{"id":835,"date":"2010-12-15T07:22:26","date_gmt":"2010-12-15T07:22:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=835"},"modified":"2020-12-06T02:27:54","modified_gmt":"2020-12-06T02:27:54","slug":"la-splendeur-perdue-des-asiles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=835","title":{"rendered":"&gt;La splendeur perdue des asiles"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium; line-height: 40px;\">Article de la revue Books &#8211; N\u00b018 &#8211; D\u00e9cembre 2010<\/span><\/p>\n<h4 style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 18px\/normal Arial, sans-serif; color: #696969; padding: 0px; margin: 0px 0px 10px 0px;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\">Les h\u00f4pitaux psychiatriques ne sont pas seulement des lieux de souffrance. Ce sont aussi des refuges o\u00f9 les malades trouvent une reconnaissance, un respect, une communaut\u00e9. Leur fermeture massive, \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01960, a souvent aggrav\u00e9 la situation des ali\u00e9n\u00e9s. Saisissant aujourd\u2019hui leurs b\u00e2timents \u00e0 l\u2019abandon, le photographe Christopher Payne montre \u00e0 quel point les asiles am\u00e9ricains \u00e9taient des lieux de vie, o\u00f9 la d\u00e9tresse le disputait au grandiose.<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\"><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/HP-Books.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-836\" title=\"HP-Books\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/HP-Books.jpg\" alt=\"\" width=\"447\" height=\"343\" \/><\/a><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Arial, sans-serif; color: #606060; font-size: 10px; font-weight: bold;\">L&rsquo;aile des patients, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Buffalo. L&rsquo;asile offrait une vie \u00e9triqu\u00e9e, sans doute,\u00a0<\/span><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Arial, sans-serif; color: #606060; font-size: 10px; font-weight: bold;\">mais\u00a0<\/span><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Arial, sans-serif; color: #606060; font-size: 10px; font-weight: bold;\">prot\u00e9geait les patients des agressions que leur r\u00e9servait habituellement le monde ext\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Dans notre imaginaire, les h\u00f4pitaux psychiatriques sont des lieux de cauchemar, synonymes de sordide, de chaos, de d\u00e9tresse et de brutalit\u00e9. \u00c0 l\u2019abandon, la plupart affichent d\u00e9sormais porte close. Mais nous continuons de penser avec effroi aux \u00eatres nagu\u00e8re enferm\u00e9s entre leurs murs. Il est donc tout \u00e0 fait salutaire d\u2019entendre le t\u00e9moignage d\u2019une intern\u00e9e, une certaine Anna Agnew, jug\u00e9e folle en 1878 (\u00e9poque o\u00f9 ce type de d\u00e9cision \u00e9tait prise par un juge, non par un m\u00e9decin) et \u00ab\u00a0mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de l\u2019Indiana. Elle avait fait des tentatives de suicide de plus en plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es et essay\u00e9 d\u2019empoisonner l\u2019un de ses enfants avec du laudanum.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Lorsque l\u2019institution se referma sur elle, Anna ressentit un profond soulagement. Le soulagement, surtout, de voir sa folie enfin reconnue. \u00ab\u00a0Avant m\u00eame la fin de ma premi\u00e8re semaine \u00e0 l\u2019asile, \u00e9crivit-elle plus tard, j\u2019\u00e9prouvais plus de contentement que je n\u2019en avais ressenti jusqu\u2019alors en une ann\u00e9e enti\u00e8re. Non que je fusse r\u00e9concili\u00e9e avec la vie, mais mon triste \u00e9tat mental \u00e9tait enfin compris, et j\u2019\u00e9tais trait\u00e9e en cons\u00e9quence. En outre, j\u2019\u00e9tais entour\u00e9e de personnes qui connaissaient le m\u00eame type de malaise et d\u2019\u00e9garements, et je m\u2019int\u00e9ressais de plus en plus \u00e0 leurs souffrances, avec une compassion croissante. En m\u00eame temps, j\u2019\u00e9tais moi aussi trait\u00e9e comme une ali\u00e9n\u00e9e, bienveillance dont on ne m\u2019avait jamais gratifi\u00e9e auparavant\u2009(1).\u00a0\u00bb<!--more--><\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Anna parle aussi de l\u2019importance qu\u2019ont, pour les d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, l\u2019ordre et la pr\u00e9visibilit\u00e9 de l\u2019asile\u00a0: \u00ab\u00a0Cet endroit me fait penser \u00e0 une gigantesque horloge, tant il fonctionne avec une r\u00e9gularit\u00e9 et un calme parfaits. Le syst\u00e8me est magnifiquement rod\u00e9, le menu est excellent, et vari\u00e9, comme dans n\u2019importe quelle famille bien tenue. [\u2026] Nous nous retirons dans nos chambres \u00e0 huit heures pr\u00e9cises, quand retentit la sonnerie. Et, une heure plus tard, la vaste b\u00e2tisse est tout enti\u00e8re plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 et le silence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Le terme autrefois utilis\u00e9 pour parler de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique \u00e9tait \u00ab\u00a0asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0asile\u00a0\u00bb signifie \u00e0 l\u2019origine refuge, protection, sanctuaire. Depuis le IVe\u00a0si\u00e8cle au moins, les monast\u00e8res, les couvents et les \u00e9glises furent des lieux d\u2019asile. Auxquels s\u2019ajout\u00e8rent les asiles s\u00e9culiers, qui surgirent selon Michel Foucault apr\u00e8s la quasi-disparition des l\u00e9preux en Europe, lors de la Peste noire\u00a0: les l\u00e9proseries d\u00e9sormais vides h\u00e9berg\u00e8rent les pauvres, les malades, les fous et les criminels. Dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Asiles\u2009<\/i>(2), Erving Goffman parle d\u2019\u00ab\u00a0institutions totales\u00a0\u00bb pour \u00e9voquer ces \u00e9tablissements o\u00f9 le personnel est s\u00e9par\u00e9 des pensionnaires par un infranchissable ab\u00eeme\u2009; o\u00f9 des r\u00e8gles rigides et des r\u00f4les bien d\u00e9finis excluent toute relation de proximit\u00e9 ou de sympathie\u2009; o\u00f9 les r\u00e9sidents sont priv\u00e9s de toute autonomie, libert\u00e9, dignit\u00e9, ou individualit\u00e9, simples num\u00e9ros aux yeux du syst\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Dans les ann\u00e9es 1950, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Goffman poursuivait ses recherches \u00e0 l\u2019h\u00f4pital St. Elizabeth de Washington, il en allait souvent ainsi, en effet. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 l\u2019intention des philanthropes qui avaient fond\u00e9 la plupart des asiles d\u2019ali\u00e9n\u00e9s d\u2019Am\u00e9rique au d\u00e9but et au milieu du XIXe\u00a0si\u00e8cle. En l\u2019absence de m\u00e9dicaments sp\u00e9cifiques contre la maladie mentale, le \u00ab\u00a0traitement moral\u00a0\u00bb, destin\u00e9 \u00e0 l\u2019individu tout entier et pas seulement \u00e0 une partie d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e de son cerveau, \u00e9tait alors consid\u00e9r\u00e9 comme la seule th\u00e9rapie v\u00e9ritablement humaine.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Ces premiers h\u00f4pitaux publics \u00e9taient souvent des b\u00e2tisses magnifiques, avec de hauts plafonds et de larges fen\u00eatres. Entour\u00e9s d\u2019immenses terrains, les malades y trouvaient lumi\u00e8re, espace, et oxyg\u00e8ne. Ils pouvaient faire de l\u2019exercice et b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une alimentation \u00e9quilibr\u00e9e. La plupart des asiles vivaient en quasi-autarcie, produisant leurs propres vivres. Les patients travaillaient aux champs et \u00e0 la laiterie, l\u2019activit\u00e9 \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme une forme essentielle de th\u00e9rapie. Le sens de la communaut\u00e9 et de la camaraderie \u00e9tait lui aussi fondamental \u2013\u00a0vital, m\u00eame\u00a0\u2013 pour des malades menac\u00e9s de r\u00e9clusion dans leurs propres univers mentaux, esclaves de leurs obsessions ou de leurs hallucinations. La reconnaissance et l\u2019acceptation de leur d\u00e9mence \u00e9taient elles aussi cruciales.<\/p>\n<h3 style=\"font-weight: normal; font: normal normal bold 15px\/normal Arial, sans-serif; text-transform: uppercase; color: #b5031e; padding: 0px; margin: 10px 0px 10px 0px;\">DES ASILES QUI ACCUEILLENT JUSQU\u2019\u00c0 QUATORZE MILLE MALADES<\/h3>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Surtout, pour revenir au sens originel du mot \u00ab\u00a0asile\u00a0\u00bb, ces h\u00f4pitaux prot\u00e9geaient les patients \u00e0 la fois de leurs propres pulsions et de l\u2019isolement, des moqueries, des agressions et autres s\u00e9vices que leur r\u00e9servait habituellement le monde ext\u00e9rieur. L\u2019asile offrait une vie limit\u00e9e, plus simple et plus \u00e9triqu\u00e9e peut-\u00eatre, mais cet environnement protecteur permettait d\u2019\u00eatre aussi fou qu\u2019on le voulait, et certains ali\u00e9n\u00e9s parvenaient \u00e0 surmonter leur psychose et \u00e0 sortir de l\u2019h\u00f4pital, plus sains et plus \u00e9quilibr\u00e9s. En g\u00e9n\u00e9ral, cependant, les malades restaient longtemps \u00e0 l\u2019asile. On s\u2019y pr\u00e9parait peu \u00e0 retrouver la vie normale et, apr\u00e8s des ann\u00e9es ainsi clo\u00eetr\u00e9s, les pensionnaires s\u2019\u00ab\u00a0institutionnalisaient\u00a0\u00bb parfois\u00a0: ils ne voulaient plus ou ne pouvaient plus affronter le monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">In\u00e9vitablement, le nombre d\u2019intern\u00e9s augmenta, et ces asiles d\u00e9j\u00e0 immenses se transform\u00e8rent en d\u2019authentiques petites villes. Pilgrim State, sur Long Island, accueillit ainsi jusqu\u2019\u00e0 14\u2009000 patients. In\u00e9vitablement, aussi, responsables de tant de personnes sans avoir de fonds suffisants, les h\u00f4pitaux publics s\u2019\u00e9cart\u00e8rent de leurs id\u00e9aux d\u2019origine. \u00c0 la fin du XIXe\u00a0si\u00e8cle, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 devenus synonymes de mis\u00e8re noire et de n\u00e9gligence, et souvent dirig\u00e9s par des bureaucrates incomp\u00e9tents, corrompus ou sadiques\u2009; situation qui perdura durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">L\u2019h\u00f4pital Creedmor, situ\u00e9 dans le Queens, \u00e0 New York, a \u00e9volu\u00e9 \u2013\u00a0ou plut\u00f4t d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u2013 de cette mani\u00e8re. Il avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1912 comme antenne rurale de l\u2019h\u00f4pital public de Brooklyn et perp\u00e9tuait ainsi les principes chers au XIXe\u00a0si\u00e8cle\u00a0: donner aux patients de l\u2019espace, de l\u2019air et la possibilit\u00e9 de cultiver la terre. Mais la population de Creedmor explosa, jusqu\u2019\u00e0 atteindre 7\u2009000 patients en 1959\u2009; et l\u2019h\u00f4pital devint \u00e0 bien des \u00e9gards aussi lamentable, surpeupl\u00e9 et pauvre en personnel que tous les autres. Il conserva pourtant le parc et le b\u00e9tail qui apportaient \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 certains patients.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">\u00c0 Creedmor, il y avait des gymnases, une piscine, des salles de jeu avec des tables de ping-pong et des billards\u2009; un th\u00e9\u00e2tre et un studio de t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 les patients pouvaient cr\u00e9er et jouer leurs propres spectacles. On trouvait aussi de gigantesques cuisines et des laveries qui fournissaient \u00e0 de nombreux malades du travail et une \u00ab\u00a0th\u00e9rapie\u00a0par le travail\u00a0\u00bb. Ils apprenaient au passage certaines comp\u00e9tences essentielles au quotidien. Et les vastes salles \u00e0 manger entretenaient le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 et la camaraderie. Ainsi, m\u00eame dans les ann\u00e9es 1950, \u00e9poque de d\u00e9sh\u00e9rence des h\u00f4pitaux publics, certains bons c\u00f4t\u00e9s de la vie \u00e0 l\u2019asile subsistaient.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">C\u2019est alors que l\u2019on inventa les neuroleptiques, m\u00e9dicaments qui semblaient annoncer l\u2019att\u00e9nuation ou la disparition des sympt\u00f4mes psychotiques, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019apporter une v\u00e9ritable gu\u00e9rison. Leur existence renfor\u00e7a l\u2019id\u00e9e que l\u2019hospitalisation n\u2019avait nul besoin d\u2019\u00eatre aussi carc\u00e9rale ou de durer la vie enti\u00e8re. Si un court s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pouvait \u00ab\u00a0briser\u00a0\u00bb une psychose et \u00eatre suivi d\u2019un retour des patients \u00e0 leur vie, \u00e0 condition de poursuivre leur traitement sous le contr\u00f4le de cliniques de jour, l\u2019histoire de la maladie mentale serait transform\u00e9e, pensait-on. Et la vaste population mis\u00e9rable des asiles serait r\u00e9duite en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Forts de cette conviction, on construisit dans les ann\u00e9es 1960 un certain nombre d\u2019h\u00f4pitaux publics d\u00e9di\u00e9s aux courts s\u00e9jours. Parmi eux, celui du Bronx, qui dut faire face \u00e0 un afflux consid\u00e9rable de patients, sortis des vieux h\u00f4pitaux qui commen\u00e7aient \u00e0 fermer. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 ma carri\u00e8re de neurologue en 1966 et, au fil des ans, j\u2019ai crois\u00e9 des centaines de ces malades. Beaucoup avaient pass\u00e9 l\u2019essentiel de leur vie adulte \u00e0 l\u2019asile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">\u00c0 l\u2019h\u00f4pital du Bronx comme ailleurs, il y avait des services de grande qualit\u00e9, exemplaires m\u00eame, et de mauvais services, ex\u00e9crables m\u00eame, o\u00f9 r\u00e9gnaient la n\u00e9gligence et la cruaut\u00e9. J\u2019ai vu l\u2019un et l\u2019autre au cours des vingt-cinq ann\u00e9es que j\u2019ai pass\u00e9es l\u00e0. Mais je me souviens aussi que certains patients, moins gravement malades, pouvaient se promener tranquillement dans les jardins, jouer au base-ball, assister \u00e0 un concert ou voir un film.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Ironie \u2013\u00a0et tristesse\u00a0\u2013 de l\u2019histoire, peu apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, la possibilit\u00e9 de travailler leur fut presque totalement retir\u00e9e. C\u2019\u00e9tait d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme une forme d\u2019\u00ab\u00a0exploitation\u00a0\u00bb. Fond\u00e9 sur une conception juridique des droits des patients, non sur leurs besoins r\u00e9els, cet interdit priva bon nombre d\u2019entre eux d\u2019une importante forme de th\u00e9rapie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Modeste ruisseau dans les ann\u00e9es 1960, le mouvement de d\u00e9sinstitutionnalisation se fit torrent dans les ann\u00e9es 1980, m\u00eame s\u2019il apparaissait alors clairement que le processus posait autant de probl\u00e8mes qu\u2019il en r\u00e9solvait. L\u2019immense population des fous sans abri, r\u00e9duits \u00e0 l\u2019errance sur les trottoirs des m\u00e9tropoles, apportait la preuve \u00e9clatante qu\u2019aucune ville ne poss\u00e9dait un r\u00e9seau ad\u00e9quat d\u2019h\u00f4pitaux psychiatriques et de centres sp\u00e9cialis\u00e9s, ni l\u2019infrastructure n\u00e9cessaire \u00e0 la prise en charge des centaines de milliers de patients renvoy\u00e9s des derniers h\u00f4pitaux publics encore ouverts. Les neuroleptiques, \u00e0 l\u2019origine de cette vague de d\u00e9sinstitutionnalisation, se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent souvent beaucoup moins miraculeux qu\u2019on ne l\u2019avait esp\u00e9r\u00e9. Et les patients refusaient parfois de renoncer \u00e0 ces psychoses qui donnaient un sens \u00e0 leur univers int\u00e9rieur, et cessaient tout bonnement de suivre leur traitement.<\/p>\n<h3 style=\"font-weight: normal; font: normal normal bold 15px\/normal Arial, sans-serif; text-transform: uppercase; color: #b5031e; padding: 0px; margin: 10px 0px 10px 0px;\">\u00ab\u00a0MIEUX VAUT L\u2019H\u00d4PITAL QUE MOURIR DE FROID DANS LA RUE\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Dans ces conditions, de nombreux patients autoris\u00e9s \u00e0 quitter l\u2019h\u00f4pital y \u00e9taient \u00e0 nouveau admis quelques semaines ou quelques mois plus tard. J\u2019ai vu d\u00e9filer des dizaines de malades comme ceux-l\u00e0, dont beaucoup me confiaient\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital n\u2019est pas une sin\u00e9cure, mais cela vaut bien mieux que de mourir de faim et de froid dans la rue, ou d\u2019\u00eatre poignard\u00e9 dans le Bowery\u2009(3).\u00a0\u00bb L\u2019h\u00f4pital, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019autre chose, offrait protection et s\u00e9curit\u00e9 \u2013\u00a0en un mot, l\u2019asile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">En 1990, il \u00e9tait devenu clair que nous \u00e9tions all\u00e9s trop loin. La fermeture massive des h\u00f4pitaux publics avait \u00e9t\u00e9 bien trop rapide, alors qu\u2019aucune solution de rechange satisfaisante n\u2019avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e. Les h\u00f4pitaux publics n\u2019avaient nul besoin d\u2019\u00eatre ferm\u00e9s, mais d\u2019\u00eatre modernis\u00e9s\u00a0: il fallait s\u2019occuper des probl\u00e8mes de surpopulation, de sous-effectifs, de n\u00e9gligence et de brutalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Il ne faut pas entretenir une vision trop romantique de la folie, ni des asiles o\u00f9 \u00e9taient enferm\u00e9s les ali\u00e9n\u00e9s. Une insondable tristesse suinte sous la d\u00e9mence, la grandiloquence, les fantasmes et les hallucinations. Une tristesse que refl\u00e8te l\u2019architecture souvent grandiose mais m\u00e9lancolique des anciens h\u00f4pitaux publics. Comme le montrent les photographies de Christopher Payne dans<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Asylum<\/i>, leurs d\u00e9combres, aujourd\u2019hui d\u00e9sol\u00e9s pour d\u2019autres raisons, offrent un t\u00e9moignage muet et d\u00e9chirant \u00e0 la fois de la souffrance des malades et des structures autrefois admirables construites pour l\u2019all\u00e9ger. Payne est un po\u00e8te de l\u2019image, mais il est aussi architecte de formation. Il a pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 la recherche de ces b\u00e2timents, pour les photographier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Ses photos rendent aussi hommage \u00e0 une forme d\u2019architecture publique aujourd\u2019hui disparue. Elles en disent \u00e0 la fois le grandiose et le trivial, les belles fa\u00e7ades et la peinture qui s\u2019\u00e9caille.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Ces clich\u00e9s distillent une tendresse infinie, en particulier pour quelqu\u2019un comme moi, qui ai travaill\u00e9 et v\u00e9cu dans ces endroits et les ai connus grouillant de monde et de vie. Ces espaces aujourd\u2019hui d\u00e9serts \u00e9voquent irr\u00e9sistiblement les existences qui les emplissaient autrefois, et je vois en imagination les salles \u00e0 manger vides \u00e0 nouveau bond\u00e9es, les grandes salles communes \u00e0 nouveau pleines de patients tranquillement en train de lire ou de dormir sur les canap\u00e9s, ou simplement en train de r\u00eavasser, le regard perdu dans le vide. Ces photos me font non seulement penser \u00e0 la vie tr\u00e9pidante de ces asiles, mais aussi \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re particuli\u00e8re et prot\u00e9g\u00e9e qu\u2019ils offraient quand ils permettaient d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois fou et en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Qu\u2019en est-il \u00e0 pr\u00e9sent\u2009? Les h\u00f4pitaux publics qui subsistent sont presque vides. La grande majorit\u00e9 des malades mentaux vit en dehors. Certains habitent seuls ou dans leurs familles et fr\u00e9quentent des cliniques de jour. D\u2019autres s\u00e9journent dans des centres de r\u00e9adaptation, o\u00f9 ils ont une chambre, un ou plusieurs repas, et peuvent suivre leur traitement. Ces centres sont de qualit\u00e9 tr\u00e8s variable, mais m\u00eame les meilleurs n\u2019emp\u00eachent pas les patients de se sentir isol\u00e9s. Comble de tout, ils ont m\u00eame parfois du mal \u00e0 y trouver les conseils psychiatriques dont ils ont besoin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">Il existe aussi, curieusement, des foyers qui tirent leur origine \u00e0 la fois des asiles et des fermes th\u00e9rapeutiques du XIXe\u00a0si\u00e8cle. Ils apportent \u00e0 leurs heureux pensionnaires une prise en charge globale, adapt\u00e9e \u00e0 la maladie mentale. Dans certaines de ces r\u00e9sidences, j\u2019ai retrouv\u00e9 bien des traits admirables de la vie dans les anciens h\u00f4pitaux publics\u00a0: la communaut\u00e9, la camaraderie, la possibilit\u00e9 de travailler et de donner libre cours \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9, le respect de chaque individualit\u00e9\u2026 \u00c0 ceci pr\u00e8s que ces \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9sormais associ\u00e9s aux meilleures psychoth\u00e9rapies et aux traitements m\u00e9dicamenteux n\u00e9cessaires. Ces m\u00e9dications sont d\u2019ailleurs souvent minimales, dans ces conditions id\u00e9ales. De nombreux patients de ces centres \u2013\u00a0m\u00eame si l\u2019on est schizophr\u00e8ne et maniaco-d\u00e9pressif \u00e0 vie\u00a0\u2013 sont capables d\u2019\u00e9voluer et de reprendre une vie ind\u00e9pendante au bout de quelques mois, parfois une ann\u00e9e ou deux, avec un modeste soutien th\u00e9rapeutique. Une vie bien remplie et satisfaisante est \u00e0 la port\u00e9e de beaucoup d\u2019entre eux, sans gu\u00e8re de rechutes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 14px\/120% 'Times New Roman', serif; padding: 0px 0px 8px 0px; margin: 0px;\">M\u00eame si le co\u00fbt de ces infrastructures est consid\u00e9rable \u2013\u00a0plus de 100\u2009000\u00a0dollars par an, financ\u00e9s en partie par les familles, en partie par des dons priv\u00e9s\u00a0\u2013, il est tr\u00e8s inf\u00e9rieur au co\u00fbt d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, sans parler des co\u00fbts humains. Mais il n\u2019existe qu\u2019une poign\u00e9e de centres de ce genre aux \u00c9tats-Unis. Pour 99\u2009% des psychotiques, qui n\u2019ont pas les moyens d\u2019y s\u00e9journer, il reste un traitement inadapt\u00e9 et des vies inaccomplies. Les millions de malades mentaux sont aujourd\u2019hui les \u00eatres les moins soutenus, les plus d\u00e9nu\u00e9s de droits et les plus exclus de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"font-weight: normal; font: normal normal normal 16px\/normal 'Times New Roman', serif; color: #999999; border-bottom-width: 1px; border-bottom-style: solid; border-bottom-color: #999999; padding: 0px; margin: 0px 0px 25px 0px;\">Cet article est paru dans la\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">New York Review of Books<\/i>\u00a0le 24\u00a0septembre 2009.<\/h6>\n<div class=\"supplements notes\" style=\"font-weight: normal; width: 286px; font: normal normal normal 12px\/normal Arial, sans-serif; padding: 0px; margin: 20px;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\">1| Intern\u00e9e entre 1878 et 1885, Anna Agnew a racont\u00e9 son exp\u00e9rience dans un r\u00e9cit publi\u00e9 en 1886 sous le titre\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">From Under the Cloud\u00a0<\/i>(\u00ab\u00a0De sous le nuage\u00a0\u00bb). Lucy King l\u2019a exhum\u00e9 et replac\u00e9 dans son contexte dans un livre r\u00e9cent et unanimement salu\u00e9\u00a0:<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">From Under the Cloud at the Seven Steeples. The Peculiarly Saddened Life of Anna Agnew in the Indiana Hospital for The Insane<\/i>, Guild Press of Indiana, 2002.<br style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\" \/><br \/>\n2| Publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 1968 aux \u00c9ditions de Minuit sous le titre\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Asiles. \u00c9tudes sur la condition sociale des malades mentaux.<\/i><br style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\" \/><br \/>\n3| Le Bowery est un quartier pauvre de New York, r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre un coupe-gorge dans les ann\u00e9es 1980.<\/span><\/div>\n<div class=\"supplements bibliographie\" style=\"font-weight: normal; width: 286px; font: normal normal normal 12px\/normal Arial, sans-serif; padding: 0px; margin: 20px;\">\n<h3 style=\"font-weight: normal; text-indent: -1000em; background-image: url('http:\/\/www.booksmag.fr\/fileadmin\/templates\/v1\/images\/titres\/mini-bibliographie.png'); background-attachment: initial; background-origin: initial; background-clip: initial; background-color: initial; height: 16px; font: normal normal bold 15px\/normal Arial, sans-serif; text-transform: uppercase; color: #b5031e; background-position: 0% 0%; background-repeat: no-repeat no-repeat; padding: 0px; margin: 10px 0px 10px 0px;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\">BIBLIOGRAPHIE<\/span><\/h3>\n<p><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\"><b style=\"font-weight: bold; padding: 0px; margin: 0px;\">Philippe Cl\u00e9ment<\/b>,\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Bienvenue \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, Les Emp\u00eacheurs de tourner en rond<\/i>, 2007. Le r\u00e9cit \u00e0 la fois tendre et critique d\u2019un infirmier psychiatrique.<br style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\" \/><b style=\"font-weight: bold; padding: 0px; margin: 0px;\"><br \/>\nGis\u00e8le Pineau<\/b>,\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Folie, aller simple. Journ\u00e9e ordinaire d\u2019une infirmi\u00e8re<\/i>, Philippe Rey, 2010. Le t\u00e9moignage d\u2019une infirmi\u00e8re qui est \u00e9galement romanci\u00e8re.<br style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\" \/><br \/>\n<b style=\"font-weight: bold; padding: 0px; margin: 0px;\">Claude Qu\u00e9tel<\/b>,\u00a0<i style=\"font-weight: normal; padding: 0px; margin: 0px;\">Images de la folie<\/i>, Gallimard, 2010. L\u2019un des meilleurs historiens de la psychiatrie s\u2019interroge sur l\u2019abondante iconographie n\u00e9e de la fascination pour la maladie mentale. Avec 247\u00a0illustrations.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><i><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-style: normal;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000000; font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: medium;\">(Vous pouvez consulter 3 articles gratuitement en vous inscrivant sur le site\u00a0<a href=\"http:\/\/www.booksmag.fr\/\">http:\/\/www.booksmag.fr\/<\/a>)<\/span><\/span><\/i><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xfs2jc_portfolio-books-magazine-asylum_creation#from=embed\">Cliquez ici pour regarder le diaporama des photos de l&rsquo;article<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de la revue Books &#8211; N\u00b018 &#8211; D\u00e9cembre 2010 Les h\u00f4pitaux psychiatriques ne sont pas seulement des lieux de souffrance. Ce sont aussi des refuges o\u00f9 les malades trouvent une reconnaissance, un respect, une communaut\u00e9. Leur fermeture massive, \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01960, a souvent aggrav\u00e9 la situation des ali\u00e9n\u00e9s. Saisissant aujourd\u2019hui leurs b\u00e2timents \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=835\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">&gt;La splendeur perdue des asiles<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-de-presse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=835"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/835\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9175,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/835\/revisions\/9175"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}