{"id":8869,"date":"2019-05-26T10:46:42","date_gmt":"2019-05-26T10:46:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8869"},"modified":"2021-05-14T17:53:13","modified_gmt":"2021-05-14T17:53:13","slug":"la-psychiatrie-etat-durgences-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.collectifpsychiatrie.fr\/?p=8869","title":{"rendered":"Psychiatrie: l&rsquo;\u00e9tat d\u2019urgence &#8211; PARTIE 2"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9cryptage du livre par <strong>Frank Drogoul<\/strong><\/p>\n<p><strong>9 Bilan et perspective de cet ouvrage<\/strong><\/p>\n<p><strong>10 Que faire de l\u2019h\u00f4pital ? Les qualit\u00e9s du priv\u00e9 !<\/strong><\/p>\n<p><strong>11 Autre point central, la rapidit\u00e9 du diagnostic et du traitement m\u00e9dicamenteux<\/strong><\/p>\n<p><strong>12 La psychiatrie et la m\u00e9decine somatique<\/strong><\/p>\n<p><strong>13 Quels soins pour la psychiatrie moderne ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>14 Des th\u00e9rapies protocol\u00e9es rembours\u00e9es mais \u00e0 dur\u00e9e limit\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong>15 La revanche des CHU, GHU<\/strong><\/p>\n<p><strong>16 La recherche : Le leurre des m\u00e9ta-analyses<\/strong><\/p>\n<p><em>Un livre rencontre actuellement un succ\u00e8s m\u00e9diatique : Psychiatrie: l&rsquo;\u00e9tat d\u2019urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.<\/em><!--more--><\/p>\n<p><em>Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie fran\u00e7aise contemporaine, les auteurs pr\u00e9tendent soutenir les luttes en cours en avan\u00e7ant leurs arguments pour une psychiatrie du XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais c\u2019est d\u2019une place bien singuli\u00e8re dont il s\u2019agit. On pourrait dire que ce livre se pr\u00e9sente comme la revanche des CHU face \u00e0 la psychiatrie publique issue de l\u2019ali\u00e9nisme, c\u2019est-\u00e0-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre sp\u00e9cialit\u00e9 autour de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. Depuis la s\u00e9paration entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s\u2019est op\u00e9r\u00e9 entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d\u2019\u00e9voluer vers la psychiatrie et l\u2019immense majorit\u00e9 des lits et structures soignantes, issues de l\u2019ouverture aux soins des asiles psychiatriques r\u00e9gies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/em><\/p>\n<p><em>A l\u2019image des autres sp\u00e9cialit\u00e9s de la m\u00e9decine universitaire, ces services de CHU se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de s\u00e9jours psychiatriques de courte dur\u00e9e, passant la main pour la post-cure aux psychiatres lib\u00e9raux ou aux \u00e9quipes de secteur psychiatrique dans les cas o\u00f9 le patient n\u00e9cessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa dur\u00e9e ou son intensit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Au vingti\u00e8me si\u00e8cle, ces services de CHU sont rest\u00e9s \u00e9clectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur \u00e9quipe et se r\u00e9f\u00e9raient \u00e0 un si\u00e8cle de tradition ali\u00e9niste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, c\u2019est le positivisme qui inonde les CHU, avec la r\u00e9duction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales, une hyper sp\u00e9cialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appel\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019en est-il exactement&nbsp;? C\u2019est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d\u2019honn\u00eatet\u00e9, je n\u2019aborderai pas ici les critiques de la p\u00e9dopsychiatrie, pr\u00e9f\u00e9rant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.<\/em><\/p>\n<p><em>Ce texte critique \u00e9tant assez long, il a \u00e9t\u00e9 choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois parties.<\/em><\/p>\n<p><em>La premi\u00e8re partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychoth\u00e9rapie institutionnelle cause du d\u00e9sastre actuel selon les auteurs de ce livre.<\/em><\/p>\n<p><em>Cette seconde partie aborde l\u2019analyse que font les auteurs de ce livre de l\u2019\u00e9tat de la psychiatrie actuelle et quelques-unes de leur pr\u00e9conisation.<\/em><\/p>\n<p><b><i>Bilan et perspective de cet ouvrage<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>Que faire de l\u2019h\u00f4pital&nbsp;? Les qualit\u00e9s du priv\u00e9&nbsp;!<\/b><\/p>\n<p>La position sur les hospitalisations est bien ambigu\u00eb. Ce livre note que \u00ab&nbsp;<i>la France a d\u00e9sinstitutionnalis\u00e9, en diminuant de fa\u00e7on drastique le nombre de lits d\u2019hospitalisation (on est pass\u00e9 de 120.000 \u00e0 55.000 lits entre 1990 et 2011), sans toutefois proc\u00e9der \u00e0 la fermeture d\u2019\u00e9tablissements. Parall\u00e8lement, moins de 13.000 lits ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s dans des structures alternatives \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, incluant maisons et foyers sp\u00e9cialis\u00e9s. Nul besoin d\u2019\u00eatre statisticien pour constater que le compte n\u2019y est pas.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais plus loin, c\u2019est une nouvelle diminution des capacit\u00e9s d\u2019hospitalisation qui est pr\u00f4n\u00e9e pour d\u00e9stigmatiser la psychiatrie.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>En Angleterre, on compte en moyenne 1,6 lit en psychiatrie pour 100 000 habitants, ce chiffre s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 86,3 en France. Le syst\u00e8me de soins britannique s&rsquo;est construit sur un principe d&rsquo;autonomisation des malades. Une charte des patients, mise en place en 1990, a consacr\u00e9 l&rsquo;importance de l&rsquo;implication des usagers, notion qui est devenue centrale dans les politiques publiques de sant\u00e9 en Grande-Bretagne.<\/i>&nbsp;\u00bb On peut donc encore fermer des lits&nbsp;! L\u2019h\u00e9morragie ne s\u2019arr\u00eatera pas l\u00e0. Ces chiffres impressionnants font l\u2019impasse sur la fa\u00e7on dont les Britanniques se sont retrouv\u00e9s sans lits psychiatriques. En 1980, Thatcher ferma sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me les h\u00f4pitaux psychiatriques en m\u00eame temps qu\u2019elle licenciait tout le personnel technique des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux, pour les transformer en artisans r\u00e9pondant aux appels d\u2019offre de leur ancien employeur. Quelques ann\u00e9es plus tard, elle fit fermer les centres communautaires. La baisse des lits n\u2019a donc absolument par \u00e9t\u00e9 faite gr\u00e2ce \u00e0 une meilleure prise en charge, mais pour des raisons purement \u00e9conomico-politique. Voil\u00e0 le mod\u00e8le que l\u2019on nous propose&nbsp;!<\/p>\n<p>L\u2019esprit du secteur psychiatrique \u00e9tait d\u2019arr\u00eater la s\u00e9paration des diff\u00e9rentes pathologies pour faire avancer la d\u00e9stigmatisation de la psychiatrie et de la folie notamment, mode d\u2019\u00eatre au monde bien particulier. Aujourd&rsquo;hui, cet abord d\u00e9cloisonnant de la psychiatrie serait \u00e0 revoir, car il favoriserait la survenue d\u2019accidents&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>on assiste au m\u00e9lange<\/i> <i>de sujets fragiles, parfois \u00e2g\u00e9s, apais\u00e9s ou proches de la sortie de l&rsquo;\u00e9tablissement, avec des jeunes entrant en crise, souvent violents, de malades sans consentement avec des malades en hospitalisation libre, de schizophr\u00e8nes et psychotiques avec des malades ayant des troubles du comportement (y compris alimentaires) ou de l\u2019humeur. De tels regroupements facilitent les agressions.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ou encore \u00ab&nbsp;<i>Imaginerions-nous un canc\u00e9rologue sp\u00e9cialiste du cancer du sein recevoir en consultation des patients pour une leuc\u00e9mie&nbsp;?<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Il est certain que dans les cliniques priv\u00e9es, ici mises en avant, ce m\u00e9lange des genres n\u2019a pas lieu. Et il faut surtout noter qu\u2019avec 17% des capacit\u00e9s d\u2019hospitalisation, le priv\u00e9 assure aujourd\u2019hui 25% de l\u2019activit\u00e9 hospitali\u00e8re en psychiatrie et co\u00fbterait 720 millions d\u2019euros contre 9 milliards pour la psychiatrie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital public&nbsp;!<\/p>\n<p>Les places d\u2019hospitalisation de jour dans le priv\u00e9 ont doubl\u00e9 en cinq ans (1.600 places en tout) alors que ferment partout les structures de jour publiques. Les auteurs rappellent que les psychiatres en clinique priv\u00e9e ne pratiquent pas de d\u00e9passement d\u2019honoraires, oubliant d\u2019ajouter que si l\u2019on ne veut pas attendre des mois un lit dans les rares chambres communes, la moyenne est de 100 euros par jour de d\u00e9passement pour l\u2019h\u00f4tellerie&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais c\u2019est affirm\u00e9 clairement, la psychiatrie hospitali\u00e8re priv\u00e9e serait dynamique et \u00ab&nbsp;<i>a \u00e9volu\u00e9 vers des prises en charge \u00e0 plus haute intensit\u00e9 de soin comme l\u2019addictologie, les troubles du comportement alimentaire, la prise en charge du burn-out ou encore la g\u00e9ronto-psychiatrie.<\/i>&nbsp;\u00bb Pour \u00eatre dynamique il faut donc s\u00e9parer les pathologies et organiser des soins courts. Que deviendront ceux qui r\u00e9sistent aux nouvelles th\u00e9rapies&nbsp;? Eh bien l\u2019\u00e9quipe mobile passera une fois par semaine ou une fois par mois \u2013 quand elle existera\u2013<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp; <\/span>et sinon, les passerelles avec le m\u00e9dico-social doivent \u00eatre cultiv\u00e9es\u2026<\/p>\n<p>Nous sommes l\u00e0 au centre du d\u00e9bat \u00e9thique qui traverse la psychiatrie depuis ses origines&nbsp;: Faut-il s\u00e9parer les malades en autant de sous-sp\u00e9cialit\u00e9s que de diagnostiques moraux ou dits-scientifiques, selon les \u00e9poques&nbsp;?Et quand s\u00e9paration il y a, n\u2019arrive-t-on pas tr\u00e8s vite au tri des moins malades et des autres que la soci\u00e9t\u00e9 ne veut pas voir&nbsp;? Eh bien si&nbsp;! Un nouveau partage est aujourd\u2019hui en marche, celui dans lequel on devra gu\u00e9rir au plus vite ou passer dans le m\u00e9dicosocial avec son handicap. Le plus fort, c\u2019est que tout cela se fait au nom de la disparition de l\u2019asile&#8230; sauf pour ceux qui seront envoy\u00e9 dans les MAS, nouvelles <i>institutions totales&nbsp;<\/i>!<\/p>\n<p>Tout en louant l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e du secteur psychiatrique, les auteurs de ce livre nous invitent \u00e0 la d\u00e9poser dans les poubelles de l\u2019histoire, car inappropri\u00e9e \u00e0 la psychiatrie moderne. Le choix de leur psychiatrie du XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle est de fonctionner avec des prises en charges courtes et protocol\u00e9es pour remettre dans le circuit marchand les personnes atteintes de tel ou tel trouble, comme peuvent l\u2019\u00eatre les diab\u00e9tiques. Il y a, \u00e0 cet effet, un long chapitre sur le co\u00fbt de la psychiatrie, le co\u00fbt des soins et surtout le manque \u00e0 gagner pour la soci\u00e9t\u00e9. La priorit\u00e9 de la psychiatrie publique et priv\u00e9e va d\u00e9sormais avoir le regard fix\u00e9 sur le co\u00fbt global de la psychiatrie et donc aider en priorit\u00e9 ceux qui sont \u00e9conomiquement productifs. En effet les chiffres donn\u00e9s sont <i>\u00ab&nbsp;estim\u00e9s \u00e0 109 milliards d\u2019euros ! Ils sont r\u00e9partis selon quatre postes : le co\u00fbt m\u00e9dical li\u00e9 aux hospitalisations, aux consultations et aux m\u00e9dicaments (13,4 milliards d&rsquo;euros) ; le co\u00fbt m\u00e9dico-social (6,3 milliards d\u2019euros) ; les pertes en productivit\u00e9 (24,4 milliards d&rsquo;euros) et la perte en qualit\u00e9 de vie (65 milliards d&rsquo;euros). Cette estimation concorde avec celle pr\u00e9sent\u00e9e par la Cour des comptes en 2011, qui chiffrait ces co\u00fbts \u00e0 hauteur de 107 milliards d\u2019euros.&nbsp;\u00bb<\/i> Les pertes en productivit\u00e9 seraient ainsi plus importantes que le co\u00fbt de la psychiatrie et du m\u00e9dico-social en psychiatrie&nbsp;! il est toujours difficile de savoir comment l\u2019\u00e9tude est arriv\u00e9e \u00e0 ces r\u00e9sultats, mais ils ne sont pas l\u00e0 par hasard. Les pertes en productivit\u00e9 \u00e9tant plus importantes que le co\u00fbt des soins proprement dits, on ne peut qu\u2019en conclure que la psychiatrie doit d\u00e9sormais s\u2019adresser en priorit\u00e9 \u00e0 ceux qui ont un impact sur le manque \u00e0 gagner \u00e9conomique, d\u2019o\u00f9 la priorit\u00e9 donn\u00e9e aux th\u00e9rapies courtes qui permettent de remettre au plus vite dans le circuit marchand. Mais attention \u00e0 ceux dont les troubles persistent apr\u00e8s la fin du protocole&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Quant \u00e0 la sursp\u00e9cialisation des protocoles de soin, cela me rappelle une patiente qui \u00e9tait contente d\u2019avoir trouv\u00e9 un h\u00f4pital de jour qui prenait en charge de mani\u00e8re sp\u00e9cifique les troubles boulimiques. Mais les boulimiques vomisseurs n\u2019\u00e9taient pas admis ! Et elle finit par se demander si \u00e7a ne valait pas le coup de mentir pour avoir tout de m\u00eame droit aux soins promis !<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b>Autre point central, la rapidit\u00e9 du diagnostic et du traitement m\u00e9dicamenteux<\/b><\/p>\n<p>Les auteurs de ce livre mart\u00e8lent ce qui se dit aujourd\u2019hui partout. Le temps perdu pour \u00eatre diagnostiqu\u00e9 et enfin trait\u00e9 oblit\u00e8re la gu\u00e9rison, alors que la fonte des effectifs entra\u00eene le fait que les diagnostics sont plus tardifs, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, et que les prises en charge apr\u00e8s le diagnostic sont un vrai parcours du combattant.&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et tous les retours d\u2019expertise que j\u2019ai pu voir n\u2019ont jamais apport\u00e9 quoi que ce soit \u00e0 la prise en charge ni au diagnostic. Ces nouveaux psychiatres pseudo-scientifiques ont m\u00eame la r\u00e9ponse pr\u00eat-\u00e0-porter quand ils annoncent de but en blanc \u00e0 un jeune qu\u2019il est schizophr\u00e8ne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Il n\u2019est pas vrai que la schizophr\u00e9nie soit install\u00e9e fatalement dans l&rsquo;individu ni comme une loi g\u00e9notypique de son destin, ni comme un virus inexpugnable, ni comme une l\u00e9sion irr\u00e9versible ; elle est bien plut\u00f4t une \u201cforme de r\u00e9action\u201d qui dans chaque individu met en jeu toutes les forces et les faiblesses de son \u00eatre psychique [\u2026] s&rsquo;il arrive que le processus s&rsquo;arr\u00eate ou que le malade en triomphe, on parle de \u201cr\u00e9missions\u201d<\/i>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Il faudrait, disent-ils, commencer par un effort de recherche, recherche fondamentale et diagnostique.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Il y a fort \u00e0 parier que les diagnostics de demain ne reposeront plus sur des crit\u00e8res cliniques subjectifs, r\u00e9trospectifs et qualitatifs, mais sur des \u00e9valuations objectives, \u00e9cologiques et quantitatives, gr\u00e2ce au d\u00e9ploiement d&rsquo;outils de mesure en temps r\u00e9el. Les \u00e9valuations diagnostiques seront probablement multimodales, comportant des \u00e9l\u00e9ments symptomatiques combin\u00e9s \u00e0 des donn\u00e9es sur la biologie, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale ou l\u2019environnement.&nbsp;<\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Ils d\u00e9plorent la carence des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques en psychiatrie, le sous-financement de la recherche acad\u00e9mique, particuli\u00e8rement en France, alors que des \u00e9tudes d\u00e9montreraient que le retour sur investissement dans la recherche psychiatrique serait un des plus importants dans le domaine de la sant\u00e9&nbsp;: 37%&nbsp;!<\/p>\n<p>Dans ce chapitre, les auteurs font mine de regretter le fait que la recherche en France voit une pr\u00e9pond\u00e9rance des neurosciences et que<i> \u00ab&nbsp;seulement 12% des internes en psychiatrie font un master en sciences humaines alors que quatre fois plus en font un en neuroscience.&nbsp;\u00bb&nbsp; <\/i>Voil\u00e0 encore une des ambigu\u00eft\u00e9s de cet ouvrage qui demande une chose et son contraire.<\/p>\n<p><b>La psychiatrie et la m\u00e9decine somatique<\/b><\/p>\n<p>La psychiatrie de secteur serait responsable du fait que la France soit une lanterne rouge de l\u2019OCDE pour les diagnostics pr\u00e9coces devant \u00eatre faits par la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale. En effet, <i>\u00ab&nbsp;ce mode d\u2019organisation freine le d\u00e9veloppement d\u2019un mod\u00e8le collaboratif et tend \u00e0 exclure le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, qui est pourtant l\u2019acteur principal pour les troubles mentaux fr\u00e9quents&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/i> Mais il y a au contraire de nombreuses exp\u00e9riences d\u2019\u00e9quipes de secteur qui ont fait un travail avec les acteurs de premier plan dans la cit\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience du XIII\u00e8me arrondissement dans les ann\u00e9es 1950 mettait un infirmier psychiatrique \u00e0 la disposition des pompiers quand ils \u00e9taient appel\u00e9s pour des urgences psychiatriques (suicide, violence psychotique). Dans son premier livre, <i>Psychose toujours,<\/i> Pierre Delion pr\u00e9sente le travail du secteur de Sainte-Gemmes et le maillage mis au point avec les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes. Mais ces exp\u00e9riences ayant plus de dix ans d&rsquo;\u00e2ge sont probablement trop vieilles pour que nos deux auteurs s\u2019y attardent&nbsp;!<\/p>\n<p>Non&nbsp;! les causes de la non-articulation de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale aux \u00e9quipes psychiatriques et son manque de formation au diagnostic, pr\u00e9coce ou pas, et \u00e0 la prise en charge psychiatrique ne sont pas dues \u00e0 la psychiatrie de secteur, mais \u00e0 l\u2019absence de formation post-universitaire des m\u00e9decins, autre que celle des labos qui ont fait de la France la championne des prescriptions de benzodiaz\u00e9pine dans le monde&nbsp;!<\/p>\n<p>Au contraire, l\u00e0 o\u00f9 les \u00e9quipes se sont mises au travail, des exp\u00e9riences multiples ont \u00e9t\u00e9 faites gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019outil du secteur psychiatrique. Et elles n\u2019ont rien \u00e0 envier \u00e0 ce que pourront faire, sur le papier, les <i>case managers, <\/i>les CPTS (communaut\u00e9s territoriales de sant\u00e9) et les CLSM (conseils locaux de sant\u00e9 mentale) pr\u00e9conis\u00e9es comme une nouveaut\u00e9 dans ce livre. (cf. plus loin)<\/p>\n<p>De plus, ce livre insiste sur les d\u00e9sordres m\u00e9taboliques li\u00e9s aux maladies mentales qui ne sont pas assez pris en compte, mais sans jamais dire un mot sur les d\u00e9sordres m\u00e9taboliques iatrog\u00e8nes, avec un surpoids favoris\u00e9 par les neuroleptiques, les r\u00e9gulateurs de l\u2019humeur et certains antid\u00e9presseurs. Pourquoi cet oubli&nbsp;? Probablement pour nous inciter \u00e0 penser, que la psychiatrie est tr\u00e8s proche de la m\u00e9decine et que les troubles endocriniens sont probablement li\u00e9s \u00e0 la cause des troubles mentaux pour qu\u2019il y en ait tant, sans vraiment nous l\u2019\u00e9crire.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019urgence de maintenir p\u00e9renne les centres experts, qui imposent le DSM comme seule r\u00e9f\u00e9rence diagnostique, le raisonnement est pour le moins simpliste&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Les cinq premi\u00e8res ann\u00e9es de la maladie sont une phase cruciale, durant laquelle les chances de r\u00e9mission sont les plus grandes. Elles sont \u00e9galement associ\u00e9es \u00e0 une meilleure r\u00e9ponse au traitement. Les retards au diagnostic et l&rsquo;absence de traitement qui en d\u00e9coule gr\u00e8vent de fa\u00e7on dramatique le pronostic de la maladie et la qualit\u00e9 de vie des personnes malades. Ils ont des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res tant au niveau biologique que social et des cons\u00e9quences th\u00e9rapeutiques<\/i>.&nbsp;\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ce retard au diagnostic serait d\u00fb \u00e0 de multiples facteurs&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>La stigmatisation qui entoure les maladies et freine de nombreux patients au moment d&rsquo;aller consulter ;<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>La complexit\u00e9 de l&rsquo;offre de soins et les d\u00e9lais d\u2019attente : qui aller voir et dans quels d\u00e9lais&nbsp;;<\/i><\/p>\n<p><i>Le cloisonnement entre m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et psychiatre, qui limite la capacit\u00e9 des m\u00e9decins de premi\u00e8re ligne (p\u00e9diatres, g\u00e9n\u00e9ralistes, et.) \u00e0 orienter les patients vers les services qui permettraient d&rsquo;assurer leur prise en charge rapide ;&nbsp;<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>La complexit\u00e9 des sympt\u00f4mes et l&rsquo;absence de marqueurs biologiques qui permettraient d&rsquo;\u00e9tablir des diagnostics fiables<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Faire un diagnostic fiable \u00e9tant impossible par les marqueurs biologiques, il nous faudrait donc des centres tout sp\u00e9cialement pour cette t\u00e2che. Mais on oublie que tous ces experts qui pr\u00f4nent le diagnostic pr\u00e9coce sont des psychiatres qui ne veulent et ne savent pas suivre les patients sur un long cours, semaine apr\u00e8s semaine. Que leur d\u00e9sir soit orient\u00e9 dans ce sens n\u2019est pas \u00e9tonnant, mais d\u2019ici \u00e0 en faire une priorit\u00e9, sur le papier, car le d\u00e9lai d\u2019attente pour un premier rendez-vous va \u00eatre croissant, c\u2019est tout simplement de l\u2019escroquerie.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b>Quels soins pour la psychiatrie moderne&nbsp;?<\/b><\/p>\n<p>On peut dire que le chapitre sur les th\u00e9rapies est lapidaire \u00e9tant donn\u00e9 le parti pris de ne retenir dans les psychoth\u00e9rapies que celles qui sont protocol\u00e9es autour de publications et sont limit\u00e9es dans le temps&nbsp;:<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<ul>\n<li>Les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/li>\n<li>La psycho-\u00e9ducation<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/li>\n<li>La rem\u00e9diation cognitive<\/li>\n<li>L\u2019entra\u00eenement aux habilet\u00e9s sociales<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/li>\n<li>Les th\u00e9rapies interpersonnelles et des rythmes sociaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Bien entendu, les psychoth\u00e9rapies psychanalytiques sont jug\u00e9es inefficaces et dangereuses. \u00ab&nbsp;<i>Aujourd\u2019hui des familles se voient arracher leurs enfant au motif que les m\u00e8res seraient \u00e0 l\u2019origine des troubles, voire les inventeraient\u2026<\/i>&nbsp;\u00bb&nbsp;! \u00c9ternel et m\u00eame refrain en boucle&nbsp;! Comme si, depuis vingt ans, les pseudo-analystes qui professaient ces sornettes n\u2019avaient pas appris \u00e0 se taire&nbsp;!<\/p>\n<p>Et de finir ce point sur la controverse du packing que leurs adeptes veulent interdire comme <i>\u00ab&nbsp;torture \u00e0 enfant&nbsp;\u00bb,<\/i> en oubliant bien entendu que ce qui a pouss\u00e9 Pierre Delion \u00e0 commencer le packing chez les enfants autistes fut son refus, en arrivant comme m\u00e9decin-chef au Mans, de faire comme les m\u00e9decins-chefs pr\u00e9c\u00e9dents qui semblaient ne pas entendre le bruit assourdissant d\u2019un autiste tr\u00e8s r\u00e9gress\u00e9 et abandonn\u00e9, se cognant toute la journ\u00e9e la t\u00eate sur les radiateurs du service&nbsp;! Mais le packing reposant essentiellement sur l\u2019accueil et la mise en commun des ressentis contre-transf\u00e9rentiels, on comprend que cela ne soit pas en vogue dans cette nouvelle psychiatrie qui, de toutes les mani\u00e8res, ne suit pas les autistes autant r\u00e9gress\u00e9s. Car ne l\u2019oublions pas, Fondamental ne s\u2019adresse qu\u2019aux \u00ab&nbsp;<i>autistes de haut niveau&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>De plus, \u00e0 l\u2019appui de l\u2019inefficacit\u00e9 des abords psychanalytiques vient l\u2019\u00e9ternel rapport de l\u2019INSERM de 2012, un rapport tr\u00e8s controvers\u00e9 en raison de sa partialit\u00e9, et qui choisit comme th\u00e9rapie analytique de r\u00e9f\u00e9rence les <i>th\u00e9rapies br\u00e8ves,<\/i> mises au point par des soignants qui travaillent dans des centres de tr\u00e8s court s\u00e9jour.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>L\u2019ennui, c\u2019est que ce maniement de l\u2019outil analytique est \u00e0 mille lieues de ce que les pionniers de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, donc de la psychiatrie de secteur, nous ont transmis, comme nous l\u2019avons expliqu\u00e9 plus haut.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>La psychiatrie de secteur \u00e9tait l\u2019outil institutionnel indispensable pour sortir tous ces patients, schizophr\u00e8nes pour la plupart, qui pouvaient vivre schizophr\u00e8ne dans la cit\u00e9, avoir un travail, construire une famille, au lieu de se s\u00e9dimenter dans des asiles aux conditions de vie effroyables. Dans les ann\u00e9es 1950, tout \u00e9tait cloisonn\u00e9, les patients n\u2019avaient souvent ni couteau ni fourchette (trop dangereux&nbsp;!), ils portaient l\u2019uniforme et passaient leur vie dans un univers unisexe&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Soigner l\u2019h\u00f4pital \u00e9tait le pr\u00e9alable&nbsp;; et le soigner consistait \u00e0 l\u2019ouvrir et \u00e0 interroger les relations \u00e9conomiques et relationnelles dans les pavillons hospitaliers. Et en premier lieu, le carcan hi\u00e9rarchique. Comme l\u2019on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, <i>les infirmiers boivent et les malades trinquent<\/i>. Mais si l\u2019alcoolisme a c\u00e9d\u00e9, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers la formation, les premi\u00e8res r\u00e9unions pour parler des malades, puis celles pour parler avec les malades de la mani\u00e8re d\u2019am\u00e9liorer la vie quotidienne. Et ces \u00e9quipes pionni\u00e8res ont laiss\u00e9 toute une litt\u00e9rature foisonnante sur les d\u00e9bats qui pouvaient avoir lieu dans les ann\u00e9es 1945-60, d\u00e9bats \u00e0 partir de pratiques r\u00e9elles interrog\u00e9es et autocritiqu\u00e9es en permanence.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que la pratique analytique est entr\u00e9e dans la psychiatrie fran\u00e7aise. Si le moteur de la cure-type analytique est le transfert, qu\u2019en est-il du transfert psychotique, Freud ayant consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait impossible&nbsp;? Ainsi, sur les pas de Fran\u00e7ois Tosquelles, toute transformation de l\u2019h\u00f4pital dans un sens d\u00e9sali\u00e9nant vise \u00e0 rendre possible le fragile transfert avec les schizophr\u00e8nes les plus dissoci\u00e9s, et toute la politique et l\u2019organisation des structures extra-hospitali\u00e8res de la m\u00eame \u00e9quipe de secteur repose sur la <b>n\u00e9cessaire continuit\u00e9 transf\u00e9rentielle,<\/b> si l\u2019on veut que le retour ou le maintien dans la cit\u00e9 se passe au mieux.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ajoute les instances du club th\u00e9rapeutique, ces espaces o\u00f9 les soignants, quel que soit leur statut, partagent des moments choisis avec les patients, en d\u00e9cidant ensemble de la vie quotidienne dans ces lieux o\u00f9 le soin est cens\u00e9 advenir et de la gestion financi\u00e8re des activit\u00e9s du club, on peut imaginer la complexit\u00e9 du travail psychiatrique et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019analyser le transfert multir\u00e9f\u00e9rentiel (Fran\u00e7ois Tosquelles) ou dissoci\u00e9 (Jean Oury).<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Cette pratique centr\u00e9e sur l\u2019analyse du transfert et du contre-transfert, associ\u00e9e \u00e0 la remise en question de la hi\u00e9rarchie bureaucratique, n\u2019a jamais rechign\u00e9, au contraire, \u00e0 employer les m\u00e9dicaments d\u00e8s qu\u2019il furent commercialis\u00e9s et m\u00eame souvent plus t\u00f4t. Roland Kuhn, qui a d\u00e9couvert le premier antid\u00e9presseur, faisait partie de la psychiatrie ph\u00e9nom\u00e9nologique, puis il participa \u00e0 l\u2019entreprise lanc\u00e9e par Jacques Schotte de fonder une psychiatrie scientifique, en s\u2019appuyant sur une articulation entre la psychiatrie ph\u00e9nom\u00e9nologique et l\u2019\u0153uvre freudienne, afin d\u2019int\u00e9grer, dans une psychiatrie renouvel\u00e9e, les dimensions ou catastrophes existentielles laiss\u00e9e en suspens chez Freud, que sont la schizophr\u00e9nie et les troubles de l\u2019humeur autres que la classique psychose maniaco-d\u00e9pressive isol\u00e9s par L\u00e9opold Szondi d\u00e8s les ann\u00e9es trente. Sur ce sujet, il est int\u00e9ressant de noter que L\u00e9opold Szondi a refus\u00e9 de sortir l\u2019\u00e9pilepsie, sous pr\u00e9texte qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cel\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019invention de l\u2019\u00e9lectro-enc\u00e9phalogramme, un substratum physiologique expliquant les crises. Mais si les neurologues s\u2019occupent des crises, plus personne ne sait aider la personne \u00e9pileptique grave&nbsp;! L\u2019\u00e9ducation th\u00e9rapeutique pourra lui permettre de mieux conna\u00eetre et suivre son traitement&nbsp;; mais apr\u00e8s&nbsp;? quand on sait que plus de 90% des \u00e9pileptiques ont encore une \u00e9pilepsie essentielle, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans cause \u00e9tiologique que retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous sommes loin de la d\u00e9marche du DSM, aujourd\u2019hui impos\u00e9e par toute l\u2019industrie pharmaceutique et par les CHU, seule retenue comme valide dans cet ouvrage. Le DSM se vante d\u2019\u00eatre une bible diagnostique <i>a-th\u00e9orique<\/i> pour \u00eatre mieux scientifique, mais il fait pourtant bien un choix, celui de d\u00e9cider qu\u2019en psychiatrie, les th\u00e9ories l\u00e9gu\u00e9es par ces cliniciens qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s sont devenues obsol\u00e8tes. Car bient\u00f4t, disent-ils, les marqueurs biologiques nous permettront de poser un diagnostic sans passer par la clinique <i>\u00ab&nbsp;subjective&nbsp;\u00bb<\/i>, et les avanc\u00e9es des neurosciences et de l\u2019engineering neurologique nous donneront la clef des troubles mentaux\u2026<\/p>\n<p>Comme dit son l\u2019\u00e9pigraphe du chapitre sur les suicides&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>laissons, nous m\u00e9decins, les discussions philosophiques aux philosophes.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><b>Des th\u00e9rapies protocol\u00e9es rembours\u00e9es mais \u00e0 dur\u00e9e limit\u00e9e<\/b><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Il est urgent de poursuivre le d\u00e9ploiement sur tout le territoire du remboursement de s\u00e9ances de psychoth\u00e9rapie par des professionnels form\u00e9s. Ce remboursement s&rsquo;effectuera dans le cadre d\u2019un protocole de soins. Leur nombre reste \u00e0 d\u00e9finir selon la gravit\u00e9 de la pathologie<\/i>&nbsp;\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et de nous proposer une exp\u00e9rience de la CPAM de quatre d\u00e9partements pour deux ans depuis 2018, o\u00f9 \u00ab&nbsp;<i>le patient consulte d&rsquo;abord son m\u00e9decin traitant qui lui prescrit une s\u00e9ance d&rsquo;\u00e9valuation de 45 minutes aupr\u00e8s d&rsquo;un psychologue conventionn\u00e9. Si ce dernier d\u00e9c\u00e8le un \u2018trouble mental\u2019, il peut alors effectuer 10 s\u00e9ances de soutien d&rsquo;une demi-heure, puis 10 autres s\u00e9ances de 45 minutes dons le cas o\u00f9 les troubles persistent. Pour ces 20 s\u00e9ances maximum, le psychologue est r\u00e9gl\u00e9 directement par la CPAM, sans d\u00e9passement d\u2019honoraires possible<\/i>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Finie la gratuit\u00e9 de la psychiatrie de secteur au pr\u00e9texte des effets n\u00e9fastes de la dotation globale hospitali\u00e8re !<\/p>\n<p>Finis les soins de longue dur\u00e9e adapt\u00e9s \u00e0 chacun, car si un schizophr\u00e8ne peut tenir avec un rendez-vous de 10 minutes par mois avant son injection retard, pour d\u2019autres, s\u2019ils ne voient pas leur th\u00e9rapeute au moins deux fois par semaine, les choses ne tiennent pas et lentement tout s\u2019\u00e9croule, l\u2019isolement et la d\u00e9socialisation se mettent en marche.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>M\u00eame les statistiques sur le suicide sont l\u2019occasion de proposer une nouvelle organisation des soins, comme si rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 fait avant la naissance de Fondamental.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et ainsi de vanter une exp\u00e9rience de la CPAM de Paris, qui assure le paiement des honoraires des psychologues sur la base de 26 s\u00e9ances par an et par enfant, ainsi que trois entretiens avec la famille.<\/p>\n<p>L\u2019obnubilation de nos auteurs est bien le co\u00fbt de la psychiatrie, tant dans les soins que dans le manque \u00e0 gagner \u00e9conomique global.<\/p>\n<p>Nous apprenons ainsi que la psychiatrie est la sp\u00e9cialit\u00e9 qui co\u00fbte le plus cher \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (23 milliards d\u2019euros annuels contre 16 pour les maladies cardio-vasculaires et 17,4 pour le cancer). Et m\u00eame si les auteurs rel\u00e8vent les d\u00e9fauts de la tarification \u00e0 l\u2019activit\u00e9, tout vaut mieux pour eux que l\u2019enveloppe globale et les soins gratuits du secteur psychiatrique&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>On constate aujourd\u2019hui que la tarification \u00e0 l\u2019activit\u00e9 peine \u00e0 prendre en compte les co\u00fbts \u00e0 long terme d\u2019une pathologie. L\u00e0 o\u00f9 un tel syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 mis en place en psychiatrie, il a conduit \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019\u00e9cr\u00e9mage : les \u00e9tablissements ont alors tendance \u00e0 s\u00e9lectionner les patients les moins compliqu\u00e9s. Il s\u2019est aussi accompagn\u00e9 de pratiques d&rsquo;optimisation financi\u00e8re : les \u00e9tablissements d\u00e9clarent \u00e0 tort les diagnostics qui conduisent aux tarifs de s\u00e9jours les plus avantageux<\/i>.&nbsp;\u00bb Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne&nbsp;!<\/p>\n<p><b>La revanche des CHU, GHU<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/b><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Seuls 2,3% des psychiatres sont universitaires, ce qui induit un faible taux d\u2019encadrement des internes en psychiatrie autour de un pour seize<\/i>&nbsp;\u00bb. Quel m\u00e9pris pour tous ces internes qui choisissent encore la voie du secteur psychiatrique, celle o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 accompagner des patients au long cours, car sans cet accompagnement riche de th\u00e9orisations avec des apports de toute sorte de disciplines, les patients les plus fragiles finissent clochardis\u00e9s, en prison ou dans le m\u00e9dico-social pour les plus chanceux, mais au prix d\u2019un nouvel enfermement.<\/p>\n<p>Rappelons-nous que, lorsque le minist\u00e8re a d\u00e9cid\u00e9, dans les ann\u00e9es 1980, que les services de CHU rejoindraient le maillage territorial du secteur psychiatrique, ces derniers n\u2019en voulaient pas, car ils ne savent pas faire et ne veulent pas faire le travail extrahospitalier au plus pr\u00e8s de l\u00e0 o\u00f9 vivent les patients qui en ont besoin.<\/p>\n<p>Et maintenant, nos deux universitaires pr\u00e9conisent un nouveau maillage, les \u00e9quipes mobiles.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ils n\u2019y connaissent rien, ils ne savent pas ce qu\u2019ont fait les acteurs du secteur psychiatrique avant eux et nous rapportent des exp\u00e9riences outre-atlantique que les \u00e9quipes de secteurs n\u2019ont pas \u00e0 envier ,car on fait mieux et de mani\u00e8re moins bureaucratique depuis bien longtemps, car on cultive la continuit\u00e9 transf\u00e9rentielle&nbsp;! Mais leurs chiffres \u00e9pid\u00e9miologiques seraient en d\u00e9faveur du syst\u00e8me fran\u00e7ais&nbsp;!<\/p>\n<p><b>La recherche&nbsp;: Le leurre des m\u00e9ta-analyses<\/b><\/p>\n<p>Le s\u00e9rieux recherch\u00e9 dans ce livre repose donc sur une avalanche de r\u00e9sultats d\u2019analyses \u00e9pid\u00e9miologiques ou de m\u00e9ta-analyses.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Nous prendrons ici deux exemples \u00e0 l\u2019interface entre la science et l\u2019id\u00e9ologie. En effet, la psychiatrie est la sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale la plus li\u00e9e aux modes sociales et aux codes moraux. Et l\u2019on s\u2019aper\u00e7oit que le rouleau compresseur qui tend \u00e0 r\u00e9duire les maladies psychiatriques \u00e0 des maladies neuronales accentue la stigmatisation et repose sur des hypoth\u00e8ses r\u00e9guli\u00e8rement non valid\u00e9es. Loin de nous l\u2019id\u00e9e qu\u2019aucune \u00e9tiologie endog\u00e8ne ne sera retrouv\u00e9e dans les maladies psychiatriques. Mais le mouvement actuel, totalement repris dans ce livre, tend au contraire \u00e0 nier toute participation psychog\u00e8ne dans la clinique et le traitement des maladies mentales.<\/p>\n<p>Prenons par exemple ce qui est affirm\u00e9 pour la schizophr\u00e9nie. Nous apprenons ainsi que les recherches r\u00e9centes montreraient \u00ab&nbsp;<i>l\u2019interaction de facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiques et de facteurs environnementaux (&#8230;) tels que les infections pr\u00e9coces ou les stress s\u00e9v\u00e8res<\/i>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais si nous regardons de plus pr\u00e8s, on note que les facteurs infectieux reposent essentiellement sur la constatation qu\u2019il y aurait plus de schizophr\u00e8nes n\u00e9s en plein hiver, mais ceci avec moins de 2% de diff\u00e9rence par rapport aux autres saisons. Certains chercheurs \u00e9mettent m\u00eame l\u2019hypoth\u00e8se que la diff\u00e9rence statistique pourrait \u00eatre due au fait que les mois incrimin\u00e9s sont les mois du d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais comme l\u2019analyse Fran\u00e7ois Gonon, quand un scoop est mis en \u00e9vidence par une \u00e9quipe de recherche, la presse en parle imm\u00e9diatement. D\u2019autres \u00e9quipes se mettent au travail ou publient des \u00e9tudes qui contredisent ces r\u00e9sultats. Mais lorsque les r\u00e9sultats sont remis en question, le scoop a d\u00e9j\u00e0 eu lieu et la fausse croyance persiste.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est exactement ce que l\u2019on peut retrouver dans cet ouvrage au sujet des liens entre schizophr\u00e9nie et cannabis, ou entre Alzheimer et benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<p><b><i>Schizophr\u00e9nie et cannabis<\/i><\/b><\/p>\n<p>Il est ainsi affirm\u00e9 que le cannabis peut d\u00e9clencher une schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>L&rsquo;adolescence et le d\u00e9but de l\u2019\u00e2ge adulte sont des p\u00e9riodes essentielles pour la maturation c\u00e9r\u00e9brale. Le cerveau est alors particuli\u00e8rement sensible et expos\u00e9 aux facteurs de risque environnementaux, biologiques comme relationnels et \u00e9v\u00e9nementiels, traumatiques en particulier. L&rsquo;alcool est neurotoxique, il peut engendrer une alt\u00e9ration de la m\u00e9moire, particuli\u00e8rement chez les adolescents. La consommation de cannabis est un facteur de risque de psychose : elle est associ\u00e9e \u00e0 un risque de schizophr\u00e9nie multipli\u00e9 par deux. Plus la consommation est pr\u00e9coce (en particulier avant 14 ans), plus le risque est accru. Le cannabis a un effet d\u00e9clencheur (triggering effect) sur les troubles&nbsp;: la schizophr\u00e9nie d\u00e9bute en moyenne 2,7 ans plus t\u00f4t chez les sujets consommateurs de cannabis.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/i><\/p>\n<p><i>Ces facteurs de risque sont aujourd\u2019hui identifi\u00e9s. Il est possible d\u2019agir pour diminuer le d\u00e9veloppement de ces pathologies. Celui-ci n\u2019a rien d\u2019une fatalit\u00e9, puisqu&rsquo;il est sensible \u00e0 l\u2019environnement et \u00e0 une prise en charge adapt\u00e9e. Il est donc essentiel d&rsquo;informer la population sur ces connaissances<\/i>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Un excellent article de Christian Sueur d\u00e9monte ce genre de raisonnement qui se fonde sur la lecture d\u2019\u00e9tudes et de m\u00e9ta-analyses coup\u00e9es de la dimension clinique.<\/p>\n<p>Il note ainsi que la loi du 31 d\u00e9cembre 1970, loi r\u00e9pressive qui visait les h\u00e9ro\u00efnomanes et secondairement les utilisateurs de barbituriques, d\u2019amph\u00e9tamines et de coca\u00efne a conduit \u00e0 un glissement s\u00e9mantique pour y inclure finalement le cannabis. \u00c0 cette \u00e9poque, les consommateurs de marijuana \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab&nbsp;<i>marginaux&nbsp;\u00bb,<\/i> \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9motions psych\u00e9d\u00e9liques et non comme des drogu\u00e9s, encore moins comme des d\u00e9linquants.<\/p>\n<p>C\u2019est durant les ann\u00e9es 1990 que le discours sur le cannabis l\u2019a fait rejoindre la liste des drogues dangereuses, du fait des comorbidit\u00e9s et des troubles induits, pour arriver au nouveau discours politiquement correct de la prohibition dont l\u2019Acad\u00e9mie de Pharmacie nous fournit un parfait exemple, dans son alerte sur la <i>\u00abpand\u00e9mie cannabique \u00bb<\/i>, et <i>\u00ab&nbsp;exprime, \u00e0 nouveau, son inqui\u00e9tude face aux chiffres alarmants de la consommation de cette drogue en France (&#8230;) une drogue dangereuse dont l\u2019\u00e9limination lente masque la d\u00e9pendance des consommateurs \u00bb, une drogue qui rec\u00e8le des \u00ab dangers d\u00e9sormais bien \u00e9tablis \u00bb&nbsp;: \u00ab effets anxiog\u00e8nes, effets d\u00e9presseurs \u00bb, <\/i>et surtout<i> \u00ab <\/i><b><i>un facteur tr\u00e8s important de d\u00e9compensation des \u00e9tats schizophr\u00e9niques, facteur d\u2019aggravation de ceux-ci, et de r\u00e9sistance \u00e0 ses traitements<\/i><\/b><i>, d\u00e9veloppement du syndrome amotivationnel, avec perturbation des m\u00e9canismes \u00e9ducatifs (&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!) par trouble de la m\u00e9moire op\u00e9rationnelle et d\u00e9focalisation de l\u2019attention, induction de la consommation d\u2019autres substances addictives&nbsp;: h\u00e9ro\u00efne, alcool, tabac \u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Comment peut-on en arriver \u00e0 une telle inversion de paradigme, inversion que reprend \u00e0 son compte le livre <i>Psychiatrie, \u00e9tat d\u2019urgence<\/i>&nbsp;?<\/p>\n<p>Le premier \u00e9cueil tient probablement \u00e0 une erreur volontaire de traduction. \u00ab&nbsp;<i>En effet, <\/i>\u00e9crit Christian Sueur<i>, il faut noter ici que l\u2019expression \u2018schizophrenic episode\u2019 peut se traduire, dans la nosographie fran\u00e7aise par \u2018bouff\u00e9e d\u00e9lirante aigu\u00eb\u2019, cette notion n\u2019existant pas dans la nosographie am\u00e9ricaine, o\u00f9 le concept \u2018schizophrenie\u2019 est d\u2019utilisation beaucoup plus large que dans la litt\u00e9rature psychiatrique europ\u00e9enne&nbsp;; un certain nombre de \u2018glissements s\u00e9mantiques\u2019 fondent alors les \u2018glissements nosographiques\u2018, et il nous semble que nombre de \u2018commentateurs&rsquo; des travaux anglo-saxons confondent \u2018schizophrenic episode\u2019, c\u2019est \u00e0 dire \u2018d\u00e9lires aigu\u00ebs\u2019 ou \u2018bouff\u00e9es d\u00e9lirantes aigu\u00ebs\u2019, avec schizophr\u00e9nie, ou psychose&#8230;&nbsp;<\/i>\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Cela sans parler de l\u2019omission trop fr\u00e9quente dans la traduction du conditionnel qui se transforme en affirmatif.<\/p>\n<p>Ce discours pseudo-scientifique sur la dangerosit\u00e9 du cannabis oublie de remarquer que l\u2019incidence de la schizophr\u00e9nie ne pr\u00e9sente aucune augmentation depuis les ann\u00e9es 1970, alors que la consommation de cannabis s\u2019est banalis\u00e9e. Il en est de m\u00eame dans les pays o\u00f9 le cannabis est culturel depuis la nuit des temps.<\/p>\n<p>Ainsi, les \u00e9tudes internationales reconnaissent que les schizophr\u00e8nes fument plus de cannabis que la population g\u00e9n\u00e9rale (six fois plus) mais qu\u2019il n\u2019y a aucun lien de causalit\u00e9. Nous sommes plut\u00f4t dans une sorte d\u2019autom\u00e9dication symptomatique des schizophr\u00e8nes, ce que confirme un rapport s\u00e9natorial canadien. La conclusion du chapitre 7 (<i>\u00ab Le cannabis&nbsp;: effets et cons\u00e9quences \u00bb<\/i>, p.176) est limpide&nbsp;:<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>\u00ab <i>Au total, sur la base de l\u2019ensemble des donn\u00e9es de recherche et des t\u00e9moignages qu\u2019il a entendus concernant les effets et cons\u00e9quences de la consommation de cannabis, le Comit\u00e9 conclut que l\u2019\u00e9tat des connaissances permet de penser que, pour la vaste majorit\u00e9 des usagers r\u00e9cr\u00e9atifs, la consommation de cannabis ne pr\u00e9sente pas de cons\u00e9quence n\u00e9faste sur leur sant\u00e9 physique, psychologiques ou sociale \u00e0 court ou \u00e0 long terme<\/i> \u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et pour les \u00e9pisodes psychotiques&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab <i>En ce qui concerne les troubles psychotiques et la schizophr\u00e9nie, les deux sujets sont controvers\u00e9s, les m\u00e9thodologies faibles, les donn\u00e9es contradictoires et les interpr\u00e9tations souvent bas\u00e9es sur des mod\u00e8les simplistes de la causalit\u00e9. Si le cannabis peut dans certaines circonstances d\u00e9clencher des \u00e9pisodes psychotiques, ils sont le plus souvent courts et se r\u00e9sorbent rapidement. Quant \u00e0 la schizophr\u00e9nie, s\u2019il est vrai que ces sujets ont une pr\u00e9valence d\u2019usage de cannabis plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en population g\u00e9n\u00e9rale, certains consid\u00e8rent qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un comportement d\u2019autom\u00e9dication, tandis que d\u2019autres consid\u00e8rent que la consommation chronique de cannabis serait un facteur activateur du processus schizophr\u00e9nique. La conclusion du rapport du Professeur Roques nous semble le plus en accord avec les donn\u00e9es existantes actuellement : Aucune pathologie mentale directement reli\u00e9e \u00e0 la surconsommation de cannabis n\u2019a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e (&#8230;). De m\u00eame, le cannabis ne semble pas pr\u00e9cipiter l\u2019apparition de dysfonctionnements mentaux pr\u00e9existants (schizophr\u00e9nie, d\u00e9pression bipolaire, etc.)<\/i>&nbsp;\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>De fait, \u00e0 part la Grande Bretagne et la France qui s\u2019accordent sur une position politique contre la lib\u00e9ralisation du cannabis, et qui trouvent des <i>\u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb<\/i> pour avaliser cette position, les autres pays occidentaux retiennent des analyses ou m\u00e9ta-analyses qui affirment le contraire&nbsp;! A pr\u00e9f\u00e9rer les statistiques \u00e0 la clinique, on en arrive \u00e0 affirmer ce que les pouvoirs publics veulent voir confirm\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><b><i>Alzheimer et benzodiaz\u00e9pines<\/i><\/b><\/p>\n<p>Nous assistons au m\u00eame raisonnement biais\u00e9, page 206, sur la maladie d\u2019alzheimer&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Une r\u00e9cente \u00e9tude, <\/i>\u2018Benzodiaz\u00e9pine et Alzheimer&nbsp;: le risque augmente avec la dur\u00e9e de l&rsquo;exposition\u2019<i>, men\u00e9e par l&rsquo;Inserm en 2014, a montr\u00e9 que l\u2019utilisation de benzodiaz\u00e9pines pendant trois mois ou plus est associ\u00e9e \u00e0 un risque accru de d\u00e9velopper la maladie d&rsquo;Alzheimer apr\u00e8s 65 ans. La psychopharmacologie est par cons\u00e9quent au c\u0153ur de la prise en charge des personnes \u00e2g\u00e9es ; dans notre pratique nous devons, plus encore que pour les patients plus jeunes, \u00eatre extr\u00eamement rigoureux et \u00e9valuer syst\u00e9matiquement le rapport b\u00e9n\u00e9fices\/risques de nos prescriptions.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude en question donne des chiffres impressionnants&nbsp;: une utilisation pendant trois mois ou plus de benzodiaz\u00e9pine induit un risque de 51% de plus de d\u00e9velopper ult\u00e9rieurement un alzheimer.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce que la maladie d\u2019Alzheimer&nbsp;? jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1980, la maladie d\u2019Alzheimer \u00e9tait une d\u00e9mence d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative de la personne jeune, avant 60 ans, extr\u00eamement rare et grave, dont l\u2019\u00e9volution est la mort entre cinq et dix ans. C\u2019\u00e9tait donc une d\u00e9mence pr\u00e9s\u00e9nile.<\/p>\n<p>Mais depuis lors, le terme de <i>d\u00e9mence s\u00e9nile<\/i> a \u00e9t\u00e9 lentement remplac\u00e9 par celui d\u2019<i>Alzheimer. <\/i>Pourquoi avoir choisi comme nom g\u00e9n\u00e9rique la d\u00e9mence la plus grave&nbsp;? Soit&nbsp;! Des prot\u00e9ines pathologiques semblables y sont retrouv\u00e9es, mais la clinique est tellement diff\u00e9rente&nbsp;! Ce choix de m\u00e9langer les deux entit\u00e9s a des racines bien plus profondes que ces similarit\u00e9s anatomopathologiques, sans int\u00e9r\u00eat actuellement, car cela n\u2019a aucune incidence th\u00e9rapeutique.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Alors que nos psychiatres positivistes ne retiennent plus l\u2019importance de la vie sociale dans la prise en charge des maladies mentales, fort heureusement chercheurs se sont attel\u00e9s \u00e0 cette question dans la pr\u00e9vention et le traitement des \u00e9tats d\u00e9mentiels.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Tranchant avec la pens\u00e9e de ses conf\u00e8res que partagent nos deux \u00e9pigones, Michel Poncet, professeur de neurologie \u00e0 Marseille, insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de continuer \u00e0 aider les autres, pour pr\u00e9venir et limiter l\u2019aggravation des fonctions cognitives des personnes \u00e2g\u00e9es.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Il nous apprend que le diagnostic pr\u00e9-symptomatique dans les cas de susceptibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique (dosage des prot\u00e9ines pathologiques et la neuro-imagerie), reste du domaine de la recherche, que l\u2019on peut agir sur l\u2019incidence d\u2019un \u00e9tat d\u00e9mentiel, ainsi que sur les facteurs en cause, comme les risques vasculaires (ob\u00e9sit\u00e9, hypertension art\u00e9rielle, diab\u00e8te, s\u00e9dentarit\u00e9).<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Mais il affirme sans concession que la pr\u00e9servation des fonctions cognitives d&rsquo;un malade passe par le maintien d&rsquo;une socialisation accrue, et il insiste sur l\u2019importance qu\u2019est l\u2019acte d\u2019aider les autres. La personne qui aide les autres, en quelque sorte, s&rsquo;aide-elle m\u00eame. (Reformulation en termes de neuro-plasticit\u00e9, du vieil adage chr\u00e9tien <i>Aide-moi, le Ciel t&rsquo;aidera<\/i>.)<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de d\u00e9mence actuelle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un sympt\u00f4me de notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale dans laquelle les retrait\u00e9s n\u2019ont plus aucune existence sociale reconnue.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et en attendant, les unit\u00e9s alzheimer ferm\u00e9es \u00e0 double tour se banalisent et ne peuvent qu\u2019aggraver l\u2019\u00e9tat d\u00e9mentiel des personnes \u00e2g\u00e9es qu\u2019on y enferme. Dans ces lieux d\u2019enfermement, comme en psychiatrie, c\u2019est le statut d\u2019irresponsabilit\u00e9 des patients qui est la norme. Et dans ces deux disciplines, ce statut conduit \u00e0 l\u2019aggravation des troubles, la s\u00e9dimentation ou la violence avec une banalisation scandaleuse des contentions.<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Dans ce contexte, que vient faire l\u2019\u00e9tude sur l\u2019effet des benzodiaz\u00e9pines comme agent d\u2019aggravation de la s\u00e9nilit\u00e9 appel\u00e9e alzheimer&nbsp;? Et surtout, si l\u2019on veut bien croire \u00e0 ce r\u00e9sultat, la France, championne dans la consommation de benzodiaz\u00e9pine, devrait avoir une \u00e9pid\u00e9mie d\u2019alzheimer, contrairement \u00e0 ses voisins. Ce n\u2019est pas le cas&nbsp;! Alors&nbsp;?<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Eh bien, tout simplement parce que le compte rendu de ces \u00e9tudes est amput\u00e9 pour servir les scoops m\u00e9diatiques. La p\u00e9riode retenue pour la consommation de benzodiaz\u00e9pine est de six ans. Mais chacun sait que les personnes \u00e2g\u00e9es qui commencent \u00e0 perdre la m\u00e9moire et leurs rep\u00e8res consomment potentiellement plus d\u2019anxiolytiques, car cette progression est toujours douloureusement et anxieusement v\u00e9cue. Cela peut expliquer les r\u00e9sultats de cette \u00e9tude, sans que le lien entre les deux ne soit d\u00e9montr\u00e9. A quoi sert ce genre de statistiques, en dehors de promouvoir une nouvelle sous-sp\u00e9cialit\u00e9, la g\u00e9ronto-psychiatrie, qui pourra mettre en place des cures de rem\u00e9diation cognitive (mais le personnel manquera) et prescrire des pseudo-m\u00e9dicaments contre <i>\u00ab&nbsp;l\u2019alzheimer&nbsp;\u00bb,<\/i> dont aucun n\u2019a donn\u00e9 de meilleurs r\u00e9sultats que les placebos et qui sont dangereux avec l\u2019\u00e2ge&nbsp;?<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Ce glissement s\u00e9mantique qui conduit \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie d\u2019alzheimer peut se lire comme signe de l\u2019autre face du renfermement dans le m\u00e9dico-social des ind\u00e9sirables&nbsp;: les d\u00e9ments et les fous&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>Et ce qui est risible ici, c\u2019est que nos deux auteurs consid\u00e8rent qu\u2019il faut des sous-sp\u00e9cialistes en psychiatrie, en comparant celle-ci \u00e0 la canc\u00e9rologie, mais ils ne sont pas du tout g\u00ean\u00e9s de reprendre \u00e0 leur compte ce faux diagnostic fourre-tout qu\u2019est actuellement l\u2019alzheimer&nbsp;!<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9cryptage du livre par Frank Drogoul 9 Bilan et perspective de cet ouvrage 10 Que faire de l\u2019h\u00f4pital ? 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