{"id":8196,"date":"2016-04-10T11:04:53","date_gmt":"2016-04-10T11:04:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8196"},"modified":"2016-04-19T14:59:25","modified_gmt":"2016-04-19T14:59:25","slug":"en-psychiatrie-la-deshumanisation-a-loeuvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8196","title":{"rendered":"En psychiatrie, la d\u00e9shumanisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811.jpeg\"><strong>En psychiatrie, la d\u00e9shumanisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8195\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811-300x199.jpeg\" alt=\"IMGP2811\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811-300x199.jpeg 300w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811-1024x681.jpeg 1024w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2811.jpeg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9v\u00e9lations de Madame Adeline Hazan, Contr\u00f4leure G\u00e9n\u00e9rale des Lieux de privation de libert\u00e9, \u00e0 propos des entraves inou\u00efes et syst\u00e9matis\u00e9es aux libert\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires d\u00e9couvertes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bourg en Bresse, provoqueront-elles, sans faire de mauvais jeu de mots, un \u00e9lectrochoc salvateur ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Nous n\u2019avions jamais vu cela, d\u00e9taille Adeline Hazan. Des pratiques centralis\u00e9es, honteuses, et choquantes\u00bb.(\u2026)\u00ab Sid\u00e9r\u00e9e que l\u2019Agence r\u00e9gionale de sant\u00e9, que la Haute Autorit\u00e9 de sant\u00e9, que les diff\u00e9rentes commissions d\u00e9partementales, toutes ces structures, venues ces derni\u00e8res ann\u00e9es, voire pour certaines ces derni\u00e8res semaines, n\u2019aient pas observ\u00e9 ce que notre mission a vu. Et qu\u2019elles n\u2019aient, en tout cas, pas r\u00e9agi. Cela me laisse sans voix\u00bb, a t elle ajout\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En clair, ce n\u2019est pas un acte isol\u00e9 mais, aux dires de la contr\u00f4leure, une d\u00e9rive syst\u00e9matique, organis\u00e9e. Ainsi, pour chaque patient, se tenait un cadre de soins int\u00e9grant les interdits, le tout formalis\u00e9 au cas par cas par un document standardis\u00e9 intitul\u00e9 \u00abprescription de restriction de libert\u00e9 d\u2019aller et venir\u00bb. Interdiction de sortir, de fumer (ou alors une demi-heure par jour), interdiction de communiquer aussi. Le tout avec \u00abun recours \u00e0 l\u2019isolement et \u00e0 la contention utilis\u00e9 dans des proportions jamais observ\u00e9es jusqu\u2019alors et non conforme aux r\u00e8gles commun\u00e9ment appliqu\u00e9es \u00bb.[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi les connivences, les compromissions de l\u2019ensemble des personnels sont insupportables et nous font honte, tant elles jettent l\u2019opprobre sur toute une profession.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que psychiatre, en tant que soignant, on ne peut se sentir que salis !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Porter atteinte \u00e0 un homme, c\u2019est atteindre toute l\u2019humanit\u00e9 ! \u00bb.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, l\u2019omerta est la r\u00e8gle dans ce milieu, certes comme dans beaucoup d\u2019autres, mais comme on le disait il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, \u00ab derri\u00e8re les murs de l\u2019asile, que se passe t il ? \u00bb. Omerta bien s\u00fbr car personnellement je me souviens d\u2019une interview crois\u00e9e avec une journaliste et un psychiatre syndicaliste &#8211; qui se croyait \u00e9minent- lors des d\u00e9bats autour du projet de loi sur les soins sans consentement, au printemps 2011. Lorsque j\u2019en vins \u00e0 parler d\u2019une d\u00e9rive des pratiques, du d\u00e9veloppement de l\u2019isolement et des contentions, il se leva brutalement, quitta la table, \u00ab Tu n\u2019as pas le droit de parler de \u00e7a ! Sinon tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 d\u00e9missionner ! \u00bb Tel est l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019une certaine caste qui se croit au dessus des lois, et pense \u0153uvrer \u00ab pour le bien \u00bb de \u00ab nos malades \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En premier lieu doivent \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9s bien \u00e9videmment les responsables de la direction de l\u2019h\u00f4pital puisque ce sont eux d\u00e9sormais les \u00ab chefs des h\u00f4pitaux \u00bb, \u00ab les patrons \u00bb, par la gr\u00e2ce de ces \u00ab r\u00e9formes \u00bb qui se sont succ\u00e9d\u00e9s depuis ces derni\u00e8res ann\u00e9es (loi sarkoziste H\u00f4pital Patients Sant\u00e9 Territoires de 2009, loi de sant\u00e9 hollando-tourainiste de 2016 instaurant entre autres les Groupements Hospitaliers de territoire). Mais aussi ces m\u00e9decins psychiatres, du pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale, aux chefs de p\u00f4le, et aux praticiens des unit\u00e9s, oublieux du serment d\u2019Hippocrate, et \u00e9galement tous les autres acteurs \u00ab soignants \u00bb de cet \u00e9tablissement. Jusqu\u2019aux syndicats de personnels, parmi lesquels seule la CFDT-Sant\u00e9 s\u2019est risqu\u00e9e, dans un tract, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le journal Lib\u00e9ration, \u00e0 reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00ab contraints de r\u00e9viser nos pratiques et, plut\u00f4t que de se lamenter sur une d\u00e9cision qui, de toute fa\u00e7on, ne nous appartient pas, voyons cela comme une chance de faire \u00e9voluer notre institution.\u00bb Et de terminer par : \u00abLa CFDT sera au c\u00f4t\u00e9 des salari\u00e9s pour les accompagner dans cette r\u00e9organisation.\u00bb D\u00e9licate attention, les malades et leurs familles appr\u00e9cieront !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes l\u00e0 face \u00e0 un immense scandale d\u2019inhumanit\u00e9, d\u2019indignit\u00e9 face aux \u00ab traitements \u00bb inflig\u00e9s \u00e0 ces hommes, ces femmes, atteints du d\u00e9nuement extr\u00eame, le vacillement ou la perte de la raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2833.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8194\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2833-300x199.jpeg\" alt=\"IMGP2833\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2833-300x199.jpeg 300w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2833-1024x681.jpeg 1024w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/IMGP2833.jpeg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons souvent rappel\u00e9 cette parole de Fran\u00e7ois Tosquelles, \u00ab Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c\u2019est l\u2019homme m\u00eame qui dispara\u00eet ! \u00bb. Nous nous devons de tenter de remonter aux racines de ce mal qui pourrit nos institutions psychiatriques, mais aussi politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous avions avec le Collectif des 39 lanc\u00e9 en septembre 2015, un Appel, sign\u00e9 depuis par pr\u00e8s de 10 000 personnes, \u00ab Non \u00e0 la contention, La sangle qui attache, tue le lien humain qui soigne \u00bb[2] nous \u00e9tions encore bien en de\u00e7\u00e0 de ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par les \u00e9quipes de Mme Adeline Hazan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce scandale de Bourg en Bresse n\u2019est pas un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne : tout r\u00e9cemment, l\u2019h\u00f4pital de Ville Evrard, en Seine Saint Denis a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour le suicide en juin 2011, d\u2019un homme plac\u00e9 en chambre d\u2019isolement. Quelques semaines auparavant, c\u2019est un autre h\u00f4pital de la r\u00e9gion parisienne, Moisselles, et des psychiatres qui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour la mort d\u2019une jeune femme elle aussi plac\u00e9e en isolement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci traduit une destruction lente et progressive des soins en psychiatrie d\u00e9nonc\u00e9e d\u00e8s 2003 lors des Etats G\u00e9n\u00e9raux de la psychiatrie \u00e0 Montpellier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette destruction est la cons\u00e9quence de l\u2019id\u00e9ologie qui s\u2019est impos\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Une id\u00e9ologie de re-m\u00e9dicalisation, de technicisation de cette discipline pourtant bien singuli\u00e8re au carrefour des sciences humaines, sociales, de la m\u00e9decine, du politique et de la culture.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9ologie, soutenue par plusieurs rapports s\u00e9natoriaux (dont notamment celui du s\u00e9nateur du Vaucluse, Alain Milon, qui aurait des liens tr\u00e8s proches avec l\u2019industrie pharmaceutique), mais aussi par la Fondation FondaMental, qui b\u00e9n\u00e9ficie des b\u00e9n\u00e9dictions des laboratoires pharmaceutiques et de nombreux politiciens de droite \u2013 comme Marie Anne Monchamp, Alain Milon-, ou de gauche tel Jean Marie Le Guen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce mouvement r\u00e9actionnaire, auquel s\u2019est associ\u00e9e une critique f\u00e9roce, malveillante et erron\u00e9e de la psychanalyse, il est surtout question de revenir sur \u00ab les d\u00e9rives soixante-huitardes \u00bb, et de remettre la psychiatrie dans le giron de la m\u00e9decine. Car ce mouvement a partie li\u00e9e avec les \u00ab immenses avanc\u00e9es des neuro-sciences et de la g\u00e9n\u00e9tique \u00bb dont les effets d\u2019annonces sur les d\u00e9couvertes exceptionnelles ne sont jamais suivis des rectifications et des r\u00e9sultats pour le moins modestes qui s\u2019ensuivent\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quelles sont les cons\u00e9quences dans la pratique de ces mouvements, qui ne se pr\u00e9occupent que de loin des patients ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; D\u00e9j\u00e0 au niveau de la formation : au niveau des psychiatres, la formation est d\u00e9sormais sous la coupe d\u2019universitaires, plus pr\u00e9occup\u00e9s de traitements psychotropes que d\u2019approches diversifi\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Au niveau des infirmiers, leur formation est d\u00e9sormais limit\u00e9e \u00e0 quelques semaines de stage, quand elle \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e sur trois ans avant 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Quant aux psychologues, les approches comportementalistes sont d\u00e9sormais la r\u00e8gle dans les universit\u00e9s o\u00f9 une v\u00e9ritable chasse aux sorci\u00e8res a \u00e9t\u00e9 entreprise pour traquer les orientations psychanalytiques !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi dans les services, le lien avec les malades, la relation n\u2019est plus l\u2019essentiel, quand elle n\u2019est pas rejet\u00e9e ! On va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dire aux infirmiers en formation qu\u2019il ne faut \u00ab surtout pas s\u2019investir, s\u2019impliquer, prendre des initiatives \u00bb. D\u00e8s lors la dimension humaine est bannie. Si auparavant le patient pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un semblable, il est d\u00e9sormais mis \u00e0 distance, \u00ab radicalement autre \u00bb. Cette dimension de l\u2019humanit\u00e9 se dissout au profit d\u2019une conception d\u2019un \u00ab objet \u00e0 traiter \u00bb, de \u00ab cibles \u00bb de soins et de troubles. Il n\u2019est plus question de souffrance. Ce sont des troubles, qu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9duire, de corriger. Tels des troubles \u2026 \u00e0 l\u2019ordre public qu\u2019il s\u2019agit de pr\u00e9venir, d\u2019emp\u00eacher, et r\u00e9primer. Il ne s\u2019agit plus de souffrance humaine, psychique, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019apaiser, de prendre en compte, de soulager. Le d\u00e9lire n\u2019est plus un langage \u00e0 entendre, \u00e0 d\u00e9crypter, une tentative de lutter contre l\u2019effondrement ou la catastrophe int\u00e9rieure : il faut l\u2019\u00e9radiquer !<\/p>\n<p>Aussi finalement quoi de plus banal que l\u2019isolement, la contention, puisque le soignant ne va pas ressentir une quelconque proximit\u00e9 avec cet autre, le malade !<\/p>\n<p>Dans un tout autre registre, mais finalement pas si \u00e9loign\u00e9 que cela, la campagne de communication r\u00e9cente en t\u00e9moigne, \u00ab \u00e7a commence par des mots, des insultes, \u00e7a finit par du sang \u00bb ! Oui la probl\u00e9matique raciste n\u2019est pas loin. L\u2019autre, le noir, l\u2019arabe, le juif, l\u2019\u00e9tranger, le diff\u00e9rent, est vraiment autre et peut \u00eatre sans questionnement mal\u2013trait\u00e9. Avec de telles analogies, nombreux soignants qui pensent faire correctement leur travail, en appliquant proc\u00e9dures et protocoles pr\u00e9-\u00e9tablis vont se sentir heurt\u00e9s. Mais c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse : lorsqu\u2019il y a disparition du \u00ab m\u00e9tier \u00bb au profit du \u00ab travail \u00bb et de t\u00e2ches d\u2019ex\u00e9cution, il y a disparition de l\u2019humanit\u00e9 qui reste la noblesse de ce m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut lire, dans les r\u00e9seaux sociaux, ces justifications \u00e9crites par des infirmiers sur les bienfaits de l\u2019isolement et de la contention, les mises en pyjama syst\u00e9matiques d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9es dans un pr\u00e9c\u00e9dent rapport de la Contr\u00f4leure G\u00e9n\u00e9rale des Lieux de privation de libert\u00e9 : \u00ab Ils n\u2019y connaissent rien. Ils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 y venir dans les services. C\u2019est pour que les malades ne se fassent pas de mal, qu\u2019on les attache. \u00bb Ou pire encore, reprenant l\u00e0 des arguties th\u00e9oriques, voire par un d\u00e9tournement de r\u00e9f\u00e9rences psychanalytiques : \u00ab \u00e7a les contient, certains viennent nous remercier plus tard \u00bb. Par un tour de passe-passe langagier fallacieux, on va \u00e9voquer m\u00eame la \u00abcontention th\u00e9rapeutique \u00bb et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab prescription \u00bb m\u00e9dicale !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette inhumanit\u00e9 qui s\u2019instaure est particuli\u00e8rement provoqu\u00e9e, aid\u00e9e par la transformation de l\u2019h\u00f4pital en entreprise, le \u00ab management \u00bb \u00e9tant exalt\u00e9, la gestion prenant une emprise d\u00e9terminante sur les corps et les \u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La novlangue, le n\u00e9olib\u00e9ralisme vient alors parachever toute cette entreprise de d\u00e9shumanisation. Marie Jos\u00e9 Mondzain, dans une tribune r\u00e9cente dans M\u00e9diapart [3]en d\u00e9montre l\u2019impact : \u00ab nous sommes en pleine confiscation pr\u00e9datrice du langage \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9, avec ses proc\u00e9dures, ses certifications, ses d\u00e9marches d\u2019accr\u00e9ditation, ses visites dans cet \u00e9tablissement avaient valid\u00e9 encore en novembre 2015, la \u00ab bonne marche de cet \u00e9tablissement \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle meilleure d\u00e9monstration sur le r\u00f4le n\u00e9faste, morbide et destructeur des processus d\u2019accr\u00e9ditation impos\u00e9s par l\u2019HAS \u00e0 toutes les \u00e9quipes de soins ! Les protocoles impos\u00e9s ont une objectif : la traque de la dimension humaine du soin, l\u2019instauration de normes, de comportement identique pour tous, l\u2019\u00e9limination de toute initiative individuelle, de toute subjectivit\u00e9. Emp\u00eacher l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, la diversit\u00e9, pour homog\u00e9n\u00e9iser, lisser les attitudes et les soins, imposer une \u00ab d\u00e9marche qualit\u00e9 \u00bb unique, standardis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quand l\u2019insupportable devient banal, quotidien, peut \u2013 on encore se taire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n\u2019avons eu de cesse depuis de d\u00e9noncer le fait que sous l\u2019appellation \u00ab qualit\u00e9 \u00bb, et la novlangue invent\u00e9e par l\u2019HAS qui l\u2019accompagne, nous voyons en fait un ensemble de termes et indicateurs permettant de quantifier et d\u2019\u00e9valuer le soin, pour le soumettre \u00e0 une logique marchande et s\u00e9curitaire .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette logique tente d\u2019expulser les soignants de leur fonction premi\u00e8re : accueillir, \u00e9couter, accompagner chaque personne souffrante de la mani\u00e8re la plus singuli\u00e8re possible, en lui proposant des soins adapt\u00e9s \u00e0 son histoire, ses attentes, son contexte socio familial, ses possibilit\u00e9s d\u2019appr\u00e9hender sa pathologie. Pire car cette logique autorise l\u2019aveuglement dont s\u2019\u00e9meut Mme Hazan ! Pire encore cette logique institue la violence : peur des patients, peur de la relation avec eux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faut rappeler que ce sont des parents \u00e0 Bourg en Bresse, qui ont appel\u00e9 au secours : d\u2019abord sans aucune r\u00e9ponse, c\u2019est une association de parents et amis, l\u2019UNAFAM qui a alert\u00e9 la Contr\u00f4leure g\u00e9n\u00e9rale des lieux de privation de libert\u00e9, qui s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9 et a fait son travail !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans l\u2019alerte par les parents, les patients, l\u2019horreur aurait pu continuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors ne faudrait \u2013il pas que Direction, chefs de p\u00f4le, psychiatres, personnels s\u2019interrogent sur leurs responsabilit\u00e9s\u2026 et en tirent toutes leurs conclusions ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la ministre, la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9, l\u2019Agence R\u00e9gionale de Sant\u00e9 \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voil\u00e0 tout occup\u00e9s \u00e0 tenter d\u2019imposer leur nouvelle \u00ab r\u00e9forme \u00bb : les Groupements Hospitaliers de Territoire, (les G.H.T). Cette r\u00e9organisation des \u00e9tablissements hospitaliers cache sous des apparences de coh\u00e9rence un but : faire des \u00e9conomies, r\u00e9duire les co\u00fbts, mutualiser les moyens ! En cr\u00e9ant des regroupements d\u2019\u00e9tablissements, il s\u2019agit de cr\u00e9er des mastodontes, des \u00e9normes machines bureaucratiques. Comme dans l\u2019industrie on cr\u00e9\u00e9 des \u00ab grands groupes \u00bb, comme sur les territoires on cr\u00e9\u00e9 de grandes r\u00e9gions, comme dans les h\u00f4pitaux on supprime des services d\u2019urgence de proximit\u00e9. Sous couvert d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 en invoquant des plateaux techniques performants, on supprime les \u00e9chelons \u00e0 taille humaine et la proximit\u00e9. Dans les ann\u00e9es 70, un \u00e9conomiste britannique, Ernst Friedrich Schumacher, avait publi\u00e9 un recueil d\u2019essais \u00ab Small is beautiful \u2013 une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la mesure de l\u2019homme \u00bb. De nombreux projets, des militants, des praticiens s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s de ce concept, de cette r\u00e9f\u00e9rence, Small is beautiful, pour transformer les pratiques ! Dans les ann\u00e9es 80, tous ceux qui inventaient des alternatives en psychiatrie, cr\u00e9aient des unit\u00e9s d\u2019accueil, des centres de crise, des appartements th\u00e9rapeutiques ou associatifs, des centres de jour. C\u2019\u00e9tait effectivement des unit\u00e9s dans la ville, \u00e0 taille humaine, dans l\u2019esprit, l\u2019orientation de la politique de secteur psychiatrique invent\u00e9e en 1960, comme politique officielle en France. Cette politique a \u00e9t\u00e9 cependant d\u00e9tourn\u00e9e, pervertie par les pouvoirs politiques et administratifs successifs, qui ont vu l\u00e0 l\u2019occasion de r\u00e9duction des co\u00fbts des d\u00e9penses hospitali\u00e8res en fermant des milliers de lits hospitaliers sans pour autant permettre des alternatives dans les territoires\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voil\u00e0 en 2016, dans cette dynamique de \u00ab r\u00e9forme \u00bb avec les G.H.T. dans un retour \u00e0 des lieux de concentration et pour ce qui concerne la psychiatrie, de s\u00e9gr\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi y a t il si peu de r\u00e9sistance et d\u2019opposition \u00e0 ces mastodontes et \u00e0 ces regroupements ? Pourquoi, m\u00e9decins, praticiens, ne refusent- ils pas ces r\u00e9formes trompeuses, pourquoi c\u00e8dent \u2013ils \u00e0 ces mensonges et ces leurres ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne serait-ce pas l\u2019attrait d\u2019un certain pouvoir, de plus de pouvoir et d\u2019une ob\u00e9issance aveugle aux attraits d\u2019une soi-disant modernit\u00e9 ? Tout comme avec la loi H.P.S.T. qui a cr\u00e9er des \u00ab p\u00f4les \u00bb, ces regroupements de service, voil\u00e0 des carri\u00e9ristes en qu\u00eate de plus de pouvoir. Peu importe que cela les \u00e9loigne du terrain, de la clinique. De plus, le minist\u00e8re, va habilement les app\u00e2ter avec des primes pour l\u2019extension de leur responsabilit\u00e9 et leurs participations \u00e0 ces efforts de r\u00e9forme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces regroupements d\u2019h\u00f4pitaux en instaurant ces monstres bureaucratiques, s\u2019attaquent aussi \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie, en obligeant les h\u00f4pitaux psychiatriques \u00e0 \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans les \u00e9tablissements de m\u00e9decine, chirurgie, obst\u00e9trique. A l\u2019objectif id\u00e9ologique dissimul\u00e9 du retour dans la m\u00e9decine, se double la perspective \u00e9conomique d\u2019int\u00e9grer les budgets de la psychiatrie publique de secteur dans la masse budg\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale, g\u00e9n\u00e9rant ainsi des op\u00e9rations de redistribution budg\u00e9taire d\u2019un secteur dot\u00e9 de seuls moyens humains vers des activit\u00e9s et des investissements techniques. D\u00e9j\u00e0 les int\u00e9grations d\u2019un certain nombre de secteurs de psychiatrie dans les h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux ont d\u00e9montr\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es comment les activit\u00e9s de secteur ont pu \u00eatre affect\u00e9s ! Ces activit\u00e9s de soins reposent en psychiatrie de secteur essentiellement sur des personnels qui doivent s\u2019engager dans des d\u00e9marches de soins et d\u2019accompagnement sur le territoire, en dehors de l\u2019h\u00f4pital, que ce soit \u00e0 domicile ou dans des unit\u00e9s sur les communes. La seule fa\u00e7on de r\u00e9duire les co\u00fbts r\u00e9side d\u00e8s lors dans les diminutions de personnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un contexte politique o\u00f9 tout est morcel\u00e9, c\u2019est \u00e0 cette profonde transformation du paysage institutionnel qu\u2019il faut s\u2019opposer ! Car c\u2019est alors la voie ouverte \u00e0 la d\u00e9shumanisation, au renforcement des pires pratiques.<\/p>\n<p>Paul Machto \u00a0 \u00a0\u00a06 avril 2016<\/p>\n<p>Avec Herv\u00e9 Bokobza et Monique Thizon<\/p>\n<p>Membres du Collectif des 39.<br \/>\n[1] Lib\u00e9ration du 25 mars 2016 \u00ab Psychiatrie, l\u2019enfer derri\u00e8re les portes \u00bb Par Eric Favereau<\/p>\n<p>[2] http:\/\/www.hospitalite-collectif39.org\/?NON-A-LA-CONTENTION<\/p>\n<p>[3] M\u00e9diapart 28 mars 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En psychiatrie, la d\u00e9shumanisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre Les r\u00e9v\u00e9lations de Madame Adeline Hazan, Contr\u00f4leure G\u00e9n\u00e9rale des Lieux de privation de libert\u00e9, \u00e0 propos des entraves inou\u00efes et syst\u00e9matis\u00e9es aux libert\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires d\u00e9couvertes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bourg en Bresse, provoqueront-elles, sans faire de mauvais jeu de mots, un \u00e9lectrochoc salvateur ? \u00ab Nous n\u2019avions jamais vu &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8196\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">En psychiatrie, la d\u00e9shumanisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[372],"tags":[],"class_list":["post-8196","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-39"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8196","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8196"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8196\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8208,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8196\/revisions\/8208"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8196"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}