{"id":7872,"date":"2015-09-22T16:23:05","date_gmt":"2015-09-22T16:23:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7872"},"modified":"2015-09-22T16:23:05","modified_gmt":"2015-09-22T16:23:05","slug":"table-3-du-cote-des-familles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=7872","title":{"rendered":"Table 3: Du c\u00f4t\u00e9 des familles&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Victoire Mabit<\/strong> \u00a0 \u00a0 \u00a0le Fil conducteur<br \/>\nDans le soin psychiatrique, les parents ne sont ni patients, ni soignants, mais pr\u00e9sents. Et \u00e0 ce titre ils sont t\u00e9moins de ce qui se passe.<br \/>\nTrop souvent, les personnes souffrant de troubles psychiques ont un parcours de soins cahotique, passant d\u2019une structure hospitali\u00e8re \u00e0 une structure d\u2019accueil (maison de post-cure, h\u00f4pital de jour, foyer de nuit\u2026) ou une structure de soins (CMP)\u00a0; 17 psychiatres en quinze ans, parfois trois psys diff\u00e9rents en m\u00eame temps, un dans chaque structure, et qui ne communiquent pas entre eux\u2026 <!--more-->C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9. Comment, dans ces conditions, assurer un soin humain et permettre de cr\u00e9er le lien n\u00e9cessaire au soin de la maladie mentale\u00a0?<br \/>\nUn m\u00e9decin r\u00e9f\u00e9rent est n\u00e9cessaire, qui ferait le lien tout au long de la maladie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux dossiers m\u00e9dicaux, ils ne suivent pas le cheminement des malades dans les diff\u00e9rentes structures de soin, pour diverses raisons administratives. Le Dossier m\u00e9dical partag\u00e9 est pr\u00e9vu dans la nouvelle loi sant\u00e9, mais attention, ce n\u2019est pas une solution id\u00e9ale\u00a0: il peut avoir des cons\u00e9quences graves pour les patients en psychiatrie, qui voient leur vie de patient accessible de mani\u00e8re incontr\u00f4l\u00e9e par le milieu m\u00e9dical, les laboratoires ou autre. Le DMP n\u00e9cessite une vigilance toute particuli\u00e8re en psychiatrie.<br \/>\n&#8211; Lorsqu\u2019une hospitalisation est termin\u00e9e et qu\u2019un patient retourne chez lui, les CMP (Centre m\u00e9dico psychologique) sont essentiels dans leur accompagnement dans la cit\u00e9\u00a0: c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il va r\u00e9guli\u00e8rement rencontrer son psy, suivre son traitement. Mais lorsqu\u2019il ne va pas \u00e0 ses rendez-vous, il ne se passe rien\u00a0: personne ne va voir chez lui comment il va, n\u2019alerte ses proches ou sa famille. Et donc le patient rechute in\u00e9luctablement, retourne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital\u2026\u2028Alors que l\u2019on sait que des hospitalisations successives, alternant avec des sorties sans accompagnement, entra\u00eenent des rechutes qui ne peuvent que chroniciser la maladie.<br \/>\nNon seulement les CMP sont insuffisants en nombre, il faut parfois six mois pour obtenir un premier rendez-vous, mais leurs horaires ne sont pas adapt\u00e9s \u00e0 des personnes fragilis\u00e9es par leur pathologie, qui ont besoin de soutien et de pr\u00e9sence n\u2019importe quand, m\u00eame aux heures de fermeture. Les d\u00e9compensations n\u2019attendent pas les heures ouvrables pour se manifester\u2026<br \/>\nNe peut-on imaginer ne serait-ce qu\u2019une permanence t\u00e9l\u00e9phonique 24 heures sur 24\u00a0? Certains CMP ont mis en place ce syst\u00e8me d\u2019\u00e9coute permanente de leur propre initiative. Et \u00e7a marche\u00a0!<br \/>\nTr\u00e8s souvent, lors de d\u00e9compensations, les patients passent par les services des urgences. Le plus souvent emmen\u00e9s par la police ou les pompiers, ce qui repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 une violence, ce passage oblig\u00e9 ne peut apporter qu\u2019un stress suppl\u00e9mentaire et inutile qui pourrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9 ais\u00e9ment. Est-il bien utile de passer par l\u00e0 lorsque les patients sont suivis depuis parfois des ann\u00e9es dans un service\u00a0? Ne pourrait-on les y emmener directement\u00a0? C\u2019est ce que j\u2019appelle le \u00ab\u00a0jeu de l\u2019oie du parcours psychiatrique\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe plus souvent, les patients b\u00e9n\u00e9ficient de la CMU. Mais d\u00e8s lors qu\u2019ils re\u00e7oivent l\u2019AAH (Allocation adulte handicap\u00e9), c\u2019est fini, ce qui signifie soit que les forfait journaliers leurs sont imput\u00e9s, soit qu\u2019ils doivent cotiser \u00e0 une assurance compl\u00e9mentaire. Quand on pense au montant de cette allocation, 807,65 euros par mois, est-ce bien juste d\u2019ob\u00e9rer cette somme\u00a0? Quand des chefs d\u2019\u00e9tat \u00e9trangers ont une dette de 120 millions d\u2019euros envers l\u2019AP-HP, cela semble ubuesque\u2026 Peut-\u00eatre pourrait-on leur accorder la CMU\u00a0? (aux patients, bien s\u00fbr)<br \/>\nDepuis 1992, il n\u2019y a plus de formation sp\u00e9cifique en psychiatrie pour les infirmiers. Les anciens, qui avaient eu cette formation, transmettent leur savoir aux jeunes, mais ils partent en retraite. Les jeunes infirmiers ont souvent peur des patients, et usent couramment de la contention. Il faut absolument une formation en psychiatrie pour les infirmiers. Bien souvent maintenant, une personne en souffrance n\u2019est pas accueillie comme telle, mais re\u00e7ue comme quelqu\u2019un qu\u2019il faut ma\u00eetriser, juguler\u2026<br \/>\n&#8211; Je ne peux comprendre que des soignants, des psychiatres, des psychologues, des infirmiers, tous voulant pratiquer une m\u00e9decine humaniste, soient en souffrance dans leur travail, ne peuvent plus soigner comme ils l\u2019entendent, pour des raisons gestionnaires. Le soin d\u2019une maladie mentale, cela demande de l\u2019attention, de l\u2019\u00e9coute, de la parole, pas seulement des traitements\u00a0; cela demande du temps, des efforts, et de l\u2019implication de la part des soignants. Et tout cela, ce ne peut pas \u00eatre des actes comptabilisables.<br \/>\n-Je suis exasp\u00e9r\u00e9e que des raisons gestionnaires priment sur la qualit\u00e9 de soin. La souffrance humaine n\u2019est certes pas cotable, mais n\u2019a-t-elle pas de valeur\u00a0? Nous sommes dans un \u00e9tat d\u00e9mocratique, mais o\u00f9 est la d\u00e9mocratie en psychiatrie, o\u00f9 l\u2019on use de la contention et de l\u2019isolement\u00a0? Comment peut-on penser que la contention fasse du bien \u00e0 une personne en souffrance\u00a0?<br \/>\nLes familles sont entra\u00een\u00e9es dans le maelstrom de la maladie mentale sans aucun soutien. Il y a peu encore soup\u00e7onn\u00e9es par le corps m\u00e9dical d\u2019\u00eatre pathog\u00e8nes ou pour le moins nocives, voil\u00e0 maintenant que leur propose de les faire devenir des \u00ab\u00a0aidants familiaux\u00a0\u00bb, pour pallier le manque de personnel et l\u00e0 encore faire des \u00e9conomies de budget. Les parents sont aidants, sont aimants, mais pas soignants. Les membres d\u2019une famille, les fr\u00e8res et les s\u0153urs, ne peuvent se substituer au personnel soignant\u00a0: il faut reconna\u00eetre les limites de la famille dans ses capacit\u00e9s d\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019une personne malade.<br \/>\n&#8211; Je suis exasp\u00e9r\u00e9e car, depuis plus de vingt ans maintenant que ma fille a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e schizophr\u00e8ne, je vois les soins en psychiatrie se d\u00e9grader. Environ 50 000 lits ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s en psychiatrie depuis vingt ans ou plus, mais sans qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 de structures adapt\u00e9es ou d\u2019accompagnement appropri\u00e9 pour soutenir les patients dans le passage de l\u2019hospitalisation vers l\u2019autonomie. Pourtant, le nombre de malades n\u2019a pas diminu\u00e9.<br \/>\nOn n\u2019est pas loin de la non-assistance \u00e0 personnes en danger vis-\u00e0-vis de personnes reconnues \u00ab\u00a0fragiles\u00a0\u00bb.\u2028Il y a un manque criant de structures d\u2019accueil et de soin pour les malades au long cour. Les personnes fragilis\u00e9es par la maladie mentale ne peuvent pas, le plus souvent, assumer seuls la vie mat\u00e9rielle au quotidien, et ont besoin d\u2019accompagnement. Les patients qui sortent de l\u2019h\u00f4pital, s\u2019ils n\u2019ont pas de logement, ou pas de famille, se retrouvent dans la rue. Sans soin.<br \/>\n&#8211; Je suis profond\u00e9ment exasp\u00e9r\u00e9e, navr\u00e9e et inqui\u00e8te de ce que devient le soin en psychiatrie en France\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un espoir toutefois dans ce sombre tableau\u00a0: les lieux o\u00f9 l\u2019on pratique la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Ma fille est depuis quelque temps dans un tel lieu, elle y trouve une \u00e9coute, une attention vraie, un soin, bref une humanit\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique et n\u00e9cessaire dans la souffrance mentale. Le lieu est ouvert, pas de pyjama pour les patients, pas de blouse blanche pour les soignants, chacun y a sa place. La premi\u00e8re fois que j\u2019y suis all\u00e9e, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e de la libert\u00e9 et du calme qui y r\u00e8gnent. Les patients y ont une activit\u00e9, un r\u00f4le dans la vie du lieu, g\u00e8rent eux-m\u00eames le club th\u00e9rapeutique. Un tel lieu existe, c\u2019est possible. Il en faudrait plus comme celui-l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Victoire Mabit \u00a0 \u00a0 \u00a0le Fil conducteur Dans le soin psychiatrique, les parents ne sont ni patients, ni soignants, mais pr\u00e9sents. Et \u00e0 ce titre ils sont t\u00e9moins de ce qui se passe. 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