{"id":8867,"date":"2019-05-26T10:41:54","date_gmt":"2019-05-26T10:41:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8867"},"modified":"2021-05-14T17:52:20","modified_gmt":"2021-05-14T17:52:20","slug":"la-psychiatrie-etat-durgences-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8867","title":{"rendered":"Psychiatrie: l&rsquo;\u00e9tat d\u2019urgence &#8211; PARTIE 1"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9cryptage du livre par<strong> Frank Drogoul<\/strong><\/p>\n<p><strong>1 Que sont l\u2019ali\u00e9nisme et le secteur psychiatrique tant d\u00e9cri\u00e9 ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>2 L\u2019 ali\u00e9nisme et la loi de 1838<\/strong><\/p>\n<p><strong>3 La psychiatrie ouverte ( 1926)<\/strong><\/p>\n<p><strong>4 La psychiatrie de secteur, la matrice saint-albanaise et la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie<\/strong><\/p>\n<p><strong>5 Les m\u00e9dicaments en psychiatrie<\/strong><\/p>\n<p><strong>6 Les ann\u00e9es 1970-1990 et le renouveau du secteur<\/strong><\/p>\n<p><strong>7 Les ann\u00e9es 1970, \u00e9poque de l\u2019antipsychiatrie<\/strong><\/p>\n<p><strong>8 Constat de l\u2019\u00e9tat d\u00e9sastreux de la psychiatrie depuis 30 ans<\/strong><\/p>\n<p><em>Un livre rencontre actuellement un succ\u00e8s m\u00e9diatique : Psychiatrie: l&rsquo; \u00e9tat d\u2019urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.<\/em><\/p>\n<p><em>Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie fran\u00e7aise contemporaine, les auteurs pr\u00e9tendent soutenir les luttes en cours en avan\u00e7ant leurs arguments pour une psychiatrie du XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/em><!--more--><\/p>\n<p><em>Mais c\u2019est d\u2019une place bien singuli\u00e8re dont il s\u2019agit. On pourrait dire que ce livre se pr\u00e9sente comme la revanche des CHU face \u00e0 la psychiatrie publique issue de l\u2019ali\u00e9nisme, c\u2019est-\u00e0-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre sp\u00e9cialit\u00e9 autour de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. Depuis la s\u00e9paration entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s\u2019est op\u00e9r\u00e9 entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d\u2019\u00e9voluer vers la psychiatrie et l\u2019immense majorit\u00e9 des lits et structures soignantes, issues de l\u2019ouverture aux soins des asiles psychiatriques r\u00e9gies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/em><\/p>\n<p><em>A l\u2019image des autres sp\u00e9cialit\u00e9s de la m\u00e9decine universitaire, ces services de CHU se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de s\u00e9jours psychiatriques de courte dur\u00e9e, passant la main pour la post-cure aux psychiatres lib\u00e9raux ou aux \u00e9quipes de secteur psychiatrique dans les cas o\u00f9 le patient n\u00e9cessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa dur\u00e9e ou son intensit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Au vingti\u00e8me si\u00e8cle, ces services de CHU sont rest\u00e9s \u00e9clectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur \u00e9quipe et se r\u00e9f\u00e9raient \u00e0 un si\u00e8cle de tradition psychiatrique franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, c\u2019est le positivisme qui inonde les CHU, avec la r\u00e9duction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales, une hyper sp\u00e9cialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appel\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019en est-il exactement&nbsp;? C\u2019est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d\u2019honn\u00eatet\u00e9, je n\u2019aborderai pas ici les critiques de la p\u00e9dopsychiatrie, pr\u00e9f\u00e9rant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.<\/em><\/p>\n<p><em>Ce texte critique \u00e9tant assez long, il a \u00e9tait choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.<\/em><\/p>\n<p><em>Cette premi\u00e8re partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychoth\u00e9rapie institutionnelle cause du d\u00e9sastre actuel selon les auteurs de ce livre.<\/em><\/p>\n<p><b>Que sont l\u2019ali\u00e9nisme et le secteur psychiatrique tant d\u00e9cri\u00e9&nbsp;?<\/b><\/p>\n<p>Cet ouvrage commence par une histoire rapide de la psychiatrie qui n\u2019aide absolument pas \u00e0 comprendre ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la <i>psychiatrie de secteur<\/i>, accus\u00e9e d\u2019\u00eatre responsable de l\u2019\u00e9tat pitoyable de la psychiatrie fran\u00e7aise aujourd\u2019hui.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b>L\u2019ali\u00e9nisme et la loi de 1838<\/b><\/p>\n<p>La psychiatrie n\u00e9e apr\u00e8s la r\u00e9volution fran\u00e7aise fut nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;ali\u00e9nisme&nbsp;\u00bb et le concept majeur de l\u2019ali\u00e9nisme fut baptis\u00e9 \u00ab&nbsp;<i>traitement moral&nbsp;\u00bb<\/i>. Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca oublient que le <i>traitement moral<\/i> \u00e9tait avant tout une reconnaissance de la maladie mentale comme maladie du lien social par excellence, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la traiter par une vie au sein d\u2019une n\u00e9o-soci\u00e9t\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Ainsi la loi de 1838 a instaur\u00e9 l\u2019\u00e9quation soigner = enfermer. Or ce que semblent ignorer les auteurs, c\u2019est que cette loi pr\u00e9conisait deux modes de placements&nbsp;: le placement volontaire et le placement d\u2019office. Mais le placement volontaire n\u2019\u00e9tait en rien une hospitalisation libre&nbsp;; c\u2019\u00e9tait un placement \u00e0 la demande des proches, g\u00e9n\u00e9ralement la famille. Et le placement d\u2019office \u00e9tait un placement par les autorit\u00e9 l\u00e9gales, le pr\u00e9fet ou ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>Cela a impliqu\u00e9 que pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, \u00eatre soign\u00e9 par la psychiatrie \u00e9quivalait \u00e0 \u00eatre enferm\u00e9, et \u00e0 vie, la plupart du temps.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Pinel, le p\u00e8re de l\u2019ali\u00e9nisme, suivait ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00f4n\u00e9 par Necker et Tenon, dans les ann\u00e9es qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la R\u00e9volution fran\u00e7aise&nbsp;:<\/p>\n<p><span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span>\u00ab&nbsp;<i>L\u2019h\u00f4pital est en quelque sorte un instrument qui facilite la curation&nbsp;: mais il y a cette diff\u00e9rence frappante entre un h\u00f4pital de fi\u00e9vreux ou de bless\u00e9s et un h\u00f4pital de fous curables, \u00e0 savoir que le premier offre seulement un moyen de traiter avec plus ou moins d\u2019avantages&#8230; tandis que le second fait lui-m\u00eame fonction de rem\u00e8de<\/i>&nbsp;\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Cette id\u00e9e sera la pierre centrale de l&rsquo;ali\u00e9nisme esquirolien avec ce c\u00e9l\u00e8bre aphorisme&nbsp;:<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Une maison d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s est un instrument de gu\u00e9rison&nbsp;; entre les mains d&rsquo;un m\u00e9decin habile, c&rsquo;est l&rsquo;agent th\u00e9rapeutique le plus puissant contre les maladies mentales.<\/i>&nbsp;\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Th\u00e9oricien de l&rsquo;isolement th\u00e9rapeutique, Esquirol pr\u00e9conisera la resocialisation \u00e0 travers la vie quotidienne de l&rsquo;enfermement comme base de tout traitement de la folie, et cela sous la direction du m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Le traitement moral reposait sur l\u2019agencement d\u2019une vie collective, ce qui \u00e9tait un progr\u00e8s par rapport aux contentions et isolement ant\u00e9rieurs. Certaines exp\u00e9riences furent int\u00e9ressantes, comme celles des fermes-h\u00f4pitaux. Mais dans l\u2019immense majorit\u00e9 des asiles, c\u2019est l\u2019inactivit\u00e9 qui est devenue la r\u00e8gle, avec un personnel non form\u00e9 et corv\u00e9able \u00e0 merci, et qui, par mesure d\u00e9fensive devant l\u2019angoisse que g\u00e9n\u00e8re in\u00e9vitablement la fr\u00e9quentation de patients psychotiques, est devenu une source de sur-ali\u00e9nation dans l\u2019univers de la s\u00e9gr\u00e9gation.<\/p>\n<p><b>La psychiatrie ouverte ( 1926)<\/b><\/p>\n<p>Le premier placement libre date de 1926. Il a \u00e9t\u00e9 mis en place par \u00c9douard Toulouse, pr\u00e9curseur de la psychiatrie extra-hospitali\u00e8re avec la cr\u00e9ation du premier dispensaire et des visites \u00e0 domicile. Mais ce psychiatre adh\u00e9rait \u00e0 une id\u00e9ologie s\u00e9gr\u00e9gationniste qui allait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00f4ner l\u2019eug\u00e9nisme et le maintien de l\u2019enfermement pour les malades suppos\u00e9s incurables, en r\u00e9servant la psychiatrie ouverte exclusivement aux patients curables. Soit&nbsp;! Ce nouveau partage fut un progr\u00e8s sur la norme ant\u00e9rieure qui organisait un cloisonnement entre inoffensifs et dangereux. Mais l\u2019ali\u00e9nisme resta la seule prise en charge psychiatrique pour ces personnes jug\u00e9es <i>\u00ab&nbsp;incurables&nbsp;\u00bb,<\/i> mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart selon leur degr\u00e9 de dangerosit\u00e9 et de <i>\u00ab&nbsp;d\u00e9mence<\/i>&nbsp;\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b>La psychiatrie de secteur, la matrice saint-albanaise et la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, toute l\u2019effervescence de la psychiatrie fut consacr\u00e9e \u00e0 ouvrir les asiles, dont l\u2019\u00e9tat sanitaire et humain \u00e9tait \u00e9pouvantable, afin de d\u00e9placer le centre de gravit\u00e9 des soins dans la cit\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ce fut la \u00ab&nbsp;psychiatrie de secteur,&nbsp;\u00bb exp\u00e9rience unique au monde, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle toute personne pr\u00e9sentant des troubles psychiatriques a droit \u00e0 une <b>\u00e9quipe unique<\/b> qui le suivra le temps qu\u2019il faudra, \u00e0 vie s\u2019il le faut, de l\u2019h\u00f4pital \u00e0 la cit\u00e9, de la cit\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Chaque secteur territorial devait en moyenne s\u2019occuper de la sant\u00e9 mentale dans une communaut\u00e9 de 70.000 habitants, ayant comme t\u00e2che la pr\u00e9vention, le traitement, et l\u2019aide th\u00e9rapeutique et sociale pendant l\u2019hospitalisation et \u00e0 la sortie.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Pour commencer cette lourde t\u00e2che, il fallut r\u00e9volutionner l\u2019asile de l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ouvrir vers des relais th\u00e9rapeutiques (dispensaires, h\u00f4pitaux de jour, appartements th\u00e9rapeutiques ou associatifs, foyers\u2026),<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Les pionniers de cette politique psychiatrique d\u00e9cloisonn\u00e8rent les pavillons et mirent en place des <i>clubs th\u00e9rapeutiques<\/i>, outils institutionnels pour lutter contre l\u2019apragmatisme et le statut d\u2019irresponsabilit\u00e9 des malades mentaux. C\u2019est ce qu\u2019illustre la <i>Matrice saint-albanaise, <\/i>que Fran\u00e7ois Tosquelles, (r\u00e9fugi\u00e9 de la R\u00e9volution espagnole) impulsa \u00e0 partir de 1940, en pleine guerre, durant cette sinistre \u00e9poque qui vit mourir des cons\u00e9quences de la faim plus de 40.000 malades mentaux dans les autres asiles de France. L\u2019\u00e9quipe de Saint-Alban ouvrit les quartiers d\u2019agit\u00e9s, proposa avec succ\u00e8s que des malades aillent aider les villageois dans les travaux des champs, cr\u00e9a un journal int\u00e9rieur, le <i>Trait d\u2019union<\/i>, o\u00f9 l\u2019on traitait de tout \u2013 y compris des m\u00e9dicaments, comment et pourquoi bien les prendre. Le club ouvrit \u00e9galement un cin\u00e9club dans le village pour que toute la communaut\u00e9 puisse en profiter.<\/p>\n<p>Et n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 nos nouveaux censeurs, il publia la premi\u00e8re \u00e9dition de la th\u00e8se de Lacan, en m\u00eame temps qu\u2019\u00e9taient \u00e9tudi\u00e9es la ph\u00e9nom\u00e9nologie psychiatrique, la socioth\u00e9rapie, etc.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00eatre humain est un \u00eatre de langage et c\u2019est parce qu&rsquo;il est un <i>parl\u00eatre<\/i> que la psychanalyse a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Mais l\u2019exp\u00e9rience de Saint-Alban nous transmet une dialectique bien plus int\u00e9ressante&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Les autres animaux peuvent vivre dans un milieu qui comporte le cas \u00e9ch\u00e9ant des interactions r\u00e9ciproques avec d\u2019autres animaux de la m\u00eame esp\u00e8ce ou d\u2019autres esp\u00e8ces, ce qui parfois permet de parler de \u00ab&nbsp;sociabilit\u00e9&nbsp;\u00bb de telle ou telle esp\u00e8ce animale. Ils vivent n\u00e9anmoins \u2013 et malgr\u00e9 ces interactions \u00ab&nbsp;naturelles&nbsp;\u00bb \u2013 dans un milieu naturel&nbsp;; leur destin et sa loi vitale est de s\u2019y adapter ou de p\u00e9rir.<\/i><\/p>\n<p><i>L\u2019homme n\u2019est pas un animal de la sorte. Il ne vit pas dans un milieu ainsi d\u00e9fini. Il convertit le milieu \u00ab&nbsp;naturel&nbsp;\u00bb en un \u00ab&nbsp;monde&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9ussit ainsi \u00e0 \u00ab&nbsp;humaniser la nature&nbsp;\u00bb et \u00e0 humaniser du m\u00eame coup sa vie animale, sa vie naturelle. Son destin et le processus d\u2019humanisation qui lui est propre, ne se posent jamais sous le dilemme de s\u2019adapter ou p\u00e9rir. Il construit avec les autres hommes un monde dans lequel il \u00ab&nbsp;se fera homme&nbsp;\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Le maniement de l\u2019outil et la civilisation que cela a engendr\u00e9e sont ainsi la grande sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Nous devenons humains par le langage et le travail. Mais le travail qui est constitutif de notre humanit\u00e9 n\u2019a rien avoir avec le travail salari\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste in\u00e9galitaire. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de reconna\u00eetre que les conditions de travail, les rapports hi\u00e9rarchiques, les cloisonnements institutionnels, l\u2019irresponsabilisation des malades doivent \u00eatre trait\u00e9s si l\u2019on veut d\u00e9j\u00e0 que l\u2019environnement ne soit<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp; <\/span>pas trop pathog\u00e8ne pour les patients les plus fragiles.<\/p>\n<p>La psychiatrie est ainsi la sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale qui vient accueillir et traiter les maladies sp\u00e9cifiquement humaines. Et si le n\u00e9vros\u00e9 poids-moyen-occidental peut s\u2019en sortir avec la <i>cure type<\/i> analytique, la th\u00e9orie du transfert a d\u00fb s\u2019adapter, dans la pratique, \u00e0 ceux pour qui la cure type ne peut suffire, voire serait dangereuse.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Toute cette dynamique d\u2019exp\u00e9riences, sans oublier celle de Lucien Bonnaf\u00e9 qui s\u2019attela \u00e0 inverser la logique asilaire en montant des \u00e9quipes de secteur dans la cit\u00e9, sans attendre l\u2019ouverture des lits du secteur, fut le fait d\u2019une minorit\u00e9 de psychiatres et d\u2019infirmiers appel\u00e9s \u00e0 jouer un r\u00f4le central dans l\u2019innovation des soins. Ce sont ces m\u00eames psychiatres autour de Daumezon, qui, en s\u2019appuyant sur les CMEA, mirent en place la formation des infirmiers psychiatriques.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ces pionniers ne furent pas nombreux, mais pas moins que ne le sont les adeptes actuels des centres experts et autres prises en charge ayant la caract\u00e9ristique d\u2019\u00eatre les plus courtes possible, au nom d\u2019un nouveau gage de pseudo-scientificit\u00e9 psychiatrique&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, en lisant ce livre, il est impossible de comprendre ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 la politique de secteur psychiatrique et la psychoth\u00e9rapie institutionnelle dont ils ne cessent de louer le d\u00e9passement, en quoi a consist\u00e9 ce renversement de la fonction infirmi\u00e8re dans ce qui devait \u00eatre l\u2019\u00e9quipe unique, s\u2019occupant, avec les patients, de tout ce qui a trait \u00e0 la vie quotidienne, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital comme dans les lieux de soins et associatifs de la cit\u00e9. La premi\u00e8re journ\u00e9e annuelle de psychoth\u00e9rapie institutionnelle impuls\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quipe de Sainte-Gemmes sur Loire autour de Pierre Delion s\u2019intitulait<i> \u00ab&nbsp;les tables, le linge et les couloirs&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Ce renversement n\u00e9cessaire tient encore \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie dans la m\u00e9decine. Un infirmier de m\u00e9decine somatique doit \u00eatre le technicien de l\u2019application parfaite des protocoles prescrits par les m\u00e9decins. Qu\u2019il le fasse avec le sourire ou pas, cela n\u2019a gu\u00e8re d\u2019importance pour la m\u00e9decine telle qu\u2019elle est actuellement dispens\u00e9e, m\u00eame si nous savons que ce n\u2019est pas sans effet.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>En revanche, l\u2019infirmier psychiatrique doit inventer les soins, car ce n\u2019est toujours que dans l\u2019apr\u00e8s coup que l\u2019on peut mesurer si une prise en charge collective, centr\u00e9e sur les relations individuelles, la resocialisation \u00e0 travers la vie quotidienne et la gestion du club, a eu un effet positif sur tel ou tel patient et sur l\u2019ambiance du collectif.<\/p>\n<p><b>Les m\u00e9dicaments en psychiatrie<\/b><\/p>\n<p>Ces pionniers du secteur psychiatrique s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 toutes les sciences humaines pour comprendre le fait psychotique et psychopathologique. Mais ils \u00e9taient avides de tout progr\u00e8s scientifique qui pourraient soulager les malades.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Le largactil (1952) et le tofranil (1956) vinrent s\u2019ajouter aux cures de sakel, aux packings et aux \u00e9lectrochocs. Mais la majorit\u00e9 des chefs de service, notables locaux, saut\u00e8rent sur l\u2019occasion pour g\u00e9rer leur service asilaire avec des patients bavant et ayant pris trente kilos. Ce qui fit dire \u00e0 Lucien Bonnaf\u00e9 cette phrase \u00e0 m\u00e9diter&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Ils veulent faire oublier ce que nous avons fait avant l\u2019\u00e8re des neuroleptiques&nbsp;!<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ce rappel n\u2019est en rien un appel \u00e0 ne pas s\u2019appuyer sur les psychotropes. Il veut souligner le fait que les th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicamenteuses sont une aide pour soigner les patients, mais en aucun cas le point central des soins, \u00e0 la diff\u00e9rence des autres sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales. Et cela pour un moment encore\u2026<\/p>\n<p><b>Les ann\u00e9es 1970-1990 et le renouveau du secteur<\/b><\/p>\n<p>Les ann\u00e9es soixante furent celles de la glaciation. Michel Poniatowski ferma le bureau des maladies mentales au minist\u00e8re de la sant\u00e9 et toutes les nouvelles dotations pour l\u2019extra-hospitalier furent gel\u00e9es jusqu\u2019au renouveau de la psychiatrie de secteur dix ans plus tard, dans le sillage des journ\u00e9es de mai. C\u2019est d\u2019ailleurs lors de la gr\u00e8ve de mai-juin 1968 qu\u2019est n\u00e9 le club th\u00e9rapeutique d\u2019Angers, sous l\u2019impulsion de Jean Colmin. Pourquoi les patients p\u00e2tiraient encore de notre gr\u00e8ve, alors que c\u2019est pour eux que nous la faisons&nbsp;? Eh bien ils la firent avec eux\u2026 Cette exp\u00e9rience est importante car les deux secteurs institutionnels d\u2019Angers ont form\u00e9 les m\u00e9decins, psychologues et infirmiers qui reprirent le flambeau de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, et la firent essaimer dans l\u2019Hexagone. Qu\u2019en reste-t-il&nbsp;? Assez d\u2019exp\u00e9riences, d\u2019\u00e9crits et d\u2019\u00e9quipes qui travaillent toujours face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 croissante des directives administratives. Mais, s\u2019il faut dix ans pour commencer \u00e0 pouvoir travailler avec les outils d\u00e9sali\u00e9nant que sont le club et sa commission financi\u00e8re, six mois suffisent \u00e0 tout d\u00e9truire de fa\u00e7on autoritaire. Nos jours sont donc probablement compt\u00e9s.<\/p>\n<p>On pourrait nous dire, en lisant cette introduction, que la psychiatrie ne peut pas s\u2019occuper que des seuls schizophr\u00e8nes. Mais dans la pratique, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019une \u00e9quipe qui a mis en place un fonctionnement institutionnel pour accueillir les schizophr\u00e8nes, prend en charge les pathologies moins handicapantes avec beaucoup plus de facilit\u00e9. En outre, ce qui est totalement absent de leur nouvelle psychiatrie, c\u2019est la prise en compte du fait que la d\u00e9socialisation amicale des malades psychiatriques n\u2019est pas seulement due \u00e0 la stigmatisation de la folie. Notre soci\u00e9t\u00e9 aujourd\u2019hui est sans piti\u00e9 pour ceux qui vont mal et s\u2019isolent progressivement. Et nous avons des centaines d\u2019histoire de vie dans lesquelles des patients d\u00e9prim\u00e9s, alcooliques, bipolaires, s\u2019en sortent enfin en trouvant un milieu th\u00e9rapeutique qui les aident \u00e0 se reconstruire, en participant \u00e0 la vie du club.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi quand les auteurs de ce livre nous annoncent que la \u00ab&nbsp;<i>psychiatrie paternaliste&nbsp;\u00bb <\/i>est finie gr\u00e2ce \u00e0 ce qu\u2019ils pr\u00e9conisent&nbsp;\u2013 des <i>\u00ab&nbsp;contrats th\u00e9rapeutiques&nbsp;\u00bb<\/i>, des pairs aidants et une plus grande coop\u00e9ration avec les familles&nbsp;\u2013, ils ne montrent qu\u2019une seule chose, c\u2019est qu\u2019ils ne savent pas de quoi ils parlent.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ce livre se veut la victoire des CHU sur le <i>\u00ab&nbsp;post ali\u00e9nisme&nbsp;\u00bb<\/i> qu\u2019\u00e9tait la psychiatrie de secteur, m\u00eame si, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, bien peu d\u2019\u00e9quipes ont essay\u00e9 et essayent toujours de cultiver la logique du secteur psychiatrique qui cultive les liens dans la cit\u00e9. Les auteurs ont beau le d\u00e9plorer, heureusement qu\u2019une majorit\u00e9 de psychiatres ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s en tant qu\u2019internes dans les services de secteur, et non pas dans les CHU o\u00f9 l\u2019on n\u2019apprend pas \u00e0 suivre les patients dans leurs difficult\u00e9s \u00e0 vivre avec les autres. C\u2019est pourtant cela la psychiatrie. Et ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que \u00ab&nbsp;<i>Fondamental&nbsp;<\/i>\u00bb, la fondation de ces deux auteurs, ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 promouvoir de mani\u00e8re \u00ab&nbsp;<i>p\u00e9renne&nbsp;\u00bb<\/i> ses services<i> d\u2019expertise diagnostique,<\/i> le nouveau Graal de la psychiatrie, qui vont siphonner en priorit\u00e9 les trop rares nouveaux soignants form\u00e9s. Encore des soignants en moins pour s\u2019occuper des patients qui ne pourront pas s\u2019offrir la psychiatrie priv\u00e9e, elle aussi dans un piteux \u00e9tat quant \u00e0 la d\u00e9mographie des psychiatres lib\u00e9raux.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b>Les ann\u00e9es 1970, \u00e9poque de l\u2019antipsychiatrie<\/b><\/p>\n<p>Les auteurs, se voulant \u00e9clectiques, abordent m\u00eame le courant antipsychiatrique des ann\u00e9es 1970 qui a conduit au grand mouvement mondial de d\u00e9sinstitutionalisation.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Comme pour \u00c9douard Toulouse, il est important de noter \u00e0 ce sujet que dans cette grande entreprise de d\u00e9sinstitutionalisation, le gauchisme de cette \u00e9poque a rejoint les directives minist\u00e9rielles et la s\u00e9gr\u00e9gation, sans vraiment s\u2019en rendre compte.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Par exemple, le livre <i>Asilium <\/i>de Goffman, cit\u00e9 pas nos auteurs, fut une commande du Pr\u00e9sident de la Californie, Ronald Reagan, avant qu\u2019il ne devienne Pr\u00e9sident des USA. C\u2019est en se fondant sur l\u2019\u00e9tude d\u00e9nomm\u00e9e <i>Asilium<\/i>, <i>Total institution <\/i>(l\u2019arm\u00e9e, les couvents, la prison et les asiles psychiatriques) que les h\u00f4pitaux psychiatriques californiens furent ferm\u00e9s sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me et sans attendre que les pratiques alternatives ne soient en place. En France, tout un mouvement se r\u00e9clamant de la psychiatrie italienne pr\u00f4na \u00e9galement la fermeture d\u00e9finitive de tous les lits psychiatriques, en dehors des centres de crise \u00e0 dur\u00e9e maximum d\u2019hospitalisation de 9 jours&nbsp;! Il est vrai que la fermeture des lits pr\u00f4n\u00e9e par Reagan ou Thatcher n\u2019avait rien avoir avec le mod\u00e8le de psychiatrie hors des murs de Basaglia. Mais il faut se rappeler que la traduction fran\u00e7aise du titre du livre de Goffman en dit long sur la possibilit\u00e9 de penser la chose dans la gauche psychiatrique de l\u2019\u00e9poque. <i>Total institutions, <\/i>sous-titre de <i>Asilium<\/i>, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Marcel Mauss et \u00e0 son concept d\u2019<i>institutions totales<\/i>, pour d\u00e9finir les \u00e9tablissements ou organisations sociales ferm\u00e9es sur elles-m\u00eames comme le sont l\u2019arm\u00e9e, les couvents, les prisons ou l\u2019asile. Mais avec la psychiatrie de secteur, avec l\u2019h\u00f4pital psychiatrique ouvert sur la cit\u00e9, les asiles fran\u00e7ais n\u2019\u00e9taient plus ces <i>institutions totales <\/i>de la loi de 1838, et cela malgr\u00e9 la r\u00e9sistance des administrations hospitali\u00e8res. Alors pour \u00e9viter ce d\u00e9bat central, la traduction fran\u00e7aise de 1969 fut tout simplement <i>Asilium, institutions totalitaires&nbsp;! <\/i>On ne peut r\u00e9former une institution totalitaire&nbsp;! Et ainsi furent justifi\u00e9es pour 50 ans la fermeture des lits psychiatriques de secteurs, un cloisonnement quasi-militant entre les \u00e9quipes intra et extra-hospitali\u00e8res, et un passage de plus en plus massif des patients hospitalis\u00e9s dans le m\u00e9dico-social \u00e0 moindre coup, m\u00e9dico-social qui a trop souvent consist\u00e9 \u00e0 ouvrir des <i>institutions totales<\/i> pour nos patients devenus <i>handicap\u00e9s<\/i>, les MAS, dans les pavillons vid\u00e9s des h\u00f4pitaux psychiatriques&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la glaciation de l\u2019extra-hospitalier des ann\u00e9es 1960, les artisans et th\u00e9oriciens de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle se sont trouv\u00e9s stigmatis\u00e9s comme responsables de la continuit\u00e9 de la lourdeur asilaire&nbsp;; les clubs th\u00e9rapeutiques furent m\u00eame condamn\u00e9s comme ayant \u00e9t\u00e9 une fausse d\u00e9mocratisation ali\u00e9nante, du fait m\u00eame qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas tourn\u00e9s vers la cit\u00e9 et que l\u2019asile n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9formable&nbsp;! Heureusement, quelques \u00e9quipes s\u2019acharnent \u00e0 d\u00e9montrer depuis des ann\u00e9es que la dialectique entre l\u2019extra- et l\u2019intra-hospitalier ainsi que la lutte contre les cloisonnements institutionnels qui se dressent contre la gu\u00e9rison sont d\u2019autant plus favoris\u00e9es avec les outils de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle\u2026<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Car dans la fermeture des lits psychiatriques, il y a eu l\u2019\u00e9poque o\u00f9 cette derni\u00e8re \u00e9tait rendue possible par l\u2019ouverture de structures extra-hospitali\u00e8res et du travail dans la cit\u00e9 (1970-1990). Mais \u00e0 partir de 1985-1990, les fermetures ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es, avec l\u2019injonction d\u2019envoyer des patients inad\u00e9quats dans des \u00e9tablissements \u00ab&nbsp;<i>mieux appropri\u00e9s \u00e0 leur pathologie&nbsp;\u00bb,<\/i> en Belgique ou en France. Les ann\u00e9es 1990 et 2000 furent les \u00e9poques o\u00f9 de nombreux jeunes psychiatres, praticiens hospitaliers, \u00e9taient accueillis par leur patron avec une liste de trente noms de patients hospitalis\u00e9s qui devaient \u00eatre plac\u00e9s ailleurs dans les deux ans, pour permettre aux lits du secteur de rejoindre le centre de la cit\u00e9, avec la suppression de plus de la moiti\u00e9 des lits, sans contrepartie dans les outils de soin, et avec une s\u00e9paration d\u00e9finitive des lits de secteur en pavillons d\u2019entrants et pavillons de plus long s\u00e9jours, mais pas trop quand m\u00eame&#8230; Et dans cette nouvelle organisation hospitali\u00e8re, comme l\u2019h\u00f4pital Henri Ey \u00e0 Paris, qui a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 quatre secteurs de Perray-Vaucluse, l\u2019ergoth\u00e9rapie n\u2019est plus interne aux pavillons de soin mais est d\u00e9sormais intersectorielle \u00e0 l\u2019entresol, et un cinqui\u00e8me \u00e9tage re\u00e7oit les patients violents ou agit\u00e9s&nbsp;! Vous allez dire que la continuit\u00e9 transf\u00e9rentielle n\u2019est pas indispensable&nbsp;? Tant que les chiffres disent que vous avez raison du fait m\u00eame que tout ce que vous faites est chiffr\u00e9&nbsp;! Reste comme sympt\u00f4me le nombre croissant des hospitalisations sous contrainte et les ruptures de soins dues aux sorties pr\u00e9matur\u00e9es, sans parler de l\u2019explosion des contentions.<\/p>\n<p><b>Constat de l\u2019\u00e9tat d\u00e9sastreux de la psychiatrie depuis 30 ans<\/b><\/p>\n<p>Ainsi arrivons-nous \u00e0 ce constat effroyable que <i>psychiatrie&nbsp;: \u00e9tat d\u2019urgence&nbsp;! <\/i>d\u00e9peint avec une d\u00e9magogie mensong\u00e8re, car cela lui permet de montrer du doigt la psychiatrie de secteur qui ne permettrait plus aujourd\u2019hui que la psychiatrie moderne se d\u00e9ploie.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ce qui est notable dans cet ouvrage, c\u2019est qu\u2019au milieu d\u2019une avalanche de chiffres statistiques, il n\u2019y a aucun recensement de l\u2019h\u00e9morragie du nombre de soignants en psychiatrie depuis 1990. Pas un mot sur la fin de la formation et du dipl\u00f4me d\u2019infirmier de secteur psychiatrique (1992) et de l\u2019internat psychiatrique, tant dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 que dans le nombre de soignants form\u00e9s, qui a \u00e9t\u00e9 diminu\u00e9 par dix, alors m\u00eame que les gros contingents de d\u00e9part en retraite sont pr\u00e9vus depuis longtemps pour la d\u00e9cennie 2010-2020.<\/p>\n<p>Le rapport Bachelot-Narquin (2009) nous mettait d\u00e9j\u00e0 en garde&nbsp;:<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>L&rsquo;\u00e9tat des lieux dress\u00e9 en 2007 indique une densit\u00e9 de 22\/100 000 habitants (dans la moyenne des pays de l\u2019OCDE) avec un \u00e2ge moyen de 51,6 ans (pour 48,2 en 2000) et 22% de psychiatres de 60 ans et plus. La r\u00e9partition sur le territoire est fortement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e avec 80% des praticiens exer\u00e7ant dans des villes de plus de 50 000 habitants et une forte in\u00e9galit\u00e9 entre les r\u00e9gions. Enfin de nombreux postes vacants dans les \u00e9tablissements publics de sant\u00e9 (PH temps plein 25% ; PH temps partiel 40%) confirment les difficult\u00e9s quantitatives d\u00e9mographiques de la profession.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>Cette situation risque de s\u2019aggraver \u00e0 moyen terme compte tenu des perspectives de diminution du nombre de psychiatres d\u2019ici \u00e0 2025 (36 %)<\/i>.&nbsp;\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et devant ce constat, ce rapport regrettait que seulement 280 postes d\u2019internes en psychiatrie soient ouverts pour l\u2019ann\u00e9e 2008, pour une population d\u2019environ 15.000 psychiatres, dont la moiti\u00e9 en lib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Ainsi en 2007, sur 5285 postes hospitaliers en temps-plein, 1138 \u00e9taient vacants&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais rassurons-nous, avec 22,8 psychiatres pour 100.000 habitants nous sommes sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne de l\u2019OCDE. Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas la d\u00e9mographie mais la <i>r\u00e9partition territoriale&nbsp;! <\/i>Pour les infirmiers, ce rapport nous pr\u00e9venait d\u00e9j\u00e0 que 40% des infirmiers en psychiatrie prendraient leur retraite dans les cinq ans, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant 2015&nbsp;!<\/p>\n<p>Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait pour contrer cette \u00e9volution, alors pourquoi les choses changeraient-elles avec ce livre, surtout si les auteurs oublient volontairement d\u2019en parler&nbsp;?<\/p>\n<p>Cet ouvrage se contente de noter que dans l\u2019extra-hospitalier, \u00ab&nbsp;<i>l\u2019engorgement des structures n\u2019est pas n\u00e9cessairement li\u00e9 \u00e0 la hausse des pr\u00e9valences des pathologies. Cette augmentation de la demande serait \u00e9galement l\u2019une des cons\u00e9quences positives du processus de d\u00e9stigmatisation, qui se traduit par un plus fort adressage de la part des acteurs de premi\u00e8res ligne et par un besoin accru de prise en compte de ce qui appara\u00eet comme un trouble<\/i>.&nbsp;\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp; <\/span>Dans la m\u00eame page, les propositions pour rem\u00e9dier \u00e0 cet \u00e9tat de fait sont les t\u00e9l\u00e9consultations et les \u00e9quipes mobiles&nbsp;! Rien sur les centaines de th\u00e9rapeutes non remplac\u00e9s dans les structures publiques gratuites, ni sur l\u2019explosion des d\u00e9passements d\u2019honoraires des psychiatres recevant en lib\u00e9ral&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9cryptage du livre par Frank Drogoul 1 Que sont l\u2019ali\u00e9nisme et le secteur psychiatrique tant d\u00e9cri\u00e9 ?&nbsp; 2 L\u2019 ali\u00e9nisme et la loi de 1838 3 La psychiatrie ouverte ( 1926) 4 La psychiatrie de secteur, la matrice saint-albanaise et la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychiatrie 5 Les m\u00e9dicaments en psychiatrie 6 Les ann\u00e9es 1970-1990 et &hellip; <a href=\"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8867\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Psychiatrie: l&rsquo;\u00e9tat d\u2019urgence &#8211; PARTIE 1<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":78,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[372],"tags":[396],"class_list":["post-8867","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-39","tag-decryptage-fondamental"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8867","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/78"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8867"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8867\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9456,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8867\/revisions\/9456"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8867"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8867"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8867"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}