« OPERATION DECONNEXION » – HALTE AU CODAGE DU SOIN !

Depuis une vingtaine d’années, les ordinateurs sont entrés dans le quotidien des soignants en psychiatrie et plus largement dans tous les domaines de la santé. Cela dans un contexte de dégradation continue de la qualité de l’accueil des patients et des conditions de travail des soignants. Cet accroissement exponentiel des outils numériques est vanté comme un signe de « progrès, technologique» qui promet une « amélioration de la qualité des soins » (Agnès Buzyn, 2018).

Loin d’être un progrès, l’informatisation est utilisée comme le vecteur d’une gestion comptable de la santé avec la mise en place de la Tarification à l’Acte (T2a) entrainant des dommages que nous constatons pour les hôpitaux généraux. La pandémie du COVID-19 a révélé l’ampleur de la dégradation du système public de santé résultant des politiques d’austérité.Depuis le début des mesures de confinement liées au COVID-19, les directions des établissements de santé, du social et du médico-social invoquent une remise en cause des financements si les services ne saisissaient plus d’actes pendant cette période.

Pour pallier ce risque, certaines directions se sont empressées d’ajouter la case « télétravail » sur le logiciel de Recueil d’Information Médicale en Psychiatrie (Cortexte, Cariatides, etc.)

Le Gouvernement se félicite à longueur de temps de la généralisation du télétravail qui permettrait de sauver l’économie du pays pendant et après la crise du COVID-19. Ce faisant, on banalise le recours aux nouvelles technologies induisant en santé une dématérialisation de la relation soignant-patient et renforçant la surveillance. La généralisation du télétravail, accentue en fait l’isolement des soignants alors que rien ne peut remplacer « une présence en chair et en os » (Pascale Molinier, 2020) dans les métiers du soin comme dans bien d’autres domaines centrés sur l’humain.

L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie, conduite par la Commission contre les Outils Gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie en avril 2020, a montré comment ces données permettent de renforcer et d’accélérer le processus de marchandisation de la santé y compris de la santé mentale, en passant par une multiplication des partenariats public/privés qui œuvrent notamment à la création de nouveaux produits d’e-santé mentale.

En saisissant des informations dans les logiciels tels que Cortexte, Cariatide, Osiris, les soignants contribuent au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) qui fonctionne sur le même mécanisme que la Tarification à l’acte. Dans les faits, ces outils numériques constituent le bras armé des politiques à l’origine des mesures d’austérité, de valorisation marchande et de réduction du sujet à ses neurones ou à sa chimie. Cette déshumanisation progressive du secteur conduit à l’uniformisation et à l’appauvrissement des pratiques avec la remise en cause de la singularité de l’exercice de chaque professionnel. La saisie de ces actes imposés est clairement au service d’une gouvernance par les chiffres préparant la transition vers un système de tarification standardisée en psychiatrie qui devrait être mis en place à partir de janvier 2021.

Cette gouvernance a des effets directs et délétères depuis de nombreuses années dans tous les secteurs. Ainsi, à l’instar des logiciels de recueil de données en Psychiatrie, les logiciels des secteurs du social et du médico-social (Solis, Simez, PEPS+, Seraphin-PH ou encore COSMOS…) balayent tout questionnement éthique et conduisent également à une uniformisation des pratiques individuelles et singulières de chaque professionnel.

Nous appelons toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement toute la société, à soutenir l’appel que nous lançons dès à présent pour combattre les dangers que représente la prolifération des outils informatisés pour les libertés individuelles et la qualité des soins et de l’accompagnement social. Le soutien des organisations syndicales et politiques, des associations professionnelles, des collectifs militants est déterminant pour amplifier notre action et nous permettre de reconstruire ensemble un futur différent dans le champ du soin et de l’accompagnement social, en rupture avec les politiques menées par le désordre néolibéral.

Le collectif du Printemps de la Psychiatrie et les signataires de ce communiqué appellent les secteurs de la santé, du social et du médico-social à :

▶ Cesser dès à présent de coter les actes comme cela est déjà le cas l’hôpital général avec le Collectif inter-hôpitaux (CIH) : la santé n’a pas de prix, le temps accordé aux soins et à l’accompagnement social non plus.

Tout le monde peut comprendre que passer un pourcentage important de temps à rendre des comptes via un logiciel informatique est « une perte de temps » au détriment de l’accès aux soins et à un accompagnement social.

▶ Informer massivement les patients et les familles de leur droit à refuser le Dossier Patient ou social Informatisé.

Tout patient ou toute personne accompagnée a le droit de refuser la création de son Dossier Patient ou Social Informatisé et la saisie de ses données dans le cadre du respect de l’anonymat conformément à la loi.

▶ Redonner de la liberté et de la puissance d’agir aux collectifs de soins et d’accompagnement dans les lieux de prise en charge de la santé, du social et du médico-social (patients, familles, soignants et citoyens).

La logique du soin et de l’accompagnement social doit l’emporter sur les logiques gestionnaires. Le pouvoir administratif et gestionnaire doit être subordonné à cette logique et non l’inverse.

▶ Se mobiliser massivement afin d’empêcher que la crise du COVID-19 serve d’alibi pour le renforcement et l’accélération des réformes gouvernementales.

L’accentuation des pratiques qu’impose la gestion de la crise du COVID-19 ne doit pas déboucher sur le renforcement du contrôle social et des populations et à la dématérialisation du soin et de l’accompagnement social, légitimant les politiques de restrictions budgétaires qui conduisent inévitablement au formatage et à l’appauvrissement des pratiques.

Au lieu d’une célébration hypocrite de l’héroïsme des “premières lignes” et d’un appel à la résilience des français, nous exigeons la “résiliation“ de toutes les politiques publiques à caractère anti social, gestionnaire et financier.

Construisons dès maintenant la « grève » des données informatisées en psychiatrie, en social et médico-social et engageons l’opération « déconnexion » de la mise en œuvre des politiques néolibérales qui dégradent la qualité des soins et des accompagnements.

Premiers signataires de l’appel : 

  • Collectif des 39 
  • Rencontres Nationales du Travail Social en lutte 
  • Collectif de la pédospy du 19ème 
  • Union Syndicale de La Psychiatrie
  • Le Fil Conducteur Psy
  • Collectif des Semaines de La Folie Ordinaire Francilienne
  • Collectif Ecran Total Paris
  • CGT CEPFI
  • Collectif ACTION SOCIALE CGT 91
  • Délégation France insoumise au Parlement européen
  • NPA
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OUI À LA VIE ! NON A LA TECHNOCRATIE !

TRIBUNE du Collectif des 39       1er mai 2020

Jusqu’à quand les graves défaillances subies par les patients et les soignants de la part des Agences régionales de santé (ARS) et de la Haute autorité de santé (HAS) vont-elles continuer ? Elles n’ont cessé de nous alerter et nous font vivre un drame humain aujourd’hui.

Dès le début de la pandémie de COVID, l’inaction de ces agences d’état a dramatiquement privé les soignants de moyens de protection, de matériels adéquats et de tests de dépistage. Sans ces moyens, c’est la perte d’efficacité d’une prévention des risques de contagion pour tous.

Nous avons ici la triste preuve de l’incompétence de ces technostructures, de leur immobilisme et de leur suffisance autocratique. Elles ont bridé voire interdit de nombreuses actions locales. Elles ont empêché l’initiative de médecins, de biologistes, de chercheurs soucieux de déployer un dispositif de crise hors norme. La solidarité et le savoir-faire des soignants et des travailleurs sociaux, avec leurs forces de proposition sur le terrain, ont renversé les logiques de ces agences technocratiques hors-sol.  Continuer la lecture de OUI À LA VIE ! NON A LA TECHNOCRATIE !

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Pédopsychiatrie – Menace sur les CMPP en Nouvelle-Aquitaine

Collectif des 39         28 février 2020

Une vive réaction des professionnels de terrain, de leurs partenaires et des familles d’enfants concernés a été provoquée par le Cahier des charges régional des CMPP en Nouvelle-Aquitaine, transmis en fin d’année dernière.

Les CMPP, où travaillent ensemble, depuis des décennies, des pédopsychiatres, des psychologues, des pédagogues, des orthophonistes, des psychomotriciens … proposent aux enfants de 0 à 20 ans et à leur famille, un accueil et un soin individualisés, qui tendent à prendre en compte leur parcours psychique dans toutes ses dimensions (médicale, développementale, et psycho-sociale…).

Les CMPP (comme les CMP enfants) reçoivent, sans à priori, toutes les familles qui les contactent, le plus tôt possible après qu’elles en aient fait la demande. Ces centres ont malheureusement subi des baisses importantes du nombre de professionnels au cours des dernières années, des structures ont été déplacées, fermées… et les listes d’attente se font alors de plus en plus longues. C’est une nouvelle attaque que subissent les CMPP en Nouvelle-Aquitaine : l’ARS exige (sans concertation) la transformation radicale de ces lieux de consultation généraliste en « centres experts » de diagnostic d’un seul type de pathologie dite « du neuro-développement » (concept dont les bases scientifiques sont controversées et la pertinence clinique non-confirmée, mais qui sert d’alibi pour gommer l’existence des dimensions psychodynamiques et psychosociales des pathologies pédopsychiatriques). L’ARS somme les CMPP de renoncer au soin psychique individualisé au profit d’une « gestion » de cohortes de cas : les enfants devraient se voir attribuer automatiquement un diagnostic et être dispatchés, selon leur « neuro-pathologie », à des rééducateurs et parfois thérapeutes. Ainsi, seules certaines familles auraient droit au remboursement des « soins » (au prix souvent pour leur enfant d’une étiquette d’handicapé). 

Ce document de l’ARS est une nouvelle tentative de la part des tenants d’une vision orientée et excluante du développement des enfants d’imposer une approche réductrice, purement neuro-éducative des « troubles », au détriment de la vision globale de l’enfant. Le ton autoritaire et la démarche brutale qui visent à imposer par le haut des « plateformes » de « neurodéveloppement » à la population, au prix de la déstructuration des CMPP, doit alerter les autorités compétentes. Car ce ton et cette démarche pourraient s’apparenter à un « harcèlement moral institutionnel » que véhiculent certaines démarches managériales, qui se développent également à l’Hôpital, à l’École, à l’Université…

Le Collectif des 39 réuni ce jour se réjouit des réactions rapides, au niveau national, d’un grand nombre de sociétés, fédérations et associations professionnelles de pédopsychiatrie, tant du champ médico-social que sanitaire. Nous apportons un soutien total aux initiatives prévues le vendredi 13 mars 2020 à 12h30 sous les fenêtres de l’ARS à Bordeaux (103 B, rue Belleville), déterminés à contenir cette contagion idéologique et la brutalité gestionnaire.

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RÉPONSE à Madame Wonner QUI persiste et signe, suivie de la lettre de celle-ci

Danielle Lévy, pour le Collectif des 39

Stupéfaits de constater que Mme Martine Wonner, députée LREM  de la 4e circonscription du Bas Rhin, membre de la Commission des affaires sociales, psychiatre de profession, avait  signé une  pétition réclamant « l’exclusion des tribunaux, des hôpitaux et des universités, de la totalité des psychiatres et des psychologues se référant à la psychanalyse », des membres du Collectif des 39, de l’Appel des Appels, de  l’Union Syndicale de la psychiatrie et des universitaires du SIUEERPP (Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse) avaient  écrit à Gilles Le Gendre, président du groupe parlementaire LREM, le 12 décembre 2019,  pour lui  demander de les  rassurer « quant aux options sur cette question du  groupe parlementaire qu’il  préside », et  « pour le prier instamment de veiller à ce que les membres de ce groupe  ne relayent pas les discours de haine et d’exclusion». (Nous vous rappelons que la pétition initiale intitulée  «la psychanalyse, exercice illégal de la médecine »,  qui a recueilli  2400 signatures dont celle de  Madame Wonner, a suscité la réaction, souvent indignée, de 35200  personnes.)

A ce jour, M. Le Gendre n’a pas répondu à cette lettre.                              Madame Wonner l’a fait, à un seul de ses signataires.

La lecture de sa réponse n’est pas de nature à nous rassurer.

Cette députée, qui prétend avoir le plus grand respect pour les professionnels de santé, n’hésite pas à stigmatiser nombre d’entre eux, relayant les accusations mensongères et outrageantes  de  la pétition qu’elle a signée.

A notre demande « de voir garantie la qualité des débats qui présideront à l’amélioration du fonctionnement de nos tribunaux, de nos hôpitaux et de nos universités »,  elle ne sait qu’opposer  des idées reçues, caricaturales  sur la psychanalyse (« chosification »  des patients » «dogmes psycho-sexuels freudo-lacaniens »…) colportées par cette même pétition.

Elle prétend aussi s’inquiéter des délais de prise en charge des patients, alors qu’elle soutient les politiques des Agences Régionales de Santé (ARS)  qui, depuis des années, ferment des consultations, des hôpitaux de jour, des services de soin à domicile, détruisent les équipes de secteur…

Qui  est  responsable de cette « chosification » et entretient  la maltraitance des patients soumis à d’insupportables délais d’attente avant de pouvoir être pris en charge?

Les psychanalystes ou Martine Wonner, députée de la majorité, ayant présidé 2 missions parlementaires sur la psychiatrie ?

Les psychanalystes qui travaillent dans les équipes pluridisciplinaires des CMP et CMPP, où ils accueillent, un par un, quelle que soit leur symptomatologie, et le plus tôt possible après qu’ils en ont fait la demande, des adultes, des enfants et leur famille en détresse, dans ces lieux de consultations proches de leur domicile, réduisant ainsi les inégalités territoriales d’accès au soin?

Les psychanalystes ou bien les nouvelles politiques de santé mentale menées par les ARS et pilotées par la Haute Autorité de Santé ?

Politiques qui imposent la mise en place de « plateformes diagnostic » visant à trier des flux de patients, à les gérer comme des marchandises, à les orienter vers un parcours de soin obligatoire (traitement médicamenteux, rééducations et thérapies comportementalistes) aux dépens de leur liberté de choix  et  dans l’indifférence à leur demande.

Pour justifier ces politiques, menées pour des raisons purement idéologiques et budgétaires, Madame Wonner nous livre une présentation déformée  de la réalité de la psychiatrie et jette le discrédit sur une partie des soignants  qui y travaillent .

Nous constatons que, malgré cela, elle occupe les fonctions de Vice-Présidente des Groupes d’Études de la « Lutte contre les addictions » et de celui sur la « Pauvreté, précarité et sans-abri » – tous deux fléaux relevant d’approches soignantes multiples.

Peut-elle se montrer aujourd’hui publiquement juge et partie ?

Lire  aussi le  Par Paul Machto     https://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/201219/les-aveux-de-martine-wonner

Lettre de Martine Wonner, Députée du Bas-Rhin

 Psychanalyse et santé mentale : pour le respect de la santé publique et l’accès aux soins pour tous !

Bonjour,

J’ai appris ce jour la demande formulée au Président du groupe parlementaire auquel j’appartiens à l’Assemblée nationale, remettant en question les fonctions que j’occupe au sein de groupes d’études parlementaires, au motif que mon opinion exprimée sur la psychanalyse stigmatiserait « des citoyens, professionnels du soin, enseignants, chercheurs, tous acteurs engagés de la vie sociale ».

J’ai toujours, tout au long de ma vie et de surcroît depuis mon élection à l’Assemblée nationale, eu le plus grand respect pour tous les professionnels de santé qui chaque jour, sur tout le territoire, rendent le plus beau des services : celui de soigner.

Psychiatre de profession, je suis fermement engagée pour la déstigmatisation des troubles psychiques, le respect du libre choix des patients et de leurs droits fondamentaux ; les deux missions parlementaires que j’ai menées en 2019 ont plaidé en ce sens.

Comme médecin mais comme Députée avant tout, ma responsabilité est d’assurer que le code de la santé publique et les recommandations de la Haute Autorité de Santé – aussi perfectibles qu’elles soient – s’appliquent de la même manière partout sur le territoire national. J’ai acquis l’intime conviction que les inégalités territoriales de prise en charge en santé mentale représentent, pour nos concitoyennes et concitoyens une véritable perte de chance que sous aucun prétexte je ne pourrais tolérer.

L’école de pensée psychanalytique, comme tous les courants de pensée, ne saurait être exempte de questionnements visant à améliorer la prise en charge des patients. Je reprends à mon compte la phrase tirée de la pétition que j’ai signée à ce sujet : « le refus de nombre de psychanalystes de poser un diagnostic, l’ignorance volontaire des symptômes, la chosification et la maltraitance des patients et leur famille au nom de dogmes psychosexuels freudo-lacaniens obsolètes sont monnaie courante aujourd’hui. Le traitement de ces personnes comme des patients de ‘seconde zone’ n’est plus tolérable en France. »

Ma méthode a toujours été, et sera toujours celle du dialogue. Durant mes deux missions parlementaires, de janvier à septembre 2019, j’ai reçu tous les syndicats, personnels soignants, de toutes les écoles de pensées de la santé mentale. Sous aucun prétexte je ne cèderai aux multiples pressions venues  de toutes parts que je subis depuis la publication de mes rapports, symptômes de la difficulté de ces champs de la médecine à entrer dans le XXIème siècle. Les délais de prise en charge avoisinant plusieurs mois ne sont pas acceptables et l’activité uniquement programmée ne peut garantir une réponse aux besoins des patients. Évaluer les pratiques des spécialistes, quel que soit le champ de la médecine, et donc les psychiatres et autres psychanalystes est une impérieuse nécessité pour une meilleure qualité des soins .

A l’occasion du processus législatif qui s’ouvrira en janvier, ma porte sera toujours ouverte à celles et ceux qui sont prêts au dialogue, loin des dogmatismes et luttes stériles.

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Lettre adressée à Gilles Legendre à propos d’une tribune signée par Martine Wonner ..

Paris , le 12 décembre 2019 

A Monsieur Gilles Le Gendre,

Président du Groupe parlementaire LREM

Monsieur le Président,

Nous portons à votre attention notre étonnement quant à l’engagement d’une députée LREM  en faveur d’un groupe de pression réclamant que soient exclus des tribunaux, des hôpitaux et des universités la totalité des psychiatres et des psychologues se référant à la psychanalyse.

Nous avons en effet été stupéfaits de constater que Mme Martine Wonner , député de la 4e circonscription du Bas Rhin, membre de la Commission des affaires sociales, a apporté son soutien à une tribune stigmatisant des citoyens, professionnels du soin, enseignants, chercheurs, tous acteurs engagés de la vie sociale; une pétition loin de ce que les citoyens doivent pouvoir attendre de leurs représentants chargés de faire évoluer et de moderniser dans la sérénité les lois qui régissent leur pays.(cf :  https://www.justicesanspsychanalyse.com) Continuer la lecture de Lettre adressée à Gilles Legendre à propos d’une tribune signée par Martine Wonner ..

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A.G des collectifs en lutte du printemps de la psychiatrie du 30 novembre 2019. Théâtre de Gennevilliers

Chers amis,

Nous sommes réunis ici pour faire vivre une zone à défendre : le soin humaniste en psychiatrie. Celui qui soutient l’accueil du sujet. Sujet considéré et reconnu dans sa parole, qu’il soit enfant adolescent ou adulte, patient ou soignant. 

Mais « être sujet » ensemble, permet aussi de lutter contre la brutalité ambiante en refusant d’être laminé par des manœuvres politiques outrancières.

Nous, équipes de pédopsychiatrie, dénonçons le délaissement et la pénurie actuelle des lieux de soins pour les enfants et leurs familles sur tout le territoire.

Nous dénonçons une fausse politique de santé activement ignorante d’une causalité évidente entre la souffrance psychique des petits et le dénigrement de notre socle social. 

À savoir une réduction drastique des politiques sociales et solidaires. Celles qui coûtent soit disant « un pognon de dingue ». 

Ce sabotage laisse s’installer chaque jour une misère des familles et du lien social, mais aussi une impossibilité d’exercer nos missions locales de soin, de prévention et de protection. Au final de plus en plus d’enfants n’arrivent pas à se construire et se brisent.

Alors oui il y a de plus en plus d’enfants diagnostiqués autistes ou supposés l’être. 

Mesdames messieurs les politiques, sachez que la mort psychique ça existe en réaction au vide, et avant qu’elle n’arrive il y a urgence à intervenir, sans délais, avec les moyens et le savoir faire qui l’en coûtent. 

A l’opposé, nous subissons une attaque programmée de nos praxies via une politique managériale ultra violente appliquée aux soignants comme aux patients, considérés comme de vulgaires objets d’évaluation et de gestion. Uniformisation, flexibilité, rentabilité, traçabilité sont des mots d’ordre qui tuent. 

Nous dénonçons l’école inclusive, les compensations humaines ou financières allouées par les MDPH, le scandaleux virage ambulatoire ou le fameux panier de soins de la ménagère. Cette fausse démocratie d’aide est loin de faire face à ce qui explose  sur le terrain, pire elle l’entretient. 

Chaque jour, ce qui explose à la figure c’est la rébellion d’enfants petits ou grands, mais aussi c’est l’expansion d’un profond mal-être des équipes au sein des écoles, des PMI, des services sociaux, des services de soin ou de protection des mineurs. Il s’agit là de l’expression subie d’une violence sociale orchestrée par une politique de mépris sous couvert d’austérité.

N’oublions pas que ce qui n’est pas entendu chez un enfant en souffrance, ce qui n’est pas accueilli comme il se doit, file et devient blessure à vif et à vie.

Ni la pilule de l’obéissance, la Ritaline, donnée larga manu dès la maternelle, ni les plates-formes d’expertise coinçant les enfants devenus cerveaux robots dans des filières bétail,  ne pourront faire face à l’attente vitale, chez eux, d’une mise en sens pour aller mieux. C’est-à-dire être soutenu à devenir un sujet pensant, parlant, donc politique.

Ce matin, nous pourrions chacun clamer un « j’accuse » sans précédent mais c’est évidemment collectivement que nous devons défendre une solidarité créatrice luttant contre la fabrique d’enfants malades étiquetés « handicap » pour laquelle seule l’approche neuro-scientiste serait effective, jetant la psychanalyse aux orties. Continuons à défendre comme primauté du « prendre soin » de nous engager pour de vrai auprès d’enfants singuliers. De leur trouver des réponses désaliénantes, chaque fois uniques dans  l’inattendu de la rencontre, dans un accompagnement qui dure, ce temps nécessaire pour changer le factum,  quoiqu’il en coûte en tout cas.

Sandrine Deloche

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APPEL POUR LE MAINTIEN DE LA PLURALITE DES APPROCHES SCIENTIFIQUES

Collectif des 39,   le 15 novembre 2019

Nous, citoyens réunis autour et dans le Collectif des 39 – que l’on soit (ou non) analysants, patients, ex-analysants, familles de malades, psychanalystes, psychiatres, psychologues, infirmiers et soignants d’autres disciplines, enseignants, chercheurs, artistes… – nous défendons avec force, l’enseignement et la place de la psychanalyse et des sciences humaines dans la formation en médecine et en psychiatrie, dans l’enseignement des psychologues, et des autres intervenants dans ces domaines.

Nous nous insurgeons contre l’attaque massive de notre culture, riche des sciences humaines et de la psychanalyse, dont elle s’est toujours nourrie et qu’elle a fortement influencées en retour. Nous soutenons que l’apport psychanalytique a pu contribuer à ce que nous sommes en tant que professionnels et, ou, en tant que sujet.

Nous refusons l’orchestration du rejet, du déni voire de l’éradication de cette approche de l’humain dans notre société, dans ses institutions, y compris dans l’enseignement. La psychanalyse a toujours été mise à l’index à partir du moment où une chape d’idéologies despotiques commençait à se refermer sur les libertés et le pluralisme d’une société, y compris pluralisme scientifique.

Aujourd’hui, nous assistons à la manipulation des pouvoirs publics par certains professionnels et par des lobbys (industrie pharmaceutique, Institut Montaigne, lobby FondaMental, marchands des « applis » rééducatives…) au service d’une hégémonie des sciences neuro-comportementales et de leur conception forcément partielle de l’individu humain. De plus, cette vision « objectivante », qui ne considère les patients, élèves et citoyens qu’à l’aune de leurs circuits neuronaux est détournée par l’exécutif actuel au service des politiques ultralibérales si destructrices des liens humains dans l’éducation, le soin et la culture.

Nous revendiquons notre humanité culturelle et sociale et refusons qu’elle ne soit envisagée que comme un simple fonctionnement du cerveau. Nous sommes affligés de voir les 60 psychiatres et psychologues ayant récemment signé une Tribune dans l’hebdomadaire Nouvel Obs *se référer à « La science », comme si elle était « univoque » pour mieux divulguer des propos triviaux voire des fakes news concernant la psychanalyse et son fondateur Sigmund Freud. Confondre sciemment tout un champ scientifique et ses contributions avec certaines dérives d’applications de ses apports est un procédé simpliste et malveillant, qui en dit plus sur ses auteurs et ses signataires que sur l’objet de leur fixation. Doit-on leur rappeler que tout champ scientifique, y compris le leur, peut produire les dérives d’application, qui n’invalident pas pour autant l’apport épistémologique de celui-ci dans son ensemble ? Les exemples ne manquent pas (lobotomies des malades psychiatriques, ou stérilisations massives de déficients intellectuels – dérives produites par les approches centrées sur la tare du cerveau).

Nous, citoyens appelons les pouvoirs publics à garantir le maintien de la pluralité des référentiels théoriques nécessaires à l’émergence d’une pensée scientifique ouverte à la critique. Nous appelons les responsables universitaires, institutionnels et politiques à soutenir la transmission de la culture et des savoirs dans toute leur diversité épistémologique. Nous appelons les médias à la vigilance, pour ne pas favoriser unilatéralement les idéologies qui appellent à réduire les libertés et le pluralisme de notre société.

Nouvel Obs du 22 octobre 2019. Tribune initiée par la documentariste « choc » Sophie Robert.

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Ayez confiance les enfants

Sandrine DELOCHE, Pédopsychiatre.

Pratiques n° 86 dossier « Vérités et mensonges »    Juillet 2019

« Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu’on le manipule avec légèreté » Bertolt Brecht. 

La déconstruction du service public, s’agissant du soin porté à l’enfance, donc de l’éducation, de la santé et de la justice, ne se fait pas n’importe comment.                                                                                             Un premier cisaillement consiste à couper les vivres drastiquement, selon une politique d’austérité froidement appliquée. Patiemment, le manque de moyens déconstruit les organisations en place. Des institutions, de la territorialité, de la formation des acteurs jusqu’aux acquis sociaux, plus rien ne doit soutenir, à terme, la gratuité, la proximité et la prévention. La valeur locale du terrain, douée de singularités pour répondre au plus près des besoins, et accueillir par quartier, par arrondissement, par commune doit être balayée. Quand on supprime des classes, des postes d’instituteurs, quand on raye des centres de protection maternelle et infantile, quand on fusionne des services sociaux, quand on fait rayonner des psychologues scolaires sur des dizaines d’écoles, quand on fait disparaître des réseaux d’aide scolaire itinérants, quand on ferme des centres médico-psychologiques dans les quartiers ; alors oui on arrive, en bout de course, à un système déliquescent. Il est alors facile de dénoncer un service public obsolète. Poubelle ! Continuer la lecture de Ayez confiance les enfants

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La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

Frank Drogoul

25 propositions 4

De 1 à 6 : Dé-stigmatiser et favoriser le dépistage précoce. 4

De 7 à 14 : Assurer des soins de qualité centrés sur les besoins des patients, 4

15 à 16 : Promouvoir le rétablissement en pensant le parcours de vie 5

17 à 22 : Accompagner les transformations à l’œuvre grâce à la formation 5

23 à 25 : Soutenir les espoirs de la recherche 5

Les équipes mobiles 5

Un nouveau grade, les case managers 6

La recherche 8

L’épilogue de ce livre : « Pas encore guéri, mais rétabli et maître de mon destin » 8

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a était choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois parties.

Cette troisième partie reprend les vingt-cinq propositions de ce livre, en n’insistant que sur celles qui vont changer la pratique de la psychiatrie publique et hospitalière.

Les propositions laissées sans commentaire n’en ont guère besoin car ces auteurs ne demandent pas les formations et des embauches massives indispensables, mais juste de déshabiller Paul pour habiller Jacques, en l’occurrence un Jacques non soignant comme les centres experts de diagnostic, les case manager, etc.. Et lorsqu’il est soignants, c’est pour le former à des thérapies ayant comme point commun d’être les plus courtes possibles.

D’autres propositions comme la dé-stigmatisation, se passent de commentaires tant cette question revient dans tous les rapports sur la psychiatrie depuis trente ans (Rapport Massé, Piel-Rolandt, etc.) afin d’imposer une désinstitutionalisation avec fermeture des lits hospitaliers et leur rapprochement des autres spécialités médicales et destruction du Secteur Psychiatrique, ceci n’ayant eu comme conséquence que d’aggraver la stigmatisation de la folie. 

25 propositions

À la fin de cet ouvrage, nous arrivons ainsi aux 25 propositions ! Elles sont vides de sens et ne concernent pas, hélas, la psychiatrie telle Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

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La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

Frank Drogoul

Bilan et perspective de cet ouvrage 3

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé ! 3

Autre point central, la rapidité du diagnostic et du traitement médicamenteux 5

La psychiatrie et la médecine somatique 6

Quels soins pour la psychiatrie moderne ? 7

Des thérapies protocolées remboursées mais à durée limitée 9

La revanche des CHU, GHU 10

La recherche : Le leurre des méta-analyses 11

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a été choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.

La première partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle cause du désastre actuel selon les auteurs de ce livre.

Cette seconde partie aborde l’analyse que font les auteurs de ce livre de l’état de la psychiatrie actuelle et quelques-unes de leur préconisation.

Bilan et perspective de cet ouvrage

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé !

La position sur les hospitalisations est bien ambiguë. Ce livre note que « la France a désinstitutionnalisé, en diminuant de façon drastique le nombre de lits d’hospitalisation (on est passé de 120.000 à 55.000 lits entre 1990 et 2011), sans toutefois procéder à la fermeture d’établissements. Parallèlement, moins de 13.000 lits ont été proposés dans des structures alternatives à l’hôpital, incluant maisons et foyers spécialisés. Nul besoin d’être statisticien pour constater que le compte n’y est pas. »

Mais plus loin, c’est une nouvelle diminution des capacités d’hospitalisation qui est prônée pour déstigmatiser la psychiatrie. Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

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