{"id":7867,"date":"2015-09-22T15:35:30","date_gmt":"2015-09-22T15:35:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7867"},"modified":"2015-09-22T15:35:50","modified_gmt":"2015-09-22T15:35:50","slug":"table-3-quels-espaces-citoyens-pour-les-patients-dans-les-etablissements-du-sanitaire-et-du-medicosocial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7867","title":{"rendered":"Table 3: Quels espaces citoyens pour les patients dans les \u00e9tablissements du sanitaire et du m\u00e9dicosocial ?"},"content":{"rendered":"<p><b>\u00a0Patrick Chemla \u00a0 \u00a0<\/b>Psychiatre- Psychanalyste \u00a0\u00a0Chef de service Reims<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A mon tour de parler apr\u00e8s ce qui a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 par les uns et les autres\u00a0: il est clair pour moi que l\u2019enjeu de notre atelier\u00a0 recoupe tr\u00e8s largement ce qui a \u00e9t\u00e9 dit auparavant dans les autres tables rondes.\u00a0 On ne saurait en effet imaginer la relation soignante sans cette dimension essentielle de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Reims cela se poursuit depuis 1980 avec le souci fondateur d\u2019articuler la dimension citoyenne, autrement dit la dimension politique, avec la dimension de l\u2019\u00e9coute de la parole. Comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, cela ne saurait s\u2019imaginer sans une tr\u00e8s grande libert\u00e9 de circulation, et sans une dimension fondamentale d\u2019accueil, ou mieux d\u2019hospitalit\u00e9 qui est le pr\u00e9alable \u00e0 toute relation soignante.<br \/>\nBeaucoup dans ce colloque viennent d\u2019insister sur la difficult\u00e9 d\u2019avancer ainsi <b><i>avec les patients<\/i><\/b>, alors qu\u2019un rouleau compresseur semble nous \u00e9craser avec des normes hygi\u00e9nistes, nous imposer des protocoles, et nous consid\u00e9rer comme des ex\u00e9cutants, voire des rouages de la machine. Ce qui peut conduire au pire comme cela \u00e9t\u00e9 dit avec le retour d\u2019une certaine barbarie que nous avions contribu\u00e9 \u00e0 faire disparaitre, la contention, barbarie qui resurgit avec l\u2019aur\u00e9ole du th\u00e9rapeutique en voulant nous contraindre \u00e0 une acceptation, ou pire <b><i>une collaboration<\/i><\/b>. Des coll\u00e8gues belges nous ont aussi fait part cet \u00e9t\u00e9 de la loi permettant l\u2019euthanasie des malades mentaux qui le demanderaient, et devant l\u2019horreur suscit\u00e9e, ils ont cru nous rassurer en nous indiquant que 5 experts recevaient pr\u00e9alablement la personne concern\u00e9e. Nous faisons donc partie de ceux qui ne sont pas rassur\u00e9s du tout et qui r\u00e9cusent cet ordre des choses, et nous appelons depuis longtemps \u00e0 un r\u00e9veil, mieux \u00e0 une remobilisation. Quand nous arrivons \u00e0 tenir un cap th\u00e9rapeutique par le biais des clubs, des Gem et par tous les biais possibles, nous le faisons dans une posture n\u00e9cessairement militante, tant il est devenu aujourd\u2019hui \u00e9vident pour beaucoup de nos coll\u00e8gues qu\u2019il suffisait de contenir et de faire taire les sympt\u00f4mes au plus vite. Or nous pr\u00e9tendons l\u2019exact contraire avec la primaut\u00e9 que nous donnons \u00e0 la dignit\u00e9 humaine, \u00e0 la parole libre, et surtout \u00e0 une parole qui soit prise en compte et fasse acte. Cela dans son double versant, <b><i>sa double ali\u00e9nation, au politique et \u00e0 l\u2019inconscient freudien<\/i><\/b>. Nous parlons \u00e0 un moment o\u00f9 ce registre analytique se trouve rejet\u00e9 par beaucoup, voire interdit d\u2019enseignement comme \u00e0 Reims en fac de psycho et maintenant pour les internes en psychiatrie emp\u00each\u00e9s un temps de venir se former \u00e0 une clinique du transfert au centre Antonin Artaud. Mais il serait \u00e9galement ind\u00e9cent de se contenter de cette logique de l\u2019inconscient, si nous n\u2019avions pas le souci en m\u00eame temps de la libre association et des \u00e9changes concrets dans nos collectifs entre patients et soignants. Comment l\u2019imaginer dans une hi\u00e9rarchie pyramidale qui ram\u00e8nerait le patient \u00e0 n\u2019\u00eatre que l\u2019objet r\u00e9ifi\u00e9 d\u2019un soin r\u00e9ducteur et protocolis\u00e9? Nous avons au contraire besoin que la possibilit\u00e9 d\u2019initiative de chacun soit reconnue et valoris\u00e9e, et cela dans les plus petits d\u00e9tails de la vie quotidienne en donnant la parole aux principaux int\u00e9ress\u00e9s par tous les biais possibles. C\u2019est aussi ce qui permet l\u2019entraide mutuelle entre patients, entre patients et soignants. A Reims au bout de 35 ans cela donne une pluralit\u00e9 de clubs th\u00e9rapeutiques dans chacun des lieux du service, f\u00e9d\u00e9r\u00e9s entre eux, articul\u00e9s \u00e9troitement au Gem et au Centre Artaud ainsi qu\u2019au service hospitalier. Cette pluralit\u00e9 est importante car elle permet \u00e0 chacun d\u2019avoir prise de fa\u00e7on directe sur la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue, et non de d\u00e9l\u00e9guer sa responsabilit\u00e9 \u00e0 une grosse machine centrale. Cette d\u00e9mocratie directe est, me semble-t-il une excellente \u00e9cole de citoyennet\u00e9, mais aussi de formation pour les soignants quand ceux-ci consentent \u00e0 se laisser enseigner par les patients et par l\u2019exp\u00e9rience clinique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que nous nous sommes form\u00e9s pour l\u2019essentiel, et que les nombreux stagiaires que nous accueillons se forment dans un <b><i>\u00ab\u00a0\u00eatre avec\u00a0\u00bb<\/i><\/b> les patients au quotidien, dans la salle d\u2019accueil comme au club, et partout o\u00f9 c\u2019est possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela aura permis l\u2019\u00e9mergence du Collectif Artaud transversal \u00e0 tout le service qui organise, en lien avec l\u2019association ind\u00e9pendante de patients Humapsy, chaque ann\u00e9e, une <b><i>\u00ab\u00a0Semaine de la folie ordinaire\u00a0\u00bb<\/i><\/b> au moment de la semaine de sant\u00e9 mentale. Avec expo, soir\u00e9e festive, d\u00e9bats publics, r\u00e9unions ouvertes \u00e0 tous les clubs\u00a0: avec cette ann\u00e9e pour la 5\u00b0 \u00e9dition, des centaines de participants et de tr\u00e8s nombreux clubs d\u2019un peu partout en France et en Belgique. C\u2019est ainsi qu\u2019il nous parait possible de conjuguer au quotidien les \u00ab\u00a0droits des patients\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie sanitaire\u00a0\u00bb, autrement que d\u2019une mani\u00e8re formelle avec des protocoles et des comit\u00e9s ad hoc. Si nous visons un horizon d\u00e9mocratique, cela ne peut s\u2019envisager que d\u2019une mani\u00e8re concr\u00e8te, avec une version locale qui ne saurait \u00eatre dict\u00e9e par l\u2019Etat. Et pourtant de fa\u00e7on paradoxale nous avons insist\u00e9 pour qu\u2019il y ait un amendement qui permette dans la loi la poursuite des clubs th\u00e9rapeutiques, et cela nous rassure en partie que le d\u00e9put\u00e9 Robiliard ait r\u00e9ussi \u00e0 le faire voter\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car nous avons surtout besoin de ne pas \u00eatre emp\u00each\u00e9s de travailler, et de continuer \u00e0 cr\u00e9er librement avec les patients et le soutien actif des familles les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la relation soignante. Or la nouvelle loi pousse aux regroupements, aux GHT, et nous avons les plus grandes craintes que cela se traduise par une \u00ab\u00a0homog\u00e9n\u00e9isation\u00a0\u00bb des pratiques dans une orientation unique, celle aujourd\u2019hui h\u00e9g\u00e9monique des profs d\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi \u00e0 Reims les r\u00e9unions commencent fin septembre pour cr\u00e9er une \u00ab\u00a0entit\u00e9 r\u00e9moise\u00a0\u00bb, alors que nous savons \u00e0 l\u2019avance que le responsable universitaire en veut la direction, et revendique le monopole de la formation en d\u00e9clarant explicitement que <i>\u00ab\u00a0la psychanalyse ne fait plus partie du savoir n\u00e9cessaire au psychiatre\u00a0\u00bb!<\/i> Le projet qui se profile amorce une psychiatrie d\u00e9sectoris\u00e9e centr\u00e9e sur l\u2019urgence, le tri par pathologies et par dur\u00e9es de prises en charge, dans le moule d\u2019une formation unique \u00e0 la psychiatrie biologique et comportementale. En terme aussi de pr\u00e9pond\u00e9rance exclusive du CHU alors que nous savons l\u2019hostilit\u00e9 ancienne de l\u2019essentiel des CHU \u00e0 la psychiatrie de secteur et \u00e0 la Psychoth\u00e9rapie Institutionnelle\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ARS, le minist\u00e8re connaissent fort bien ces situations o\u00f9 le courant de la psychiatrie d\u00e9sali\u00e9niste,\u00a0 qui reconnait la fonction soignante des patients et la valeur humaine de la folie,\u00a0 risque fort d\u2019\u00eatre lamin\u00e9 par ses adversaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous appelons depuis longtemps \u00e0 la r\u00e9sistance sur le terrain, mais aussi \u00e0 une refondation de la psychiatrie qui ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une approche unidimensionnelle, et nous allons poursuivre ce travail sur le terrain en tentant de f\u00e9d\u00e9rer les exp\u00e9riences et les \u00e9nergies cr\u00e9atrices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne souhaitons aucunement maintenir un quelconque statu quo, mais reprendre la discussion \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience complexe et contradictoire de la psychiatrie fran\u00e7aise, ce sur quoi cette loi fait l\u2019impasse. Car il s\u2019agit de construire l\u2019avenir \u00e0 partir du bilan des multiples exp\u00e9riences soignantes dans la psychiatrie et le m\u00e9dicosocial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce souci ne se trouvait pas partag\u00e9 par les s\u00e9nateurs et les parlementaires, cela reviendrait \u00e0 laisser libre cours aux rapports de force locaux sans tenir compte de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche plurielle et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne en psychiatrie, et sans vouloir entendre la n\u00e9cessaire refondation de la psychiatrie \u00e0 la mesure de la crise fort grave qui s\u2019approfondit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>\u00ab\u00a0On juge du degr\u00e9 de civilisation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re dont elle traite ses fous\u00a0\u00bb.<\/b>\u00a0 Je conclurai sur cette parole fondatrice de Bonnaf\u00e9 qui indique fort bien les enjeux humains, soignants\u00a0 et politiques que nous voulons soutenir <b><i>en commun<\/i><\/b> avec les patients et les familles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Patrick Chemla \u00a0 \u00a0Psychiatre- Psychanalyste \u00a0\u00a0Chef de service Reims A mon tour de parler apr\u00e8s ce qui a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 par les uns et les autres\u00a0: il est clair pour moi que l\u2019enjeu de notre atelier\u00a0 recoupe tr\u00e8s largement ce qui a \u00e9t\u00e9 dit auparavant dans les autres tables rondes.\u00a0 On ne saurait en effet &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7867\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Table 3: Quels espaces citoyens pour les patients dans les \u00e9tablissements du sanitaire et du m\u00e9dicosocial ?<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":78,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[369],"tags":[],"class_list":["post-7867","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-39-alerte-9-septembre-2015"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7867","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/78"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7867"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7867\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7989,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7867\/revisions\/7989"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7867"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7867"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7867"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}