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>Un mouvement pour la psychiatrie

Un mouvement pour la psychiatrie

Il y a quelques décennies Tosquelles disait : « sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît ». Pourtant, peu après le tournant du siècle, l’Etat, mettant en pièce le fondement démocratique de son assise, fit tomber sur le pays une lourde nuit sécuritaire laissant l’épaisseur de l’histoire ensevelir le travail de ceux, Bonnafé, Le Guillant, Daumézon, Tosquelles, Lacan, Paumelle, Lainé et d’autres, dont nos générations ont hérité du travail magnifique. Ils avaient fait de leur pratique œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant au peuple son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous. Aujourd’hui cet obscurantisme affecte nos pratiques d’aide, de soin et de prendre soin dans les champs médicaux, médico-sociaux et sociaux et concerne aussi bien la pratique privée que publique.

Il porte gravement atteinte à la dignité des patients, réduits à n’être plus considérés que pour leur supposée dangerosité et voués en tant que tels à des contraintes humiliantes. Le gouvernement s’attaque à l’enseignement, à la recherche et à la question de la formation, visant à effacer toute référence aux méthodes psycho dynamiques de soin et de compréhension du psychisme s’attelant à nier sans cesse la pensée, la parole et le sujet dans toute la dimension inconsciente qu’il comporte.

Il s’appuie pour mener son obscure entreprise sur un certain nombre d’ universitaires engagés dans une démarche d’épuration vis-à-vis de ceux qui se réfèrent à la leçon freudienne et sur certains organismes de recherche dévoyés dans une approche plus scientiste que véritablement scientifique, réduisant, en particulier les humains à leur comportement et leur souffrance à une collection de symptômes dont il faudrait, selon eux, venir à bout au plus vite sans jamais se questionner sur un sens du symptôme mais en abrasant tout délire, toute déviance à l’aide de puissants psychotropes. C’est ainsi que dans une cascade de décrets et propositions, après avoir vu la psychanalyse gravement mise en cause dans un rapport scandaleux, il a été proposé l’inquisition d’éventuels signes de déviance chez les enfants de trois ans et moins, prédictifs de leur éventuelle délinquance à venir. Puis il a été décidé de mettre en œuvre une « perpétuité sur ordonnance » chez les criminels condamnés à plus de 15 ans de réclusion en fin de peine du fait de leur « particulière dangerosité » et pour prévenir les récidives potentielles.

Enfin le 2 décembre 2008 le président de la République visitant un hôpital psychiatrique dont les malades étaient retenus dans leurs chambres (comme les manifestants de Saint Lô et de Nîmes furent exclus de l’accès du centre ville !) a annoncé la mise en place de réformes dramatiques. Celles-ci impliquent la mutation des professionnels du soin en gardiens, plus grave encore, elles induisent une évolution du statut de patient sujet de sa parole à celui de « schizophrène dangereux » juste bon à enfermer. Le préfet devient l’ordonnateur des soins « Les experts donnent leur avis mais la décision, ce doit être l’Etat » a déclaré N.Sarkozy à Antony. Dans le même esprit la création d’une obligation de soins en ambulatoire est annoncée. C’est ainsi que la plus haute autorité de l’Etat devant les soignants les représentants des patients et leurs familles a imposé cinq mesures liberticides, au prétexte de la réduction des risques non sans l’assentiment de certains. L’enfermement est ainsi posé comme l’arme définitive contre une folie forcément dangereuse et « géo localisable » Pas un mot n’est dit sur la souffrance des patients, véritable enfermement intérieur, qui subissent au quotidien l’indifférence d’une société cherchant à se protéger ainsi de sa propre folie. S’ajoute à ces mesures l’affirmation de la primauté du directeur de l’hôpital, véritable « patron », qui aurait seul le pouvoir d’orienter de décider de la politique de soins et de « sécurité ». Enfin, nous avons aujourd’hui à déplorer les propositions du rapport Couty dans lequel nous voyons l’annonce de la destruction de la politique de secteur, nous laissant dans la position d’instruments d’un triple forfait auquel nous serions assignés : évaluer, expertiser et enfermer. Il est particulièrement instructif pour notre mouvement de remarquer que ce rapport ne tient aucun compte des vingt deux propositions issues des Etats Généraux de la Psychiatrie des 5, 6 et 7 juin 2003.

Trente neuf professionnels de plusieurs horizons, ont alors lancé un appel soutenu par plus de 19000 signataires, visant à restituer aux patients leur dignité, leur honneur à l’enseignement et à la recherche, leur éthique à nos pratique. Miguel de Unamuno cité par L. Bonnafé prête à Don Quichotte d’être descendu aux enfers et d’y avoir enlevé l’inscription laissée par Dante : « vous qui entrez ici perdez tout espoir » pour la remplacer par une sur laquelle on pouvait lire : « vive l’Espérance ! » Nous avons décidé de ne pas laisser l’air du temps saccager l’Espérance et considérant que ni les idées ni les lois ne sont forcément respectables ou légitimes nous nous donnerons tous les moyens de faire supprimer ou modifier ces dispositions sécuritaires ou d’en annuler l’effet sur la vie des patients comme sur l’expropriation progressive du droit de soigner dont nous refusons d’être les objets. Face à la violence de l’Etat, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans nos métiers qu’à résister autant que possible. Nous affirmons donc ici notre ardente obligation à ne pas mettre en œuvre les propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables. On observe aujourd’hui un recul des limites de l’Etat de droit (Juge Portelli, Appel des appels du 31 janvier), permis par le développement de l’idéologie sécuritaire par exemple, avec le projet de rétention de sûreté, « abjection philosophique et juridique » (Juge De Pas, Appel des appels ibid) ou avec le dépistage, dès l’enfance, des futurs délinquants, ou encore la prétention de « juger les fous », en mettant en avant une intention compassionnelle envers les victimes.   Refusant la résignation devant cette mutation idéologique, ne pouvant accepter de rester impuissants lorsque seront en jeu l’honneur et le bien-fondé de nos pratiques, considérant que « Ce qui fait l’injustice, ce n’est pas tant la loi injuste que l’obéissance à la loi injuste »,  nous proposons à ceux qui nous ont rejoints et à ceux qui le feront plus tard :

  • d’interpeller les préfets représentants de l’Etat chaque fois qu’une de leurs décisions concernant nos patients nous paraîtrait arbitraire.
  • d’appeler à la création d’un collectif d’avocats pour défendre les droits des patients.
  • de refuser toute participation au processus de rétention administrative (de l’expertise à la création de centres).
  • de refuser les modalités actuelles de certification ou de les critiquer auprès des enquêteurs. La certification, menée sous l’exclusive d’une évaluation telle qu’elle est pratiquée dans l’industrie et donc sans rapport avec nos pratiques, s’emploie à mettre celles-ci à la norme selon des critères où la complexité et la singularité de chacun n’auraient plus leur place et où la dimension relationnelle ne serait pas prise en compte.
  • de refuser, chacun dans le champ de sa pratique, de participer aux diverses instances auxquelles nous participons aujourd’hui (action à laquelle appellent aussi la CPH et l’INPH)
  • d’instituer un nouveau dialogue avec les familles et avec les associations d’usagers.
  • de lutter contre le projet de loi « Hôpital, Patient, Santé,Territoire »et de considérer l’intérêt des synergies avec « l’Appel des Appels », « la Politique de la Peur » et de participer donc activement aux Etats Généraux des Droits et des Libertés.
  • tirant les leçons d’années où nous nous sommes montrés trop soumis à un discours sur la psychiatrie dans lequel nous ne nous reconnaissions pas, nous proposons enfin que se crée partout un vaste mouvement de mise en lien de nos références théoriques, de nos orientations, de notre expérience, grâce à un Forum Itinérant dont la réunion du 26 janvier à Reims a constitué les prémisses, traitant thème par thème des grandes questions qui traversent nos métiers. Des collèges locaux de réflexion tels que ceux proposés par J. Oury pourraient permettre d’en préparer le déroulement.

Nous vous convions aujourd’hui à créer ce mouvement pour tenter de refonder une psychiatrie où il ne serait pas interdit de penser, au sens où, comme le dit Jean Luc Nancy « entrer dans cette pensée, c’est agir déjà. C’est être dans la praxis par laquelle se produit un sujet transformé plutôt qu’un produit conformé, un sujet infini plutôt qu’un objet fini »

Votre réponse massive à l’appel des 39 comme le nombre d’inscrit au meeting du 7 février laissent bien augurer de notre capacité à créer ce mouvement qui devra devenir un interlocuteur majeur dans les rudes combats qui nous attendent.

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>Le discours sécuritaire de Sarkozy le 2 décembre 2008

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L’HOSPITALISATION EN MILIEU PSYCHIATRIQUE

Antony – Mardi 2 décembre 2008

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Monsieur le Président du conseil général, Mesdames, Messieurs,

C’est la première fois, je crois, qu’un Président de la République rend visite au personnel d’un hôpital psychiatrique. Je n’en tire aucune fierté personnelle. Je ne fais que mon devoir.

Pourquoi ? Parce que vous accomplissez chaque jour une œuvre remarquable au service de la société. Parce que vous travaillez dans un environnement rude pour prendre en charge des patients qui peuvent ne pas accepter les soins. Parce que votre rôle est de guérir les maux de l’âme, les souffrances mentales qui sont sans doute les plus mystérieuses et les plus difficiles à traiter. Parce que vos moyens d’agir, ce ne sont pas les IRM, les blocs opératoires, les prothèses : ce sont vos paroles d’abord, votre savoir faire dans la relation avec le patient, les médicaments aussi.

Votre exercice professionnel et votre pratique sont riches et complexes. Votre métier comporte des risques. Votre travail vous apporte, je le sais, de grandes satisfactions, quand un malade va mieux. Mais il y aussi l’agressivité, voire la violence, de certains patients. Il y a aussi les réadmissions fréquentes de ces patients dont vous vous demandez si la place est bien ici, à l’hôpital. Je comprends fort bien que, certains jours, votre métier, ou plutôt les difficultés de votre métier, vous pèsent. Ces jours-là, quand vous ressentez ce poids, vous savez toujours puiser dans les ressources que vous donnent l’amour de votre travail, la solidarité entre collègues et la satisfaction de voir vos efforts récompensés par le mieux-être des malades.

Médecins, psychologues, infirmières, aides-soignantes, techniciens, agents de service, personnels administratifs en milieu psychiatrique, vous pouvez être fiers de votre métier. Car vous nouez une relation particulière avec la personne malade. De tous les soignants, vous êtes sans doute ceux qui connaissent le mieux leurs patients. Vous prodiguez des soins au long cours à des personnes qui, pour guérir, doivent pouvoir s’ouvrir à vous et aux autres. Votre travail consiste d’abord à établir une relation personnelle entre vous et eux. C’est ce qui fait l’extrême exigence de votre rôle. C’est ce qui en fait aussi, je crois, la noblesse.

Pour tout cela, je veux aujourd’hui, simplement, vous rendre hommage. Je veux rendre hommage à vous, les personnels d’un secteur, l’hôpital psychiatrique, qui fait peu parler de lui, qui est souvent incompris et rarement reconnu. Je veux saluer votre engagement indéfectible au service de la personne malade. Je veux saluer votre courage. Je veux saluer votre travail.

Notre société a besoin de vous. Notre société a besoin que les personnes dont la santé mentale est défaillante soient soignées et, si possible, guéries dans les meilleures conditions possibles.

Trop souvent, c’est vrai, on ne parle de vos établissements qu’à l’occasion de faits divers mettant en cause les patients qui vous sont confiés. A mes yeux, soyez-en certains, ces faits divers ne remettent nullement en question votre dévouement, vos compétences et les services que vous rendez à la société. Ces faits divers doivent en revanche tous nous interroger sur les lacunes qu’ils peuvent révéler dans le système d’organisation et de fonctionnement de la prise en charge. Surtout lorsque ces drames ne peuvent être imputés à la fatalité.

Vous vous souvenez tous du meurtre commis il y a quelques jours à Grenoble sur une personne de 26 ans par un malade qui avait fugué de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève. Permettez-moi, avant de revenir un instant sur ce drame, d’adresser mes pensées à la famille de ce jeune homme.

J’ai été choqué par cette affaire. Voilà une personne -le futur meurtrier- qui avait déjà commis plusieurs agressions très graves dans les murs et hors les murs ! Voilà une personne éminemment dangereuse qui bénéficiait pourtant de deux sorties d’essai par semaine ! Et j’entends dire que rien n’indiquait que cette personne pouvait à nouveau passer à l’acte, que rien n’avait été fait pour renforcer sa surveillance ? Et je n’ai pas entendu beaucoup de mots pour la victime qui a eu le malheur de croiser le chemin de l’assassin.

Entendons-nous bien. Pour vous, comme pour moi, la place des malades n’est pas en prison, mais à l’hôpital. Et je trouve injuste la façon dont on parle, ou dont on ne parle pas, des hôpitaux psychiatriques. Mon propos n’est pas de dire que la seule solution est l’enfermement à vie. Mon propos n’est pas de dire que seuls comptent les risques pour la société et jamais le cas particulier du malade. Mon propos n’est pas de dire qu’il n’y a que des délinquants ou des criminels et pas des malades. Un schizophrène est, avant toute autre considération, une personne malade. Je mesure l’apport extraordinaire de la psychiatrie à la médecine d’aujourd’hui et la singularité de votre mission.

Mais il faut trouver un équilibre entre la protection de la société et la réinsertion du patient. Mon devoir, notre devoir, c’est aussi de protéger la société et nos compatriotes. L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale, ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte. Et vous savez fort bien que des patients dont l’état s’est stabilisé pendant un certain temps peuvent devenir soudainement dangereux.

Il faut plus de sécurité et de protection dans les hôpitaux psychiatriques. Cette protection, nous la devons d’abord à vous, les personnels. Car vous êtes en première ligne. Vous êtes, comme les familles, les plus exposés aux situations de crise. La société doit d’abord vous protéger et vous permettre de vous recentrer sur le cœur de votre mission, le soin.

Je souhaite que plusieurs mesures soient mises en œuvre à cette fin.

Nous allons d’abord, chère Roselyne, réaliser un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques. Nous ferons en ce domaine un effort de 30 millions d’euros. Ces investissements serviront à mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements et à prévenir les fugues. Quand un patient hospitalisé d’office sort du périmètre autorisé par son médecin, l’équipe soignante doit en être immédiatement informée. Certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géo-localisation qui, si cela se produit, déclenche automatiquement une alerte. Ce système est déjà utilisé à l’hôpital, par exemple dans les unités qui soignent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il devrait rassurer les personnels et alléger leurs tâches.

Par ailleurs, au moins une unité fermée va être installée dans chaque établissement qui le nécessite. Ces unités seront équipées de portes et de systèmes de vidéosurveillance pour que les allées et venues y soient contrôlées.

Enfin, nous allons aménager 200 chambres d’isolement. Ces chambres à la sécurité renforcée sont destinées aux patients qui peuvent avoir des accès de violence envers le personnel.

La création d’unités fermées et de chambres d’isolement supplémentaires est une mesure dont je veux souligner l’importance. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que certaines personnes malades sont plus agressives que d’autres ; que certains patients ne sont pas faits pour l’hospitalisation conventionnelle sans pour autant relever des unités pour malades difficiles. Il manque, entre les deux, une prise en charge intermédiaire. C’est précisément ce vide que viennent combler les unités fermées et les chambres d’isolement.

Pour les malades les plus difficiles, nous allons, là aussi, renforcer le dispositif de prise en charge. Quatre unités supplémentaires pour malades difficiles de quarante lits chacune vont être créées. C’est une excellente mesure, qui doit permettre aux personnels de travailler dans des conditions plus appropriées à la spécificité de certains malades. C’est un investissement de 40 millions d’euros pour 22 millions d’euros de crédits de fonctionnements annuels.

Vous le voyez, l’Etat prend ses responsabilités et investit 70 millions d’euros -30 pour la sécurisation des établissements et 40 pour les unités pour malades difficiles- pour améliorer la sécurité dans les hôpitaux psychiatriques.

J’ai annoncé une réforme sanitaire des procédures de l’hospitalisation d’office pour que le drame de Grenoble ne se reproduise pas. J’ai demandé à Roselyne BACHELOT de préparer un projet de loi. Vous me direz que le placement d’office ne concerne que 13% des hospitalisations. Mais ce sont sans doute celles qui exigent le plus de précautions. Là encore, je pense qu’un meilleur équilibre entre la sécurité et la réinsertion est nécessaire.

Il faut réformer l’hospitalisation d’office pour concilier qualité des soins et sécurité des personnes.

Nous allons d’abord instaurer une obligation de soins en milieu psychiatrique. 80% de vos patients sont pris en charge en ville. De même qu’il existe l’hospitalisation sans consentement, il faut qu’il y ait des soins ambulatoires sans consentement. C’est l’intérêt même du patient et de sa famille. L’obligation de soins doit être effective même en cas d’absence ou de défaut de la famille. On ne peut pas laisser seul un patient qui a un besoin manifeste de soins et qui peut, parfois, refuser de s’y soumettre.

Les sorties des patients doivent, par ailleurs, être davantage encadrées. La décision d’autoriser une personne hospitalisée d’office à sortir de son établissement ne doit pas être prise à la légère. Comme vous le savez, c’est une décision qui peut être lourde de conséquences. Je souhaite que désormais le préfet décide de la sortie, que ce soit une sortie d’essai ou une sortie définitive, sur la base d’un avis rendu par un collège de trois soignants : le psychiatre qui suit le patient, le cadre infirmier qui connaît la personne et ses habitudes et un psychiatre qui ne suit pas le patient. Les psychiatres libéraux pourront en faire partie. L’exercice collégial est la clé de cette réforme.

Le préfet reste libre de sa décision, naturellement. Mais l’avis du collège de professionnels de santé sur la situation du patient lui permettra d’être informé et éclairé. Je ne veux plus que les préfets décident de façon aveugle. Ils doivent engager leur responsabilité en connaissance de cause. Grâce à la collégialité de l’avis des soignants, la décision du préfet sera plus sûre.

Enfin, le Gouvernement s’assurera que les informations administratives sur les hospitalisations d’office soient partagées entre tous les départements. Le secret médical sera, bien évidemment, respecté de la façon la plus stricte.

Mesdames, Messieurs,

Au-delà de ces mesures destinées à renforcer la sécurité de tous, celle des personnels, celle des patients, celle de la population en général, ma vision de l’hôpital psychiatrique, c’est qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un hôpital.

J’ai, vous le savez, une grande ambition pour les hôpitaux dans notre pays. J’ai donc une grande ambition pour les établissements psychiatriques qui doivent être considérés comme une composante à part entière du service public de l’hospitalisation. Je souhaite que vous soyez davantage concernés par la réforme de l’hôpital et mieux impliqués dans sa mise en œuvre. Cette réforme, elle est aussi faite pour vous et je demande à Roselyne Bachelot de veiller à ce qu’il en soit bien ainsi.

Et si la question de l’organisation et des ressources de l’hôpital psychiatrique se pose, alors je pense que nous devons la poser sans tabou.

Grâce au plan de santé mentale 2005-2008 notamment, les moyens de fonctionnement alloués au secteur public ont progressé d’un peu plus d’un milliard d’euros -c’est un effort très important- entre 2004 et 2008. Près de 3 000 postes de médecins et de soignants ont été créés. Le nombre de lits d’hospitalisation est resté stable depuis 2004, alors même que la prise en charge ambulatoire s’est développée, ce qui est heureux.

Par ailleurs, un plan d’investissement important, en plus de celui que je viens de vous annoncer, est en cours. 342 opérations de modernisation doivent être réalisées entre 2006 et 2010 pour un montant total d’1,5 milliard d’euros.

S’il apparaît qu’il faut investir davantage, nous investirons davantage. S’il faut accélérer certains projets, nous les accélérerons. J’y suis prêt. Mais dans ce domaine, comme dans les autres, je le dis très clairement, les moyens supplémentaires n’iront pas sans les réformes.

Comme l’hôpital général, il faut que l’hôpital psychiatrique, ait un patron, et un seul, qui ait le pouvoir de dire oui, de décider et d’agir. Il faut aussi que l’hôpital psychiatrique coopère davantage avec les autres acteurs de l’offre de soins, pour mieux gérer les urgences et pour rendre le parcours du patient plus fluide. Il est enfin important, essentiel, d’accroître l’attractivité des métiers et des carrières au sein des hôpitaux psychiatriques, tout en développant les passerelles avec les autres établissements de santé.

Permettez-moi d’adresser un message particulier aux directeurs d’hôpitaux. Ils sont au cœur de la réforme de l’hôpital que j’ai voulue et que Roselyne BACHELOT a préparée. Aurais-je voulu une réforme qui leur donne une place si centrale si je n’avais pas confiance en eux, si je doutais de leur dévouement au service public ? A tous, je dis ma confiance et mon estime. Je sais le travail remarquable que les directeurs accomplissent chaque jour avec l’ensemble des personnels hospitaliers. Mais être un patron, cela veut dire être responsable et assumer ses responsabilités.

Vous le voyez, avec Roselyne Bachelot, il n’est pas question que la psychiatrie soit oubliée ou négligée. L’Etat la soutient et continuera à le faire. Notre pays a besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui soigne et guérit, une hospitalisation psychiatrique en progrès, où le bien-être des malades et des personnels est en permanence pris en compte et amélioré. Notre pays a besoin d’une hospitalisation psychiatrique qui protège, qui allie responsabilité, compétence et technicité. Soigner et protéger : vous me permettrez de ne pas opposer ces deux objectifs. Je suis convaincu qu’on peut et qu’on doit mieux faire dans l’intérêt des patients comme dans celui de la société.

Je vous remercie.

>CHARTE DU COLLECTIF DES 39 contre la Nuit Sécuritaire

La folie n’est concevable qu’irréductiblement liée à la condition humaine.

Contrairement à la maladie somatique, il existe une modalité particulière de souffrance psychique liée à certains modes de structuration subjective. Elle ne relève pas d’une causalité linéaire mais d’un déterminisme pluri factoriel marqué du sceau de la complexité.

Détachés des idéologies marquées du pragmatisme, l’art et les techniques psychiatriques prennent en compte la personne dans son ensemble : il s’agit de soigner quelqu’un et non une maladie.

Engagée dans la réalité sociale, la psychiatrie se doit éthiquement de préserver la singularité et l’originalité des personnes qui se confient à elles ou lui sont confiées ; elle ne se conçoit qu’en relation avec les patients, leurs familles mais aussi avec les acteurs du social et du champ médico-social et prône par conséquent une politique psychiatrique inscrite dans la communauté.

Nous, soignants en psychiatrie affirmons que :

• Notre engagement thérapeutique tient d’abord à la considération de la vulnérabilité et de la créativité des patients ; il doit par ailleurs nous conduire à promouvoir tous les lieux nécessaires à une hospitalité pour la folie qui constitue l’enjeu de notre travail : dans l’hospitalisation, comme dans les lieux ambulatoires qui doivent mettre l’accueil au cœur de leur projet.

• La dimension relationnelle est au cœur de tout processus de prévention et de soins

• Les valeurs républicaines de liberté, égalité et de fraternité sont le socle constitutif de toute pratique.

Aussi refusons-nous avec force :

• L’abandon des patients renvoyés à la rue ou à la prison

• L’idéologie sécuritaire qui stigmatise, contient, isole et maltraite les plus démunis des citoyens

• Toute modification ou interprétation des lois qui confirmerait la ségrégation et la stigmatisation des patients en les assujettissant à des lois spécifiques et aggraverait la tendance à l’enfermement.

• L’idéologie falsificatrice qui ferait croire que soigner sous la contrainte dans la cité serait une avancée pour les patients ou leur famille.

• L’imposture des protocoles standardisés pseudo scientifiques déniant la singularité de chaque acte, de chaque projet soignant, de chaque patient.

• La mainmise de l’appareil technico gestionnaire tentant d’annihiler, de nier et d’écraser la dimension créative et inventive de tout processus de soin.

Aussi soutenons nous toute pratique qu’elle soit publique en accord avec les acquis du secteur, libérale conventionnée ou associative, garantissant en particulier la continuité des soins et prônant l’attachement à des valeurs fondamentales telles que : respect du secret professionnel, engagement relationnel, indépendance professionnelle, respect de l’intimité du patient.

Nous défendrons un enseignement reposant en particulier sur la psychopathologie, et nécessitant la réintroduction de formations spécifiques désarrimées de la logique, du cadre théorique et des intérêts hospitalo-universitaires actuels autant que de l’emprise des laboratoires pharmaceutiques et ceci pour tous les professionnels de la psychiatrie.

Avec et pour ces valeurs nous continuerons à dénoncer toutes les dérives politiques, techniques, gestionnaires et sociales qui enfermeraient peu à peu les patients dans un carcan déshumanisant.

Nous affirmons que ce combat est essentiel pour que la psychiatrie ne bascule pas dans la barbarie où rejeter et punir ferait disparaître les pratiques accueillantes de soins désaliénistes.

Le collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire

>A Propos des 39

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, site du collectif en psychiatrie, est le point de rendez-vous de tous ceux qui souhaitent contribuer a la promotion du soin psychique, de l'accueil de la folie et refusent les projets sécuritaires qui font du malade une personne qu’il faut enfermer…

Pour toute information : information@collectifpsychiatrie.fr