{"id":536,"date":"2010-11-18T16:39:49","date_gmt":"2010-11-18T16:39:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=536"},"modified":"2010-11-18T16:39:49","modified_gmt":"2010-11-18T16:39:49","slug":"le-trouble-deficitaire-de-lattention-avec-hyperactivite-faits-et-interpretations-politiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=536","title":{"rendered":"&gt;Le trouble d\u00e9ficitaire de l&#039;attention avec hyperactivit\u00e9 : faits et interpr\u00e9tations politiques."},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/20091128-1249431.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/20091128-1249431.jpeg\" alt=\"\" title=\"20091128-124943\" width=\"320\" height=\"240\" class=\"aligncenter size-full wp-image-560\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Gonon (directeur de recherche CNRS) et Annie Giroux-Gonon (psychologue, psychanalyste)<br \/>\nContact: francois.gonon@u-bordeaux2.fr<\/strong><\/p>\n<p>Le trouble d\u00e9ficitaire de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH) est en France un sujet de pol\u00e9miques. Celles-ci ignorent souvent l&rsquo;\u00e9volution rapide des donn\u00e9es et des id\u00e9es en mati\u00e8re de TDAH dans la litt\u00e9rature internationale. Un article r\u00e9cent(1) fait le point de cette \u00e9volution. Notre but ici est de pr\u00e9senter cet article puis d&rsquo;en tirer quelques cons\u00e9quences au niveau individuel et social.<\/p>\n<p>TDAH: donn\u00e9es r\u00e9centes des neurosciences et de l&rsquo;exp\u00e9rience nord-am\u00e9ricaine.<br \/>\nEn Am\u00e9rique du Nord, le TDAH repr\u00e9sente le trouble psychique le plus fr\u00e9quemment diagnostiqu\u00e9 chez l&rsquo;enfant avec une pr\u00e9valence de 7 \u00e0 9 %. La prescription de psychostimulants (amph\u00e9tamine, ritaline) y touche des populations importantes depuis trois d\u00e9cennies. La neurobiologie est souvent mise en avant pour justifier cette prescription: le TDAH serait d\u00fb \u00e0 un d\u00e9ficit de dopamine (et\/ou de noradr\u00e9naline) que viendrait corriger ces m\u00e9dicaments. La litt\u00e9rature r\u00e9cente remet en question cette hypoth\u00e8se d\u00e9ficitaire(2). En l&rsquo;absence de th\u00e9orie neurobiologique solide, l&rsquo;origine biologique du TDAH est souvent affirm\u00e9e en raison de sa forte h\u00e9ritabilit\u00e9 (75 %). Cette h\u00e9ritabilit\u00e9 est estim\u00e9e par des \u00e9tudes de vrais et faux jumeaux et sugg\u00e8re que des pr\u00e9dispositions g\u00e9n\u00e9tiques pourraient favoriser l&rsquo;apparition du TDAH. Cependant, ces \u00e9tudes ne font pas la diff\u00e9rence entre facteurs g\u00e9n\u00e9tiques purs et interactions entre g\u00e8nes et environnement. Selon ce m\u00eame type d&rsquo;\u00e9tudes, la tuberculose pr\u00e9sente aussi une forte h\u00e9ritabilit\u00e9 (80 %). Par cons\u00e9quent, contrairement \u00e0 ce que v\u00e9hicule les m\u00e9dias, \u00ab\u00a0h\u00e9ritable\u00a0\u00bb ne veut pas dire \u00ab\u00a0avoir des causes g\u00e9n\u00e9tiques\u00a0\u00bb. De nombreux facteurs environnementaux augmentent le risque de TDAH: faible niveau \u00e9conomique et d&rsquo;\u00e9ducation des parents, naissance pr\u00e9matur\u00e9e, m\u00e8re adolescente, exc\u00e8s de t\u00e9l\u00e9vision entre 1 et 3 ans. Inversement, si la m\u00e8re a fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, le risque est diminu\u00e9. Par cons\u00e9quent, un renforcement des cr\u00e8ches et des \u00e9coles maternelles dans les quartiers les moins favoris\u00e9s serait sans doute l&rsquo;une des mesures les plus efficaces pour pr\u00e9venir le TDAH(1).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes r\u00e9centes confirment que la ritaline (seul m\u00e9dicament autoris\u00e9 en France) est relativement bien tol\u00e9r\u00e9e et am\u00e9liore l&rsquo;attention chez les 3\/4 des enfants souffrant du TDAH. Cependant, ces enfants pr\u00e9sentent \u00e0 long terme un risque accru de toxicomanie, d\u00e9linquance et \u00e9chec scolaire. Les \u00e9tudes nord am\u00e9ricaines r\u00e9centes montrent que le traitement par la ritaline n&rsquo;a aucun effet, en positif comme en n\u00e9gatif, vis-\u00e0-vis de ces risques. Par contre les interventions psychologiques et sociales en direction des enfants et de leurs parents diminuent efficacement ces risques ainsi que les troubles souvent associ\u00e9s au TDAH (anxi\u00e9t\u00e9, d\u00e9pression, troubles externalis\u00e9s). Le minist\u00e8re de la sant\u00e9 de Grande-Bretagne recommande en premi\u00e8re intention un soutien psychologique et \u00e9ducatif en direction des parents. La prescription de ritaline devrait toujours \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 ce soutien et \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e aux enfants les plus en difficult\u00e9.<\/p>\n<p>La situation fran\u00e7aise est tr\u00e8s diff\u00e9rente des USA puisque les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes ne sont pas habilit\u00e9s \u00e0 poser le diagnostique de TDAH et que le pourcentage d&rsquo;enfant trait\u00e9 par la ritaline est en moyenne inf\u00e9rieure \u00e0 1%. On peut donc supposer que la prescription de ritaline entra\u00eene en France des effets \u00e0 longs termes plus souvent b\u00e9n\u00e9fiques qu&rsquo;aux USA, mais cette hypoth\u00e8se n&rsquo;a pas encore fait l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9tude. L&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine d&rsquo;un effet nul, en moyenne, du traitement m\u00e9dicamenteux du TDAH vis-\u00e0-vis des risques \u00e0 long terme sugg\u00e8re que si certains enfants ont tir\u00e9 b\u00e9n\u00e9fice du traitement, d&rsquo;autres ont vu leur \u00e9tat s&rsquo;aggraver. Une \u00e9tude fran\u00e7aise va dans ce sens(3).<br \/>\nCons\u00e9quences face aux difficult\u00e9s d&rsquo;un enfant particulier<\/p>\n<p>Les psychanalystes ne s&rsquo;\u00e9tonneront pas de deux conclusions issues de l&rsquo;approche pragmatique anglo-saxonne. Premi\u00e8rement, les sympt\u00f4mes du TDAH sont plus fr\u00e9quents dans certaines familles m\u00eame si cette r\u00e9p\u00e9tition n&rsquo;a pas grand-chose \u00e0 voir avec la g\u00e9n\u00e9tique. Deuxi\u00e8mement, le plus efficace pour aider l&rsquo;enfant en difficult\u00e9, c&rsquo;est de soutenir ses parents. Les m\u00e9thodes de soutien pr\u00e9conis\u00e9es aux USA (e.g. m\u00e9thode Barkley) consistent surtout en conseils \u00e9ducatifs de bon sens. Un soutien inspir\u00e9 par la psychanalyse n&rsquo;est nullement incompatible avec ces conseils, mais il va plus loin car la psychanalyse permet de lever les obstacles inconscients qui emp\u00eachent les parents de mettre en pratique ces conseils.<\/p>\n<p>En France, sur le principe, tout le monde est d&rsquo;accord pour affirmer la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;associer \u00e0 la ritaline un soutien aux parents. Malheureusement, en pratique, il est plus facile de prescrire de la ritaline que de mettre en oeuvre ce soutien. La tentation est donc grande de se limiter au m\u00e9dicament. L&rsquo;exp\u00e9rience am\u00e9ricaine montre que, si le soutien aux parents n&rsquo;est pas possible, le traitement par la ritaline est inefficace et donc, potentiellement nuisible.<br \/>\nCons\u00e9quences sociales et politiques<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;entit\u00e9 diagnostique le TDAH r\u00e9sulte beaucoup plus de l&rsquo;existence d&rsquo;un m\u00e9dicament et d&rsquo;une n\u00e9gociation sociale que des avanc\u00e9es de la psychiatrie biologique. Qu&rsquo;on y adh\u00e8re ou non ce diagnostic se g\u00e9n\u00e9ralise en France en m\u00eame temps que le discours sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances. La d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine s&rsquo;est fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances \u00e0 la naissance et la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du pouvoir de l&rsquo;\u00e9tat. Comme cette id\u00e9ologie se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une injustice sociale croissante, la psychiatrie biologique est convoqu\u00e9e pour d\u00e9montrer que l&rsquo;\u00e9chec social des individus r\u00e9sulte de leur handicap neurobiologique. Au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances, la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine autorise alors chacun \u00e0 faire valoir les droits que lui conf\u00e8re son handicap (\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, etc). Le TDAH, con\u00e7u comme un d\u00e9sordre neurologique d&rsquo;origine principalement g\u00e9n\u00e9tique, est donc une r\u00e9ponse sociale, adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie am\u00e9ricaine, face aux questions r\u00e9elles pos\u00e9es par l&rsquo;injustice sociale vis-\u00e0- vis de l&rsquo;\u00e9chec scolaire et de la d\u00e9linquance. Elle conduit logiquement \u00e0 proposer un traitement pr\u00e9coce et un soutien renforc\u00e9 en direction des seuls enfants diagnostiqu\u00e9s comme handicap\u00e9s par le TDAH.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec scolaire et la d\u00e9linquance, le Danemark et la Su\u00e8de ont fait des choix radicalement diff\u00e9rents(4). Pour eux l&rsquo;\u00e9tat doit s&rsquo;efforcer de compenser d\u00e8s la petite enfance les cons\u00e9quences de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e9ducative des familles. En cons\u00e9quence les cong\u00e9s de maternit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s sont longs (alors qu&rsquo;ils n&rsquo;existent pas aux USA) et l&rsquo;accueil de tous les enfants de 1 \u00e0 6 ans dans des structures collectives est garanti par l&rsquo;\u00e9tat quel que soit le niveau de revenu de la famille. La qualit\u00e9 des structures accueillant les enfants de 1 \u00e0 3 ans est particuli\u00e8rement renforc\u00e9e (un adulte pour 3 enfants). Ce syst\u00e8me co\u00fbte cher, mais il repr\u00e9sente un investissement tr\u00e8s profitable \u00e0 long terme pour la collectivit\u00e9 car il diminue l&rsquo;\u00e9chec scolaire (pourcentage d&rsquo;enfants en dessous du niveau scolaire minimum: Danemark 5 %, France 7 %, USA 18 %)4.<\/p>\n<p>Alors m\u00eame que les preuves de l&rsquo;inefficacit\u00e9 de la politique am\u00e9ricaine commencent \u00e0 appara\u00eetre dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, le discours sur les causes biologiques du TDAH et sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances envahit le champ m\u00e9diatique fran\u00e7ais. Nous le regrettons et esp\u00e9rons que ces quelques r\u00e9flexions permettront de clarifier les pol\u00e9miques fran\u00e7aises autour du TDAH.<\/p>\n<p><em>1. Gonon, F., Guil\u00e9, J. M. &#038; Cohen, D. Le trouble d\u00e9ficitaire de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9: donn\u00e9es r\u00e9centes des neurosciences et de l&rsquo;exp\u00e9rience nord am\u00e9ricaine. Neuropsychiatrie de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence sous presse (2010). Cet article peut \u00eatre demand\u00e9 \u00e0 francois.gonon@u-bordeaux2.fr<br \/>\n2. Gonon, F. The dopaminergic hypothesis of attention-deficit\/hyperactivity disorder needs re-examining. Trends in Neuroscience 32(1), 2-8 (2009).<br \/>\n3. Combret, R. Les effets de la ritaline sur les plans du comportement et du fonctonnement mental chez l&rsquo;enfant hyperactif. Neuropsychiatrie de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence in press (2010).<br \/>\n4. Esping-Andersen, G. Trois le\u00e7ons sur l&rsquo;\u00e9tat providence (Seuil, Paris, 2008).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois Gonon (directeur de recherche CNRS) et Annie Giroux-Gonon (psychologue, psychanalyste) Contact: francois.gonon@u-bordeaux2.fr Le trouble d\u00e9ficitaire de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH) est en France un sujet de pol\u00e9miques. 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