> Communiqué suite aux discours de Ségolène Neuville

COMMUNIQUE DU COLLECTIF DES 39

18 avril 2015

Nous venons de prendre connaissance des deux interventions de Mme Ségolène Neuville, Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, du 8 avril aux 2èmes Rencontres parlementaires sur l’Autisme et du 16 avril au Comité national Autisme.

Après en avoir largement discuté avec des professionnels du terrain, du champ sanitaire, du champ médico-social, de l’Education nationale et des familles et leurs représentants, nous dénonçons dans ces deux discours :

– La transformation des recommandations non opposables de la HAS en injonctions, assorties de mesures de contrôle contraignantes et de menaces de rétorsion financière.

– L’emploi dans ce contexte du terme « vertueux » à propos des établissements qui se soumettraient à ces injonctions n’est pas sans nous renvoyer à un sombre passé.

– L’obstination dans une pensée unique par le recours – que nous jugeons dangereusement réductionniste – à une seule approche du soin des autismes et de la formation des divers professionnels, en ne tenant aucun compte de l’expression du choix des familles.

Par ces choix politiques Mme Neuville masque l’absence décisive de moyens financiers et humains, ce qui aura pour conséquence une redistribution coercitive de cette pénurie.

Alors que nous constatons au quotidien que les compétences des professionnels et leurs pratiques sur le terrain auprès des enfants et des adultes concernés sont tout sauf « obsolètes ».

www.collectifpsychiatrie.fr

 

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> LETTRE OUVERTE D’UNE PSYCHOLOGUE MISE À LA PORTE…

LETTRE OUVERTE D’UNE PSYCHOLOGUE MISE À LA PORTE
AUX DIRECTEURS DE L’HÔPITAL, DE L’AGENCE RÉGIONALE DE SANTÉ  ET À MADAME LA MINISTRE DE LA SANTÉ

Je travaillais comme psychologue dans un service de psychiatrie adultes à Corbeil-Essonnes, secteur des Mozards. Embauchée le 1er septembre 2013 en contrat à durée déterminée, j’ai repris le poste de titulaire d’une psychologue partie à la retraite. Ceci revenait à supprimer un poste de fonctionnaire en le remplaçant par un poste aléatoire en CDD de six mois : sacré tour de passepasse. Quant à la partie administrative de mon recrutement, elle s’est faite par courrier et par téléphone, je n’ai jamais rencontré d’interlocuteur en chair et en os. J’ai eu droit à deux reconductions de six mois et, fin février, je devais signer mon quatrième CDD. A chaque renouvellement de contrat, la chef de service a demandé un contrat à durée indéterminée et à chaque fois, il a été refusé pour des motifs différents. Or, le jeudi 26 février 2015, pendant mes vacances, j’ai reçu une lettre recommandée de l’hôpital me signifiant le non-renouvellement de mon CDD. Selon cette lettre, le samedi 28 février devait être mon dernier jour de travail dans ce service. Un préavis de deux jours ! Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une de ses salariés en deux jours. Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une psychologue-psychanalyste qui travaille avec vingt-cinq patients en thérapie et onze patients en atelier thérapeutique. Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une thérapeute du jour au lendemain alors que celle-ci a rendez-vous avec tous ces patients la semaine suivante sans lui permettre de préparer cette séparation. J’ai été mise à la porte pour des raisons « budgétaires et financières » afin que le « plan de retour à l’équilibre financier » de l’hôpital soit en meilleure voie. Marie-Paule Chardon n’est pas un être humain en relation thérapeutique avec d’autres êtres humains. C’est une variable d’ajustement pour un plan. Comme a pu dire Monsieur Toulouse, le directeur de l’hôpital, « il ne faut quand même pas exagérer les conséquences d’une fin de CDD… » Même leur travail, ces gestionnaires le font mal ! La chef de service avait reçu confirmation du renouvellement de mon contrat le 13 février, suivie le 23 février par l’information contraire. Soit un retournement complet de la situation en dix jours ! Autre indice d’une gestion calamiteuse : dans notre service, une psychologue a été embauchée en CDD, deux mois avant ma mise à la porte. Il serait aussi légitime de poser une question de fond : pourquoi ce trou abyssal dans les finances du centre hospitalier sud-francilien ? A qui incombe la responsabilité de ce dysfonctionnement ? Il faut savoir que l’hôpital a ouvert en 2012, en étant déjà en déficit ! Sur le plan professionnel, je me retrouve du jour au lendemain sans travail. Mais au-delà de ma personne, il y a les patients et le peu de cas qui est fait d’eux. Alors qu’ils ont souffert dans leur vie trop souvent de ruptures traumatiques, l’institution soignante leur inflige à nouveau des discontinuités de soins sans explication et sans paroles. Et comme le dit un collègue du service : « Avertir une psychologue au dernier moment (…) n’est pas seulement indigne sur le plan humain, c’est aussi une faute clinique ». Un souci de rentabilité sert de prétexte à ces gestes irresponsables. Comme si on ne pouvait pas agir autrement ! Stratégies misérables pour que personne ne puisse être désigné comme responsable de l’inhumanité de ces procédés. Ces tours de passe-passe technocratiques rendent illégitime toute discussion sur le fond et pire encore, découragent d’aimer son métier. J’ai écrit cette lettre pour dénoncer ces faits mais aussi pour mettre ces dits serviteurs de l’Etat devant leur responsabilité et leur demander des comptes. Enfin j’ai écrit cette lettre pour que d’autres que moi, en proie à des mésaventures comparables, les dénoncent aussi et que nous puissions unir nos refus dans une action commune contre tant de gâchis. Ne restons pas dans l’impuissance et dans l’isolement !

Marie-Paule Chardon Avril 2015 mpchardon@yahoo.fr

> Isolement: L’article 13 relatif à la psychiatrie

Loi de Santé
L’article 13 relatif à la psychiatrie reçoit un accueil mitigé du secteur

Publié le 17/04/15 – 18h19 – HOSPIMEDIA
Des réactions divergentes venant de la part des représentants de professionnels, de patients et de familles du secteur de la psychiatrie ont suivi le vote de la loi de Santé. L’article 13, entièrement réécrit par amendement du Gouvernement, a permis des évolutions. Mais certains regrettent l’absence de questionnement sur les pratiques.
Après le vote de l’article 13 du projet de loi de modernisation de notre système de santé relatif à la psychiatrie par les députés, les professionnels du secteur restent partagés entre une certaine satisfaction face aux évolutions constatées et le sentiment que le texte reste insuffisant. « Le projet de loi sur la santé réduit la question des soins en psychiatrie à la portion congrue », regrette le Collectif des 39 créé pour lutter contre une réforme sécuritaire de la psychiatrie et qui rassemble à la fois des organisations de professionnels, de patients et de familles. Il estime que « le plus large débat est indispensable pour amener à une loi cadre pour la psychiatrie absolument nécessaire et réclamée par tous les professionnels, les associations de patients et de parents de patients. » Si l’adoption d’un amendement destiné à limiter et surveiller les isolements et les contentions a le mérite de questionner à nouveau ces dispositifs, les membres du collectif craignent qu’il conduise en même temps à les banaliser. En proposant que soit recensée dans un registre la mise en pratique de telles mesures, l’amendement « cautionne » leur utilisation sans s’interroger sur leur bien fondé, observe Dominique Besnard, psychologue et ancien directeur du département des politiques et pratiques sociales des Ceméa. « C’est une réponse administrative qui ne s’intéresse pas à ce qui va se passer concrètement », ajoute le Dr Paul Machto, psychiatre et psychanalyste, association Champ Libre, et membre fondateur du Collectif des 39. Et de prendre l’exemple de la mise en place d’un protocole de mise en chambre d’isolement par la Haute Autorité de santé (HAS) qui a été suivie par l’augmentation du recours à ce dispositif. Pourtant rappelle l’association de patient HumaPsy, « il est possible de se passer de ces dispositifs mais les soignants n’apprennent plus à la faire pendant leur formation. Dans les faits certaines équipes n’utilisent ni contention ni isolement. »
Une évolution positive pour le secteur

De leur côté la Conférence des présidents de CME de CHS, la Fehap, la FHF, la Fnapsy et l’Unafam ont fait part dans un communiqué commun de leur satisfaction quant à l’évolution « très positive » de la rédaction de l’article 13. « Sa formulation comporte à de nombreuses reprises la marque des propositions conjointes émises le 31 octobre 2014″, observe les organisations signataires. Elles se réjouissent que soit affirmée « l’importance des missions et de l’organisation sectorielle de la psychiatrie de service public, tout en en actualisant les termes et modalités » et que le texte présente « une approche décloisonnée de la politique de promotion de la santé mentale, impliquant également les usagers et leurs proches dans sa conception, comme les professionnels du champ social et médico-social dans sa mise en œuvre ». Elles notent aussi que nombreuses autres dispositions « témoignent de l’écoute attentive des pouvoirs publics » : sur l’intégration des conseils locaux de santé et de santé mentale dans la démocratie sanitaire de proximité, articulée avec les conseils territoriaux de santé, ou encore l’adaptation des groupements hospitaliers de territoire pour les établissements publics de santé. Les organisations signataires indiquent qu’elles se tiennent à la disposition des pouvoirs publics pour les travaux relatifs aux décrets d’application, ainsi que pour la co-construction du volet « psychiatrie et santé mentale » de la stratégie nationale de santé.
La mise en place d’une politique globale saluée

Le texte de l’article 13 « est à marquer d’une pierre blanche » salue dans un communiqué par le Collectif pour une psychiatrie de progrès, « d’autant qu’il va permettre des évolutions conséquentes dans notre façon d’envisager l’avenir de l’organisation de notre système de soins psychiatriques ». Le collectif nuance toutefois : « Il reste beaucoup à faire pour qu’il ne finisse pas au cimetière des réformes inachevées de notre psychiatrie française. » Il note en particulier l’évolution du cadre législatif de la psychiatrie qui selon eux, « correspond autant aux évolutions des attentes des usagers » qu’aux conceptions inscrites dans leur livre blanc de 2012. Parmi les évolutions positives, la mise en place d’une politique « globale » associant tous les acteurs et qui repose sur l’élaboration d’un projet territorial de santé mentale. Il est défini sur la base d’un diagnostic auquel participent tous les partenaires. Le collectif déplore néanmoins l’absence de référence « explicite » à l’exercice libérale. Reste à déterminer les conditions de la mise en place d’une « authentique » démocratie sanitaire.
Aude Malaret

> La lettre des 39 du mois de mars 2015

collectif des 39

39
12.000 signataires à l’Appel « Ça suffit ! »

Après le meeting du 01 novembre 2104 à la Maison de l’Arbre à Montreuil qui a réuni près de 700 personnes mobilisées dans une grande qualité d’écoute et de débats, c’est le nombre de signatures recueillies à ce jour. Dans cette période de troubles et d’évènements qui interrogent les rapports à la démocratie, de désinvestissement et d’abandon par les pouvoirs publics et de certains professionnels de ce qui fait l’essentiel dans le soin à savoir la relation, le temps et l’accueil, cette mobilisation est un bon signe, signe d’une vitalité d’oppositions qui se doivent d’être créatrices.

La situation dans les lieux de soins continue cependant de se dégrader, le découragement est toujours manifeste, les attaques au nom de la gestion de plus en plus insupportables.

Ainsi l’A.R.S. du Languedoc –Roussillon a imposé la fermeture du C.A.T.T.P. et de l’Association de suivi en appartements de l’équipe rattaché à la Clinique de Saint Martin de Vignogoul. Une psychologue de l’équipe du secteur de Corbeil, créé par Lucien Bonnafé, a vu son CDD non reconduit du jour au lendemain, sans aucune prise en compte de tous les patients en traitement ; l’équipe déjà réduite, avec des non –remplacements des nombreux départs en retraite, voit même son C.A.A.T.P. –seul lieu d’accueil de jour- menacé. Une éducatrice d’un SAMSAH à Marseille est virée sans préavis ni indemnité pour « faute grave » pour avoir alerter sur les risques pesant sur la qualité du suivi par une décision de déménagement et de cessation de suivi d’un certain nombre de patients.

Il est important, essentiel de signaler au Collectif toutes les attaques, les dérives dans les pratiques, les effets dans la continuité des soins de la stricte gestion comptable, des économies justifiant fermeture de lieux de soins, licenciements, etc.

La délégation a été reçue par Mme Mathilde Marnier (Conseillère pour les droits des usagers, personnes vulnérables, questions de société, santé mentale),- et qui depuis a quitté le Cabinet…, Mme Christine Gardel (Conseillère chargée des ressources humaines du système de santé), et par Mr Laurent Jacquet (Direction Gle de l’Organisation des Soins, chargé de la santé mentale).

L’objet de notre demande de rendez vous était de remettre au ministère, les 12.000 signatures de l’Appel du 1er Novembre 2014 « Ça suffit ! »

A la revendication de l’ouverture d’un grand débat national, pour l’élaboration d’une loi –cadre pour la psychiatrie, fut répondu, que «la psychiatrie était une spécialité comme les autres et qu’une loi spécifique serait une stigmatisation » ! Joli retournement et la « stigmatisation » est devenue la tarte à la crème pour éviter tout débat.

Si les interlocuteurs se défendent de poursuivre la politique de la précédente majorité, aucune prise en compte sérieuse de nos analyses n’est effective. Seule ouverture, la proposition qui nous est faite de rencontrer Mr Michel Laforcade, directeur de l’A.R.S. d’Aquitaine et chargé depuis un an d’une mission sur la santé mentale par Marisol Touraine. Un rendez vous est prévu début avril.

Le Collectif des 39 a été enfin reçu au ministère de la Santé le 3 mars dernier. Comme cela avait été décidé lors du Meeting du 1er novembre, se sont associés à cette démarche, le Fil Conducteur, collectif de parents et de proches, HumaPsy, associations de patients, La CGT santé, le Parti Communiste, le Parti de Gauche et Ensemble.

Dans ce contexte nous avons décidé la tenue le 17 avril à 11 heures d’une conférence de presse du Collectif des 39 afin de signaler les situations difficiles rencontrées par les équipes par leurs témoignages, faire savoir les responsabilités de la casse du secteur en marche et rappeler nos positions éthiques et politiques.

Des nouvelles des groupes :
– Le fil Conducteur s’est réuni le 14 février
ICI

– Le groupe Enfance s’est réuni le 14/03
voir le lien

– Le Collectif Alternatif Formation s’est réuni le 31/01

Dates à retenir :
– 29 ème journée de la FIAC le 11/04 à Blois

Cliquez pour l’info

-Association ISADORA les 22 et 23 mai « Et si nous racontions nos mythes»?
Plus d’infos
Centre Psychothérapique St Martin de Vignogoul – 34570 PIGNAN
Tel : 04 67 07 86 86

– Nîmes les 2 et 3 Avril 2015 – cliquez ci-dessous

LA PRATIQUE DE LA PSYCHOLOGIE EN INSTITUTION ET EN PRIVÉ ET LA QUESTION DU POLITIQUE.

-Tunisie : les huitièmes rencontres de l’ALFAPSY les 1,2 et 3 mai à Tunis ICI

Quelques textes pour alimenter nos réflexions et échanges :
– Intervention de Patrick Chemla aux journées de l’AFREPSHA à Gap

Cliquez sur le lien ci-dessous
« Le collectif à venir »

– Dire l’indicible de P. Sadoun

cliquez ICI

> 14èmes journées de Printemps: « Et si nous racontions nos mythes ? »

« Et si nous racontions nos mythes ? »

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Le mythe est récit, aux confins de nos origines, inscrit dans l’Histoire et la modelant du même trait. Ecrit, chanté, sculpté, joué, mis en musique, toujours interprété, il invente la vérité sans prétendre la dire. La fiction, la croyance, le roman familial ne tiennent-ils pas de la construction voire du malentendu qui fonde le sujet dans son rapport au monde ? Le mythe est-il un opérateur psychique ? Est-il confisqué par la modernité ? Peut-il consister en un outil statistique ? Du « divin marché » au culte de la personnalité, de l’individualisme à l’auto-entreprise de soi-même, n’y a-t-il pas émergence de nouveaux mythes ? Socle, cadre, origine, nos pratiques ne répondent-elles pas à des exigences mythiques ? Savent-elles s’y insérer et faire ce pas de côté qui permette de le réinventer ? Et si nous racontions nos mythes?

Vendredi 22 Mai 14h00 : Accueil-café

14h30 : Lionel RAUFAST et Marie EICHELLBRENNER du Collectif PANDORA, Création de Performance – Poésie sonore « Contre (Winnicott) » Pause

16h00 : Jean-Daniel CAUSSE : Psychanalyste, Professeur des Universités au département de Psychanalyse Montpellier 3 « Quelle est la vérité du mythe ? »

17h00 : Véronique ALBEROLA : Directrice St Martin de Vignogoul « L’impression d’un mythe »

17h45 : Philippe ANDRE : Psychiatre St Martin de Vignogoul « Entre Apollon et Dionysos »

19h00 : Apéritif Dînatoire

Samedi 23 Mai 08h30 : Accueil-café

09h00 : Joseph MORNET : Psychologue, Secrétaire national de la FASM Croix Marine « La Psychothérapie Institutionnelle : un mythe à l’épreuve du temps »

09h30 : Philippe BICHON : Psychiatre Clinique de Laborde « Le mythe labordien » Pause

11h00 : Roger BRUNO : Philosophe, Membre de l’Association Henri Maldiney « Des fondements du mythe »

12h00 : Richard PETIT : Photographe et Enseignant « Les chevaux du vent : l’élaboration d’un projet artistique »

13h00 : Déjeuner pris sur place

15h00 : Mohamed BELHADJ : Psychologue clinicien au CESAM Migration santé Languedoc, CMPP Marcel Foucault « Figures du père maghrébin : de la tradition à la modernité » Pause

16h15 : Table ronde animée par Patrice CHARBIT Psychiatre St Martin de Vignogoul Autour des équipes du Transfo (CATTP Uzès), de la Clinique St Paul (St Rémy de Provence), et du Centre St Martin de Vignogoul s’organise un collectif d’Institutions qui se soucient du soin. « Naissance d’un mythe ? »

ISADORA Association de recherche et de formation sur la psychose

14èmes journées de Printemps Vendredi 22 et Samedi 23 Mai 2015 Au Centre Psychothérapique Saint Martin de Vignogoul

34570 PIGNAN

Pour tous renseignements : S’adresser à Michèle BLANC Secrétaire du Colloque Centre Psychothérapique St Martin de Vignogoul – 34570 PIGNAN Tel : 04 67 07 86 86 / Fax : 04 67 07 86 99 asso.isadora@gmail.com / secretariat.vignogoul@wanadoo.fr

> La grande Braderie du social

A la suite de la journée du 22 novembre à Paris et à la rencontre au ministère du 12 décembre derniers, la mobilisation se poursuit. Notre prochaine étape est un débat de Lille, bientôt suivi par Orléans, Nantes, Toulouse, Marseille, Paris, etc …

La projet de refonte des métiers s’accélère : voilà un extrait de l’article des ASH du 24 mars 2015 : »Etats généraux du travail social » : le détail de la mission confiée à Brigitte Bourguignon »
« Brigitte Bourguignon devra aussi proposer les grandes lignes d’une refonte du travail social, en précisant son rôle dans la société et en identifiant les évolutions souhaitables avec ce qui fait consensus et ce qui fait débat. La lettre de mission précise par ailleurs que « les éventuelles perspectives d’évolution des conditions d’emploi [doivent] être renvoyés aux discussions avec la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique ». Les conclusions de la députée sont attendues pour juin 2015. »Debout pour nos métiers mail A42Debout pour nos métiers mail A4

> Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

A lire sur le site de Médiapart:

CONFLITS D’INTÉRÊTS ENQUÊTE
Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos
24 MARS 2015 | PAR MICHAËL HAJDENBERG ET PASCALE PASCARIELLO

La mise sur le marché de médicaments et leur remboursement sont soumis à des commissions supposées indépendantes. Or, plusieurs mois d’enquête ont permis à Mediapart de découvrir que, pendant des années, des membres éminents de ces commissions (dont un président) ont conseillé secrètement les laboratoires pharmaceutiques. L’affaire, au-delà des questions déontologiques et de conflits d’intérêts, interroge la probité du système sanitaire français.

Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

via @Mediapart

Le fil conducteur a rencontré le ministère

Dans la perspective de la loi de Santé publique, le Fil conducteur souhaite contribuer à une réflexion pour une refondation de la psychiatrie et de l’accueil de la folie dans notre société. Pour une psychiatrie humaine.

Le « Fil conducteur » est un espace de parole et de réflexion émanant de l’atelier Familles des Assises citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social, organisé par le Collectif des 39, qui ont eu lieu les 31 mai et 1er juin 2013, réunissant des patients, des familles et des soignants. Ce groupe  réunissant des patients, des familles et des soignants a pour objectif d’élaborer des propositions à faire valoir auprès des responsables de la Santé. Patients, familles, soignants, nous faisons œuvre commune pour formuler ce que nous entendons par « soins en psychiatrie », pour inventer ensemble autour des questions de l’accueil, du soin, du suivi et de l’accompagnement.

Actuellement, selon nous et à l’aune de nos expériences partagées, les parcours de soins se révèlent inorganisés la plupart du temps, voire anarchiques, et représentent un véritable parcours du combattant pour les familles comme pour les personnes souffrant d’une maladie psychique.

Voici les points qui nous semblent essentiels, selon les trois pôles qui nous rassemblent, patients, familles, soignants. Nous vous remercions vivement de l’attention que vous prêterez à notre démarche.
Nous demandons une psychiatrie humaine, qui s’adresse à des êtres humains.  

Une personne souffrant d’une maladie psychique est un être humain, et pas seulement « cas » ou une pathologie. Le diagnostic ne gouverne pas seul le soin : le respect, l’attention, l’écoute et la parole sont nécessaires.
Nous demandons un parcours de soins cohérent.    

Trop souvent, les personnes souffrant de troubles psychiques ont un parcours de soins cahotique, passant d’une structure hospitalière à une structure d’accueil (hôpital de jour, foyer de nuit…), ou une structure de soins (CMP), parfois même plusieurs psychiatres dans chacune des structures en même temps, sans communication entre les différents services. Un médecin référent est nécessaire, qui serait le lien nécessaire tout au long de la maladie.  Des hospitalisations successives, alternant avec des sorties sans accompagnement, entraînent des rechutes qui ne peuvent que chroniciser la maladie. 
Nous demandons une permanence téléphonique 24 heures sur 24 pour les CMP    

Les CMP sont essentiels dans l’accompagnement des malades dans la cité. Non seulement ils sont insuffisants en nombre, parfois il faut six mois pour obtenir un premier rendez-vous, mais leurs horaires ne sont pas adaptés pour des personnes fragilisées par leur pathologie, qui ont besoin de soutien et de présence n’importe quand, même aux heures de fermeture. Pour cela, nous demandons une permanence téléphonique 24 heures sur 24, qui puisse répondre présente à tout moment.    
Nous demandons aussi qu’un lien soit établi entre le CMP et les familles, afin que, par exemple, si un patient ne vient pas à un rendez-vous, la famille soit alertée. Ou que du personnel soit envoyé au domicile du patient.
Nous demandons un accompagnement dans la cité, après les sorties d’hôpital      

Lorsqu’une personne sort d’hôpital et retourne chez elle, elle se retrouve livrée à elle-même alors qu’il lui est très difficile de faire face et d’assumer le quotidien. Ce qui entraîne le plus souvent de nouvelles hospitalisations. Et des hospitalisations qui se succèdent ne peuvent que chroniciser un malade dans sa maladie. Alors qu’un accompagnement, un soutien au domicile peuvent éviter ces retours à l’hospitalisation. Une maladie psychique qui se chronicise coûte beaucoup plus cher à la société qu’un accompagnement régulier. A moins que le patient ne se retrouve à la rue, augmentant le nombre de SDF comme c’est souvent le cas si les familles ne sont pas là.
Nous demandons plus de logements thérapeutiques

Les personnes fragilisées par la maladie mentale ne peuvent pas, le plus souvent, assumer seuls la vie matérielle au quotidien, et ont besoin d’accompagnement ; la solitude peut être un facteur d’angoisse entraînant une rechute. Les logements thérapeutiques sont une réponse à ces difficultés.
Nous demandons des lieux d’accueil et de soins au long cours

Lorsque après des années de soins, d’hospitalisations successives, il s’avère que le patient est chronicisé dans la maladie, il faut envisager un lieu où il peut trouver le soin et l’attention dont il a besoin, et ainsi créer le lien nécessaire à son amélioration.
Nous demandons que les familles des personnes malades soient prises en compte  

Lors de l’irruption d’une maladie psychique chez une personne, la famille est entraînée avec elle dans le maelstrom du trouble mental, en première ligne, et désarmée face à l’étrangeté des symptômes qu’elles côtoient depuis parfois longtemps. La réponse des soignants est alors le plus souvent absente ou insuffisante, et les familles ne sont pas reçues, voire ignorées, au prétexte de l’autonomie du patient et de la nécessité thérapeutique.  La souffrance des familles doit être prise en compte, d’autant que, dans la majorité des cas, c’est elle qui assure ou va assurer une prise en charge lourde et au long court tant au point de vue de l’hébergement, que du soutien affectif et économique. Cette  prise en charge peut avoir des répercussions sur leur santé psychique et physique (dépression, désespoir…), comme sur leur vie familiale et professionnelle, et même entraîner de lourds problèmes financiers. Il faut porter de l’attention et un soutien aux gens vivant avec une personne malade psychiquement, notamment l’entourage jeune. N’oublions pas que les familles sont aidantes, aimantes, mais pas soignantes.
Nous demandons une formation d’infirmiers en psychiatrie

Depuis 1992, il n’y a plus de formation spécifique en psychiatrie pour les infirmiers. Pourtant, les infirmiers sont un poste pivot dans le soin : la maladie psychique n’est pas une maladie comme les autres et nécessite une connaissance spécifique. Les jeunes infirmiers ont de plus en plus recours à la contention et aux chambres d’isolement, car ils ont peur des malades. Les infirmiers formés, eux, qui peuvent guider les jeunes dans le soin, partent à la retraite petit à petit, et cette connaissance va disparaître des murs de l’hôpital. Il y a un besoin criant de rétablir cette formation, aussi bien pour améliorer le soin des personnes malades, que pour le confort des infirmiers eux-mêmes dans leur milieu professionnel et leur relation aux malades. 
Nous demandons que l’on arrête les contentions et les isolements

De plus en plus, la contention et l’isolement sont le recours rapide de soignants débordés et non formés devant une situation de crise. Dans une maladie du lien qu’est la maladie psychique, comment peut-on penser que c’est avec de la contention et de l’enfermement que l’on peut établir un contact avec un malade ? C’est avec du temps accordé, de l’attention que l’on peut instaurer un lien de confiance. Cela prend certes du temps, mais la contention et l’enfermement sont des réponses contraires à l’établissement de la confiance nécessaire au mieux-être d’un malade.
Nous demandons que les maladies psychiatriques ne soient pas considérées comme les autres.

La maladie mentale n’est pas une maladie seulement organique. Et ne peut donc être traitée comme telle. Les traitements seuls ne sont pas une réponse à la souffrance mentale, le temps, l’écoute et la parole sont aussi nécessaires pour établir un échange soignant. La thérapie, c’est aussi la relation avec le patient.
Nous demandons que les familles ne deviennent pas « aidants familiaux »

Une famille est naturellement présente, aimante et aidante. Mais elle reste une famille, et ne saurait devenir « soignante » ou se substituer ou pallier la manque de personnel soignant.
Nous demandons, pour les malades pris en charge à 100%, la gratuité du forfait hospitalier ou la CMU.

Des malades au long cours, pris en charge à 100%, perdent la CMU lorsqu’ils touchent une AAH. Ce qui entraîne, lors d’hospitalisations, le paiement du forfait hospitalier de 18 euros par jour. Pour faire face à cette dette, ils doivent souscrire à une mutuelle, que la plupart du temps ils ne peuvent pas payer. Soit cela les enfonce dans des problèmes financiers insolubles, soit ils renoncent aux soins. Et tombent dans une maladie sans issue, par manque de moyens.  Nous demandons que les forfaits hospitaliers ne leur soient pas imputés, ou qu’ils bénéficient de la CMU.
Nous demandons le retrait du dossier médical partagé en psychiatrie.  

Le dossier médical n’assure pas le suivi actuellement, au long des hospitalisations et des structures de soin. Mais le partage du dossier médical peut avoir des effets catastrophiques sur les patients en psychiatrie, qui voient leur vie de patient accessible de manière incontrôlée par le milieu médical.

La continuité des soins ne peut être que humaine, la relation avec le patient est avant tout thérapeutique, ce n’est pas qu’une affaire de dossier.
Nous demandons le soutien et le développement des clubs thérapeutiques dans les structures de soins en psychiatrie.

Le club thérapeutique est un élément très important pour les personnes souffrant d’une maladie psychiatrique. En effet, une telle structure offre aux patients la possibilité d’avoir une responsabilité dans une structure, d’avoir un pouvoir décisionnel dans la gestion de cette structure, et de se réaliser dans des activités qu’ils choisissent. Les malades peuvent ainsi avoir un sentiment d’utilité sociale, qui se construit à partir où le malade a une responsabilité.

> Le collectif à venir

Intervention de Patrick Chemla au congrès de l’AFREPSHA, l’Association de Formation et de Recherche des Personnels de Santé des Hautes-Alpes.
Cette année, ces journées de la psychiatrie ont pour thème « la clinique ». Un congrès où les professionnels peuvent se rencontrer, mais aussi les familles qui ont affaire à la maladie mentale.
« Des professionnels vont intervenir, il y a des psychiatres, mais il y a aussi des équipes. Ce congrès a cette particularité d’alterner à la fois les professionnels reconnus et puis les équipes qui viennent parler de leur travail. L’idée, c’est d’avoir un échange avec la salle sur nos pratiques », indique Aneila Lefort, psychiatre et membre de l’AFREPSHA.
Le Collectif à venir

Merci pour cette invitation à la rencontre et aux échanges entre nos expériences de terrain. Bien sur, l’argument de vos journées rencontre nos préoccupations les plus quotidiennes à Reims pour tenir le coup, garder un cap dans la durée depuis 1980. Malgré l’ancienneté de notre travail, son efficace reconnu par les patients et les familles, nous nous trouvons comme tout le monde actuellement en grande précarité, à contre-courant des procédures de certification et de traçabilité, mais aussi et surtout dans le grand risque d’une homogénéisation des pratiques. En effet tout pousse à la mise en place d’une « entité rémoise » sous l’égide de l’ARS dans des conditions qui restent pour le moment opaques. Et cela avant même le vote de la loi de Marisol Touraine qui va consacrer la mort du secteur, tout en se revendiquant par un tour de passe-passe du mot de « secteur » vidé de son sens. Je m’explique : le secteur deviendrait en fait un regroupement territorial de plusieurs entités obéissant aux bonnes pratiques de la HAS, répondant à des missions de service public de façon concurrentielle à des cliniques privées qui sont déjà en train de se mettre en place à l’initiative de Cléry Melun et d’autres. Il me parait assez évident que dans une telle mise en concurrence néolibérale de tous avec tous, ce sont les patients les plus atteints, les plus fragiles qui risquent « de passer à la trappe ». Nous savons par expérience que la psychose ne se guérit pas en quelques jours, mais demande des mois et des années d’attention d’équipes motivées, s’engageant auprès des patients sur la longue durée et dans une continuité psychique des soins.
Dans cette mise en place d’une « logique de boite », et d’une hyperspécialisation par pathologies ou par durée des prises en charges, toujours plus courtes bien sûr, c’est cette continuité et cette cohérence sur la durée qui se trouvent en très grand danger. Ce qui était le sens profond de la politique de secteur imaginée et construite tant bien que mal depuis la Libération, alors qu’elle se trouve aujourd’hui caricaturée comme un simple découpage cadastral et une mosaïque de baronnies. Caricaturée par les administrations pour les besoins de leur cause, mais aussi hélas par la plupart des psychiatres qui cessent le suivi dès que le patient déménage dans la même ville, opèrent des ruptures de prise en charge par l’acceptation de la réduction de la DMS, et l’abandon de nombre de malades. Il fut une époque où de telles pratiques aujourd’hui rentrées dans les mœurs étaient qualifiées « d’externement d’office ».
Autre danger corollaire déjà présent : celui d’une partition entre une psychiatrie d’urgence et de court séjour, axée sur la réduction des symptômes à coup de psychotropes et de TCC, et de l’autre un relais par un dispositif de « traitement social de la folie ». Cette formulation a pu être la nôtre il y a quelques décennies lorsqu’avec Gentis nous espérions que la psychiatrie puisse « être faite et défaite par tous ». Nous n’avions vraiment pas à l’époque mesuré le changement de paradigme que le livre de Mathieu Bellahsen : « la santé mentale un bonheur sous contrôle » développe avec précision.
Il s’est produit un retournement, une sorte de reprise perverse de tous les mots et les principes de notre courant désaliéniste : « santé mentale », « déstigmatisation », « prise en charge par la communauté » etc… sont devenus les maitres mots de la langue de l’Etat. Il ne s’agit pas d’une réussite de notre projet, mais d’une volonté de lâcher la psychiatrie « pour aller vers la santé mentale ». Et comme l’a bien montré aussi Patrick Coupechoux, d’escamoter le travail thérapeutique nécessaire et subtil qu’il s’agit de construire sans cesse auprès des plus souffrants. Récemment dans un colloque de sociologues à Lille, j’ai pu entendre l’un d’entre eux exposer sa lecture de la situation américaine : la dépsychiatrisation effectuée par Reagan y a provoqué l’abandon des plus souffrants ainsi qu’un très grand nombre de suicides. Ce qui depuis quelque temps, suscite comme en contrecoup une mobilisation des familles de psychotiques pour reconstruire des lieux de soins pour leurs enfants.
Il peut paraitre paradoxal pour introduire un propos sur « le Collectif à venir » d’évoquer une telle destruction en marche. Mais ce serait une faute politique et éthique d’évoquer des notions abstraites et idéalisées, développées et mises en acte à une autre époque, sans tenir compte du moment que nous traversons marqué par la destruction de tous les collectifs bien au-delà de la psychiatrie d’ailleurs !
En même temps, pour garder le moral, je ne cesse de me redire que tout ce mouvement désaliéniste, cette invention de la PI, se sont opérés dans un contexte encore plus dramatique au départ. Après tout quand nos ainés ont résisté au nazisme et lutté contre l’abandon des malades mentaux qui a tout de même provoqué 40000 morts, ils ne pouvaient vraiment pas savoir si le nazisme n’allait pas triompher dans le monde comme le franquisme en Espagne. Cette création d’une nouvelle psychiatrie au cœur de la catastrophe est aussi une leçon de l’histoire. Rien d’inéluctable dans cette réussite, mais le courage et la ténacité de quelques-uns marchant résolument à contrecourant.
On oublie trop souvent que même après la Libération le mouvement désaléniste fut toujours extrêmement minoritaire chez les psychiatres, ne réussissant politiquement à marquer des points que par le biais d’alliances avec des hauts fonctionnaires éclairés, et des politiques gaullistes. Il est vrai que c’était une autre époque marquée par les espoirs de la Libération, alors que la nôtre se signale par un rejet de toutes les utopies, de toutes les illusions qui ont aussi pu porter un désir de changement. C’est l’économie qui est venue infiltrer la langue, et au-delà, le roc du biologique censé rendre compte de façon mécaniste du fonctionnement psychique. Nous sommes ainsi confrontés à une sorte de psychiatrie animalière qui considère le sujet humain comme un rat de laboratoire et veut croire qu’avec l’imagerie cérébrale, on pourra enfin trouver les signes, les marqueurs, voire même un traitement des maladies psychiatriques, ce qui reste à ce jour une promesse fallacieuse.
Or malgré le mensonge de cette promesse reprise par l’Etat jusque dans le préambule de la loi du 5 juillet 2011 s’autorisant des « nouvelles découvertes de la science », malgré son échec démontré par de vrais scientifiques comme Gonon et d’autres, c’est ce réductionnisme simpliste qui s’impose. Dans les textes de lois, y compris dans le nouvel avant-projet de Marisol Touraine contre lequel nous nous insurgeons, et je vous invite d’ailleurs à signer l’appel des 39 sur notre site, pour montrer au ministère que nous rencontrons le 10 avril, l’existence d’une opposition bien vivante sur le terrain. Mais aussi dans les pratiques spontanées de beaucoup de services et d’établissements psychiatriques et médicosociaux. Je suis très surpris et désolé quand des collègues me contactent, voire des équipes entières, pour me demander une aide à la réflexion après qu’une génération de psychiatres ait désectorisé des établissements entiers, alors que rien ni personne ne les y obligeait à l’époque. Preuve que l’idéologie nous infiltre et devance les textes de lois qui jouent le rôle d’un renforcement des procédures et d’une imposition nationales venant légitimer et homogénéiser les pratiques. Or nous ne pouvons que nous soutenir de l’hétérogène qui, au-delà de tout slogan, est un principe organisateur.
Ce principe, ce discours de la méthode, je l’ai appris à l’enseignement de Jean Oury, du compagnonnage à distance avec lui, des rencontres régulières dans les colloques de Pi. Je partageais avec lui une certaine horreur des fétiches, des icônes et des lieux saints, et je garde la présence de Jean Oury en moi bien vivante.
Il nous faut à ce point distinguer soigneusement dans la suite de Torok et Abraham l’introjection qui est un processus lent et symboligène, de l’incorporation, processus rapide et magique en rapport avec une oralité archaïque. Imiter le maitre aimé  et disparu, dans ses tics, ses tournures de langage ou son style inimitable, ne peut être qu’une ressource pathétique pour passer une première étape du deuil. S’introjecter son savoir et sa démarche suppose une réappropriation qui en passe par les signifiants et l’histoire de chacun. Mais aussi par la situation locale et les possibilités concrètes qu’elle permet ou empêche. Construire du Collectif aujourd’hui signifie sans doute se réapproprier le discours de la méthode mais aussi l’actualiser en fonction des entraves que j’ai évoquées mais aussi des ressources nouvelles.
J’en évoquerai une qui est apparue de façon insistante depuis la lutte contre le discours de Sarkozy à Antony en 2008, lorsque les patients du Centre Artaud sont venus nous interpeller en AG sur notre positionnement à l’égard de cette menace qui les terrorisait. Il fallait pour cela sans doute qu’il y ait préalablement une AG mensuelle transversale à tous les espaces du collectif, et des clubs thérapeutiques développés depuis 1980. C’est en premier lieu par le biais de la découverte du transfert psychotique, puis par la création du club avec les patients que j’ai découvert leurs potentialités instituantes et soignantes ; que je me suis découvert aussi déjà pris dans une passion pour la thérapie des psychotiques. La « fonction club » aura ainsi joué une place prédominante dans la formation du Collectif nous faisant quitter l’idéologisation des années antipsychiatriques pour expérimenter une « utopie concrète » sur le terrain local. Si j’ai quitté au bout de 10 ans la tâche d’animation du club pour la transmettre à d’autres, ce fut dans le souci d’ouvrir d’autres espaces qu’il fallait aussi délimiter soigneusement de façon diacritique. Mais le centre d’accueil, les appartements thérapeutiques, les appartements protégés, le travail en direction de la précarité, puis le GEM articulé soigneusement au club ont tous été ouverts dans une même perspective : construire un dispositif souple et articulé permettant l’accueil en ambulatoire, sans négliger pour autant l’hôpital, où là aussi un club met au travail la vie quotidienne avec les patients. Des fêtes de plus en plus fréquentes permettent les rencontres et favorisent la circulation et les échanges, au prix il est vrai d’un effort incessant contre le clivage et les isolats. C’est cet espace travaillé sur la longue durée qui aura permis je crois le renforcement des liens de confiance entre patients et soignants, et la création du « Collectif Artaud » réunissant potentiellement tous les clubs et organisant pour la 5° année consécutive la semaine de la folie ordinaire. Je vous en ai apporté l’affiche annonçant l’exposition qui va se tenir cette année pendant cinq semaines à la Maison de la Vie Associative. Trois temps forts sont prévus : le vernissage qui aura eu lieu hier soir en mon absence, et la semaine prochaine une soirée « Phénoménal » et un forum le lendemain entre les clubs thérapeutiques de France et de Belgique. La soirée se tient chaque année faisant venir un public toujours plus nombreux d’amis, d’anciens stagiaires, de familles (300 personnes l’année dernière), et met en scène des productions créatrices des clubs et autres espaces du service. Le forum interclubs thérapeutiques se tient cette année pour la première fois et nous avons déjà une vingtaine de clubs et de collectifs qui nous ont assuré de leur participation active. Il me parait important de souligner que nous avons été mis en contact avec certains collectifs comme « Encore heureux », par le biais de l’association de patients Humapsy constituée depuis 3 ans et multipliant les rencontres et les initiatives. Vous pouvez voir leur site sur internet mais aussi maintenant regarder le film qui leur a été consacré (sur vimeo)(sur le blog d’Humpasy mais aussi sur le blog de la Criée) . Vous constaterez qu’ils sont les meilleurs défenseurs auprès des patients, mais aussi des soignants de toutes disciplines des soins qu’ils ont reçus et de la PI. Surtout depuis qu’ils ont constaté en circulant, les mauvais traitements subis par nombre de patients, le retour des contentions et surtout l’abandon massif après l’hospitalisation. Militants à part entière du collectif des 39, ils interviennent de leur place dans les meetings et dans les délégations reçues au ministère, et tiennent une parole insoumise et décapante. Ils ont participé de la première Madpride l’année dernière et préparent la prochaine le samedi 13 juin. Très minoritaires leurs slogans percutants et créatifs tels que « le délire parle à celui qui l’écoute » ont fait le buzz dans les médias et pratiquent avec talent un art du détournement assez jubilatoire. Je crois que nous pourrons compter maintenant sur cette force mobilisatrice qui tient un discours à mille lieux des revendications trop souvent corporatistes des soignants. Et qui témoigne des potentialités soignantes et instituantes de ceux trop souvent considérés comme des « handicapés du signifiant ».
Je vais maintenant reprendre un court texte que j’ai consacré à Jean Oury dans Chimères (un numéro absolument remarquable dédié à Jean Oury) suivi d’un commentaire sur les enjeux actuels du Collectif. Puisque les deux années de travail à Reims se font sous l’intitulé que j’ai repris aujourd’hui « le Collectif à venir» et se concluront les 10 et 11 Juin 2016 par les 15° Rencontres de la Criée auxquelles je vous invite.
J’ai appris la mort de Jean Oury à la veille des rencontres de la Criée sur « Transmettre », par un coup de fil de Philippe Bichon qui quittait Reims pour repartir à La Borde. La semaine précédente Oury m’avait téléphoné à plusieurs reprises, très affaibli mais voulant à toutes forces venir à Reims comme il l’avait fait depuis un quart de siècle à chacun de nos colloques. Mais trois jours avant, il savait qu’il ne pourrait pas assurer son engagement, ce qui lui était insupportable, réclamant une fois de plus une de ces transfusions miraculeuses qui le relevaient depuis plusieurs années. Les rencontres rémoises se sont tenues dans cette sidération traumatique marquée par l’annonce de sa mort et malgré tout sa présence fantomatique.
Jusqu’au bout il aura réussi à me convaincre de sa quasi-immortalité. Une part en moi, persistant sans doute dans la pensée magique, pouvait croire qu’il tombait mais se relèverait sans cesse, et que ce mouvement de la vie sans cesse renaissante à coups de médications et de transfusions répétées pourrait ainsi se poursuivre sans limites… Arriver à susciter une telle croyance chez ceux qui l’aimaient indique le lieu très archaïque et singulier qu’il faisait vibrer chez ceux qui l’écoutaient et entraient en transfert avec lui. Bien au-delà de la séduction, il y avait cet être hors d’âge qui improvisait comme un funambule, et suscitait une présence qui me faisait revisiter mon arrière-pays. Ce n’est pas la somme impressionnante de son savoir qui m’a touché le plus, mais cette poïesis qui captivait l’auditoire, même le plus ignorant de ses constructions complexes et précieuses, toujours au plus près d’une praxis instituante.
Loin de Oury : Mai 68 et l’antipsychiatrie
Longtemps je m’étais tenu à distance de sa personne et de son enseignement : je venais d’un autre bord, celui du collectif Garde-Fous, et d’un projet utopique d’articuler le politique et la psychanalyse à partir d’une critique radicale de toutes les formes existantes de la psychiatrie. Ce collectif créé dans l’après 68 à l’instar de toute une nébuleuse de collectifs antipsychiatriques entendait récuser le vieux monde pour une révolution qui ne devait plus tarder. Daniel Bensaïd écrivait alors « l’Histoire nous mort la nuque », et embarquait toute une génération dans une accélération qui nous évitait de penser la lenteur nécessaire, la périodicité intempestive du cours de l’Histoire.
On ne saurait analyser la psychiatrie, et sans doute aussi la psychanalyse, sans inscrire notre réflexion dans une critique du soubassement politique, ou plutôt de ce que Cornelius Castoriadis appelait les « constructions imaginaires de la société », qu’il nous faudrait articuler avec la proposition de Jean Oury d’une « analyse de l’analyse ». Cet après-68, les espoirs que cette révolte suscita d’en finir définitivement avec la logique asilaire, voire de détruire méthodiquement l’ordre psychiatrique par la subversion permanente de tout ordre, constitue un moment politique et culturel dont l’histoire reste à écrire. En tout cas c’est par ce truchement que je m’engage en psychiatrie en 1975 avec une passion qui me restera longtemps énigmatique, et que j’entre en analyse avec un court temps de décalage. Je dois dire que le mouvement analytique de l’époque dont beaucoup gardent la nostalgie, m’apparaissait extrêmement suspect et très compromis avec l’Ordre établi. La mode était à la psychanalyse, lacanienne de façon quasi obligée, et les salles de garde bruissaient d’aphorismes de Lacan ressassés comme autant de schibboleths, de signes de reconnaissance. Il s’agissait « d’en être », et de se reconnaitre dans une certaine « distinction » (au sens de Bourdieu) : ce qui constituait un véritable repoussoir pour tous ceux qui étaient encore portés par la subversion de Mai 68.
La Psychothérapie Institutionnelle m’apparaissait alors également compromise avec l’Ordre Asilaire, et je ne comprenais vraiment pas pourquoi il aurait fallu défendre une structure aussi archaïque et barbare que celle de l’Asile. A vrai dire je continue à penser qu’il fallait détruire cette forme insupportable d’oppression et de suraliénation que je découvrais avec effroi en 1975 : malades objectivés et traités comme une sous-humanité par des soignants qui se comportaient comme des coloniaux dans l’insu d’une violence symbolique et réelle. Je mis un certain temps à comprendre que les formes que prenait cette oppression s’appuyaient sur les vestiges dévoyés construits en leur temps par un disciple local de Tosquelles. L’association qui avait été un club thérapeutique était maintenant prise en mains par les surveillants-chefs et par l’Etablissement sur le mode du patronage, contribuant à la pérennité insupportable du dispositif asilaire.

La désillusion salutaire
Ce qui me secoua: la désillusion devant la psychiatrie italienne, et les deux voyages que j’entrepris à Parme et à Trieste me confrontèrent à une langue de bois qui m’évoquait certains retours d’URSS…
Et puis surtout, la rencontre des patients et la découverte naïve du transfert psychotique. J’ai évoqué, aux dernières rencontres de la Criée, ce patient qui me fit un chèque d’un million de dollars pour me remercier de le réhospitaliser dans ce qu’il appelait son « paradis perdu » ! Un choc salutaire qui me fit découvrir qu’il m’avait mis en position de thérapeute, mais aussi un ébranlement de ma volonté radicale de détruire l’hôpital psychiatrique. Ainsi ce lieu qui m’apparaissait concentrationnaire avait aussi été riche de rencontres et de liens humanisants !
Dès lors il me fallait me dégager d’un clivage entre la psychiatrie lieu d’une pratique avant tout politique, et la psychanalyse, la vraie, la pure, celle que je rencontrais dans « Monanalyse », qui n’était censée se produire qu’en dehors des institutions. C’est ainsi que j’allais rencontrer Roger Gentis qui avait le mérite d’avoir construit une passerelle assez extraordinaire de richesse entre la Psychothérapie Institutionnelle et la mouvance antipsychiatrique.
La rencontre avec Jean Oury
C’est lui qui me fit venir aux rencontres de St Alban en Juin 1986, me faisant découvrir un monde dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Un monde à mille lieux des relations de notabilité habituelles, tissé de liens d’amitié et d’hospitalité qui n’excluaient en aucune manière les disputes homériques entre Tosquelles et Bonnafé sur la guerre d’Espagne, mais aussi sur la clinique. Un monde d’une radicalité politique qui me surprenait et me ravissait, à mille lieux des représentations que je m’étais forgées. Avec une facilité déconcertante je me retrouvais à échanger et à discuter avec Tosquelles et Oury. Et pourtant beaucoup de choses nous opposaient : Oury parlait de « fascistes rouges » à propos du mouvement basaglien, ce que je continue à trouver excessif, mais qui indique bien la passion qui l’animait. « Régénérés de 68 » et autres épithètes bien senties me firent peu à peu découvrir qu’il y avait eu une génération précédente, qui avait eu une réelle pratique de résistance au nazisme, où chacun risquait sa peau, et que cette génération avait construit une praxis exigeante et inventive. Cette génération nous jugeait sévèrement comme des jeunes écervelés méconnaissant la complexité, « la double aliénation » au politique et à l’inconscient. Bref nous étions au mieux des naïfs que le système capitaliste instrumentalisait pour détruire la psychiatrie !
Il nous reste encore à penser ce hiatus entre générations, cette difficulté à transmettre qui ne cesse de me préoccuper : ils n’avaient pas entièrement tort, et l’instrumentalisation de nos mots d’ordre opérée par l’Etat confirma malheureusement une partie de leur diagnostic, mais en même temps je continue à penser que l’effervescence de Mai 68 et les bouleversements qui s’en sont suivis furent essentiels pour imaginer et construire la suite !
Ce fut d’abord par le biais de la clinique que la rencontre s’opéra : j’avais redécouvert le club thérapeutique comme on réinvente l’eau chaude, et j’apprenais par Tosquelles lui-même les conditions subversives de forage du premier club à la pelle et à la pioche, sous l’établissement, en s’inspirant de la métaphore marxiste de la taupe. Je découvrais avec une certaine stupeur que l’ensemble des problèmes sur lesquels je me cognais dans ma pratique naissante au Centre Antonin Artaud avaient d’une certaine manière étaient pris en considération très tôt par Tosquelles et Oury. L’enjeu du transfert institutionnel articulé avec le transfert psychotique se répétait sous des formes nouvelles certes, celles de la pratique ambulatoire dans laquelle je me lançais à corps perdu, mais des invariants structuraux persistaient. Je pense surtout à « la fonction club » et à « la transversalité » dans toute institution qui voudrait se dégager des formes instituées de l’Etablissement.
Un disciple infidèle…
Je me lançais alors avec passion et étonnement dans la lecture du séminaire de Oury sur le Collectif auquel nous avons consacré toute une année de la Criée, et que nous allons reprendre l’année prochaine avec comme thématique « Le Collectif à venir ». Ceci pour signifier d’entrée de jeu qu’il ne s’agit pas de transformer Oury en une icône, mais de tenir le fil d’une transmission qui ne peut s’imaginer autrement que comme réinvention permanente. Toutes ces dernières années, Jean Oury ne cessait de nous mettre en garde contre le fétichisme de sa personne, ce dont je m’étais d’ailleurs prémuni d’entrée de jeu en gardant des liens de travail et d’amitié très forts mais à distance. J’avais choisi d’entrée de jeu d’être un « disciple infidèle », dans la suite freudienne du « juif infidèle » ; et je ne vois pas d’autre manière de tenir une transmission qui ne saurait se confondre avec le mimétisme ou le clonage.
L’œuvre de Jean Oury, son frayage permanent pendant les 30 ans du séminaire qu’il aura tenu jusqu’à sa mort, est pour l’essentiel inédite. Seuls quelques séminaires ont été publiés que je ne cesse de relire à la lumière des questions de ma praxis. Il est important de souligner qu’il n’aura initié son séminaire qu’après la mort de Lacan, et pour se distinguer de ceux qu’il appelait des « récitants ». Il ne faisait pas du « Lacan », conseillant pourtant de le lire et le relire sans cesse, en le considérant comme « le guide Michelin » indispensable des contrées étranges que nous avons à traverser. Il produisait en permanence sa propre langue, qu’il arrivait par des détours assez miraculeux à traduire dans la langue de Lacan. Mais sa pensée originale embrassait un domaine beaucoup plus complexe que l’analyse dans son acception restreinte, et il arrivait à agréger l’approche phénoménologique aux approches analytiques les plus diverses : l’enjeu se formulant en terme « d’analyse de l’analyse ».
Ces dernières années il n’aura cessé de lire Agamben, et d’entrecroiser les écrits du jeune Marx avec le frayage de Georges Bataille : c’était sa manière de maintenir ouverte une pensée violemment critique de la thanatocratie actuelle.
Pour lui la destruction nazie ne s’était pas arrêtée avec la guerre et ne cessait de détruire la civilisation, ainsi que la possibilité du soin psychiatrique et je garde le souvenir de son intervention lors du premier meeting du collectif des 39 où il nous invitait à ne pas nous focaliser contre celui qu’il appela « la puce » (Nicolas Sarkozy). Malgré sa fatigue il aura accompagné cette mobilisation jusqu’aux Assises de la psychiatrie de Villejuif. Mais en fait il ne cessait de rêver à une relance du GTPSY de sa jeunesse et d’inviter « les copains » à le suivre dans cette reprise. Je n’ai pas eu envie de le suivre : l’histoire du GTPSY est révolue, et l’excellent livre d’Olivier Apprill en donne une idée assez précise.
Il est clair que nous avons à écrire la suite, et les formes inédites à produire pour une transmission/réinvention où la richesse de ses élaborations nous soutient déjà, malgré la douleur de la perte.
Donc voilà la suite :
Nous avions lu une première fois le séminaire sur le Collectif en 1987 sur les conseils de Roger Gentis, en l’entrecroisant à la lecture de C.Rabant(Inventer le Réel) qui donnait une lecture diamétralement opposée de l’opposition sens/signification. En tout cas ce qui importe chez Oury, et pour chacun d’entre nous, c’est d’éviter « l’arrêt sur image » dont j’ai maintes fois parlé qui transformerait un concept en le réifiant. Oury ne cesse de répéter « il n’y a pas de chose en soi » de peur d’être mal entendu, et de fait nombre de ses disciples n’ont pas manqué de fixer les trouvailles d’une certaine époque : « comité hospitalier », « club intra- hospitalier », « pas de PI à moins de 100 lits d’hospitalisation », au point de récuser ce que nous avancions dans les années 80. Je me souviendrai toujours de l’accueil quelque peu hostile que je reçus par la plupart quand j’exposais lors des rencontres de St Alban en 1986 la pratique naissante du centre Artaud, et le récit d’une thérapie à plusieurs réalisée à domicile. Un petit vieux au premier rang fit taire la meute des disciples indignés par une pratique hétérodoxe, et s’enthousiasma comme un vieil enfant : c’était Tosquelles que je découvrais dans toute son exubérance et son génie clinico-politique, qui se mit à nous parler de la patiente comme s’il la connaissait, puis reprit sans notes en AG l’essentiel de ce que nous avions raconté. Lui était très soucieux de ne pas figer une sorte d’héritage fétichisé. Il ne voulait pas disait-il « terminer comme Buffalo Bill exhibé devant les foules » fétiche d’une histoire révolue!
Récemment un collègue vient de me proposer d’organiser 2 journées sur la PI afin de discuter avec certains qui récusent ce mouvement en lui opposant le désaliénisme de Bonnafé. Or rien que l’énoncé d’une telle question me parait fixer ce qui ne devrait être qu’un mouvement, un processus infini, comme l’analyse infinie.
Quand on lit le livre d’Apprill sur le GTPSY, le livre de Jacques Tosquellas sur son père, et les séminaires d’Oury on se rend vraiment compte de l’absence d’unité conceptuelle de ce mouvement. D’ailleurs la dénomination n’est venue que bien plus tard comme on sait, alors que ce qui comptait, c’était une mise en acte d’une révolution de la psychiatrie s’appuyant sur le marxisme et la psychanalyse, qui sont chacun des ensembles hétéroclites.
Jacques Tosquellas ne se prive pas de nous montrer la pluralité des courants se réclamant de Marx et d’opposer le PSUC (le PC catalan) et le POUM : unité réalisée et dogmatique du PC / contre unification comme mouvement permanent du POUM. Au-delà des mots, des milliers de morts et d’assassinats politiques, et un « contrat » du PC contre François Tosquelles, non exécuté quand le militant chargé de l’assassinat le reconnut comme un voisin du même village !
Ces conflits meurtriers ne doivent être oubliés ni désavoués : ils rendent compte de la méfiance de François Tosquelles vis-à-vis du PC, de la gauche française et des syndicats. La CGT de Saint Alban ne manqua d’ailleurs pas de le dénoncer comme anarchiste planquant des armes dans sa cave …
Je crois qu’on ne peut rien comprendre à l’histoire qui s’en est suivie en faisant l’impasse sur cette préhistoire. Certes Bonnafé était « un bon camarade » (cf le livre d’Apprill) mais il était quand même au PCF et ne fut pas invité à participer au GTPSY. Et je suis intimement persuadé qu’Oury a repris cette transmission, et cette méfiance qui n’a fait que se durcir au moment où le PCF demanda à ses psychiatres de signer un manifeste contre la psychanalyse dans la Nouvelle Critique. D’ailleurs encore aujourd’hui on peut constater la méfiance persistant vis-à-vis de la psychanalyse dans le PC et dans une partie de l’extrême-gauche ; et hélas bien au-delà dans une grande partie de ce qui reste de la gauche…
On pourrait penser que ce serait dû au virage à droite d’une bonne partie des psychanalystes actuels, mais ceux de cette bande- là du mouvement désaliéniste se partageaient entre le PC, le POUM, les trotskystes et les libertaires. Et même quelques chrétiens humanistes ! L’essentiel était heureusement de construire l’unification dans la résistance au nazisme et dans l’invention d’une nouvelle psychiatrie. D’où la proposition maintes fois avancée par Jean Oury du POUM comme matrice du mouvement de PI. Et de la subversion opérée par l’horizontalité des clubs, dialectisant l’inévitable verticalité de tout établissement en lien nécessaire avec l’appareil d’Etat, avec les grilles statutaires fixant la hiérarchie et les prérogatives de chacun. Autrement dit l’aliénation sociale qu’il s’agit d’avoir toujours à l’esprit : même une clinique privée aussi originale et libertaire que La Borde ne saurait échapper à cette emprise aliénatoire. A fortiori dans le secteur public, d’où l’extrême difficulté de garder vivantes nos trouvailles. Ce qui est difficile, ce ne sont pas les compromis, mais la réification de nos pratiques y compris celles dont nous sommes les plus fiers, que nous pourrions être tentés de maintenir en tant que telles, plutôt que de produire leur « révolution permanente ».
D’où l’immense travail de Jean Oury pour tenter de donner un lieu d’élaboration à ce mouvement et de nous inviter à produire nos propres élaborations qui ne peuvent être que singulières et collectives. De son côté il a donc quitté le rang des « récitants lacaniens » qui n’auront cessé pour la plupart de le discréditer en disant de lui qu’il n’était pas un analyste ! Et l’opprobre se poursuit : de quel droit pouvait-il tordre les concepts lacaniens et bien d’autres pour en faire des outils pour sa praxis ? Le cercle des lacaniens orthodoxes se réduit, mais pas leur vindicte envers le projet d’une transmission qui ne serait pas un simple clonage au plus près du texte d’origine transformé en livre saint.
D’où ma double difficulté : relire le Collectif fait apparaitre un Oury au plus près de l’enseignement de Lacan, et donc suppose un certain retour à Lacan pour saisir les concepts empruntés, et en même temps il est très difficile de le faire sans effectuer de paraphrase d’un texte que je me suis en quelque sorte réapproprié depuis longtemps. Donc question redoublée : comment ne pas me transformer en récitant de Jean Oury ?
L’introduction du livre (le Collectif) est importante : se différencier de Bonnafé (rabattu sur la sociologie) et de Sartre (critique de la raison dialectique). Et pourtant il ne va cesser de se référer à eux pour justement s’en différencier. Il me semble que la différenciation, c’est ce qui ne passe pas : la dimension de l’inconscient et du transfert dans le Collectif défini comme « machine abstraite » et bien plus, bien autre que la somme des personnes qui pensent le composer, et constituent autant de « vecteurs de singularité ». On trouve dès le premier chapitre le souci de ne pas opposer psychiatrie et psychanalyse, et de garder le souci éthique de s’occuper des patients, sans les déclarer intraitables au nom de la théorie fut-elle de Lacan, en contribuant ainsi aux processus d’hyperségrégation.
Encore faut-il y être, être dans le « là », dans le lieu de la praxis !
Pour en revenir à cette introduction, il faut bien dire qu’elle est assez éblouissante en soulignant tout ce que le Collectif n’est pas, ou plutôt pas seulement ! Et de faire la longue énumération qu’il aurait pu prolonger pour insister sur les points de convergence avec Sartre par exemple, mais aussi de divergence sur le point de « la coupure ouverte » qu’il renvoie à l’aphorisme de Lacan (pas de Saint Lacan !) : « l’asphérique recélé dans l’articulation langagière en tant qu’un effet de sujet s’en saisit ». Et Oury d’expliciter : « L’asphérique c’est la mise en question, justement du sujet, mais pas du moi. Le sujet ce n’est pas le moi ».
L’organisation sphérique, ce serait l’anti-mouvement, le fait qu’on puisse prôner les meilleurs principes d’organisation : clubs, activités, réunions, tout en restant dans une logique pratico-inerte faisant fi du « mouvement d’institutionnalisation » dont parle Ginette Michaud, qui suppose une remise en question permanente de l’institué.
Vous remarquerez le saut de l’individuel au Collectif que Oury opère en citant Lacan. Si nous bondissons avec lui, nous entrons alors dans le mouvement de la PI qui n’ek-siste pas, en sautant par-dessus une frontière réputée infranchissable entre l’individu et le Collectif. Et ce faisant, nous nous inscrivons dans la suite de Freud produisant ses principaux concepts métapsychologiques à partir de ses travaux sur le Collectif (cf N.Zaltzman), mais aussi Lacan, Winnicott et bien d’autres…
Autrement dit tous les opérateurs conceptuels concrets qui vont être dégagés le seront aussi bien pour la pratique de l’institutionnel, du moment que cette pratique se soucie du sujet de l’inconscient et des effets de transfert, que pour les enjeux de la thérapie analytique des psychoses.
C’est une suite d’oppositions logiques qui amènera aussi Oury à une distinction entre le dit et le dire, d’où la notion précieuse « d’espace du dire », qui sera un leitmotiv. « L’espace du dit » serait une catastrophe, une fermeture, un arrêt sur signification. Pour en arriver à préciser ce mouvement du sens Oury en passera par le quadripode lacanien des quatre discours (cf le séminaire de Lacan « l’envers de la psychanalyse ») en insistant sur le passage d’un discours à l’autre, et non sur le projet de se tenir au discours de l’analyste. C’est au contraire la multiplicité des discours, le passage de l’un à l’autre, qui permettra le dégagement des effets d’analyse.
D’où l’accent mis d’entrée de jeu sur des notions qui nous sont chères d’ambiance et d’hétérogène. D’où l’importance aussi du diacritique pour créer et maintenir cet hétérogène dont il dira plus tard que c’est de « l’hétéroclite travaillé ».
Cette possibilité des vocalisations différentes j’en ferais bien en forme de conclusion ouverte une métaphore de la Psychothérapie Institutionnelles et des langues plurielles pour la dire, la pratiquer et la transmettre.
Patrick Chemla

> La pratique de la psychologie en institution et en privé et la question du politique.

 

Forum: La pratique de la psychologie en institution et en privé et la question du politique.

23 Avril 2015

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Université de Nîmes

Site Hoche, salle 202
1 place du Président Doumergue, 30000 Nîmes

Le politique pose la question du « comment vivre ensemble ? » Or, le paysage social dans lequel le psychologue clinicien évolue est fortement influencé par les exigences normatives de la société dans laquelle il exerce. Du fait de la globalisation il est aussi influencé par les bouleversements liés à des rapports de force et des choix idéologiques dont certains sont redoutables. Aussi l’imposition d’une efficacité opératoire de la fonction de psychologue clinicien dans une logique réadaptative, masque-t-elle petit à petit la richesse de nos singularités.
Nous souhaitons mettre en travail la question du positionnement du psychologue clinicien : n’a-t-il pas à interroger sans cesse le rapport à la norme, le sien et celui dans lequel sont situées les personnes qu’il est amené à écouter et avec lesquelles s’engage un travail de soin ? L’éthique de sa fonction n’implique t-elle pas de respecter la demande qui lui est faite par les personnes en souffrance, prises elles-mêmes dans les difficultés sociétales et intrapsychiques ?
Ainsi deux positions s’affrontent voire s’opposent pour chaque professionnel : celui du service rendu à l’ordre social avec la normalisation de la souffrance, voire le déni de ses fondements psychiques, et celui du service rendu à l’émancipation du désir du sujet, avec la signification de la souffrance et la place du sujet dans le champs social toujours interrogée. Mais qu’en est-il du désir de chacun de nous, futur professionnel ? Il nous appartient d’interroger ces interactions.
C’est pourquoi nous avons souhaité inviter des praticiens qui témoigneront de leurs positionnements cliniques et de leurs réflexions dans le contexte qui est le leur, et qui participeront au débat.

Forum initié par Amélie Minier ( L3) et Julie Galinet ( L2) étudiantes en psychologie clinique à l’Université de Nîmes Sous la responsabilité de Christian Guérin, enseignant de psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse.

Intervenants:

BOKOBZA Hervé, psychiatre et psychanalyste, ancien directeur du Centre Psychothérapique de Saint-Martin de Vignogoul (34).
COUPECHOUX Patrick, journaliste spécialisé en psychiatrie, collaborateur du Monde Diplomatique, écrivain, auteur de Un monde de fous – préfacé par Jean Oury, « Un Homme comme vous » aux éditions Seuil.
MORNET Joseph, psychologue, secrétaire national de le FASM Croix Marine et président de l’ARASM Languedoc Roussillon.
SAUVETRE Audrey, psychologue clinicienne, CH Montperrin et Edouard Toulouse, Doctorante du Laboratoire de Psychopathologie Clinique Langage et Subjectivité, AMU. Chargée de TD à l’université d’Aix.