{"id":1914,"date":"2011-05-08T17:03:29","date_gmt":"2011-05-08T17:03:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=1914"},"modified":"2011-05-08T17:03:29","modified_gmt":"2011-05-08T17:03:29","slug":"faut-il-imposer-les-soins-psychiatriques-controverse-gilles-vidon-paul-machto","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=1914","title":{"rendered":"&gt;Faut-il imposer les soins psychiatriques ? (controverse Gilles Vidon, Paul Machto)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center; \"><a href=\"http:\/\/collectimp.cluster011.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/fais-ce-tif-13.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1916\" height=\"600\" src=\"http:\/\/collectimp.cluster011.ovh.net\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/fais-ce-tif-13.jpg\" title=\"fais ce tif-1\" width=\"800\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; text-align: center; font: 24.0px Times\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 10px; \">Controverse, par <\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 10px; \"><a href=\"http:\/\/www.regards.fr\/auteur\/sabrina-kassa\"><span style=\"font: 10.0px Times; text-decoration: underline ; letter-spacing: 0.0px color: #053df5\">Sabrina Kassa<\/span><\/a><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 10px; \">| 4 mai 2011<\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 10.0px Times; min-height: 13.0px\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 10.0px Times; min-height: 13.0px\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 16px; font-family: Georgia; \">En mai, le S&eacute;nat doit se prononcer sur un projet de loi en psychiatrie qui institue notamment le soin sans consentement en ambulatoire (hors hospitalisation). Deux psychiatres, Paul Machto et Gilles Vidon, d&eacute;battent sur la l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;imposer un traitement m&eacute;dical.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 16.0px Georgia\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Le projet de loi sur la psychiatrie introduit le soin sans consentement en &laquo;&nbsp;ambulatoire &nbsp;&raquo; (hors h&ocirc;pital), avec la menace pour les malades psychiques d&rsquo;&ecirc;tre intern&eacute;s s&rsquo;ils ne se soignent pas, qu&rsquo;est-ce que &ccedil;a signifie&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: Pour commencer, il faut rappeler qu&rsquo;en France les soins obligatoires existent d&eacute;j&agrave;&nbsp;: les vaccinations sont obligatoires et cela a permis d&rsquo;&eacute;radiquer certaines maladies comme les poliomy&eacute;lites, la variole, etc. Les libert&eacute;s individuelles doivent savoir s&rsquo;effacer devant la sant&eacute; publique. Pourquoi cette loi alors&nbsp;? Depuis les ann&eacute;es 1950-1960 nous avons une nouvelle gamme de m&eacute;dicaments consid&eacute;rable, ils ont compl&egrave;tement modifi&eacute; la psychiatrie et l&rsquo;&eacute;volution des maladies mentales. Autrefois les malades restaient parfois dix, vingt ans &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital psychiatrique, ils &eacute;taient intern&eacute;s parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de m&eacute;dicaments ou de soins appropri&eacute;s pour leur permettre de vivre &agrave; peu pr&egrave;s normalement. On a invent&eacute; ces m&eacute;dicaments et on a alors assist&eacute; &agrave; la fermeture de nombreux h&ocirc;pitaux psychiatriques. Aujourd&rsquo;hui, on ne se r&eacute;f&egrave;re pas &agrave; la notion de lieu, ni d&rsquo;internement mais &agrave; la notion de maladie. &laquo;&nbsp;Monsieur, Madame, vous avez une maladie, il vous faut des soins, c&rsquo;est obligatoire. Si vous ne les prenez pas, dit la loi, on peut requ&eacute;rir &agrave; une hospitalisation pour d&eacute;buter un traitement. &nbsp;&raquo; C&rsquo;est &ccedil;a l&rsquo;esprit de la loi &agrave; venir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: Il existe d&eacute;j&agrave; des obligations de soins en France, c&rsquo;est vrai, pour les maladies infectieuses et pour la tuberculose il y a une d&eacute;claration obligatoire, etc. Mais si la personne refuse, on ne la met pas de force &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital. Il y a une contradiction fondamentale compl&egrave;tement occult&eacute;e&nbsp;: d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; on dit &laquo;&nbsp;vous avez une maladie mentale, c&rsquo;est quasiment une maladie comme une autre&nbsp;&raquo;, et de l&rsquo;autre on se comporte vis-&agrave;-vis de ces malades d&rsquo;une fa&ccedil;on radicalement oppos&eacute;e.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>En cas de soins sans consentement, qui d&eacute;ciderait de les imposer&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: C&rsquo;est &ccedil;a le vrai probl&egrave;me. Actuellement c&rsquo;est le pr&eacute;fet qui est le seul ma&icirc;tre dans les Hospitalisations d&rsquo;office (HO), et ce sont les autorit&eacute;s familiale et m&eacute;dicale qui d&eacute;cident dans les Hospitalisations &agrave; la demande d&rsquo;un tiers (HDT), alors que dans tous les pays civilis&eacute;s le seul d&eacute;tenteur du pouvoir, c&rsquo;est le juge. En Belgique, le juge vient trois fois par semaine &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital et dicte les d&eacute;cisions au vu des expertises et apr&egrave;s avoir entendu le malade. Pareil en Hollande, aux Etats-Unis, au Canada&hellip; En France, l&rsquo;article 66 de la Constitution dit que seul le juge est garant de la s&eacute;questration et de l&rsquo;incarc&eacute;ration des personnes. Je pense qu&rsquo;il faut que ce soit la m&ecirc;me chose en psychiatrie. Nous les m&eacute;decins nous faisons notre travail, nous soignons les malades, nous r&eacute;digeons &eacute;ventuellement des certificats pour d&eacute;crire l&rsquo;&eacute;tat clinique mais nous n&rsquo;avons pas &agrave; intervenir dans ce type de d&eacute;cision. Quant au pr&eacute;fet, il interpelle les gens qui troublent l&rsquo;ordre public, il les confie aux juges et c&rsquo;est le juge qui prend les d&eacute;cisions. Voil&agrave; le syst&egrave;me auquel on arriverait si les s&eacute;nateurs &eacute;taient suffisamment sages pour suivre cette logique lors de l&rsquo;examen de la loi, le 11 mai. Cela r&eacute;soudrait &agrave; peu pr&egrave;s tous les probl&egrave;mes de la loi.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Ne pensez-vous pas que cette contrainte de soins risque de court-circuiter le lien th&eacute;rapeutique, en for&ccedil;ant les malades &agrave; prendre des m&eacute;dicaments alors qu&rsquo;ils ne sont plus hospitalis&eacute;s&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: Les outils en psychiatrie ont compl&egrave;tement chang&eacute; entre le XXe et le XXIe si&egrave;cle&nbsp;: il y a des techniques psychoth&eacute;rapiques, des techniques de groupe, etc. tout &agrave; fait int&eacute;ressantes, mais sans m&eacute;dicaments on ne peut pas les appliquer.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: Sur la gamme des m&eacute;dicaments, il y a une immense mystification dont vous venez de nous faire entendre une des illustrations. Ce que vous appelez les &laquo;&nbsp;m&eacute;dicaments nouveaux&nbsp;&raquo; ont apport&eacute; une am&eacute;lioration sur le &laquo;&nbsp;confort&nbsp;&raquo; de vie, c&rsquo;est-&agrave;-dire que certains effets secondaires ont &eacute;t&eacute; att&eacute;nu&eacute;s. Mais rien de nouveau sur le fond, sur les id&eacute;es d&eacute;lirantes, sur les hallucinations, sur les troubles de l&rsquo;humeur, aucun apport Il y a une v&eacute;ritable fascination vis-&agrave;-vis de la m&eacute;decine, et partant de l&agrave; pour le m&eacute;dicament. J&rsquo;&eacute;vacue tout de suite l&rsquo;opposition qui va m&rsquo;&ecirc;tre faite&nbsp;: je ne suis pas anti-m&eacute;dicament, je prescris quotidiennement des neuroleptiques, des antid&eacute;presseurs, des psychotropes&nbsp;; je pense en effet que ces m&eacute;dicaments peuvent apporter un soutien. Mais c&rsquo;est une mystification de dire que ce sont les m&eacute;dicaments qui ont r&eacute;volutionn&eacute; la psychiatrie, non, c&rsquo;est faux&nbsp;! Les m&eacute;dicaments ont apport&eacute; un grand soulagement par rapport &agrave; certains &eacute;tats aigus mais le traitement de fond, le changement de la pratique quotidienne dans les h&ocirc;pitaux psychiatrique, le d&eacute;veloppement des alternatives, ce n&rsquo;est pas li&eacute; aux m&eacute;dicaments, ce sont les hommes. Plus exactement, c&rsquo;est le fruit du croisement entre l&rsquo;apport de la psychanalyse, de la psychoth&eacute;rapie institutionnelle, de la formation, des m&eacute;dicaments et de la biologie&hellip;<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: On parle des d&eacute;rives possibles des soins sans consentement en ambulatoire, comme si on allait mettre tout le monde &agrave; ce r&eacute;gime. Actuellement, un membre d&rsquo;une famille et un m&eacute;decin peuvent interner quelqu&rsquo;un en h&ocirc;pital psychiatrique pendant six mois, un an, trois ans et parfois en chambre d&rsquo;isolement. C&rsquo;est un pouvoir bien plus fort qu&rsquo;un soin obligatoire. Et alors, est-ce qu&rsquo;il y a eu des d&eacute;rives&nbsp;? Bien s&ucirc;r que non.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: C&rsquo;est faux&nbsp;! Les sorties d&rsquo;essai &eacute;taient pr&eacute;vues par la loi de 1990 pour permettre &agrave; une personne hospitalis&eacute;e sous contrainte de sortir un certain temps pour voir comment &ccedil;a se passe et se r&eacute;ins&eacute;rer tout doucement avec un accompagnement assez serr&eacute; de l&rsquo;&eacute;quipe soignante de secteur. Les sorties d&rsquo;essai sont pr&eacute;vues pour trois mois reconductibles et c&rsquo;est l&agrave; que commencent les d&eacute;rives, parce que certains psychiatres, utilisent les sorties d&rsquo;essai de fa&ccedil;on inconsid&eacute;r&eacute;e et compl&egrave;tement aberrante.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Il y a aujourd&rsquo;hui trop de sorties d&rsquo;essai&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: Effectivement, la sortie d&rsquo;essai c&rsquo;est pour am&eacute;nager la sortie&hellip; La d&eacute;rive, c&rsquo;est la multiplication inconsid&eacute;r&eacute;e de ces sorties. C&rsquo;est &ccedil;a le probl&egrave;me. Il y a les lois et il y a les pratiques, comme l&rsquo;a soulign&eacute; dans son dernier rapport, le Contr&ocirc;leur g&eacute;n&eacute;ral des lieux de privation de libert&eacute;, Jean-Marie Delarue&hellip;<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Est-ce que les psychiatres laissent sortir les malades juste pour lib&eacute;rer des lits&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: C&rsquo;est &agrave; la fois pour lib&eacute;rer des lits et puis pour d&rsquo;autres consid&eacute;rations. Je crois que les carences de la formation des psychiatres comptent pour beaucoup. Vous savez, &ecirc;tre confront&eacute; &agrave; la folie, &agrave; la psychose, &agrave; la maladie mentale, c&rsquo;est difficile&nbsp;: vous &laquo;&nbsp;absorbez &nbsp;&raquo; l&rsquo;angoisse de l&rsquo;autre, l&rsquo;angoisse folle. &Ccedil;a fout les jetons et &ccedil;a vous touche jusque dans votre corps. Le probl&egrave;me c&rsquo;est que depuis une quinzaine d&rsquo;ann&eacute;es les psychiatres n&rsquo;ont plus de formation ad&eacute;quate, et la folie fait peur, alors ils se retranchent derri&egrave;re une posture m&eacute;dicale. Et puis, les jeunes infirmiers, qui ont une formation indigente en psychiatrie &ndash; trois mois sur trois ans d&rsquo;&eacute;tudes&nbsp;! &ndash;, se retrouvent &agrave; deux ou trois avec 25 ou 30 malades aux prises &agrave; des crises souvent aigu&euml;s. Evidemment, c&rsquo;est angoissant, c&rsquo;est tr&egrave;s dur. Exc&eacute;d&eacute;s, stress&eacute;s, ils ne peuvent pas faire face &agrave; certaines situations et pour se prot&eacute;ger ils demandent &agrave; mettre les malades en chambre d&rsquo;isolement ou &agrave; les attacher, etc. Et souvent les psychiatres sont totalement d&rsquo;accord. C&rsquo;est comme &ccedil;a que l&rsquo;on arrive &agrave; des d&eacute;rives insupportables qui me font honte.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: En France, il y a environ 2 &agrave; 3&nbsp;% hospitalis&eacute;s d&rsquo;office et 12 &agrave; 13&nbsp;% &agrave; la demande d&rsquo;un tiers, donc tous les autres entrent volontairement dans les services de psychiatrie et je m&rsquo;inscris totalement en faux quand vous dites qu&rsquo;il y a des pratiques indignes dans 70&nbsp;% des services. On ne peut pas dire des choses de ce genre&nbsp;! Si dans votre pavillon il se passe des choses qui vous font honte, je me demande pourquoi vous continuez &agrave; travailler et pourquoi vous ne donnez pas votre d&eacute;mission.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: Parce que j&rsquo;aime ce m&eacute;tier, parce que je suis engag&eacute; depuis quarante ans en psychiatrie, parce que je fais tout ce que je peux pour des pratiques humaines et dignes, parce que je ne veux pas abandonner les malades&nbsp;!<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Est-ce que les soins sans consentement en ambulatoire sont une fa&ccedil;on de se d&eacute;barrasser des gens que l&rsquo;on ne sait plus g&eacute;rer&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: Bien s&ucirc;r que non&nbsp;! La diminution des lits en psychiatrie et de l&rsquo;hospitalisation est intervenue parce qu&rsquo;on arrive sinon &agrave; gu&eacute;rir, du moins &agrave; am&eacute;liorer beaucoup l&rsquo;&eacute;tat des patients gr&acirc;ce aux m&eacute;dicaments et &agrave; nos techniques de psychoth&eacute;rapie. On arrive &agrave; les stabiliser. Le probl&egrave;me c&rsquo;est qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment beaucoup de ces patients &eacute;chappent aux soins&nbsp;: ils les arr&ecirc;tent, ils rechutent et ils reviennent &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital en plus mauvais &eacute;tat encore. C&rsquo;est pour ces malades-l&agrave; que des soins sans consentement pourraient &ecirc;tre envisag&eacute;s.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Savez-vous pourquoi certains malades arr&ecirc;tent leurs soins&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: Pour des raisons multiples&nbsp;: dans toutes les maladies chroniques, que ce soit le diab&egrave;te, les maladies cardiaques, l&rsquo;hypertension, au bout d&rsquo;un certain temps les gens arr&ecirc;tent le traitement. Ils se disent &laquo;&nbsp;maintenant je vais bien, donc j&rsquo;arr&ecirc;te de prendre mes m&eacute;dicaments &nbsp;&raquo;. Mais comme ce sont des maladies chroniques &ccedil;a r&eacute;appara&icirc;t. Et bien c&rsquo;est pareil pour les maladies mentales. Il y a aussi le d&eacute;ni de la pathologie, ils disent &laquo;&nbsp;non non, je ne suis pas malade, je suis comme les autres&nbsp;&raquo; et ils ne veulent pas continuer leur traitement. On ne peut pas laisser sortir les malades mentaux des h&ocirc;pitaux psychiatriques quand ils ont des pathologies s&eacute;v&egrave;res et les laisser vivre dans la rue, donc il faut assurer un suivi. C&rsquo;est pourquoi il faut d&eacute;velopper des soins dans la communaut&eacute;, on est tous d&rsquo;accord l&agrave;-dessus.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b><i>Pensez-vous que le projet de loi donne suffisamment de garanties pour qu&rsquo;il y ait ce maillage autour du malade une fois sorti de l&rsquo;h&ocirc;pital&nbsp;?<\/i>&nbsp;<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Gilles Vidon<\/b>&nbsp;: La France a d&eacute;velopp&eacute; la politique de sectorisation de fa&ccedil;on admirable, &agrave; partir des ann&eacute;es 1960-1970. Dans chaque territoire, il y a une &eacute;quipe psychiatrique charg&eacute;e de l&rsquo;hospitalisation et du soin externe, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de &ccedil;a &eacute;norm&eacute;ment de structures associatives extrahospitali&egrave;res se sont d&eacute;velopp&eacute;es et maintenant on assiste &agrave; la cr&eacute;ation de beaucoup de lieux de soins pilot&eacute;s par l&rsquo;Unafam (Union des amis et familles de malades psychiques), les repr&eacute;sentants des familles et m&ecirc;me &eacute;ventuellement des usagers. On est sans doute un des pays les plus pourvus en structures extra-hospitali&egrave;res d&rsquo;accompagnement. Je ne pense pas que ce soit suffisant, certains endroits ne sont pas assez d&eacute;velopp&eacute;s, il y a des in&eacute;galit&eacute;s de d&eacute;veloppement selon les moyens. Mais il faut savoir n&eacute;anmoins que nous vivons &agrave; l&rsquo;heure actuelle la meilleure p&eacute;riode pour les soins psychiatriques dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute;, nous avons les meilleurs m&eacute;dicaments, nous avons en France plus de soignants psychiatres que partout ailleurs dans le monde en proportion. Il ne faut pas se plaindre, m&ecirc;me s&rsquo;il faut continuer &agrave; dire qu&rsquo;on n&rsquo;en a pas assez parce qu&rsquo;il y a des d&eacute;partements o&ugrave; ce n&rsquo;est pas assez d&eacute;velopp&eacute;.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span style=\"font-size:14px;\"><span style=\"letter-spacing: 0.0px\"><b>Paul Machto<\/b>&nbsp;: Mais alors, tout va bien&nbsp;! C&rsquo;est hallucinant d&rsquo;entendre que tout est au mieux quand on sait qu&rsquo;il y a une p&eacute;nurie inou&iuml;e d&rsquo;infirmiers&hellip; Lorsque l&rsquo;on conna&icirc;t la destruction &agrave; l&rsquo;oeuvre en psychiatrie, l&rsquo;envahissement de la gestion, les proc&eacute;dures, la folie bureaucratique qui b&ecirc;tifie les soignants, qui les d&eacute;tourne de ce qui est le coeur du m&eacute;tier&nbsp;: &eacute;couter, parler, avoir des activit&eacute;s avec les patients, favoriser la cr&eacute;ativit&eacute;&nbsp;! Lorsque l&rsquo;on sait les entraves au d&eacute;veloppement des structures de soins dans l&rsquo;extra-hospitalier et m&ecirc;me la fermeture de certaines dans la cit&eacute;. Je suis sid&eacute;r&eacute; de vous entendre tenir ce discours &nbsp;! On voit bien l&agrave; la collusion d&rsquo;un certain nombre de psychiatres avec le gouvernement. Alors pourquoi les patients arr&ecirc;tent leur traitement &nbsp;? Les psychiatres ne pourraient-ils pas s&rsquo;interroger d&rsquo;abord sur leur relation avec le patient &nbsp;? &laquo;&nbsp;Pourquoi a t il arr&ecirc;t&eacute; son traitement&nbsp;? Y a-t-il quelque chose que je n&rsquo;ai pas entendu&nbsp;?&nbsp;&raquo; Il y a certes le d&eacute;ni, d&rsquo;accord. Il y a parfois la lassitude de prendre des m&eacute;dicaments. Le fait de se sentir mieux. Mais il y a aussi la n&eacute;cessit&eacute; de se remettre en question en tant que th&eacute;rapeute. Car s&rsquo;il y a un authentique travail relationnel, et qu&rsquo;il s&rsquo;av&egrave;re n&eacute;cessaire que ce traitement soit continu&eacute;, alors tout repose sur la capacit&eacute; du psychiatre et de l&rsquo;&eacute;quipe soignante d&rsquo;essayer d&rsquo;analyser avec celui qui est malade les raisons de son interruption de traitement et de &laquo;&nbsp;travailler &nbsp;&raquo; avec lui pour parvenir &agrave; le convaincre. Vous mesurez-l&agrave; un &eacute;l&eacute;ment qui m&rsquo;appara&icirc;t fondamental, essentiel pour un psychiatre, pour un soignant quelque soit son statut, c&rsquo;est l&rsquo;engagement. L&rsquo;engagement dans la relation. La prise en compte de ce qu&rsquo;on appelle la dimension transf&eacute;rentielle. Vous &ecirc;tes aveugl&eacute; par votre conception r&eacute;ductrice de la folie, calqu&eacute;e sur la maladie somatique. Pour ma part, j&rsquo;ai une conception diversifi&eacute;e et plurielle de la folie, de la maladie mentale. Etre fou c&rsquo;est aussi une fa&ccedil;on d&rsquo;&ecirc;tre au monde, de vivre le monde, et de ressentir le monde. Et puis je pense que ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on est malade mental qu&rsquo;on ne doit pas avoir son mot &agrave; dire dans la cit&eacute;. La folie a toujours exist&eacute;, et le fou exprime une v&eacute;rit&eacute; ou des v&eacute;rit&eacute;s sur le monde et c&rsquo;est cette v&eacute;rit&eacute; qui est insupportable &agrave; entendre pour certains psychiatres.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0.0px 0.0px 5.0px 0.0px; font: 12.0px Times\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 10px; \"><a href=\"http:\/\/www.regards.fr\"><span style=\"font-size: 16px; \"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; \">http:\/\/www.regards.fr<\/span><\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Controverse, par Sabrina Kassa| 4 mai 2011 &nbsp; En mai, le S&eacute;nat doit se prononcer sur un projet de loi en psychiatrie qui institue notamment le soin sans consentement en ambulatoire (hors hospitalisation). 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