Archives de catégorie : Articles de presse

>L'arbre rose ferme ses portes (sudouest.fr)

Par isabelle Castéra

Il est planté au milieu de l'hôpital Charles-Perrens. Il y a des gens allongés dans l'herbe devant la porte, d'autres sur un banc fument une clope. Une dame en robe longue, les cheveux sur la figure danse avec les étoiles. L'Arbre Rose est un atelier d'art-thérapie, ouvert chaque jour, qui accueille dans un joyeux entassement d'objets colorés, des patients de l'hôpital ou pas. Ici, on met la maladie sur pause. Et on peint, on sculpte, on bricole, on discute, on rigole, on chiale aussi. Le maître des lieux depuis 35 ans s'appelle « Jibé » : Jean-Bernard Couzinet.

Jibé parle fort, autant dire qu'il gueule. Créateur de l'Arbre Rose, il est entré à l'hôpital en 1978, après un doctorat en art et communication, quelques années aux Beaux-Arts, un diplôme d'animateur socioculturel et même une psychanalyse. La folie ne l'effraie pas.

« Tout a commencé ici un jour où un patient est venu me voir avec des tableaux sous le bras, des dessins splendides. À l'époque, l'hôpital m'avait cédé un local, afin d'y organiser une activité. Ce patient, qui s'appelait Bernard m'a initié. Alors que je lui proposais de venir peindre dans mon atelier, il a invité d'autres malades à peindre avec lui. Nous avons créé la première fresque commune. Je n'ai jamais rien imposé, j'ai attendu que les gens viennent à moi. Ici, je les connais tous par leur prénom. Je ne sais rien de leur dossier médical. Chacun arrive avec son projet artistique, pour cela je me suis inspiré de la psychiatrie italienne. »

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> Le 7 septembre "L'art de l'écoute et de l'écho"

Vendredi 7 septembre 2012                      

Centre équestre  « Les Cavaliers du Pays Cathare » à Magrin(81) 19h30 

« L’ART DE L’ECOUTE ET DE L’ECHO »

Cette notion semble essentielle pour parvenir à la rencontre avec cet  Autre en souffrance.

Et pourtant :  

Est-il encore possible d’écouter le symptôme, de le considérer comme un signe du sujet ?

Que faisons-nous du transfert, de cet espace psychique nécessaire à la rencontre qui apparait si souvent bien difficile.

Le transfert n’est il pas négligé ?  Est-il encore d’actualité, une option ?

N’existe-t-il pas une tendance visant à réduire trop rapidement le symptôme à une manifestation dangereuse qu’il faut éradiquer au plus vite ?

Que fait-on des émotions si particulières qui sont véhiculées dans la relation soignante ?

Finalement qu’en est-il actuellement de notre écoute et de l’écho que nous faisons à la parole des patients ?

A toutes ces interrogations donnons une  « raison-ance », faisons écho…

 « La psychanalyse, qu’on le veuille ou non, c’est quand même, fondamentalement, une science de l’écoute et de l’écho <….>  Il faut multiplier nos propres capacités d’écoute de ce que l’autre dit et se faire, soi-même, une aptitude à donner un écho sensible, à réagir ». Lucien Bonnafé

Avec la participation de Patrick CHEMLA, Psychiatre, Psychanalyste, Chef de Service du centre de jour Antonin Artaud de Reims.

Renseignements: 06 87 28 08 05 – lespsycausent@gmail.com – http://lespsy-causent.over-blog.fr/

 

PS : Après avoir bien écouté et pour faire écho à la convivialité, apporte quelque chose à boire ou à manger !

 

 

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> Le soin sans consentement n’existe pas

Le 20 avril 2012 le Conseil constitutionnel a censuré deux dispositions issues de la loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge. Dès lors, que devient cette loi ? Explication de texte par Gilles Devers, avocat et docteur en droit.

Après la décision du Conseil constitutionnel (CC) du 20 avril 2012, que se passe- t-il pour la loi du 5 juillet 2011 ?

Les sages du Conseil constitutionnel ont été saisi de quatre questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) soulevées par l’association d’usager de la psychiatrie CPRA (Cercle de réflexions et de propositions d’actions sur la psychiatrie). Après examen de ces questions, les choses sont simples : le Conseil constitutionnel (CC) laisse intact l’essentiel de la loi du 5 juillet 2011. Il ne déclare anticonstitutionnel qu’un aspect ponctuel de la loi, à savoir les dispositions contenues dans le paragraphe II de l’article L.3211-12 et l’article L3213- 8, concernant les conditions d’hospitalisation sous contrainte pour les patients faisant l’objet d’une décision d’irresponsabilité pénale ou ceux admis en UMD. S’agissant des programmes de soins à domicile, le Conseil constitutionnel constate que la loi ne permet pas de prendre des mesures coercitives et qu’il est donc impos- sible d’imposer des soins sans consentement. En clair, si un patient refuse de respecter le programme de soins établi à l’issue de la période de soins et d’observation de 72 heures, le psychiatre ne peut l’y obliger sauf à le faire hospitaliser.

Peu de choses vont donc changer ?

lire cet article sur le site de Santé Mentale

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>A Lille, le procès d'une méthode de traitement d'enfants autistes (Mediapart)

(par Sophie Dufau, Mediapart)

La prise en charge des enfants autistes selon les méthodes de Vinca Rivière, dans le Nord, est loin d'être le conte de fées que cette enseignante à l'université s'évertue à présenter. Après le rapport de l'agence régionale de santé qui, en réponse à un courrier de parents, concluait en février que le centre Camus présentait des « dysfonctionnements »constituant « des facteurs de risques de maltraitance susceptibles d'avoir des répercussions sur les enfants accueillis » (lire les révélations de Mediapart), c'est un procès au civil qui se prépare pour l'automne pour « pratique déloyale de Vinca Rivière et de son association Pas-à-pas et manquements contractuels » dans la prise en charge d'un enfant à domicile. Autrement dit, à entendre cette famille raconter son histoire : mauvais traitements et personnel incompétent.

Jacques Turan, le père de l'enfant, ne fait pas ce procès «pour l'argent» – les parents réclament 5 000 euros, bien loin des sommes engagées et s'ils obtiennent gain de cause, la somme sera reversée à une association de prise en charge de l’autisme –, « c'est simplement pour dénoncer le mépris qu'elle a eu de notre enfant : elle l'a pris comme un Kleenex, elle l’a exclu sans aucun scrupule. On ne voulait pas partir avec ce sentiment d'impunité. Et on espère, en témoignant, que ça servira aux autres parents ».

Vinca Rivière, à droite.Vinca Rivière, à droite.

Pour comprendre les enjeux de cette plainte, il faut d'abord se souvenir que Vinca Rivière est une petite sommité dans le monde de l'autisme. Responsable d'un master et d'un diplôme universitaire à l'université de Lille 3, elle se targue d'avoir introduit en France la méthode ABA – Applied Behavior Analysis, ou, en français, analyse appliquée du comportement –, une méthode comportementale d'apprentissage que la Haute autorité de santé a classée en mars dernier dans les « interventions recommandées » dans la prise en charge des personnes présentant des troubles envahissants du développement.

Même si nombre de professionnels contestent à Vinca Rivière le titre de pionnière, même si l'unique association à laquelle elle revendique appartenir« la fédération pour le développement des sciences du comportement qui réunit jusqu’à 12 associations nationales et 2 associations étrangères», fut simplement créée par elle en 2009, c'est pourtant vers Vinca Rivière que bien souvent se tournent les médias pour illustrer les nouvelles prises en charge de l'autisme. Et le grand public se souvient sans doute de la soirée que France-2 lui a consacrée en juin 2008, lorsque l'acteur Francis Perrin eut carte blanche dans l'émission Envoyé spécial pour présenter la méthode et les professionnels qui s'occupaient de son fils Louis.

Dans notre enquête d'avril dernier, outre que Vinca Rivière défendait pour certains cas de patients adultes « des procédures de punition par choc électrique », nous révélions aussi que forte du soutien écrit de Xavier Bertrand qu'elle a obtenu, le centre Camus qu'elle a ouvert en 2008 se voyait octroyer par le ministère de la santé un budget de fonctionnement de plus de 80 000 euros par enfant et par an, soit une somme 2,5 fois plus élevée que des centres fonctionnant de façon similaire en France.

C'est dans ce contexte que ces courriers et plainte de parents prennent tout leur relief. A Roubaix, Vinca Rivière dirige deux structures : l'association Pas-à-pas qu'elle a fondée au début des années 2000 (elle en est aujourd'hui la trésorière) pour assurer une prise en charge à domicile des enfants et le centre Camus ouvert en 2008, dont le gestionnaire est l'association Pas-à-pas. Aujourd'hui 20 enfants sont accueillis dans le centre et 80 dans l'association.

C'est au milieu des années 2000 que Jacques Turan croise la route de Vinca Rivière.

Fin 2006, il s'inscrit au diplôme universitaire qu'elle dirige à Lille 3. Il est alors médecin en Franche-Comté. Son fils, 6 ans à l'époque, ne parle pas, n'est pas propre et n'avait pas particulièrement de prise en charge. Le père espère que ces allers-retours mensuels Lille-Vesoul lui permettront de rencontrer des psychologues ABA disposés à s'installer dans l'Est de la France.« Mais Vinca Rivière m'a affirmé que si on venait à Lille, Zacharie pourrait bénéficier d'une prise en charge de 40 h par semaine à domicile. » En avril 2007, la psychologue avec laquelle il fut mis en relation lui assure que « tout est prêt pour l'accueil de Zacharie ». « Et il ne fallait pas traîner. A 6 ans, disait-elle,chaque jour compte. Il faut venir vite, très vite. C'était presque du harcèlement. »

Même si l'association n'avait fait aucun diagnostic de l'enfant et s'était contentée du récit du père pour évaluer ses besoins, les époux Turan décident de s'engager. Du jour au lendemain, ils quittent la Franche-Comté, vendent la maison « qu'on avait fait construire », mettent fin « à la collaboration avec le cabinet de médecins avec qui je travaillais ». Face à l'indigence des prises en charge de leur enfant autiste, toute perche qui se présente fait espérer de pouvoir sortir la tête de l'eau.

Mais arrivés à Lille, ce fut la « grande surprise, il n'y avait pas d'équipe, seulement une étudiante fraîchement diplômée, incapable d’élaborer ou de modifier un programme selon l’évolution de l’enfant, et une autre en 4e année d'études », raconte le père. La mère poursuit : « Dès le départ, il y avait beaucoup de choses qui clochaient : la psychologue était complètement à côté de la plaque, vague, évasive. Elle a fait passer le test de capacités à Zacharie à toute vitesse. Dans tous les centres de ressources autisme, ce test est suivi d'un compte rendu écrit, nous en avions d'ailleurs eu un à Strasbourg. Mais quand je le lui réclame, elle me répond que ce n'est pas “dans sa pratique” et qu'elle fera un bilan verbalement. Nous avions quand même payé 545 euros… »

Vinca Rivière vient alors chez eux pour discuter. Les parents demandent non seulement un compte rendu écrit du test, mais aussi un bilan des séances que Zacharie suivait avec la psychologue et l'intervenante. « Pas à l'issue de chaque séance,explique le père, mais une fois par semaine ou même 2 fois par mois, simplement quelque chose qui nous détaille le programme, les progressions éventuelles. »

Alors qu'ils pensaient, en arrivant à Lille, pouvoir disposer de personnel expérimenté, les parents comprennent vite que tous les intervenants sont des étudiants. (« On les payait en chèque emploi service : 12 € net de l'heure, pour ceux qui étaient en master 2 ; 10 € pour ceux qui étaient en master 1 ; et 8 € pour ceux qui étaient en licence. ») Une psychologue est là pour assurer la supervision des intervenants, une sorte de formation continue.« Nous avions convenu au départ que Zacharie aurait chaque semaine 40 h de séances à domicile, et que la psychologue nous facturerait en plus 10 heures de supervision. »

Mais face aux difficultés rencontrées par les intervenants, la psychologue n'avait qu'une seule réponse : « Dès que ça n'allait pas avec telle ou telle, il fallait superviser. C'était toujours plus de supervisions, payées 35 € de l'heure, et donc toujours plus d'argent. Ou alors elle se proposait pour intervenir elle-même, mais au tarif de 25  de l’heure, ce qui n’était pas du tout prévu dans notre budget », explique Zakia Turan. En moyenne, cette prise en charge leur a coûté quelque 2 000 euros par mois.

 

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>La loi du 5 juillet 2011, une loi biopolitique ? (gilles sainati – Mediapart.fr)

Ce  texte de loi et de procédure n’est pas apparu le soir d’un jour de pluie mais il a été largement anticipé par toute une série de textes qui visent à placer la notion de  dangerosité comme le critère distinctif entre la norme et l’anormalité et d’en faire découler toute une série de processus de contention et de contrôle sociaux, pénaux.

Citons ici:

les dispositifs qui consistent à repérer les enfants turbulents à l’école et que l’on retrouvera ensuite avec un traitement de ritalin, l’un des critères pouvant être la notion d’absentéisme scolaire aboutissant aussi , dans certains cas , à suspendre les allocations familiales,

Les dispositifs de bracelets électroniques pénaux  ( gps) visant à suivre les condamnés en milieu ouvert et à remplacer le suivi post-pénal avec un contrôle électronique à distance..La tendance est maintenant à poser des bornes pénales interdisant l’accès à certains endroits en fonction du type de condamnation ( exemple:  proximité des établissements scolaires)

Les textes juridiques qui fondent ces dispositifs ont émaillé les lois votées ces dix dernières années: loi perben II, loi prévention de la délinquance, loi sur l’égalité des chances etc. 

Indiscutablement cette nouvelle société de contrôle tourne autour d’un concept: la dangerosité qui explose tous les cadres précédemment établis de l’Etat de droit qui  reposaient sur un principe simple celui  de la légalité des délits et des peines…C’est à dire que l’on ne pouvait condamner une personne que si elle avait commis un acte, une infraction prévue par loi.

Aujourd’hui la sanction n’est plus réservée au juge pénal, mais en plus l’on sanctionnera un comportement selon qu’il sera considéré dangereux in futurum…Le juge, le droit est dépassé..

Deux lois illustrent parfaitement cette nouvelle ère:

la rétention de sûreté qui prévoit qu’une personne ayant purgé une peine puisse rester enfermée car considérée comme dangereuse…

– la loi que nous examinons ici du 21 juillet 2011 telle que issue de sa nouvelle forme après la décision du Conseil Constitutionnel

Les caractéristiques de ces nouveaux textes sont que la notion de dangerosité est principalement arbitrée par une autorité administrativo-médicale et que le droit est transformé en une suite de procédures complexes qui confinent au  processus.

La loi nouvelle, au travers des mécanismes qu’elle met en oeuvre, interroge alors la nature de cette société postdisciplinaire que Foucault avait entrevue et que Gilles Deleuze a nommée la société de contrôle. La prise en charge des anormalités n’y relèverait plus du redressement autoritaire et de l’exclusion systématique de la vie sociale mais procèderait davantage d’une gestion des problématiques liées à certains groupes et individus au cœur de la cité par dispersion de mécanismes de correction souples et protéiformes qui, tout en manifestant généralement une volonté de respecter la liberté individuelle voire en se fondant sur elle, viseraient à conduire chacun à exercer celle-ci de manière conforme à certaines normes sociales explicites ou implicites.

En quelque sorte, la psychiatrie de secteur a été rattrapée par les soins ambulatoires sans consentement..

La contrainte devient protéiforme sous les atours d’une bienveillante tolérance.  Le danger devient évident et repose sur l’énoncé de la loi : généraliser les soins sans consentement hors l’hôpital transforme petit à petit la psychiatrie en une trame médico-administrative vouée à distribuer dans le corps social les prises en charge juridiquement imposées. A cet égard, le fait que les soins sans consentement aient vocation à se dérouler hors de l’hôpital et puissent même englober le domicile du malade s’avère lourd de significations quant à un effacement de nombre de séparations fondatrices de notre constitution sociale voire anthropologique : liberté/contrainte, dedans/dehors, privé/public…(1)

La loi du 5 juillet 2011 poserait  certains jalons favorisant la réalisation cette nouvelle société biopolitique.

2)Analyse du process de la loi

Pour analyser ce texte de loi qui enchevêtre les compétences judiciaires et administratives ainsi que l’approche médicale il convient de retenir l’intervention de trois autorités dans un processus:

le préfet et/ou le directeur d’établissement

Le corps médical et pas forcement psychiatrique

le juge du siège.

La loi distingue  deux types de mesures sous contrainte :

d’une part, l’hospitalisation complète,

d’autre part, un ensemble de modalités particulières de soins, définies dans un programme de soins (article L. 3211-2-1). Ces alternatives à l’hospitalisation complète peuvent prendre plusieurs formes, notamment une hospitalisation à temps partiel (de jour, de nuit), des soins à domicile, des consultations en ambulatoire, des activités thérapeutiques.

Les nouvelles modalités de soins supposent en toute hypothèse la mise en œuvre d’une phase initiale d’hospitalisation complète à des fins d’évaluation, dont la durée peut aller jusqu’à 72 heures. Avant l’achèvement de celle-ci, un certificat médical spécifique est établi et, s’il conclut au maintien nécessaire de la mesure, une proposition motivée se prononçant sur la forme de la prise en charge et, le cas échéant, sur le programme de soins, est formulée par un psychiatre de l’établissement d’accueil. Des soins ambulatoires, ou un autre mode de suivi contraignant peuvent alors être substitués à l’hospitalisation complète. Une procédure souple permet cependant au directeur d’établissement de rétablir une hospitalisation complète, s’il est constaté que la prise en charge sous une forme moins contraignante ne permet pas de dispenser les soins nécessaires.

La distinction entre les soins ambulatoires et l’hospitalisation complète détermine la compétence du juge au regard  de l’article 66 de la Constitution, 

contrôle obligatoire du juge

1) Le contrôle de plein droit prévu à l'article L. 3211-12-1 du code de la santé publique

Suite à la décision du Conseil Constitutionnel du 26 novembre 2010, un contrôle de plein droit, portant sur la nécessité du maintien de l’hospitalisation complète, a été instauré à l'article L 3211-12-1 du code de la santé publique.

Ce contrôle systématique s’applique à toutes les mesures d’hospitalisation complète, ainsi qu’aux décisions les renouvelant :

– celles décidées par le directeur d’établissement à la demande d’un tiers ou en cas de péril imminent sur le fondement des articles L. 3212-1 (demande d'un tiers accompagnée de 2 certificats médicaux), L. 3212-3 (demande d'un tiers accompagnée d'un seul certificat médical, en raison d'un risque grave d'atteinte à l'intégrité du malade), ou L. 3212-7 (renouvellement de la mesure tous les mois) ;

– celles décidées par le représentant de l'État dans le département sur le fondement des articles L. 3213-1 (hospitalisation initiale), L. 3213-4 (renouvellement de la mesure à 1 mois, puis 3 mois, puis tous les 6 mois), L. 3213-6 (lorsque consécutivement à des soins psychiatriques à la demande d’un tiers, un psychiatre constate la nécessité de soins, le patient compromettant la sûreté des personnes ou portant atteinte de façon grave à l'ordre public) et L. 3214-1 (mesure concernant une personne détenue) ;

– celles prononcées, à la suite d’une déclaration d’irresponsabilité pénale, soit par la chambre de l'instruction ou une juridiction de jugement (article 706-135 du code de procédure pénale), soit par le représentant de l'État (article L. 3213-7).

Le nouveau contrôle intervient avant l’expiration du quinzième jour à compter de l’admission en hospitalisation complète, puis à l’issue de chaque période de 6 mois à compter de la précédente décision judiciaire. En cas d’hospitalisation sans consentement ordonnée directement par la juridiction pénale, le premier contrôle a lieu dans les 6 mois de cette décision judiciaire, puis est renouvelé tous les 6 mois.

Le juge peut, soit maintenir l'hospitalisation complète, soit en ordonner la mainlevée.

Ce dispositif ne s’applique pas aux mesures incluant des soins ambulatoires, même si ceux-ci sont associés à une hospitalisation à temps partiel, de telles mesures ne constituant pas une privation complète de la liberté individuelle relevant de l’article 66 de la Constitution.

2)Le contrôle de plein droit prévu par l'article L. 3213-5 du code de la santé publique

La loi prévoit également une saisine systématique du juge, si, au-delà du quinzième jour de l’admission en hospitalisation complète, le représentant de l'État dans le département n'ordonne pas la levée d'une mesure de soins sous la forme d'une hospitalisation complète, alors qu’un psychiatre atteste par un certificat médical que les conditions ayant justifié cette hospitalisation ne sont plus remplies et que la levée de cette mesure peut être ordonnée (article L.3213-5 du code de la santé publique).

Ces contrôles de plein droit se cumulent avec les recours qui existaient antérieurement à la réforme du 5 juillet 2011, à savoir avec :

– La faculté pour les intéressés, ou les personnes habilitées à agir dans leur intérêt, d’exercer un recours facultatif à l’encontre d’une mesure de soins sans consentement, prévu à l'article L. 3211-12 modifié du code de la santé publique, étant précisé que ce recours a été étendu et peut désormais être formé quelle que soit la forme des soins contraints (hospitalisation complète ou partielle et soins ambulatoires) ;

– La faculté pour le juge de se saisir d'office : Les articles L. 3211-12 et R. 3211-14 du code de la santé publique reprennent ainsi les dispositions permettant au juge des libertés et de la détention de se saisir d’office (ancien article R. 3211-7) et fixent les spécificités applicables dans ce cas.

le contrôle facultatif du juge (article L. 3211-12 du code de la santé publique) : 

Le recours peut être exercé aux fins d’obtenir la mainlevée de toute mesure de soins psychiatriques, quelle qu’en soit la modalité de mise en œuvre (hospitalisation complète ou soins ambulatoires), dès lors que celle-ci relève soit d’un des chapitres II à IV du titre premier du livre deuxième de la troisième partie du code de la santé publique (hospitalisation sans consentement ordonnée par le directeur d'établissement ou le représentant de l'État), soit de l’article 706-135 du code de procédure pénale (hospitalisation d'office ordonnée par la chambre de l'instruction ou une juridiction de jugement ayant prononcé un arrêt ou un jugement de déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental). Le juge peut donc être saisi aux fins d’ordonner mainlevée d’une mesure contraignante tant en cas de soins ambulatoires, avec ou sans une hospitalisation partielle, qu’en cas d’hospitalisation à temps complet.

Une décision de mainlevée de la mesure d’hospitalisation complète, si elle est prise par le juge, ne met toutefois pas nécessairement fin à tout soin psychiatrique délivré dans le cadre d’un programme de soins sous contrainte. En effet, la loi prévoit des procédures ménageant au directeur d’établissement ou au représentant de l'État la possibilité d'organiser des soins sans consentement à l'issue de la décision judiciaire. Ainsi qu’il a été rappelé au I-C ci-avant, il appartient au juge prononçant la mainlevée d’une hospitalisation complète d’apprécier s’il y a lieu d’assortir ou non sa décision d’une mention en différant l’effet durant un délai maximal de 24 heures afin de permettre, à l’autorité administrative compétente, lorsqu’elle l’estime nécessaire, de mettre en œuvre un programme de soins. Si tel est le cas, le prononcé d'un tel différé devra donner lieu à une motivation spécifique dans l'ordonnance.

3) Un contrôle judiciaire de façade

Comment un juge peut il ? :

Contrôler la réalité d’un risque grave d'atteinte à l'intégrité du malade accompagné d’un certificat médical

Contrôler le péril  imminent assorti de deux certificats médicaux

L’on voit ici  que le juge va donner une réponse en fonction du contexte ,, la loi ne distinguant pas la nécessité si le certificat médical initial doit émaner d’un psychiatre ou pas ( cas de Loupian)..

Enfin il est bien évident que cette réforme s’est faite à moyens constants en termes d’effectifs et la saisine d’expert enserre la décision dans un délai de 15 jours, aussi la loi prévoit le principe de subsidiarité des expertises susceptibles d’être ordonnées par le juge, que rappelle le code de procédure civile, tel son article 147 au terme duquel le juge doit limiter le choix de la mesure à ce qui est suffisant pour la solution du litige, en s’attachant à retenir ce qui est le plus simple et le moins onéreux.

Par ailleurs les experts qui seront désignés par le juge doivent  nécessairement désigner un expert figurant sur la liste établie par le procureur de la République, après avis du directeur général de l’agence régionale de santé de la région dans lequel est situé l’établissement ou, à défaut, sur la liste des experts inscrits près la cour d’appel du ressort de l’établissement (cf. articles L. 3211-12 II et L. 3211-12-1 III, renvoyant à l’article L. 3213-5-1). La prégnance de la tutelle de l’autorité administrative en l’occurrence l’ARS s’applique aussi au juge. 

De quel juge s’agit -il ?

Le Juge des Libertés et de la Détention (J.L.D) est compétent pour statuer. Il a aussi la compétence en matière de mandat de dépôt et de rétention des étrangers. En réalité à la différence du juge d’instruction ou du juge de  l‘Application des Peines, le  JLD n’a aucun statut. Nommé par le Président du Tribunal, il est révocable ad nutum, en fonction de la gestion du personnel ou de ses inclinaisons politiques. Ainsi, sous l’ère Sarkozy,  de nombreux JLD furent rapidement transférés de service et se sont retrouvés à juger des affaires de circulation car ils s’opposaient à la politique du chiffre en matière d’éloignement des étrangers…

Ainsi  donc à  cette fragilité de statut se rajoute la mission d’un contrôle impossible; le contrôle du JLD est donc extrêmement marginal.

Cette situation est dénoncée par la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale dans un rapport d’information relatif à la mise en œuvre de la loi déposé le 22 février 2012 qui relève que "quand les patients sont transportés au tribunal, les conditions matérielles d’accueil sont rarement adaptées et ne présentent pas toujours des conditions de sécurité suffisantes" et constate que cette expérience peut se révéler traumatisante pour le patient, ce que confirment de nombreux soignants.

Lorsque ces audiences ont lieu au tribunal, il est par ailleurs avéré que de nombreux malades n’y sont pas conduits, un certificat médical s’y opposant "dans leur intérêt" ; le taux de non-présentation serait ainsi de l’ordre de 40 à 45 % en région parisienne et atteindrait même 100 % pour certains établissements !!

 Il est en effet ainsi procédé, de plus en plus souvent, à un simple contrôle « sur dossier » ; la personne hospitalisée sans son consentement se trouve privée, pour des motifs fallacieux, de son droit légitime de rencontrer le juge chargé de contrôler la mesure qu’elle subit et de pouvoir faire valoir ses observations ; d’autant que, dans ces conditions, elle n’aura souvent pas eu de contact avec l’avocat chargé de la représenter, saisi tardivement.

Les rapporteurs de la commission des affaires sociales soulignent encore que cette situation serait imputable à une réticence, voire d’un refus, de la hiérarchie judiciaire d’envisager – parfois contre l’avis des juges des libertés et de la détention concernés – l’organisation des audiences sur le site de l’hôpital ou d’accorder les moyens le permettant.

L’expérience de ces quelques mois d’application de la réforme témoigne pourtant indiscutablement du fait que ce contrôle s’exerce de manière effective (la quasi-totalité des malades assistant à l’audience), dans des conditions satisfaisantes pour tous, dans les juridictions ayant fait choix de tenir les audiences sur les sites hospitaliers ; le rapport précité de MM. Blisko et Lefrand préconise d’ailleurs, au terme de l’enquête réalisée, leur généralisation, solution "éminemment préférable d’un point de vue humain" et respectueuse de la dignité des patients.

Si cette réforme a bouleversé considérablement l’activité des juges des libertés et de la détention dans ce domaine (plus de 30 000 saisines en six mois selon le bilan statistique établi parle ministère) ; l’étude réalisée en janvier 2011 évaluait d’ailleurs l’impact de cette réforme sur les effectifs à 80 ETP de magistrats et 60 ETP de greffiers ; elle préconisait également un abondement du budget de l’aide juridictionnelle en conséquence.

Le remède à cette situation ne saurait être le recours massif à la visioconférence – piste semble-t-il privilégiée par la Chancellerie – dont l’usage ici, encore plus que dans d’autres domaines, s’avère totalement inadapté compte tenu de l'état de santé des personnes hospitalisées. 

Et la liberté dans tout cela ..

L’intervention du juge du siège est motivée par la préservation de nos libertés, rude mission..

Mais la réponse est dans  les motivations de loi et je dois vous lire ces quelques lignes extraites du discours de Grenoble de notre ancien président du 2/12/2010 qui présentait cette loi à l’occasion de la visite d’un hôpital psychiatrique à Antony. Ce discours intervenait suite à la mise en exergue d’un fait divers dramatique intervenu à Grenoble sur une personne de 26 ans par un malade qui avait fugué de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève.

«Il faut trouver un équilibre, que nous n’avons pas trouvé, entre la réinsertion du patient absolument nécessaire et la protection de la société. Dire cela ce n’est bafouer personne. Mon devoir c’est de protéger la société et nos compatriotes, de la même façon que les personnels. Parce que vous êtes les premiers au contact de cette violence éruptive, imprévisible et soudaine. L’espérance, parfois ténue, d’un retour à la vie normale, – j’ose le dire ici – ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. Mettez-vous aussi à ma place. Je dois répondre à l’interrogation des familles des victimes que je reçois. Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte. Et vous savez fort bien, mieux que moi, que des patients dont l’état s’est stabilisé pendant un certain temps peuvent soudainement devenir dangereux.»

Et plus loin : «Les sorties de patients, absolument indispensables, doivent être davantage encadrées. La décision d’autoriser une personne hospitalisée d’office à sortir de son établissement ne peut pas être prise à la légère. Je ne dis pas qu’elle est prise à la légère. Vous avez des convictions j’en ai aussi. Je dis que la décision de sortie est une décision qu’on ne peut pas prendre à la légère. Elle ne l’est pas, tant mieux.»

«Mais des gens dangereux dans la rue, c’est un scandale aussi. Je veux dire les deux choses et qu’on ne vienne pas me dire que c’est un cas de temps en temps. Parce que si c’était nous, un membre de notre famille, on ne dirait pas cela. Donc, il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouver le bon équilibre et le bon compromis.»

Prison, hôpital, rue,  voici donc que les mots sont lâchés et la mission assignée à la psychiatrie: la tranquillité et l’ordre social et sa hiérarchie intrinsèque   aussi il n’est pas  étonnant que ce dispositif puisse servir maintenant à éliminer les militants récalcitrants, les contestataires …

Dans la campagne électorale il n’a pas été question de cette loi, pourtant il ne tient qu’à nous d'inverser ce mouvement en re-affirmant les fondements  éthiques et démocratiques qui fondent notre Etat de droit et la singularité du soin. C’est une  histoire que l’on doit écrire dans les prochains mois.

Gilles Sainati

Cet article est issu du texte de mon intervention lors de la journée «Folie et ordre social, entre prévention et prédiction, consentement et stigmatisation, quelle politique pour la « santé mentale ? » organisée par l’association régionale d’aide à la santé mentale « Croix Marine » le 12 mai 2012 à Montpellier

1) voir notamment l’article de Mathias  Couturier , Maître de conférences en droit privé et sciences criminelles: «La loi du 5 juillet 2011 :vers un contrôle social psychiatrique ?» sur http://www.collectifpsychiatrie.fr/

URL source: http://blogs.mediapart.fr/blog/gilles-sainati/210512/la-loi-du-5-juillet-2011-une-loi-biopolitique

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> La Criée

La Criée (Collectif de recherche sur l'institutionnel et l'éthique) a été fondée à Reims en 1985 par des professionnels du champ psychiatrique adossés au Centre Antonin Artaud et rejoint par des soignants d'autres équipes, des psychanalystes et des psychiatres libéraux. D'entrée de jeu, il s'agissait de créer un lieu d'échange et de recherche inscrit dans la transmission de la Psychothérapie Institutionnelle, et la volonté de promouvoir une psychiatrie respectueuse du sujet en souffrance.

La  psychiatrie française avait en effet connu une vague de progrès depuis l'après-guerre, avec l'apport de la psychanalyse et d'une volonté politique de construire le Secteur, autrement dit d'offrir des soins de proximité tout en luttant contre l'enfermement et les processus de ségrégation des malades mentaux.

Mais nous constations déjà un reflux avec une tendance qui est allée en s'alourdissant de mesurer les pratiques humaines avec des normes issues de l'industrie. Cette tendance est aujourd'hui dominante qui promet de tout mesurer de la souffrance et du désir humain, alors que toute notre expérience témoigne de l'incommensurable de l'esprit humain.

Tous nos séminaires et colloques qui se tiennent depuis cette époque reprennent ce souci de l'autre en l'articulant avec une analyse des pratiques et des confrontations nécessaires entre des professionnels de toutes disciplines. Très tôt nos colloques rémois ont accueilli des soignants venant de toute la   France, et même d'autres pays francophones et la qualité des échanges nous a permis une publication régulière aux Éditions ERES.

Depuis le discours d'Antony en décembre 2008 où Nicolas Sarkozy traitait les malades comme des criminels potentiels, la Criée s'est mobilisée et a été partie prenante du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire.

Avec le soutien d'Adeline Hazan et de la Mairie de Reims, soignants et patients, rejoints d'ailleurs par plusieurs familles, se sont mis en mouvement pour faire reconnaître une autre psychiatrie fondée sur des valeurs respectueuses de l’humain, et refusant le tournant actuel d'une psychiatrie sécuritaire, refusant en particulier la nouvelle loi honteuse du 5 juillet 2011 qui permet "l'internement à domicile"

A l'inverse, dans nos pratiques, dont les média se sont fait l’écho, comme dans les échanges que nous proposons, nous témoignons d'une possibilité dès maintenant d'une transformation positive des pratiques, en lien avec les patients regroupés maintenant dans l'association rémoise Humapsy et les familles  regroupées dans l'Unafam.

Notre prochain colloque "Politiques de l'hospitalité" s'inscrit dans cette perspective d'un débat entre professionnels, mais aussi d'un forum citoyen ouvert à tous ceux qui se sentent concernés par cet enjeu humain  et politique. Ce forum soutenu par la mairie de Reims donnera la parole à plusieurs intervenants directement concernés et témoignant de la crise actuelle mais aussi de leurs aspirations.

A bien des égards ces aspirations demandent à être entendues par le nouveau pouvoir que la France vient d'élire, et nous préparons des Assises d'une psychiatrie fondée sur l'hospitalité pour construire le mouvement nécessaire. A Reims le samedi 2 Juin, nous donnerons en quelque sorte le coup d'envoi à ces Assises… 

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>Autisme: l'ABA trouble l'université de Lille (Article Mediapart)

Ce sera l'un des dossiers brûlants des prochaines semaines de l'université de Lille-3 : l'ouverture ou non d'une licence Pro ABA – Applied Behavior Analysis, ou, en français, analyse appliquée du comportement – destinée à former des intervenants à cette méthode comportementale d'apprentissage pour enfants autistes ou présentant des troubles sévères du comportement. Le 6 avril dernier, juste avant les vacances, le conseil d'administration de l'université de Lille-3 a reporté sa décision concernant la création d'une telle licence.

Hasard du calendrier, ce report fit suite à notre enquête, publiée le 3 avril et toujours disponible en cliquant ici, enquête qui révèle les résultats d'une inspection de l'agence régionale de santé (ARS) du Nord dans le centre Camus de Villeneuve d'Ascq où, suite à la lettre d'un parent, les quatre membres de l'équipe d'inspection concluaient que ce centre présente des « dysfonctionnements »constituant « des facteurs de risques de maltraitance susceptibles d'avoir des répercussions sur les enfants accueillis ».

Or, ce centre, fortement soutenu par Xavier Bertrand comme nous le révélions, entretient des liens très étroits avec l'université. Non seulement, au moment de l'inspection de l'ARS, tous les psychologues travaillant au centre Camus étaient titulaires du Master 2 “Psychologie spécialité analyse expérimentale appliquée au comportement” de Lille-3, mais surtout, le centre Camus a été créé par Vinca Rivière, maître de conférences à Lille-3 où elle est responsable d'un master et d'un diplôme universitaire et où elle espérait, jusqu'au 6 avril dernier, obtenir l'ouverture d'une licence professionnelle.

Outre ces dysfonctionnements pointés par l'ARS, notre enquête révélait aussi que Vinca Rivière n'était pas contre « des procédures de punition par choc électrique »: « Ce qu'on appelle “choc électrique”, on le présente en formation en faisant sucer une pile de 9 volts : ça picote la langue, se justifiait-elle. Et ça suffit à changer un comportement, je l'ai vu en Hollande, et l'efficacité en est démontrée depuis les années 50. La personne au comportement inapproprié (là, explique-t-elle, une femme qui se tapait violemment le menton – ndlr) porte en permanence à la taille une ceinture reliée à un émetteur placé sur sa cuisse. » À distance,« l'éducateur actionne le dispositif grâce à sa télécommande dès qu'elle émet le comportement. Ça produit effectivement un choc. Mais l'important est de voir que cette personne, qui ne pouvait plus rien faire, a diminué son comportement et a pu faire autre chose. »

Enfin, Vinca Rivière, à contre-courant des recommandations de la Haute autorité de santé édictées en mars dernier, expliquait pourquoi elle refusait toute pluridisciplinarité au centre Camus : pour avoir la garantie que « 50 % des enfants qui seront pris avant l'âge de 4 ans n'auront plus besoin de suivi au bout de 2 ou 3 ans », il faut « l'ABA et rien d'autre ». Et « la base, c'est notre formation » à l'université.

L'ABA n'a pas été importé d'Amérique du Nord par Vinca Rivière, contrairement à ce qui est souvent affirmé. D'autres universitaires l'enseignent et le pratiquent en France depuis des années avec une tout autre approche. Bernadette Rogé est de ceux-là. Psychologue, formée à l'ABA depuis quelque trente ans, professeur des universités à Toulouse Le Mirail, c'est l'une des expertes du comité de pilotage élargi de la Haute autorité de santé. Elle est aussi fondatrice et directrice d'un SESSAD (service d'éducation spéciale et de soins à domicile) à Toulouse, géré par l’associationCeresa (Centre régional, d'éducation et de services pour l'autisme). Cette structure comporte une équipe pluridisciplinaire de 20 personnes pour 38 enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme et fonctionne avec un coût moyen de 29 000 euros par enfant et par an.

Quand et comment avez-vous été formée à l'ABA ?

BERNADETTE ROGE — Au milieu des années 1970, à la fin de mes études de psychologie, j'ai pris l'orientation thérapie comportementale et cognitive (TCC) et fait différentes formations généralistes en TCC. Puis dans les années 1980, je suis allée à Los Angeles où j'ai eu l'occasion de me former auprès du docteur en psychologie Ivar Lovaas, qui a initié cette méthode dans les années 1960. Ça fait donc quasiment trente ans que je suis formée à l'ABA et que je l’ai intégré à ma pratique en France.

Justement, comment le pratiquez-vous ?

D'une manière souple. Car si, au départ, Lovaas pratiquait un comportementalisme pur et dur où les intervenants étaient très directifs avec les enfants en leur imposant des tâches répétitives que l'on renforçait systématiquement (grosso modo, par un système de récompense quand les tâches étaient correctement accomplies), depuis, il y a eu des avancées. On sait aujourd'hui que les enfants autistes ne généralisent pas bien. Si on leur fait répéter indéfiniment une même situation, ces enfants feront certes des acquisitions mais ils ne pourront les reproduire que dans cette situation donnée. Ils ne la transposeront pas à une situation similaire. L'apprentissage alors n'est pas intéressant car ce que l'on veut c'est que, globalement, l'enfant soit davantage adapté au monde qui l'entoure. Cette approche a donc évolué en tenant compte de la dimension cognitive. J'ai ainsi été formée aussi auTeacch chez Eric Schopler, où, pour le dire vite, on adapte l'environnement pour favoriser les apprentissages de l'enfant. J'ai ainsi infléchi mon approche de l'ABA en tenant compte des particularités de ces enfants. Car on ne peut pas se contenter de travailler avec ces enfants en leur inculquant des fonctionnements répétitifs, nous devons aussi tenir compte de leur disponibilité, leur motivation, leur fonctionnement particulier sur le plan sensoriel, cognitif, ce qui demande beaucoup d'adaptations. Enfin, en juillet dernier, je suis allée me former à Sacramento en Californie, au modèle de Denver. Cette approche destinée aux tout-petits travaille davantage sur les émotions et la dimension relationnelle. Elle croise l'approche émotionnelle et l'ABA. Plus concrètement, au lieu de rester sur un plan strictement cognitif ou adaptatif, on pose un contexte qui est celui du jeu et de l'interaction émotionnelle positive. Denver se différencie des méthodes de thérapies par le jeu que sont SonRise ou Floortime, car Denver utilise le jeu, le plaisir, pour appliquer les techniques de l'ABA et faire apprendre l'enfant. Si l'on est moins directif qu'avec l'ABA seul, c'est pour que l'enfant nous suive dans ce que nous lui proposons. L'important, c'est d'obtenir sa motivation pour lui apprendre qu'il a une certaine emprise sur son environnement. S'il dit non ou refuse, on accompagne ce refus en le commentant et en en tenant compte. « Tu ne veux pas ? Alors c'est terminé et on passe à autre chose. » Du coup, on travaille tous les domaines, langage, adaptation, motricité… d'une manière beaucoup plus naturelle et spontanée. Je constate tous les jours qu'avec cette combinaison de méthodes, on peut obtenir des comportements beaucoup plus spontanés. Il s’agit de très jeunes enfants et le fait de tenir compte de ce qu’ils aiment ou pas leur procure une certaine emprise sur le milieu, les motive et leur donne plus d’initiative. Cela ne signifie pas que progressivement on ne va pas aussi poser un cadre et des interdits comme pour tout enfant.

Pourquoi toutes ces évolutions ? L'ABA ne suffisait pas ?

Au départ, ce qui était reproché à l'approche comportementale, c'était d'apprendre à l'enfant un type de comportement plaqué, acquis par renforcement. Et c'est vrai que certains enfants gardaient un style stéréotypé. Mais Sally Rogers, la psychologue américaine qui développe le modèle Denver, montre que si l'enfant est pris en charge jeune, à l'âge où les réseaux neuronaux sont en cours de constitution, et que l'on travaille sans séparer le socio-émotionnel du comportemental, on a plus de chance d'obtenir un comportement naturel. Sally Rogers travaille avec des enfants de 12 mois environ. Moi, parce qu'on n’a pas les mêmes outils de détection en France, je travaille avec des enfants de 2 ou 3 ans. Mais même plus grands, je constate avec un grand plaisir l'évolution des enfants, des évolutions plus intéressantes qu'avec l'ABA stricto sensu.

Au centre Camus de Villeneuve d'Ascq, Mme Vinca Rivière affirme pourtant que l'ABA doit être utilisé seul pour obtenir des résultats…

Je ne veux pas me prononcer sur ces pratiques. Même quand Mme Rivière explique que la technique “du choc électrique” est efficace sur certains adultes ? J'ai dit que je ne voulais pas me prononcer… Mais il faut savoir qu'au départ, dans les années 1960, il y a donc plus de cinquante ans, l'ABA était une technique exclusivement expérimentale : on voulait voir si les enfants et les adultes avec autisme pouvaient, comme tout un chacun, apprendre avec les théories de l'apprentissage et du conditionnement. On apprenait donc à un enfant à appuyer sur un bouton quand il y a une sonnerie, et pour renforcer le bon comportement, on lui donnait un aliment ou un bonbon. Ça n'avait pas beaucoup de sens, mais c'était des expérimentations pour montrer que ce modèle d'apprentissage pouvait marcher chez les autistes comme chez les autres personnes. Ensuite, il y a eu, et c'est dommage, et c'est très malencontreux, des gens qui ont utilisé des chocs électriques. Ça a été dénoncé dès les années 1960, par Eric Schopler notamment, puis même Lovaas l'a regretté. Pour ma part, je pense que sur un plan éthique, c'est absolument exclu. C'est impossible à justifier.

Mais dans les instances professionnelles, vous en parlez ?

Mais cette personne n'est dans aucun réseau professionnel français des thérapies comportementales et cognitives ! Pour ma part, j'ai eu la chance de suivre ces évolutions car je suis membre del'association française des TCC, je suis aussi présidente du comité scientifique de l'Arapi (Association pour la recherche sur l'autisme et la prévention des inadaptations), par ailleurs, en tant qu'enseignante chercheur à l'université de Toulouse Le Mirail, je fais évoluer ma pratique en fonction des progrès scientifiques. On sait maintenant que faire uniquement de l'ABA, ce n'est pas forcément l’idéal. Il faut s'adapter à l'enfant, le mettre au centre du dispositif et utiliser tous les outils, sans entrer en religion pour une méthode.

Tous les outils… jusqu'aux psychothérapies ?

Non, ça s'arrête aux approches éducatives recommandées par la Haute autorité de santé. Il s'agit de ne pas tout mélanger même si l'on peut utiliser certaines psychothérapies avec des enfants de haut niveau, comme des autistes Asperger par exemple. Mais on doit rester dans une approche très pragmatique et concrète correspondant aux besoins de ces enfants et adolescents. Par exemple, à travers un jeu de rôle, on peut construire avec eux un scénario qui mette en scène une situation qui les angoisse, qui est difficile et on peut leur apprendre à mieux se comporter dans cette situation lorsqu’elle se reproduira. La dimension concrète est très importante pour les autistes. Les allonger sur un divan, ça n'a pas de sens quand on sait comment ils fonctionnent.

Diriez-vous qu'avec l'ABA ou les autres méthodes que vous utilisez, les enfants peuvent sortir de l'autisme ?

Non. Dire cela, c'est méconnaître totalement ce qu'est l'autisme. On ne sort pas de l'autisme, on s'améliore. Quand on pose le diagnostic, en général, des choses irréversibles se sont déjà produites dans le cerveau. D'où l'importance de prendre en charge au plus jeune âge. Avec des enfants encore en développement, on peut, avec des méthodes adaptées minimiser les risques d'évolutions négatives et leur apprendre beaucoup de choses. C'est sûr que l'on obtient des améliorations, mais promettre qu'on va les faire sortir de l'autisme, c'est du mensonge.

Comment évaluer alors les effets de la méthode ABA ?

D'abord chaque professionnel s'auto-évalue, il trace les courbes d'apprentissage des enfants, et cela peut se prêter à une évaluation externe. D'ailleurs, si l'on veut faire une publication scientifique, ce sont les évaluations de personnes externes qui comptent. Il faut que ce soit bien sûr fait par des psychologues formés à l'ABA, mais il y en a beaucoup en France, qui ont reçu un enseignement à l'étranger ou en France. Rien que dans mon université, je forme depuis des années des psychologues à l’approche comportementale et cognitive.

Justement comment se fait la formation ? Comment s'articulent la théorie et la pratique et comment s'assurer que, notamment durant les stages, la pratique des étudiants est une bonne pratique ?

Chaque étudiant qui entre en Master Professionnel (après une licence et une première année de master, soit quatre années d’études) consacre d'abord tout le premier semestre à ses cours. C'est une partie théorique très intensive. Ensuite, de janvier à juin, il aura un stage de professionnalisation de 500 heures dans une structure. Et tous interviennent aussi dans des familles. Les étudiants qui vont dans les familles n'y vont jamais seuls. A deux, ils forment un binôme et quand ils rencontrent de trop grandes difficultés, les enseignants les accompagnent. De plus, ils sont supervisés chaque semaine, au cours d'une séance de trois heures. Ils sont vraiment suivis et en aucun cas les étudiants ne partent remplacer des professionnels. C'est une rigueur qui rassure les familles mais qui assure aussi la qualité des pratiques qui leur sont proposées.

Article original sur mediapart

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>L'enveloppe qui déchire (article Le Monde)

Lille, envoyée spéciale

Malgré des résultats prometteurs, le " packing ", un soin consistant à envelopper les enfants autistes dans des draps humides, vient d'être interdit par la Haute Autorité de santé. Au grand désarroi de son instigateur, Pierre Delion, pédopsychiatre reconnu

(A droite : une scéance de packing. Images extraites du documentaire " Balade en transpackie ", du docteur Anne-Marie Vaillant. DR)

Il ne comprend toujours pas. Lui qui n'a eu de cesse, durant sa carrière, de faire du lien avec les malades et ceux qui interviennent dans le champ de la santé mentale, lui qui est unanimement salué par ses pairs pour son humanisme et son esprit d'ouverture, le voilà plongé au coeur d'une bataille qui le dépasse. Calomnié, humilié, disqualifié. Assigné devant le conseil de l'ordre des médecins de Lille par une association de parents d'autistes, qui se déchaîne depuis des années contre le packing : un soin venu d'Amérique dont il est, en France, le premier défenseur.

En vingt ans, le professeur Pierre Delion, chef du service de pédopsychiatrie du CHRU de Lille, y a formé plusieurs dizaines de confrères. Réservée aux cas d'autisme sévères avec automutilation répétée, la technique consiste à envelopper le patient dans des serviettes humides et froides, puis à induire un réchauffement rapide pour faciliter la relation avec les soignants. Tout sauf un acte de torture si la lettre et l'esprit en sont respectés – ce n'est pas toujours le cas.

Ce qui n'a pas empêché la Haute Autorité de santé (HAS), pressions des associations et des politiques aidant, de lui porter le coup de grâce : dans ses recommandations sur la prise en charge de l'autisme, publiées le 8 mars, elle se déclare, " en l'absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité " et exception faite des essais cliniques autorisés, " formellement opposée à l'utilisation de cette pratique ".

Qu'aurait-il dû faire pour défendre le packing ? Jouer de ses relations ? Convaincre les parents des quelque 300 autistes qui reçoivent ce soin sans s'en plaindre de témoigner publiquement ? Organiser une conférence de presse ? Pas son style. Une enfance sans heurts à Tuffé, " un petit bled de la Sarthe où – ses – parents avaient une toute petite quincaillerie ", une scolarité sans faille qui le mène aux portes du collège Sainte-Croix du Mans, prestigieuse institution jésuite où il apprend – non sans peine – à côtoyer la grande bourgeoisie, sa personnalité propre enfin : rien n'a préparé Pierre Delion au rapport de forces. Il ne connaît que la confiance, l'écoute, le dialogue. La relation humaine. C'est même pour ça qu'il est devenu psychiatre.

Il commence sa médecine à Angers en 1968, craint un moment de ne pas y trouver sa place. " Je ne voyais que des patrons très hautains avec les patients, avec leurs équipes. Jusqu'à ce que je fasse un stage d'externe en psychiatrie. D'un seul coup, je suis tombé sur un médecin qui parlait aux malades, qui prenait ses décisions en accord avec ses infirmiers : je suis resté ", raconte-t-il d'une voix douce, légèrement voilée. On est en 1973. L'année où le ministère de la santé autorise la mise en oeuvre de la sectorisation des soins psychiatriques, inscrite dans les textes en 1958 mais jusqu'alors restée lettre morte.

La psychiatrie de secteur, c'est la rupture avec l'asile. La prise en charge du malade près de son domicile, le soin porté au coeur de la cité grâce au " potentiel soignant du peuple ", selon le beau mot du psychiatre Lucien Bonnafé. La disparition de la camisole et des neuroleptiques au profit des thérapies relationnelles, largement inspirées de la psychanalyse. Une révolution culturelle et clinique. Quand Delion prend le train de cette " prodigieuse aventure ", le coup de foudre est immédiat, et son engagement pour cette psychiatrie à visage humain sera indéfectible. Les enfants le passionnent, et ce n'est pas la rencontre avec sa future femme, interne en pédiatrie au CHU d'Angers, qui va l'en détourner. Bientôt, il exerce au Mans la pédopsychiatrie hospitalière. C'est ainsi qu'il découvre le packing, pratiqué aux Etats-Unis pour apaiser les schizophrènes.

Dans le salon vaste et clair où il nous reçoit, l'occupant principal est un grand piano noir. Pierre Delion s'y installe, joue quelques notes avec autant de simplicité que d'autres allument une cigarette. Ces instants de détente envolés, nous revenons au packing. Il y a consacré un livre, des dizaines d'heures d'enseignement, beaucoup d'énergie et d'espoir.

Pourquoi y croit-il tant ? " Je n'y crois pas, soupire-t-il. En 1984, j'hérite d'un service asilaire avec des enfants qui s'automutilent. On a tout essayé sur eux, rien n'a marché. Je tente un pack : au bout de quelques semaines, les symptômes d'automutilation disparaissent. J'en parle à mes copains psychiatres, qui me demandent de venir dans leur service faire la même chose : ça marche aussi avec leurs gamins ! Très vite, on m'a demandé de faire des formations… Je ne crois rien du tout, sinon que cela s'est passé comme ça. Rien de plus. " Dès les années 1990, il réclame l'autorisation de mener une recherche clinique pour évaluer l'efficacité de la technique. Il ne l'obtient qu'en 2007. Trop tard ? Avec la violente publicité menée ces derniers temps à l'encontre de cette approche, l'étude est à peine au milieu du gué.

Les forums de parents qui l'agressent sur Internet ? D'un geste, il écarte le sujet. " Je n'y vais pas, j'y laisserais ma santé. " Il préfère se souvenir des 6 500 personnes qui, depuis le début de l'année, ont envoyé une lettre au conseil de l'ordre pour le soutenir. " Ce qui me permet de tenir, c'est que les gens qui me connaissent me défendent, alors que ceux qui m'attaquent ne me connaissent pas. "

M'Hammed Sajidi, président de l'association Vaincre l'autisme, qui pourfend le packing depuis plus de cinq ans, ne s'en cache pas : sa première rencontre avec le professeur Delion remonte à février, lors de la comparution de ce dernier devant l'ordre des médecins de Lille. C'est lui qui avait assigné le médecin. " Nous n'avons rien personnellement contre Delion ", dit-il, mais contre le packing, oui, qu'il qualifie de traitement " indigne ". Il ajoute n'avoir jamais assisté et ne vouloir " jamais " assister à une pratique qu'il assimile à de la maltraitance.

Un avis que ne partage pas Karima Boukhari, mère d'un garçon autiste de 10 ans que le packing, pratiqué au CHRU de Lille, a guéri de ses automutilations. " La première fois, on m'a expliqué comment allait se passer la séance. Moi qui suis d'origine méditerranéenne, cela m'a vraiment fait penser au hammam ", se souvient-elle. Adel avait alors 4 ans et se blessait derrière les oreilles jusqu'au sang. " Au bout d'un mois, il ne se mutilait plus. Il était devenu beaucoup plus calme et communiquant. " Après trois ans, les séances ont pu être arrêtées : Adel n'en avait plus besoin.

Pourquoi, alors, un tel déchaînement de violence ? Parce que l'autisme, dans ses formes graves, est lui-même d'une violence extrême. Parce que les draps froids et la contention évoquent des traitements de sinistre mémoire. Et surtout parce que derrière le packing se trouve la psychanalyse. La bête noire des parents d'autistes, trop longtemps confrontés aux propos obscurs et culpabilisants de ses représentants. Au carrefour des peurs et rancoeurs, Delion serait devenu le bouc émissaire de toutes ses dérives. Un comble pour un homme qui n'appartient à aucune école freudienne ni lacanienne, et qui s'est toujours montré critique vis-à-vis de ceux qui font de la psychanalyse un enjeu de pouvoir.

Non qu'il la renie ! Il y a été formé avec bonheur, et défend cet outil qui " a changé la face de – son – métier ". Lui qui dit avoir peu de regrets a pourtant celui-là : que des psychanalystes " continuent de penser comme Freud, et moins bien que lui ", à propos de certaines pathologies. " Pour moi, la psychanalyse est comme la musique : c'est une culture qui me permet de penser d'une certaine manière. Mais nombre de psychanalystes français trop orthodoxes croient encore pouvoir appliquer à l'autisme les principes du "névrosé occidental poids moyen". Que cela ait mis les parents dans des états de sidération et de colère, il n'y a rien de plus normal ", juge-t-il.

Avoir la peau du packing, mise à mort symbolique de la psychanalyse… Mme B., qui souhaite garder l'anonymat et dont le fils " a bénéficié de cette technique plusieurs fois par semaine pendant des années ", avance une autre hypothèse. Pierre Delion est " quelqu'un qui aide à donner du sens, à faire le petit pas de côté qui permet de penser une situation impensable et très mortifère ", estime-t-elle. C'est là que le bât blesse. Car le packing se préoccupe avant tout de la souffrance psychique – souffrance que les parents d'enfants autistes ne veulent pas toujours admettre.

Une analyse que prolonge le professeur de neuropédiatrie Louis Vallée, qui travaille depuis des années avec le pédopsychiatre au CHRU de Lille. " Le packing touche à l'inconscient, à ce qui est hors normes. Les parents en veulent d'autant moins qu'une partie de leur souffrance vient justement de ce que leurs enfants sont hors normes ", avance-t-il. Il ajoute que " la HAS et les médias se sont laissé prendre au piège d'une démarche émotionnelle ". Ce qui dépasse l'entendement inquiète, perturbe, plus encore dans le champ douloureux du trouble mental. Mais Delion n'est pas un simplificateur. La complexité ne lui fait pas peur, elle l'attire. Il ne la résout pas, il l'accueille.

A Lille, où il a été nommé professeur en 2003, il fait ce qu'il a toujours fait : du lien. Comme dans l'angevine ville de Trélazé, où il demandait, naguère, à descendre dans les mines d'ardoise pour voir les conditions de travail des alcooliques qu'il soignait. Avec les pédiatres de la région, il mène une étude pour prévenir les conséquences sur le nourrisson de la dépression postnatale de la mère. Les résultats sont si probants que l'Association française de pédiatrie ambulatoire tente désormais de la développer à l'échelle nationale. Il anime, à la demande de Martine Aubry – elle le décrit comme " un vrai humaniste, un homme qui, derrière le scientifique, a toujours le doute " -, un groupe de travail sur la violence et l'enfance. Il développe dans les quartiers lillois les plus défavorisés, avec les professionnels de l'école et de la justice, des initiatives concrètes pour prévenir la délinquance des jeunes… Psychiatre dans la cité, encore et toujours. " Pierre ne se réduit pas au packing, loin s'en faut ! ", insiste le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron. Sollicité par son confrère pour mettre en place, dans le cadre de la prévention de la violence en classe maternelle, un jeu thérapeutique pour l'académie de Lille, il salue " la qualité de ses relations avec les gens de l'éducation nationale " et l'attention constante qu'il porte " au travail des autres ". C'est pour cela aussi, sans doute, que Delion a reçu une standing ovation des 1 200 personnes venues assister, le 17 mars à Montreuil (Seine-Saint-Denis), au meeting de psychiatrie organisé par le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. Il n'en fait pas grand cas, mais cela lui a mis du baume au coeur.

Des projets de livres plein les tiroirs, un métier qui le captive, un solide réseau d'amis, trois grands enfants, dont l'un, médecin comme lui, l'a récemment fait grand-père d'une petite Jeanne qui l'émerveille : au fond, l'homme que nous rencontrons est un homme heureux. Mais, depuis que la HAS a marqué le packing de son interdit, il ne dort plus aussi bien qu'avant. Que dire aux parents qui lui ont amené leur enfant pour une séance hebdomadaire ? Aux confrères qui pratiquent ce soin et l'appellent de toute la France pour lui demander conseil ?

Le psychiatre Moïse Assouline, grand spécialiste de l'autisme, " ne décolère pas de ce qui lui arrive ". Mais il compte sur Delion pour trouver les mots justes. Il précise : " Si quelqu'un me disait : "Je vous confie mon enfant les yeux fermés", je lui répondrais : "Ne faites pas ça, allez voir Pierre Delion." " Si celui-ci peine à se remettre, il sait aussi pouvoir compter sur ses capacités d'adaptation. Ses années de jeunesse aux Glénans – il a exploré en chef de bord tous les pays du Nord à la voile, Groenland compris – l'ont rodé à l'expérience du groupe et des situations imprévues. " On peut me mettre dans n'importe quelle circonstance… La preuve ! "

Catherine Vincent

© Le Monde

" LE CORPS RETROUVÉ. FRANCHIR LE TABOU DU CORPS EN PSYCHIATRIE "

de Pierre Delion (Ed. Hermann, " Psychanalyse ", 2010).

" HISTOIRE DE LA PSYCHIATRIE " de Jacques Hochmann (PUF, " Que sais-je ? ", 2011).

" LES GRANDES PERSONNES SONT VRAIMENT STUPIDES (CE QUE NOUS APPRENNENT LES ENFANTS EN DÉTRESSE) " de Daniel Rousseau (Ed. Max Milo,

256 p., 18 €).

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> "La folie n'est pas une infraction"

 

Psys et membres d’associations de malades étaient réunis samedi en Seine-Saint-Denis pour contester la politique du gouvernement, à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire.

Par ERIC FAVEREAU


Ce fut le moment le plus chaleureux, le plus symbolique aussi. Samedi, à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), aux portes de Paris, tout le monde est debout dans ce hangar où s’entassent plus d’un millier de participants à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. Et la foule d’applaudir à tout rompre le professeur Pierre Delion, pédopsychiatre à Lille.

Le vieux médecin est ému. Il hésite. Il a été mis au pilori ces derniers jours car il pratique dans son service le packing : une technique de tradition psychanalytique utilisée pour des patients autistes très gravement atteints, mais fortement contestée par certaines associations de parents d’autistes. Elle consiste à recouvrir dans un drap humide le malade, puis à le réchauffer progressivement.

«Scientiste». Le 9 mars, la Haute Autorité de santé (HAS) a déclaré que non seulement «le packing ne devait en aucun cas se faire», faute d’avoir été évalué, mais aussi que «la psychanalyse, comme la psychothérapie institutionnelle, n’étaient pas recommandées dans la prise en charge de l’autisme».

Une prise de position polémique, dernier avatar d’un vieux conflit entre la psychiatrie biologique et comportementale d’une part, une psychiatrie plus humaniste et proche de la psychanalyse de l’autre. Les pouvoirs publics ont choisi. Depuis plus de quatre ans, la politique gouvernementale en matière de psychiatrie a été fortement déséquilibrée, renforçant le volet sécuritaire. D’abord, en 2009, avec un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques (multiplications des chambres d’isolement, instauration des bracelets électroniques, etc.). Puis avec une loi instaurant, en 2011, les soins obligatoires à domicile (et plus seulement à l’hôpital). Et voilà que tombent ces recommandations polémiques de la HAS…

A quelques semaines de l’élection présidentielle, le rassemblement initié par le Collectif des 39 autour du thème «quelle hospitalité pour la folie en 2012 ?» avait valeur de bilan et de symbole. Simple coup d’épée dans l’eau un brin nostalgique ? Ou début de reconquête ?

Psys, soignants, membres d’associations de malades, ils sont venus très nombreux. Avec la forte envie d’en découdre, en particulier contre la HAS et son «faux discours scientiste». Le collectif a d’ailleurs clôturé cette journée très offensive en appelant tous les psychiatres de France à ne plus «collaborer» avec la Haute Autorité de santé. Dès la matinée, Pierre Joxe, figure de la gauche, lançait : «Vous n’avez rien de moribonds. Ce ne sont pas quelques réformes réactionnaires qui vont tout bouleverser. La situation est certes consternante, mais ce que le législateur a détruit, un autre législateur peut le reconstruire.» Pierre Joxe fait référence à son combat actuel sur le dispositif de prévention et de protection de la jeunesse, aujourd’hui «totalement effondrée».

«La folie n’est pas une infraction», poursuit avec force le magistrat Serge Portelli. Martelant : «La médecine n’est pas là pour surveiller, elle est là pour soigner.»

Puis arrive le pédopsychiatre Pierre Delion, combatif mais inquiet. Comme un reflet du moment. Après une standing ovation, il prend la parole: «Et je serais, moi, un barbare ? Et je ferais, moi, de la torture, interroge-t-il de sa voix douce. Rendez-vous compte qu’aujourd’hui, on en arrive à recommander de mettre des casques sur les enfants agités !» Puis, avec son visage de vieux sage, il affirme : «Il faut nous mettre debout pour dire "cela suffit".»

«Bulle». Debout ? Loriane et Mathieu, deux jeunes psychiatres, le sont. Dès le début, ils ont été dans le collectif des 39. Lui travaille à l’hôpital d’Etampes (Essonne). Loriane est pédopsychiatre dans un Centre médico-psychologique à Corbeil-Essonnes. «Si j’y crois ? Drôle de question, dit-elle. Je pense à ce que j’ai à faire, j’essaye de maintenir à tout prix une éthique dans mon travail de psy. Et, pour moi, ne pas être seule est essentiel. Même si on traverse une période difficile, on réfléchit et on essaye de mettre au point des pratiques émancipatrices.» Dans un grand sourire, elle ajoute : «Non, je ne me sens pas moribonde.»

Mathieu, acquiesce : «J’en ai encore pour quarante ans à faire de la psychiatrie, et rien n’est foutu. Je reprends le service de Michaël Guyader, un grand psychiatre qui s’est battu contre l’asile. Je n’ai pas connu ce combat-là, et mon travail est différent : c’est aussi de rouvrir des lits, de faire des lieux d’hospitalisation accueillants. Dans ce service, il y a une histoire. Et c’est possible de travailler, de créer des collectifs.» Puis d’affirmer : «Mais si on reste dans notre bulle, on se fait dégommer.»

source Libération 19 mars 2012

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>L’autisme est-il réellement biologique ?

 

Par David Simard

Des associations de parents d’enfants autistes, des personnes autistes elles-mêmes, ainsi que des scientifiques, affirment que l’autisme est biologique. Cette affirmation s’inscrit dans le cadre d’une joute contre la psychanalyse, accusée de rendre responsables et coupables les parents, et plus spécialement les mères, de l’autisme de leurs enfants.

Cette polémique rend difficilement audibles des discours argumentés, notamment sur la question de la dimension biologique de l’autisme, considérée comme acquise. Or, rien n’est si avéré en la matière.

La génétique, « cause » de l’autisme ?

La question de savoir si l’autisme est biologique requiert de s’interroger sur ce qui est entendu par « est ». S’agit-il de dire que la cause unique de l’autisme, ce que l’on appelle l’étiologie, est biologique – et plus spécialement génétique ? Ou bien que dans les cas d’autistes étudiés avec l’œil du généticien, on a trouvé des marqueurs biologiques ? La nuance peut sembler subtile, voire inexistante, elle est pourtant de taille.

En effet, identifier des marqueurs génétiques chez des personnes diagnostiquées comme autistes ne suffit pas à établir que ces gènes sont la cause de l’autisme de ces personnes, et encore moins la cause unique. Cela peut indiquer par exemple une prédisposition supérieure par rapport à des personnes pour lesquelles on ne trouve pas ces marqueurs génétiques, mais dont le déclenchement dépendra d’éléments extérieurs à ces gènes, qui peuvent être des éléments biologiques autres que génétiques, des éléments de mode de vie, des éléments d’environnement familial.

 

Une synthèse sur l’état de la recherche

La question est donc celle-ci : est-il scientifiquement établi que l’autisme a pour cause unique des gènes ? Pour tenter de répondre à cette question, la lecture du livre Autisme, le gène introuvable. De la science au business (Seuil, 2012), du biologiste moléculaire et directeur de recherches émérite au CNRS Bertrand Jordan, est instructive.

Il présente en effet plusieurs avantages. Tout d’abord, eu égard à la polémique contre la psychanalyse, il n’est pas négligeable de pouvoir se référer à un biologiste, tel  Bertrand Jordan, qui rejette le recours à la psychanalyse dans la prise en charge des personnes autistes. Cela permet d’éviter de le soupçonner de construire un discours sur le plan de la génétique qui ait pour fin de soutenir les approches psychanalytiques (…) Suite de l'article sur acontrario.net

 

 

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