Lettre adressée à Gilles Legendre à propos d’une tribune signée par Martine Wonner ..

Paris , le 12 décembre 2019 

A Monsieur Gilles Le Gendre,

Président du Groupe parlementaire LREM

Monsieur le Président,

Nous portons à votre attention notre étonnement quant à l’engagement d’une députée LREM  en faveur d’un groupe de pression réclamant que soient exclus des tribunaux, des hôpitaux et des universités la totalité des psychiatres et des psychologues se référant à la psychanalyse.

Nous avons en effet été stupéfaits de constater que Mme Martine Wonner , député de la 4e circonscription du Bas Rhin, membre de la Commission des affaires sociales, a apporté son soutien à une tribune stigmatisant des citoyens, professionnels du soin, enseignants, chercheurs, tous acteurs engagés de la vie sociale; une pétition loin de ce que les citoyens doivent pouvoir attendre de leurs représentants chargés de faire évoluer et de moderniser dans la sérénité les lois qui régissent leur pays.(cf :  https://www.justicesanspsychanalyse.com)

Soucieux de voir garantie la qualité des débats qui présideront à l’amélioration du fonctionnement de nos tribunaux, de nos hôpitaux et de nos universités, nous nous tournons vers vous pour vous demander de nous rassurer quant aux options que retiendra à l’avenir le groupe parlementaire que vous présidez et vous prier instamment de veiller à en écarter tous les porteurs de discours de haine et  d’exclusion, comme les colporteurs de ragots et de discours archaïques d’un temps qu’on pouvait croire révolu .

Nous souhaitons d’autant plus vous entendre prendre clairement parti pour l’échange intelligent, serein, objectivement et scientifiquement documenté et démocratiquement mené,  que, manquant à ce même devoir, le Ministre de l’éducation nationale a installé un Conseil scientifique de l’ Education nationale duquel les représentants de plusieurs spécialités (dont les sciences humaines non numériques) ont été exclus sans explication ni justification scientifique.

Votre groupe parlementaire ne devrait-il pas s’inscrire dans une démarche plus démocratique que ne le sont ce genre d’initiatives si peu respectueuses des intérêts sanitaires nationaux ? Ne conviendrait-il pas d’en informer nos concitoyens ? Madame Martine Wonner peut-elle légitimement conserver ses fonctions de Vice-Présidente des Groupes d’Études de la « Lutte contre les addictions » et de la « Pauvreté, précarité et sans-abri » – tous deux fléaux relevant d’approches soignantes multiples – alors qu’elle se montre aujourd’hui publiquement juge et partie ?

C’est dans l’attente de vos réponses que nous nous engageons dès à présent à transmettre celles-ci aux membres des associations que nous représentons, comme aux 32 000 citoyens qui ont signé en un mois la pétition s’indignant de celle que Mme Wonner a soutenue et dont voici le lien : http://chng.it/VsrmkfJjjX

Recevez, Monsieur le Président, nos parfaites considérations,

Alain ABELHAUSER, professeur des Universités (psychopathologie clinique),président du Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse (SIUEERPP),  psychanalyste.

Michèle BENHAIM, professeur des Universités, psychanalyste.

Pascal BOISSEL, psychiatre, psychanalyste, président de l’Union syndicale de la psychiatrie.

Hervé BOKOBZA, psychiatre, membre fondateur du Collectif des 39.

Sébastien FRIPI, psychologue clinicien, doctorant en psychanalyse et psychopathologie clinique, formateur en travail social, membre de l’Appel des Appels.

Roland GORI, professeur honoraire de psychopathologie des Universités, psychanalyste, président de l’Appel des appels.

Danielle LÉVY, pédopsychiatre, psychanalyste, membre du Collectif des 39.

Paul  MACHTO, psychiatre honoraire des Hôpitaux, psychanalyste, membre fondateur du Collectif des 39.

Céline MASSON, professeur des Universités, psychanalyste, présidente de l’Association Française de Recherche sur les Processus de Création.

Marie-Jean SAURET, professeur  émérite des Universités, psychanalyste.

Claude SCHAUDER, Anc. professeur assoc. des Universités, psychologue clinicien, psychanalyste, membre de l’Appel des Appels, Président  de l’Association Lire Dolto aujourd’hui.

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A.G des collectifs en lutte du printemps de la psychiatrie du 30 novembre 2019. Théâtre de Gennevilliers

Chers amis,

Nous sommes réunis ici pour faire vivre une zone à défendre : le soin humaniste en psychiatrie. Celui qui soutient l’accueil du sujet. Sujet considéré et reconnu dans sa parole, qu’il soit enfant adolescent ou adulte, patient ou soignant. 

Mais « être sujet » ensemble, permet aussi de lutter contre la brutalité ambiante en refusant d’être laminé par des manœuvres politiques outrancières.

Nous, équipes de pédopsychiatrie, dénonçons le délaissement et la pénurie actuelle des lieux de soins pour les enfants et leurs familles sur tout le territoire.

Nous dénonçons une fausse politique de santé activement ignorante d’une causalité évidente entre la souffrance psychique des petits et le dénigrement de notre socle social. 

À savoir une réduction drastique des politiques sociales et solidaires. Celles qui coûtent soit disant « un pognon de dingue ». 

Ce sabotage laisse s’installer chaque jour une misère des familles et du lien social, mais aussi une impossibilité d’exercer nos missions locales de soin, de prévention et de protection. Au final de plus en plus d’enfants n’arrivent pas à se construire et se brisent.

Alors oui il y a de plus en plus d’enfants diagnostiqués autistes ou supposés l’être. 

Mesdames messieurs les politiques, sachez que la mort psychique ça existe en réaction au vide, et avant qu’elle n’arrive il y a urgence à intervenir, sans délais, avec les moyens et le savoir faire qui l’en coûtent. 

A l’opposé, nous subissons une attaque programmée de nos praxies via une politique managériale ultra violente appliquée aux soignants comme aux patients, considérés comme de vulgaires objets d’évaluation et de gestion. Uniformisation, flexibilité, rentabilité, traçabilité sont des mots d’ordre qui tuent. 

Nous dénonçons l’école inclusive, les compensations humaines ou financières allouées par les MDPH, le scandaleux virage ambulatoire ou le fameux panier de soins de la ménagère. Cette fausse démocratie d’aide est loin de faire face à ce qui explose  sur le terrain, pire elle l’entretient. 

Chaque jour, ce qui explose à la figure c’est la rébellion d’enfants petits ou grands, mais aussi c’est l’expansion d’un profond mal-être des équipes au sein des écoles, des PMI, des services sociaux, des services de soin ou de protection des mineurs. Il s’agit là de l’expression subie d’une violence sociale orchestrée par une politique de mépris sous couvert d’austérité.

N’oublions pas que ce qui n’est pas entendu chez un enfant en souffrance, ce qui n’est pas accueilli comme il se doit, file et devient blessure à vif et à vie.

Ni la pilule de l’obéissance, la Ritaline, donnée larga manu dès la maternelle, ni les plates-formes d’expertise coinçant les enfants devenus cerveaux robots dans des filières bétail,  ne pourront faire face à l’attente vitale, chez eux, d’une mise en sens pour aller mieux. C’est-à-dire être soutenu à devenir un sujet pensant, parlant, donc politique.

Ce matin, nous pourrions chacun clamer un « j’accuse » sans précédent mais c’est évidemment collectivement que nous devons défendre une solidarité créatrice luttant contre la fabrique d’enfants malades étiquetés « handicap » pour laquelle seule l’approche neuro-scientiste serait effective, jetant la psychanalyse aux orties. Continuons à défendre comme primauté du « prendre soin » de nous engager pour de vrai auprès d’enfants singuliers. De leur trouver des réponses désaliénantes, chaque fois uniques dans  l’inattendu de la rencontre, dans un accompagnement qui dure, ce temps nécessaire pour changer le factum,  quoiqu’il en coûte en tout cas.

Sandrine Deloche

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APPEL POUR LE MAINTIEN DE LA PLURALITE DES APPROCHES SCIENTIFIQUES

Collectif des 39,   le 15 novembre 2019

Nous, citoyens réunis autour et dans le Collectif des 39 – que l’on soit (ou non) analysants, patients, ex-analysants, familles de malades, psychanalystes, psychiatres, psychologues, infirmiers et soignants d’autres disciplines, enseignants, chercheurs, artistes… – nous défendons avec force, l’enseignement et la place de la psychanalyse et des sciences humaines dans la formation en médecine et en psychiatrie, dans l’enseignement des psychologues, et des autres intervenants dans ces domaines.

Nous nous insurgeons contre l’attaque massive de notre culture, riche des sciences humaines et de la psychanalyse, dont elle s’est toujours nourrie et qu’elle a fortement influencées en retour. Nous soutenons que l’apport psychanalytique a pu contribuer à ce que nous sommes en tant que professionnels et, ou, en tant que sujet.

Nous refusons l’orchestration du rejet, du déni voire de l’éradication de cette approche de l’humain dans notre société, dans ses institutions, y compris dans l’enseignement. La psychanalyse a toujours été mise à l’index à partir du moment où une chape d’idéologies despotiques commençait à se refermer sur les libertés et le pluralisme d’une société, y compris pluralisme scientifique.

Aujourd’hui, nous assistons à la manipulation des pouvoirs publics par certains professionnels et par des lobbys (industrie pharmaceutique, Institut Montaigne, lobby FondaMental, marchands des « applis » rééducatives…) au service d’une hégémonie des sciences neuro-comportementales et de leur conception forcément partielle de l’individu humain. De plus, cette vision « objectivante », qui ne considère les patients, élèves et citoyens qu’à l’aune de leurs circuits neuronaux est détournée par l’exécutif actuel au service des politiques ultralibérales si destructrices des liens humains dans l’éducation, le soin et la culture.

Nous revendiquons notre humanité culturelle et sociale et refusons qu’elle ne soit envisagée que comme un simple fonctionnement du cerveau. Nous sommes affligés de voir les 60 psychiatres et psychologues ayant récemment signé une Tribune dans l’hebdomadaire Nouvel Obs *se référer à « La science », comme si elle était « univoque » pour mieux divulguer des propos triviaux voire des fakes news concernant la psychanalyse et son fondateur Sigmund Freud. Confondre sciemment tout un champ scientifique et ses contributions avec certaines dérives d’applications de ses apports est un procédé simpliste et malveillant, qui en dit plus sur ses auteurs et ses signataires que sur l’objet de leur fixation. Doit-on leur rappeler que tout champ scientifique, y compris le leur, peut produire les dérives d’application, qui n’invalident pas pour autant l’apport épistémologique de celui-ci dans son ensemble ? Les exemples ne manquent pas (lobotomies des malades psychiatriques, ou stérilisations massives de déficients intellectuels – dérives produites par les approches centrées sur la tare du cerveau).

Nous, citoyens appelons les pouvoirs publics à garantir le maintien de la pluralité des référentiels théoriques nécessaires à l’émergence d’une pensée scientifique ouverte à la critique. Nous appelons les responsables universitaires, institutionnels et politiques à soutenir la transmission de la culture et des savoirs dans toute leur diversité épistémologique. Nous appelons les médias à la vigilance, pour ne pas favoriser unilatéralement les idéologies qui appellent à réduire les libertés et le pluralisme de notre société.

Nouvel Obs du 22 octobre 2019. Tribune initiée par la documentariste « choc » Sophie Robert.

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Ayez confiance les enfants

Sandrine DELOCHE, Pédopsychiatre.

Pratiques n° 86 dossier « Vérités et mensonges »    Juillet 2019

« Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu’on le manipule avec légèreté » Bertolt Brecht. 

La déconstruction du service public, s’agissant du soin porté à l’enfance, donc de l’éducation, de la santé et de la justice, ne se fait pas n’importe comment.                                                                                             Un premier cisaillement consiste à couper les vivres drastiquement, selon une politique d’austérité froidement appliquée. Patiemment, le manque de moyens déconstruit les organisations en place. Des institutions, de la territorialité, de la formation des acteurs jusqu’aux acquis sociaux, plus rien ne doit soutenir, à terme, la gratuité, la proximité et la prévention. La valeur locale du terrain, douée de singularités pour répondre au plus près des besoins, et accueillir par quartier, par arrondissement, par commune doit être balayée. Quand on supprime des classes, des postes d’instituteurs, quand on raye des centres de protection maternelle et infantile, quand on fusionne des services sociaux, quand on fait rayonner des psychologues scolaires sur des dizaines d’écoles, quand on fait disparaître des réseaux d’aide scolaire itinérants, quand on ferme des centres médico-psychologiques dans les quartiers ; alors oui on arrive, en bout de course, à un système déliquescent. Il est alors facile de dénoncer un service public obsolète. Poubelle ! Continuer la lecture de Ayez confiance les enfants

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La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

Frank Drogoul

25 propositions 4

De 1 à 6 : Dé-stigmatiser et favoriser le dépistage précoce. 4

De 7 à 14 : Assurer des soins de qualité centrés sur les besoins des patients, 4

15 à 16 : Promouvoir le rétablissement en pensant le parcours de vie 5

17 à 22 : Accompagner les transformations à l’œuvre grâce à la formation 5

23 à 25 : Soutenir les espoirs de la recherche 5

Les équipes mobiles 5

Un nouveau grade, les case managers 6

La recherche 8

L’épilogue de ce livre : « Pas encore guéri, mais rétabli et maître de mon destin » 8

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a était choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois parties.

Cette troisième partie reprend les vingt-cinq propositions de ce livre, en n’insistant que sur celles qui vont changer la pratique de la psychiatrie publique et hospitalière.

Les propositions laissées sans commentaire n’en ont guère besoin car ces auteurs ne demandent pas les formations et des embauches massives indispensables, mais juste de déshabiller Paul pour habiller Jacques, en l’occurrence un Jacques non soignant comme les centres experts de diagnostic, les case manager, etc.. Et lorsqu’il est soignants, c’est pour le former à des thérapies ayant comme point commun d’être les plus courtes possibles.

D’autres propositions comme la dé-stigmatisation, se passent de commentaires tant cette question revient dans tous les rapports sur la psychiatrie depuis trente ans (Rapport Massé, Piel-Rolandt, etc.) afin d’imposer une désinstitutionalisation avec fermeture des lits hospitaliers et leur rapprochement des autres spécialités médicales et destruction du Secteur Psychiatrique, ceci n’ayant eu comme conséquence que d’aggraver la stigmatisation de la folie. 

25 propositions

À la fin de cet ouvrage, nous arrivons ainsi aux 25 propositions ! Elles sont vides de sens et ne concernent pas, hélas, la psychiatrie telle Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgence PARTIE 3

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La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

Frank Drogoul

Bilan et perspective de cet ouvrage 3

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé ! 3

Autre point central, la rapidité du diagnostic et du traitement médicamenteux 5

La psychiatrie et la médecine somatique 6

Quels soins pour la psychiatrie moderne ? 7

Des thérapies protocolées remboursées mais à durée limitée 9

La revanche des CHU, GHU 10

La recherche : Le leurre des méta-analyses 11

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition aliéniste franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a été choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.

La première partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle cause du désastre actuel selon les auteurs de ce livre.

Cette seconde partie aborde l’analyse que font les auteurs de ce livre de l’état de la psychiatrie actuelle et quelques-unes de leur préconisation.

Bilan et perspective de cet ouvrage

Que faire de l’hôpital ? Les qualités du privé !

La position sur les hospitalisations est bien ambiguë. Ce livre note que « la France a désinstitutionnalisé, en diminuant de façon drastique le nombre de lits d’hospitalisation (on est passé de 120.000 à 55.000 lits entre 1990 et 2011), sans toutefois procéder à la fermeture d’établissements. Parallèlement, moins de 13.000 lits ont été proposés dans des structures alternatives à l’hôpital, incluant maisons et foyers spécialisés. Nul besoin d’être statisticien pour constater que le compte n’y est pas. »

Mais plus loin, c’est une nouvelle diminution des capacités d’hospitalisation qui est prônée pour déstigmatiser la psychiatrie. Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 2

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La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 1

Frank Drogoul

Que sont l’aliénisme et le secteur psychiatrique tant décrié ?  3

L’aliénisme et la loi de 1838 3

La psychiatrie ouverte ( 1926) 4

La psychiatrie de secteur, la matrice saint-albanaise et la spécificité de la psychiatrie 4

Les médicaments en psychiatrie 6

Les années 1970-1990 et le renouveau du secteur 6

Les années 1970, époque de l’antipsychiatrie 7

Constat de l’état désastreux de la psychiatrie depuis 30 ans 9

Un livre rencontre actuellement un grand succès : La psychiatrie état d’urgence de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

Dressant le bilan dramatique de la psychiatrie française contemporaine, les auteurs prétendent soutenir les luttes en cours en avançant leurs arguments pour une psychiatrie du XXIème siècle.

Mais c’est d’une place bien singulière dont il s’agit. On pourrait dire que ce livre se présente comme la revanche des CHU face à la psychiatrie publique issue de l’aliénisme, c’est-à-dire de la constitution du savoir psychiatrique depuis la naissance de notre spécialité autour de la Révolution Française. Depuis la séparation entre la psychiatrie et la neurologie en 1969, un clivage s’est opéré entre les services hospitalo-universitaires de neuropsychiatrie, qui ont choisi d’évoluer vers la psychiatrie et l’immense majorité des lits et structures soignantes, issues de l’ouverture aux soins des asiles psychiatriques régies par la circulaire instituant le secteur Psychiatrique que nous expliquerons plus loin. 

A l’image des autres spécialités de la médecine universitaire, ces services de CHU se sont spécialisés dans la recherche pharmacologique, et ce, dans le cadre de séjours psychiatriques de courte durée, passant la main pour la post-cure aux psychiatres libéraux ou aux équipes de secteur psychiatrique dans les cas où le patient nécessitait une prise en charge plus soutenue et englobante ou lorsque la maladie devenait trop grave dans sa durée ou son intensité.

Au vingtième siècle, ces services de CHU sont restés éclectiques, y compris avec des psychanalystes dans leur équipe et se référaient à un siècle de tradition psychiatrique franco-allemande dans leur recherche diagnostic. Mais depuis le début du XXIème siècle, c’est le positivisme qui inonde les CHU, avec la réduction du diagnostic aux QCM du DSM, avec des thérapies cognitivo-comportementales, une hyper spécialisation des soins excluant la dimension collective dans lequel tout humain est appelé à s’inscrire. 

Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous allons analyser dans ce texte. Par souci d’honnêteté, je n’aborderai pas ici les critiques de la pédopsychiatrie, préférant laisser ce sujet brulant aux professionnels de la petite enfance.

Ce texte critique étant assez long, il a était choisi de le mettre sur le site du collectif des 39 en trois partie.

Cette première partie revient sur la psychiatrie de secteur et la psychothérapie institutionnelle cause du désastre actuel selon les auteurs de ce livre.

Que sont l’aliénisme et le secteur psychiatrique tant décrié ?

Cet ouvrage commence par une histoire rapide de la psychiatrie qui n’aide absolument pas à comprendre ce qu’a été la psychiatrie de secteur, accusée d’être responsable de l’état pitoyable de la psychiatrie française aujourd’hui.  Continuer la lecture de La Psychiatrie, état d’urgences PARTIE 1

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INSOUCIANCES du CERVEAU

Liliane IRZENSKI

Je souhaiterai vous faire partager l’enthousiasme que j’ai eu à lire « INSOUCIANCES  du CERVEAU »précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier –philosophe, médecin, professeur enseignant l’éthique et la physiologie à Sorbonne Université-. C’est un texte à ne pas manquer pour ceux et celles qui réalisent combien est devenue asphyxiante la sécurité des neurocertitudes et la prescription d’obéir à la vision de l’Humain réduite à son cerveau. Ce n’est pas une mince affaire que cet avenir de l’homme neuronal que les politiques sont entrain de nous construire en instrumentalisant les recherches scientifiques de façon mensongère et abusive.

Tout comme François Gonon, neurobiologiste n’a pas manqué de souligner ce retour à une neuromythologie (dixit Griesinger « les maladies mentales sont des maladies du cerveau » 1895  et Kraeplin « leurs causes sont biologiques et héréditaires » 1905) Emmanuel Fournier dénonce  aussi ce grand mythe de la modernité : « le cerveau devenu le prête-nom de dogmes qui ne se disent pas, qui envahit nos discours car nous lui faisons dire bien davantage que ne le voudrait la raison scientifique. La fortune de l’idée de cerveau : toute la panoplie des stratégies de marketing est activée (domination neurocognitiviste s’armant de l’autorité de la science, de fait neuropseudoscience et toute celle de l’évangilisation, comme s’il était de la plus haute importance de répandre et de populariser une conception cérébralisée de l’Humain. Le cerveau devient un instrument de manipulation. » Continuer la lecture de INSOUCIANCES du CERVEAU

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Le délire scientiste : un déni de notre humanité.

Danielle  LÉVY

En 1937, à la fin de sa vie, Freud écrivait : 

« Il semble que la psychanalyse soit le 3ème de ces métiers « impossibles » où l’on peut d’avance être sûr d’un succès insuffisant, les deux autres, depuis bien longtemps connus, étant l’art d’éduquer et l’art de gouverner ». ( Analyse sans fin et analyse avec fin)           

Cette conscience des limites de  l’action  humaine, cette prudence, cette modestie ont  guidé et guident encore, fort heureusement, nombre de médecins, psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes, éducateurs, pédagogues, enseignants (et peut-être même quelques chefs d’état !) ceux qui décident de se lancer, malgré tout, dans ces métiers impossibles.                                                    

Mais les tenants de la nouvelle psychiatrie « basée sur les preuves » (dont  la fondation FondaMental, est un des fleurons), les adeptes d’une pédagogie s’appuyant sur  les  neurosciences  (soutenus par le ministre de l’Education Nationale, J.M. Blanquer) n’ont pas cette sagesse : soigner et  éduquer sont, pour eux, des missions qui  ne relèvent  pas de l’art mais de la Science, et la Science étant forcément infaillible, ils sont sûrs de leur réussite…

Une prétention insupportable à standardiser le vivant. Continuer la lecture de Le délire scientiste : un déni de notre humanité.

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Lettre ouverte à Madame Buzyn et Monsieur Bellivier

 

 
LA CONTENTION N’EST PAS UN SOIN
                                  
Lors d’un colloque organisé au sénat, en septembre 2015, en présence de plusieurs parlementaires des deux assemblées nous avons initié une pétition NON À LA CONTENTION 
 
 Nous affirmions entre autre dans ce texte que la contention n’est pas un soin comme le précisera ensuite l’Article 72 Isolement et Contention de la loi de santé du 26 janvier 2016  
 
 Le psychiatre décide de céder sur sa fonction soignante et de mettre un patient en contention quand l’équipe soignante est débordée par l’agitation de patients en crise, dans un contexte de tensions relationnelles, avec un sentiment d’insécurité face à des manifestations bruyantes et parfois inquiétantes.
 
Mais d’ou vient ce débordement des professionnels par les manifestations paroxysmales de certains patients ? De leur manque d’organisation comme vous le répétez souvent ? De leur manque de formation à des pratiques dites innovantes ? De leur incompétence parce que leurs outils conceptuels ne seraient plus opérants ?
 
Vous ne comprenez-pas bien la situation comme vous l’a si bien dit une infirmière lors du récent débat télévisé sur « le naufrage de la psychiatrie » .
 
Vous n’entendez pas tous ces mouvements de grève dans les hôpitaux psychiatriques. Le cri des infirmières et infirmiers qui vont jusqu’à mettre leur vie en danger ( grève de la faim à Rouen, perchés du Havre) pour réclamer plus de moyens et moins de contraintes bureaucratiques, sécuritaires et normatives.
 
Ils en ont assez, par manque de moyens humains, par manque d’espace d’élaboration des enjeux psychiques, par manque de formation à la relation, d’être amenés à n’avoir d’autre choix que la contention et l’isolement. Ils souffrent de maltraiter les patients et d’être empêchés de faire leur métier. Ils sont transformés en gardiens acculés à des pratiques indignes qui ruinent le lien entre les patients et leurs familles et les soignants.
 
Peut être convient-il de vous rappeler les propos d’Adeline Hazan,(CGLPL)   « Le manque de moyens est évident. Les praticiens nous expliquent souvent que s’ils disposaient d’une heure pour faire baisser la pression lors d’un moment d’agitation d’un patient, cela permettait d’éviter l’isolement ou la contention physique »
 
Comment restaurer une confiance quand les personnes censées soigner vous attachent les 4 membres, voire vous sanglent le torse pendant plusieurs heures, jours, semaines, mois ? Les équipes sont de plus en plus démunies face aux injonctions qui pèsent sur elles et qui leur font violence.
 
La maladie mentale est une maladie du lien à l’autre. La contention et l’isolement, pratiques régressives d’un autre temps, signent l’échec du soin dans un moment crucial où les patients ont besoin d’apaisement et de réassurance. Dans un moment où ils ont besoin d’une parole et de gestes témoignant d’une réelle empathie pour contenir leur souffrance, ils subissent une vraie violence qui se referme tant sur les patients que sur les soignants. 
 
Voilà pourquoi les professionnels doivent être formés à la relation clinique, à la pycho-pathologie, à une réflexion sur le sens des symptômes qui se manifestent, et pas seulement sur les thérapeutiques médicamenteuses, ni sur des protocoles standardisés. 
 
Nous sommes très inquiets sur le devenir de la prise en charge des patients quand le premier délégué ministériel à la psychiatrie que vous venez tout juste de nommer affirme qu’une pratique dégradante, irrespectueuse des droits des patients, est un soin. Cela confirme nos doutes quant à sa conception de l’homme et de la folie et quant aux soins qui seront apportés aux patients.
 
Collectif des 39
 

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