Pédopsychiatrie – Menace sur les CMPP en Nouvelle-Aquitaine

Collectif des 39         28 février 2020

Une vive réaction des professionnels de terrain, de leurs partenaires et des familles d’enfants concernés a été provoquée par le Cahier des charges régional des CMPP en Nouvelle-Aquitaine, transmis en fin d’année dernière.

Les CMPP, où travaillent ensemble, depuis des décennies, des pédopsychiatres, des psychologues, des pédagogues, des orthophonistes, des psychomotriciens … proposent aux enfants de 0 à 20 ans et à leur famille, un accueil et un soin individualisés, qui tendent à prendre en compte leur parcours psychique dans toutes ses dimensions (médicale, développementale, et psycho-sociale…).

Les CMPP (comme les CMP enfants) reçoivent, sans à priori, toutes les familles qui les contactent, le plus tôt possible après qu’elles en aient fait la demande. Ces centres ont malheureusement subi des baisses importantes du nombre de professionnels au cours des dernières années, des structures ont été déplacées, fermées… et les listes d’attente se font alors de plus en plus longues. C’est une nouvelle attaque que subissent les CMPP en Nouvelle-Aquitaine : l’ARS exige (sans concertation) la transformation radicale de ces lieux de consultation généraliste en « centres experts » de diagnostic d’un seul type de pathologie dite « du neuro-développement » (concept dont les bases scientifiques sont controversées et la pertinence clinique non-confirmée, mais qui sert d’alibi pour gommer l’existence des dimensions psychodynamiques et psychosociales des pathologies pédopsychiatriques). L’ARS somme les CMPP de renoncer au soin psychique individualisé au profit d’une « gestion » de cohortes de cas : les enfants devraient se voir attribuer automatiquement un diagnostic et être dispatchés, selon leur « neuro-pathologie », à des rééducateurs et parfois thérapeutes. Ainsi, seules certaines familles auraient droit au remboursement des « soins » (au prix souvent pour leur enfant d’une étiquette d’handicapé). 

Ce document de l’ARS est une nouvelle tentative de la part des tenants d’une vision orientée et excluante du développement des enfants d’imposer une approche réductrice, purement neuro-éducative des « troubles », au détriment de la vision globale de l’enfant. Le ton autoritaire et la démarche brutale qui visent à imposer par le haut des « plateformes » de « neurodéveloppement » à la population, au prix de la déstructuration des CMPP, doit alerter les autorités compétentes. Car ce ton et cette démarche pourraient s’apparenter à un « harcèlement moral institutionnel » que véhiculent certaines démarches managériales, qui se développent également à l’Hôpital, à l’École, à l’Université…

Le Collectif des 39 réuni ce jour se réjouit des réactions rapides, au niveau national, d’un grand nombre de sociétés, fédérations et associations professionnelles de pédopsychiatrie, tant du champ médico-social que sanitaire. Nous apportons un soutien total aux initiatives prévues le vendredi 13 mars 2020 à 12h30 sous les fenêtres de l’ARS à Bordeaux (103 B, rue Belleville), déterminés à contenir cette contagion idéologique et la brutalité gestionnaire.

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RÉPONSE à Madame Wonner QUI persiste et signe, suivie de la lettre de celle-ci

Danielle Lévy, pour le Collectif des 39

Stupéfaits de constater que Mme Martine Wonner, députée LREM  de la 4e circonscription du Bas Rhin, membre de la Commission des affaires sociales, psychiatre de profession, avait  signé une  pétition réclamant « l’exclusion des tribunaux, des hôpitaux et des universités, de la totalité des psychiatres et des psychologues se référant à la psychanalyse », des membres du Collectif des 39, de l’Appel des Appels, de  l’Union Syndicale de la psychiatrie et des universitaires du SIUEERPP (Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse) avaient  écrit à Gilles Le Gendre, président du groupe parlementaire LREM, le 12 décembre 2019,  pour lui  demander de les  rassurer « quant aux options sur cette question du  groupe parlementaire qu’il  préside », et  « pour le prier instamment de veiller à ce que les membres de ce groupe  ne relayent pas les discours de haine et d’exclusion». (Nous vous rappelons que la pétition initiale intitulée  «la psychanalyse, exercice illégal de la médecine »,  qui a recueilli  2400 signatures dont celle de  Madame Wonner, a suscité la réaction, souvent indignée, de 35200  personnes.)

A ce jour, M. Le Gendre n’a pas répondu à cette lettre.                              Madame Wonner l’a fait, à un seul de ses signataires.

La lecture de sa réponse n’est pas de nature à nous rassurer.

Cette députée, qui prétend avoir le plus grand respect pour les professionnels de santé, n’hésite pas à stigmatiser nombre d’entre eux, relayant les accusations mensongères et outrageantes  de  la pétition qu’elle a signée.

A notre demande « de voir garantie la qualité des débats qui présideront à l’amélioration du fonctionnement de nos tribunaux, de nos hôpitaux et de nos universités »,  elle ne sait qu’opposer  des idées reçues, caricaturales  sur la psychanalyse (« chosification »  des patients » «dogmes psycho-sexuels freudo-lacaniens »…) colportées par cette même pétition.

Elle prétend aussi s’inquiéter des délais de prise en charge des patients, alors qu’elle soutient les politiques des Agences Régionales de Santé (ARS)  qui, depuis des années, ferment des consultations, des hôpitaux de jour, des services de soin à domicile, détruisent les équipes de secteur…

Qui  est  responsable de cette « chosification » et entretient  la maltraitance des patients soumis à d’insupportables délais d’attente avant de pouvoir être pris en charge?

Les psychanalystes ou Martine Wonner, députée de la majorité, ayant présidé 2 missions parlementaires sur la psychiatrie ?

Les psychanalystes qui travaillent dans les équipes pluridisciplinaires des CMP et CMPP, où ils accueillent, un par un, quelle que soit leur symptomatologie, et le plus tôt possible après qu’ils en ont fait la demande, des adultes, des enfants et leur famille en détresse, dans ces lieux de consultations proches de leur domicile, réduisant ainsi les inégalités territoriales d’accès au soin?

Les psychanalystes ou bien les nouvelles politiques de santé mentale menées par les ARS et pilotées par la Haute Autorité de Santé ?

Politiques qui imposent la mise en place de « plateformes diagnostic » visant à trier des flux de patients, à les gérer comme des marchandises, à les orienter vers un parcours de soin obligatoire (traitement médicamenteux, rééducations et thérapies comportementalistes) aux dépens de leur liberté de choix  et  dans l’indifférence à leur demande.

Pour justifier ces politiques, menées pour des raisons purement idéologiques et budgétaires, Madame Wonner nous livre une présentation déformée  de la réalité de la psychiatrie et jette le discrédit sur une partie des soignants  qui y travaillent .

Nous constatons que, malgré cela, elle occupe les fonctions de Vice-Présidente des Groupes d’Études de la « Lutte contre les addictions » et de celui sur la « Pauvreté, précarité et sans-abri » – tous deux fléaux relevant d’approches soignantes multiples.

Peut-elle se montrer aujourd’hui publiquement juge et partie ?

Lire  aussi le  Par Paul Machto     https://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/201219/les-aveux-de-martine-wonner

Lettre de Martine Wonner, Députée du Bas-Rhin

 Psychanalyse et santé mentale : pour le respect de la santé publique et l’accès aux soins pour tous !

Bonjour,

J’ai appris ce jour la demande formulée au Président du groupe parlementaire auquel j’appartiens à l’Assemblée nationale, remettant en question les fonctions que j’occupe au sein de groupes d’études parlementaires, au motif que mon opinion exprimée sur la psychanalyse stigmatiserait « des citoyens, professionnels du soin, enseignants, chercheurs, tous acteurs engagés de la vie sociale ».

J’ai toujours, tout au long de ma vie et de surcroît depuis mon élection à l’Assemblée nationale, eu le plus grand respect pour tous les professionnels de santé qui chaque jour, sur tout le territoire, rendent le plus beau des services : celui de soigner.

Psychiatre de profession, je suis fermement engagée pour la déstigmatisation des troubles psychiques, le respect du libre choix des patients et de leurs droits fondamentaux ; les deux missions parlementaires que j’ai menées en 2019 ont plaidé en ce sens.

Comme médecin mais comme Députée avant tout, ma responsabilité est d’assurer que le code de la santé publique et les recommandations de la Haute Autorité de Santé – aussi perfectibles qu’elles soient – s’appliquent de la même manière partout sur le territoire national. J’ai acquis l’intime conviction que les inégalités territoriales de prise en charge en santé mentale représentent, pour nos concitoyennes et concitoyens une véritable perte de chance que sous aucun prétexte je ne pourrais tolérer.

L’école de pensée psychanalytique, comme tous les courants de pensée, ne saurait être exempte de questionnements visant à améliorer la prise en charge des patients. Je reprends à mon compte la phrase tirée de la pétition que j’ai signée à ce sujet : « le refus de nombre de psychanalystes de poser un diagnostic, l’ignorance volontaire des symptômes, la chosification et la maltraitance des patients et leur famille au nom de dogmes psychosexuels freudo-lacaniens obsolètes sont monnaie courante aujourd’hui. Le traitement de ces personnes comme des patients de ‘seconde zone’ n’est plus tolérable en France. »

Ma méthode a toujours été, et sera toujours celle du dialogue. Durant mes deux missions parlementaires, de janvier à septembre 2019, j’ai reçu tous les syndicats, personnels soignants, de toutes les écoles de pensées de la santé mentale. Sous aucun prétexte je ne cèderai aux multiples pressions venues  de toutes parts que je subis depuis la publication de mes rapports, symptômes de la difficulté de ces champs de la médecine à entrer dans le XXIème siècle. Les délais de prise en charge avoisinant plusieurs mois ne sont pas acceptables et l’activité uniquement programmée ne peut garantir une réponse aux besoins des patients. Évaluer les pratiques des spécialistes, quel que soit le champ de la médecine, et donc les psychiatres et autres psychanalystes est une impérieuse nécessité pour une meilleure qualité des soins .

A l’occasion du processus législatif qui s’ouvrira en janvier, ma porte sera toujours ouverte à celles et ceux qui sont prêts au dialogue, loin des dogmatismes et luttes stériles.

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Lettre adressée à Gilles Legendre à propos d’une tribune signée par Martine Wonner ..

Paris , le 12 décembre 2019 

A Monsieur Gilles Le Gendre,

Président du Groupe parlementaire LREM

Monsieur le Président,

Nous portons à votre attention notre étonnement quant à l’engagement d’une députée LREM  en faveur d’un groupe de pression réclamant que soient exclus des tribunaux, des hôpitaux et des universités la totalité des psychiatres et des psychologues se référant à la psychanalyse.

Nous avons en effet été stupéfaits de constater que Mme Martine Wonner , député de la 4e circonscription du Bas Rhin, membre de la Commission des affaires sociales, a apporté son soutien à une tribune stigmatisant des citoyens, professionnels du soin, enseignants, chercheurs, tous acteurs engagés de la vie sociale; une pétition loin de ce que les citoyens doivent pouvoir attendre de leurs représentants chargés de faire évoluer et de moderniser dans la sérénité les lois qui régissent leur pays.(cf :  https://www.justicesanspsychanalyse.com) Continuer la lecture de Lettre adressée à Gilles Legendre à propos d’une tribune signée par Martine Wonner ..

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A.G des collectifs en lutte du printemps de la psychiatrie du 30 novembre 2019. Théâtre de Gennevilliers

Chers amis,

Nous sommes réunis ici pour faire vivre une zone à défendre : le soin humaniste en psychiatrie. Celui qui soutient l’accueil du sujet. Sujet considéré et reconnu dans sa parole, qu’il soit enfant adolescent ou adulte, patient ou soignant. 

Mais « être sujet » ensemble, permet aussi de lutter contre la brutalité ambiante en refusant d’être laminé par des manœuvres politiques outrancières.

Nous, équipes de pédopsychiatrie, dénonçons le délaissement et la pénurie actuelle des lieux de soins pour les enfants et leurs familles sur tout le territoire.

Nous dénonçons une fausse politique de santé activement ignorante d’une causalité évidente entre la souffrance psychique des petits et le dénigrement de notre socle social. 

À savoir une réduction drastique des politiques sociales et solidaires. Celles qui coûtent soit disant « un pognon de dingue ». 

Ce sabotage laisse s’installer chaque jour une misère des familles et du lien social, mais aussi une impossibilité d’exercer nos missions locales de soin, de prévention et de protection. Au final de plus en plus d’enfants n’arrivent pas à se construire et se brisent.

Alors oui il y a de plus en plus d’enfants diagnostiqués autistes ou supposés l’être. 

Mesdames messieurs les politiques, sachez que la mort psychique ça existe en réaction au vide, et avant qu’elle n’arrive il y a urgence à intervenir, sans délais, avec les moyens et le savoir faire qui l’en coûtent. 

A l’opposé, nous subissons une attaque programmée de nos praxies via une politique managériale ultra violente appliquée aux soignants comme aux patients, considérés comme de vulgaires objets d’évaluation et de gestion. Uniformisation, flexibilité, rentabilité, traçabilité sont des mots d’ordre qui tuent. 

Nous dénonçons l’école inclusive, les compensations humaines ou financières allouées par les MDPH, le scandaleux virage ambulatoire ou le fameux panier de soins de la ménagère. Cette fausse démocratie d’aide est loin de faire face à ce qui explose  sur le terrain, pire elle l’entretient. 

Chaque jour, ce qui explose à la figure c’est la rébellion d’enfants petits ou grands, mais aussi c’est l’expansion d’un profond mal-être des équipes au sein des écoles, des PMI, des services sociaux, des services de soin ou de protection des mineurs. Il s’agit là de l’expression subie d’une violence sociale orchestrée par une politique de mépris sous couvert d’austérité.

N’oublions pas que ce qui n’est pas entendu chez un enfant en souffrance, ce qui n’est pas accueilli comme il se doit, file et devient blessure à vif et à vie.

Ni la pilule de l’obéissance, la Ritaline, donnée larga manu dès la maternelle, ni les plates-formes d’expertise coinçant les enfants devenus cerveaux robots dans des filières bétail,  ne pourront faire face à l’attente vitale, chez eux, d’une mise en sens pour aller mieux. C’est-à-dire être soutenu à devenir un sujet pensant, parlant, donc politique.

Ce matin, nous pourrions chacun clamer un « j’accuse » sans précédent mais c’est évidemment collectivement que nous devons défendre une solidarité créatrice luttant contre la fabrique d’enfants malades étiquetés « handicap » pour laquelle seule l’approche neuro-scientiste serait effective, jetant la psychanalyse aux orties. Continuons à défendre comme primauté du « prendre soin » de nous engager pour de vrai auprès d’enfants singuliers. De leur trouver des réponses désaliénantes, chaque fois uniques dans  l’inattendu de la rencontre, dans un accompagnement qui dure, ce temps nécessaire pour changer le factum,  quoiqu’il en coûte en tout cas.

Sandrine Deloche

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APPEL POUR LE MAINTIEN DE LA PLURALITE DES APPROCHES SCIENTIFIQUES

Collectif des 39,   le 15 novembre 2019

Nous, citoyens réunis autour et dans le Collectif des 39 – que l’on soit (ou non) analysants, patients, ex-analysants, familles de malades, psychanalystes, psychiatres, psychologues, infirmiers et soignants d’autres disciplines, enseignants, chercheurs, artistes… – nous défendons avec force, l’enseignement et la place de la psychanalyse et des sciences humaines dans la formation en médecine et en psychiatrie, dans l’enseignement des psychologues, et des autres intervenants dans ces domaines.

Nous nous insurgeons contre l’attaque massive de notre culture, riche des sciences humaines et de la psychanalyse, dont elle s’est toujours nourrie et qu’elle a fortement influencées en retour. Nous soutenons que l’apport psychanalytique a pu contribuer à ce que nous sommes en tant que professionnels et, ou, en tant que sujet.

Nous refusons l’orchestration du rejet, du déni voire de l’éradication de cette approche de l’humain dans notre société, dans ses institutions, y compris dans l’enseignement. La psychanalyse a toujours été mise à l’index à partir du moment où une chape d’idéologies despotiques commençait à se refermer sur les libertés et le pluralisme d’une société, y compris pluralisme scientifique.

Aujourd’hui, nous assistons à la manipulation des pouvoirs publics par certains professionnels et par des lobbys (industrie pharmaceutique, Institut Montaigne, lobby FondaMental, marchands des « applis » rééducatives…) au service d’une hégémonie des sciences neuro-comportementales et de leur conception forcément partielle de l’individu humain. De plus, cette vision « objectivante », qui ne considère les patients, élèves et citoyens qu’à l’aune de leurs circuits neuronaux est détournée par l’exécutif actuel au service des politiques ultralibérales si destructrices des liens humains dans l’éducation, le soin et la culture.

Nous revendiquons notre humanité culturelle et sociale et refusons qu’elle ne soit envisagée que comme un simple fonctionnement du cerveau. Nous sommes affligés de voir les 60 psychiatres et psychologues ayant récemment signé une Tribune dans l’hebdomadaire Nouvel Obs *se référer à « La science », comme si elle était « univoque » pour mieux divulguer des propos triviaux voire des fakes news concernant la psychanalyse et son fondateur Sigmund Freud. Confondre sciemment tout un champ scientifique et ses contributions avec certaines dérives d’applications de ses apports est un procédé simpliste et malveillant, qui en dit plus sur ses auteurs et ses signataires que sur l’objet de leur fixation. Doit-on leur rappeler que tout champ scientifique, y compris le leur, peut produire les dérives d’application, qui n’invalident pas pour autant l’apport épistémologique de celui-ci dans son ensemble ? Les exemples ne manquent pas (lobotomies des malades psychiatriques, ou stérilisations massives de déficients intellectuels – dérives produites par les approches centrées sur la tare du cerveau).

Nous, citoyens appelons les pouvoirs publics à garantir le maintien de la pluralité des référentiels théoriques nécessaires à l’émergence d’une pensée scientifique ouverte à la critique. Nous appelons les responsables universitaires, institutionnels et politiques à soutenir la transmission de la culture et des savoirs dans toute leur diversité épistémologique. Nous appelons les médias à la vigilance, pour ne pas favoriser unilatéralement les idéologies qui appellent à réduire les libertés et le pluralisme de notre société.

Nouvel Obs du 22 octobre 2019. Tribune initiée par la documentariste « choc » Sophie Robert.

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Ayez confiance les enfants

Sandrine DELOCHE, Pédopsychiatre.

Pratiques n° 86 dossier « Vérités et mensonges »    Juillet 2019

« Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu’on le manipule avec légèreté » Bertolt Brecht. 

La déconstruction du service public, s’agissant du soin porté à l’enfance, donc de l’éducation, de la santé et de la justice, ne se fait pas n’importe comment.                                                                                             Un premier cisaillement consiste à couper les vivres drastiquement, selon une politique d’austérité froidement appliquée. Patiemment, le manque de moyens déconstruit les organisations en place. Des institutions, de la territorialité, de la formation des acteurs jusqu’aux acquis sociaux, plus rien ne doit soutenir, à terme, la gratuité, la proximité et la prévention. La valeur locale du terrain, douée de singularités pour répondre au plus près des besoins, et accueillir par quartier, par arrondissement, par commune doit être balayée. Quand on supprime des classes, des postes d’instituteurs, quand on raye des centres de protection maternelle et infantile, quand on fusionne des services sociaux, quand on fait rayonner des psychologues scolaires sur des dizaines d’écoles, quand on fait disparaître des réseaux d’aide scolaire itinérants, quand on ferme des centres médico-psychologiques dans les quartiers ; alors oui on arrive, en bout de course, à un système déliquescent. Il est alors facile de dénoncer un service public obsolète. Poubelle ! Continuer la lecture de Ayez confiance les enfants

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La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

Frank Drogoul

25 propositions 4

De 1 à 6 : Dé-stigmatiser et favoriser le dépistage précoce. 4

De 7 à 14 : Assurer des soins de qualité centrés sur les besoins des patients, 4

15 à 16 : Promouvoir le rétablissement en pensant le parcours de vie 5

17 à 22 : Accompagner les transformations à l’œuvre grâce à la formation 5

23 à 25 : Soutenir les espoirs de la recherche 5

Les équipes mobiles 5

Un nouveau grade, les case managers 6

La recherche 8

L’épilogue de ce livre : « Pas encore guéri, mais rétabli et maître de mon destin » 8

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a était choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois parties.

Cette troisième partie reprend les vingt-cinq propositions de ce livre, en n’insistant que sur celles qui vont changer la pratique de la psychiatrie publique et hospitalière.

Les propositions laissées sans commentaire n’en ont guère besoin car ces auteurs ne demandent pas les formations et des embauches massives indispensables, mais juste de déshabiller Paul pour habiller Jacques, en l’occurrence un Jacques non soignant comme les centres experts de diagnostic, les case manager, etc.. Et lorsqu’il est soignants, c’est pour le former à des thérapies ayant comme point commun d’être les plus courtes possibles.

D’autres propositions comme la dé-stigmatisation, se passent de commentaires tant cette question revient dans tous les rapports sur la psychiatrie depuis trente ans (Rapport Massé, Piel-Rolandt, etc.) afin d’imposer une désinstitutionalisation avec fermeture des lits hospitaliers et leur rapprochement des autres spécialités médicales et destruction du Secteur Psychiatrique, ceci n’ayant eu comme conséquence que d’aggraver la stigmatisation de la folie. 

25 propositions

À la fin de cet ouvrage, nous arrivons ainsi aux 25 propositions ! Elles sont vides de sens et ne concernent pas, hélas, la psychiatrie telle Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

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La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

Frank Drogoul

Bilan et perspective de cet ouvrage 3

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé ! 3

Autre point central, la rapidité du diagnostic et du traitement médicamenteux 5

La psychiatrie et la médecine somatique 6

Quels soins pour la psychiatrie moderne ? 7

Des thérapies protocolées remboursées mais à durée limitée 9

La revanche des CHU, GHU 10

La recherche : Le leurre des méta-analyses 11

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a été choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.

La première partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle cause du désastre actuel selon les auteurs de ce livre.

Cette seconde partie aborde l’analyse que font les auteurs de ce livre de l’état de la psychiatrie actuelle et quelques-unes de leur préconisation.

Bilan et perspective de cet ouvrage

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé !

La position sur les hospitalisations est bien ambiguë. Ce livre note que « la France a désinstitutionnalisé, en diminuant de façon drastique le nombre de lits d’hospitalisation (on est passé de 120.000 à 55.000 lits entre 1990 et 2011), sans toutefois procéder à la fermeture d’établissements. Parallèlement, moins de 13.000 lits ont été proposés dans des structures alternatives à l’hôpital, incluant maisons et foyers spécialisés. Nul besoin d’être statisticien pour constater que le compte n’y est pas. »

Mais plus loin, c’est une nouvelle diminution des capacités d’hospitalisation qui est prônée pour déstigmatiser la psychiatrie. Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

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La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 1

Frank Drogoul

Que sont l’aliénisme et le secteur psychiatrique tant décrié ?  3

L’aliénisme et la loi de 1838 3

La psychiatrie ouverte ( 1926) 4

La psychiatrie de secteur, la matrice saint-albanaise et la spécificité de la psychiatrie 4

Les médicaments en psychiatrie 6

Les années 1970-1990 et le renouveau du secteur 6

Les années 1970, époque de l’antipsychiatrie 7

Constat de l’état désastreux de la psychiatrie depuis 30 ans 9

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition psychiatrique franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a était choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.

Cette première partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle cause du désastre actuel selon les auteurs de ce livre.

Que sont l’aliénisme et le secteur psychiatrique tant décrié ?

Cet ouvrage commence par une histoire rapide de la psychiatrie qui n’aide absolument pas à comprendre ce qu’a été la psychiatrie de secteur, accusée d’être responsable de l’état pitoyable de la psychiatrie française aujourd’hui.  Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 1

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INSOUCIANCES du CERVEAU

Liliane IRZENSKI

Je souhaiterai vous faire partager l’enthousiasme que j’ai eu à lire « INSOUCIANCES  du CERVEAU »précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier –philosophe, médecin, professeur enseignant l’éthique et la physiologie à Sorbonne Université-. C’est un texte à ne pas manquer pour ceux et celles qui réalisent combien est devenue asphyxiante la sécurité des neurocertitudes et la prescription d’obéir à la vision de l’Humain réduite à son cerveau. Ce n’est pas une mince affaire que cet avenir de l’homme neuronal que les politiques sont entrain de nous construire en instrumentalisant les recherches scientifiques de façon mensongère et abusive.

Tout comme François Gonon, neurobiologiste n’a pas manqué de souligner ce retour à une neuromythologie (dixit Griesinger « les maladies mentales sont des maladies du cerveau » 1895  et Kraeplin « leurs causes sont biologiques et héréditaires » 1905) Emmanuel Fournier dénonce  aussi ce grand mythe de la modernité : « le cerveau devenu le prête-nom de dogmes qui ne se disent pas, qui envahit nos discours car nous lui faisons dire bien davantage que ne le voudrait la raison scientifique. La fortune de l’idée de cerveau : toute la panoplie des stratégies de marketing est activée (domination neurocognitiviste s’armant de l’autorité de la science, de fait neuropseudoscience et toute celle de l’évangilisation, comme s’il était de la plus haute importance de répandre et de populariser une conception cérébralisée de l’Humain. Le cerveau devient un instrument de manipulation. » Continuer la lecture de INSOUCIANCES du CERVEAU

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