{"id":7040,"date":"2013-10-16T20:58:39","date_gmt":"2013-10-16T18:58:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7040"},"modified":"2013-10-16T20:58:39","modified_gmt":"2013-10-16T18:58:39","slug":"la-question-du-savoir-et-de-lheritage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7040","title":{"rendered":"&gt; &#8230; la question du savoir et de l\u2019h\u00e9ritage."},"content":{"rendered":"<p>MARSEILLE. 11 octobre 2013.Journ\u00e9es de l&rsquo;AMPI<\/p>\n<p>Patrick Coupechoux<\/p>\n<p>Je crois que je ne vais pas vous parler de formation, tout simplement parce que ce n\u2019est pas mon domaine et que je ne suis pas comp\u00e9tent pour cela.<br \/>\nMais je voudrais, sur la base de mon travail de journaliste, dans le domaine de la psychiatrie, vous proposer les quelques r\u00e9flexions que le th\u00e8me de cette journ\u00e9e m\u2019a sugg\u00e9r\u00e9.<br \/>\nD\u2019abord, il y a la question de la transmission qui est bien s\u00fbr la toile de fond de celle de la formation.<br \/>\nJe dois vous dire que je viens de terminer un travail sur la folie, en perspective d\u2019un nouveau livre, qui m\u2019a conduit \u00e0 revenir sur les ann\u00e9es pass\u00e9es depuis la lib\u00e9ration et sur le mouvement d\u00e9sali\u00e9niste.<br \/>\nCe qui est frappant dans cette p\u00e9riode, c\u2019est la question du savoir et de l\u2019h\u00e9ritage.<br \/>\nParce que ce savoir se nourrit d\u2019un h\u00e9ritage, comme tous les savoirs : celui de Pinel, celui de Freud, celui de Lacan, celui de Marx, celui de Bachelard et de bien d\u2019autres encore. Sans lequel rien n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 possible.<br \/>\nCe qui m\u2019a \u00e9galement frapp\u00e9, ce sont les efforts qu\u2019ont consentis les tenants du d\u00e9sali\u00e9nisme pour donner \u00e0 celui-ci les fondements th\u00e9oriques dont il avait besoin.<br \/>\nJe pense \u00e0 Lucien Bonnaf\u00e9, \u00e0 Fran\u00e7ois Tosquelles et bien s\u00fbr \u00e0 Jean Oury, qui ne se sont pas content\u00e9s d\u2019\u00eatre des praticiens, mais qui ont toujours cherch\u00e9 \u00e0 th\u00e9oriser leur d\u00e9marche, \u00e0 fonder une pens\u00e9e.<br \/>\nJe dis cela, pour revenir \u00e0 des questions tr\u00e8s actuelles et tr\u00e8s politiques, parce qu\u2019il me semble qu\u2019il est dangereux d\u2019opposer savoir et capacit\u00e9 \u00e0 aller vers l\u2019autre. Aller vers l\u2019autre suppose un savoir.<br \/>\nCe n\u2019est pas seulement lui taper dans le dos.<br \/>\nCette id\u00e9e, simple pourtant, est totalement en opposition avec la pens\u00e9e dominante actuelle, surtout concernant la folie, mais pas seulement, j\u2019y reviendrai.<br \/>\nIl suffirait, autrement dit, de confier les fous au milieu social et associatif pour que cette relation puisse s\u2019\u00e9tablir, spontan\u00e9ment.<br \/>\nJe ne suis pas en train de dire que les gens qui animent ces associations, souvent avec un d\u00e9vouement pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, ne nouent pas de relation avec les patients.<br \/>\nMais je pense que leur d\u00e9marche, ils le reconnaissent souvent volontiers, ne constitue nullement le soin au sens de Tosquelles. Parce qu\u2019il y manque trop souvent le savoir th\u00e9orique et clinique sur la maladie mentale.<br \/>\nParce que, dans la pens\u00e9e dominante, et dans les politiques mises en \u0153uvre, on a mis un trait d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre traitement et soin. Le m\u00e9dicament oppos\u00e9 au \u00ab prendre soin de \u00bb.<br \/>\nParce que la relation, consid\u00e9r\u00e9e d\u00e9sormais comme un \u00ab suppl\u00e9ment \u00bb, a \u00e9t\u00e9 largement confi\u00e9e au milieu social et associatif. Parce qu\u2019on est en train d\u2019en d\u00e9poss\u00e9der la psychiatrie, ce qui revient \u00e0 nier le soin, \u00e0 le faire dispara\u00eetre.<br \/>\nIl faut donc, \u00e0 mon avis, d\u00e9fendre becs et ongles, l\u2019id\u00e9e d\u2019un savoir et donc d\u2019une transmission de celui-ci.<br \/>\nCe qui m\u2019a frapp\u00e9 \u00e9galement dans ce travail de retour aux sources \u00e0 propos de ce livre, c\u2019est la volont\u00e9 de penser. Et l\u2019affirmation de sa n\u00e9cessit\u00e9 absolue.<br \/>\nOr il n\u2019y a pas de pens\u00e9e sans savoir, sans l\u2019effort continu d\u2019interroger celui-ci, en permanence.<br \/>\nAu fil des ann\u00e9es &#8211; et vu de l\u2019ext\u00e9rieur &#8211; je me suis convaincu que la psychiatrie, telle qu\u2019elle est con\u00e7ue ici, ne peut se faire sans la mise en \u0153uvre d\u2019une pens\u00e9e perp\u00e9tuellement critique, perp\u00e9tuellement en mouvement, perp\u00e9tuellement cr\u00e9ative.<br \/>\nPour illustrer cela, je reviendrai \u00e0 une r\u00e9flexion d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Chaigneau qui m\u2019a beaucoup frapp\u00e9, \u00e0 propos de la fameuse \u00ab continuit\u00e9 des soins \u00bb, concept cl\u00e9 de la psychiatrie de secteur.<br \/>\nElle proposait de \u00ab renverser la vapeur \u00bb et de lui substituer un autre terme, celui de \u00ab continuit\u00e9 de l\u2019existence psychotique \u00bb.<br \/>\nIl me semble que la premi\u00e8re formulation se situe du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019institution, la deuxi\u00e8me de celui du sujet.<br \/>\nIl s\u2019agit l\u00e0 d\u2019autre chose que d\u2019une nuance : dans le premier cas, il y a le risque de figer des pratiques, aussi positives soient-elles, et donc de renforcer l\u2019ali\u00e9nation.<br \/>\nDans le deuxi\u00e8me, il y a la n\u00e9cessit\u00e9 absolue d\u2019interroger ces pratiques, de les critiquer, de les modifier, parce que l\u2019on n\u2019a pas perdu de vue l\u2019essentiel : le patient lui-m\u00eame et la n\u00e9cessaire action contre l\u2019ali\u00e9nation &#8211; dont le niveau d\u00e9pend, comme chacun le sait, de la nature de notre relation \u00e0 lui.<br \/>\nBonnaf\u00e9 parlait \u00e0 ce propos de la relation entre l\u2019observateur et l\u2019observ\u00e9. Lacan disait de son c\u00f4t\u00e9 que \u00ab la folie change de nature avec la connaissance qu\u2019en prend le psychiatre. \u00bb<br \/>\nEn fait Chaigneau interroge le savoir parce qu\u2019elle remet le patient sur le devant de la sc\u00e8ne.<br \/>\nEt je me demande si l\u00e0 ne r\u00e9side pas le sens de la fameuse formule de Tosquelles, qui m\u2019a longtemps intrigu\u00e9 : la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, cela n\u2019existe pas.<br \/>\nPeut-\u00eatre voulait-il dire que la psychoth\u00e9rapie institutionnelle n\u2019est pas, elle non plus, \u00e0 l\u2019abri des risques de fossilisation de la pens\u00e9e, du risque de rester fig\u00e9e sur ses certitudes, si elle n\u2019y prend garde.<br \/>\nCela me fait penser \u00e0 ces r\u00e9flexions de Bachelard, mille fois cit\u00e9es par Bonnaf\u00e9, concernant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019interroger jusqu\u2019\u00e0 la raison elle-m\u00eame.<br \/>\nIl disait que ce que l\u2019on sait bien, on le r\u00e9p\u00e8te \u00ab fid\u00e8lement, ais\u00e9ment, chaleureusement \u00bb. Ou citant Dosto\u00efevski que \u00ab la raison conna\u00eet seulement ce qu\u2019elle a r\u00e9ussi \u00e0 apprendre \u00bb.<br \/>\nEt Bachelard d\u2019ajouter : \u00ab cependant pour penser, on aurait d\u2019abord tant de choses \u00e0 d\u00e9sapprendre \u00bb.<br \/>\nOn pourrait ajouter aujourd\u2019hui que, pour d\u00e9sapprendre, il a d\u2019abord fallu apprendre. Il faut d\u2019abord avoir re\u00e7u en h\u00e9ritage la pens\u00e9e de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ne serait-ce que pour la d\u00e9passer.<br \/>\nSans cela, on ne d\u00e9passe rien du tout, on ne pense plus.<br \/>\nArtaud de son c\u00f4t\u00e9 disait que \u00ab les id\u00e9es claires sont des id\u00e9es mortes et termin\u00e9es. \u00bb<br \/>\nLogiquement, il y a aussi chez Bachelard une critique du scientisme, \u00ab conception born\u00e9e et bornante de la science \u00bb, parce que toujours pr\u00e9occup\u00e9e de donner \u00ab une borne au possible. \u00bb<br \/>\nLe scientisme qui est une forme de pouvoir et de domination de ceux qui \u00ab savent \u00bb sur ceux qui \u00ab ne savent pas \u00bb. On est loin de la distinction entre r\u00f4le, fonction et statut propos\u00e9e par la psychoth\u00e9rapie institutionnelle.<br \/>\nTout cela le m\u00e8ne \u00e0 une conclusion que nous devrions m\u00e9diter : la raison fig\u00e9e dans ses certitudes, \u00ab correspond \u00e0 ces soci\u00e9t\u00e9s sans vie o\u00f9 l\u2019on est libre de tout faire, mais o\u00f9 l\u2019on n\u2019a rien \u00e0 faire. Alors on est libre de penser, mais on n\u2019a rien \u00e0 penser. \u00bb<br \/>\nEt c\u2019est bien l\u00e0, me semble-t-il, que se situe le fond de l\u2019affaire.<br \/>\nParce qu\u2019au fond, \u00e0 quoi avons-nous assist\u00e9 depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es dans nos soci\u00e9t\u00e9s ?<br \/>\nA la victoire d\u2019une id\u00e9ologie \u2013 apr\u00e8s l\u2019effondrement du mur de Berlin et la victoire par KO du capitalisme qui va se muer en un capitalisme mondialis\u00e9, financier et dominateur.<br \/>\nUne id\u00e9ologie qui nie la culture con\u00e7ue comme la qu\u00eate par l\u2019\u00eatre humain de la compr\u00e9hension du monde. Autrement dit comme la qu\u00eate de la libert\u00e9.<br \/>\nComme disait Victor Hugo : \u00ab la libert\u00e9 commence o\u00f9 l\u2019ignorance finit. \u00bb<br \/>\nPour illustrer cela, je voudrais donner trois exemples.<br \/>\n\u2022 Celui de la marchandisation des produits culturels qui sont d\u00e9sormais con\u00e7us comme des produits de consommation de luxe r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 une \u00e9lite. La grande masse doit se contenter des jeux vid\u00e9os, de la t\u00e9l\u00e9 abrutissante et du football business.<br \/>\n\u2022 Celui du syst\u00e8me \u00e9ducatif. Qu\u2019a-t-on fait de l\u2019\u00e9cole ? On a abandonn\u00e9 sa mission d\u2019\u00e9ducation des citoyens, et l\u2019ambition de leur donner acc\u00e8s \u00e0 la culture. Songez par exemple au recul incroyable de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, de la litt\u00e9rature et de la philosophie.<br \/>\nOn l\u2019a domestiqu\u00e9e pour en faire une fabrique de \u00ab ressources humaines \u00bb, adapt\u00e9e aux exigences changeantes du march\u00e9. Avec le nombre impressionnant de laiss\u00e9s pour compte que cela entra\u00eene.<br \/>\nC\u2019est au fond, le sens de toutes les r\u00e9formes du syst\u00e8me \u00e9ducatif qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis 30 ans. Le r\u00e9sultat, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a plus \u2013 ou si peu \u2013 de transmission. Il n\u2019y a m\u00eame plus de m\u00e9moire.<br \/>\nCes changements sont intervenus pour des raisons \u00e9conomiques \u2013 de gestion de la ressource humaine \u2013 mais pas seulement. On a aussi tir\u00e9 les le\u00e7ons de 68 : un peuple trop \u00e9duqu\u00e9 a une certaine tendance \u00e0 penser et donc \u00e0 se rebeller.<br \/>\nC\u2019est pour cela que Bonnaf\u00e9 d\u00e9non\u00e7ait \u00ab l\u2019influence de ceux pour qui la passion de tirer les le\u00e7ons et les enseignements du pass\u00e9 est redoutablement subversive. \u00bb<br \/>\nPour revenir \u00e0 la maladie mentale, je voudrais \u00e9voquer le rapport sur la sant\u00e9 mentale remis au 1e ministre en 2010, \u00e9crit par Viviane Kovess-Masf\u00e9ty.<br \/>\nEn terme de formation, elle insiste sur une seule chose : le champ des comp\u00e9tences cognitives, \u00e9motionnelles et sociales.<br \/>\nIl s\u2019agit d\u2019apprendre \u00e0 \u00eatre, ce qui renvoie aux aptitudes personnelles (gestion du stress, des \u00e9motions, d\u00e9veloppement de la conscience et de la confiance en soi, apprendre \u00e0 vivre ensemble\u2026) Je vous \u00e9pargne le d\u00e9tail.<br \/>\nEn d\u2019autres termes, le syst\u00e8me \u00e9ducatif et celui de la formation consistent \u00e0 aider l\u2019individu \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 un monde changeant qu\u2019il subit.<br \/>\nUn monde qui tient le pass\u00e9 pour suspect, le futur pour incertain, qui nous propose de vivre dans un \u00e9ternel pr\u00e9sent, condamn\u00e9s que nous sommes \u00e0 ne rien comprendre, \u00e0 ne rien ma\u00eetriser.<br \/>\nSouvenez-vous, dans le film de Philippe Borrel, \u00ab Un monde sans fous ? \u00bb, de ce responsable des ressources humaines de Manpower qui disait cr\u00fbment : \u00ab la question, ce n\u2019est pas tellement le changement, mais l\u2019adaptation au changement.<\/p>\n<p>Avec cette politique de sant\u00e9 mentale, il s\u2019agit de faire face aux difficult\u00e9s \u2013 les cabinets de psy sont pleins, les suicides au travail n\u2019en finissent pas.<br \/>\nIl s\u2019agit surtout d\u2019aider l\u2019individu \u00e0 \u00eatre toujours plus autonome et performant, dans la version positive de la sant\u00e9 mentale.<br \/>\nA aucun moment, dans le rapport de Viviane Kovess, il n\u2019est question de culture, si ce n\u2019est pour noter, au d\u00e9tour d\u2019une phrase, que les activit\u00e9s artistiques sont bonnes pour la sant\u00e9 mentale.<br \/>\nLa culture \u2013 pas trop ! \u2013 con\u00e7ue comme un moyen d\u2019affirmation de soi, d\u2019adaptation, jamais comme le chemin vers une connaissance et donc vers une lib\u00e9ration.<br \/>\n\u2022 Le troisi\u00e8me exemple que je voulais donner, apr\u00e8s celui de la culture et de l\u2019\u00e9cole, est celui de la conception dominante de la vie en soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nOn sait, c\u2019est un lieu commun, que d\u00e9sormais, c\u2019est l\u2019individu autonome, g\u00e9rant sa vie comme une entreprise, qui domine.<br \/>\nMais il ne s\u2019agit pas seulement de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019individu. Celle-ci est un ph\u00e9nom\u00e8ne ancien, depuis Pascal et son pari \u2013 si le parieur peut parier sur l\u2019existence de Dieu, c\u2019est bien parce qu\u2019il est devenu un individu \u2013 \u00e0 la Renaissance et au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<br \/>\nIl y a donc dans cette \u00e9mergence un c\u00f4t\u00e9 \u00e9minemment d\u00e9mocratique et positif.<br \/>\nMais il s\u2019agit, avec la vision n\u00e9olib\u00e9rale qui s\u2019est impos\u00e9e, de cet individu \u00ab d\u00e9-collectivis\u00e9 et d\u00e9sencastr\u00e9 \u00bb dont parle Robert Castel, dont la grille de lecture du monde r\u00e9side, d\u00e9sormais, uniquement dans le psychologique. \u00ab Le premier individu de l\u2019histoire qui ignore qu\u2019il vit en soci\u00e9t\u00e9 \u00bb selon la formule de Marcel Gauchet.<br \/>\nMais un individu seul comptable de sa vie, qui ne se rebelle pas, qui exhibe les m\u00e9dailles de ses r\u00e9ussites toujours individuelles et porte la croix de ses \u00e9checs, toujours personnels.<br \/>\nJe ne vais m\u2019attarder l\u00e0-dessus, cela nous m\u00e8nerait trop loin. Je voudrais seulement souligner deux choses :<br \/>\n\u2022 C\u2019est la vie en soci\u00e9t\u00e9 qui est ainsi remise en cause. Souvenons-nous du \u00ab Il faut sauver la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb de Michel Foucault. Souvenons-nous de Margareth Thatcher qui disait : \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019existe pas, il n\u2019y a que des hommes, des femmes et des familles. \u00bb<br \/>\nD\u00e8s lors la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est plus qu\u2019un agr\u00e9gat d\u2019individus, mus par leur int\u00e9r\u00eat personnel, en guerre les uns contre les autres.<br \/>\nD\u00e8s lors, les hommes ne sont plus que des ressources humaines, comme les abeilles de Mandeville  qui, m\u00eame si elles sont pleines de vices, contribuent, par la recherche de leur satisfaction personnelle, \u00e0 la richesse de tous. Il serait plus juste aujourd\u2019hui de dire, \u00e0 la richesse de quelques-uns.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9loge permanent de la r\u00e9ussite individuelle, quel qu\u2019en soit son co\u00fbt \u00e9thique, d\u2019o\u00f9 une conception du bonheur humain \u00e0 l\u2019aune de la richesse. On n\u2019a r\u00e9ussi sa vie \u00e0 50 ans que si l\u2019on a une Rolex.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 la suspicion contre toute pens\u00e9e, contre la culture, contre toute tentative de comprendre le monde, qui pourrait contester cette vision \u00e9troite de l\u2019homme.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 le rejet de tout grand r\u00e9cit visant \u00e0 proposer une vision plus globale du monde. D\u2019o\u00f9 les attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es contre la psychanalyse. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9loge du \u00ab pragmatisme \u00bb con\u00e7u comme l\u2019antidote \u00e0 toute th\u00e9orisation, celle-ci nous menant, n\u00e9cessairement, au totalitarisme.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 la n\u00e9gation de la folie, au sens de Tosquelles. Consid\u00e9rer le fou dans son humanit\u00e9, c\u2019est chercher \u00e0 comprendre la folie dans toutes ses dimensions.<br \/>\nC\u2019est interroger le monde qui ali\u00e8ne le fou, qui ali\u00e8ne l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nC\u2019est nous interroger sur ce que notre soci\u00e9t\u00e9 fait de l\u2019individu. C\u2019est nous interroger nous-m\u00eames. C\u2019est interdit.<br \/>\nMieux vaut consid\u00e9rer le fou comme un handicap\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire comme un \u00eatre fig\u00e9 dans son \u00e9tat, \u00ab d\u00e9ficient, diminu\u00e9, retard\u00e9, incapable, invalide, infirme, mutil\u00e9, inf\u00e9rieur, voire tar\u00e9 \u00bb, je cite les mots de Robert Castel.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, le handicap\u00e9 est celui qui ne peut ou ne veut pas s\u2019adapter, dans la perspective d\u2019un monde con\u00e7u comme une course d\u2019obstacles.<br \/>\nCela d\u00e9passe largement le cadre de la m\u00e9decine puisque l\u2019on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 parler de \u00ab handicap\u00e9 social \u00bb.<br \/>\nLe licenci\u00e9 de Florange qui, \u00e0 50 ans, vit dans une r\u00e9gion o\u00f9 il n\u2019a aucune chance de retrouver un emploi, est un \u00ab handicap\u00e9 social \u00bb !<br \/>\nD\u00e8s lors, comment s\u2019\u00e9tonner que la transmission en psychiatrie \u2013 comme partout d\u2019ailleurs \u2013 soit si difficile ?<br \/>\nOn voit bien que cela d\u00e9passe les probl\u00e8mes r\u00e9els de conditions de travail, de parcellisation des t\u00e2ches que tout le monde ici conna\u00eet. Que cela d\u00e9passe la psychiatrie elle-m\u00eame.<br \/>\nC\u2019est bien de notre vision du monde dont il s\u2019agit. Et c\u2019est bien celle-ci qu\u2019il faut interroger.<\/p>\n<p>Patrick Coupechoux.<br \/>\nhttp:\/\/www.serpsy.org\/des_livres\/livres_06\/monde_fou.html<\/p>\n<p>AMPI Marseille les 11\/12 octobre 2013<br \/>\nFORMATIONS DANS LA PSYCHIATRIE CONTEMPORAINE\u2026<\/p>\n<p>\u00ab AUTREMENT QUE SAVOIR \u00bb<\/p>\n<p>Travailler dans le champ de la psychiatrie n\u00e9cessite une r\u00e9flexion continue sur l\u2019objet m\u00eame du travail. Cette \u00ab \u00e9vidence naturelle \u00bb semble concerner de moins en moins de monde. Cette absence de r\u00e9flexion et la parcellisation des t\u00e2ches entrainent une perte de sens qui, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019aggravation des conditions de travail, participe de la souffrance au travail et alimente le discours de la plainte.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, toute difficult\u00e9 relationnelle ou institutionnelle, est interpr\u00e9t\u00e9e comme un manque de connaissance et la solution propos\u00e9e est une formation ad hoc. L\u2019 id\u00e9e de se former ne peut que susciter adh\u00e9sion mais la lecture des programmes de formation en psychiatrie, initiale et continue, m\u00e9dicale et param\u00e9dicale, refroidit tout \u00e9ventuel enthousiasme.<\/p>\n<p>Les formations manag\u00e9riales transforment le th\u00e9rapeute institutionnel en un efficient gestionnaire d\u2019\u00e9quipe et la violence institutionnelle trouve sa solution par la d\u00e9couverte des arts martiaux\u2026<\/p>\n<p>Il est d\u00e8s lors urgent de s\u2019 int\u00e9resser aux contenus des formations.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re urgence est de retrouver le go\u00fbt de la pens\u00e9e, forme de savoir que nous rappelle l\u2019\u00e9tymologie du mot savoir : \u00ab avoir du go\u00fbt pour\u2026 \u00bb. La pens\u00e9e est notre outil th\u00e9rapeutique majeur, attaqu\u00e9e \u00e0 la fois par les projections psychotiques et le productivisme de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.<\/p>\n<p>Savoir \u00e9voque connaissances, n\u00e9cessaire apprentissage de connaissances, les plus larges possibles comme le pr\u00e9conisait Lucien Bonnaf\u00e9 : \u00ab il faut pour les psychiatres, une culture encyclop\u00e9dique  \u00bb. Th\u00e9ories de tous ordres, neuro-sciences, sciences humaines, disciplines artistiques, culture g\u00e9n\u00e9rale et surtout ne pas oublier l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie\u2026 Connaissances sur l\u2019autre et connaissance de l\u2019autre.<\/p>\n<p>\u00ab Autrement que savoir \u00bb est le titre d\u2019un livre d\u2019Emmanuel L\u00e9vinas, penseur de la relation intersubjective, qui insiste sur l\u2019 importance de l\u2019autre, du visage de l\u2019autre, dans la constitution de soi.<\/p>\n<p>Cette responsabilit\u00e9 pour autrui engendre un d\u00e9sir de rencontre qui diff\u00e9rencie radicalement accueil, hospitalit\u00e9, ambiance et protocole d\u2019admission. Si le projet th\u00e9rapeutique se d\u00e9place de l\u2019abrasement symptomatique \u00e0 l\u2019organisation de la rencontre avec l\u2019autre, pr\u00e9sentement d\u00e9sign\u00e9 patient, les soignants devront choisir les formations qui permettent cet accueil.<\/p>\n<p>Se rendre disponible n\u00e9cessite un travail sur soi, une r\u00e9flexion sur la relation \u00e0 l\u2019autre, des capacit\u00e9s d\u2019\u00e9coute\u2026Chacun trouvera l\u2019outil qui lui convient, les possibilit\u00e9s sont multiples : approche groupale, psychodrame, atelier artistique\u2026<\/p>\n<p>En cette ann\u00e9e o\u00f9 Marseille est capitale de la Culture, citons Antonin Artaud : \u00ab je n\u2019ai jamais rien \u00e9tudi\u00e9 mais tout v\u00e9cu et cela m\u2019a apport\u00e9 quelque chose \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MARSEILLE. 11 octobre 2013.Journ\u00e9es de l&rsquo;AMPI Patrick Coupechoux Je crois que je ne vais pas vous parler de formation, tout simplement parce que ce n\u2019est pas mon domaine et que je ne suis pas comp\u00e9tent pour cela. Mais je voudrais, sur la base de mon travail de journaliste, dans le domaine de la psychiatrie, vous &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7040\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">&gt; &#8230; la question du savoir et de l\u2019h\u00e9ritage.<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-7040","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-meetings"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7040","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7040"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7040\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7040"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7040"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7040"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}