>Fondation Fondamental : Aldous Huxley était-il un visionnaire ?

La fondation Fondamental a été créée en juin 2007 par décret du Ministère de l’Enseignement et de la Recherche, dans le cadre des réseaux Thématiques de Recherche et de Soins. Son objet est de « faire reculer » les troubles psychiques, plus particulièrement la schizophrénie, les troubles bipolaires et l’autisme de haut niveau (syndrome d’Asperger). La vision et l’approche de Fondamental méritent réflexion pour mieux comprendre ce que l’avenir est censé réserver en termes de prise en charge des patients de la psychiatrie.

« Fondamental, fondation de coopération scientifique dédiée aux maladies mentales s’est donnée pour rôle de redonner espoir aux patients et à leurs proches », c’est ce que l’on peut lire sur leur site internet. Des scientifiques veulent « redonner espoir », préalable à toute entreprise moderne médicale crédible…L’espoir aurait-il été perdu par les patients et leurs proches ? Lequel ? A quel niveau ? Celui de guérir ? Oui, mais de quoi ?


« Aujourd’hui, les récentes avancées de la recherche permettent une nouvelle lecture des maladies mentales qui révolutionne leur approche… » poursuivent les rédacteurs du site web de Fondamental. « Ces travaux ouvrent non seulement des pistes en matière de diagnostic, de prévention et de traitements, mais peuvent – et doivent – accompagner l’émergence d’un nouveau regard sur ces pathologies. »


La fondation exprime donc que les « récentes avancées de la recherche » vont changer radicalement la donne, c’est à dire ne plus du tout envisager le patient de la même manière, et par conséquence ce qui l’affecte. Mais quelles sont ces avancées dans le domaine de la prise en charge au long cours des patients atteints de schizophrénie, d’autisme ou de troubles bipolaires ? Quel sera ce « nouveau regard » porté, non plus sur les patients, mais sur « ces pathologies » ?


Prenons la schizophrénie : Fondamental nous éclaire de façon précise sur son approche : « les recherches actuelles explorent l’interaction de différents facteurs à la fois génétiques, neurobiochimiques, neuro-développementaux, socio- environnementaux et psychologiques. »


Sur l’état des lieux : « Pourtant, ces pathologies ne sont pas une fatalité : des outils thérapeutiques existent et la recherche est une promesse d’améliorer le diagnostic et les soins. Il est temps que les préjugés laissent enfin place à une approche médicale et thérapeutique. » Ce qui voudrait dire que jusqu’à aujourd’hui il n’y aurait pas eu d’ « approche médicale et thérapeutique » et que celle-ci surviendrait enfin grâce à…Fondamental…et ses « chercheurs ». De façon explicite, le modèle de FondaMental, loin d’être une nouveauté, souhaite repenser la psychiatrie et les maladies de l’existence selon un modèle purement médical.

 

Par ailleurs, quels sont les préjugés cités si ce n’est l’abord relationnel des soins psychiques ?


Viennent ensuite les « missions soins » avec les « centres experts » : tout est savamment compartimenté puisque les 22 centres sont organisés…par « troubles ». Il y a, par exemple, 8 centres experts dédiés à la schizophrénie. Mais qu’y fait-on dans ces centres experts ? Et bien on y propose, entre autres, des « thérapies spécifiques, telles que la psychoéducation, la remédiation cognitive ou l’entraînement aux compétences sociales ». Difficile d’évaluer de façon précise ces « thérapies spécifiques », mais les méthodes « ABA » ou « Teacch » de plus en plus en vogue en institutions sont éclairantes : le but est de rééduquer l’individu, de le re-programmer pour utiliser le vocabulaire cognitivo-comportementaliste.


 Si cette approche est décrite comme scientifique, qu’en est-il de sa scientificité véritable ? A-t-on assez de recul pour penser que : « L’essor de la génétique et la découverte de la séquence complète du génome ont permis de faire naître l’espoir que des progrès énormes dans la compréhension des mécanismes physiologiques, altérés dans les maladies mentales, allaient enfin pouvoir être obtenus. »


C’est effectivement un changement radical dans l’approche psychiatrique que Fondamental propose. L’espoir redonné aux patients et à leurs proches est celui de mettre de côté l’esprit humain (le psychisme) au profit des gènes et des techniques de réadaptation. L’espoir proposé est celui de pouvoir affirmer à une personne subissant des délires : « Non, vous n’êtes pour rien dans ce qu’il vous arrive, vous n’y pouvez rien, c’est une maladie  mais nous allons la traiter afin de vous permettre d’essayer de vous insérer. » Vous êtes parents ? : « Ne vous inquiétez pas, vous n’y êtes pour rien, c’est une maladie, nous allons la traiter et appliquer à votre enfant une remédiation cognitive qui lui permettra d’essayer de s’insérer. »


Il n’y a plus l’homme ou la femme délirant, c’est à dire un esprit vaste et complexe, avec son histoire, ses peurs, ses angoisses, sa parole unique, mais une maladie mentale aux facteurs génétiques et des compétences sociales pour lesquelles on entraîne l’individu. La « science de Fondamental » c’est celle qui voit l’homme comme une machine que l’on peut entraîner, reprogrammer, une machine uniquement constituée de gènes, de connexions neuronales, d’hormones et de terminaisons nerveuses. Ce qui ne veut pas dire qu’une telle approche des troubles psychiques doit être écartée, elle l’a été et l’est toujours, mais de quelles sciences parle-t-on ? Pour quels « troubles » ?


Les nouvelles « approches scientifiques » sont toutes identiques, dans tous les domaines : elles cherchent à déterminer de façon massive les individus dans un cadre productif et abolissent les complexités qu’elles ne maîtrisent pas. Pour la psychiatrie, Fondamental brandit des sciences de l’efficacité visible, qui nient l’efficacité des techniques relationnelles ou de psychothérapies institutionnelles, par exemple.


La poésie délirante des schizophrènes ne peut pas être entendue par les chercheurs de Fondamental, elle n’est qu’un symptôme, que traitements, rééducation et nouvelles découvertes que la science fera disparaître.

 

Et quand la poésie est traitée comme une forme de facteur négatif d’insertion sociale, une expression de maladie génétique qu’il faut diagnostiquer le plus tôt possible pour l’éradiquer, c’est l’âme humaine qu’on nie.


Si la fondation Fondamental veut redonner de l’espoir, ce n’est pas celui d’un monde meilleur, mais son propre espoir de nous faire entrer dans le meilleur des mondes…d’Aldous Huxley.


P.H

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63 réflexions sur « >Fondation Fondamental : Aldous Huxley était-il un visionnaire ? »

  1.  Ceci est un article de salut public à diffuser sans modération le plus possible. Il importe vraiment que la véritable nature de la fondation Fondamentale soit exposée au grand jour et que tous sache ce qu'est cette scientificité à laquelle la fondation se raccroche !
    Jacques B.

  2. On peut être critique à l'égard de traitements de type rééducation, qui ne peut concerner que des personnes qui vont déjà bien.
    Mais il ne faut absolument pas rejeter la recherche et le travail remarquable que font nos laboratoires sur les maladies psychiques et le fonctionnement du cerveau.
    Nos malades iraient tellement plus mal si nous n'avions pas les médicaments d'aujourd'hui et si nous ne percevions pas leur rôle correctif.
    La recherche n'est absolument pas incompatible avec le travail sur le psychisme, indispensable pour que nos malades rassemblent leur esprit et mobilisent leurs forces.
    Nous devons à la fois encourager la recherche sur les maladies psychiques et développer la psychiatrie institutionnelle, tellement nécessaire au progrès de nos malades
     
     
     

     

  3. à tmasnou : à mon avis votre position lénifiante est celle qui qui fait "passer" tous les abus de pouvoir "scientifiquement établi". La maladie mentale existe ni plus ni moins que la grande ourse, repère utile, sans existence réelle. Les gens qui souffrent de l'aliénation médicale, comme avec cette dernière "mode" des troubles bipolaires, sont beaucoup plus nombreux que ceux qui en bénéficient. Néo-obscurentisme du mythe scientifique !

  4. je pense que la recherche scientifique sur les maladies est nécessaire et même indisensable, mais elle ne doit être qu'un appoint au travail psychique qui doit rester premier. Point n'est besoin de transformer les malades en cobaye, comme on le voit dans le documentaire un monde de fous de philippe borel; pour faire de la recherche, les êtres humains ne sont pas des rats de laboratoires et le cerveau n'est pas une machinerie que l'on peut tripatouiller dans tous les sens comme un ordinateur..
    Ce qui est gênant avec l'esprit de cette fondation Fondamental, c'est qu'elle semble ne considérer que l'aspect biologique des troubles et réduire le psychisme à une affaire de neuronnes mal connectés. Donc oui à la recherche, mais en ne perdant jamais de vue que l'homme est un être vivant, humain et complexe avant tout et qu'il ne saurait se réduire à un simpe cablage de circuits.

  5. Pour tmasnou  : je reprendrai la chose avec un autre écrit, mais ce que vous devez comprendre, ce n'est pas que "toute démarche scientifique est naphte" ou que les "médicaments c'est mal", mais que l'approche "scientiste" de Fondamental est INCOMPATIBLE avec une approche relationnelle de type psychothérapie institutionnelle puisque l'individu est nié au profit de la "maladie", des gènes et d'une approche qui nie le sujet.
     

  6. Pour Jacques, zyplox, P.H et Aspiral :
    Ne soyez pas si formels dans vos positionnements, ils méritent un peu correction par l'humilité.
    Les données de la science nous ont appris que nous raisonnions avec notre substance cérébrale et, un peu moins avec nos pieds comme certains voudraient encore nous le faire croire… 
    Et d'ailleurs, en toute humilité, nos très chers pieds nous conduisent (ou ne nous conduisent plus) là où notre cerveau le décrète : vous seuls le décidez encore !
    En gros, vous continuerez inexorablement à ne raisonner qu'avec votre noble substance (merci pour elle !) et non avec vos pieds, à moins que vous ne le fassiez tel un tambour…
    Ne prenez point ombrage de ces rappels ; ils sont là pour réintroduire la place du cerveau dans notre Pensée, celle-là même que vous semblez lui dénier.
    Rappel très formel : 100 milliards de neurones et 10.000 connexions par neurone… 
    Quant à la place de la Génétique dans nos opérations mentales, ne minimisez jamais la "magie" du bourgeon devenant fleur !
     
    Merci de votre lecture.

  7. Bonjour,
     
    bien sûr que le cerveau est le siège de notre pensée, et les recherches sont importantes, notamment pour avoir des médicaments plus efficaces et avec moins d'effets secondaires. Mais ça ne suffit pas à régler le problème, ni à soigner. Les médicaments aident et soulagent, mais ne permettent en rien de vivre avec l'expérience de la folie, à comprendre son délire, à mieux communiquer avec les autres, à se remettre du traumatisme qu'est souvent la schizophrénie. Ca, c'est l'histoire de chacun, et c'est par les relations soignantes que ça se creuse. Si tout pouvait s'arranger en agissant sur quelques neurones, ça voudrait dire que notre histoire, nos particularités n'existent pas, qu'on seraient des robots tous identiques, et c'est une vision de l'humain très réductrice.

  8. à CérébralePensée,
    La radicalité est en réalité dans l'autre camp, chez les "ex-pères", ceux  qui se sont approprié le pouvoir de la mère, celui du savoir ("JE sais mieux que toi ce qui est bon pour toi, mon enfant") "pour" "normaliser". La vérité de la complexité ne peut se détourner en pouvoir : "c'est plus complexe que cela"  c'est du complexe de Colomb; la vraie science cherche les lois de la nature, humaine dans ce cas-ci, et pas les causes, à réprimer, des soi-disant "maladies" qui ne cachent que de plus en plus mal un appétit malsain pour la "normalisation" des "autres". Les mandarins des temps de Rabelais, Molière et Pasteur se sont fait destituer par l'efficacité d'un "modèle" qui n'était pas le leur. Que fera la population quand elle se rendra compte des abus d'une psychologie  au service du contrôle social, économique et judiciaire. Eternel humain qui commence toujours par utiliser ses découvertes pour dominer et asservir avant de servir.

  9. @CérébralePensée
    Je suis attristé de voir qu'il vous est plus facile de voire la paille dans l'oeil de votre voisin, plutôt que la poutre qui vous obscurcie la vue. Ainsi votre pensée que serait-elle sans les mots, sans le langage, vous voulez me le dire? N'est-ce pas le langage qui qui nous a structuré qui nous appris et nous permet de le restituer.
    Alors aller bidouiller dans le cerveau qui est une fragile mécanique avec des outils de garçon boucher, très peu pour moi. Alors que le langage lui s'attache justement à la zone malade.
    Ceci étant, il n'en reste pas moi que nous sommes aussi le résultat de nos actes et que par là les comportementalistes ont toute leur place dans le soin. Pas d'esprit de chapelle, s'il vous plait

  10. Que peut-on faire pour le soutenir?
    Non seulement je trouve ridicule de l'envoyer en prison, mais je trouve que la peine est lourde pour un délit comme celui-là, même pour quelqu'un de "normal".
    Et le commentaire qui dit qu'il faut se débarasser des mauvaises herbes, charmant! Même dans le seul but de protéger la société, il est plus intelligent de soigner la personne que de l'envoyer aggraver sa maladie en prison.

  11. Il faut voir avec le GIA plutôt qui s'occupe de ce genre d'affaire.
    Il y avait aussi un ancien du GIA qui avait laissé les coordonnés d'une association chargée de défendre les malades mentaux justement.

  12. @  behemothe
    Ainsi vous dites :
    … " Je suis attristé de voir qu'il vous est plus facile de voire la paille dans l'oeil de votre voisin, plutôt que la poutre qui vous obscurcie la vue. " …
    … " Pas d'esprit de chapelle, s'il vous plait "
    C'est vous qui le dites !

  13. @ CérébralePensée
    Décidément je vais finir par croire que vous pensez avec vos pieds.
    Auriez-vous été sujet des expériences sur le cerveau que vous menez ?
    Enfin merci de souligner que je n'ai pas l'esprit de chapelle

  14. Bonjour,
    C'est difficille de faire un commentaire à ce genre d'article car je trouve qu'il manque d'objectivité et que surtout la parole des "usagers" ou autre nom que vous aurez le soin de bien penser des personnes en situation de handicap psychique et de leurs famille. Bien sur, on peut toujours critiquer la science et que ce côté biologique, génétique qui peut aussi se retourner contre nous comme une stigmatisation supplémentaire (c'est dans la tête, ya rien à faire..) mais faut il le nier pour autant?. Vous souhaitez penser à notre place ou nous laisser une place pour penser? une institution critique une autre institution et  quand est ce qu'on peut dire ou penser ce qui est bon ou non pour nous? la question de la représentativité se pose pour nous aussi.
    Oui, fondamental est un projet médical et non, un projet de vie ce n'est pas un scoop! mais il a le mérite d'exister et de nous épargner des délais encore plus importants pour seulement accéder aux soins. Interrogez les "patients" les "familles", on est capable de penser par nous mêmes également.
     

  15. Pourquoi me placer dans une case et vous dans une autre ? Avez-vous idée de qui je suis ? Une chose que je peux vous dire : je ne suis pas médecin… Les soins de Fondamental dont vous parlez n'en sont pas. J'ai interrogé les patients (et plus…) ou les familles, croyez moi. Et l'objectivité n'est pas de ce monde, c'est encore une illusion, un leurre. Ne soyons pas naïfs, c'est tout ce que je peux vous répondre Et c'est article "à charge" n'est en aucune mesure un "essai" tâtonnant de quelqu'un d'extérieur au problème. Merci en tout cas pour votre perspicacité : allez plus à fond sur ce que sont ces approches biologiques de la "maladie mentale", et pensez par vous même, personne ne vous en empêche. Mais c'est un système vers lequel nous allons, et ça ce n'est pas neutre. C'est surtout inquiétant. Et les autres approches que celle de Fondamental et ses appuis vont être éradiqués si rien n'est fait pour dénoncer ce qu'il tentent de faire croire, c'est à dire le Graal de la psychiatrie : la guérison.
    Quand il n'y aura plus que leur approche, effectivement, vous ne pourrez plus penser par vous même…Mais ce sera trop tard.

  16. Bonjour P.H.,
    Mon commentaire s'adresse à vous en tant qu'auteur de cet article et je ne suis pas non plus médecin pour vous coller dans des cases. Si l'objectivité n'est pas de ce monde, peut être vous pouvez convenir qu'il existe plusieurs réalités? c'est celle des "malades" et de leur entourage dont j'ai simplement souligné l'absence dans vos écrits.
    Je vous remercie de m'avoir répondu que vous avez interrogé les patients et leur familles mais si vous souhaitez que je puisse vous croire, il suffit de ne pas oublier de les citer. L'approche biologique en est une parmi d'autres, je vous ai écrit au sujet de ses effets pervers. Je suis pour qu'on puisse avoir le choix de différentes approches. Et si pour vous, on doit avoir le choix entre la psychiatrie institutionnelle et la psychiatrie institutionnelle, on est dans une position dogmatique et le meilleur des mondes se déplace tout simplement.
    La "guérison" est un terme médical, je préfère parler de rétablissement et penser que c'est possible, ce qui permet de sortir de cette fatalité et donne de l'espoir à des millions de gens qui sont  "condamnés".
    “Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.” (Gandhi)

  17. Déjà  il faudrait ne pas mélanger des troubles psychiques avec des individus type autisme de haut niveau, ect. !! Amalgame extrêmement regrettable qui ne souffrirait pas l'analyse de grands praticiens anglo-saxons, ni des autistes de haut niveau canadiens et américains, chercheurs pour certains avec des médecins psychiatres.
    Ceci-dit, il faut également se garder d'attribuer des schémas de pensée tout-faits, bien pesés ; la différence, l'esprit visionnaire de Huxley mais égaltement de Léonardo di Vinci et de Jules Verne, la frénésie créatrice de Mozart et de Michael-Ange, les tribulations et les méandres des pensées de certains, ne doivent pas se cantonner à des "programmes".
    L'enrichissement de la communauté humaine passe par des personnes "au regard" porté vers d'autres sources et d'autres aspirations. Résumer un individu à une connexion synaptique et donc à un système biologique reste de l'ordre d'un dictat "stats" et "grille opératoire" ; le Sujet tel que le décrit si bien Lacan ne peut être abordé que dans le cadre d'une relation et la psychothérapie est bien le seul lieu possible.
    Quant à la paranoïa système, elle n'existe que si on veut bien y croire. Dédramatiser les choses, ne pas répondre systématiquement à tout et n'importe quoi, permet bien de devenir raisonnable.
    Evitons donc la bêtise des mouvements comportementalistes et sécuritaires qui font de l'être humain "un trouble biologique", "une erreur génétique" ; l'eugénisme nazi a bien oeuvré dans ce sens, des médecins et médecins psychiatres à l'époque trouvant fort divertissant soit de condamner à mort, soit d'expérimenter sur d'autres humains leurs "vilaines projections", justement fortement paranoïaques et idéalisés.
    Rien n'est pur.
    Mylène Hadelin   – psychothérapeute et art thérapeute

  18. … " Résumer un individu à une connexion synaptique et donc à un système biologique reste de l'ordre d'un dictat "stats" et "grille opératoire" ; le Sujet tel que le décrit si bien Lacan ne peut être abordé que dans le cadre d'une relation et la psychothérapie est bien le seul lieu possible. "…
     
    Désolé mais, question "diktat", vous nous servez là : le seul lieu possible…
    On n'est pas obligé de vous suivre sur ce seul terrain défini en plus par un certain Lacan !
    Et puis, pourquoi penser les neurones en des termes "opératoires" ou "réducteurs" quand on sait le job qu'ils fournissent (du moins quand on le sait…) ?
    Aucune honte à ressentir quand on nous définit comme des êtres doués d'une résultante de 100 milliards de neurones ! Et cela m'enchante même, sans pour autant penser n'être fait que d'un magique enchantement.

  19. "Aucune honte à ressentir quand on nous définit comme des êtres doués d'une résultante de 100 milliards de neurones"
    heureux moi aussi de vous l'entendre dire. Et qu'allez vous vraiment en faire de ces 100 milliard de neurone? trouver ceux qui sont mauvais?
    Alors que c'est la parole qui les a connecté et façonné, vous allez faire quoi ?
    Médicament? 100 milliard de petit neurone et moi émoi
    j'en dis pas plus, cela me fait frémir.
    Quand je disais un garçon boucher pour réparer un horloge suisse, à coté le film psychose, c'est un comique troupier
    Au moins les pieds c'est fait pour marcher, mais là c'est quoi ?

  20. Ben, pour ne pas vous déplaire, ces trucs appelés "neurones", ça sert bien à penser et, pas forcément à "bien penser".

  21. bonjour, nous sommes passés dans une ère "naturaliste" mecaniciste où l'humain est chosifié .
    il n'y a plus dans l'approche du malade ni amour ni spiritualité .

  22. "Ben, pour ne pas vous déplaire, ces trucs appelés "neurones", ça sert bien à penser et, pas forcément à "bien penser"."
    C'est bien ce qu'il me semblait à vous lire, merci de me le préciser

  23. je pense que ce genre de discussion est rempli de cliché au sujet d'approches « normatives », et ne seraient finalement qu’une forme de dressage et de conditionnement. Cependant, les soins que proposent  Fondamental n’ont pas pour but de « normaliser » les personnes, mais de leur redonner de la liberté : leur permettre d’avoir le choix d’agir en fonction de leurs intérêts, pensées ou convictions.
    La psychiatrie internationale (celle des pays d'europe du nord et germanique, pays anglo-saxons, États-Unis, Canada, etc.) est médicale, scientifique et pragmatique. La psychiatrie française est philosophique, littéraire et intellectuelle et donc plus destinée aux bobos qu'aux personnes en situation de handicap psychique.
    Cette intellectualisation très forte et très française de la psychanalyse, en abandonnant parfois le souci du patient au profit de schémas interprétatifs plus abstraits, a laissé en déshérence toute une population de patients demandeurs qui se sont tournés alors vers leurs médecins. Quel bel effet pervers : le règne sans partage de la psychanalyse a ainsi favorisé le recours excessif aux médicaments du psychisme ! La France est devenu ainsi quasiment le seul pays avancé où, institutionnellement, entre le Prozac et le divan il n’y aurait de place pour rien !
    Pour le cerveau, ce que démontrent les « neuroplasticiens », comme les appelle le neurologue américain Norman Doidge, c’est que l’image même que nous nous faisons de notre cerveau change sa structure. Autrement dit, en lisant cet article, vous modifierez vos neurones… Mais la modification sera encore plus importante si vous tombez amoureux mais désolé pour alain, je ne trouve pas trop d'amour et de spiritualité dans cet article.
    S'il est vrai que les différentes aires du cerveau régissent différentes fonctions – le processus du langage articulé, par exemple, se déroule dans le lobe frontal -, les neurones sont beaucoup plus polyvalents que ce que l'on croyait jusqu'à récemment. C'est ce qu'on appelle la neuroplasticité, une propriété commune à tous les tissus du cerveau, et même de tout le système nerveux central, propriété dont on commence à peine à comprendre le fonctionnement.
    La « triple plasticité du système nerveux » : sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses, peuvent se produire plusieurs phénomènes :

    vos neurones peuvent se développer (jusqu’à décupler leur taille) et multiplier leurs synapses (ou au contraire se ratatiner si vous ne faites rien) ;
    vos réseaux de neurones peuvent s’adapter à des nouvelles missions, jusqu’à remplacer un sens par un autre (la vue par le toucher, par exemple) ;
    enfin, l’ensemble de votre cerveau peut entièrement se réorganiser, par exemple à la suite d’un accident.

    Parmi les neuroplasticiens ayant de solides références en science expérimentale, c'est Michael Merzenich qui a soutenu les thèses les plus ambitieuses dans le domaine des applications thérapeutiques. Il affirme notamment que les exercices cérébraux peuvent être aussi utiles que les médicaments pour traiter de graves psychoses comme la schizophrénie; que la plasticité existe depuis le berceau jusqu'à la tombe; et qu'une amélioration radicale des fonctions cognitives, c'est-à-dire de la perception, de l'apprentissage, de la réflexion et de la mémoire, est tout à fait possible, y compris chez les personnes âgées.
    Bougez avec votre cerveau!
    Les étonnants pouvoirs du cerveau, de Norman Doidge, Belfond, 2008

  24. Oui en effet la psychiatrie international est plus pragmatique, il y a qu'à voir en Suède les pratiques Eugénistes qu'il y a eu.
    En effet on peut admirer le formidable outil qu'est le DSM IV. Et encore il y a une imperfection car sous la vindicte des bobos on a retiré les homosexuels. Mais heureusement on en a rajouté plein d'autre et qui ne sont pas près d'en sortir.
    Formidable outil pour les laboratoires pharmaceutiques le DSM IV devrait rajouter dans sa liste les bobos.
    Je ne vois pas en quoi la psychanalyse est responsable de l'usage immodéré des psychotropes, mais bien plutôt le pragmatisme justement des psychiatries internationales avec aux USA l'usage du médicament dès le plus jeune âge, justement en rapport avec ce fameux DSM dont les labos en ont fait leur bible.
    Pour ce qui est de la plasticité du cerveau, je vous renvoie à Jean Claude Ameisen qui parle de même chose que vous sans le mettre en opposition avec la psychanalyse, dans une émission de Radio sur France Inter, sur les épaules de Darwin. Allez savoir pourquoi. Il montre que justement les découverte de la psychanalyse ont été confirmées par les recherches sur le cerveau. Mais sans doute ai-je mal compris. Et en effet c'est la parole et nos actes qui font notre cerveau, et c'est donc bien la parole et nos actes qui doivent le refaire….merci de dire

  25. bipote , bonjour, que pensez-vous de l'étonnant rayonnement de l'amour ? lisez donc "la voix du coeur , chemin du thérapeute " .de paul montangerand . un thérapeute (psychiatre aussi) qui vous veut du bien.

  26. Très poétique cette intervention de Bipote, ça donne envie…je me sens tout mou du cerveau après l'avoir lue (l'intervention). Allez savoir pourquoi.

  27. mais qui est donc ce PH qui souhaite faire valoir ses idées par le seul moyen de la destruction des autres opinions

  28. Oui P.H. je suis sur que votre psychanalyste vous fera une belle interprétation sur le fait que vous vous sentiez mou du cerveau!
    Désolé pour vous, je ne prétends pas être un poète, ni un visionnaire d'ailleurs. L'exutoire au bout du pinceau vaut-il mieux que l'ordonnance du docteur? Parfois oui, parfois non. Tant qu'on ne se coupe pas l'oreille.
    Amener l'exalté(e) ou le psychotique à se faire soigner fait partie des difficultés et j'ose parlé de trois étapes cruciales: d'abord, l'acceptation de la maladie, puis la consultation d'un spécialiste (on peut préférer la religion ou un pinceau), et enfin la prise de médication ou la thérapie, si c'est indiqué. Voilà pourquoi beaucoup de malades le resteront encore longtemps avec votre façon de voir les choses. Et le tabou entourant la maladie mentale demeure la première cause des destins malheureux.
    Merci pour les conseils de lecture alain mais la psychanalyse n'a pas sa place à mon chevet. Et pour moi l'étonnant rayonnement de l'amour, c'est l'amour bienveillant  (mettā en pāli ).
    Un livre pour vous faire connaître des témoignages de "malades" "Le jour où ma fille est devenue folle" du journaliste Michael Greenberg (Flammarion). Ce récit prenant et pas mélo raconte l'histoire de Sally, qui devient maniacodépressive à l'âge de 15 ans. Les parents aux prises avec la maladie mentale d'un de leurs enfants connaissent un enfer quotidien insoupçonné pouvant les mener eux-mêmes à la folie. Muselés, ces parents vivent avec un tabou énorme, ne peuvent en parler ouvertement et se sentent souvent coupables. Voici un papa qui est allé jusqu'à prendre les médicaments de sa fille pour en comprendre les effets. «Bloquer la dopamine dans un cerveau comme le mien, qui fabrique des quantités plus ou moins normales de cette substance, n'est pas la même chose que de la bloquer dans un cerveau maniacodépressif comme celui de Sally. […] À un niveau fondamental, on m'a barré l'accès, comme à Sally, à une expérience de l'impact d'être pleinement vivant dans le monde.» Sa fille, elle, prétend que ses médicaments lui donnent l'impression d'être emballée dans du caoutchouc. À lire pour comprendre à quel point le cerveau est complexe et combien l'être humain reste un mystère.
    Bonne soirée, messieurs les "biens pensants" d'Alpha!

  29. Cet article a été rédigé par un psychanalyste vraisemblablement, qui se sent menacé par les nouvelles techniques, méthodes, auxquelles il refuse de laisser une place, tout en n'ayant pas le courage de ses opinions (initiales pour toute signature)… Sa vision de Fonda Mental est  très caricaturale. Effectivement le but est de permettre une réinsertion sociale et professionnelle grâce à la remédiation cognitive, mais n'est-ce pas une réelle avancée par rapport aux politiques d'enfermement et d'abrutissement proposées ailleurs, mais dont on ne dit pas un mot dans l'article bien évidemment… On préfère faire croire aux lecteurs qu'on ne réfléchit pas avec le patient, qu'on n'essaie pas de comprendre ses peurs, l'origine de ses troubles… non non, on le dresse comme un animal et on le gave de pilules… Faux, archi-faux pour y avoir amené un ami Asperger qui a eu la chance d'avoir eu par Marion Leboyer un diagnostique fiable en bonne et due forme et pas de médicaments chimiques mais le conseil de suivre une thérapie pour l'aider dans sa gestion émotionnelle. Bref, dommage de lyncher la structure, alors qu'on pourrait tout à fait proposer les deux approches, si les guerres intestines sous-jacentes n'existaient pas …

  30. Pourquoi opposer médicaments et thérapie par la parole?
    Les médicaments m'ont permis de soulager mes symptômes. Ils ont agi sur mon cerveau et tant mieux. Mais en quoi est-ce que cela m'a aidé à vivre avec cette maladie au quotidien, à vivre avec l'expérience douloureuse qu'elle a été? En rien, ça c'est le rôle de la psychothérapie. On peut expliquer la maladie uniquement par la biologie, trouver un gène responsable, tout ce qu'on veut, ça ne changera rien à notre vécu, au poids de la maladie mentale comme dit ma psy.
    Je suis intimement convaincue, et c'est mon expérience et ce que je vois autour de moi aussi, que les médicaments et la psychothérapie ne vont pas les uns sans l'autre.

  31. Wikipedia:
    "La remédiation cognitive prend la forme d’un traitement rééducatif – pratiqué sous forme d'exercices ludiques – destiné à améliorer le fonctionnement attentionnel, mnésique, langagier et/ou exécutif. Une action indirecte sur les déficits fonctionnels affectant la vie quotidienne est attendue, ce qui peut contribuer à améliorer l'insertion sociale et professionnelle des patients traités. La remédiation cognitive n’est pas destinée à remplacer des traitements médicamenteux ou certaines psychothérapie mais à compléter leurs effets"
    Mais c'est étonnant de voir comment Bipote passe du coq à l'âne comme ça l'arrange. Franchement la remédiation cognitive aurait pu soigner Sally?
    Il faut le dire et le crier sur tous les toits si c'est la cas, parce que j'en connais qui vont s'y précipiter. C'est quoi le jeu ici? je ne suis plus.
    Finalement le cerveau est un mystère, je croyais qu'on allait découvrir tous les 100 milliard de neurones un par un. J'y comprend plus rien! Accorder vos violons

  32. Je n'ai pas parlé de remédiation cognitive, jeune homme c'est l'intervention de Kortexa qui a le mérite d'apporter un témoignage réel de son ami. Le sujet de la remédiation cognitive m'intéresse tant qu'il n'est pas caricaturé comme vos amis ont pu le faire dans le documentaire "Un monde sans fous"
    Témoignage d'une neuropsychologue filmée dans le reportage -un monde sans fous-
    http://www.neuropsychologie.fr/index.php?/page/index.html/_/articles/psychiatrie/temoignage-dune-neuropsychologue-filmee-da-r106
    Tout comme la fondation fondamental d'ailleurs… mais bon, de ce monde là, on n'en veut pas, hein? tout comme les soins sous contraintes, hein?

  33. Je crois que le problème de toutes ces théories, et surtout des théoriciens, c'est de les présenter comme l'unique solution. Chacun s'accroche à sa religion, rejetant toutes les autres. Pour ma part, et ce n'est pas pour être consensuelle, je crois qu'il y a des bonnes choses dans toutes, qu'elles sont complémentaires, et qu'elles deviennent délètères quand elles sont exclusives. Et qu'il y a des choses plus intéressantes à faire que de s'étriper par médias ou livres interposés, dialoguer et s'intéresser à ce que font les autres par exemple.
    Par exemple, c'est bien beau de critiquer l'ABA, mais quand on a que l'enfermement en HP comme alternative, ce n'est pas justifié. C'est une thérapie qui donne des très bons résultats, et qui finalement ne diffère pas beaucoup de l'éducation qu'on donne à un enfant normal, sauf par son intensité.
    Chaque théorie s'intéresse à une partie de l'humain, le cerveau, les aptitudes sociales, les relations, l'intropsection, etc… Nous sommes tout cela à la fois, donc il faut être ouvert à tout plutôt que braqué sur un seul aspect.

  34. En tant qu'ancien matheux, je suis attaché à la logique comme le conducteur à sa ceinture de sécurité et j'avoue avoir beaucoup de mal à percevoir ce qui se cache derrière cette entité Fondamental. Déjà le nom éveille quelques soupçons. Et dans le domaine de la psychiatrie j'ai appris à être très méfiant et comme je le suis déjà excessivement, vous comprendrez qu'il y a du chemin à faire. Et ce n'est pas votre attitude de saut du coq à l'âne qui va me rassurer sur la réalité de vos bonnes intentions. De plus comme information juste celle d'un site internet qui on s'en doute est une vitrine et une brosse à reluire. Mais quels papiers a-t-il produit ? Rien là dessus et l'article ne nous en apprend pas plus puisque qu'il ne parle que du site internet. Juste lobbying ? On n'en sait pas plus. Pour moi cet article ne m'apprends rien et vos commentaires encore moins. Je me contente donc de relever ce qui me parait des non sens.

  35. @ Laurence…
    Bien d'accord avec votre humble positionnement, tellement plus ouvert que ces portes de chapelles… 

  36. Ces échanges montrent à quel point ce qui devrait être une science est une tour de Babel. Forcément, comme en agriculture, on a voulu croire que les "causes" qu'on voit sont "la" cause de maladies qui ne sont que des entités géométriques aussi et aussi peu réelles que les étoiles du ciel, aussi nombreuses que nos neurones à chacun !
    Quand se souviendra-t-on que la science a à chercher les lois de la nature et en les appliquant, devenir efficace.
    La causalité ne s'applique en science du complexe que comme l'outil de la répression et de la normalisation. Si on veut comprendre les comportements, il faut en chercher les buts et s'interroger sur leur pertinence et ensuite seulement sur la pertinence des moyens mis en œuvre ! Voyez à ce propos : http://www.psychopedie.org
    Sans cela la pratique psychiatrique ne sera que le lieu d'affrontements de plus en plus "normalisants" entre les fantasmes de pouvoir des soigants et des soi-disant "malades" désignés.
    La justice est à la psychiatrie ce que la chirurgie est à la médecine.

  37. Bien sur CérébralePensée, si des adultes croyants décident de faire le voyage analytique, je n’y vois aucun inconvénient non plus, c’est un libre choix d’entrer en religion. Mais qu’en est-il des enfants autistes dont parlent Laurence qui subissent, sans le savoir, les affirmations (affabulations) de cette religion ? Ont-ils le choix de contester l’obédience du psychanalyste qu’on leur impose ? Devons nous rester silencieux, consensuel ou avons nous aussi le devoir de parler haut?
    Je ne prétends pas qu'il existe une solution unique aux problèmes des troubles psychiques, le plus souvent, nous arrivons à nous en sortir par de multiples petits efforts ajoutés les uns aux autres : comme les brins d’une corde qui nous sort du gouffre, chaque brin est trop fragile pour nous tirer, mais associés les uns aux autres, ça marche. Si les traitements biologiques, psychologiques et sociaux se conjuguent, on peut se donner les moyens de s'en sortir et c'est aussi les outils essentiels de la démarche de la Fondation FondaMental.


  38.  
    Chers belligérants,
     
    Votre  débat sur les différentes approches de la prise en charge thérapeutique des psychoses est crucial. Il  souligne, au fond, que le problème des thérapeutiques dans leur diversité, plus ou moins antagoniste, est solidaire de la question du sujet humain. Au-delà  des positions tranchées de chacun, il s’agit de savoir comment ces positions définissent l’être humain qu’il soit psychotique, névrosé ou normopathe ?
    Le premier caractère de l’homme n’est-il pas d‘être Sujet, de pouvoir affirmer son autonomie et sa singularité, quelles que soient ses difficultés psychiques et physiques? Le sujet psychotique, pas moins que tout autre sujet, a conscience d’être une âme pensante, imaginante, affective, malgré l’angoisse et le délire.
    L’approche neuro-cognitiviste (orthopédie du sujet) ne risque-t-elle pas à des fins de normativation (et de moindre coût pour la société), de brimer cette âme singulière? Cette âme délirante qui peut aller jusqu’à se couper l’oreille puis à se peindre ainsi, dans un effort de réflexivité inouï ? Cette âme qui atteste  la présence d’un sujet irréductiblement singulier ? A la fois neuronal, psychique, pensant et parlant, existentiel, enfin ? Un parlêtre (eh ! oui, Lacan), doté d’un corps vivant (plastique) et qui ne se résume pas à la somme de ses neurones.
    La question du soin, en tant qu’elle ne peut faire l’économie de la notion de Sujet, est éthique. Elle engage à se positionner par rapport à des notions fondamentales, telle que le droit de chacun à disposer de lui-même. Accordera-t-on ce droit aux individus, s’ils sont définis uniment comme sujets neuronaux ?
     
    Maintenant concernant la notion de « plasticité » qui est passionnante, pourquoi opposer plasticité neuronale et plasticité psychique ? Neurologie et psychanalyse ? L’une et l’autre ne sont pas incompatibles. Voir sur la question l’ouvrage de F. Ansermet (psychanalyste) et P. Magistretti (neurologue) : A chacun son cerveau : « La plasticité démontre que tout s’inscrit, que l’expérience laisse une trace, que celle-ci est déterminante ; pourtant, on reste impuissant à prévoir le devenir qu’elle implique. » Ce devenir peut être négatif (plasticité destructrice ; Alzheimer par exemple) comme positif. Il apporte l’espoir d’un remaniement neuronal et psychique du sujet dans le sens d’un progrès, voire d’une réversibilité des marques traumatiques ou leur métabolisation. Réversabilité que B. Cyrulnik dans Un Merveilleux malheur, a appelé « résilience » : mot, « né en physique » pour désigner « l’aptitude d’un corps à résister à un choc » ; voire, à en garder l’empreinte, en se déformant, mais sans se briser.
    La plasticité neuronale et psychique apparaît comme une force inépuisable : les variantes de la plasticité neuronale seraient quasi illimitées.  En neurologie, la plasticité désigne la capacité, qu’a le cerveau, de modifier l’organisation de ses réseaux neuronaux en fonction des expériences vécues par l’organisme et le sujet (remodelage des connexions synaptiques -1-).
    Certains processus cérébraux, ont été appréhendés par la psychanalyse en termes de formations psychiques , relatives au système émotionnel (versus cognitif). Même si elles ne peuvent être observées par imagerie, les formations psychiques n’en existent pas moins. L’inconscient donne du fil à retordre à l’anatomie probabiliste qui tente de constituer une modélisation-normalisation du cerveau humain. L’inconscient, souligne B.-M. Dupont (généticien, membre du comité éthique de l’Inserm et professeur de philosophie), « ferait appel à des chemins de mémoire différents, avec des déclencheurs émotionnels mal connus, mais reliant le passé au présent du sujet existentiel et expliquant peut-être les phénomènes du transfert. »
    La psychothérapie analytique s’appuie essentiellement sur la relation transférentielle, et celle-ci constitue une expérience dynamique qui ouvre sur la possibilité de remaniements psychiques. Elle peut comme complément d’autres thérapies (moléculaires, etc), agir sur la psychè. Une forme rigide (une subjectivité bloquée), pour peu qu’elle soit réanimée, revitalisée dans la rencontre et sur la base de la parole échangée, peut donner forme à d’autres formes.
    Alors, cessons de nous crêper le chignon ou les quelques cheveux qui nous restent, et essayons d’échanger et d’avancer ensemble.
     
    -1- Freud est un des découvreurs de la synapse.

  39. @Catherine
    La plasticité neuronale du mien fait que toutes ces données rebondissent en tous sens !
    Mais quand je repense à cette fondation, et que je traine sur leur site et sur les liens qu'ils proposent, je frissonne … Et pis c'est tout  !

  40. Oui, et au delà des théorie, il y a la vie, la société et ses lois.
    Quelle est la position de Fonda Mentale sur la loi des soins contraints ?
    Que va-t-elle faire dans un sens ou dans l'autre ?
    Ou bien est-ce juste un machin pensant, une cérébrale pensée pour le plaisir de se faire plaisir.
    Mais alors c'est juste le cerveau et ses synapses qui vous intéresse par l'humain qui est autour?
    A vous écouter la psychiatrie n'est qu'abrutissement par les médicaments et c'est bien ce que propose cette loi sur les soins contraints, qu'allez vous faire? La dénoncer?
    C'est bien gentil de dire mais encore faut-il que cela se retrouve dans la vie de tous les jours.
    Je suis toute ouïe, j'attends, c'est au pied du mur que l'on voit le maçon!

  41. tu as une rubrique contact si tu vas sur leur site mais bon… c'est plus facile pour toi d'écrire ici, monsieur le maçon? vous me soulez avec vos idées toutes faites, vous pouvez faire le constat que vos discours ne sont pas très mobilisateur en tout cas. Dommage, pour les victimes et les concernés mais continuer votre humanisme et pour bien le distinguer, continuez à voir des méchants partout sans vous préoccupez de ce que veulent les malades et leur famille. Tiens, demandez aussi aux signataires de cette loi ce qu'ils en pensent!  et puis moi, j'ai vu ce que vous pouvez penser de ce que j'ai pu écrire donc ne m'attends plus au pied de ton mur… salut camarade!

  42. J'ai signé l'appel, mais je pense que ce genre d'article est de nature à discréter l'appel des 39, de par son parti-pris anti-scientifique.
    Ce rejet des approches scientifiques est régulièrement reproché aux psys d'obédience psychanalytique, qui refusent l'évaluation de leurs résultats.
    Il en résulte un amalgame entre science et contrôle des esprits, illustré notamment ici par cette description caricaturale la méthode ABA (comportementalisme), et un autre amalgame entre liberté et refus de l'évaluation (psychanalyse).
    Je pense que la psychiatrie se doit de prendre ses responsabilités, et d'accepter de rendre des comptes, sinon certains essaieront de légiférer face à ce vide. Et nous verrons de nouveaux projets de loi du même tonneau.
    Critiquer la science, c'est se tirer une balle dans le pied.
    Bref, on peut être comportementaliste, scientifique, et totalement opposé à cette loi.

  43. personnellement j'ai un frère pmd depuis l'âge de 14 ans et je ne suis pas psychanalyste .
    je crois qu'après plus de 40 ans de pratique je ne suis expert en rien mais devenu sage et attristé par la division ( le chatan) . continuez sans sagesse puisque nous ne voyons bien que par le coeur .

  44. @ Bipote, du 3 mai 2011 à 5 h 04 min.
    Bien d'accord avec vous, certes !
    J'ai bien sûr écouté Michel ONFRAY, et je suis très d'accord avec sa démarche Haute, Pragmatique & Intellectuelle (en clair, HPI)…
    J'ai quand même l'honneur de vous préciser qu'il s'agit de l'Association dite "Fonda-Mentale", donc avec un "E", comme Ensuite et "F" comme Fondamental…
    (si vous en parlez, c'est que vous savez comment cela s'écrit)

  45. Je tiens à signaler que je suis pour le comportementalisme, que les neurosciences d'après le professeur Jean Claude Ameisen n'ont pas du tout discrédité la psychanalyse, bien au contraire.
    S'il le faut je reprends tout les commentaires de Bipote et mes réponses pour le prouver.
    Je sais que le député Yves Leguen c'est caché derrière Fondamentale pour rester évasif, comme l'est Fonda Mentale sur le sujet de la loi des soins contraints qui est le cheval de bataille des 39 et pas le comportementalisme.
    Par contre aucune réponse à ma question, si ce n'est d'aller voir sur le site. Donc vous ne voulez pas vous mouiller. On est tout beau tout gentil, mais croyez nous sur parole. C'est cela?

  46. @ Catherine, du 3 mai 2011 à 12 h 59 min.
    … " Réversabilité que B. Cyrulnik dans Un Merveilleux malheur, a appelé « résilience » : mot, « né en physique » pour désigner « l’aptitude d’un corps à résister à un choc » ; voire, à en garder l’empreinte, en se déformant, mais sans se briser. 
    La plasticité neuronale et psychique apparaît comme une force inépuisable : les variantes de la plasticité neuronale seraient quasi illimitées.  En neurologie, la plasticité désigne la capacité, qu’a le cerveau, de modifier l’organisation de ses réseaux neuronaux en fonction des expériences vécues par l’organisme et le sujet (remodelage des connexions synaptiques -1-)… "

    Il y a une toute petite différence entre la psychologie et la psychopathologie (ou psychiatrie) : une espèce de brisure que seuls nos patients savent très bien décrire : "Je ne sais pas pourquoi  mais, ça va très mal en moi ! " ou alors, ils vous disent : "Je ne vais pas bien du tout et, je sais bien pourquoi mais, je ne sais pas comment résister à ce mal-être !"…
    Si mon message vous parvient et, malgré votre brillantissime intervention, n'oubliez jamais la différence "fondamentale" entre psychiatrie & psychologie !

  47. Article et commentaires à ne pas mettre dans les mains des journalistes ! La honte ! Pseudo-science, scientisme, querelles de chapelles….. Et dire que ces gens-là seraient appelé à dire qui est et qui n'est pas capable du contrôle de ses actes !


  48. Zyplox,
     
    Vous avez raison. Ce qui importe avant tout, plasticité neuronale, ou pas, (débridée ou bridée), c’est, comme vous le soulignez, de rester vigilants sur la stratégie (les stratégies ?) de la fondation Fondamental, laquelle est trop bien accordée au plan de gouvernementalité néolibérale, pour être honnête. L’activité de recherche scientifique quand elle promeut uniquement l’approche technique de l’humain, entre par le biais de l’économie, -nécessairement-, en rapport avec le politique et le juridique. Pour le meilleur ou pour le pire ? En revanche, des avancées scientifiques très intéressantes ont été faites grâce à la technique. Simplement, ces avancées ne devraient pas être mises au service d’une intention normative (et sécuritaire).
     
     
    CérébralePensée,
     
    A propos de plasticité, nous pourrions être un peu plus « plastiques » quant à nos jugements, en subvertissant par exemple les différences, et en laissant ouvert le questionnement sur les différents abords de la folie. Pour vous répondre sur « psychopathologie et psychologie », et concernant l’abord scientifique, je citerai  G. Canguilhem (maître en subversion épistémologique, avec G. Bachelard et Foucault). Voici ce qu’il écrit dans Le normal et le pathologique, (Puf, 1966) :
    -« La maladie se joue au niveau du tissu (ajoutons « neuronal », actualité scientifique oblige !) et, en ce sens, il peut y avoir maladie sans malade. » La maladie existe donc dans « la science du médecin », mais, « il n’y a rien dans la science qui n’ait d’abord apparu dans la conscience, et qu’en particulier, dans ce cas qui nous occupe, c’est le point de vue du malade qui est au fond le vrai. »
    Et ci-après :
    -« C’est toujours la relation à l’individu malade, par l’intermédiaire de la clinique, qui justifie la qualification de pathologique. Tout en admettant l’importance des méthodes objectives d’observation et d’analyse dans la pathologie, il ne semble pas possible que l’on puisse parler, en toute correction logique de « pathologie objective ». Certes, « une pathologie peut être (…) dite objective, par référence au médecin qui la pratique. Mais l’intention du pathologiste ne fait pas que son objet soit une matière vidée de subjectivité. » Toute approche technique est marquée par son origine subjective, à savoir l’interprétation que le médecin et le technicien font  des résultats.
    En effet, « un microscope, un thermomètre, un bouillon de culture, (aujourd’hui, l’imagerie cérébrale), ne savent pas une médecine que le médecin ignorerait. Ils donnent un résultat. Ce résultat n’a en soi aucune valeur diagnostique. Pour porter un diagnostic, il faut observer le comportement du malade. On découvre alors, que tel qui héberge dans son pharynx du bacille de Loeffler n’est pas diphtérique. »
    Bref, en matière de pathologie, le premier et le dernier mot reviennent  à la clinique. « Or, la clinique n’est pas une science (…) alors même qu’elle usera de moyens à efficacité toujours plus scientifiquement garantie. » Outre, y insiste Canguilhem , que la clinique ne se sépare pas de la thérapeutique.
    Canguilhem montre donc que pathologie (aussi bien, psychopathologie), clinique et thérapeutique sont interdépendantes, et souligne l’importance du malade dans l’appréhension de la maladie :
    « La définition de la maladie demande comme point de départ la notion d’être individuel. »
    La fondation Fondamental ignore cette notion; la psychanalyse la défend.
    Je me sens, sur ce point-là de la question du Sujet, quelque peu rigide. C’est que j’ai peur pour lui…
     
    Catherine

  49. Alors tremblez un peu certes, cela ne fera point trop de mal à notre réflexion sur ce qu'est l'approche (l'avoir à connaître) psychopathologique…
    Vous connaissez sans doute la notion de maladie dite "orpheline"…
    En ce cas, se sentir moins seul, serait se sentir franchement étayé à partir d'expériences d'étayage antérieures.
    Les thérapeutes (ceux formés à la Faculté) sont censés soigner… Devant l'absurdité de la vie et (surtout) de la mort voire de la maladie, le malchanceux souffrant de sa maladie, ne pourrait-il pas se sentir un peu moins seul si on lui expliquait que son cas a déjà été répertorié dans un "ailleurs pas du tout impossible" puisque très probable ?
    L'individualité du patient n'est en aucune façon ignorée dans la démarche diagnostico-thérapeutique et, heureusement pour lui ! S'il faisait une allergie à un traitement, imaginez ce qu'il conviendrait de faire ! Or, il en est de même pour sa façon d'agréer ou pas, un traitement mais surtout un diagnostic… Il reste maître de ces éléments, tant qu'ils ne le débordent pas !
    La psychanalyse devrait rester un "acte de liberté"…
    La recherche de réponses à la psychopathologie n'en est plus tout à fait un, à moins que le thérapeute ne se soit trompé sur l'individualité du sujet en souffrance…
    En clair, je n'ai aucune crainte à confier ma réflexion à ceux-là mêmes qui réfléchissent.

  50. Oui, on connait bien cette approche Catherine, tout le monde est fou et la folie est universelle donc surtout ne pas poser de diagnostic pour ne pas nous coller dans une case ou ne pas heurter une personnalité narcissique. Le problème de ce que vous qualifiez de rigidité c'est que de cette manière vous empêchez les personnes d'accéder aux soins dont ils ont besoin.
    Ce fait est solidement établi et par exemple, dans le cas des troubles schizophréniques, de nombreuses études montrent que les soins sont bénéfiques dans tous les cas[1]. Les médicaments jouent un rôle essentiel : ils allongent l’espérance de vie tandis que les thérapies non médicamenteuses et la qualité de l’environnement social diminuent le nombre de rechute et améliorent la qualité de vie.

    Le soigner, c’est rendre au malade sa liberté de penser et d’agir.
    Refuser de le soigner, c’est l’abandonner à sa souffrance, le condamner à la mort, à la prison, à l’errance.
    C’est une faute pénalement punissable en tant que non assistance à personne en danger et/ou mise en danger d’autrui.
    Cette faute doit ouvrir des droits à réparation, tant pour le malade que pour les victimes de ses agissements éventuels.
    Je vous cite "« La définition de la maladie demande comme point de départ la notion d’être individuel. »  La fondation Fondamental ignore cette notion; la psychanalyse la défend.
    Vous refusez simplement de les soigner, de recevoir leur familles, la psychanalyse défend quoi quand elle s'oppose aux diagnostic et aux traitements ?  quand vous accusez les mères d'enfants autistes, de "mères frigidaires" et que vous les obliger à créer des centres en France pour la méthode ABA pour éviter d'aller ailleurs ? c'est défendre la notion d'être individuel la méthode psychodynamique du packing?
    En France, le problème n’est pas que celui de soins psychiatriques médicalement «abusifs »

    LE VRAI SCANDALE, C’EST L’ABANDON SANS SOINS DE CENTAINES DE MILLIERS DE PERSONNES VICTIMES DE CES MALADIES GRAVES CE QUI ENTRAINE CHAQUE ANNEE DES DIZAINES DE MILLIERS DE MORTS PREMATUREES.

    ,[1] Voir les traités de psychiatrie générale dont : 2006. Saout M., D’Amato T., La schizophrénie de l’adulte, 234p, Masson, Paris. Lire aussi les articles spécialisés suivants : 1976, Ciompi L., Müller C., Lebensweg und Alter der Schizophrenen. Eine katamnestische Langzeitstudie bis ins Senium. Springer, Berlin ISBN 0-387-07567-4,— 2010, Ciompi L. et al., Deep concern, Schizophrenia Bulletin vol 36, n°3, Oxford University Press. — 2009, Tihonen J. et al., 11-year follow-up of mortality in patients with schizophrenia : a population-based cohort study (FIN11 study), The Lancet, vol.374, n 9690, pp 620 – 627.


  51. CérébralePensée,  (et surtout) Bipote,
     
    Vous dénaturez mes propos. Si je défends l’idée que les malades sont avant tout des sujets et qu’à ce titre, ils doivent être pris en compte, chacun à chacun dans leur singularité, je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas les soigner, ni avant cela, poser de diagnostic (en veillant toutefois à ce qu’il ne se réduise pas à une étiquette nosographique).
    Mais, peut-on soigner un malade :
    -sans son consentement et sa participation active ?
    -sans prendre en compte son savoir personnel sur son état et ses propres ressources? Le délire bien tempéré peut être une ressource créative et  autothérapeutique, -voir Freud in Inhibition, symptôme et angoisse, sur la question. Une « défense contre l’angoisse », dit Freud. Je ne parle pas de l’acmé du délire avec ses risques de passages à l’acte auto ou hétéro-agressif.
     
    Peut-on réduire la thérapeutique à la seule chimiothérapie, avec pour complément la seule approche cognitivo-comportementaliste ?
    Si les traitements neuroleptiques ont des effets d’atténuation sur la psychose et permettent par parenthèse, pour les sujets qui en font la demande, de faire un travail psychique en psychothérapie d’orientation analytique, ils présentent également des inconvénients pour la santé, la vigilance, la sexualité. On souhaite tous que la recherche pharmaceutique trouve des médicaments qui améliorent le confort des malades, en contrant les effets secondaires préjudiciables à l’existence des sujets. Imaginons un instant la tête que ferait un névrosé ou un normopathe, si on lui prescrivait à vie, un médicament qui  freine (brime) sa sexualité ?
     
    Si les TCC visent une meilleure compréhension de la maladie, par suite, la possibilité d’une adaptation à la vie professionnelle et sociale des sujets (présentés comme handicapés), comme ils sont soumis aux idéaux normatifs de la société, ils ont une intention clairement rééducative sur laquelle il y aurait à développer.
    Je ne sais plus quel psychiatre a dit que c’est déjà très bien, quand les soins permettent, à défaut de guérir les schizophrènes de leur schizophrénie, de faire en sorte qu’ils soient en bonne santé physique et psychique… Je ne suis pas sûre que les TCC puissent leur donner cette possibilité, contrairement à la psychothérapie institutionnelle, aux psychothérapies analytiques et à l’art thérapie, quand elles sont associées à une chimiothérapie raisonnable et raisonnée.
     
    Je ne dis pas non plus que les sujets psychosés doivent  être coupés de la réalité et de la société. Au contraire, je défends leur droit à une citoyenneté pleine et entière. Mais le droit à la citoyenneté ne se confond pas nécessairement avec l’obligation de travailler.  Par ailleurs, des structures et associations existent (entre autres GEM) qui leur permettent de faire lien social et d’amitié et d’assumer des responsabilités, sans en passer par la rééducation.
     
    Enfin, concernant les familles, si elles ont toute leur place dans le débat actuel, si leur souffrance et leurs difficultés doivent être prises en compte et respectées, elles n’ont pas à se substituer à leurs enfants adultes, et à parler et choisir pour eux (sauf dans les situations de crise, et encore ça se discute…).
     
    Dernière remarque : les psychanalystes ont longtemps en effet stigmatisé les parents, en particulier, les mères, mais ça ne fait plus partie de l’approche actuelle. La psychanalyse contemporaine est devenue, plus ou moins, post-oedipienne, avec des conséquences dans la pratique. Cette orientation ouvre à de fructueux échange avec la neurologie, entre autres.

  52. … " Dernière remarque : les psychanalystes ont longtemps en effet stigmatisé les parents, en particulier, les mères, mais ça ne fait plus partie de l’approche actuelle. La psychanalyse contemporaine est devenue, plus ou moins, post-oedipienne, avec des conséquences dans la pratique. Cette orientation ouvre à de fructueux échange avec la neurologie, entre autres. " …
    Je suis bien d'accord avec l'approche globale de votre texte et, sur le dernier point ci-dessus, je sais que cette position est le voeu de Michel Onfray : faire évoluer la psychanalyse vers de plus humbles positions…
    Par contre, de grâce, ne présentez pas le traitement psychotrope et les TCC comme des soins qui ne prendraient jamais en compte l'individualité de la personne en demande de soin !

  53. Autisme: un documentaire dénonce les errements de la psychanalyse
    L'association Autistes sans frontières et Océan Invisible Production présente un documentaire, "Le mur: La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme", qui est une "véritable démonstration par l'absurde de l'inefficacité de l'approche psychanalytique de l'autisme". Le documentaire présente aussi les dernières avancées scientifiques dans le domaine de l’autisme. Depuis plus de trente ans, indique Autisme sans frontières, la communauté scientifique internationale reconnaît l’autisme comme un trouble neurologique entraînant notamment un handicap dans l’interaction sociale. Mais en France la psychiatrie, qui reste très largement dominée par la psychanalyse, ignore ces découvertes. Pour les psychanalystes, l’autisme est une psychose, un trouble psychique résultant d’une mauvaise relation maternelle.
    http://www.autistessansfrontieres.com/home.php


  54.  
    Mettre l’accent sur la causalité de l’autisme (organogénétique pour les neurologues vs psychogénétique pour les psychanalystes) ne résout pas le problème de l’approche clinique et thérapeutique de l’autisme. Une fois la cause identifiée, (trouble neurologique, plutôt que « maman dépressive « ), reste aux soignants et éducateurs à accompagner le mieux possible les jeunes autistes. Connaître la cause de la maladie (pardon, du handicap !), c’est bien, prendre en charge et traiter ses effets, c’est mieux. Effets requalifiés par les adeptes des TCC en « troubles de l’interaction sociale ». Pour ce qui est des autistes dit « régressés », on est bien au-delà des difficultés « d’interactions sociales »… On a beau les « dresser » à l’interaction sociale, arrivent des moments (plus ou moins récurrents) où  ils « pètent les plombs grave »!
    Je ne suis pas sûre que l’abord par les thérapies cognitivistes et la médicamentation (toutes deux liées) constituent la solution exclusive. Les TCC peuvent tout au plus inspirer des programmes et dispositifs éducatifs (comportementaux), utiles soit (par exemple dans le cadre de prises en charge en IME et Impro), mais pas suffisants. De même que la neuroleptisation, elle aussi nécessaire, dans les états de crise, ne suffit pas à soigner la souffrance autistique.
    -Comment parer à l’angoisse « démantelante » des autistes, quand ni les TCC, ni la neuroleptisation, (sauf à assommer les sujets) ne parviennent à la juguler ? j’ai fait l’expérience en IME (avec un petit groupe d’autistes auprès de qui je co-animais un atelier de peinture) de l’efficience de l’approche thérapeutique d’orientation psychanalytique (en complément d’autres approches, rééducatives, etc.) . Or qu’est-ce qu’un abord d’orientation psychanalytique, c’est essentiellement un accompagnement qui prend appui sur le transfert et la parole, y compris dans les activités art-thérapeutiques (les ateliers à médiation expressive et créative).
    Je vais donner un exemple vécu. Je précise que les prénoms des jeunes autistes et des éducateurs, cités ci-après, sont faux.
     
     
    Le cas présenté (abrégé), a été observé lors d’un stage de médiation artistique à dominante peinture, effectué dans un IME de la Région Parisienne, de septembre 2008 à juin 2009.
     
     Eve
    Eve est une jeune fille autiste, âgée de 19 ans, la plupart du temps mutique, à l’exception des activités à médiation expressive et créative, il lui arrive de s’exprimer et même de devenir « bavarde ». Dans les autres lieux de vie de l’IME, elle passe ses journées à se balancer en serrant un coussin sur son ventre.
    Eve qui semblait retirer des bénéfices de l’activité durant le premier trimestre de l’année (scolaire) en termes d’implication et de plaisir, d’expression verbale et de créativité picturale, a montré peu à peu des signes inquiétants d’angoisse massive  supportée par ce qui paraît être des hallucinations visuelles excessivement persécutives. Précisons que son état actuel ne s’exprime pas seulement dans l’activité peinture mais sur le lieu de vie institutionnel, et dans les autres temps d’accueil et d’accompagnement, avec même plus de virulence. Ainsi la veille d’une séance en médiation peinture, elle a agressé sauvagement son éducatrice de vie (par ailleurs enceinte ; on verra que ce n’est sans doute pas anodin) en la griffant au visage (passage à l’acte signalé au psychiatre et au directeur). Quelques jours auparavant, à l’internat où elle faisait un essai d’adaptation, elle s’est emparée d’un couteau et a menacé un éducateur.
    Dans l’atelier peinture, elle reprend des éléments de son hallucination alors qu’elle peint. Nous signale ainsi qu’elle voit à la fenêtre des méchants, puis la police, puis des chiens dont elle dit qu’elle en a très peur : « Moi peur ! Chien ! Ouah !ouah ! » 
    Nous la rassurons : « -Mais non, tu vois, il n’y a que des arbres. D’ailleurs regarde le printemps est là, l’arbre derrière la fenêtre, a fleuri. » Elle regarde avec nous, se rassoit et se remet à peindre, puis à nouveau se lève. Cela durant toute la séance. Autre exemple,-« Toi, méchante », me dit-elle. « Brigitte (l’éducatrice agressée) est méchante. Elle m’a tapée ». Et parlant d’Estelle, l’animatrice et responsable de l’atelier peinture : « Elle, méchante ». « Elle s’appelle Estelle », répond cette dernière du tac au tac, ce qui a pour effet immédiat de calmer Eve. Si bien qu’elle se remet à peindre comme si de rien n’était. Eve reproche  aux autres ses propres mouvements agressifs, sachant que si elle agresse, c’est qu’elle se sent agressée, voire croit sa vie menacée. Je détourne son attention sur sa peinture : -« Comme c’est joli. Veux-tu un peu plus de couleur? » Alors, elle repart dans l’activité avec ardeur et plaisir.
    Ce qui est vraiment surprenant, c’est cette alternance constante jusqu’à la fin de l’activité peinture, de mouvement d’angoisse (d’épouvante), d’agression, et de jeu créatif au cours duquel elle exprime un authentique plaisir, presque gustatif, de peindre. Elle s’empare avec gourmandise des couleurs et les étale avec un contentement tranquille.
    Lors du rituel de présentation des peintures qui clôt la séance, elle fera quelque chose qu’elle n’avait jamais fait jusqu’alors : elle pointe son doigt sur sa première peinture, en prélève un peu de matière colorée qu’elle va tamponner successivement sur sa seconde peinture, tout en se balançant, rêveusement, doucement, avec un sourire apaisé. Comme si elle établissait un lien de l’une à l’autre répétitivement, dans une forme symbolique qui nous échappe. Eve en reprenant ce rituel la séance suivante, nous fait comprendre que c’est comme une signature. Elle tamponne avec le bout de son index et dit : « Eve. »
    Quelque chose de son angoisse a pu être transmis, à tout le moins entendu sans être interprété. Elle nous a adressé des signes (pas de fumée sans feu) mais elle les a adressés également au médium peinture où ils se sont inscrits sur un mode non persécutant. Quelque chose, semble-t-il, insiste depuis 2 mois et demande qu’on y réponde, sous peine de passage à l’acte hétéroagressif.
    Ce qui insiste depuis plusieurs séances, c’est un véritable questionnement, lequel pour être non conscient de lui-même, n’en est pas moins important pour elle, sur ce que c’est qu’être une fille ou un garçon. Cette interrogation adressée à nous, à l’occasion de l’action de peindre (le médium renvoyant concrètement à des éléments de son questionnement) est conditionnée par son vécu familial. Sa famille, d’origine malienne et de confession musulmane, a décidé de la marier à un cousin resté là-bas, probablement, pour des raisons d’arrangement de clan et de partage des biens. Le projet consisterait à la marier en Afrique, le mariage serait consommé, et une fois enceinte, elle reviendrait en France. Sa mère se propose d’élever son futur enfant. Ses parents ne tiennent pas à se séparer d’elle, d’autant que touchant l’allocation handicap, elle représente aussi une ressource financière pour ses parents.
      Devant le désaccord discret des psychologues et intervenants sociaux de l’IME par rapport à ce projet, la famille se mure dans le silence, campe sur ses positions et affirme qu’elle ne changera pas de cap. La mère veut bien se rendre aux rendez-vous donnés par l’équipe soignante, contrairement au père, mais l’affaire en reste là. Ce mariage est donc une épée de Damoclès au-dessus de la tête d’Eve qui n’y comprend pas grand-chose mais suffisamment pour halluciner et faire des passages à l’acte agressifs. Outre qu’elle se retrouve prise entre deux positions contraires (IME/famille). Par ailleurs, l’équipe de l’IMpro, se demande si des pressions ne sont pas exercées sur elle. La question se pose aussi de savoir si elle aurait été excisée, en prévoyance du mariage ou pas.
    Je précise qu’Eve est externe et qu’elle rentre au domicile familial tous les soirs, après 16h30. Elle témoigne d’une ambivalence très forte par rapport à son père qu’elle semble craindre et aimer tout à la fois (« Papa tape », « Pardon papa ») et d’un attachement à sa mère (« mama » est prononcé avec douceur). Lors d’un récent entretien familial à l’IME, Eve ainsi que l’équipe ont appris de la mère d’Eve que cette dernière est enceinte de 4 mois et que sa fille lui a donné un coup de poing dans le ventre quelques jours avant l’entretien, après quoi elle a senti son fœtus bouger pour la première fois. A propos de passages à l’acte graves anciens, elle aurait défenestré sa jeune sœur (qui a réchappé de la mort), il y a quelques années. Une enquête a eu lieu qui aurait conclu à un accident. Ses parents l’auraient couverte. Rappelons, que les mots « police », « fenêtre », font partie de son délire.
    Comment remédier à son angoisse et accompagner son mouvement discordant ? D’autant qu’Eve, dans une sorte de dédoublement, passe rapidement et plusieurs fois dans une même séance, de l’angoisse et à l’agression, au plaisir de peindre et réciproquement. Le premier mouvement effaçant l’autre. J’ai l’impression d’avoir affaire à deux personnes. Ce passage d’un état à l’autre déconcerte également ses camarades et les inquiéte.
    Elle nous adresse son angoisse directement. Comment y répondre ? Il y a la réponse moléculaire (neuroleptique) qui dépend du psychiatre de l’établissement, (Eve est sous neuroleptique), la réponse thérapeutique (psychologues), la réponse rééducative (impuissante dans ce moment de crise), et la réponse en médiation expressive à visée thérapeutique.
    Jusqu’à présent, en atelier peinture, on l’a accompagnée en tâtonnant, au fur et à mesure de son interrogation, sensibles à la dimension d’imprévu de cette demande, tout en faisant en sorte qu’elle ne soit pas menaçante, ni pour ses camarades, ni pour nous.
     
     
    2- Eve, en production.
    Notons qu’Eve pour chacune de ses peintures présentées, aux lieu et place d’un thème, d’une évocation d’un motif, répond inlassablement, à la question « – Qu’est-ce que tu as peint ou voulu peindre ? », par «- moi » ou « Eve » mais dans le sens de « c’est moi, Eve, qui l’ai fait ». Ses peintures ne représentent rien d’autre que son geste jusqu’à la séance du 4-12-08, où elle dira « fille » pour désigner sa peinture à dominante rose. Cette séance représente un saut, indice de transformation ou progression, dans la série des séances.
    Tout se passait jusqu’alors comme si ne pouvant investir un objet transitionnel, elle recréait une monade à partir d’elle-même et de ses productions. Tout objet pour l’autiste est forcément « moi », et non pas « non-moi ». Je précise à propos de la notion du « moi » autistique que c’est un moi primitif englobant les objets du monde versus le moi spéculaire (stade du miroir). D’ailleurs, elle ne se reconnaît pas dans le miroir, me demande même devant son reflet et avec effroi : « C’est qui ? »
    Pendant longtemps, tout le 1er trimestre, Eve peint dans des dominantes de marron, noir et vert. Elle empile les coupelles après en avoir utilisé toute la gouache, puis sauce littéralement tout le résidu de la peinture comme elle le ferait d’un plat. Elle a un rapport boulimique à la peinture. Elle peint vite, avec beaucoup de matière, l’étale à profusion. Si la consigne prévoit un plus petit format et moins de peinture, elle l’accepte difficilement. Du coup la consigne devient une contrainte mal vécue. Estelle lui propose alors des gobelets : la peinture est répartie en quantité moindre, mais Eve n’est pas freinée dans son mouvement pictural.
    Un jour qu’Estelle s’est absentée pour accompagner Ellys à l’infirmerie, Eve profite de son absence pour prendre plein de couleurs, 2 feuilles à la fois, histoire d’accumuler. Ce que je lui permets mais en organisant son côté boulimique. Une chose après l’autre (couleurs et feuilles). Elle choisit la petite table qu’elle place près de la porte. Et peignant se met à parler : « Bamako. » « Garçon ». « Karaté ». « Peur ». Puis peignant une peinture à dominante rose : « Moi, fille ». Elle met des mots sur sa peinture.
    A une autre séance, elle évoque un conte mis en scène par Estelle au moyen d’une marionnette qui a eu lieu le matin même. Elle dit qu’elle a peur du monstre, le chien. Ce qui donne aux autres jeunes filles l’occasion d’évoquer à leur tour, ce conte qu’Estelle reprend, à la fois pour moi qui ne le connaît pas et pour les 3 jeunes filles. S’ensuivra une séance particulièrement « verbeuse », chacune parlant, à tour de rôle à partir de ce conte ; une séance plutôt gaie. On en était donc à des séances qui témoignaient d’une progression jusqu’au retour des vacances d’hiver (février).
     Il se trouve que l’atelier a dû être interrompu durant le mois de janvier et les 15 premiers jours de février, du fait de l’absence d’Estelle, malade, ce qui a fortement inquiété les 3 jeunes filles dont elle est l’éducatrice, en plus de sa fonction d’animatrice d’atelier. Elles se sont vu privées et, de leur éducatrice et, des deux ateliers (Contes et peinture) qu’elle anime à l’Impro, et auxquels elles participent. J’ai eu l’occasion, durant cette période), d’animer seule l’atelier peinture. Sandra était très réticente et j’ai réussi à la tranquilliser après lui avoir expliqué que ce n’est pas parce que je remplaçais momentanément son éducatrice qu’elle ne reviendrait pas. J’ai dit aux 3 jeunes filles qu’Estelle se soignait pour revenir en pleine forme et reprendre ses activités. La séance ensuite a été très détendue : Eve chantonnait en peignant, Sandra a voulu peindre sur le sol et y a pris beaucoup de plaisir, explorant une manière de peindre nouvelle, Ellys n’a pas poussé de cris, ni ne s’est donnée des coups dans le menton (ce qu’elle fait assez fréquemment). Elle a peint ce qu’elle a appelé « riz au lait » et n’a pas voulu quitter la salle après le rituel de sortie. Christian l’éducateur a dû venir la chercher pour qu’elle rejoigne le groupe de relaxation. Sandra et Eve m’ont aidée à ranger la pièce avec bonne humeur. Ensuite, il n’y a plus eu de séances avant le retour d’Estelle
    Ceci pour dire, qu’il y a eu un certain nombre de ruptures (maladie d’Estelle, vacances de février), avant la reprise de l’atelier au mois de mars lesquelles sont peut-être venues s’ajouter pour Eve au départ de son père pour le Mali en vue de son mariage. Disons que les 2 derniers mois ont constitué une période troublée. Troubles dont l’origine est à la fois institutionnelle et familiale, sachant que le réel dans sa contingence fut de la partie. On ne programme pas de tomber malade…Ces ruptures ont produit de la frustration voire de l’angoisse (perte des repères habituels).
    La créativité est une réponse possible à la non-créativité autistique, -au non-créatif de l’angoisse et de la répétition (pulsion mort). « Chercher le remède dans le mal-même », préconisait Rousseau dans les Confessions. Est-il possible et souhaitable de chercher le remède sous l’espèce de la créativité dans la crise, et comment ? Les modalités de l’abord art-thérapeutique: accompagner les personnes en soin à travers leurs productions artistiques, par la « stratégie du détour » soit en n’attaquant pas directement le symptôme, sont particulièrement indiquées dans une situation de crise. Faut-il même restaurer les défenses ? (c.f. Freud selon lequel le symptôme est une défense contre l’angoisse, cas de la phobie pour le petit Hans). Enfin, la créativité comme remède ne va pas de soi pour des autistes très régressés. On se heurte avec eux très vite à des limites par rapport à la production artistique. A moins de travailler en termes formels à partir d’un des éléments du délire ; répondre en termes picturaux aux hallucinations et à l’épouvante. L’exploration des couleurs et des matières sur un mode très archaïque est une voie de remédiation à l’épouvante démantelante des autistes.
    Eve durant la séance où elle était très perturbée a montré comment l’activité picturale lui a permis de se concentrer et de se recentrer puis de s’apaiser tandis que nous l’encouragions, sans faire de commentaires sur ce qu’elle nous racontait. En apposant sa signature (tamponnage du doigt) sur ses deux peintures au moment de la présentation des productions du groupe, elle a affirmé sa présence à elle-même comme aux autres. En ce sens, on peut y voir les prémices d’une subjectivation qui pour être a minima, n’en a pas moins été bénéfique (à tout le moins par rapport à l’angoisse qui la tenaillait). Ainsi, elle n’a pas fait de passage à l’acte agressif, malgré ses menaces. Reste qu’au moment du post-groupe Estelle et moi-même étions conscientes qu’il s’en était fallu de peu. La médiation du support pictural et de l’activité, plus notre accompagnement par le geste et la parole, et la configuration transférentielle du dispositif (incluant les 3 jeunes autistes, nous-mêmes, ainsi que le médium peinture) ont pu apaiser la destructivité de départ.

  55. Merci Catherine pour ce témoignage très riche et très fort, pour votre réflexion respectueuse et de l'intérêt attentif que vous portez à ces jeunes  femmes dont vous avez la charge.

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