{"id":7097,"date":"2014-01-07T14:07:22","date_gmt":"2014-01-07T13:07:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7097"},"modified":"2014-01-07T14:07:22","modified_gmt":"2014-01-07T13:07:22","slug":"democratie-sanitaire-en-psychiatrie-soigner-dabord-la-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7097","title":{"rendered":"&gt; D\u00e9mocratie sanitaire en psychiatrie : soigner d&#039;abord la d\u00e9mocratie ?"},"content":{"rendered":"<p>COMMUNIQUE DE PRESSE<br \/>\nconcernant le<br \/>\nRapport de la Mission d&rsquo;information sur la sant\u00e9 mentale et l&rsquo;avenir de la psychiatrie 1  (MISMAP)<\/p>\n<p>D\u00e9mocratie sanitaire en psychiatrie : soigner d&rsquo;abord la d\u00e9mocratie ?<\/p>\n<p>Le 8 janvier prochain, le rapport de la MISMAP sera pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la sant\u00e9. Fruit d&rsquo;une large consultation de l&rsquo;ensemble des acteurs de la psychiatrie, le rapport Robiliard \u00e9labore trente propositions pour tenter de trouver un consensus au sein du champ psychiatrique, certaines avanc\u00e9es existent.<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence des rapports pr\u00e9c\u00e9dents 2 , celui de la MISMAP r\u00e9affirme la place du secteur psychiatrique comme \u00e9tant l&rsquo;organisation la plus pertinente sur le plan clinique et en termes de maillage du territoire et d&rsquo;acc\u00e8s aux soins 3. Que le service public soit \u00e0 la disposition de tous et que son acc\u00e8s soit facilit\u00e9 n\u00e9cessite des professionnels correctement form\u00e9s, des moyens humains et financiers n\u00e9cessaires afin que son r\u00f4le ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un traitement normatif de la population  centr\u00e9es sur des approches r\u00e9ductrices des probl\u00e9matiques psychiques. Ce qui s&rsquo;illustre, depuis dix ans, par un certains parti pris concernant la clinique et la recherche qui tend \u00e0 consid\u00e9rer les pathologies psychiatriques comme des pathologies c\u00e9r\u00e9brales plus proches des pathologies neurologiques que des probl\u00e9matiques psychiques 4 .<\/p>\n<p>Co-organis\u00e9es par le collectif des 39 et les CEMEA, les Assises pour l&rsquo;Hospitalit\u00e9 en psychiatrie et dans le m\u00e9dico-social se sont tenues \u00e0 Villejuif les 31 mai et 1er juin dernier. Elles ont r\u00e9uni un millier de personnes et plusieurs axes se sont d\u00e9gag\u00e9s. Tout d&rsquo;abord, pour le soin et l&rsquo;accompagnement, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une articulation entre le sanitaire, le social et le m\u00e9dico-social \u00e9tait partag\u00e9e par tous. Cependant, cette articulation doit d&rsquo;abord se fonder au niveau local en s&rsquo;appuyant sur la clinique et non sur une n\u00e9cessit\u00e9 gestionnaire exclusive visant \u00e0 rationaliser l&rsquo;offre des soins 5.<\/p>\n<p>Ce qui invite \u00e0 nuancer la promotion des conseils locaux de sant\u00e9 mentale (CLSM). Si leur usage peut permettre que les personnes et les institutions se rencontrent pour \u00e9changer et \u00e9laborer ensemble l&rsquo;accueil et la prise en charge des personnes en souffrance psychique dans la cit\u00e9, ils peuvent \u00e9galement \u00eatre des outils de normalisation, tant des pratiques que des personnes. Les conseils locaux de sant\u00e9 mentale ne sont pas une fin en soi. Cet outil de \u00ab la d\u00e9mocratie sanitaire \u00bb avec sa m\u00e9thode pr\u00e9d\u00e9finie par avance ne peut \u00e0 lui seul instaurer une dynamique de travail 6 . Sur le terrain, si la participation de l&rsquo;ensemble des personnes concern\u00e9es est n\u00e9cessaire 7 -usagers, professionnels, familles, politiques-, il faut \u00e9galement permettre les initiatives d&rsquo;organisation \u00e9chappant au cadre fix\u00e9, et parfois lourd, du conseil local de sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Point central lors des Assises, la question des pratiques avaient \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion d&rsquo;un terrible constat sur leurs \u00e9volutions s\u00e9curitaires et protocolis\u00e9es qui s&rsquo;effectuent au d\u00e9triment de la relation humaine et souvent en d\u00e9pit du bon sens. L&rsquo;ensemble des participants, qu&rsquo;ils fussent usagers, familles,  professionnels et citoyens, t\u00e9moignaient de nombreuses d\u00e9rives dans les services qui n&rsquo;\u00e9taient m\u00eame plus per\u00e7ues comme telles. Nous confirmons le recours accrus aux moyens de contraintes, avec les infractions aux libert\u00e9s fondamentales exig\u00e9es par une d\u00e9mocratie 8 . Pour autant, \u00e0 l&rsquo;instar des protocoles de mises en chambre d&rsquo;isolement et de contentions physiques, nous ne pensons pas que la mise en place d&rsquo;un registre consignant ces pratiques suffisent \u00e0 les limiter voire \u00e0 les abolir. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t de repenser le soin psychique, la formation, la recherche et les moyens \u00e0 l&rsquo;aune de ce qu&rsquo;il se passe concr\u00e8tement sur le terrain.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les participants des Assises t\u00e9moignaient des possibilit\u00e9s d&rsquo;inventivit\u00e9 sur le terrain, de cr\u00e9ativit\u00e9 dans l&rsquo;organisation locale et dans les mod\u00e8les de soins, ce qui va souvent \u00e0 rebours du formatage des pratiques telles qu&rsquo;envisag\u00e9es par les tutelles. Constat avait \u00e9t\u00e9 fait que les services travaillant avec les outils de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, de la psychanalyse et du d\u00e9sali\u00e9nisme avaient des pratiques du soin psychique se fondant sur le respect des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques fondamentales. En ce sens, le recours aux recommandations de la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) est probl\u00e9matique et pr\u00e9sente de nombreuses limites dans le champ psychiatrique :  ce sont ces m\u00eames pratiques qui se trouvent d\u00e9savou\u00e9es dans certaines recommandations par cette instance de normalisation.<\/p>\n<p>Concernant la sursp\u00e9cialisation du champ psychiatrique, telle qu&rsquo;elle est recommand\u00e9e dans le rapport 9, force est de constater qu&rsquo;elle est une des causes du morcellement des prises en charge. Sous couvert d&rsquo;une expertise plus grande, la parcellisation des soins est accrue. Plut\u00f4t que de soutenir la mise en place d&rsquo;\u00e9quipes mobiles aux objectifs toujours plus larges (pr\u00e9carit\u00e9, g\u00e9ronto-psychiatrie, addictologie&#8230;), il serait plus aviser de soutenir les interventions g\u00e9n\u00e9ralistes et globales centr\u00e9es sur la personnes et non sur des troubles ou sur des probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le, qu&rsquo;encouragent les centres de r\u00e9f\u00e9rences par pathologies, n&rsquo;est pas fond\u00e9 en psychiatrie, d&rsquo;autant plus que de tels centres n&rsquo;assurent jamais le suivi dans l&rsquo;urgence puis au long cours, une fois leurs recommandations \u00e9tablies. De plus, un tel mod\u00e8le d&rsquo;organisation des soins se fonde sur l&rsquo;assimilation de la psychiatrie \u00e0 une sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale comme les autres, ce qui concoure \u00e0 des erreurs quant \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie, du soin psychique, de l&rsquo;accompagnement dans le temps et du travail \u00e0 partir du milieu de vie des personnes et de leurs proches.<\/p>\n<p>S&rsquo;il est opportun de lutter pour le droit au logement et la signature de convention avec les bailleurs, avoir un toit ne suffit pas \u00e0 soigner et prendre soin. Le recours au \u00ab housing first \u00bb 10 est une vitrine qui ne doit pas se substituer \u00e0 une approche th\u00e9rapeutique pr\u00e9alable, dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Par ailleurs, que le rapport se penche sur des populations souvent oubli\u00e9es et toujours marginalis\u00e9es comme les d\u00e9tenus est une bonne orientation. (propositions 21,22,23,24).<\/p>\n<p>Pour les professionnels, nous tenons \u00e0 saluer  le rappel qui est fait concernant l&rsquo;importance du r\u00f4le des psychologues cliniciens dans la pratique quotidienne 11  alors qu&rsquo;ils constituent sur le terrain les premi\u00e8res variables d&rsquo;ajustement dans le budget des h\u00f4pitaux. La r\u00e9articulation des comp\u00e9tences des professionnels ne doit pas rimer avec d\u00e9gradation de soins de qualit\u00e9 et avec l&rsquo;acceptation du cadre construit et accept\u00e9 de la p\u00e9nurie des professionnels (psychiatres comme infirmiers). Une volont\u00e9 politique est ici n\u00e9cessaire. Dans cette perspective, la formation initiale des diff\u00e9rents professionnels se doit d&rsquo;\u00eatre ambitieuse et prenant la personne souffrante dans sa globalit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 les mod\u00e8les de formation par comp\u00e9tence, tels que promus actuellement, tendent \u00e0 la segmenter.<\/p>\n<p>Pour la formation continue, la r\u00e9forme sur le d\u00e9veloppement professionnel continu (DPC) n&rsquo;est pas abord\u00e9e alors qu&rsquo;elle nous semble l&rsquo;un des enjeux centraux concernant la normalisation du champ psychiatrique. La sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie est celle du travail collectif d\u2019une \u00e9quipe pluridisciplinaire dans la dur\u00e9e. C\u2019est le partage des approches et l\u2019inventivit\u00e9 des r\u00e9ponses qui priment dans l\u2019ad\u00e9quation des soins. La formation permanente est un lieu indispensable de la prise en consid\u00e9ration des patients dans le respect de leur souffrance et elle a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente depuis l\u2019origine de la psychiatrie de secteur.  La seule condition de sens de cet espace, c\u2019est qu\u2019il demeure un lieu de recherche et d\u2019\u00e9laboration, ce que ne garantit en aucune fa\u00e7on le DPC.<\/p>\n<p>En conclusion, si ce rapport pr\u00e9sente des avanc\u00e9es dans l&rsquo;attention du politiques aux affaires psychiatriques, ce travail devrait se poursuivre pour qu&rsquo;une loi de sant\u00e9 mentale, \u00e0 d\u00e9faut un volet sp\u00e9cifique dans une loi de sant\u00e9 publique, soit le reflet des exigences r\u00e9elles du terrain.<\/p>\n<p>Enfin, concernant la d\u00e9claration relative \u00e0 l&rsquo;inertie pr\u00e9sente dans le champ de la psychiatrie, elle n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage des seuls professionnels et m\u00e9rite une volont\u00e9 politique puissante qui ne s&rsquo;appuierait pas uniquement sur la s\u00e9gr\u00e9gation &#8211; comme l&rsquo;a fait le pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement &#8211; ou des logiques gestionnaires exclusives telles qu&rsquo;elles sont mises en place depuis la fin des ann\u00e9es 1990. Un signe de cette volont\u00e9 politique pourrait \u00eatre, par exemple, la cr\u00e9ation de places dans des structures de soins et d&rsquo;accompagnement en France afin de cesser la d\u00e9localisation de milliers d&rsquo;usagers, enfants et adultes, en Belgique .<\/p>\n<p> 1- http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/14\/pdf\/rap-info\/i1662.pdf<br \/>\n 2- Notamment le rapport Couty et le rapport de l&rsquo;OPEPS qui pr\u00e9voyait l&rsquo;organisation de la psychiatrie en trois niveaux et confortait l&rsquo;hospitalo-centrisme<br \/>\n 3- Propositions 1,2,3,4,6,7,8,9,13<br \/>\n 4- Propositions 27,28<br \/>\n 5- Proposition 7,8<br \/>\n 6- Propositions  16,17,18<br \/>\n 7- Proposition 19,20<br \/>\n 8- Propositions 14,15,16<br \/>\n 9- Proposition 12<br \/>\n 10- Proposition 11<br \/>\n 11- Proposition 25<\/p>\n<p>www.collectifpsychiatrie.fr<\/p>\n<p>Contact presse : mathieu.bell@gmail.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COMMUNIQUE DE PRESSE concernant le Rapport de la Mission d&rsquo;information sur la sant\u00e9 mentale et l&rsquo;avenir de la psychiatrie 1 (MISMAP) D\u00e9mocratie sanitaire en psychiatrie : soigner d&rsquo;abord la d\u00e9mocratie ? 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