Jack Ralite est mort le 12 novembre

Nous venons d’apprendre avec émotion le décès de Jack Ralite. Le collectif des 39 « Quelle hospitalité pour la folie ? »  tient tout particulièrement à lui rendre hommage.

Nous saluons son parcours de militant, et pour ce qui concerne la santé, son travail de ministre initiateur du Rapport Demay – « Une voie française pour une psychiatrie différente » – à la suite de son discours profondément humain et désaliéniste le 12 octobre 1981 à la  préfecture de  Rouen. Ce rapport novateur proposait un dépassement de l’hospitalo-centrisme par des établissements locaux de santé mentale. Il posait clairement le secteur comme un outil de soin géré sur le territoire, là où se déroulent des négociations et des élaborations démocratiques en fonction des besoins des populations et de leurs évolutions. Le soin psychiatrique était placé dans sa dimension désaliéniste et de psychothérapie institutionnelle.

Chacun garde en mémoire ses interventions aux côtés de notre collectif depuis sa fondation en décembre 2008 SAM_1249

Il faut l’avoir entendu dans les meetings des 39 et dans d’autres lieux des pratiques de la folie

Il faut l’avoir entendu parler de son rapport à la culture et du rapport de la culture à l’émancipation.

Il faut se rappeler qu’il disait à propos du ministère de la culture que les affaires de l’esprit avaient laissé la place à l’esprit des affaires.

Assurément une pensée et un soutien qui manqueront.

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Psychiatrie à l’Assemblée Nationale: le député François Ruffin face au Dr Wonner et à Mme Buzyn

REGARDEZ cette vidéo accompagnée d’un commentaire démontrant comment la démarche-qualité est en décalage avec la réalité, ou plutôt comment elle décale la réponse à un problème concret  vers une réponse formelle. La réponse de Mme Buzyn est une démonstration de l’inutilité de la démarche-qualité et donc de l’HAS, d’où la nécessité d’un débat-combat pour sa suppression…     

* La première intervenante, le Dr Martine Wonner, médecin psychiatre (pléonasme) , députée LREM  défend les protocoles…. Elle a fait des études de psychiatrie à l’Université de Strasbourg,  a  travaillé pour le CNAM puis dans le groupe privé Générale de santé. Elle a ensuite dirigé le Samu social de Paris pendant près de trois ans, avant de rejoindre un groupe de cliniques privées…

* Quant à Mme Buzyn, la ministre,  à qui on ne fait pas la leçon, en effet c’est presque trop beau pour être vrai ! Elle ne va pas arriver à cacher longtemps que, fille de psychanalyste ou pas, elle est le perroquet (ciel, mes plumes !) du discours managérial qui est la marque de ce gouvernement.

Vers la destruction du métier de soignant en psychiatrie ?

Serge Klopp,   Intervention à Appel des Appels,      Octobre2017

J’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’ISP (Infirmiers de Secteur Psychiatrique) qui a inventé son métier.

Je suis entré en psychiatrie en 1978. C’était une époque, d’intenses débats et où l’on était persuadé qu’on allait tout changer, y compris en psychiatrie. Ces débats théoriques et politiques, nous les menions en cours avec les moniteurs du Centre de Formation, en stage avec les infirmiers et les psychiatres.

La formation d’ISP avant le diplôme unique de 1992, ne comprenait pas seulement plus de psychopathologie qu’aujourd’hui, mais nous inculquait une culture du sens et de l’engagement dans la clinique du sujet. Si, après l’obtention du diplôme, nous étions dorénavant autorisés à exercer le métier d’infirmier, on nous a expliqué que notre métier nous ne l’apprendrions vraiment que tout au long de notre carrière, à condition que de faire l’effort de continuer à lire, se former, s’interroger.

Tout au long de ma carrière d’infirmier, puis de cadre soignant, j’ai pu explorer et défricher de nouveaux territoires, dont celui de la psychothérapie. Psychothérapie qui même pour les ISP nous semblait interdite, chasse gardée des psychologues et des psychiatres. C’est pourtant sur cette question que le « groupe de Sèvres » s’était disputé à la fin des années 50.  Continuer la lecture de Vers la destruction du métier de soignant en psychiatrie ?

Un site de l’Education Nationale

Le 29 septembre,  le groupe enfance du « Collectif des 39 contre la nuit  sécuritaire » a organisé à Nanterre,  avec  l’Association Pour la Psychanalyse ( où milite Gérard Pommier)  et d’autres associations, une action autour d’un colloque  sur les TDAH ( trouble déficit de l’attention avec hyperactivité). 

Ce colloque, parrainé par la faculté de Nanterre, faisait la promotion d’un trouble, érigé en maladie, et de son traitement essentiellement médicamenteux.  

Dans les suites de cette action, nous sommes tombés par hasard sur un site de l’Education Nationale, qui semble elle aussi privilégier l’abord médical de ce trouble, au détriment de son abord psychothérapeutique, qui permet pourtant  d’écouter l’enfant  dans sa subjectivité. 

 Un site de l’Education Nationale.

 Sur le site internet de l’Académie de Paris (Région Académique  Ile de France) nous avons trouvé une page  destinée  aux  parents et aux élèves.

Sur cette page, plusieurs propositions leurs sont faites :

  • résultats d’affectations au collège, au lycée
  • s’inscrire au collège, au lycée
  • bourses et aides financières
  • élèves à besoins éducatifs particuliers
  • déposer un dossier d’affectation en ligne
  • aménagement des examens pour les candidats en situation de handicap, etc…  

A côté, sous le titre « Parents contactez-nous », on trouve des liens utiles :

  • ma voie scientifique
  • mon orientation en ligne

Continuer la lecture de Un site de l’Education Nationale

Communiqué du 28 septembre 2017.

Vendredi 29 septembre, à l’Université Paris-Ouest Nanterre, se tiendra une conférence intitulée « TDAH et accès aux soins » sous le patronage des plus hautes autorités de l’état. Comment ne pas s’interroger, tout d’abord, sur les raisons du soutien accordé par le Ministère des Solidarités et de la Santé à cette conférence, lorsque celle-ci est largement investie par les laboratoires pharmaceutiques – et ceci au sein même d’une université publique ?

Médecins, universitaires et laboratoires pharmaceutiques ont répondu à l’invitation faite par l’association « HyperSupersTDAH France ». Ils soutiennent une reconnaissance univoque d’une nouvelle maladie : le TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité) considéré comme un handicap qu’il convient de diagnostiquer au plus tôt – notamment dans le cadre scolaire – et de traiter dans la foulée. Face à l’agitation, le traitement préconisé est la prescription d’un dérivé amphétaminique, chez l’enfant le méthylphénidate (Ritaline, Concerta, Quazim…) au mieux accompagné d’une psychothérapie de type cognitivo-comportemental.  Continuer la lecture de Communiqué du 28 septembre 2017.

Suite aux propos du ministre de l’Intérieur sur les terroristes et la psychiatrie.

Le Collectif des 39 tient, à son tour, à s’exprimer aux côtés de nombreuses réactions indignées suite aux propos du ministre de l’Intérieur sur les terroristes et la psychiatrie.

Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique a exprimé une vision insoutenable de la psychiatrie. Le tollé des réactions des professionnels de soin, de leurs représentants et de la société civile ont rapidement déconstruit l’amalgame qui – sans réussir à disqualifier l’adversaire politique – a à la fois stigmatisé les patients psychiatriques, choqué leurs proches et semé le doute sur l’intégrité et le vrai rôle thérapeutique des soignants.

La réaction et la mise au point du ministère de la Santé ont été attendues comme inéluctables. La tentative d’embrigader la psychiatrie dans une bataille qui n’est pas la sienne semble à ce jour neutralisée. Il nous apparaît toutefois que le temps est venu de faire appel au ministre de l’Intérieur pour qu’il dissipe lui-même l’effet collatéral, préjudiciable pour la psychiatrie, de cette malheureuse tentative d’y découvrir une arme pouvant prévenir les actions terrorisantes de l’extrémisme politique. Car de tels discours, dans l’Etat d’urgence et dans le climat de  peur, pourraient aller jusqu’au crime, comme le meurtre récent d’un patient en pleine rue vient de le démontrer.

Nous constatons que suite aux propos du ministre de l’Intérieur des positions concordantes se sont exprimées. Elles résonnent avec les efforts de notre collectif et de nos partenaires à œuvrer pour une convergence des positions quant à l’état actuel de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie en France. Nos inquiétudes sont confirmées par le constat récent, implacable, de la mission de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, qui démontre que – au delà de la diminution de moyens – la psychiatrie traverse une crise éthique, favorisant des concepts qui exacerbent des mesures sécuritaires, des pratiques de contention et un non respect trop fréquent des droits des patients.

C’est cette crise que la psychiatrie doit chercher à surmonter, au lieu d’être victime collatérale des attaques qui ne lui sont pas destinées.

Les journées de l’AMPI 2017

À noter et partager les prochaines journées de l’AMPI
à Marseille le jeudi 12 et vendredi 13 octobre 2017

Psychopathologie des soins quotidiens,

une boussole pour soignant désorienté

cliquez sur l’image pour l’agrandir

Mise en page 1 AMPI 2017

 

PSYCHOPATHOLOGIE DES SOINS QUOTIDIENS

UNE BOUSSOLE POUR SOIGNANT DESORIENTE

Le partage de la vie quotidienne avec les personnes psychotiques est l’occasion de nombreuses interrogations, que ce soit en institutions sanitaires, médico-sociales, en prison, dans la rue …

Le quotidien est fait de situations où la banalité apparente est le support de questions existentielles auxquelles il est bien difficile de répondre dans l’instant, l’octroi d’une cigarette revêtant la même importance qu’une réponse sur le devenir après la mort ou la réalité d’un complot persécuteur.

L’interlocuteur désemparé va alors se réfugier derrière son statut, le règlement intérieur, tout protocole bienvenu, la loi … pour ne pas « répondre », évitant ainsi la difficulté, mais aussi une possibilité de rencontre, se privant d’une occasion de transfert.

Transformer cette vie quotidienne en outil de soin est bien plus constructif et dynamisant.

La vie quotidienne comme source inépuisable de messages adressés, comme possible lieu de rencontre, comme chemin vers l’autre, comme facteur de changement.

Cet engagement dans l’aventure relationnelle s’appuiera sur un collectif à construire, une formation initiale et continue centrée sur la psychopathologie, les sciences humaines, sur une analyse permanente du dispositif institué et des processus instituants  et créatifs … outils travaillés par le mouvement de psychothérapie institutionnelle.

Cette lecture psychopathologique du soin quotidien pourra ainsi constituer une boussole, un repère pour toute personne ayant une fonction soignante.

Venez participer à la construction de cette boussole lors des journées de l’AMPI, mais attention c’est un objet rare : Ne la perdez pas !

Rencontre avec les luttes auto-organisées de Thessalonique

La construction d’’un Réseau Européen de Santé Mentale Démocratique faisait étape à Thessalonique, en lien avec le séminaire du CEDEP sur le thème du Refuge du 24 au 28 mai.

Le jeudi 24 a été le moment de 2 rencontres avec le DSS et l’’entreprise VIO.ME.

Le Dispensaire Social Solidaire

Installé au 4ème étage d’un immeuble qui appartient à l’Union Locale des Syndicats, le Dispensaire Social Solidaire est le lieu où nous sommes accueillis par Anastasia, psychologue, et Byron, psychiatre (à la retraite), qui nous présentent le DSS dans la salle d’’attente des patients.

Le DSS a été créé en 2011 par les médecins, d’autres professionnels de la Santé et des militant-e-s antiracistes qui sont intervenus lors d’’une grève de la faim qui a mobilisé 50 migrants-réfugiés à Thessalonique (250 à Athènes). Cet engagement politique s’’est poursuivi dans la crise d’’une dette grecque illégale, illégitime et odieuse, du système banquier grec et international, transformée par la Troïka européenne en dette publique et en une série de mémorandums d’’austérité qui frappent l’’ensemble du peuple grec et en une crise humanitaire qui va croissante. Ce groupe de médecins fait face à des problèmes sociaux et de rupture des droits communs qui font apparaître : être au chômage, perdre ses droits et au mieux un travail mal payé. La situation s’’aggrave d’’année en année.

Le DSS s’auto-organise pour permettre l’’accès aux soins qui est drastiquement réduit avec les gouvernances d’’austérité des services publics en perdition. Il rassemble aujourd’hui  200 intervenants : médecins généralistes, dentistes, psychiatres, collaborateurs d’’autres spécialités ainsi que des psychologues et des psychothérapeutes. Il dispose d’’un dépôt de médicaments. Un Continuer la lecture de Rencontre avec les luttes auto-organisées de Thessalonique

Communiqué à propos de Fort Boyard. Stigmatisation ?

Vous avez dit stigmatisation ?

Stigmatisation ?

Le jeu télévisé, miroir d’une société de compétition, Fort Boyard nous donne à voir depuis la reprise de l’édition 2017 une nouvelle épreuve appelée « Asile », un candidat camisolé doit tenter de sortir d’une cellule capitonnée. Des voix se sont élevées pour dénoncer une « stigmatisation » de la psychiatrie et reprocher à Fort-Boyard d’inquiéter les jeunes qui auraient besoin de consulter, comme si ce n’était pas la réalité de l’usage de la contention qui est effrayante.

Notre collectif a organisé un colloque au Sénat le 9 septembre 2015 pour demander l’interdiction de la pratique de la contention, alors que la loi dite de Modernisation du système de santé en discussion au même moment, ne prévoyait que d’introduire la traçabilité de ces pratiques. L’appel issu de cette journée « Non à la contention », a recueilli près de 10000 signatures, et peut encore être signé en ligne :

ICI

Nous savons que ces pratiques se sont multipliées en particulier après le discours du président de la République à Antony en décembre 2008, et nous ne cessons depuis de multiplier les réflexions sur ces faits. Plusieurs articles de presse ont abordé la question de la mise en isolement trop systématique et la contention comme moyen banalisé et fréquemment utilisé. Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté a à maintes reprises dénoncé ces faits. Nous savons que ce que nous qualifions de dérives de la psychiatrie n’est pas toujours entendu là où nous posons la question : à savoir que l’accueil de la personne en souffrance psychique demande avant tout une relation de confiance qui ne peut se constituer dans un rapport de force. La contention n’est pas et ne peut pas être un soin, quelle que soit la situation même exceptionnelle, de son utilisation. Toutes les observations cliniques et les expériences des professionnels démontrent que l’isolement répété et la contention sont des violences ajoutées à la violence de la souffrance des personnes. Les récentes recommandations de la HAS encadrent ces pratiques et sans doute limiteront les abus, mais paradoxalement n’interrogent pas leur fondement, donc les autorisent. Or une des questions essentielles de la psychiatrie, du soin, est celle de l’assujettissement du malade au pouvoir du soignant, car la folie pose avant tout la question de la liberté et du vivre ensemble.

On s’offusque de la stigmatisation médiatique mais pas des pratiques inadmissibles. Ce sont ces pratiques qui doivent être interrogées dans les équipes avec le concours des patients et des familles.

Le Collectif des 39

Sur le même sujet, lire le texte de l’association HumaPsy « Réponse aux producteurs de Fort Boyard qui n’ont toujours pas compris où est le problème ».

ICI

Anniversaire des Ceméa

80 ans des Cemea

La rencontre avec la psychiatrie, une aventure qui dure !

Comment un mouvement de recherche pédagogique d’Education Nouvelle né en 1937 et dont la tâche première a été d’inventer la formation des moniteurs de colonies de vacances, s’est retrouvé sollicité par des médecins psychiatres pour réfléchir à la formation des infirmiers d’hôpitaux psychiatriques?

50000 malades mentaux meurent de faim dans les asiles psychiatriques au sortir de la guerre. Sauf à l’hôpital de Saint-Alban en Lozère qui ouvre ses portes sur l’initiative des psychiatres F. Tosquelles et L. Bonnafé. C’est dans ce contexte que dès 1946, à peine près de dix ans après la création des Cemea, une première rencontre entre Germaine Le Guillant membre de la première équipe permanente des Cemea à Paris et Georges Daumezon, psychiatre, médecin-chef à l’hôpital de Fleury les Aubrais près d’Orléans se fait. Quelques temps après Georges Daumezon et Louis Le Guillant, psychiatre à Paris, proposent à Germaine de réfléchir à une action des Cemea pour  former les personnels: « Ce dont nous avons besoin, c’est que vous donniez aux infirmiers les outils qui leur permettront d’établir un dialogue avec le malade ». Continuer la lecture de Anniversaire des Ceméa