m&eacute;dicaments, devant leur inefficacit&eacute; sur la maladie mentale au long cours, devant leurs complications croissantes, les m&eacute;dicaments seront bient&ocirc;t reconnus dans la population comme &eacute;tant, &agrave; l&rsquo;instar de ce qui se passe avec la psychiatrie dans tout pays totalitaire, une arme purement politique de mise &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des opposants trop bruyants au r&eacute;gime. Et ceci sera dramatique aussi, la population n&rsquo;aura plus confiance en eux, alors qu&rsquo;ils sont indispensables&nbsp;: en effet les m&eacute;dicaments encadr&eacute;s par un soin psychoth&eacute;rapique, prescrits avec un vrai sens clinique, associ&eacute;s &agrave; des soins institutionnels et physiologiques, sont dans un tr&egrave;s grand nombre de cas un appoint essentiel permettant l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la parole, aux &eacute;changes, sauvant r&eacute;guli&egrave;rement des vies.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ce n&rsquo;est pourtant pas sur ces bases que beaucoup de laboratoires pharmaceutiques ont lanc&eacute; leurs recherches, ce n&rsquo;est pas dans le but de jouer les entremetteurs avec des entreprises industrielles pharmaceutiques que les professeurs de psychiatrie ont choisi leur carri&egrave;re, cependant nous connaissons le poids des &laquo;&nbsp;mises en place&nbsp;&raquo; et des &laquo;&nbsp;logiques majoritaire ou exclusive&nbsp;&raquo;, elles &laquo;&nbsp;ali&egrave;nent les hommes les plus normaux&nbsp;&raquo; qui ne peuvent plus se lib&eacute;rer de ces emprises tentaculaires. Nous connaissons de plus en plus l&rsquo;infiltration par les logiques envahissantes comme celles de la s&eacute;curit&eacute;, du risque z&eacute;ro, de pr&eacute;caution, comme nous l&rsquo;a montr&eacute; le Contr&ocirc;leur des espaces de restriction de libert&eacute;, JM Delarue.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Et pourtant dans le champ de la psychiatrie nous avons au moins quatre outils de base que chacun peut examiner, discuter, am&eacute;nager, et qui ne sont donc pas des id&eacute;ologies dogmatiques :<br \/>\n\t<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">1-l&rsquo;essentiel qu&rsquo;est &laquo; pour chacun de ceux qui rencontrent ces personnes&nbsp;la recherche en premier d&rsquo;une attitude humaine&nbsp;&raquo;, m&ecirc;me dans les moments les plus difficiles<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">2-l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t port&eacute; aux difficult&eacute;s sociales et les r&eacute;ponses &agrave; chercher<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">3-la mise en place d&rsquo;une disponibilit&eacute; 24\/24 h de soignants dans toute &eacute;quipe de secteur, donc en proximit&eacute;, elle permet avant tout soin, d&rsquo;instaurer confiance et dialogue sans pr&eacute;alable<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">4-le soin de base qu&rsquo;est &laquo;&nbsp;la psychoth&eacute;rapie&nbsp;&raquo;, tout patient est en danger si elle n&rsquo;est pas en premi&egrave;re ligne du d&eacute;but &agrave; la fin des soins.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Dans l&rsquo;imm&eacute;diat nous avons deux objectifs &agrave; r&eacute;aliser&nbsp;:<br \/>\n\t&#8211;en attendant l&rsquo;abrogation de cette loi en 2012 nous avons toute une ann&eacute;e pour expliquer aux &eacute;lus sereinement, et sans passion la r&eacute;alit&eacute; de la folie et de la psychiatrie (nous avons constat&eacute; au fil de cette semaine au Caf&eacute; Picouly comme ce samedi &agrave; l&rsquo;ombre de la statue de Pinel avec les 39, que les &eacute;lus &agrave; droite comme &agrave; gauche restent sur des id&eacute;es sur lesquelles ils se sont bloqu&eacute;s id&eacute;ologiquement, sans admettre un instant de les discuter, le rapporteur de la loi ne parlant que de danger, un &eacute;minent repr&eacute;sentant de la gauche d&eacute;fendant devant les 39 un grand laboratoire ne connaissant que m&eacute;dicaments et g&ecirc;nes, fondamental &#8211; ment. Les &eacute;lus non seulement sont ignorants, mais sont pr&eacute;-arm&eacute;s contre tout d&eacute;bat, comme l&rsquo;opinion&nbsp;?<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">&#8211;un grand travail p&eacute;dagogique &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la France (c&rsquo;est possible si nous le commen&ccedil;ons simultan&eacute;ment &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle humaine de chaque secteur) sur la r&eacute;alit&eacute; des connaissances de la psychiatrie et de l&rsquo;action sociale, et surtout sur la vraie r&eacute;alit&eacute; de la folie et sa reconnaissance comme une richesse de l&rsquo;homme, nous amenant &agrave; parler de solidarit&eacute;s.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ce fut un tr&egrave;s rare samedi de printemps &agrave; Paris &agrave; l&rsquo;ombre de Pussin (dont la statue manque encore) et des 39 qui nous ont permis d&rsquo;aborder des questions aussi graves tout en &eacute;tant dans la f&ecirc;te tout au long de la journ&eacute;e. Nous avons &eacute;t&eacute; &eacute;mus de voir des usagers, des familles, des amis non vus depuis 10 ou 30 ans nous saluer, nous remercier, et tous se mettre &agrave; esp&eacute;rer.<br \/>\n\t<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:16px;\"><span style=\"font-family:arial,helvetica,sans-serif;\"><strong>Guy Baillon,&nbsp;Psychiatre des H&ocirc;pitaux<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce sont les quatre id&eacute;ologies cach&eacute;es dans cette loi&nbsp;: 1- le refus de prise en consid&eacute;ration des probl&egrave;mes sociaux des patient. 2- l&rsquo;urgence d&eacute;sign&eacute;e comme seul sympt&ocirc;me. 3- l&rsquo;obligation de soins comme seule r&eacute;ponse efficace. 4- le m&eacute;dicament comme seul soin fiable. La loi une fois appliqu&eacute;e (ce qui semble impossible) va montrer peu &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=1707\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">&gt;Quatre bombes \u00e0 fragmentations mises dans la loi pour d\u00e9truire la psychiatrie<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-1707","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-meetings"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1707\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}