{"id":8480,"date":"2016-12-02T22:31:09","date_gmt":"2016-12-02T22:31:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8480"},"modified":"2016-12-02T22:31:09","modified_gmt":"2016-12-02T22:31:09","slug":"un-homme-est-mort-sous-les-balles-de-la-police","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8480","title":{"rendered":"Un homme est mort sous les balles de la Police"},"content":{"rendered":"<div class=\"\">\n<div id=\"article\" class=\"system exported\">\n<div class=\"page\">\n<p class=\"\" style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/110818542.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-8481\" src=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/110818542-300x300.jpg\" alt=\"110818542\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/110818542-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/110818542-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/110818542.jpg 540w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"\" style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><span class=\"\">La Commission Psy, Soins et Accueil. \u00a019 novembre 2016<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vendredi 2 septembre 2016, un homme est mort sous les balles des forces de l&rsquo;ordre. Cet homme \u00e9tait suivi par un des secteurs psychiatriques du Val de Marne. Une visite \u00e0 domicile par l&rsquo;\u00e9quipe soignante visait \u00e0 le r\u00e9-hospitaliser. En difficult\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;agitation de ce patient, l&rsquo;\u00e9quipe soignante a appel\u00e9 la police en renfort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par voie de presse que nous avons appris sa mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fait regrettable, un tel drame n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s peu relay\u00e9. Fait encore plus regrettable, quand un organe de presse s&rsquo;en charge<sup>1<\/sup>, c&rsquo;est pour alimenter les peurs et nourrir les fantasmes en stigmatisant le malade comme \u00ab\u00a0agresseur\u00a0\u00bb alors qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019une personne vuln\u00e9rable, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre victime des balles de la police. Cette formulation r\u00e9actualise outrageusement le mythe du \u00ab\u00a0fou dangereux\u00a0\u00bb.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n&rsquo;avons eu que tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments contextuels, mais cela doit-il pour autant nous emp\u00eacher de penser\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Les deux infirmi\u00e8res et les deux \u00e9quipes de police intervenues ce vendredi chez un malade psychiatrique de Vincennes ne sont pas pr\u00e8s d\u2019oublier la sc\u00e8ne \u00e0 laquelle ils ont assist\u00e9. Une violente agression qui s\u2019est sold\u00e9e par une polici\u00e8re bless\u00e9e et l\u2019agresseur abattu.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0Vers 11 heures, les deux infirmi\u00e8res qui viennent donner son traitement \u00e0 cet homme de 29 ans se heurtent \u00e0 son refus. Appel\u00e9s en renfort, les \u00e9quipages de police de Vincennes et de Fontenay le trouvent retranch\u00e9 dans une pi\u00e8ce, un couteau de cuisine de 30 cm de long en sa possession. Quand la police lui intime l\u2019ordre de sortir, l\u2019homme finit par le faire, mais il fonce alors vers une polici\u00e8re, brigadier-chef de Vincennes et lui donne un coup de couteau \u00e0 la nuque. Devant cet acc\u00e8s de violence soudain, la polici\u00e8re agress\u00e9e et l\u2019un de ses coll\u00e8gues tirent sur lui. Malgr\u00e9 les premiers soins prodigu\u00e9s, il d\u00e9c\u00e8de peu apr\u00e8s. La polici\u00e8re bless\u00e9e est \u00e9vacu\u00e9e par les pompiers \u00e0 l\u2019h\u00f4pital B\u00e9gin. Sa plaie ne semble pas grave, mais elle est, de l\u2019aveu de ses coll\u00e8gues sur place, \u00ab extr\u00eamement choqu\u00e9e. \u00bb \u00ab Tout s\u2019est pass\u00e9 tellement vite, raconte le g\u00e9rant de l\u2019auto-\u00e9cole situ\u00e9e\u00a0<\/i><i>au pied de l\u2019immeuble. Le temps de voir les policiers arriver en courant, j\u2019ai entendu les trois coups de feux. C\u2019est terrible parce qu\u2019on ne sait pas ce qui se passe. J\u2019envisageais d\u00e9j\u00e0 comment m\u2019enfuir s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une attaque terroriste. \u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Le Parisien du vendredi 2 septembre 2016.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Que sa mort soit trait\u00e9e m\u00e9diatiquement comme un banal fait divers qui figurerait dans la rubrique \u00ab\u00a0chien \u00e9cras\u00e9\u00a0\u00bb nous affliges, sans que pour autant nous soyons \u00e9tonn\u00e9-e-s. Nous nous sommes ainsi r\u00e9uni-e-s<sup>2<\/sup> pour tenter de restituer la part d&rsquo;humanit\u00e9 qui lui a \u00e9t\u00e9 honteusement retir\u00e9. Et d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, nous nous sentons responsables devant un tel drame. \u00ab\u00a0Responsables non pas des victimes mais <i>devant<\/i> les victimes\u00a0\u00bb comme le disaient Deleuze et Guattari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;article en question v\u00e9hicule un discours s\u00e9curitaire et une hi\u00e9rarchisation cynique des humains. Alors que les blessures \u00ab\u00a0pas graves\u00a0\u00bb de la polici\u00e8re retiennent toute la compassion des \u00ab\u00a0journalistes\u00a0\u00bb<sup>3<\/sup>, la personne du malade elle, n\u2019existe pas, elle est tue. Nous ne retiendrons d\u2019elle que le mot \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb. Peu importe le drame \u00e9thique que repr\u00e9sente cette r\u00e9ification de l\u2019humain, dont la subjectivit\u00e9 est ni\u00e9e, disqualifi\u00e9e. Ici le malade n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 comme une personne, faite de son histoire, de son v\u00e9cu, travers\u00e9e par des mouvements psychiques complexes, qu\u2019il faut se donner le temps d\u2019analyser pour comprendre, mettre en sens, mais bien comme un anormal qui ne se conforme pas \u00e0 la \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme est mort sous les balles des forces de l\u2019ordre. Il n\u2019\u00e9tait pas arm\u00e9 d\u2019une arme \u00e0 feu mais d\u2019un couteau. Vaut-il la peine de convoquer cette nuance\u00a0? Vaut-il la peine de souligner que de telles situations sont toujours extr\u00eamement complexes et qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse univoque pour les traiter\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas uniquement par intuition ou par un quelconque humanisme moral mal d\u00e9grossi que nous d\u00e9fendons ces positions, mais bien pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous sommes travers\u00e9s au quotidien par ces questions, dans nos m\u00e9tiers et au travers de nos propres histoires. Nous gardons &#8211; et c\u2019est s\u00fbrement pour cela que nous nous retrouvons autour de cette commission &#8211; cette fragilit\u00e9, cette imperfection, seules \u00e0 m\u00eame de laisser de la place \u00e0 de l&rsquo;autre en nous. Nous revendiquons ce d\u00e9s\u00e9quilibre permanent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes touch\u00e9-e-s en plein c\u0153ur lorsque nous apprenons la mort d\u2019un patient, un \u00ab\u00a0malade psychiatrique\u00a0\u00bb. Et parce qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab\u00a0<b>malade <\/b>psychiatrique\u00a0\u00bb, nous savons \u00f4 combien il devait se trouver dans une grande souffrance, pris par ses angoisses, et dans une col\u00e8re extr\u00eame face \u00e0 cette intrusion dans son domicile. Col\u00e8re qui trouve s\u00fbrement un sens \u00e0 qui veut bien l\u2019\u00e9couter\u2026 Il aurait pu en \u00eatre autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette trag\u00e9die nous oblige \u00e0 affronter <i>a minima<\/i> quatre questions. Celle de l&rsquo;impact des \u00ab\u00a0hospitalisations sous contrainte\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0programmes de soins\u00a0\u00bb\u00a0protocolaires. Celle de l&rsquo;intrication des soins et des forces de l&rsquo;ordre. Celle de la destruction du service public hospitalier organis\u00e9e par les politiques au pouvoir. Et enfin, la question de la criminalisation des personnes en souffrance psychique et de la d\u00e9rive s\u00e9curitaire qu&rsquo;ils subissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous semble plus que jamais urgent de discuter collectivement de ces questions. Et pas seulement dans des commissions comme la n\u00f4tre, mais aussi au sein m\u00eame de l&rsquo;h\u00f4pital, avec l&rsquo;ensemble de celles et ceux qui sont concern\u00e9s par ces questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes d\u00e9j\u00e0 au travail pour proposer une publication plus longue qui d\u00e9veloppera ces questions et leurs corollaires. Nous sommes ouverts aux contributions et t\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Commission Psy, Soins et Accueil. \u00a019 novembre 2016 Le vendredi 2 septembre 2016, un homme est mort sous les balles des forces de l&rsquo;ordre. Cet homme \u00e9tait suivi par un des secteurs psychiatriques du Val de Marne. 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