{"id":565,"date":"2010-11-20T11:56:43","date_gmt":"2010-11-20T11:56:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=565"},"modified":"2010-11-20T11:56:43","modified_gmt":"2010-11-20T11:56:43","slug":"les-pairs-aidants-peut-on-separer-le-cure-du-care","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=565","title":{"rendered":"&gt;Les pairs aidants, peut-on s\u00e9parer le \u00abcure\u00bb du \u00abcare\u00bb ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/20091128-123406.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/20091128-123406.jpeg\" alt=\"\" title=\"20091128-123406\" width=\"320\" height=\"240\" class=\"aligncenter size-full wp-image-587\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce concept vient du Qu\u00e9bec et consiste en une  participation de personnes en souffrance psychique au  r\u00e9tablissement d\u2019autres personnes \u00e9galement en souffrance  psychique. Des exp\u00e9rimentations sont en cours actuellement en France sur trois sites : Paris, Lille, Marseille.<\/p>\n<p> Suite \u00e0 une formation \u00e0 Paris 8 niveau master, les patients vont devenir des experts. Ces formations  tiennent-elles   compte de la singularit\u00e9 des patients ? N\u2019 y a-il pas un risque que les pairs aidants ne soient pas l\u00e0 pour soigner mais pour montrer le bon exemple, driver, coacher, ceux qui ont le mauvais go\u00fbt d&rsquo;\u00eatre en rade, qui sentent mauvais, sont incuriques comme le disent les manuels?<\/p>\n<p>Cela co\u00fbte trop cher de fabriquer des lieux de soin. Et en plus, ceux qui existent d\u00e9j\u00e0 sont de plus en plus inhumains et inefficaces. La vision purement gestionnaire n\u2019aboutit-elle pas \u00e0 la d\u00e9charge sur les patients  d\u2019un souci de la soci\u00e9t\u00e9 et au renforcement du clivage entre le cure et le care d\u00e9j\u00e0 institutionnalis\u00e9 dans la s\u00e9paration entre le sanitaire et le m\u00e9dicosocial ?<\/p>\n<p>La vision m\u00e9dico centr\u00e9e culturelle et id\u00e9ologique actuelle, soutenue par la sant\u00e9 mentale positive, participe de la division du soin en \u00abcure\u00bb, art noble prodigu\u00e9 par des professionnels du soin et en \u00abcare\u00bb relevant des professionnels du m\u00e9dicosocial charg\u00e9s de l\u2019accompagnement du  handicap psychique\u00bb.<\/p>\n<p>Cette division du travail de soin, en cure et care, dans nos \u00c9tablissements psychiatriques cloisonne les travailleurs en fonction de leurs statuts professionnels, norment et bornent leurs interrelations  avec les patients. Ce  client usager en \u00ab cure \u00bb \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, en   devenir de handicap\u00e9 psychique sera bient\u00f4t accueilli dans la cit\u00e9 par le secteur m\u00e9dicosocial, totalement s\u00e9par\u00e9 du sanitaire.<\/p>\n<p>Le soin est une fonction collective. Prise de position radicale qui insiste sur le fait que le soin n\u2019est pas prodigu\u00e9 seulement par ceux qui ont un statut de \u00ab soignant \u00bb mais aussi par les patients eux-m\u00eames, les familles, les amis et tous les employ\u00e9s de l\u2019\u00e9tablissement de soin, du jardinier au M\u00e9decin-chef. Chacun participe de l\u2019entreprise th\u00e9rapeutique quel que soit son statut et son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Ce travail fait par les patients n\u2019est pas un emploi, il n\u2019est pas salari\u00e9, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un travail psychoth\u00e9rapique. Ce potentiel soignant, la plupart du temps compl\u00e8tement \u00e9cras\u00e9, est un op\u00e9rateur de d\u00e9sali\u00e9nation sociale de l\u2019\u00c9tablissement par la mise en mouvement du r\u00f4le, du statut et de la fonction de chacun.<\/p>\n<p>La responsabilisation et la mise au travail des patients par le partage des t\u00e2ches de la vie quotidienne dans l\u2019\u00c9tablissement  a pos\u00e9 des questions \u00e0 ses promoteurs qui ont invent\u00e9 les Comit\u00e9s Hospitaliers Croix Marines en 1953 aux journ\u00e9es nationales de Pau. Structure associative ind\u00e9pendante passant un contrat ou une convention avec l\u2019administration de l\u2019h\u00f4pital en ce qui concerne leurs responsabilit\u00e9s dans la vie sociale et le travail th\u00e9rapeutique dans l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>Les Comit\u00e9s Hospitaliers sont les op\u00e9rateurs d\u2019une double articulation \u00c9tablissement-Comit\u00e9 Hospitalier-Club th\u00e9rapeutique. Cela ouvre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement, pour les patients, des espaces et des activit\u00e9s cog\u00e9r\u00e9es avec  le personnel au sein du Club th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>En 2002, une commission de la f\u00e9d\u00e9ration Nationale de croix marine s\u2019est d\u2019ailleurs battue avec d\u00e9termination pour que cette possibilit\u00e9 juridique soit maintenue bien que, pour bon nombre, ce type de structures soient obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>La disparition des clubs th\u00e9rapeutiques est renforc\u00e9e par cette nouvelle vision du sanitaire, totalement cliv\u00e9 du m\u00e9dicosocial. Dans cette nouvelle id\u00e9ologie, les GEMS sont d\u2019ailleurs une manifestation directe de la disparition des clubs intra-hospitaliers.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation d\u2019un nouveau statut socioprofessionnel, de pair aidant, participe de l\u2019\u00e9crasement de cet  outil subtil de responsabilisation des patients : en statufiant certains en expert, on individualise une fonction collective qui se d\u00e9nature du soin pour devenir normative.<\/p>\n<p>Le traitement des maladies mentales n\u2019est pas une mise aux normes qui participe d\u2019un contr\u00f4le social. Un premier niveau d\u2019asepsie consiste \u00e0 travailler les effets pathoplastiques de l\u2019ali\u00e9nation sociale qui en surajoute \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation mentale si nous  confondons le r\u00f4le, le statut et la fonction. Nous le r\u00e9p\u00e9tons : le soin est une fonction collective et non pas un statut individualisable.<\/p>\n<p>Prenons un exemple de cette vision m\u00e9dico centr\u00e9e. Dans un h\u00f4pital psychiatrique, selon l\u2019ARS et les protocoles d\u2019accr\u00e9ditation, les m\u00e9dicaments doivent \u00eatres distribu\u00e9s par des infirmiers et seulement des infirmiers : c\u2019est du soin au sens \u00abnoble\u00bb. Mais quand le patient rentre chez lui, qui lui donne ses m\u00e9dicaments ? Et quand il est \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, qu\u2019il est r\u00e9ticent et qu\u2019il refuse de les prendre, il faut le contraindre et parfois avec force. S\u2019il a un bon contact avec une personne qui n\u2019est pas infirmier, la division statutaire du soin \u00e9carte ce possible recours \u00e0 une approche en douceur.<\/p>\n<p>Un patient accompagne plusieurs fois par jour son voisin de chambre en chaise roulante jusqu\u2019\u00e0 la salle \u00e0 manger ou dans diff\u00e9rents ateliers. Une autre apporte tous les jours le plateau-repas d\u2019une patiente \u00e2g\u00e9e qui a du mal \u00e0 se d\u00e9placer. Un autre conduit la navette plusieurs fois par semaine et n\u2019oublie pas de faire les courses d\u2019un copain. Cela n\u2019est-il pas du soin ? Et puis tel autre convainc son copain de chambre de ne pas fuguer, de prendre son traitement, de participer \u00e0 des activit\u00e9s. Cela n\u2019est-il pas du soin ?<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter le remarquable travail fait par les chercheurs autour de cette notion de care qui  met en visibilit\u00e9 un aspect du soin qui ne se voit pas si l\u2019on n\u2019y fait pas attention. Ce travail invisible est d\u2019ailleurs la plupart du temps b\u00e9n\u00e9vole et incombe \u00e0 ceux \u00ab qui ne peuvent pas ne pas \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire aux femmes, aux m\u00e8res et belles-filles quand il s\u2019agit de l\u2019univers familial.<\/p>\n<p>Il faut aussi se rappeler que la derni\u00e8re \u00ab victoire \u00bb des infirmiers psychiatriques a \u00e9t\u00e9 de pouvoir arr\u00eater de faire le m\u00e9nage, les toilettes\u2026 et se consacrer aux entretiens et aux visites \u00e0 domicile. Le partage des t\u00e2ches suivant leur valeur symbolique est un ph\u00e9nom\u00e8ne ali\u00e9natoire contre lequel il faut lutter en permanence.<\/p>\n<p>La sollicitude et le souci de l\u2019autre, cela ne peut pas se s\u00e9parer du cure.  Le care n\u2019est pas un \u00e9tat d\u2019esprit, c\u2019est un geste, approcher discr\u00e8tement un fauteuil de la table pour que le patient soit \u00e0 l\u2019aise tout en respectant sa dignit\u00e9. Cela para\u00eet totalement insens\u00e9 de vouloir s\u00e9parer le cure et le care dans le travail r\u00e9el en institutionnalisant cette fonction en statut comme certains de nos politiques en font la promotion.<\/p>\n<p>L\u2019hospitalit\u00e9 pour la folie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique souffre de cette destruction du lien social op\u00e9r\u00e9 par ces protocoles d\u00e9shumanisant assignant chacun selon son statut \u00e0 un r\u00f4le fig\u00e9. Alors que l\u2019on a des outils th\u00e9rapeutiques qui permettent d\u2019intriquer le cure et le care.<\/p>\n<p>Des pairs qui aident des pairs, c\u2019est la vie quotidienne dans un lieu de soin qui d\u00e9veloppe les principes de bases des clubs th\u00e9rapeutiques : La lutte contre les pr\u00e9jug\u00e9s d\u2019irresponsabilit\u00e9 et de dangerosit\u00e9 des malades mentaux mais, aussi, et surtout, la gestion collective de l\u2019ambiance et de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>C\u2019est un travail de soutien, d\u2019accompagnement, qui n\u2019est pas reconnu comme outil primordial de soins dans la plupart des structures  o\u00f9 chacun est \u00e0 la place o\u00f9 son statut le fige, \u00e9crasant la polys\u00e9mie des existants que nous sommes.<\/p>\n<p>Untel se met \u00e0 parler de ses v\u00e9cus d\u00e9lirants ou hallucinatoires seulement avec tel autre, parce que c\u2019est un autre, accessible \u00e0 son v\u00e9cu int\u00e9rieur, \u00e0 qui il se fie. Parfois ce tel autre possible c\u2019est le cuisinier. Mais comment le rencontrer s\u2019il est physiquement isol\u00e9 dans son laboratoire cuisine, ob\u00e9issant aux derni\u00e8res normes hyper s\u00e9cure du cheminement protocolis\u00e9 de la cha\u00eene alimentaire. Cha\u00eene parmi les autres qui l\u2019enferment dans son statut et fait dispara\u00eetre ce possible existant ouvert \u00e0 la rencontre d\u2019un sujet errant dans le d\u00e9lire et le nulle part.<\/p>\n<p>Le statut de pair aidant risque de continuer l\u2019 \u00e9crasement de cette polys\u00e9mie du travail avec la folie et du travail des fous. En statufiant cette fonction soignante port\u00e9e, en partie, par les patients, il marque d\u2019une certaine fa\u00e7on le d\u00e9ni de cette possibilisation. Il d\u00e9tourne et instrumentalise la mise en visibilit\u00e9 de ce travail de care fait par des chercheurs engag\u00e9s dans un travail de d\u00e9sali\u00e9nation sociale.<\/p>\n<p>Qui sera choisi pour advenir \u00e0 un tel statut socioprofessionnel ? Serait-ce la r\u00e9apparition des \u00ab bons malades \u00bb, les plus ob\u00e9issants, les plus travailleurs et les plus compliants aux normes, ceux qui touchaient le p\u00e9cule le plus \u00e9lev\u00e9 ?<\/p>\n<p>Un tel projet de statut professionnel sous-pay\u00e9   extirpant du collectif cette fonction soignante qui se devrait d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, \u00e9crase la hi\u00e9rarchie subjectale au profit d\u2019une hi\u00e9rarchie objectale de contr\u00f4le et d\u2019assujettissement aux nouvelles normes du bien-\u00eatre psychosocial.<\/p>\n<p>P. Bichon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce concept vient du Qu\u00e9bec et consiste en une participation de personnes en souffrance psychique au r\u00e9tablissement d\u2019autres personnes \u00e9galement en souffrance psychique. Des exp\u00e9rimentations sont en cours actuellement en France sur trois sites : Paris, Lille, Marseille. Suite \u00e0 une formation \u00e0 Paris 8 niveau master, les patients vont devenir des experts. 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