{"id":7054,"date":"2013-11-25T10:32:06","date_gmt":"2013-11-25T09:32:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7054"},"modified":"2013-11-25T10:32:06","modified_gmt":"2013-11-25T09:32:06","slug":"resistances-a-la-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7054","title":{"rendered":"&gt; RESISTANCES A LA RESISTANCE"},"content":{"rendered":"<p>RESISTANCES A LA RESISTANCE<\/p>\n<p>Les journ\u00e9es nationales de l\u2019Association Fran\u00e7aise des psychiatres priv\u00e9s ( AFPEP) ont eu lieu \u00e0 Lyon \u00e0 la fin du mois de septembre. \u00a0\u00bb R\u00e9sistances \u00a0\u00bb en f\u00fbt le th\u00e8me et nombre d\u2019intervention de grande qualit\u00e9 ont jalonn\u00e9  deux jours de travail passionnant , voire passionn\u00e9 . Nous publions ici l\u2019intervention du Dr Herv\u00e9 BOKOBZA, pr\u00e9sident d\u2019honneur de l\u2019AFPEP et membre du collectif des 39:<\/p>\n<p>Oserais-je une question pernicieuse : \u00eatre l\u00e0 parmi vous n\u2019est il pas un signe de r\u00e9sistance ?<\/p>\n<p>Intervenir aux journ\u00e9es de l\u2019AFPEP n\u2019est-ce pas me positionner ou \u00eatre positionn\u00e9 comme un r\u00e9sistant ?<\/p>\n<p>Car j\u2019ai ou\u00ef dire que cette association serait un rep\u00e8re de r\u00e9sistants. C\u2019est ce qui se dit dans les couloirs, les minist\u00e8res, parmi les adh\u00e9rents ou ceux qui n\u2019adh\u00e9rent pas, par certains universitaires.<br \/>\nEtre ici me stigmatiserait, me d\u00e9signerait : r\u00e9sistant<br \/>\nJe ne pourrais pas y \u00e9chapper<\/p>\n<p>Ceci pour pr\u00e9venir tous les intervenants et tous les participants : \u00eatre pr\u00e9sent aujourd\u2019hui est d\u00e9terminant pour la suite de vos parcours ! Mais si mais si&#8230; croyez moi !<br \/>\nAH ! Vous \u00e9tiez aux Journ\u00e9es \u00e0 Lyon en 2013 ! Oui, c\u2019est dans votre dossier ! Non, ce n\u2019est pas tr\u00e8s bon pour vous ! Parce que vous refusiez le stade 2 et qui plus est vous voudriez vous retrouver au stade1 ! Non, vous n\u2019avez pas toujours \u00e9t\u00e9 au stade 1, de toute fa\u00e7on nous n\u2019y avez plus votre place ! Et puis si cela continue on vous mettra au stade 3 ! Comme cela on sera tranquille !<\/p>\n<p>Au stade ? Quel stade ? Je n\u2019ai pas dit stade, j\u2019ai dit strate ! Quelles strates ? Ben au sein des strates de Bredzinski ?<\/p>\n<p>Je vous prie d\u2019abord d\u2019accepter cette r\u00e9p\u00e9tition chronique concernant ce cher Bredzinski qui doit \u00eatre tr\u00e8s surpris que je parle de lui si souvent; en effet je suppose que certains d\u2019entre vous doivent \u00eatre las, j\u2019entends d\u00e9j\u00e0 vos soupirs : encore lui<br \/>\nEt oui, que voulez-vous quand on tient une pareille merveille on ne la l\u00e2che plus !<\/p>\n<p>Cet ancien conseiller de Carter qui en 1995, proposa, pour assurer la domination des puissants, un cahier des charges pour la transmission des savoirs \u00e0 venir, \u00e0 m\u00eame d\u2019assurer la gouvernance de 80 % d\u2019humanit\u00e9 surnum\u00e9raire (dixit) dont l\u2019inutilit\u00e9 est programm\u00e9e : trois p\u00f4les ou strates sont alors d\u00e9finies:<\/p>\n<p>D&rsquo;abord un p\u00f4le d&rsquo;excellence: il devra \u00eatre en mesure de transmettre des savoirs sophistiqu\u00e9s et cr\u00e9atifs, ce minimum de culture et d&rsquo;esprit critique sans lequel l&rsquo;acquisition de savoirs n&rsquo;a aucun sens ni surtout aucune utilit\u00e9 v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>Pour les comp\u00e9tences moyennes, il s&rsquo;agit de d\u00e9finir des savoirs jetables, aussi jetables que les humains qui en sont les porteurs, dans la mesure o\u00f9, s&rsquo;appuyant sur des comp\u00e9tences plus routini\u00e8res et adapt\u00e9es \u00e0 un contexte technologique pr\u00e9cis, ils cessent d&rsquo;\u00eatre op\u00e9rationnels sit\u00f4t le contexte d\u00e9pass\u00e9. C&rsquo;est un savoir qui, ne faisant pas appel \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et l&rsquo;autonomie de pens\u00e9e, est \u00e0 la limite un savoir qui peut s&rsquo;apprendre seul, c&rsquo;est \u00e0 dire chez soi, sur un ordinateur et avec le didacticiel correspondant ; ce pourrait \u00eatre l&rsquo;enseignement multim\u00e9dia.<\/p>\n<p>Restent enfin les plus nombreux, les flexibles, ceux qui ne constituent pas un march\u00e9 rentable et dont l&rsquo;exclusion de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;accentuera \u00e0 mesure que d&rsquo;autres continueront \u00e0 progresser. La transmission de savoirs r\u00e9els, co\u00fbteuse et donc critique n&rsquo;offrira aucun int\u00e9r\u00eat pour le syst\u00e8me, voire pourra constituer une menace pour sa s\u00e9curit\u00e9. C&rsquo;est \u00e9videmment pour ce plus grand nombre que l&rsquo;ignorance devra \u00eatre enseign\u00e9e de toutes les fa\u00e7ons concevables.<br \/>\nEt qu\u2019il faut tout faire, qui plus est, pour cloisonner ces trois champs de savoir et de transmission<br \/>\nMoi qui croyais qu\u2019il n\u2019 y avait que les classes sociales qui se distinguaient, moi qui croyais tout b\u00eatement que la lutte des classes existait, encore et encore, voil\u00e0 que j\u2019apprends qu\u2019il existe d\u2019autres cat\u00e9gories en apparence inconciliables !<br \/>\nSauf \u00e0 oser  une interpr\u00e9tation possible : que Bredzinski propose une transmission des savoirs \u00e0 m\u00eame de maintenir les classes sociales existantes et surtout \u00e0 faire croire qu\u2019il n\u2019y plus de luttes de classes, concept d\u00e9pass\u00e9, \u00e9cul\u00e9, voire ringard, archa\u00efque<br \/>\nTout cela pour dire que la psychiatrie \u00e9tant une discipline sociale par excellence, il me parait important de rappeler rapidement le contexte dans lequel nous nous trouvons pour bien poser cette question :<br \/>\nAu nom de quoi et de qui faudrait il r\u00e9sister ?<br \/>\nA mon avis, c\u2019est au nom d\u2019une conception du fonctionnement psychique, en bref au nom d\u2019une \u00e9thique que nous pouvons \u00e9laborer nos pens\u00e9es et nos actions. J\u2019essaierai aussi de d\u00e9monter les principaux m\u00e9canismes tentant de nous expulser de cette position \u00e9thique et dans un troisi\u00e8me temps j\u2019aborderai quelques \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il nous faudrait clairement appr\u00e9hender pour \u00e9viter les pi\u00e8ges qui nous sont tendus.<\/p>\n<p>Ethique : certes ce mot est galvaud\u00e9, sur repr\u00e9sent\u00e9, voire confisqu\u00e9 ; mais nous avons le souhait de continuer \u00e0 le faire vivre, \u00e0 le cajoler, l\u2019apprivoiser,  l\u2019\u00e9couter  et nous demander quel  rapport existe  entre l\u2019\u00e9thique et l\u2019Hospitalit\u00e9, l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e9tant quand m\u00eame au c\u0153ur de l\u2019\u00e9nigme de notre choix d\u2019\u00eatre psychiatre.<br \/>\nPour Derrida, l\u2019hospitalit\u00e9 est infinie ou n\u2019est pas ; elle est accord\u00e9e \u00e0 l\u2019accueil de l\u2019intime, de l\u2019inconditionnel ; elle n\u2019est pas une r\u00e9gion de l\u2019\u00e9thique.<br \/>\nL\u2019\u00e9thique est l\u2019hospitalit\u00e9<br \/>\nMais il pr\u00e9cise que sans les lois conditionnelles de l\u2019hospitalit\u00e9, la loi inconditionnelle de l\u2019hospitalit\u00e9 risquerait d\u2019\u00eatre un v\u0153ux pieux, sans effectivit\u00e9, voire de se pervertir \u00e0 tous moments.<br \/>\nIl y aurait donc un lien, voire un impossible ou un hiatus entre la loi de l\u2019hospitalit\u00e9 universelle et ancestrale et les lois de l\u2019hospitalit\u00e9 contextuelles par essence. C\u2019est peut \u00eatre cette mise en tension entre l\u2019utopie n\u00e9cessaire et la r\u00e9alit\u00e9 qui constitue l\u2019essence m\u00eame de notre pratique en sachant que l\u2019utopie restera toujours une utopie car elle ne sera jamais r\u00e9alis\u00e9e et que cette mise ne tension demeurera toujours &#8230;en tension<br \/>\nOuvrir la porte de la salle d\u2019attente ou r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone ferait partie de l\u2018hospitalit\u00e9 universelle, de cette hospitalit\u00e9 qui serait nomm\u00e9e \u00e9thique. Mais comment accueillir l\u2019Autre ? L\u2019accueil de cet \u00e9tranger dans cet espace serait de l\u2019ordre du contextuel, dont le contenant et le contenu, dialectiquement li\u00e9s, constitueraient alors la trame<br \/>\nLe contenant c\u2019est le cadre de travail  patiemment \u00e9labor\u00e9, d\u00e9fendu et exig\u00e9 depuis plus d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, celui de la psychiatrie lib\u00e9rale conventionnelle et j\u2019insiste toujours sur le mot conventionnel.  Ce cadre s\u2019articule autour de 5 crit\u00e8res  fondamentaux in\u00e9luctablement li\u00e9s entre eux : ind\u00e9pendance professionnelle, libert\u00e9 de choix, remboursement des soins de haut niveau, reconnaissance de la valeur du CPSY, respect du secret m\u00e9dical<br \/>\nCe cadre a subi et subit des attaques permanentes et il continuera d\u2019en subir.<br \/>\nJe pense que le d\u00e9fendre maintenant, r\u00e9sister \u00e0 son d\u00e9mant\u00e8lement  aujourd\u2019hui comme hier constitue le devoir de r\u00e9sistance le plus noble et le plus \u00e9lev\u00e9 de nos associations. Il affirme dans ses principes que les patients doivent pouvoir se soigner quand ils veulent, o\u00f9 ils veulent, aupr\u00e8s de   praticiens libres de leurs actes, sans jamais oublier que le psychiatre lib\u00e9ral conventionn\u00e9 est le premier praticien dans la cit\u00e9 et que cette sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 70, comme le  d\u00e9veloppement du secteur psychiatrique, d\u2019ailleurs, a constitu\u00e9 un progr\u00e8s formidable contre le d\u00e9senclavement et l\u2019exclusion des malades mentaux. Pour cela le r\u00f4le du SNPP a \u00e9t\u00e9 et demeure fondamental.<br \/>\nCependant ce dispositif est essentiel mais non suffisant \u00e0 l\u2019exercice de la  pratique. Il faut se forger les outils conceptuels n\u00e9cessaires \u00e0 cette pratique, en quelque sorte conceptualiser le contenu.<br \/>\nCar accueillir des personnes en souffrance ne va pas de soi et repr\u00e9sente toujours un risque : l\u2019\u00e9tranger est potentiellement mena\u00e7ant, le fou d\u2019autant plus.<br \/>\nCe risque a un versant  obscur et Bruce B\u00e9gout cit\u00e9 par Jean Jacques Martin  d\u00e9clare dans son ouvrage \u00ab la d\u00e9couverte du quotidien \u00bb  \u00ab le choc de l\u2019\u00e9tranger ne revient pas simplement  pour moi \u00e0 \u00eatre expos\u00e9 \u00e0 une exp\u00e9rience d\u00e9rangeante et imp\u00e9n\u00e9trable, mais \u00e0 vivre une exp\u00e9rience qui opacifie mon propre commerce avec le monde (&#8230;)M\u00eame s\u2019il n\u2019a aucune intention hostile \u00e0 mon \u00e9gard, l\u2019\u00e9tranger parce qu\u2019il est \u00e9tranger m\u2019ali\u00e8ne, il peut me rendre \u00e9tranger \u00e0 moi m\u00eame. La r\u00e9v\u00e9lation de son identit\u00e9 diff\u00e9rente me d\u00e9voile par contre coup la diff\u00e9rence douloureuse de ma propre identit\u00e9 ; car \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ce n\u2019est pas la diff\u00e9rence qui m\u2019importune mais le fait que sa diff\u00e9rence me fait prendre conscience de ma diff\u00e9rence, celle qui se r\u00e9v\u00e8le entre moi et moi m\u00eame \u00bb l\u2019\u00e9tranger r\u00e9v\u00e8le ce que B\u00e9gout appelle l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 du familier, il sert de bouc \u00e9missaire \u00e0 notre ins\u00e9curit\u00e9 ontologique.<br \/>\nIl n\u2019y a aucune raison que les psychiatres ne soient pas aux prises avec ce penchant naturel, avec cette crainte, cette ambivalence d\u2019affects, de rejet quasi ontologique. Freud nous l\u2019avait enseign\u00e9 : le petit enfant fait une exp\u00e9rience inaugurale d\u2019ambivalence tr\u00e8s jeune quand il prend comme premier objet hostile celui qui lui est indispensable.<br \/>\nJean Jacques Martin (opus cit\u00e9) parle du syndrome de Robinson Cruso\u00e9 parlant de sa double terreur : peur que jamais personne ne vienne et peur que quelqu\u2019un vienne.<br \/>\nTout cela pour vous dire que l\u2019hospitalit\u00e9 de la folie ne va pas de soi, surtout si on la d\u00e9finit comme : venez faire du chez vous, vous qui en \u00eates plus ou moins d\u00e9pourvu, avec moi qui vais faire du chez moi avec vous<br \/>\nEn comprenant bien d\u00e8s lors que faire du \u00ab sans vous \u00bb , du sans eux me pr\u00e9serve d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 de ne plus \u00eatre tout \u00e0 fait chez moi ; ne pas prendre le risque du heurt, de l\u2019\u00e9branlement, de la menace que repr\u00e9sente toute rencontre.<br \/>\nQui plus est ce \u00ab sans eux \u00bb nous \u00e9pargne d\u2019\u00eatre \u00e9prouv\u00e9 par l\u2019ambivalence de l\u2019hospitalit\u00e9 et le hiatus entre l\u2019utopie et la r\u00e9alit\u00e9 de cette \u00e9thique de l\u2019hospitalit\u00e9<br \/>\nLe \u00ab faire sans eux \u00bb c\u2019est prendre toutes les mesures possibles pour organiser une grande exclusion dont un des symboles est  par exemple l\u2019invention d\u2019une nouvelle classe chimique de m\u00e9dicaments : les anti psychotiques<br \/>\nQui supporterait que l\u2019on dise les anti d\u00e9pressifs ?<br \/>\nOn se ne se cache plus, on est d\u00e9complex\u00e9 : on veut \u00e9radiquer les psychotiques, c\u2019est \u00e9crit dans le texte<br \/>\nComment faire sans eux, c\u2019est comment faire contre l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019ambivalence, contre la po\u00e9sie de l\u2019incertitude, contre la dette que l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re doit \u00e0 la folie !<\/p>\n<p>Depuis toujours sans doute mais surtout depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es un traitement de choc, si j\u2019ose dire , est administr\u00e9 dont l\u2019objet va \u00eatre de  \u2018faire sans eux \u00bb, c\u2018est \u00e0 dire donc \u00ab faire  sans une bonne partie de soi\u00bb : Une formidable collusion entre les int\u00e9r\u00eats du capital financier et une certaine conception de la maladie mentale a vu le jour : plus qu\u2019un mariage, c\u2019est une alliance quasi symbiotique dont il s\u2019agit, une passion raisonnable et folle \u00e0 la fois; une folie passionnelle, un acharnement pour exclure, d\u00e9nier,  rejeter la folie de la condition humaine, ou tout au moins la transformer en excroissance hideuse et honteuse .<br \/>\nPremi\u00e8re m\u00e9dication : des slogans martel\u00e9s \u00e0 souhait, comme des \u00e9vidences de langage, indiscutables et indiscut\u00e9es:<br \/>\n Ma\u00eetrise, transparence, homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 en sont les fers de  lance.<br \/>\nPas un texte, pas un d\u00e9cret, pas un enseignement, pas un protocole qui ne s\u2019appuie sur ce triptyque<br \/>\nPour r\u00e9sister il nous parait essentiel de rep\u00e9rer quelques m\u00e9canismes essentiels de cette machine de guerre : je ne ferai que les citer bri\u00e8vement :<br \/>\n&#8211;\td\u00e9 conflictualiser : pour cela on inventera les conf\u00e9rence de consensus: consensus mou par essence (comme en Politique d\u2019ailleurs), \u00e9laboration de  r\u00e9f\u00e9rences  dites ad\u00e9quates, une proc\u00e9dure que l\u2019on pourra appliquer sans risque et sans engagement personnel.<br \/>\n La question du soin aux enfants autistes en est la triste r\u00e9sultante et sans doute la premi\u00e8re avanc\u00e9e d\u2019une longue s\u00e9rie<br \/>\n&#8211; d\u00e9hi\u00e9rarchiser la juxtaposition de diff\u00e9rentes th\u00e9ories et l\u2019affirmation sans cesse r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de l\u2019origine multifactorielle des troubles est utilis\u00e9e pour apaiser les dissensions, on les \u00e9noncera de fa\u00e7on lin\u00e9aire, monocorde : g\u00e9n\u00e9tique, environnementale, psychologique, biologique etc. L\u2019\u00eatre bio psycho social nous est vendu comme la norme o\u00f9 tout serait l\u2019\u00e9gal du tout<\/p>\n<p>&#8211; Penser que la technique est neutre, alors qu\u2019elle est toujours au service d\u2019une id\u00e9ologie<\/p>\n<p>&#8211; Mettre sur le march\u00e9 les processus d\u2019\u00e9valuation : orchestr\u00e9s comme un v\u00e9ritable rituel c\u2019est la mise sur le march\u00e9 d\u2019un immense et tragique processus de colonisation mentale \u00e0 m\u00eame de nous convertir \u00e0 une nouvelle religion, \u00abcelle du faire sans eux\u00bb. La sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9valuation, qu\u2019elle prenne les visages de l\u2019accr\u00e9ditation, de la d\u00e9marche qualit\u00e9 ou autre \u00e9vidence base m\u00e9decine (EBM) est la sc\u00e8ne d\u2019une v\u00e9ritable propagande qui nous convoque tous \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une v\u00e9ritable novlangue, d\u2019un style anthropologique dont nous devrions emprunter les voies lexicales.<br \/>\nL\u2019\u00e9valuation ne croit ni aux \u00e9thiques professionnelles, ni aux r\u00e9gulations institutionnelles. Elle se m\u00e9fie de l\u2019humain. Elle ne veut qu\u2019une seule chose : nous soumettre.<br \/>\n&#8211; m\u00e9dicaliser ou socialiser le fait psychopathologique : vieux d\u00e9bat qui est d\u2019autant plus d\u2019actualit\u00e9 aujourd&rsquo;hui.<br \/>\n-d\u00e9 sp\u00e9cifier : faire de la psychiatrie une discipline m\u00e9dicale comme les autres  &#8211;<\/p>\n<p>&#8211; introduire et maintenir la peur du fou : voir le discours du plus haut repr\u00e9sentant de L\u2019Etat, \u00e0 Antony il y a pr\u00e8s de 5 ans ; reprenant en cela ce que disait Kraeplin, le p\u00e8re de la psychiatrie moderne : M\u00e9fions-nous , m\u00e9fiez-vous des fous, ils seront dangereux toute leur vie  qui h\u00e9las sera bien longue\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Cr\u00e9er un climat o\u00f9  dire le diagnostic et pronostic serait une fin en soi ! Alors que ces dires peuvent \u00eatre les \u00e9l\u00e9ments qui feront du patient un prisonnier, li\u00e9s par des chaines qui ne sont plus des chaines mais des mots. Et comme le disait d\u00e9j\u00e0 le regrett\u00e9 Andr\u00e9 Bourguignon, poser un diagnostic c\u2019est tarir deux sources de l\u2019angoisse du psychiatre : l\u2019inconnu devant la folie et de la relation au fou.<\/p>\n<p>&#8211; utiliser les d\u00e9rives de la psychanalyse pour mener une offensive de grande ampleur contre la plus extraordinaire d\u00e9couverte du 20\u00e8me si\u00e8cle concernant le fonctionnement psychique.<\/p>\n<p>Vous avez sans doute compris pourquoi je vous ai parl\u00e9 de Bredzinski et de la question de la transmission des savoirs : Il a raison car pour assurer leur domination les ma\u00eetres de l\u2019\u00e9poque post moderne (telle que d\u00e9finie par Lyottard) ont besoin pour la p\u00e9rennit\u00e9 de leur divin march\u00e9 de maintenir une domination id\u00e9ologique sans faille , de convertir la majorit\u00e9 des humains \u00e0 cette pens\u00e9e technicienne sans faille. Nous devons appartenir \u00e0 cette deuxi\u00e8me strate, bien cal\u00e9s avec notre savoir sp\u00e9cifique, cloisonn\u00e9, ferm\u00e9 et r\u00e9confortant pour le pouvoir que nous pourrions avoir sur ceux qui nous sont confi\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est une  conversion douce, en apparence d\u00e9pourvue de barbarie<br \/>\nUne conversion perverse car elle tente de nous compromettre dans le processus de notre propre exclusion.<br \/>\nUne conversion brutale car elle nous impose un chantage insupportable: ob\u00e9is et tais-toi, ob\u00e9is ou dispara\u00eet ou meurs  ( la condition marrane)<\/p>\n<p>C\u2019est une conversion \u00e0 une pens\u00e9e qui abolit le sens, (le soignant technicien est corv\u00e9able \u00e0 merci et surtout interchangeable)<\/p>\n<p>Nous savons que le combat pour la reconnaissance du caract\u00e8re humain de la folie est intemporel<br \/>\nCe qui est temporel c\u2019est la strat\u00e9gie et la tactique \u00e0 adopter en fonction du contexte socio politique, d\u2019une part et du contexte scientifique de la discipline d\u2019autre part, m\u00eame si les deux sont intriqu\u00e9s d\u2019une telle fa\u00e7on aujourd\u2019hui, qu\u2019il n\u2019est m\u00eame plus besoin de dialectique pour s\u2019y retrouver. L\u2019enseignement de la psychiatrie, le discours et la pratique universitaire, des pratiques inf\u00e9od\u00e9es \u00e0 l\u2019industrie pharmaceutique ne sont que le bras scientifique d\u2019une exigence du march\u00e9, du diktat financier sur le fonctionnement psychique, d\u2019un essai permanent d\u2019assurer, sous pr\u00e9texte d\u2019une maitrise des couts de la sant\u00e9 publique, une maitrise de la relation ,  une ma\u00eetrise du psychiatre (lutte contre son ind\u00e9pendance ), une ma\u00eetrise m\u00eame du sujet avec cette nouvelle loi qui introduit \u00e0 mon sens une v\u00e9ritable rupture \u00e9pist\u00e9mologique : les soins sans consentement en ambulatoire<\/p>\n<p>ALORS COMMENT RESISTER ?<br \/>\nLa  r\u00e9sistance  individuelle, permanente, quotidienne, est sans doute au c\u0153ur de l\u2019invention th\u00e9rapeutique, du praticien comme du patient, en cabinet ou en institution.<br \/>\nCette r\u00e9sistance au quotidien a besoin de s\u2019appuyer sur une r\u00e9sistance collective.<br \/>\nCelle-ci parait bien s\u00fbr indispensable et pourtant elle va se heurter \u00e0 d&rsquo;importantes r\u00e9ticences voir des r\u00e9sistances tenaces, en nous m\u00eames comme chez les autres.<br \/>\nje ne m\u2019\u00e9tendrais pas sur la  tendance la plus lourde, style  : \u00abtout cela ne sert \u00e0 rien\u00bb &#8211;<br \/>\nEn revanche, je voudrais insister sur deux modes de r\u00e9ticences tr\u00e8s op\u00e9ratoires et contre lesquelles nous avons \u00e0 affiner notre riposte et \u00e0 accroitre notre vigilance :<\/p>\n<p>1- combattre la nostalgie<br \/>\nNotre g\u00e9n\u00e9ration est parfois travers\u00e9e par un dire nostalgique : \u00ab c\u2019\u00e9tait mieux avant \u00bb je vous \u00e9pargnerai un commentaire sur les m\u00e9canismes psychiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ces cas si fr\u00e9quents, mais pour en parler je vais revenir sur cette conversion qui nous est impos\u00e9e et sur la question de l\u2019h\u00e9ritage.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait mieux avant c\u2019est sans doute ce que se sont dits les marranes, ceux qui furent aussi appel\u00e9s les nouveaux chr\u00e9tiens avec le maintien d\u2019une foi cach\u00e9e et de rituels \u00e0 m\u00eame de maintenir la m\u00e9moire. Cependant pour ces nouveaux chr\u00e9tiens le clivage entre l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne et l\u2019h\u00e9ritage juif pouvait conduire \u00e0 une distanciation critique, \u00e0 une remise en cause de l\u2019une et de l\u2019autre tradition.<br \/>\n Car ce que le champ religieux des \u201c nouveaux chr\u00e9tiens \u201d comporte de sp\u00e9cifique, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette tension v\u00e9cue entre les deux religions, juda\u00efsme et christianisme, avec les h\u00e9sitations qui en r\u00e9sultent. De ces complexit\u00e9s mouvantes \u00e9mergent, en d\u00e9finitive, un sens in\u00e9dit de la relativit\u00e9 des croyances (comme en t\u00e9moigne Montaigne), ainsi que l\u2019esprit critique qui pour la premi\u00e8re fois d\u00e9nie leur caract\u00e8re sacr\u00e9 aux textes bibliques, comme ose le faire Spinoza.<br \/>\nN\u2019en est il pas de m\u00eame pour notre pratique et son \u00e9volution depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es ? L\u2019expression de la folie varie \u00e0 travers les \u00e2ges  et le cadre transf\u00e9rentiel aussi; ainsi il serait utopique de penser, par exemple, que la question du diagnostic qui prend une telle ampleur ces derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019aurait pas d\u2019effet sur les m\u00e9canismes relationnels en jeux dans la rencontre th\u00e9rapeutique  et ceci quels que soient notre position ou nos dires concernant cet \u00e9nonc\u00e9 du diagnostic; Cela vient du dehors, du socius et  nous convoque \u00e0 \u00e9laborer de nouveau les conditions de notre accueil<br \/>\nDevant cette tentative de conversion, un immense pi\u00e8ge nous est tendu : pour nous prot\u00e9ger nous pourrions \u00eatre tent\u00e9s de d\u00e9fendre avec acharnement  notre territoire, repli\u00e9s, narcissiques , nostalgiques et disons le tout net d\u00e9faits d\u2019avance; gardons encore cette position marrane en ligne de mire : Celle qui bricole avec l\u2019 exigence publique (on est bien oblig\u00e9 de pr\u00e9parer dans une institution les visites de nos chers accr\u00e9diteurs) tout en pr\u00e9servant \u00abnotre religion priv\u00e9e\u00bb, en sachant que ce bricolage d\u00e9bouchera sur une nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00eatre ou de travailler.<br \/>\n Qui plus est, on trouve dans le marranisme, un glissement tr\u00e8s significatif de la notion classique de conversion vers la notion beaucoup plus ouverte et ind\u00e9pendante de conversation intime entre des univers spirituels et des imaginaires ennemis, ou pour le moins \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n Ne devons-nous pas garder en m\u00e9moire cette formidable le\u00e7on d\u2019histoire pour mieux r\u00e9sister?<br \/>\nAbord\u00e9 sous un autre angle Derrida nous dit quelque chose d\u2019\u00e9quivalent : \u00abje me sens h\u00e9ritier , fid\u00e8le autant que possible \u00bb  et il ajoute : \u00ab la meilleure fa\u00e7on d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 un h\u00e9ritage est de lui \u00eatre infid\u00e8le \u00bb<br \/>\nIl s\u2019agit ainsi de ne pas le recevoir \u00e0 la lettre comme une totalit\u00e9 mais plut\u00f4t de le prendre en d\u00e9faut, d\u2019en saisir le moment dogmatique, pour rester inventif, cr\u00e9atif.<br \/>\nEn fait quitter les dogmes pour pouvoir \u00e9laborer des doctrines,  c\u2019est faire usage de ce savoir d\u2019excellence dont nous parle ce cher Bredzinski<\/p>\n<p>2- Mettre en garde ceux qui, parmi nous, identifient comme extr\u00eame, ou extr\u00e9miste la radicalit\u00e9 parfois n\u00e9cessaire du discours : les extr\u00eames seraient insupportables, assimil\u00e9s les uns aux autres<br \/>\nUn petit point d\u2019histoire appara\u00eet indispensable : le 20\u00e8me si\u00e8cle a  \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 par deux \u00e9v\u00e9nements effroyables : le stalinisme et le nazisme<br \/>\nCertains ont \u00e9lev\u00e9 le discours de sym\u00e9trisation entre nazisme et stalinisme au rang d\u2019un combat contre toutes les formes d\u2019oppression.<br \/>\nOr il me semble qu\u2019il ne faut pas c\u00e9der \u00e0 la sym\u00e9trisation , non pas que le stalinisme soit moins ou plus grave que le nazisme mais parce qu\u2019il est imp\u00e9ratif de tenir compte du fait que le goulag, le stalinisme est une corruption, une confiscation \u00e9hont\u00e9e de l\u2019id\u00e9al de justice que porte le communisme tandis  que dans le projet nazi , tout \u00e9tait dit; le pire \u00e9tait dans le projet m\u00eame; la dissym\u00e9trie n\u2019est donc pas dans les faits mais dans les id\u00e9aux, les projets; Les victimes du goulag , avant d\u2019\u00eatre des victimes , furent des r\u00e9sistants f\u00e9roces \u00e0 la mise en place de cette bureaucratisation barbare \u00e0 m\u00eame de trahir les actions, acquis et r\u00eaves de la r\u00e9volution; ils furent d\u00e9faits, liquid\u00e9s, assassin\u00e9s,; le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre eux f\u00fbt poursuivi jusqu\u2019au Mexique, l\u00e2chement assassin\u00e9 tant sa seule pr\u00e9sence repr\u00e9sentait un danger pour les bourreaux de l\u2019id\u00e9al communiste gardons bien cela en t\u00eate pour ne pas alors sombrer dans le discours sur les extr\u00eames que l\u2019on renverrait dos \u00e0 dos; et qui nous priverait de la possibilit\u00e9 de tenir un discours radical quand cela est n\u00e9cessaire sans se faire accuser d\u2019extr\u00e9misme.<\/p>\n<p>Car les exc\u00e8s, ou ce qui peut apparaitre comme tel, sont parfois n\u00e9cessaires, ce sont souvent des sympt\u00f4mes \u00e0 respecter pour sortir d\u2019un carcan o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019immobilisme et l\u2019indiff\u00e9rence! Dans les ann\u00e9es 70, combien de psychiatres de toutes ob\u00e9diences affirmaient que le combat contre l\u2019utilisation de la psychiatrie \u00e0 de fins politiques \u00e9tait un combat extr\u00e9miste, qu\u2019il valait mieux balayer devant sa porte. D\u2019ailleurs \u00e0 Honolulu l\u2019association mondiale de psychiatrie regarda le psychiatres fran\u00e7ais repr\u00e9sent\u00e9s par G\u00e9rard Bles et Jean Ayme comme de dangereux extr\u00e9mistes car tout simplement ils posaient avec le comit\u00e9 Fran\u00e7ais contre l\u2019utilisation de la psychiatrie \u00e0 des fins politique les questions  \u00e9thiques et politiques \u00e0 un niveau peut \u00eatre jamais atteint et dans ses attendus et dans son action permanente, tenace, in\u00e9branlable. La lib\u00e9ration du math\u00e9maticien Leonid Plioutch, diagnostiqu\u00e9 schizophr\u00e8ne torpide (invention diagnostique!!) fut un immense succ\u00e8s : Jean Ayme qui m\u2019accueillit comme externe me disait : \u00eatre psychiatre c\u2019est \u00eatre militant et G\u00e9rard Bles qui m\u2019accueillit comme jeune psychiatre \u00e0 L\u2019AFPEP  dans les ann\u00e9e 1980 \u00e9labora avec d\u2019autres notre charte de la psychiatrie, celle de l\u2019AFPEP qui n\u2019a pas pris une ride,.<br \/>\nPr\u00e8s de 40 ans apr\u00e8s, j\u2019ai initi\u00e9 il y a pr\u00e8s de 5 ans maintenant une r\u00e9union de soignants qui refusaient d\u2019accepter que la discours du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur la dangerosit\u00e9 du fou devienne une \u00e9vidence indiscutable.<\/p>\n<p>Les 39 sont n\u00e9s, extr\u00eames et extr\u00e9mistes pour certains, mais surtout extr\u00eamement surpris de r\u00e9unir pr\u00e8s de 2000 personnes dans un meeting pr\u00e9par\u00e9 en moins de trois semaines. Meeting qui fut \u00e0 l\u2018\u00e9vidence l\u2019acte le plus accompli de la r\u00e9sistance collective et unitaire en psychiatrie depuis longtemps<br \/>\n30 ans apr\u00e8s la r\u00e9daction de la charte de la psychiatrie, il s\u2019agit du m\u00eame combat : celui tout simplement de la dignit\u00e9, vous savez celui dont Kant dit : \u00ab tout a un prix ou une dignit\u00e9. Ce qui a un prix peut \u00eatre aussi bien remplac\u00e9 par quelque chose d&rsquo;autre, \u00e0 titre d&rsquo;\u00e9quivalent ; au contraire, ce qui est sup\u00e9rieur \u00e0 tout prix, ce qui par suite n&rsquo;admet pas d&rsquo;\u00e9quivalent, c&rsquo;est ce qui a une dignit\u00e9. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 5 ans apr\u00e8s, notre axe de r\u00e9flexion et d\u2019action  se maintient : celui de conditions mat\u00e9rielles de l\u2019\u00e9thique celles que Derrida appelait donc les lois de l&rsquo;hospitalit\u00e9 celles qui permettent que nous puissions vivre en tentant de se rapprocher, voire d\u2019entre apercevoir cette impossible  de cette hospitalit\u00e9 universelle  Le combat \u00e9thique nous fait ressentir, approcher, appr\u00e9hender combien il ne peut y avoir de compromis  et combien ce soucis nous renvoie \u00e0 la radicalit\u00e9 d\u2019une position \u00e0 tenir et \u00e0 soutenir.<\/p>\n<p>C\u2019est cela qui r\u00e9ussit \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer et \u00e0 r\u00e9unir des soignants de diff\u00e9rents bords, toutes professions confondues ; il est ind\u00e9niable que les collectifs qui se multiplient dans tous les domaines du champ social ont pour objet de briser les isolements\/ou les divisions syndicales; ils permettent \u00e0 de nombreux citoyens de se r\u00e9 approprier un espace du dire et de l\u2019agir, \u00e0 r\u00e9 inventer de nouvelles formes de r\u00e9flexion et d\u2019action.   Comme des \u00eelots de r\u00e9sistance d\u00e9mocratique dans un oc\u00e9an de mensonges, de trahison et de capitulation<br \/>\nAussi l\u2019existence des 39 fait-elle des vagues, la mer est agit\u00e9e, elle est cependant vivifiante bien que nous soyons fatigu\u00e9s par ce voyage dont nous ne connaissions pas le point d\u2019arriv\u00e9e, ni la route, ni l\u2019\u00e9quipage, ni m\u00eame le bateau ; mais il nous a sembl\u00e9 qu\u2019il nous fallait partir pour se lancer dans cette formidable travers\u00e9e.<\/p>\n<p>Ces deux points rapidement \u00e9voqu\u00e9s, parmi d\u2019autres, allient complexit\u00e9 et radicalit\u00e9, que je consid\u00e8re comme in\u00e9luctablement li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle<\/p>\n<p>&#8211;R\u00e9sister collectivement nous demande une intervention \u00e0 deux niveaux :<\/p>\n<p>&#8211; contre la machine ultra lib\u00e9rale  et son relais gouvernemental avec ses attendus destructeurs et ses effets ravageurs sur l\u2019existence m\u00eame de l\u2019humain,<\/p>\n<p>&#8211; contre nos chers coll\u00e8gues , notamment nombre d\u2019universitaires qui \u00e9pousent , \u00e0 leur insu ou de leur plein gr\u00e9, ce discours \u00e9minemment r\u00e9ducteur; en soutenant un discours d\u2019imposture : car il s\u2019agit bien l\u00e0 de falsification et  de mensonge, quand on se dit psychiatre et que l\u2019on ose affirmer au d\u00e9but du 21\u00e8me si\u00e8cle,  que par exemple soigner revient  principalement \u00e0 faire et  \u00e0 \u00e9noncer un diagnostic, que le  psychisme et le cerveau c\u2019est du pareil au m\u00eame, que l\u2019inconscient on s\u2019en fout, que tel patient devra prendre des m\u00e9dicaments \u00e0 vie, que la d\u00e9pression a comme unique origine des dysfonctionnements biologiques ou g\u00e9n\u00e9tiques etc. Nous ne pouvons plus nous taire devant cette pr\u00e9varication organis\u00e9e, puissante, qui re\u00e7oit l\u2019aval du prestige, du pouvoir et de la manne financi\u00e8re : nous ne pouvons plus accepter la d\u00e9capitation clinique de l\u2019abord du sujet ( Pierre Sadoul) car alors nous serions les complices de se \u00abfaire sans eux \u00bb , propre \u00e0 organiser la nouvelle exclusion des temps post modernes<\/p>\n<p>En conclusion : \u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle que j\u2019ai d\u00e9sign\u00e9e par ailleurs comme celle des trois P : Preuve, peur et pr\u00e9diction,  \u00e9l\u00e9ments constitutifs du discours dominant, opposons l\u2019\u00e9thique qui est l\u2019hospitalit\u00e9 et qui en psychiatrie peut s\u2019\u00e9noncer ainsi : \u00e9thique du doute, de l\u2019engagement, du risque, ces trois termes \u00e9tant dialectiquement li\u00e9s<br \/>\nCelle qui nous permet de combattre tous les r\u00e9ductionnistes, celle qui nous permet de nous d\u00e9gager du face \u00e0 face morbide et mortif\u00e8re que Patrice Charbit nous avait pr\u00e9sent\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re : ce fameux balancier entre l\u2019organique et le psychique<br \/>\nAlors peut \u00eatre qu\u2019au del\u00e0 des  notions de complexit\u00e9 et de radicalit\u00e9, la question du paradoxe pourrait nous permettre de nouvelles ouvertures. Ce sera sans doute l\u2019objet d\u2019un prochain travail<br \/>\nMais \u00e9coutons Thomas Szasz : \u00ab Si vous croyez \u00eatre j\u00e9sus, ou si vous croyez avoir d\u00e9couvert un rem\u00e8de contre le cancer ( et que ce n\u2019est pas vrai) ou que vous croyez que vous \u00eates pers\u00e9cut\u00e9s pas les communistes et que ce n\u2019est pas vrai, alors il est probable que vos croyances seront interpr\u00e9t\u00e9es comme des sympt\u00f4mes schizophr\u00e9niques. Mais si vous croyez que le  peuple juif est le peuple \u00e9lu, que J\u00e9sus est le fils de Dieu ou que le syst\u00e8me communiste est le seul syst\u00e8me scientifique moralement juste alors on interpr\u00e9tera cela en rapport avec ce que vous \u00eates : juif, chr\u00e9tien ou communiste<br \/>\nC\u2019est pourquoi je pense que nous ne d\u00e9couvrirons les causes chimiques de la schizophr\u00e9nie que lorsque nous d\u00e9couvrirons les causes chimiques du juda\u00efsme, de la chr\u00e9tient\u00e9 ou du communisme; ni avant ni apr\u00e8s \u00bb<\/p>\n<p> Je pense que le combat pour l\u2019hospitalit\u00e9 de la folie est au c\u0153ur de notre praxis ; aujourd\u2019hui comme hier ou demain. Le sens de ce combat est clair : \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de nos patients, \u00eatre avec eux, faire avec eux.<br \/>\nCe combat ne sera jamais victorieux car toujours en devenir, qu\u2019il n\u2019aboutira jamais car il est impossible d\u2019offrir l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 la folie, on ne peut que tendre vers comme pour la d\u00e9mocratie ou pour la la\u00efcit\u00e9.<br \/>\n.<br \/>\nDr Herv\u00e9 Bokobza<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RESISTANCES A LA RESISTANCE Les journ\u00e9es nationales de l\u2019Association Fran\u00e7aise des psychiatres priv\u00e9s ( AFPEP) ont eu lieu \u00e0 Lyon \u00e0 la fin du mois de septembre. \u00a0\u00bb R\u00e9sistances \u00a0\u00bb en f\u00fbt le th\u00e8me et nombre d\u2019intervention de grande qualit\u00e9 ont jalonn\u00e9 deux jours de travail passionnant , voire passionn\u00e9 . 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