{"id":7038,"date":"2013-10-16T20:30:28","date_gmt":"2013-10-16T18:30:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7038"},"modified":"2013-10-16T20:30:28","modified_gmt":"2013-10-16T18:30:28","slug":"lenseignement-de-la-folie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7038","title":{"rendered":"&gt; L&#039;enseignement de la Folie"},"content":{"rendered":"<p>INTERVENTION POUR L\u2019AMPI &#8211; MARSEILLE 2013<\/p>\n<p>L\u2019enseignement de la Folie<\/p>\n<p>J\u2019ai repris \u00e0 dessein ce titre d\u2019un livre de Fran\u00e7ois Tosquelles qui constitue \u00e0 lui seul tout un programme ! J\u2019essaierai d\u2019entrecroiser formation et transmission qui me paraissent indissociables : que serait une formation qui viserait  un standard d\u2019une bonne forme plus ou moins id\u00e9alis\u00e9e de la doxa ?<br \/>\nLacan soutenait dans un des aphorismes radot\u00e9 depuis par ses fid\u00e8les : \u00ab il n\u2019y a de formation de l\u2019analyste que de formations de l\u2019inconscient \u00bb. Pourrions-nous l\u2019interpr\u00e9ter librement  dans le sens d\u2019une formation qui permettrait l\u2019accueil du d\u00e9sir inconscient, ou pour le dire comme M. Litlle et Winnicott un rapport moins phobique, moins parano\u00efde \u00e0 l\u2019inconscient ?<br \/>\nIl est loin d\u2019\u00eatre \u00e9vident, par ces temps qui rampent, de soutenir un tel axe de travail, alors que notre \u00e9poque veut r\u00e9duire la folie \u00e0 un handicap psychique de causalit\u00e9 forc\u00e9ment biologique, et qu\u2019il s\u2019agirait  si on suivait cette pente d\u2019en finir avec la folie comme condition tragique de l\u2019humain.<br \/>\nD\u2019en finir ainsi avec une conception de l\u2019humain inscrit dans l\u2019histoire et sujet du Politique, en proie \u00e9galement au d\u00e9sir inconscient. Cette double ali\u00e9nation est le ressort m\u00eame de la PI, double articulation qui suppose d\u2019\u00eatre repens\u00e9e \u00e0 la mesure des nouveaux enjeux auxquels nous sommes confront\u00e9s. Comme je l\u2019avan\u00e7ais ici m\u00eame l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, il me parait hors de question de c\u00e9l\u00e9brer une histoire sainte commenc\u00e9e \u00e0 St Alban dont Tosquelles et Oury seraient en quelque sorte les proph\u00e8tes, ou pire les icones. Une telle perspective envisagerait la transmission et donc la formation dans une perspective f\u00e9tichis\u00e9e, religieuse qui arr\u00eaterait le mouvement de la pens\u00e9e : un arr\u00eat sur image a contrario de la logique qu\u2019il s\u2019agirait de promouvoir.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il s\u2019agit de transmettre c\u2019est le geste fondateur, l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice d\u2019une nouvelle forme, d\u2019une m\u00e9tamorphose, qui cr\u00e9e de fait un nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s-coup nous pourrons dire qu\u2019il y a eu fondation, ce qui ne signifie aucunement que Tosquelles savait consciemment qu\u2019il fondait un mouvement th\u00e9orico pratique qui allait \u00eatre d\u00e9terminant pour la psychiatrie fran\u00e7aise. Et pour en avoir discut\u00e9 avec lui lors des br\u00e8ves rencontres que j\u2019ai pu avoir \u00e0 St Alban, il r\u00e9cusait totalement l\u2019id\u00e9e d\u2019un label ou d\u2019une appropriation de l\u2019origine. Ce qui le pr\u00e9occupait avant tout c\u2019\u00e9tait l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution permanente \u00e0 poursuivre, qu\u2019il puisait bien s\u00fbr dans le POUM, et qu\u2019il tentait de transmettre \u00e0 ceux qui venaient lui demander un mod\u00e8le.<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait pas mon cas puisque je venais du trotskysme et de l\u2019antipsychiatrie, et qu\u2019il eut l\u2019intelligence d\u2019accueillir avec une grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ce que je d\u00e9couvrais na\u00efvement sur le terrain avec quelques copains, je dirais m\u00eame quelques complices, engag\u00e9s dans la subversion de l\u2019ordre asilaire. Au lieu de r\u00e9cuser la nouveaut\u00e9 de ce que j\u2019avan\u00e7ais, alors qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque la plupart de ses disciples avaient la conviction assez irritante que la PI ne pouvait exister en dehors de l\u2019h\u00f4pital, lui pouvait accueillir un renouveau de la m\u00e9thode. Au-del\u00e0 des formes et des op\u00e9rateurs concrets tributaires des conditions sociohistoriques, il avait pig\u00e9 en bon marxiste que la praxis devait n\u00e9cessairement tenir compte du contexte pour viser non une adaptation, mais une transformation possible de la r\u00e9alit\u00e9 psychiatrique.<\/p>\n<p>Mais pourtant je venais de loin, et je vais me permettre un petit d\u00e9tour pour en quelque sorte imager un itin\u00e9raire de formation qui n\u2019a rien d\u2019exemplaire, commenc\u00e9 en 1975 \u00e0 l\u2019HP o\u00f9 j\u2019arrivais avec une formation militante, et le livre de Maud Mannoni  \u00ab Le fou, son psychiatre et la psychanalyse \u00bb en guise de talisman.   Quand j\u2019ai d\u00e9marr\u00e9 en psychiatrie nourri des lectures des ann\u00e9es 60 et du militantisme de mai 68, il ne faisait gu\u00e8re de doute que nous allions r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9truire l\u2019Asile ; la seule question qui nous partageait \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tant celle de la psychanalyse : certains s\u2019y engageant passionn\u00e9ment et j\u2019en faisais partie, d\u2019autres la r\u00e9cusant en remettant au gout du jour la vieille critique stalinienne des ann\u00e9es 50 consid\u00e9rant la psychanalyse comme \u00ab un faux contre-r\u00e9volutionnaire \u00bb (cf le num\u00e9ro de la Nouvelle Critique en 1949 o\u00f9 le PCF demanda \u00e0 ses psychiatres de d\u00e9savouer la psychanalyse : et ils obtemp\u00e9r\u00e8rent m\u00eame si plusieurs, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le PC devinrent ensuite des dirigeants d\u2019associations analytiques)\u2026<br \/>\nR\u00e9cemment Andr\u00e9 Bitton, dirigeant d\u2019un collectif de patients \u00e0 l\u2019origine de la chute de la loi d\u2019internement (le CRPA) me rappelait l\u2019importance de ce moment post 68  o\u00f9 fleurissaient de nombreux collectifs qui surench\u00e9rissaient dans la radicalit\u00e9 : GIA, AERLIP (\u00e9l\u00e8ves infirmiers psy), R\u00e9seau Alternative \u00e0 la Psychiatrie etc&#8230;<br \/>\nJe rajouterai mon propre militantisme dans le Collectif Garde-Fous, anim\u00e9 entre autres par celui qui devint mon analyste, Jacques Hassoun, et par nombre d\u2019analystes pour la plupart tr\u00e8s loin aujourd\u2019hui d\u2019un tel engagement, engag\u00e9s m\u00eame pour certains dans la d\u00e9fense de l\u2019Ordre Symbolique contre le mariage gay aux cot\u00e9s des catho.<br \/>\nCeci pour t\u00e9moigner d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 il paraissait n\u00e9cessaire de penser notre monde avec la psychanalyse, mais aussi dans un registre politique puis\u00e9 avec beaucoup de libert\u00e9 dans le marxisme et une posture libertaire.<\/p>\n<p>Bien sur il y eut beaucoup de b\u00eatises prof\u00e9r\u00e9es et d\u2019illusions ravageuses dans cette mouvance, une certaine id\u00e9alisation\/esth\u00e9tisation de la folie, et \u00e9galement l\u2019id\u00e9e d\u2019en finir avec l\u2019hospitalisation que le n\u00e9olib\u00e9ralisme nous a repris avec perversit\u00e9.<br \/>\nJ\u2019expliquerai plus tard comment je m\u2019en suis d\u00e9gag\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement sous l\u2019impact de la clinique et de la r\u00e9alit\u00e9 institutionnelle. Ce qui m\u2019aura permis de comprendre avec un certain retard la justesse cruelle de Oury lorsqu\u2019il \u00e9voque les \u00ab r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s de 68 \u00bb qui confondant ali\u00e9nation sociale et psychopathologique embarqu\u00e8rent les patients dans des aventures aberrantes et p\u00e9rilleuses. Mais ce fut aussi un moment d\u2019effervescence qui permit \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de psy de se former et pour certains d\u2019initier une pratique vivante et d\u00e9sirante : la seule fa\u00e7on de traverser les illusions, et \u00e0 certaines conditions-en premier lieu l\u2019inscription dans une transmission r\u00e9invent\u00e9e-de se forger une boite \u00e0 outils m\u00e9tapsychologique. La seule possibilit\u00e9 me semble-t-il de frayer son propre chemin et de se former au gr\u00e9 des rencontres transf\u00e9rentielles, et de l\u2019entame quelquefois blessante qu\u2019elles effectuent. J\u2019\u00e9voquerai plus tard une des rencontres qui me fit basculer, mais j\u2019aimerais d\u2019abord vous raconter comment je crus avoir invent\u00e9 le club th\u00e9rapeutique. J\u2019ai eu l\u2019intuition de cette n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e8s mon d\u00e9but d\u2019internat alors que j\u2019effectuais une consultation dans la campagne profonde : j\u2019avais remarqu\u00e9 que mes patients venaient passer l\u2019apr\u00e8s-midi dans ce couloir d\u2019une mairie pourtant assez sinistre o\u00f9 je consultais. Il se produisait manifestement des rencontres et des processus de socialisation ; ce qui me donna l\u2019intuition d\u00e8s que j\u2019en eus la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er un tel lieu de rencontre et d\u2019entraide mutuelle. Nous \u00e9criv\u00eemes les statuts avec les patients et ce fut le d\u00e9but d\u2019une histoire qui se poursuit toujours au Centre Antonin Artaud avec le club le Grillon.<br \/>\nC\u2019est avec beaucoup d\u2019\u00e9tonnement que je d\u00e9couvris peu apr\u00e8s l\u2019invention du premier club th\u00e9rapeutique par Tosquelles \u00e0 St Alban en 1943 : avais-je retrouv\u00e9 par n\u00e9cessit\u00e9 objective cette forme instituante, ou pouvait-on parler au sens freudien de cryptomn\u00e9sie ?<br \/>\nJe cite Claude Rabant dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 ce terme dans \u00ab Inventer le R\u00e9el\u00bb : \u00ab Crytomn\u00e9sie d\u00e9signe en effet ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui, en de si nombreux cas, peut \u00eatre conjectur\u00e9 derri\u00e8re une apparente originalit\u00e9 : le fait que des paroles oubli\u00e9es servent de matrice ou de noyau \u00e0 une \u00ab id\u00e9e originale \u00bb, paroles prononc\u00e9es par d\u2019autres que celui en qui l\u2019id\u00e9e semble surgir du n\u00e9ant. L\u2019id\u00e9e originale r\u00e9v\u00e8le alors son origine \u00e9trang\u00e8re et l\u2019originalit\u00e9 son caract\u00e8re de semblant : l\u2019id\u00e9e nait du dehors, diss\u00e9min\u00e9e dans des mots de hasard, dans des fragments objectifs prononc\u00e9s par des locuteurs qui ne savent pas le sens de ce qu\u2019ils disent, avant de pouvoir se rassembler dans l\u2019\u00e9nonciation d\u2019un sujet qui parait alors avoir fait une d\u00e9couverte originale. Cryptomn\u00e9sie : la m\u00e9moire est cach\u00e9e. \u00bb.<br \/>\nCe concept de crypte que Torok et Abraham ont explor\u00e9 plus tard de fa\u00e7on fort diff\u00e9rente dans leur \u0153uvre se trouve donc bien chez Freud dans plusieurs occurrences : en particulier \u00ab les cinq le\u00e7ons sur la psychanalyse \u00bb et \u00ab l\u2019autopr\u00e9sentation \u00bb. Et je le trouve passionnant pour nos enjeux de transmission et formation, dans la mesure o\u00f9 l\u2019origine se trouve sans cesse relanc\u00e9e en amont : une sorte d\u2019antidote \u00e0 l\u2019imaginaire de la fondation dans l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>J\u2019ai donc avec quelques complices  cru r\u00e9inventer le club qui ne cesse depuis d\u2019irriguer le travail  de tout le service. Et c\u2019est en l\u2019animant pendant 10 ans que je me suis form\u00e9 \u00e0 la th\u00e9rapie des psychoses, que j\u2019ai appris en la cr\u00e9ant la strate d\u2019hospitalit\u00e9 inconditionnelle qu\u2019il s\u2019agit de construire comme pr\u00e9alable au transfert. Mais aussi que j\u2019ai pu exp\u00e9rimenter le partage de la vie quotidienne avec des patients qui de fa\u00e7on \u00e9tonnante se trouvaient comme m\u00e9tamorphos\u00e9s pendant le temps et l\u2019espace du Club. Et qui pour certains m\u2019ont mis en place de th\u00e9rapeute alors que j\u2019\u00e9tais encore pris dans une id\u00e9alisation de la psychanalyse pure en cabinet cliv\u00e9e du travail institutionnel envisag\u00e9 sous le seul angle politique.<br \/>\nL\u2019enseignement universitaire d\u00e9j\u00e0 bien mis\u00e9rable \u00e0 cette \u00e9poque ne me fut d\u2019aucune aide, alors que  l\u2019analyse personnelle m\u2019aura permis d\u2019accueillir ce \u00e0 quoi je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00e9par\u00e9 : le tout autre, de d\u00e9passer l\u2019effroi et l\u2019incompr\u00e9hension d\u2019une telle tuche.  Mais ce fut l\u2019exp\u00e9rience du transfert psychotique dans l\u2019institution, et son \u00e9laboration dans l\u2019interlocution avec d\u2019autres qui constitua mon principal espace de formation.<br \/>\nLongtemps apr\u00e8s ces d\u00e9buts, j\u2019ai lu Enfance Ali\u00e9n\u00e9e pour un s\u00e9minaire de la Cri\u00e9e sur la transmission, livre qui reprend les actes d\u2019un colloque demand\u00e9 par Lacan \u00e0 Maud Mannoni. Celle-ci invitant d\u2019ailleurs les repr\u00e9sentants de l\u2019antipsychiatrie anglaise en 1967 (Laing et Cooper), autrement dit 1 an avant mai 68. Ce qui m\u2019a stup\u00e9fi\u00e9 \u00e0 la lecture\/relecture de ce recueil,  c\u2019est l\u2019implication politique radicale de la plupart de ces grands analystes : Oury bien sur, Maud Mannoni, Anne Lise Stern et bien d\u2019autres qui misaient sur la psychanalyse pour subvertir l\u2019ordre social. Leur discours parait \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res de celui qui se tient habituellement aujourd\u2019hui en misant  sur une subversion op\u00e9r\u00e9e par une psychanalyse qui se d\u00e9gagerait de tout carcan institutionnel : Lacan repr\u00e9sentant cette mise embl\u00e9matique pour toute cette g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nRevenir ainsi sur une histoire somme toute r\u00e9cente (46 ans), c\u2019est remarquer en premier lieu le refoulement actif du Politique qui s\u2019est effectu\u00e9 chez les analystes et les psychiatres s\u2019appuyant sur la psychanalyse. Sans doute y a-t-il eu trop d\u2019espoir mis dans l\u2019analyse qui serait venue en lieu et place d\u2019une pens\u00e9e du politique ? A force de parler de la subversion freudienne et lacanienne  on en serait venu \u00e0 prendre l\u2019analyse pour ce qu\u2019elle n\u2019est pas : une pens\u00e9e critique de transformation sociale\u2026<br \/>\nD\u2019o\u00f9 la d\u00e9ception rencontr\u00e9e dans les institutions o\u00f9 le discours analytique fut per\u00e7u au mieux comme un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me ou de brillance pour ceux qui s\u2019en pr\u00e9tendaient les concessionnaires ; un moyen aussi de promotion sociale pour quelques-uns qui crurent ainsi acc\u00e9der \u00e0 une certaine \u00ab distinction \u00bb au sens retenu par Bourdieu. En 75 le \u00ab parler Lacan \u00bb fonctionnait comme un schibboleth quelque peu aga\u00e7ant cependant que les disciples ressassaient quelques aphorismes lacaniens bien sentis dans les salles de gardes et les services hospitaliers. Une telle mani\u00e8re de prendre les choses, d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 politique glissa sur les institutions comme l\u2019eau sur les plumes d\u2019un canard. Cela donna tout au plus l\u2019illusion d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie de la psychanalyse, alors qu\u2019il ne s\u2019agissait la plupart du temps que d\u2019un discours de fa\u00e7ade ou de vitrine.  Ce que nous payons tr\u00e8s cher aujourd\u2019hui alors que les lobbies de parents d\u2019autistes et de zoopsychiatres, car c\u2019est ainsi que je nomme les tenants d\u2019une psychiatrie animali\u00e8re,  se d\u00e9chainent en mettant en avant cette pr\u00e9tendue h\u00e9g\u00e9monie qui aurait interdit toute recherche sur l\u2019autisme et la psychose. Et de demander et m\u00eame d\u2019obtenir l\u2019interdiction de la psychanalyse et de la PI par la HAS l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, pour en arriver aujourd\u2019hui au plan autisme et aux d\u00e9clarations mena\u00e7antes d\u2019une ministre de la r\u00e9publique Marie Arlette Carlotti, d\u00e9clarant \u00e0 la presse : \u00ab\u00a0En ouvrant ce dossier, j&rsquo;ai trouv\u00e9 une situation conflictuelle, un climat tendu\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-elle. \u00ab\u00a0Je n&rsquo;en veux plus. En France depuis quarante ans, l&rsquo;approche psychanalytique est partout, et aujourd&rsquo;hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place \u00e0 d&rsquo;autres m\u00e9thodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent, et qui sont recommand\u00e9es par la Haute Autorit\u00e9 de sant\u00e9.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Que les choses soient claires\u00a0\u00bb, ajoute-t-elle en forme d&rsquo;avertissement, \u00ab\u00a0n&rsquo;auront les moyens pour agir que les \u00e9tablissements qui travailleront dans le sens o\u00f9 nous leur demanderons de travailler\u00a0\u00bb.<br \/>\nC\u2019est ce discours agressif qui nous a alert\u00e9s imm\u00e9diatement : Pierre Delion et les 39 en particulier, puis peu \u00e0 peu, mais lentement une partie des professionnels s\u2019est mise en mouvement.<br \/>\nIl est important de faire le point \u00e0 partir de cette actualit\u00e9 politico-clinique( ce que nous vous proposerons tout \u00e0 l\u2019heure dans le forum des 39) et de remarquer que nous_ je veux dire le Collectif des 39_ avons r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9unir avec les CEMEA 1000 personnes dans un meeting tenu \u00e0 l\u2019issue des Assises citoyennes pour l\u2019hospitalit\u00e9 en psychiatrie et dans le m\u00e9dicosocial les 31 mai et 1\u00b0 juin \u00e0 Villejuif, \u00e0 rassembler \u00e9galement la quasi-totalit\u00e9 des associations analytiques de France pour aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat quelque peu mitig\u00e9. 6800 signatures \u00e0 une p\u00e9tition ce n\u2019est pas rien, mais c\u2019est beaucoup trop peu par rapport aux enjeux d\u2019un tel discours qui promeut ouvertement l\u2019id\u00e9e d\u2019une interdiction de la psychanalyse dans sa pratique comme dans son enseignement, tant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 que dans la formation continue.<br \/>\nEt je vous invite \u00e0 signer et diffuser cet appel dont j\u2019ai apport\u00e9 200 exemplaires.<br \/>\nTout se passe comme si nous traversions une p\u00e9riode d\u2019abattement politique : certains responsables d\u2019associations disant ouvertement que la psychiatrie est foutue comme aux USA et qu\u2019il vaut mieux pour les analystes composer avec cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9alpolitique ou renoncement ? Il me semble que le renoncement au nom du r\u00e9alisme produit une posture d\u00e9sabus\u00e9e et cynique, bien dans l\u2019air du temps. Que dire de cette posture qui ne fait qu\u2019amplifier le malaise dans la culture sinon qu\u2019elle m\u00e9lancolise les meilleurs et qu\u2019elle autorise les autres \u00e0 l\u2019imposture ou \u00e0 la fuite ?<br \/>\nCar c\u2019est \u00e0 une fuite massive que nous avons assist\u00e9, sans doute explicable aussi par la rudesse des r\u00e9sistances au changement dans les institutions et la duret\u00e9 du combat politique n\u00e9cessaire. Par une r\u00e9sistance aussi bien sur du R\u00e9el dans la clinique, car le miracle annonc\u00e9 n\u2019a pas eu lieu, m\u00eame si Freud et Lacan nous en avaient pr\u00e9venu l\u2019un et l\u2019autre, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re.<br \/>\nIl y a certes un efficace de la m\u00e9thode analytique et surtout une \u00e9thique, un respect de la dignit\u00e9 de la parole de tout sujet fut-il le plus fou. Mais cet efficace ne signifie en aucune mani\u00e8re suppression des sympt\u00f4mes et acc\u00e8s progressif au bonheur.  Ce qu\u2019il s\u2019agirait de viser ce serait \u00ab la gu\u00e9rison psychanalytique \u00bb  dont parle Nathalie Zaltzman en visant le remaniement interne du sujet dans son rapport \u00e0 l\u2019inconscient, ou pour le dire comme Winnicott et Margaret Little un rapport moins parano\u00efde ou phobique \u00e0 l\u2019inconscient, une capacit\u00e9 pour l\u2019analysant \u00e0 mener une vie vivante. Toutes ces propositions m\u00e9riteraient  d\u2019\u00eatre discut\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re de la clinique de chacun, des am\u00e9liorations obtenues mais aussi des \u00e9checs. Il arrive malheureusement que la pulsion de mort soit plus forte que les pulsions de vie, et que nous soyons impuissants \u00e0 endiguer les processus de d\u00e9vitalisation, sans parler des suicides. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de repenser  \u00e0 un coll\u00e8gue parmi les meilleurs concluant son propos d\u2019ouverture \u00e0 un colloque sur la cr\u00e9ativit\u00e9 par un lapsus assez terrible : \u00ab ce travail n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans le cimeti\u00e8re \u00bb ; lapsus qu\u2019il analysa \u00e0 haute voix pour sortir de la sid\u00e9ration : \u00ab cimeti\u00e8re \u00bb \u00e9tait venu \u00e0 la place de \u00ab s\u00e9minaire \u00bb et \u00ab la part maudite \u00bb, les \u00e9checs douloureux avaient fait valoir leurs droits. Effectivement il nous faut bien admettre cette part qui est bien plus qu\u2019une limite, mais qui repr\u00e9sentait l\u2019adversaire, ou plut\u00f4t l\u2019adversit\u00e9. D\u2019o\u00f9 l\u2019impression souvent d\u2019une bagarre, d\u2019un corps \u00e0 corps quelquefois violent dans les institutions, bien au-del\u00e0 des enjeux souvent d\u00e9risoires qui semblent les  d\u00e9clencher.<br \/>\nComment travailler contre\/tout contre cette pulsion de mort que nous penserons au-del\u00e0 de la pulsion de destruction comme an\u00e9antissement et  silenciation ? Cette pulsion que Freud pose comme une supposition indispensable pour sa m\u00e9tapsychologie, et dont ne pouvons constater que les effets indirects, lorsqu\u2019elle vient s\u2019intriquer aux pulsions de vie et qu\u2019elle engendre de la destructivit\u00e9, des somatisations graves, mais aussi des silenciations dans les g\u00e9n\u00e9alogies des patients en particulier border line et psychotiques.<br \/>\nComment \u00e9galement penser cette intime intrication entre cette pulsion de mort et les forces politiques qui poussent au formatage et veulent nous r\u00e9duire au silence ?<br \/>\nAutant de questions que je ne peux que laisser ouvertes, et qui constituent la toile de fond de la situation difficile que nous connaissons dans les institutions, dans toutes les institutions d\u2019ailleurs, bien au-del\u00e0 de la psychiatrie.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019un rassemblement pour analyser et combattre cette \u00e9volution qui semble programm\u00e9e depuis plus de 25 ans. Comme si le processus enclench\u00e9 \u00e0 St Alban pendant la guerre, relanc\u00e9 par le mouvement d\u00e9sali\u00e9niste et la PI, et qui  avait abouti dans les ann\u00e9es 80 \u00e0 la l\u00e9galisation du Secteur \u00e0 la suite d\u2019un long travail dans les institutions s\u2019\u00e9tait perdu dans les sables.  Voire m\u00eame qu\u2019une sorte de retournement se soit alors produit sans que la plupart n\u2019y prennent gardent ou ne veuillent y croire. Ce retournement politique m\u2019a surpris alors que je d\u00e9couvrais d\u00e8s 1980 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une pratique de l\u2019institutionnel, anim\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par les id\u00e9aux de l\u2019antipsychiatrie, ce dont j\u2019ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, mais c\u2019est la d\u00e9couverte du transfert psychotique l\u00e0 o\u00f9 je ne l\u2019attendais pas qui m\u2019a d\u00e9concert\u00e9 et d\u00e9plac\u00e9, et qui a lev\u00e9 cette id\u00e9alisation et ce clivage.<\/p>\n<p>Je voudrais \u00e9voquer une fois de plus ce patient psychotique chronique, mon premier maitre en psychiatrie,  que je croyais avoir lib\u00e9r\u00e9 de ses chaines asilaires en le faisant sortir en appartement th\u00e9rapeutique, et qui pourtant ne cessait de me demander le retour dans son \u00ab \u00ab paradis perdu \u00bb, puisque c\u2019est ainsi qu\u2019il appelait l\u2019HP \u00e0 mon grand d\u00e9sarroi. Il fallut qu\u2019il insiste vraiment beaucoup et que son \u00e9tat s\u2019aggrave fortement pour que j\u2019accepte de le r\u00e9hospitaliser pour un temps n\u00e9cessaire. Le ch\u00e8que d\u20191 million de dollars qu\u2019il me donna alors, je ne cesse de l\u2019encaisser psychiquement depuis. J\u2019eus d\u2019abord une impression de sid\u00e9ration, que je traversais en m\u2019\u00e9cartant lentement mais irr\u00e9m\u00e9diablement de l\u2019id\u00e9ologie du rejet destructeur de l\u2019hospitalisation, comme de la conviction de l\u2019absence de transfert analytique en dehors du cabinet du psychanalyste. Je rappelle que ces id\u00e9es \u00e9taient alors dominantes et peut-\u00eatre le sont-elles toujours aujourd\u2019hui, quand bien m\u00eame nous sommes moins nombreux \u00e0 nous soucier du transfert dans nos pratiques. Mais la R\u00e9sistance de la psychanalyse \u00e0 son propre d\u00e9ploiement persiste bien s\u00fbr comme l\u2019avait finement analys\u00e9 Derrida dans son livre R\u00e9sistances de la Psychanalyse.<br \/>\nEn tout cas cette perte, cette castration symbolique pour appeler les choses par leur nom, provoqua ce gain tr\u00e8s particulier de me mettre au travail en m\u2019inscrivant peu ou prou dans le mouvement de PI.<br \/>\nPoint besoin d\u2019\u00eatre analyste pour constater ce premier paradoxe fondateur d\u2019une sorte de discours de la m\u00e9thode qu\u2019il nous faudrait garder comme principe directeur. La psychose, ou plut\u00f4t le psychotique peut, \u00e0 certaines conditions, \u00eatre \u00e0 la source de l\u2019invention et de la cr\u00e9ation. Cela vaut pour le d\u00e9lire qui n\u2019est rien d\u2019autre pour suivre le frayage freudien qu\u2019une tentative de gu\u00e9rison. Que cette tentative puisse rater et amener le sujet en question \u00e0 devoir chercher de l\u2019aide est une autre question \u2026<br \/>\nCe  qui me permet de revenir \u00e0 cet \u00ab enseignement de la folie \u00bb dont j\u2019ai repris l\u2019intitul\u00e9 comme un mot d\u2019ordre. Soutenir cette proposition constitue un enjeu clinique, celui de se tenir au transfert, mais \u00e9galement un enjeu politique crucial, qui devrait nous d\u00e9gager de la conception de la folie comme handicap et d\u00e9ficit, y compris d\u00e9ficit d\u2019un signifiant des noms du p\u00e8re !<br \/>\nC\u2019est d\u2019ailleurs en cela que j\u2019ai d\u2019une certaine mani\u00e8re poursuivi et remani\u00e9 les id\u00e9aux de l\u2019antipsychiatrie. A condition de se sortir de la pente id\u00e9alisante et esth\u00e9tisante de la folie, ce mouvement comme le surr\u00e9alisme pr\u00e9c\u00e9demment, avait fait valoir la v\u00e9rit\u00e9 dont vient t\u00e9moigner le psychotique \u00e0 condition qu\u2019il puisse trouver un lieu d\u2019adresse ou-autre possibilit\u00e9 non contradictoire- qu\u2019il puisse faire \u0153uvre de son d\u00e9lire. Encore faut-il pouvoir l\u2019aider \u00e0 d\u00e9chiffrer ce qui ne peut se dire et vient se montrer sur le mode d\u2019une \u00ab d\u00e9finition ostensive \u00bb.  Et je reprends l\u00e0 le concept que  Fran\u00e7oise Davoine a fait d\u00e9river de la logique de Wittgenstein, pour construire une clinique dynamique du transfert psychotique. Il me parait important de souligner la diff\u00e9rence radicale de positionnement que Fran\u00e7oise Davoine, comme tous les th\u00e9rapeutes de psychotiques, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, fait op\u00e9rer par rapport \u00e0 une clinique psychiatrique qui resterait fond\u00e9e sur l\u2019objectivation du patient et de ses sympt\u00f4mes, comme dans les pr\u00e9sentations de malades. Il est clair qu\u2019une telle posture hors-transfert ne peut produire qu\u2019une th\u00e9orie \u00e9difiante qu\u2019il s\u2019agirait ensuite d\u2019appliquer. Ce qui bien s\u00fbr s\u2019av\u00e8re impossible et provoque in\u00e9vitablement de la d\u00e9ception. C\u2019est tout l\u2019enjeu d\u2019une f\u00e9tichisation de la \u00ab structure \u00bb qui en vient \u00e0 r\u00e9cuser les progr\u00e8s de la clinique. Comment ne pas entendre la critique it\u00e9rative \u00e0 chaque fois qu\u2019un psychotique s\u2019en sort, et que nous transmettons la r\u00e9ussite d\u2019une psychoth\u00e9rapie ? A chaque fois il se trouvera quelqu\u2019un pour objecter que le patient ne devait pas \u00eatre psychotique au d\u00e9part et qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une erreur diagnostique\u2026<br \/>\nIl faudrait en quelque sorte que la clinique v\u00e9rifie la th\u00e9orie, alors que nous aurions \u00e0 produire au contraire une th\u00e9orisation \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience clinique et institutionnelle, exp\u00e9rience du transfert que l\u2019on ne peut penser qu\u2019en la traversant : c\u2019est ce mouvement que je qualifierai d\u2019itin\u00e9raire de formation.<br \/>\nN\u00e9cessairement nous allons nous heurter \u00e0 toutes les v\u00e9rit\u00e9s pr\u00e9\u00e9tablies, et en premier lieu les n\u00f4tres, bien entendu ! Quelle surprise quand j\u2019ai pu constater que des patients psychotiques pouvaient \u00e0 certaines conditions transf\u00e9rentielles \u00eatre supports de transfert pour d\u2019autres patients ?<br \/>\nOu arriver \u00e0 nouer des relations amoureuses et \u00e0 engendrer sans pour autant se mettre \u00e0 d\u00e9lirer ?<br \/>\nCe qui rencontre pourtant leurs zones de fragilit\u00e9 et les met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, un peu plus que les n\u00e9vros\u00e9s sans doute,  sans pour autant rencontrer la fixit\u00e9 syst\u00e9matique d\u2019une impossibilit\u00e9 de structure. Cela suppose de soutenir dans le Collectif et dans chaque th\u00e9rapie la fonction phorique pour reprendre le concept que  Pierre Delion a propos\u00e9 comme \u00e9quivalent au holding winnicottien. Encore faut-il imaginer une premi\u00e8re strate d\u2019hospitalit\u00e9 inconditionnelle, une bejahung, qui ouvre un espace de possibilisation du transfert. Et que cet espace que je mets en rapport avec la \u00ab fabrique du pr\u00e9 \u00bb dont parle Oury dans Cr\u00e9ation et Schizophr\u00e9nie soit un lieu dont la vivance soit sans cesse relanc\u00e9e.<br \/>\nIl est sensible dans le travail que nous faisons d\u2019avoir la sensation de pratiquer de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive une v\u00e9ritable r\u00e9animation du Collectif. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9puisement parfois \u00e9prouv\u00e9 puisque nous luttons contre les forces de mort et de silenciation que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment.<br \/>\nDes forces qu\u2019on aurait tort d\u2019attribuer seulement \u00e0 la psychose des patients projetant sur les soignants leurs pulsions et affects destructeurs. Ce bombardement est ind\u00e9niable mais la vraie difficult\u00e9 consiste \u00e0 supporter et \u00e0 traverser les forces d\u2019an\u00e9antissement intrins\u00e8ques \u00e0 tout Collectif.<br \/>\nDepuis que la PI existe, elle a pris acte de ces ph\u00e9nom\u00e8nes et invent\u00e9 des outils et des op\u00e9rateurs concrets : groupes, r\u00e9unions, travail de constellation, et surtout clubs th\u00e9rapeutiques : autant d\u2019espaces partag\u00e9s o\u00f9 chacun se trouve invit\u00e9 \u00e0 construire la vie quotidienne.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que depuis 33 ans nous avons cr\u00e9\u00e9 un Club fond\u00e9 d\u2019ailleurs avec ce patient dont j\u2019ai parl\u00e9 et qui continue \u00e0 accompagner nos initiatives \u00e0 la mesure de ses possibilit\u00e9s vieillissantes. Le  Club   est le fil conducteur et l\u2019un des supports essentiels du service, d\u2019abord dans l\u2019ambulatoire, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la situation \u00e9tait verrouill\u00e9e dans l\u2019h\u00f4pital, puis peu \u00e0 peu dans chacun des lieux d\u2019accueil avec cr\u00e9ation d\u2019un club f\u00e9d\u00e9rant les 5 clubs du service, la cr\u00e9ation d\u2019un GEM articul\u00e9 \u00e9troitement au club etc\u2026<br \/>\nNous touchons l\u00e0 un des points cruciaux de mon propos, car le simple acte d\u2019articuler \u00e9troitement le GEM et les clubs constitue une transgression par rapport aux clivages administratifs en vigueur : les GEM reprennent le signifiant fondateur du club : \u00ab l\u2019entraide mutuelle \u00bb mais ne doivent pas s\u2019articuler \u00e0 la fonction soignante. Ce qui est une absurdit\u00e9 ! C\u2019est l\u2019exemple m\u00eame de la fragmentation d\u2019espaces du n\u00e9olib\u00e9ralisme, de m\u00eame que l\u2019\u00e9clatement entre le soin et le m\u00e9dicosocial etc\u2026<br \/>\nSi nous ob\u00e9issions \u00e0 de tels commandements nous renforcerions le clivage et l\u2019\u00e9clatement schizophr\u00e9nique : tout le contraire du travail incessant de rassemblement que notre exp\u00e9rience nous enseigne pour prendre soin du psychotique !<br \/>\nSans doute faut-il que je vous parle pour conclure du climat, de l\u2019ambiance subversive qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 depuis 5 ans. Il faut bien reconnaitre notre dette \u00e0 Sarkozy qui a provoqu\u00e9 un sursaut, et un questionnement des patients \u00e0 notre \u00e9gard dans ces espaces partag\u00e9s : clubs et surtout l\u2019AG mensuelle du centre Artaud o\u00f9 nous construisons ensemble l\u2019espace institutionnel. Un lieu o\u00f9 les patients peuvent mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la fiabilit\u00e9 de soignants \u00e0 prendre r\u00e9ellement en compte leur parole, \u00e0 mettre en acte leur dire et \u00e0 ne pas \u00ab se payer de mots \u00bb. Le fait de ne pas se d\u00e9rober, et m\u00eame de s\u2019offrir \u00e0 la discussion, malgr\u00e9 quelquefois l\u2019envahissement du d\u00e9lire de chacun, nous a permis d\u2019accueillir une demande que je n\u2019aurais probablement pas pu supporter auparavant. Les patients ont demand\u00e9 \u00e0 venir aux mobilisations des 39, aux meetings o\u00f9 ils ont pris la parole. Quelquefois de fa\u00e7on brillante, mais toujours de fa\u00e7on sensible \u00e9mouvante et courageuse. Vous savez que dans ce mouvement ils en sont venus pour quelques-uns \u00e0 cr\u00e9er une association ind\u00e9pendante \u00ab HUMAPSY \u00bb qui se r\u00e9unit r\u00e9guli\u00e8rement, est invit\u00e9e \u00e0 faire des conf\u00e9rences dans IRTS, des facs de psycho, autrement dit dans une position de formateurs pour des soignants etc\u2026 Vous pourrez trouver leur blog sur internet. Ils d\u00e9fendent leur point de vue, et tr\u00e8s logiquement la PI et la psychanalyse puisqu\u2019ils en ont fait l\u2019exp\u00e9rience et sont nos meilleurs ambassadeurs aupr\u00e8s des autres soignants, et des collectifs de patients qui \u00e9taient jusqu\u2019alors r\u00e9solument hostiles \u00e0 la psychiatrie et \u00e0 la psychanalyse. Nous sommes au contraire maintenant dans un rassemblement in\u00e9dit lors des auditions \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat\u2026<br \/>\nCette \u00e9mergence me parait bien s\u00fbr tributaire du transfert, des transferts multiples, mais aussi des franchissements de fronti\u00e8res qui jusqu\u2019alors paraissaient infranchissables. Je n\u2019en pr\u00f4ne pas pour autant l\u2019abolition des fronti\u00e8res mais bien plut\u00f4t la posture revendiqu\u00e9e de se situer \u00e0 la fronti\u00e8re comme passeurs et contrebandiers. Dans le contexte de plus en plus difficile que nous connaissons d\u2019hypercontr\u00f4le et de certification, d\u2019ali\u00e9nation massive aux protocoles qui s\u00e9vissent de partout, je remarque que notre travail n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi vivant. Cela ne signifie aucunement la trouvaille mensong\u00e8re d\u2019une harmonie, mais l\u2019efficace de la m\u00e9thode et de la confiance dans le transfert pour surmonter les moments de crise in\u00e9vitables, les passages \u00e0 l\u2019acte que nous tentons d\u2019accueillir pour qu\u2019ils deviennent des acting out.<\/p>\n<p>Je suis persuad\u00e9 que cette m\u00e9thode clinique et cette  \u00e9thique s\u2019effondreraient rapidement sans cette posture militante qui a construit la psychiatrie depuis la 2\u00b0 guerre mondiale.<br \/>\nEncore s\u2019agit-il de la transmettre, et de former dans et par le transfert les jeunes qui arrivent et se risquent \u00e0 la rencontre. Cela suppose une volont\u00e9, une construction de dispositifs de formation, par exemple les stages que nous avons d\u00e9velopp\u00e9, mais en premier lieu un dessaisissement pour laisser la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9appropriation qui pourra en passer par des moments d\u2019opposition cr\u00e9ative qu\u2019il s\u2019agira d\u2019accueillir et de dialectiser.<br \/>\nComment transmettre autrement cet enseignement de la folie ?<\/p>\n<p>Patrick Chemla<br \/>\nMarseille le 11 octobre 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTERVENTION POUR L\u2019AMPI &#8211; MARSEILLE 2013 L\u2019enseignement de la Folie J\u2019ai repris \u00e0 dessein ce titre d\u2019un livre de Fran\u00e7ois Tosquelles qui constitue \u00e0 lui seul tout un programme ! 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