{"id":7149,"date":"2014-02-25T17:47:47","date_gmt":"2014-02-25T16:47:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7149"},"modified":"2014-02-25T17:47:47","modified_gmt":"2014-02-25T16:47:47","slug":"manifeste-du-groupe-le-fil-conducteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7149","title":{"rendered":"&gt; Manifeste du groupe Le Fil conducteur"},"content":{"rendered":"<p>Manifeste du groupe Le Fil conducteur<br \/>\nPour une refondation de la psychiatrie et de l\u2019accueil de la folie dans notre soci\u00e9t\u00e9 dans la perspective de la loi de la Sant\u00e9 publique, pour une psychiatrie humaine.<\/p>\n<p>Le \u00ab Fil conducteur \u00bb est un espace de parole \u00e9manant de l\u2019atelier Familles des Assises citoyennes pour l&rsquo;hospitalit\u00e9 en psychiatrie et dans le m\u00e9dico-social, qui ont eu lieu les 31 mai et 1er juin dernier, organis\u00e9es par le Collectif des 39. Cet espace r\u00e9unit des parents ou familles de jeunes adultes hospitalis\u00e9s en psychiatrie, des patients et des soignants, tous concern\u00e9s par la place des familles dans l&rsquo;accompagnement et la prise en charge de la personne malade.<\/p>\n<p>Le Fil conducteur est un groupe de r\u00e9flexion qui a pour objectif d\u2019\u00e9laborer des propositions \u00e0 faire valoir aupr\u00e8s des responsables de la Sant\u00e9. Rassembl\u00e9s et unis par une exp\u00e9rience douloureuse bas\u00e9e sur un v\u00e9cu semblable, tous ont la volont\u00e9 de faire bouger et changer des dysfonctionnements criants et insupportables. Inventer ensemble autour des questions de l\u2019accompagnement, de l\u2019accueil, du soin, du suivi. Familles, patients, soignants, avec cependant des positions diff\u00e9rentes, nous tenons \u00e0 faire \u0153uvre  commune pour formuler ce que nous entendons par \u00ab soins en psychiatrie \u00bb.<\/p>\n<p>Actuellement, les parcours dits \u00ab de soins \u00bb se r\u00e9v\u00e8lent inorganis\u00e9s la plupart du temps, voire anarchiques, et repr\u00e9sentent un v\u00e9ritable parcours du combattant pour les familles.<\/p>\n<p>Pour cela, et pour un renouveau de la psychiatrie de secteur et de l\u2019accueil de la folie dans notre soci\u00e9t\u00e9 dans la perspective de la loi de Sant\u00e9 publique, nous, Fil conducteur, demandons :<\/p>\n<p>Concernant les familles<\/p>\n<p>&#8211;\tL\u2019accueil des familles (parents, fr\u00e8res et soeurs, enfants\u2026), lorsqu\u2019un membre de la famille fait l\u2019objet d\u2019une premi\u00e8re hospitalisation, afin d\u2019expliquer la maladie, ses cons\u00e9quences possibles. C\u2019est un moment crucial pour le groupe familial, qui est en plein d\u00e9sarroi et en grande souffrance.<\/p>\n<p>&#8211;\tUne reconnaissance du \u00ab savoir familial \u00bb (des parents et de la fratrie) par les soignants : la famille a une \u00ab connaissance affective \u00bb du patient, qui n\u2019est pas un \u00ab savoir m\u00e9dical \u00bb. Ce savoir et cette connaissance ont une valeur qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre reconnue.<br \/>\nLes parents connaissent l\u2019histoire du patient depuis sa naissance, et souvent il appara\u00eet qu\u2019ils font office de \u00ab radars \u00bb. Il faut donc savoir utiliser cette connaissance, sans la nier ou la consid\u00e9rer comme superflue, voire toxique. Cette connaissance peut et doit \u00eatre associ\u00e9e au soin.<\/p>\n<p>&#8211;\tLa prise en compte de la parole d&rsquo;une famille lorsque celle-ci lance une alerte pour une situation de crise.<\/p>\n<p>&#8211;\tDes entretiens de l\u2019\u00e9quipe soignante avec la famille seule, sans le patient, et ce dans l\u2019objectif d\u2019une explication vraie de la situation, lorsque celle-ci n\u2019offre pas d\u2019am\u00e9lioration ; et une d\u00e9dramatisation et une meilleure communication de la famille avec le patient.<\/p>\n<p>&#8211;\tLa reconnaissance des limites de la famille dans ses capacit\u00e9s d&rsquo;hospitalit\u00e9 d\u2019une personne malade.<\/p>\n<p>Concernant  les malades<\/p>\n<p>&#8211; Supprimer le passage obligatoire par le service des urgences lorsqu\u2019un malade est en crise, et l\u2019int\u00e9grer directement dans le service o\u00f9 il est suivi habituellement. Passer par les urgences est non seulement inutile et une perte de temps, mais une source de perturbation suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>&#8211; Lorsqu\u2019un patient est emmen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital par la police ou les pompiers et qu\u2019il est suivi habituellement dans un h\u00f4pital, l\u2019emmener directement dans cet h\u00f4pital, sans ob\u00e9ir \u00e0 des contraintes administratives d\u2019un secteur qui feraient que le malade serait dirig\u00e9 vers deux, voire trois services successifs, comme cela arrive couramment.<\/p>\n<p>&#8211; Une v\u00e9ritable coordination du  suivi   par un seul m\u00e9decin ou une seule \u00e9quipe d\u2019un patient. On pourrait imaginer un \u00ab m\u00e9decin r\u00e9f\u00e9rent \u00bb ou \u00ab coordinateur \u00bb, qui assurerait la continuit\u00e9 des soins et la coordination entre les diff\u00e9rents intervenants successifs dans le soin,  et ce dans toutes les structures accompagnant le patient, quelles que soient ces structures : h\u00f4pitaux de jour, foyers de nuit, CMP (Centre m\u00e9dico-psychologique)\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Suffisamment de structures type CMP pour r\u00e9pondre aux besoins de la population qu\u2019ils desservent. Avec la possibilit\u00e9 de r\u00e9pondre rapidement \u00e0 une demande d\u2019aide ou de soutien provenant d\u2019un patient ou de la famille (les familles n\u2019\u00e9tant pas l\u00e0 pour pallier les manques des structures de soins : ce n\u2019est pas leur r\u00f4le).<br \/>\nDes \u00e9quipes de CMP constitu\u00e9es de soignants form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9coute, capables de soutenir et de dialoguer avec les familles, et pouvant accompagner les malades dans leur \u00ab vie dans la cit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Une plus large ouverture des CMP, tant en horaires qu\u2019en jours, et une permanence t\u00e9l\u00e9phonique 24 heures sur 24.<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019organisation de d\u00e9placements, en cas d\u2019urgence, d\u2019une \u00e9quipe de CMP, afin que le patient, d\u00e9j\u00e0 dans une souffrance exacerb\u00e9e, soit mis en \u00e9tat de confiance et imm\u00e9diatement pris dans une structure de soins.<\/p>\n<p>&#8211; Un \u00e9change et une communication, lorsque le malade vit hors h\u00f4pital, entre le CMP et la famille, afin d\u2019assurer un suivi et une attention communs et coh\u00e9rents.<\/p>\n<p>Concernant les professionnels<\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9vision \u00e0 la hausse du numerus clausus de la sp\u00e9cialisation en psychiatrie.<\/p>\n<p>&#8211; Le r\u00e9tablissement d\u2019une formation d\u2019 \u00ab infirmiers psychiatriques \u00bb (formation qui avait \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e en 1992). Les infirmiers ont un r\u00f4le \u00ab pivot \u00bb dans le soin, et souvent ceux qui sont en poste actuellement ne savent m\u00eame pas ce que le terme \u00ab psychose \u00bb signifie au niveau clinique.<\/p>\n<p>&#8211; Bonne gestion budg\u00e9taire ne veut pas dire moyens r\u00e9duits et rapidit\u00e9 d\u2019action menant \u00e0 la contention, solution facile et rapide. Cela  induit des co\u00fbts en souffrance qui, eux, ne sont pas chiffr\u00e9s \u2013ni chiffrables. Ce n\u2019est pas du soin.<\/p>\n<p>&#8211; Une augmentation  du  nombre de logements th\u00e9rapeutiques ou de solutions de logements dans la cit\u00e9, afin de r\u00e9pondre aux besoins r\u00e9els des patients.<\/p>\n<p>&#8211; La cr\u00e9ation de lieux d\u2019accueil et de soins au long cours pour les personnes souffrant de troubles psychiques importants, pendant la p\u00e9riode o\u00f9 ils n\u2019auraient leur place ni \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ni dans des logements th\u00e9rapeutiques.<br \/>\nCes espaces seraient des lieux dans lesquels des \u00e9quipes soignantes pourraient travailler sur le long terme, et prodiguer une attention r\u00e9elle et humaine aux patients en grande souffrance, \u00e0 l\u2019instar des institutions existantes qui pratiquent la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Les personnes en grande souffrance pourraient ainsi s\u2019y reconstruire, le temps n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale<\/p>\n<p>&#8211; Une r\u00e9flexion sur ce qu\u2019est la souffrance psychique.<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019emploi du terme \u00ab usagers \u00bb, qui est inadapt\u00e9. Euph\u00e9misme peut-\u00eatre louable, il cache une r\u00e9alit\u00e9 douloureuse : celle de personnes qui utilisent ces structures de soins et qui n\u2019ont pas le choix, car souffrant de maladie. Ce qui les diff\u00e9rencie de ceux qui souffrent de \u00ab mal-\u00eatre \u00bb et qui suivent une fili\u00e8re de soins aussi et qui, eux, sont effectivement des usagers.  Faire cet  amalgame est dangereux, car pouvant induire une banalisation de la maladie mentale.<\/p>\n<p>&#8211; Le soin, c\u2019est de l\u2019\u00e9coute, c\u2019est de la parole, c\u2019est de l\u2019attention. Cela demande du temps, cela demande des efforts et de l\u2019implication aux soignants, mais si cela m\u00e8ne \u00e0 moins d\u2019hospitalisations et surtout permet d\u2019\u00e9viter des allers-retours h\u00f4pital-maison parce que les patients re\u00e7oivent un \u00ab vrai \u00bb soin et une vraie attention, ce seront  au final des \u00e9conomies \u00e9normes pour l\u2019Etat.<\/p>\n<p>En conclusion<\/p>\n<p>Si l\u2019on parle de r\u00e9novation du secteur, il faut penser l\u2019organisation des soins psychiatriques \u00e0 partir d\u2019une proximit\u00e9 sur le terrain qui facilite la mise en place des soins, du suivi dans la dur\u00e9e, du dialogue avec les proches et \u00e9vite d\u2019avoir recours aux urgences psychiatriques (qui repr\u00e9sentent un moment traumatisant pour tous).<\/p>\n<p>Fermer des lits (50 000 depuis quelques ann\u00e9es), sans penser \u00e0 des structures adapt\u00e9es ou \u00e0 un accompagnement appropri\u00e9 qui soutiendrait les patients dans une transition entre h\u00f4pital et autonomie revient \u00e0 une non-assistance \u00e0 personnes en danger av\u00e9r\u00e9e vis-\u00e0-vis de personnes reconnues \u00ab fragiles \u00bb.<\/p>\n<p>Si une telle organisation demande des moyens financiers (nombre de soignants, formation \u00e0 l\u2019aspect relationnel des soins, locaux\u2026), elle ne sera pas plus on\u00e9reuse pour l\u2019Etat que tout ce qui est mis en place actuellement et qui, sous pr\u00e9texte d\u2019\u00eatre efficace, devient \u00ab inhumain \u00bb et peut avoir des cons\u00e9quences dramatiques pour les patients et pour les familles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Manifeste du groupe Le Fil conducteur Pour une refondation de la psychiatrie et de l\u2019accueil de la folie dans notre soci\u00e9t\u00e9 dans la perspective de la loi de la Sant\u00e9 publique, pour une psychiatrie humaine. 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