> Fédérons nos rêves pour résister à l'occupation de nos libertés de conscience.

Le collectif des 39 organise un rassemblement – Le SAMEDI 1er NOVEMBRE 2014

La Parole errante à la Maison de l’arbre

9, rue François Debergue – 93100 Montreuil

Fédérons nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience.

Nous nous sommes réunis et levés une première fois contre l’anathème, en provenance de la plus haute autorité de l’État, frappé à l’encontre de la folie. Paroles prononcées dans l’enceinte même d’un service de soin et dont nous espérions qu’elles ne relevaient que d’un accident de la démocratie en acte : un président élu par le peuple distillait la peur, installait un climat sécuritaire espérant ainsi incarner la figure du protecteur de ce peuple qu’il lui fallait créer à la mesure de ses petits accès d’agitation despotique.

39 nous étions ce vendredi-là, 39 alertés par l’insupportable, unis par le nombre, sans règlement associatif, parce qu’un nombre représente la multitude, nous étions nombreux ce soir-là à nous élever « contre la nuit sécuritaire » de plus en plus nombreux et multiple, déjà portés par cette hétérogénéité des disciplines et des parcours.
Mais il n’y a pas de pente despotique possible sans servitude volontaire, et au plus près de nos pratiques nous avons dû faire front, non sans difficultés, contre le déplacement en miroir de la figure de la folie dangereuse vers sa résolution en obéissance servile, soit de la schizophrénie dangereuse à l’autisme rééduqué.

Et puis le personnage en haut de l’État sous la pression populaire a changé. Nouvel élu qui s’était présenté comme celui du changement.

Issus du contexte, nous en avons tenu compte, nous avons déplacé en partie nos énergies vers l’accueil de la différence et de la folie. Nous avons œuvré par le débat, les rencontres, le soutien, les pétitions… pour que l’accueil et le soin n’interdisent pas aux plus engagés de tenter de concilier, chacun au plus près de ses œuvres, de ses constructions, de ses pratiques institutionnelles, la question toujours à renouveler entre demandes sociales et aspirations individuelles et cela avec l’aide de la multiplicité du nombre.
Nos salutaires divergences et origines à l’intérieur de notre multitude ont soutenu l’hétérogénéité nécessaire pour maintenir les questions contre l’aveuglement toujours présent au sein de la réassurance par le dogme.

Nous n’avons jamais proposé l’uniformisation des pratiques sous couvert d’une théorie de la vérité institutionnelle ou psychique, que cela ait pu l’espace d’un instant, d’un espoir, d’une fougue traverser l’un d’entre nous, voire un groupe, ne fait que témoigner de la complexité du politique, ce dont la multitude qui est nôtre, nous a, en fin de compte, protégés.
Cette hétérogénéité n’empêche pas l’implication, les croyances, le combat, au contraire même elle permet d’en promouvoir le dynamisme en refusant d’imposer de l’extérieur un modèle à qui que soit qui ne s’en saisirait pas à sa façon, à sa mesure, redonnant aux espaces de travail leur index de liberté, de création, d’œuvre humaine.

L’idée d’une alternance politique, présente depuis quelques décennies, avec son vécu différent selon les uns et les autres avait peut-être créée une petite respiration limitant l’installation en continu de ce qu’on pourrait désigner d’une politique du pire, soit une politique où le peuple ne serait que la somme algébrique d’éléments à gérer comme de simples objets interchangeables. Force est de constater que cette alternance n’a pas eu lieu et l’air est devenu un peu plus irrespirable.
Assez rapidement, dans la suite de la mise en scène de l’inconsistance de la valeur des mots par l’État, en tant qu’ils permettent d’ouvrir au débat politique, au partage de la quête de sens, et cela sous couvert d’une supposée vérité venue d’ailleurs et indiscutable, le corps des surveillants en tous genres s’est majoritairement ( certains ont démissionné, refusé…) libéré de toute éthique.

La gestiocratie a été promue aux commandes, elle s’avance sans retenue parée de la monstruosité des experts en gestion humaine, notre vie serait prescrite, encadrée, évaluée, bref comportementalisée.
Depuis un peu plus d’un an, l’assurance de la non-alternance a libéré les contrôleurs du désir humain, les petits jouisseurs de la destruction de la vie et des rêves des hommes. Le petit nombre impliqué dans les pratiques, pas plus nombreux que ceux qui s’étaient battus contre la monstruosité asilaire, que ce soit dans le public ou dans le privé, avait non sans quelques difficultés, pu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans la suite du Conseil national de la résistance, construire leurs alternatives.
Extrême importance de cette possibilité qui empêchait la grande masse de s’endormir trop tranquillement dans ses routines aliénantes.
Depuis un peu plus d’un an, la haine encore retenue par la lâcheté de la servilité des officiants textuels, s’est sentie autorisée à coloniser tout ce qui s’était construit au nom d’une profonde implication envers l’accueil de la différence et plus largement contre tout ce qui échappait au moule d’une science et d’une morale d’État. La collusion entre les restrictions budgétaires et les recommandations de l’HAS, dans ce contexte de déficit démocratique revendiqué, donne toute son ampleur aux passages à l’acte de la horde des bureaucrates qui nous dicte nos conduites humaines.
Le temps de la promotion des médiocres, des jalousies, des rancœurs bat son plein, les techniciens de l’évaluation, de la recommandation autoritaire, peuvent faire œuvre de normalisation comme cela fut à l’acmé du totalitarisme soviétique.

La haute autorité de santé est le centre organisateur du mouvement des troupes d’occupation qui organisent le contrôle et commencent à imposer ses interdits dans notre territoire des libertés de penser et de faire.
Un de nos proches a heureusement combattu et donné l’alerte quand dans son CMPP à Orly ,une formation a été refusée par l’ARS parce que hors recommandation.
Ne nous y trompons pas cet acte est d’une extrême gravité, il témoigne d’une bascule de la question démocratique vers une vérité scientifique permettant de gérer les hommes, bien évidemment pour leur bien, foi d’expert ! Ces mêmes experts dont Cornelius Castoriadis disait d’eux qu’ils étaient appelés à en dire toujours plus à partir de toujours moins. Ils proposent l’uniformisation des réponses, qui plus est, ils confondent soin et éducation et limite cette dernière à des techniques désuètes d’obéissance aux ordres, ils osent appeler cela l’égalité. Le voile noir d’une hétéronomie, d’un hétéro nomos, de lois supérieures qui nous gouverneraient et sur lesquelles nous n’aurions plus rien à dire, commence à recouvrir les institutions concernées par les œuvres solidaires, à la mesure des lois économiques qui, sur ce même mode, s’imposeraient à nous.

Ce voile noir dans son effectivité porte un nom, celui qu’Hannah Arendt a révélé : « La banalité du mal ». Ce concept, s’il a été énoncé par rapport à un contexte bien précis, trouve une actualité contemporaine dans l’inhumanité en extension, les haines de l’altérité qui s’installent. Car en effet, tel est l’œuvre des bureaucrates et technocrates appliquant sans sourciller des « recommandations » sous couvert de « bonnes pratiques » homogènes et uniformisantes. Si nous n’y prenons garde, c’est de fait ce qui est en train de s’instaurer dans le champ des soins en psychiatrie et dans le champ social.

Nous devons compter plus que jamais sur la force de nos rêves, sur ce que Gaston Bachelard appelait le surrationalisme, la question de l’homme, du commun, de l’homme dans ses rêves d’humanité qui ne saurait exister sans l’enseignement infini des questions posées par la folie.

Nous devons fédérer nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience.

Nos prochaines journées, si nous voulons continuer de rêver et d’exister, ne pourront être que de combat.

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