Tous les articles par Collectif des 39

>Les voeux des 39 pour 2012

Pour commencer l’année deux textes en attendant le rendez-vous du 17 mars 2012 à « La parole errante » 

 

On ne peut se défendre de l'impression que les hommes se trompent généralement dans leurs évaluations.

Tandis qu'ils s'efforcent d'acquérir à leur profit la jouissance, le succès ou la richesse, ou qu'ils les admirent chez autrui, ils sous-estiment en revanche les vraies valeurs de la vie.

Mais sitôt qu'on porte un jugement d'un ordre aussi général, on s'expose au danger d'oublier la grande diversité que présentent les êtres et les âmes.

Une époque peut ne pas se refuser à honorer de grands hommes, bien que leur célébrité soit due à des qualités et des oeuvres totalement étrangères aux objectifs et aux idéals de la masse. On admettra volontiers, toutefois, que seule une minorité sait les reconnaître, alors que la grande majorité les ignore.

Mais, étant donné que les pensées des hommes ne s'accordent pas avec leurs actes, en raison au surplus de la multiplicité de leurs désirs instinctifs, les choses ne sauraient être aussi simples.

 

Malaise dans la civilisation est l'un des textes classiques qui, publiés primitivement dans la Revue française de Psychanalyse, sont devenus introuvables. Il nous a semblé important de le remettre à la disposition de nos lecteurs. La présente traduction a paru dans la Revue française de Psychanalyse, t. VII, n ̊ 4, 1934, p. 692, et t. XXXIV, no I, 1970, p. 9. (Note de l’Éditeur.)

 

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Il est un ridicule usage,

– Dont on abuse au jour de l'an – 

Qui met nombre de gens en rage 

La manie est au Compliment ;


C'est ainsi de par l'étiquette –

Que bien des amis… détestés 

Sur un carton vous font risette…

– Sourires sitôt protestés !


Mais, galant ou grave en sa forme,

Sincère hommage ou tendre aveu, 

De ces cartons le tas énorme 

A son destin marqué: le Feu…


Un avenir bien plus durable 

Est réservé seul aux cadeaux

Ils font trouver un fat aimable…

S'il a su choisir les plus beaux


 

Rogues de Fursac (J.) Les écrits et les dessins dans les maladies mentales et nerveuses, Masson, 1905. (Cité par Frédéric Gros dans Création et folie PUF 1997 page 46)

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>Scandale du médiateur : la CNI demande l'arrêt des expérimentations

 

Les Agences Régionales de Santé de Provence Alpes Côte d’Azur, de l’Ile de France et du Nord Pas de Calais lancent l’expérimentation d’un nouveau métier « médiateurs-patients en santé mentale » (Presse APM et La Provence).

Ce programme est porté par le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (CCOMS) en partenariat avec la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA). Partie prenante du projet au départ, la Fédération Nationale des Patients en Psychiatrie (FNAPSY), s’est retiré du projet en janvier 2011. La CNI a participé à plusieurs réunions organisées par l’ARS PACA sur l’évaluation des différentes actions et le futur projet du SROS, sans que cette expérimentation ne soit évoquée. L’ARS PACA va investir 330 000 € dans ce projet alors que certains établissements sont en déficit, que l’emploi est menacé, l’embauche de professionnels réduite. A terme, ces nouveaux « emplois » devront être financés par les établissements.



  • Quelle politique de santé mentale souhaitons-nous mettre en place ?
  • Quels seront les soignants de demain ?
  • La pénurie de personnel est-elle aussi importante pour que l’on ait recours aux « anciens » patients pour prendre en charge leurs pairs dans les services de soins ?
  • Quelle amélioration cette innovation apporte-t-elle pour les patients hospitalisés ?



Nous voyons dans cette manoeuvre la volonté de création d’un nouveau métier.

Mais comment peut-on, dans la fonction publique, recruter des acteurs de soins, non pas sur leurs compétences ou leur niveau d’étude mais sur la qualité « d’anciens patients » en santé mentale ?
 Ces médiateurs seront formés en alternance, sur 8 semaines. Ils devraient faciliter l’accès aux droits, à la prévention et aux soins de l’usager des services de santé mentale mais n’avons-nous pas déjà des équipes pluri-professionnelles compétentes ?



Comment seront accueillis ces médiateurs par les établissements ? Rémunérés 1550 € brut, ils auront un salaire équivalent* à une IDE débutante ayant fait une formation initiale de 3 ans avec des responsabilités engagées au quotidien !



Nous ne jetons pas au panier l’idée. Que d’anciens patients hospitalisés puissent aider leurs pairs à l’extérieur des lieux de soins, dans des groupes d’entraide mutuels (GEM) où dans des associations, nous y sommes plus que favorable. Mais comment imaginer les relations professionnelles au sein d’une unité si soignants et médiateurs sont en désaccord, chacun avec une histoire et une expérience de l’hospitalisation différente? Avec les nouvelles Lois, la charge de travail des soignants augmente, comment dans ces conditions est-il possible d’envisager l’intégration de médiateurs-patients ? Comment aborder le respect de la liberté et de la confidentialité ?



Où sont les maisons des associations dans les établissements de santé qui pourraient recevoir les patients qui le souhaitent et ainsi les accompagner en tant que « pairs-aidants » ?



NON : Ce n’est pas en créant un nouveau métier de « médiateurs en Santé mentale », fussent-ils avec d’anciens patients que leurs pairs hospitalisés ou suivis en ambulatoire seront mieux pris en charge.



OUI : C’est en donnant les moyens aux établissements de santé d’assurer leurs missions de service public, en créant un véritable diplôme (niveau master) d’IDE spécialisé en psychiatrie, en revalorisant les salaires, en reconnaissant la pénibilité du travail, en réfléchissant à l’évolution des parcours professionnels pour reclasser les professionnels qui souffrent. C’est en redonnant et en ayant confiance dans les professionnels. C’est en donnant une place aux associations d’usagers dans les institutions par la création de maisons des usagers.



Le syndicat Coordination Nationale Infirmière demande l'arrêt immédiat de cette expérimentation et la réattribution des budgets.



* Une IDE gagne un peu plus 1551,15 € brut (1er échelon), où une aide-soignante gagne 1370,57€ brut (1er échelon) où une assistante sociale gagne 1426,13 € (1er échelon), un cadre de santé 1759,51 € brut (1er échelon) et certains médecins, guère plus, alors que leurs responsabilités sont engagées au quotidien.

Nathalie DEPOIRE

présidente de la CNI 

Article original : http://www.coordination-nationale-infirmiere.org/index.php/201112201491/Actualites/Scandale-du-mediateur-la-CNI-demande-l-arret-des-experimentations.html

 

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>D’anciens malades dans les équipes soignantes en psychiatrie

 

D’anciens patients en psychiatrie vont intégrer des équipes soignantes comme « médiateurs en santé mentale ».

De patient à médiateur en santé mentale

Le quotidien La Provence du 9 décembre vient de révéler une expérimentation mise en place dans la région PACA qui vise à former pendant huit semaines, à la faculté de médecine, d’anciens patients en hôpital psychiatrique en vue de les intégrer dans les équipes soignantes comme « médiateurs en santé mentale ». Cette expérience n’est pas spécifique à la région PACA mais sera conduite dans trois régions (Ile de France, Nord Pas de Calais et PACA).

Une expérimentation dans le cadre d’un programme national

Dans le cadre du nouveau « plan psychiatrie et santé mentale » en gestation, un groupe de travail composé de représentants du ministère de la Santé et de psychiatres a validé cette proposition. Ce plan devait être présenté aux organisations syndicales, mais l’expérimentation aurait été lancée sans concertation. La région PACA étant la plus avancée sur ce projet, c’est l’Autorité régionale de santé (ARS) de cette région qui, au cours d’une conférence de presse tenue le 8 décembre, a révélé ce projet.

Cette action s’inscrit dans le cadre d’un programme national « qui permet aux personnes présentant des pathologies mentales pouvant aller des troubles dépressifs aux troubles psychotiques les plus sévères d'être accompagnées, dans le cadre de leur prise en charge, par des personnes ayant elles-mêmes traversé des épisodes de troubles mentaux ». « Il s'agit d'un programme national porté par le Centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé (CCOMS) situé à Lille, en partenariat avec la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) qui financera la formation et la Fédération nationale des patients en psychiatrie (FNAPSY). »

Un budget de 330.000 euros

« Les médiateurs vont intégrer les équipes et débutent une formation à la faculté de médecine en alternance de janvier prochain à octobre 2012. Leur formation est assurée par la CNSA. Et c'est l'ARS qui finance cette action pour un montant de 330.000 euros par an pour le recrutement par les établissements retenus (APHM, Valvert, Centre hospitalier de Cannes et Sainte-Marie à Nice) de 5 binômes de médiateurs, soit 10 médiateurs sur la région. Chaque médiateur sera rémunéré 2.500 euros brut par mois. Il sera un acteur reconnu dans l'équipe de soin, et pourra faire aussi des visites à domicile. » Cette proposition fait référence à des actions similaires menées dans d’autres pays comme le Canada, mais sur des secteurs différents (cancérologie, addictologie, etc.).

Des réactions vives en perspective

Les réactions syndicales sont d’ores et déjà vives. Elles dénoncent le manque de psychiatres, le manque de personnel dans les structures psychiatriques et voient arriver des personnes formées en huit semaines avec un salaire supérieur à celui d’une infirmière débutante. Le « gain » attendu de cette initiative en termes de soins n’est pas très explicitement formalisé puisque d’après l’ARS, « pour les équipes soignantes (…) le médiateur va pouvoir apporter en termes de complément, de "plus", "d'autre chose" à leur travail de soignants ». Alors que la nécessaire élévation du niveau de formation des professionnels de la santé fait l’objet de discussions et de propositions au sein de plusieurs instances, cette proposition de médiateurs en santé mentale est une « galéjade » ou une « provocation » pour certains, et « ne saurait être prise au sérieux » pour d’autres.

D’autres expériences menées

A Lille, une recherche est en cours sur un « programme d’embauche et de formation intégrée de médiateurs de santé – travailleurs-pairs dans les secteurs sanitaire et médico-social » se basant sur une pratique de plus en plus répandue dans les pays anglo-saxons. Le projet précise : « Le concept de "pairs-aidants" (Peer Support Worker) a émergé progressivement depuis les années 80 aux États-Unis sous l’impulsion des mouvements d’usagers. Des services de soins ont alors recruté des personnes dites "en rétablissement" dans leurs équipes, considérant que celles qui ont vécu un problème et réussi à le surmonter sont très efficaces pour aider les autres à faire la même chose. »

Les premiers résultats ont été jugés très négatifs mais l’expérimentation ayant été reprise avec des modifications, le constat affirmé est le suivant : « Cette étude démontre donc scientifiquement que les travailleurs-pairs ont une intervention significativement pertinente dans le traitement précoce (early treatment) de la maladie psychique et en particulier chez les personnes repérées comme ayant au départ une mauvaise alliance thérapeutique (clients not well engaged in treatment). »

En 2007, une mission de Médecins du Monde de santé mentale communautaire, qui s’adresse à des personnes sans chez soi présentant des troubles psychiatriques sévères, engage le premier médiateur de santé mentale comme salarié. En 2009, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille recrute le premier médiateur de santé mentale sur financement ciblé du ministère. Le profil de poste défini parle « d’enthousiasme, d’éthique, de réflexivité personnelle et sociale, d’empathie, etc. » Les pré-requis sont  les suivants : « Expérience de la rue, de la maladie mentale et de l'addiction, et expérience en tant qu’usager du système de soins en psychiatrie et/ou addictologie. La personne doit être inscrite depuis longtemps dans un processus actif de rétablissement. Le rétablissement sera défini conjointement par les pairs, les professionnels et la personne elle-même. Minimum niveau fin d'étude secondaire (niveau 4). » Nous sommes loin de la définition d’un poste d’infirmier dans ce profil.

Confusion des genres ou non ?

Le cadre même de ces médiateurs doit être clairement explicité : quel intérêt pour le patient ? Quel intérêt pour le personnel de soins autre qu’ « un plus », qu’un « autre chose » ? Quelle relation personnel soignant/médiateur ? Quelle relation psychiatre/médiateur ? Il en va de la crédibilité des mesures prises sur la psychiatrie et au-delà, cette mesure nouvelle étant présentée comme un « acte révolutionnaire », « un bouleversement des pratiques et des mœurs » dans le soin de demain.

Moins d’infirmiers demain mais plus de médiateurs ?

L’équation aura du mal à prendre sans une clarification nette. Et sera-t-elle de nature à doper les vocations chancelantes à embrasser la profession d’infirmier ?

Pour aller plus loin :

http://www.laprovence.com/article/a-la-une/psychiatrie-des-malades-font-partie-de-lequipe-soignante

http://www.ars.paca.sante.fr/Mediateurs-en-sante-mentale.125761.0.html

http://www.marseille-sante-mentale.org/newsletters_archives/lettre_02/handicap.pdf

http://www.marseille-sante-mentale.org/newsletters_archives/lettre_02/

 

Article original sur : http://www.weka.fr/actualite/sante-thematique_7850/d-anciens-malades-dans-les-equipes-soignantes-en-psychiatrie-article_68182/

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>L'Association Humapsy ouvre ses portes !

 

A Reims des patients se sont constitués en association, pour essayer de faire un groupe de travail qui pourrait apporter des remarques et des suggestions quand auront lieu les états généraux de la psychiatrie.

Humapsy : Qui sommes-nous ?

Association de patients suivis en psychiatrie, inquiétés par le discours du Président de la République à Antony en décembre 2008,  la mise en place de la loi HPST, puis celle de  la loi sur les soins sans consentement.

Après avoir tenté de nous faire entendre auprès des différentes parties concernées (Sénat, Assemblée Nationale…) par le biais de meeting, manifestations et actions diverses en collaboration avec toutes sortes de professionnels, psychiatres, soignants, hommes de loi, patients, familles, artistes … Nous avons décidé de nous constituer en association afin de recueillir des idées, des doléances et des témoignages  en vue de préparer des propositions que nous soumettrons pour les états généraux de la psychiatrie (2012).

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contact : ahdp51@hotmail.fr

Le blog : http://humapsy.wordpress.com/

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>Vulnérable et capable

 (Dessin de Maria Elisa Cabral, d'après un portrait de Gaston Bachelard)

"Le moi s’éveille par la grâce du toi " Gaston Bachelard

Des mots pour te dire, des mots pour me dire

Comment interroger le quotidien de la relation avec notre proche, malade et handicapé psychique ? Comment se rendre accessible et percevoir un regard autre ? Comment éveiller en nous-mêmes un autre regard, tant nous pèse et parfois nous angoisse l’inquiétante étrangeté de l’ordinaire ? Comment dissiper tous les malentendus[1]? Comment troubler, faire vaciller les habituels regards convenus portés sur une personne handicapée psychique, personne si peu reconnue dans sa singularité, mais encore dans son humanité partagée ? Comment accepter d’interroger les valeurs éthiques qui gouvernent les relations avec notre proche, comme si elles n’allaient pas de soi ? Comment remettre en question les valeurs politiques qui gouvernent l’accueil de ces personnes dans notre société, comme si elles n’allaient pas de soi ? Comment même remettre en question notre idée d’humanité, comme si elle n’allait pas de soi ? Quelle valeur pour la folie, comme s’il n’allait pas de soi que seule son éradication justifierait notre combat ?

Justement parce que ça ne va pas de soi ! A commencer par la blessure des mots. Ces mots malheureux, inadéquats, des paroles qui nous échappent. Ces mots esquissés ingénument, mots hasardés que l’on adresse à l’Autre dans l’oubli qu’aussi un visage parle. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », affirmait Albert Camus. Redoublement du malheur car il est déjà bien présent, installé dans une lisibilité chancelante de nos regards croisés, qui s’ajoute à la maladresse de pauvres mots incertains. Quand les émotions ne savent plus se dire ni se lire[2]sur l’intranquillité des regards envisagés, dévisagés. Quand la retenue de nos silences ajoute elle-même à la solitude. Dis quelque chose, parle-moi, je n’ai personne avec qui parler ! Je n’ai que mes voix à qui répondre ! Pourquoi tu crois que je parle tout seul ! C’est fou : mon portable, je ne peux pas même l’éteindre, il est dans ma tête, je suis constamment sonné ! Et quand parfois se fait le silence, du chaos surgit un néant pas moins insupportable. Silence envahissant que nul ne saurait habiter tant l’angoisse peuple ce vide, tant elle pèse dans son inconsistance. Qu’espérer attendre de ce rien ? Ou plus exactement ce presque rien : lorsque les voix se sont tues, rien ne dit en effet que l’on n’entendra pas alors sourdre l’obsédante litanie des automatismes mentaux. Pensées étranges qui échappent une fois de plus à tout contrôle. Un je ne sais quoi d’injonctions absurdes venues d’on ne sait où. Pensées insensées qui se répondent en écho, pensées volées, pensées qui se répandent, se propagent. Diffusion de la pensée.

Mais la vulnérabilité semble infinie. Parce qu’à cette dislocation de la conscience de soi et cette angoisse abyssale, se surajoutent une motivation en berne, une volonté bloquée, incapable d’émerger et une incapacité d’entreprendre, d’initier ou maintenir une action. Malgré soi, encore une fois ! Mais que reste-t-il du soi !  Insoutenable pour les proches et les moins proches. Et que dire de ceux qui ignorent tout de la psychose ! Insupportable pour Autrui.

Comment dès lors oser des mots ? Parler au risque de gaffer ? Dans un élan louable d’une bienveillante sollicitude, risquer la malfaisance. Où l’on voit que la vulnérabilité de notre proche entre en résonance avec notre propre fragilité. Où déjà se dit notre propre vulnérabilité lorsque nous sommes arraisonnés au-delà du raisonnable.

Mais en tant que sujet, ne suis-je pas fondamentalement assujetti à un Autre ? Dépendant d’Autrui ? Otage d’Autrui, osera même le philosophe Emmanuel Levinas. L’autonomie de la volonté que je voudrais revendiquer pour moi-même et retrouver pour mon proche, possédé par ses voix, par le mal qui l’habite, cette autonomie ne serait-elle fondée que sur une hétéronomie première, antérieure à toute volonté ? Sujet, je suis donc, malgré moi, pour un Autre. « De toute éternité, un homme répond d’un autre. D’unique à unique. Qu’il me regarde ou non, il me regarde, j’ai à répondre de lui », écrit encore Levinas dans Autrement qu’être. Vulnérabilité d’un sujet insuffisant, en dépit de la suffisance obstinée de son être, qui se sait blessé par le regard d’un Autre. Toujours en retard à répondre de lui, toujours insuffisant à lui répondre. Inscription de cette vulnérabilité au cœur même de notre humanité. Sans attente d’aucune réciprocité, mais encore dans sa propre vulnérabilité, en dépit d’elle, malgré elle, mais aussi grâce à elle, un humain vulnérable a à répondre d’un Autre vulnérable.

Humanité de personnes vulnérables, mais humanité de personnes capables. Il ne s’agit nullement cependant de capacité en tant que puissance, compétence, voire même, en terme de Droit, d’aptitude juridique à agir valablement pour soi-même. A bien y regarder, sans même considérer à l’extrême les incapables majeurs, l’humanité semblerait bien davantage constituée d’individus trop souvent semi-capables, 1/3 capables ou moins, bref par l’extrême variabilité des capacités de chacun. Faibles et vulnérables. Mais pour comprendre le capables dont il est ici question, il faut alors mettre en relation cet adjectif avec la “capabilité” (en anglais : capability) telle que la désigne l’économiste et philosophe indien Amartya Sen : «aptitude à réaliser diverses combinaisons de fonctionnements que nous pouvons comparer et juger les unes par rapport aux autres au regard de ce que nous avons des raisons de valoriser[3]». En dépit d’une multitude de déterminismes, je dispose d’une liberté de faire des choix valorisés, tant par une conception du bien que par un sens de la justice. Et les conditions dans lesquelles mes choix ont été faits comptent autant que sa finalité dans les résultats de mon action.

Conscient de cette capabilité qui m’habite, comment ne pas remarquer à quel point elle entre à son tour en résonance avec la capabilité de mon proche psychotique ? Parce qu’il reste paradoxalement une personne capable. Son incapacité à entreprendre et maintenir une action est certes bien réelle. Mais sa capacité d’effectuer des choix valorisés en vue de cette action potentielle n’en demeure pas moins aussi réelle.

C’est donc bien cette dépendance d’autrui pour agir, alors même que persistent le plus souvent toutes les capabilités potentielles qui ne demandent qu’à être réalisées, qui pose tant de questions, soulève tant de malentendus. On ne saurait les minimiser, tant ils revêtent des aspects dramatiques. Et comment ne pas soulever la question de la stigmatisation, celle que déjà l’on peut lire dans ce jugement arbitraire d’“incapables majeurs”. Jugement erroné qui ne tient aucunement compte de l’extrême variabilité des manifestations de la maladie, du poids du handicap. Stigmatisation de rapace insensé qui désigne la schizophrénie derrière tout dérangement de l’esprit, sans davantage regarder, chercher à comprendre, la singularité et la souffrance de celle ou celui à qui elle s’adresse. Stigmatisation qui banalise et flétrit : elle terrorise inéluctablement sa proie devant l’idée même de schizophrénie ; quand elle n’aggrave pas son repli autistique… lorsqu’elle est effectivement schizophrène.

S’il est une caractéristique première de l’état de dépendance, c’est bien le manque. Et ce manque est souffrance, qui conduit inéluctablement l’individu, être de besoin, à une recherche obstinée de l’objet de sa dépendance. Le petit d’homme, celui que sa mère met au monde, est sujet à la plus longue dépendance parentale du monde animal. A l’encontre des autres mammifères qui mettent bas, la femme met et donne au monde son petit. Parce qu’« il ne peut y avoir d’homme au sens propre que là où il y a un monde et il ne peut y avoir de monde au sens propre que là où la pluralité du genre humain ne se réduit pas à la simple multiplication des exemplaires d’une espèce[4].

Nous sommes donc nécessairement une humanité de personnes inter-dépendantes (dans leur in-suffisance) qui nous nourrissons de la différence des Autres. Etre humain, c’est être appelé à se décentrer et se vivre soi-même comme un Autre, dans le même temps que l’on vit l’Autre comme un étranger, un différent auquel on ne saurait demeurer indifférent. Plutôt que justifier de son identité, afficher sa carte de différence !

Quand il est question de prendre soin de la personne psychotique au cœur de notre commune humanité, c’est à de nouvelles valeurs pour fonder la politique qu’il faudra bien nous intéresser. Comment substituer une coopération de tous dans le souci premier des plus vulnérables à l’exaltation généralisée de la concurrence qui valorise les forts ? A l’heure où s’esquissent les prémices d’une politique du soin (CARE), il n’est pas inutile de rappeler qu’au 12é siècle,soigner signifiait cette besogne particulière qui consiste à fréquenter des marchés pour procurer des marchandises à quelqu’autre, dans le besoin.Etrange réminiscence d’une image moderne où le dealer répond à l’état de manque. Mais qui contesterait la nécessité de prodiguer des soins aux personnes dépendantes ? Qui contesterait qu’il y ait de la valeur dans cette dépendance-ci qui n’est pourtant pas dépourvue d’addiction[5]? A l’encontre de l’accoutumance (également appelée tolérance) du toxicomane qui dans la recherche frénétique de son produit en vient à négliger ceux qui dépendent de lui-même. Dépendre des Autres pour ne pas avoir à dépendre d’une chose, voilà ce que la politique ne saurait ignorer, ce qu’elle a à faire valoir.

L’éradication de la dépendance parait donc un leurre. Nous n’en avons pas moins à rester vigilants. Les progrès des sciences neurobiologiques dans la compréhension des fonctions cérébrales, l’analyse de plus en plus performante des dysfonctions au cours des diverses maladies psychiques, les progrès de la pharmacologie ne sont pas dénués de risque lorsqu’ils amènent à concevoir des processus de normalisation. Et quand la norme devient possible, c’est l’intolérance à l’anormalité qui croit. On en vient à traiter déjà sans grand discernement une foule d’enfants victimes de troubles de l’attention, au nom des performances normales que l’on attendrait d’eux. Un dépistage précoce des psychoses n’est plus à exclure, qui autoriserait un traitement préventif. Et lorsque les idéologies totalitaires s’installent insidieusement dans les esprits, qu’un mythe de l’homme nouveau gangrène les sociétés, une épuration psychique n’est jamais à exclure. Quand on sait ce dont l’homme fut encore capable depuis moins d’un siècle !

Comment ne pas préférer un monde imparfait qui accueille ses fous dans la Cité à la parfaite folie d’un monde sans fous ?

Jean-François de La Monneraye (UNAFAM 02)

 

 

[1]A lire : Le handicap psychique, un handicap caché, un handicap de tous les malentendus de Bertrand Escaig, RFAS 2009

[2]Des programmes psycho-éducatifs tels que PROFAMILLE et des ateliers d’échanges entre pairs tels PROSPECT sont d’excellents apprentissages pour adapter notre langage et notre posture lorsque nous nous adressons à notre proche.

[3]L’idée de Justice, Flammarion 2010

[4]Hannah Arendt, The Human Condition. Traduction française: La Condition de l’Homme moderne.

[5]Etre addict, c’est selon l’étymologie latine (ad-dicere) “être dit à” quelqu’un, comme l’étaient les esclaves sans autre nom que celui de qui les possède. Il est une forme de stigmatisation qui ne voit (ne dit) le psychotique qu’à travers sa psychose.

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>Marcel Storr, bâtisseur visionnaire

Du 16 décembre 2011 au 10 mars 2012, la mairie du 20e arrondissement et la mairie de Paris présentent l’exposition Marcel Storr, bâtisseur visionnaire au pavillon Carré de Baudouin. Entrée libre.

L’oeuvre de Marcel Storr est à la fois intrigante dans le détail, époustouflante dans son ensemble. Elle regroupe une soixantaine de dessins de cathédrales et mégapoles imaginaires réalisés clandestinement par un cantonnier du bois de Boulogne, décédé en 1976 dans le plus complet anonymat. Il s’agit sans doute d’une des plus importantes découvertes d’art brut de ces dernières années en France.


Cette oeuvre magistrale est à découvrir pour la première fois dans son intégralité, du 16 décembre 2011 au 10 mars 2012 au pavillon Carré de Baudouin. L’exposition Marcel Storr, bâtisseur visionnaire est présentée par la mairie du 20e arrondissement et la mairie de Paris, avec la collaboration de Liliane et Bertrand Kempf (les collectionneurs), Laurent Danchin (commissaire de l’exposition) et Géraldine Gauvin (coordination muséographique).
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>La psychiatrie dans la ligne de mire de la Scientologie (article Actusoins.com)

Une association liée à la Scientologie sollicite depuis plusieurs mois les hôpitaux psychiatriques sous prétexte de surveiller les hospitalisations sous contrainte.

Son nom peut porter à confusion, mais ne vous y trompez pas : la Commission des Citoyens pour les droits de l’Homme (CCDH) n’a rien à voir avec la fédération du même nom.

Derrière cette association se cache en réalité l’Eglise de Scientologie. Active depuis plus de dix ans en France, la CCDH reprend le principal credo de la secte : la lutte contre la psychiatrie, les antidépresseurs et les hospitalisations sous contrainte.

C’est au nom de ce dernier prétexte que l’association harcèle depuis plusieurs mois les hôpitaux psychiatriques français. Comme l’a révélé le Canard Enchaîné le 23 juin dernier (1), la CCDH réclame à ces établissements « une copie des pages des registres 2008 et 2009 établis pour les hospitalisés sous contrainte ».

Ces documents administratifs indiquent notamment les noms des patients, leurs dates d’entrée et de sortie, ainsi que les visites de  contrôle effectuées par les préfets et les magistrats.

Une méthode légale

« Nous avons bien été sollicités par la CCDH » nous confirme un hôpital du Pas-de-Calais. « Après avoir consulté notre service juridique, nous avons décidé de ne pas donner suite à leur requête »explique la direction.

Mais quelques mois plus tard, l’hôpital est obligé de céder : « la CCDH a déposé à deux reprises un recours à la Commission pour l’accès aux documents administratifs (CADA), nous allons donc leur communiquer les éléments souhaités, à savoir les dates de passage des autorités judiciaires. Nous allons bien sûr anonymiser ces documents comme la loi nous l’impose ».

La CCDH profite en effet d’une loi du 17 juillet 1978 qui garantit l’accès des citoyens aux documents administratifs. « Nous ne demandons que les dates de passage des préfets et des magistrats » se défend Mylène Escudier, présidente de la CCDH. « Nous respectons bien sûr le secret médical. Notre objectif est juste de savoir si les procédures d’internements psychiatriques sont bien respectées » assure-t-elle.  

La CCDH a donc envoyé des lettres à tous les hôpitaux psychiatriques ainsi qu’aux commissions départementales chargées de contrôler les hospitalisations sous contrainte (CDHP), lettre dont ActuSoins a obtenu copie.

« Au moins la moitié des hôpitaux nous a répondu favorablement. Pour les autres, nous avons saisi la CADA. Mais parfois cela ne suffit pas : nous avons porté plainte au tribunal administratif contre dix CDHP qui ne nous ont pas envoyé leur rapport d’activité malgré l’avis favorable de la CADA »explique Mylène Escudier (2).

Lobbying au Parlement

L’association compile ensuite tous ses chiffres dans un rapport de synthèse, qu’elle envoie aux parlementaires et aux membres du gouvernement. Une méthode de lobbying qui porte ses fruits, comme l’a constaté Georges Fennech. « Plusieurs parlementaires se sont fait piéger l’an dernier. Ils ont été plus de 80 à réclamer des explications sur les hospitalisations sous contrainte à la ministre de la santé après avoir été sollicités par la CCDH » explique le président de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Mais Georges Fennech avoue l’impuissance des autorités face aux techniques de cette association. « L’Etat a une obligation de transparence et certains en abusent, c’est la force et la faiblesse d’une démocratie » constate-t-il. « La Scientologie possède une véritable force de frappe, car elle a de gros moyens financiers et des juristes à sa disposition » ajoute le président de la Miviludes.

Ces moyens financiers permettent notamment à la CCDH de mener depuis plusieurs années une campagne contre les antidépresseurs : l’association a déjà envoyé à plus de 50.000 médecins généralistes de France un DVD contenant un documentaire à charge contre ces médicaments, réalisé par le siège de la CCDH aux États-Unis.

La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme.

Créée en 1969 aux Etats-Unis, la CCDH a vu le jour en 1974 en France. Elle est véritablement active depuis une dizaine d’années. Cette association est une émanation de l’église de scientologie. Elle ne cache d’ailleurs pas ses liens avec l’organisation, condamnée en 2009 pour escroquerie en bande organisée (3). La CCDH proteste contre l’usage des antidépresseurs et contre l’internement psychiatrique, qu’elle considère comme une atteinte aux droits de l’Homme. L’association s’appuie, entre autres, sur un des “credo” de la scientologie qui stipule que “l’étude du mental et la guérison des maladies d’origine mentale ne devraient pas être séparées de la religion, ni tolérées dans les domaines non religieux”.

(1) « La Sciento reprend du sévice », Canard Enchaîné du 23 juin 2010.

(2) Il s’agit des commissions départementales des hospitalisations psychiatriques du Var, de la Moselle, de la Meurthe et Moselle, des Côtes d’Armor, du Morbihan, de l’Aube, de la Lozère, de la Seine et Marne, des Hauts de Seine et de la Corrèze (Source : CCDH).

(3) La Scientologie a fait appel, la procédure judiciaire est donc toujours en cours. Sur ce sujet, voir les articles du Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/10/27/la-scientologie-condamnee-a-des-amendes-peut-continuer-ses-activites_1259183_3224.html) et de L’Express (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-scientologie-une-religion-impossible-en-france_469122.html)

Amélie Cano (Article original dans Actusoins.com)

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>La psychiatrie gouvernée par les normes américaines (LePoint.fr)

 

Par 

Le manuel américain des troubles mentaux déshumanise la médecine et veut à tout prix faire entrer les malades dans des "cases".

Le Pr Maurice Corcos part en guerre contre le fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manuel) américain. Ce psychiatre et psychanalyste, qui dirige le département de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'institut mutualiste Montsouris de Paris, s'insurge contre "le nouvel ordre psychiatrique", tel qu'il est enseigné aujourd'hui dans les facultés de médecine. Et il le fait savoir dans le livre qu'il vient de lui consacrer*. Il regrette la seule prise en compte des faits et donc la disparition de toute interprétation subjective, ce qu'il considère comme une grave régression pour les malades. Et il s'emporte contre la réduction des existences à de simples accidents biologiques.

Dès l'introduction, le ton est donné : "La pensée stérilisée par l'apprentissage à répondre efficacement à des QCM (questionnaires à choix multiples) pour valider leurs examens" réduit les étudiants en psychiatrie à "collecter les symptômes que leur impose le DSM, les additionnant sans fin, puis les soustrayant pour aboutir à un résultat qu'ils livrent joyeux comme le bon élève qui a vaincu une équation à une inconnue. Mais l'équation a plusieurs inconnues et l'homme, surtout quand il devient "fou", sont une machine déréglée qu'aucune check-list ne parviendra à résumer…"

Lire la suite sur lepoint.fr

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>Autisme : trois psys répondent aux accusations du film « Le Mur » (Tribune sur Rue89)

 

Les trois signataires de cet article :

Geneviève Haag, pédopsychiatre et psychanalyste. Elle a tenu la plume.

Bernard Golse, chef de service de pédopsychiatrie à l'hôpital Necker – Enfants malades (Paris) et membre du conseil d'administration de la CIPPA, et Dominique Amy, présidente de la CIPPA et auteure de deux livres sur l'autisme.

 

A l'occasion du procès de la réalisatrice du documentaire « Le Mur » , dont l'audience se tient ce jeudi 8 décembre, et qui a suscité un important débat sur Rue89, nous donnons la parole à des psychanalystes membres de la Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes s'occupant de personnes avec autisme (CIPPA). L'un des signataires, Bernard Golse, est interviewé dans le film, mais ne le poursuit pas devant la justice. Le film accuse la psychanalyse d'apporter de mauvaises réponses à l'autisme infantile. Geneviève Haag et ses deux co-signataires répondent.

 

La Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes s'occupant de personnes avec autisme (CIPPA), reconnaît la diversité des pratiques et des hypothèses théoriques concernant l'autisme dans les courants psychanalytiques, et peut discuter avec certains membres du courant lacanien.

Elle dénonce la condamnation abusive des « psychanalystes » et de « la psychanalyse » dans un amalgame autour de certaines formulations émises dans le documentaire « Le Mur ».

Il serait nécessaire de rétablir l'authenticité des propos émis par les interviewés car ceux-ci ont été coupés et remontés, certains fragments ont même été recollés de façon complètement déformante.

Ainsi, Bernard Golse dénonce le rapprochement de ses propos sur la biologie de la grossesse, indépendante des questions sur l'autisme, de propos parlant de mouvements inconscients de rejets du futur bébé. Il réfute le lien de causalité entre les mouvements inconscients de la mère dans la période prénatale et l'autisme.

Le courant que nous représentons, regroupement de praticiens résolus à améliorer leurs pratiques, ne se reconnait en aucune façon dans une série d'accusations.

L'accusation de la culpabilisation des parents

Dominique Amy souligne la nécessité de contacts fréquents avec les parents au cours des prises en charge en institutions. Elle insiste aussi sur le partage des observations et des tentatives de compréhension tenant compte des difficultés spécifiques de chaque enfant. La psychothérapie psychanalytique, individuelle et groupale proprement dite, loin d'être un placage d'une théorisation préalable périmée, est le lieu d'une observation très détaillée et patiente du langage corporel préverbal que les enfants eux-mêmes nous ont aidés à décrypter.

Les enfants cherchent ainsi à communiquer des vécus corporels pénibles (tomber, se répandre, perte du sentiment de peau, perte de sensation de certaines parties du corps), que nous verbalisons. Ces apports se relient très bien à toutes les recherches en cours – qu'elles soient cognitives, neuroscientifiques ou génétiques – sur les particularités sensorielles, perceptives et de représentation.

L'accusation d'empêcher les enfants d'accéder à l'éducation et à l'instruction

Nos membres proposent la compréhension et les soins psychanalytiques dans un esprit de constante articulation avec les autres approches : stratégies éducatives et instructives variées, scolarité et approches rééducatives : orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, coordonnées et ajustées à chaque enfant (comme décrit dans le livre Autisme : L'accès aux apprentissages d'Anne-Yvonne Lenfant et Catherine Leroy, 2011).

Certains d'entre nous se sont formés eux-mêmes au TEACCH et à l'ABA ainsi qu'aux stratégies de communication alternative au langage verbal PECS et MAKATON pour comprendre ces méthodes et pouvoir accompagner ceux qui les utilisent. Nous en avons pris le meilleur, mais critiqué certains professionnels qui préconisent et mettent en pratique une trop grande élimination de la relation affective et ludique.

L'accusation de l'isolement

La théorisation purement psychogénétique de l'autisme et l'ignorance ou le mépris des apports des recherches cognitivistes neurophysiologiques et génétiques ne nous concernent pas. Plusieurs d'entre nous ont participé au Réseau interdisciplinaire Autisme Sciences (RIAS, rattaché au CNRS), au Cercle de neuropsychologie et psychanalyse (CNEP).

Dans « Comment aider l'enfant autiste » (Dunod, 2004), Dominique Amy affirme que les recherches neurophysiologiques et génétiques mettent à juste titre les mères et les pères hors de cause concernant l'émergence de l'autisme chez leur enfant. Nous pensons cependant qu'ils ont à être très soutenus afin de les aider à mieux surmonter leur détresse, à comprendre les difficultés de leur enfant et à lui proposer un environnement adapté, avec des actions éducatives et thérapeutiques couplées à une scolarisation bien accompagnée (AVS et soutien du personnel enseignant).

L'accusation de refuser toute évaluation

Certes nous avons pris du retard en matière d'évaluations formalisées utilisant les outils recommandés. Dès sa fondation en 2004, la CIPPA a recommandé à ses membres les évaluations standardisées et beaucoup d'équipes se sont formées et/ou travaillent en coopération avec les Centres de diagnostic . Pour les psychothérapies proprement dites, nous participons au Pôle Autisme du réseau INSERM de recherche fondée sur les pratiques psychothérapiques.

L'accusation de ne pas solliciter des diagnostics

Il est faux de dire que nous ne proposons pas de prises en charge précoce, car bon nombre d'entre nous collaborons avec les PMI et les crèches afin de favoriser autant et dès que possible la prévention et les suivis nécessaires. Nous sommes en étroite liaison avec les recherches de l'association Préaut, de dépistage de l'autisme.

 

Lire l'article sur le site Rue89

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>Formations à Utopsy (Vidéos)

Pierre Dardot à UTOPSY from UTO PSYS on Vimeo.

Pierre DARDOT,

Philosophe et auteur avec Christian Laval de

« La nouvelle raison du monde, essai sur la société néolibérale »,

publié à la Découverte en 2009.

Présentation

Jean-Claude Polack "Entre structures et processus : psychoses et conditions d’une analyse pragmatique » from UTO PSYS on Vimeo.

Jean Claude POLACK, psychiatre et psychanalyste, auteur de l'ouvrage:

"Epreuves de la folie, travail psychanalytique et processus psychotiques".

Il a travaillé pendant une douzaine d'années aux côtés de Jean Oury et de Félix Guattari à la clinique de La Borde. Jean Claude Polack exerce actuellement dans un collectif d'analystes à Paris.
Il est également directeur de la revue Chimères (http://www.revue-chimeres.fr/), fondée en 1988 par Gilles Deleuze et Felix Guattari. Il a aussi réalisé un film sur François Tosquelles.

Bibliographie:
– " Epreuves de la folie, travail psychanalytique et processus psychotiques", Eres 2006
– " L'intime utopie", co-écrit avec Danielle Sivadon.
http://www.revue-chimeres.fr/

Cette vidéo a été réalisée lors du diplôme universitaire "Psychose et institution" coordonné par le Dr Guy DANA (EPS Barthélémy Durand, Etampes) et la faculté Paris7

Dans leur ouvrage, Dardot et Laval analysent les modifications du capitalisme et voient dans le passage du libéralisme au néo-libéralisme, l’avènement d’une nouvelle rationalité où la question centrale n’est plus de « laisser-faire » (Adam Smith) mais bien de « conduire les conduites » des hommes, en créant un cadre normatif propice au développement de la concurrence.

Après une analyse politique, historique et philosophique s’appuyant notamment sur les outils foucaldiens comme « la gouvernementalité », les auteurs définissent un nouveau processus de subjectivation où les individus intègrent eux-mêmes la normativité concurrentielle, chacun devenant « auto-entrepreneur » de lui-même, ce qu’ils définissent comme étant la fabrique du « sujet néo-libéral ».

S’appuyant sur cette analyse politique, les auteurs développent une pensée critique pour sortir des alternatives proposées par l’antilibéralisme classique, où nombres de partitions sont devenues inopérantes pour analyser les enjeux du monde contemporain (notamment la partition entre l’Etat et le Marché, entre le public et le privé). Pour ce faire, Dardot et Laval étudient les questions amenées par Marx, s’extirpant par là des définitions imposées par le marxisme orthodoxe, véritables « obstacles à la pensée » qui plutôt que de s’affronter à un « champ de questions » élaborent des « réponses définitives sur le sens des mots » (Cités 2010/3, n° 43).

Présentées comme « naturelles » ou « allant de soi », Dardot et Laval montrent que ces normes peuvent être considérées comme des constructions politiques, d’autant plus efficaces qu’elles ne peuvent être remises en cause qu’après une analyse minutieuse. Dès lors, comment mettre en perspective le « pouvoir de la norme » ?

C’est du côté des « communs », en tant que ces derniers sortent du cadre de pensé imposé par le néolibéralisme, qu’une politique d’émancipation pourrait se recréer. L’enjeu est bien d’avancer dans un constructivisme à même de fonder une politique des communs : « La théorie des communs permet de souligner le caractère construit des communs. Rien ne peut laisser penser qu’un commun pourrait fonctionner sans règles instituées, qu’il pourrait être considéré comme un objet naturel.»

Inventer des outils pour penser le monde contemporain, sortir des positions orthodoxes pour affronter les nouveaux agencements problématiques, mettre en acte une praxis émancipatrice : cette analyse des nouvelles figures de l’aliénation sociale n’a-t-elle pas de grandes résonances avec ce qui se joue pour nous dans la clinique quotidienne avec la folie ?

Ainsi, comment questionner les orthodoxies de tous poils qui prétendent diriger nos actes explicitement ou implicitement ? Aux politiques d’émancipation pourrait-il correspondre des cliniques émancipatrices ?

Rappel des épisodes précédents

L’an passé, Yves Clot et Samuel Lézé, nous ont tous deux commentés le rapport du Centre d’Analyse Stratégique remis à N. Kosciusko-Morizet « La santé mentale, l’affaire de tous ». Ce rapport, en pointe dans la redéfinition du champ psy et dans l’avènement du « santé-mentalisme », nous obligent à questionner le cadre normatif qui tente de s’imposer par des entités « naturelles » comme « le bien-être », « la qualité de la vie », « la souffrance au travail », « la santé mentale positive » etc.

Ces nouvelles normes nous ont été décrites par Y. Clot comme un « hygiénisme rénové » tandis que S. Lézé y voyait une entreprise de dépossession de la problématique même de la « santé mentale » qui en devenant « l’affaire de tous » n’est paradoxalement plus celle des psys, concourant ainsi à délégitimer toute une série de pratiques inventives.

Par ailleurs, les mots employés sont révélateurs : si le terme de « santé mentale » fut à une époque porteur d’une ouverture dans le champ psychiatrique, il est désormais un mot récupéré et « occupé » par la rationalité dominante, tout comme les mots d’usagers, de déstigmatisation etc.

Perspectives et lignes de fuite

Dès lors, comment penser une clinique fondée sur un autre type de processus de subjectivation qui porterait en son sein la question du désir inconscient articulé à un « agir en commun » émancipateur ? Comment se nourrir des réflexions sur le commun pour articuler une praxis clinique qui serait émancipatrice et s’articulerait autour d’un agir commun. « Une politique des communs [nécessite] d’inventer des normes de l’action qui permettent de faire fonctionner un commun » précisent les auteurs.

De fait, les conditions du renouvellement de la pensée critique se précisent, à mesure que se créent des outils, des concepts et des pratiques pour penser le monde et agir sur lui. Du côté de la clinique, cela nous a été amené par nos premiers invités de l’année : Christophe Chaperot, Guy Dana et Paul Brétécher.

Comment repenser les apports fondamentaux développés par la psychanalyse à partir du transfert et par le mouvement de psychothérapie institutionnelle en termes de collectif et de pratiques instituantes ?

Si la psychothérapie institutionnelle travaille l’articulation entre aliénation sociale et aliénation psychopathologique, entre marxisme et psychanalyse, penser la contemporanéité en mettant à jour les questions posées par Marx tout en se détachant de son orthodoxie, nous semble fondamental.

« Seul l’acte d’instituer les communs fait exister les communs » précisent Dardot et Laval. N’est-ce pas là poser la question du processus d’institutionnalisation et de l’analyse institutionnelle (Oury), là où l’ouvert de l’instituant est en proie aux tentatives de fermetures de l’institué ?

Mathieu Bellahsen et Loriane Brunessaux pour UTOPSY

 

Gonon à Utopsy Partie 1 from UTO PSYS on Vimeo.

François Gonon, neurobiologiste et directeur de recherche au CNRS à Bordeaux

sur le thème "Les dérives du discours du neurosciences et sés conséquences sociales : l'exemple de l'hyperactivité TDAH"

Il sera discuté par Samuel Lézé, chercheur à l'Institut de Recherche Interisciplinaire sur les enjeux Sociaux, et chercheur en sciences sociales au CNRS

François Gonon développera la manière dont le discours des neurosciences est abusivement mis en avant pour affirmer une origine neurobiologique des troubles psychiques sur la base d'évidences scientifiques en réalité faibles.
Il travaille en tant que neurochimiste depuis 34 ans sur un neurotransmetteur: la dopamine et a donc travaillé sur les psychostimulants comme l'amphétamine ou la ritaline qui sont les médicaments prescrits aux enfant hyperactifs. Concernant l'hyperactivité, le dogme est que ce trouble résulte d'un déficit de dopamine que vient corriger le médicament psychostimulant. François Gonon a écrit en 2009 un article de synthèse, publié dans une grande revue nord américaine Trends in Neuroscience où il montre, après un examen attentif de la littérature scientifique, que ce dogme n'est pas fondé.
Actuellement, il travaille avec des sociologues et des chercheurs en sciences de la communication pour comprendre comment est généré l'écart entre les observations scientifiques sur les troubles mentaux et les conclusions abusives présentées au grand public.

Alexandra de Séguin, pour Utopsy

Bibliographie :

https://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=536 : "Le trouble déficitaire de l'attention : faits et interprétations politiques" François Gonon (chercheur au CNARS) et Annie Giroux-Gonon (psychologue, psychanalyste)

1.Gonon, F., Guilé, J. M. & Cohen, D. Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité: données récentes des neurosciences et de l’expérience nord américaine. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence sous presse (2010). Cet article peut être demandé à francois.gonon@u-bordeaux2.fr

2. Gonon, F. The dopaminergic hypothesis of attention-deficit/hyperactivity disorder needs re-examining. Trends in Neuroscience 32(1), 2-8 (2009).

Gonon à Utopsy part 2 from UTO PSYS on Vimeo.

Gonon à UTOPSY partie 3 from UTO PSYS on Vimeo.

François Gonon, neurobiologiste et directeur de recherche au CNRS à Bordeaux

 

Christophe CHAPEROT "Transfert et schizophrénie" from UTO PSYS on Vimeo.

CHRISTOPHE CHAPEROT est psychiatre et psychanalyste,
Rédacteur en chef de la revue "L'Evolution Psychiatrique" (par délégation)

Auteur d'une quarantaine d'articles sur la schizophrénie (et son traitement psychanalytique), le structuralisme, le transfert, la psychothérapie institutionnelle (dans L'Evolution Psychiatrique, L'Information Psychiatrique, L'encyclopédie médico-chirurgicale, La revue internationale de psychopathologie, etc.), Christophe Chaperot est également lecteur pour les éditions "Flammarion".

Par ailleurs il a fondé en 2001 le "Collectif Psy Abbevillois" qui organise tous les ans un colloque à Abbeville (http://www.collectifpsy.org/index.html).

Médecin chef de service à Abbeville, il développe un projet de psychothérapie institutionnelle, avec «club thérapeutique ». C'est à partir des activités communautaires en autogestion soignants-soignés (sans subvention) qu'une analyse des transferts et des répétitions peut être menée: "Ma démarche est phénoméno-technique au sens de Bachelard, un concept doit toujours être appliqué dans la réalité concrète, le concept d'inconscient freudien doit être appliqué à l'institution sinon il ne s'agit que de bavardage."

Florent Gabarron-Garcia pour Utopsy.

Cette vidéo est issue du Diplôme Universitaire "Psychose et Institution" coordonné par le Dr Guy DANA ( EPS Barthélémy Durand) et la faculté Paris 7

Bibliographie principale:

– Christophe Chaperot, Structuralisme, clinique structurale, diagnostic différentiel névrose psychose, Paris, L'Harmattan, 2003, coll : Etudes psychanalytiques.

– Christophe Chaperot, Anne Bourgain et Christian Pisani, Le rire à l'épreuve de l'inconscient, Paris, Hermann, 2010, coll : Psychanalyse.

Jean OURY et Patrick CHEMLA, La psychothérapie institutionnelle, le collectif, le commun from UTO PSYS on Vimeo.

Filmées lors du festival "les évadés du bocal", les interventions de Jean Oury et de Patrick Chemla, psychiatres et psychanalystes respectivement à la clinique de La Borde et à Reims, transmettent une autre manière de faire la psychiatrie, manière qui met en question l'aliénation psychopathologique et l'aliénation sociale.
 

http://lesevadesdubocal.canalblog.com/

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>Rendez-vous le 17 mars 2012 à la parole errante

Le dimanche 4 décembre 2011, 


RDV le samedi 17 mars 2012 de 9h à 17h

à la Parole Errante à Montreuil/Bois 93100

 

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire s’est réuni les 3 et 4 décembre 2011 afin de poursuivre le mouvement que nous avons instauré depuis maintenant trois ans. 

Prenant acte que : 


La loi du 5 juillet 2011, malgré sa restriction pour les libertés publiques des patients et des citoyens ayant affaire avec la psychiatrie, est appliquée dans la plupart des services de psychiatrie adulte ; 


Les pratiques de terrain ne cessent de se détériorer dans le champ psychiatrique et pédopsychiatrique ; 


La tendance gestionnaire nous éloigne du coeur du métier qui est de prendre soin ; 


La tendance sécuritaire semble désormais contaminer les partis d’opposition (le parti socialiste, suite à l’affaire de Chambon sur Lignon, fait maintenant la promotion des centres éducatifs fermés). 


Prenant également acte que : 


Les professionnels, patients et proches que nous rencontrons dans les différents espaces (forums, manifestations, et débats organisés partout en France depuis 3 ans avec le collectif des 39) s’insurgent contre le mode de traitement des humains les plus en difficulté psychiquement


Le manque de formation des professionnels, le manque d’explications et de transmission des savoirs faire aux proches des patients et à leurs familles, le manque de tolérance de la société aux personnes questionnant les normes dominantes se retrouvent partout ; 


Les discours critiques sur la situation actuelle ne peuvent avoir de porté sans des pratiques de terrain accueillantes faisant réellement hospitalité à la folie ; 


L'expérience de certains lieux et de certaines équipes démontre que d’autres psychiatries sont possibles. 


Nous nous engageons à : 


Construire un mouvement partant avant tout du terrain: il est désormais nécessaire de regrouper les lieux, les personnes – patients, proches, familles, soignants – et les équipes qui veulent une psychiatrie nouvelle ; 


Proposer une formation aux soins relationnels qui prenne en compte la complexité de l'humain et de son psychisme afin de ne pas se satisfaire de réponses simplistes et de savoirs faire expéditifs ; 


La préparation d'Assises refondant une psychiatrie accueillante et rigoureuse dans son éthique et ses praxis ; 


Mettre la psychiatrie à l’ordre du jour des élections présidentielles et législatives, pour questionner ses rapports avec la protection des libertés fondamentales, au sort réservés aux personnes à la marge voire exclues du fait de leurs rapports aux normes dominantes. 


Nous appelons toutes les personnes qui, au quotidien, ne se satisfont pas du sort réservé aux citoyens les plus en difficulté psychique à nous rejoindre pour construire: 


– localement des espaces d’hospitalité ; 


– nationalement une force qui modifiera le tournant sécuritaire et gestionnaire de l’ensemble du lien social actuel. 


Nous nous donnons rendez-vous : 


le samedi 17 mars 2012 à Montreuil 

à "la maison de l’arbre, la parole errante" 

9, rue François Debergue – 93100 Montreuil 

Inscriptions: www.collectifpsychiatrie.fr 

 

 

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. 

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>«On a besoin de psychiatres qui ne désertent pas» (Libération, le 29/11)

 

 

 

Par ERIC FAVEREAU

«Qu’est-ce que voulez-vous que je dise ? C’est une honte.» Hervé Bokobza, psychiatre et psychanalyste, ne cache pas sa gêne. Il répond à une question de Claude Finkelstein sur l’assourdissant silence des psychiatres devant la montée en puissance des chambres d’isolement pour les malades mentaux, devant les pratiques de contention qui se multiplient, devant l’abrutissement aux médicaments, et, en l’occurrence, devant la passivité des psychiatres de Nice qui n’ont rien dit après le licenciement d’une de leurs collègues, considérée comme responsable de l’évasion d’un malade détenu.

«On a besoin de vous, on a besoin de psychiatres qui nous défendent. Et non pas de professionnels de santé qui désertent», a répété Claude Finkelstein. Ce week-end à Lyon, lors du Forum de Libération, la rencontre était inédite. D’un côté, Hervé Bokobza, psychiatre, porte-parole du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, un groupe qui s’est constitué, il y a trois ans, au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy sur la «sécurisation» des hôpitaux psychiatriques. De l’autre, Claude Finkelstein, qui dirige avec un courage unique la Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie : elle est malade et elle se bat. Depuis des années, il y a comme un fossé, lourd de malentendus et d’incompréhension, entre les malades et les psychiatres. Comme s’il n’était pas tout à fait sur le même bateau ivre. Au point que les politiques ou l’administration font alliance avec l’un pour contrer l’autre.

A Lyon, ces deux figures de la psychiatrie ont débattu, avec chaleur : «Oui, j’ai honte de notre silence, j’ai honte de la pratique dans certains lieux, mais n’est-ce pas un peu toute la société qui est anesthésiée ? Nous, au Collectif des 39, nous nous sommes créés contre cela», a expliqué Hervé Bokobza. Claude Finkelstein : «C’est vous qui pouvez nous aider, et empêcher que l’on soit enfermé contre notre volonté. On a l’impression, aujourd’hui, que c’est normal de contraindre un malade. Il n’y a qu’en psychiatrie que l’on peut imposer des soins… C’est incroyable, alors que bien souvent il suffit d’un peu de temps pour que le malade accepte

Hervé Bokobza : «Le malade n’est pas dangereux. Il l’est quand il est abandonné, isolé, reclus. Je crois qu’il faut fermer les hôpitaux psychiatriques et ouvrir des lieux pour accueillir ceux qui en ont besoin.» Il ajoute : «On a une mauvaise façon de voir, on parle toujours des 1% de malades qui sont hospitalisés, internés, des grands fous. Mais la très grande majorité se débrouille, vit dans la ville. On en connaît tous des gens qui sont un peu bizarres, qui délirent un peu, mais se débrouillent.» Claude Finkelstein : «On ne choisit pas d’être fou. Il faut s’en accommoder, trouver le bon traitement, un peu mais pas trop.» Puis Hervé Bokobza : «Il faut aller vers des états généraux de la folie

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>Le juge, l'avocat, le psychiatre… et le patient

Avocat à La Rochelle, Dominique Jourdain a été désigné pour assurer le service des «gardes à vue psychiatriques». Il s'oppose vivement à la poursuite d'une « expérience » qu'il juge « calamiteuse » et partage avec nous son argument.

J'ai déjà dénoncé la fausse bonne idée que représente le simulacre de débat contradictoire que met en scène la Loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge applicable depuis le 1er août dernier. Cette loi systématise en effet l'intervention du juge des libertés et de la détention (JLD) pour valider les hospitalisations d'office, les hospitalisations sans le consentement du patient.

Le système mis en place (que de précédents textes avaient déjà imaginé mais sans les ritualiser avec un caractère automatique) a suscité l'opposition de l'immense majorité des soignants. Seuls se sont félicités quelques notables du Barreau, saluant « la grandeur d'un métier qui permet de porter la parole dont serait privé celui que la maladie a rendu vulnérable »…Sauf que, dans la pratique, faire intervenir le JLD pour valider une « détention » en restaurant « la parole à la défense » n'est ni plus ni moins que faire du psychiatre un agent de l'administration pénitentiaire et du patient celui qui a transgressé la règle, la loi, l'ordre, c'est à dire un présumé délinquant. L'hospitalisation est exclusivement un acte de soin, alors quid de la place de l'avocat ?

Suite de l'article à cette adresse :


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> Humeur : Le médico-social en manque d’utopie ?

 

 

Le management à l’IME d’Epernay a fait la preuve de sa nuisance : souffrance au travail, arrêts maladie à répétition, mais surtout rabotage du «  principe d’espérance » (Ernst Bloch).

 

En effet certains salariés ont le sentiment de n’être plus capable de changer quelque chose dans le sens de leur travail, tant sont perverti leurs démarches : ainsi un courrier à  l’employeur  réaffirmant leur attachement à un projet référé à la psychothérapie institutionnelle a eu pour réponse « nous ne pouvons qu’être d’accord avec les orientations humanistes et éthiques (du projet)……….

 

Mais nous souhaitons que soient retravaillées les activités des uns et des autres et les pratiques professionnelles… » En lien cette fois avec « l’audit maison », donc place à la « modernité », au cynisme de la nouvelle  « gouvernance » et de son autoritarisme, aux « bonnes pratiques » répertoriées, à l’apathie généralisée…. 

 

Basta surtout  à la lutte du collectif : dépassez votre petite colère, il n’y a rien a imaginer  dans vos pratiques professionnelles  (amener l’homme au front de la création dit Ernest Bloch), des experts sont la pour cela, les temps ne sont plus « enchantés », tout est asséché par la crise…

 

No futur ? Ou disons mauvaise passe pour reconstruire l’espoir collectivement ?

 

Les indignés sparnaciens

 

 

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>Clinique de Dostoïevski : Crime et châtiment (2/20)

Raskolnikov : le temps de l’insomnie 

La réalité en tant que telle n’a pas de prise sur le héros tragique dostoïevskien. Ce qui compte toujours c’est l’interprétation, le sens, que lui donne le héros – interprétation et sens souvent très contaminés par l’état émotionnel qui est le sien à ce moment-là. Même la biographie du personnage, pourtant parfois déterminante (comme, par exemple, dans les Frères Karamazov) ne renvoie jamais à une temporalité ni ne donne les causes du drame vécu. Ces causes sont toujours le combat pour affirmer une pensée en dehors de toute garantie divine. De ce point de vue, le combat engagé tranche avec tout ce qui existait avant et, comme c’est un combat inédit, rien ne permet de prévoir la suite. Le héros tragique dostoïevskien ne connaît pas le temps linéaire ; il ne se réfère pas à un avant et il ne connaît pas non plus un déroulement. Il est en permanence insomniaque, suspendu à l’instant qu’il traverse, en permanence en crise avec tout, en conflit. C’est certainement pour cela que l’on lit toujours Dostoïevski comme un roman policier : une crise appelle et implique un dénouement, une solution. Seulement, voilà, ici la crise est la figure singulière de la bataille que mène chaque homme pour exister dans un monde abandonné par Dieu. Figure singulière de cette bataille maintenant incontournable, chaque héros tragique dostoïevskien, coupé du temps et immobilisé dans sa manière de vivre son combat pour changer le cadre de pensée existant, devient le personnage d’un mythe dans l’Olympe de la modernité. Ce qu’on appelle, d’ailleurs, le personnage dostoïevskien. Continuer la lecture de >Clinique de Dostoïevski : Crime et châtiment (2/20)

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>Rencontres à venir…(Compléments au calendrier des 39)

 

UTOPSY

Guillaume Sibertin Blanc lundi 21 novembre prochain (27 rue des Bluets, Métro Ménilmontant ou Père Lachaise, Paris 20)

Christophe Chaperot, Anne Bourgin, Christian Chipani le lundi 16 janvier 2012

Site d'Utopsy : http://utopsy.overblog.com


Séminaire d’Heitor O’Dwyer de Macedo « clinique de Dostoïevski »

– Rencontre avec Dr Michaël Guyader, samedi 26 novembre de 14h à 18h, 18 rue de Varennes, Paris. 

http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Heitor-O-Dwyer-de-Macedo-la.html?decoupe_recherche=macedo

– « Les enseignements de la folie : feuilleton dangereux » sur MediaPart (http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire)


D.U « Psychose et Institution » :  mardi 29 novembre, à Longjumeau

http://www.shc.univ-paris7.fr/spip.php?article203

Une Autre psychiatrie

de 10h à 12h30 : Après la projection du film de Danièle Sivadon et Jean-Claude Polack sur François Tosquelles, film intitulé : Une Politique de la folie 

Débat avec Jean-Claude Polack, Philippe Rappard, J.J Moscowitz, Yves Le Bon, Linda de Zitter et Guy Dana

14h : Jean-Claude PolackEntre structures et processus : psychoses et conditions d’une analyse pragmatique »

15h : Christophe Chaperot, « Schizophrénie et transfert »

PROGRAMME 2011-2012 : TELECHARGEMENT ICI

 

Rencontre de Maison Blanche : Vendredi 9 décembre 2011 de 9h à 18h

A propos de « la psychothérapie institutionnelle d'hier à aujourd'hui" sur le thème de la fabrique du sens.

Programme : TELECHARGER LE PROGRAMME

 

Séminaire de La CRIEE, Reims

Projection du film « Traduire » de Nurith Aviv, le jeudi 24 novembre 2011

http://www.cerclefreudien.org/activites/seminaires-Reims.php?PHPSESSID=ff80da790d5d51149699216f6cb869e4

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>Comment les centres psychiatriques rendent les gens… fous (Le Plus Nouvel Observateur)

Le collectif des 39 attire votre attention sur le témoignage publié sur le site du nouvel observateur, décrivant la déshumanisation de l’accueil d’un service d’urgences psychiatriques.

Valérie est assistante sociale. La souffrance des autres est son pain quotidien. Mais parfois, l'exercice de ses fonctions prend des allures d'immersion dans des mondes parallèles. Ce jour-là, elle accompagnait un usager en centre psychiatrique d'orientation et d'accueil.

 

La salle d'attente ressemble à l'idée que je me fais d'un cauchemar psychotique. Un vieillard déambule d'un pas pesant, un calepin à la main. Il se penche sur un écriteau et l'examine longuement, comme s'il admirait un chef d'œuvre de Leonardo : "L'utilisation du téléphone portable est interdite dans cette enceinte" peut-on y lire (LIRE LA SUITE…)

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>Les enseignements de la folie : Un feuilleton «dangereux», Clinique de Dostoïevski : Crime et châtiment, 1/20

Raskolnikov

Wood Allen a écrit quelque part : si Dieu existe il faudra qu’il ait une bonne excuse. Cette phrase a derrière elle plus d’un siècle et demi de travail de pensée dans l’institution de la culture. C’est par cet angle que je commencerai à aborder le roman Crime et châtiment sur lequel nous travaillerons maintenant.

L’homme du sous-sol, terré au fond de sa solitude, lance un défi fou à l’autre. Incapable d’aimer et, pour cela, méchant et malade, il veut prouver – et d’abord à lui-même – qu’il n’a besoin de personne, que sa haine lui suffit pour vivre. L’autre est convoqué sous la forme d’un interlocuteur impossible, pour qu’il lui dise son désintérêt pour son existence, pour qu’il lui raconte son crime, le meurtre de Lisa. La parole de l’homme du sous-sol n’a pas d’adresse. N’empêche que, pour dérouler sa pensée, il a besoin de la présence de l’autre à cette place d’un spectateur impuissant. La tension que cette présence provoque lui est nécessaire ; il en tire l’énergie pour affirmer fébrilement l’inutilité de cette présence. D’où le caractère stérile, ressassant, vertigineux, infini, tragique de sa parole. Ce qui fait de l’homme du sous-solun personnage tragique c’est, comme le dit Leslie Kaplan, qu’il veut se passer de l’autre pour penser, mais comme « c’est l’autre qui est le support de la parole, sans adresse la parole se perd, se dilue, s’effiloche». (cf.L’expérience du meurtre, in Les Outils, POL, Paris, 2003.)

Avec Raskolnikov la tragédie change de configuration. Avec lui Dostoïevski inaugure la série de personnages tragiques qui vont l’occuper jusqu’à la fin de sa vie. Il ne s’agit plus ici de convoquer l’autre pour nier son existence, mais de répondre à une question : si Dieu n’existe pas, comment vivre ? Et aux corolaires de cette question : si Dieu n’existe pas,  quel référent garantit la réalité de la vie et de la pensée ? Si Dieu n’existe pas, que devient la loi ?  Continuer la lecture de >Les enseignements de la folie : Un feuilleton «dangereux», Clinique de Dostoïevski : Crime et châtiment, 1/20

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>Déclaration de Lyon : Quand la mondialisation nous rend fous, pour une écologie sociale.

 

Nous, signataires de cette déclaration, réunis en Congrès des 5 Continents sur les effets de la mondialisation sur la santé mentale, experts pluridisciplinaires en santé mentale en même temps que citoyens du monde, appelons à une prise de conscience des effets psychosociaux de la mondialisation et des principes et conséquences qui en découlent.

Cette déclaration se situe dans la filiation des principes de la Déclaration d’Alma Ata de 1978 et de la Charte d’Ottawa de 1986, en accord avec la récente Déclaration Politique de Rio du 21 Octobre 2011 sur les Déterminants Sociaux de Santé, tout en précisant la spécificité de la Déclaration de Lyon : promouvoir une Ecologie du Lien Social dans le contexte de la Mondialisation.

1-PREAMBULE SOUS FORME DE GLOSSAIRE
Certains mots doivent être précisés pour éviter les malentendus: mondialisation, psychosocial, santé mentale, précarité, souffrance, écologie des liens sociaux.

1-1 La mondialisation associe deux processus différents et intriqués :
Un processus de très longue période qui résulte de la croissance des flux migratoires, des échanges humains, commerciaux et d’informations à travers les frontières physiques et politiques. Les échanges culturels se sont intensifiés depuis le milieu des années 80 avec la révolution numérique jusqu’à la dimension d’un village planétaire où « l’autre est mon voisin ». C’est une véritable conscience mondiale qui émerge aujourd’hui, et les régulations revendiquant une meilleure gouvernance et une nouvelle citoyenneté, sans exclure les identités nationales et régionales. Le risque est celui d’une solidarité abstraite et vide. Ce défi est périlleux mais vital à relever.

Ce premier processus est à distinguer du second qui est constitué par la prédominance de l’économie de marché soumise au seul profit, nommément le néo-libéralisme; le mouvement a émergé à la fin du XIXème siècle et s’est accéléré à la fin de la seconde guerre mondiale. Le marché est supposé rationnel et l’Etat devrait se cantonner à une intervention minimale, sans régulation. Une idéologie se construit où seule l’initiative individuelle devient le pivot de la richesse des nations comme de leur malheur. Cette dérégulation est démultipliée par l’accélération des flux des nouvelles technologies en information et en communication, du fait du premier processus, mais elle domine le monde par la cupidité sans contrôle de ceux qui sont aux manettes ; déconnectée de l’économie réelle et du pouvoir politique, elle n’a pas d’horizon temporel ni social.

Ces deux niveaux de processus ont des effets psychosociaux différents dont il convient de reconnaître les effets fastes et néfastes en termes de santé mentale.

1-2 Les effets psychosociaux : le qualificatif psychosocial souligne l’interaction normalement indissoluble entre ce qui revient à la part du sujet et ce qui revient à la vie sociale. En ce sens, les effets de contexte, et en tout premier lieu celui de la mondialisation, affectent simultanément le sujet individuel et le lien social. Ces effets favorables ou défavorables en termes de santé mentale constituent l’orientation principale de la Déclaration de Lyon.

1-3 La santé mentale : au sein d’une société de plus en plus individualiste dans ses aspects à la fois promotionnels et atomisant, les effets psychosociaux concernent nécessairement la santé mentale de tous. Elle ne se limite donc pas ici à la prévention et à la prise en charge des troubles mentaux traités habituellement par la psychiatrie, qui restent essentielles ; elle ne se limite pas davantage à promouvoir les droits des personnes handicapées, ce qui reste non moins essentiel, mais elle considère les effets psychosociaux de la mondialisation sur l’ensemble des citoyens du monde dans les divers aspects de leur vie. La mondialisation nécessite une approche systémique et globale de la santé qui doit aussi prendre en compte les différences de pays, de région, de religion, de culture.

1-4 Le mot précarité n’a pas seulement la signification négative qui lui est ordinairement attachée, synonyme d’incertitude, de risque de catastrophe, de pauvreté. Il est intéressant d’évoquer le fait que, dans la plupart des langues d’origine latine, précarité vient du terme latin precari qui signifie : dépendre de la volonté de l’autre, obtenir par la prière. L’état de précarité, dans ce sens, est antagoniste et complémentaire de l’autonomie. Il signifie une dépendance à respecter, évidente chez le bébé même si l’on reconnaît ses compétences ; non moins évidente chez la vieille personne mais aussi à tous les âges de la vie. Les situations de maladie, de traumatisme, de fragilité particulière augmentent le niveau de précarité qui signifie tout simplement et positivement : avoir absolument besoin de l’autre, des autres, pour vivre. Dans cette perspective, on peut parler d’une saine précarité définie par le besoin d’un support social à tous les âges de la vie, dans la réciprocité de l’échange. Par rapport à la notion utile de vulnérabilité, celle de précarité a le mérite précieux, en cette époque individualiste, d’inclure l’autre, les autres, dans sa définition.

1-5 La souffrance : les situations de précarité sont nécessairement ambivalentes en ce qu’elles produisent aussi bien de la sécurité et du plaisir que leur contraire. C’est pourquoi la souffrance est une réalité du sujet humain, sans préjuger de son avenir ; elle peut apparaître sur la scène sociale ou rester dans l’intériorité ; elle s’accroît lorsque les conditions de la confiance sont attaquées.

1-6 L’écologie du lien social constitue l’horizon de la Déclaration de Lyon, son objectif : à quoi servirait de sauver la planète si les humains eux-mêmes disparaissaient en tant que chacun d’entre eux est un être social ? La vie sociale des êtres humains devient un enjeu majeur.

L’orientation du congrès des cinq continents, et de cette déclaration qui le conclut, est d’examiner attentivement en quoi les aspects néfastes de la mondialisation mettent en péril les situations ordinaires de précarité en polluant les modalités concrètes du lien social. Il s’agit de se confronter aux « conditions qui nuisent à la santé à tous les niveaux » (Déclaration Politique de Rio) et d’en tirer les conséquences pratiques pour favoriser des effets viables et durables en termes d’écologie humaine.

2 – DECLARATION DE PRINCIPE 

2-1 Les êtres humains, libres et égaux en droit, naissent et demeurent précaires tout au long de leur vie dans la mesure où ils ont absolument besoin d’autrui pour vivre.

2-2 Cette précarité native est l’un des moteurs du maintien de la vie grâce aux liens interhumains, familiaux et sociaux ; elle s’oppose à l’exclusion.

2-3 Cette précarité native ne doit pas être confondue avec le seul sens négatif qui lui est ordinairement attaché. Elle ne doit pas non plus être assimilée à la pauvreté, bien qu’elle lui soit souvent associée.

2-4 Les conditions qui favorisent des liens humains suffisamment confiants constituent la base d’une saine précarité et concernent toute personne en charge sur le plan social, économique et politique ; elles impliquent la justice et l’équité, et donnent force au sentiment personnel d’une maîtrise de l’avenir auquel chacun peut activement participer.

2-5 L’ignorance de ces conditions est aussi néfaste à l’individu et à la société que celles touchant aux atteintes de la liberté et de la sûreté, elle fait violence aux personnes. Toutes les violences ne sont pas du registre d’une cruauté « chaude », comme la torture, par exemple : il faut savoir reconnaître les cruautés « froides », de plus en plus importantes, du registre du mépris social, de la disqualification et de l’exclusion.

2-6 Les contextes sociaux, économiques et politiques sont susceptibles de faire basculer massivement les liens humains du côté de la méfiance, entraînant alors une précarité négative, avec des effets péjoratifs sur la santé mentale. Ces effets portent sur le rapport à soi, à la famille, aux groupes humains et sur le rapport crucial à l’avenir. Ces effets peuvent être décrits de diverses manières, notamment qualifiés de dépression, de repli sur soi, d’atomisation des individus, de paranoïa sociale, de disparition de tout projet d’avenir autre que catastrophique.

2-7 Ainsi le respect effectif de l’écologie du lien social fait intégralement partie des déterminants sociaux de la santé mentale ; cette écologie du lien social doit être envisagée dans une acception systémique et globale, non réductible aux symptômes et aux désordres traités par la psychiatrie.

2-8 Dans cette perspective, une santé mentale suffisamment bonne peut être définie comme suit :
la capacité de vivre avec soi-même et avec autrui, dans la recherche du plaisir, du bonheur et du sens de la vie,
dans un environnement donné mais non immuable, transformable par l’activité des hommes et des groupes humains, sans destructivité mais non sans révolte, soit la capacité de dire « NON » à ce qui s’oppose aux besoins et au respect de la vie individuelle et collective, ce qui permet le « oui »,
ce qui implique la capacité de souffrir en restant vivant, connecté avec soi-même et avec autrui.

2-9 A ce moment de l’histoire humaine, le contexte social, économique et politique est celui de la mondialisation. Nous devons affirmer sa forte potentialité à rendre les humains fous d’angoisse et d’incertitudes quant à la fiabilité des liens sociaux ; il affecte les assises symboliques des cultures et des personnes, il affecte la notion même d’avenir et de projets porteurs de sens. En tout cela il est antagoniste aux Droits de l’Homme.

3 – RECOMMANDATIONS
Nous, signataires de cette déclaration, réunis en Congrès des 5 Continents sur les effets de la mondialisation sur la santé mentale, experts pluridisciplinaires en santé mentale en même temps que citoyens du monde :

3-1 Demandons que soit reconnue l’importance d’une santé publique qui intègre les effets psychosociaux liés au contexte social, économique et politique, dans le cadre de pratiques de santé mentale concrètes et solidaires, dans le respect de la dignité des personnes.

3-2 Insistons sur la responsabilité de toutes celles et ceux qui, à des titres divers, sont en charge d’une écologie humaine fondée sur une saine précarité des liens humains, aussi vitale que l’air que l’on respire ou que l’interdiction de la torture, de l’esclavage et de l’oppression. On doit avoir à répondre de cette responsabilité (2-4, 2-9).

3-3 Demandons aux responsables politiques et économiques que ces effets de contexte soient intégrés dans la refondation d’une gouvernance financière globalisée et durable, sous contrôle du politique, afin de permettre aux banques de jouer leur rôle de soutien de l’économie réelle, de l’emploi et de l’innovation technologique. Cela nécessite une régulation exercée par le pouvoir politique.

3-3 bis Insistons pour que cette régulation s’exerce effectivement au niveau des systèmes financiers dérégulés et des pulsions de cupidité de ceux qui sont aux manettes, comme un principe de civilisation pour tous ; faute de quoi, si ce principe impératif n’est pas exercé à la bonne place, il se déplace d’une maniéré éhontée au détriment des personnes, surtout les plus vulnérables et les plus marginales, en les stigmatisant, selon le principe idéologique que seule l’initiative individuelle est le pivot de la richesse, et en l’occurrence, du malheur des nations (cf 1-1).

3-4 Sachant qu’à ce jour il n’y a pas d’espace public mondial qui puisse objectiver, mesurer et qualifier les effets psychosociaux défavorables de la mondialisation, nous voulons instaurer une organisation internationale pérenne, amorcée par le Congrès des cinq continents. Il s’agit de soutenir cette préoccupation vitale d’une écologie des liens humains auprès des décideurs économiques et politiques afin que les principes de gouvernance, les lois et règlements tiennent compte de ce qui est faste et néfaste aux liens sociaux. Proposons à cette fin de constituer un Observatoire International sur la Mondialisation et l’Ecologie humaine ; son but sera la recherche, les échanges et les propositions concernant les problèmes de précarité et de souffrance mentale liés aux effets aliénants de la financiarisation et de la marchandisation du monde.

Le 22 octobre 2011 au Congrès des cinq continents.
orspere@ch-le-vinatier.fr

ENGLISH VERSION  : english-Lyon-declaration


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>Où est passé l’avenir du médico social ?

 

Nous assistons depuis quelques années à un processus de démantèlement  du projet de l’IME d’Epernay, référé à la psychothérapie institutionnelle, sous prétexte de « bonne gouvernance » et de « modernité ».

 

Ceci n’est bien sur pas spécifique à cet IME, mais concerne plus généralement l’ensemble du secteur médico-social, en parallèle avec l’attaque de l’ « Etat social » (santé, éducation….).

 

Pour l’IME, l’artisan principal de cette déconstruction est l’association gestionnaire les « Papillons Blancs », sous l’égide d’un  président  issu d’une entreprise privée, qui parlant « au nom des familles », s’ingère dans les pratiques professionnelles, ce qui n’est pas le rôle d’une association gestionnaire.

 

Cette démarche agressive a provoqué l’arrêt  maladie prolongé du directeur  de l’établissement, et une souffrance au travail, générale dans l’équipe pluridisciplinaire ; cet épuisement effondrant sa capacité créative.

 

Des manipulations opérées par le biais « d’un audit  maison », diverses pressions individuelles ou collectives ont fait éclater le collectif, sur lequel repose le fonctionnement éducatif et thérapeutique de l’IME. 

 

Egalement la peur, la tristesse, induites par ces manœuvres alimentent la soumission, lessivent les solidarités.

 

Des mensonges éhontés déstabilisent les résistances : «  ce ne sont que des petits changements, vous pourrez travailler comme vous l’entendez, nous ne sommes pas des professionnels comme vous », alors que les changements rendent caduques le fonctionnement existant. 

 

Inclusion, désinstitutionalisation, accompagnement, déprofessionnalisation…sont les mots clés qui alimentent le bréviaire de cette idéologie basique, visant  surtout le moindre coût de l’aide aux personnes les plus vulnérables, récupérant au passage des justes revendications des familles (comme la lutte contre l’exclusion, la ségrégation  des enfants en situation de handicap, le besoin de services à la personne….etc)

 

Nous avons tous observé que l’assomption de la cupidité a produit une crise économique sans pareil, allons nous assister à l’assomption de l’insignifiance dans les projets du médico-social ?

 

Ce constat est sans doute très pessimiste, mais il nous faut renouer avec nos métiers : « l’éducation », « le soin », l’engagement dans des pratiques exigeantes auprès d’enfants en graves difficultés, pratiques professionnelles qui méritent du temps pour la réflexion et la mise en œuvre , de la formation, et non des protocoles, ou du formatage labellisé.

 

Mais il ne suffit pas de mettre un drapeau rouge à sa fenêtre pour faire œuvre de changement, dans un contexte où les « grands récits  sont morts » (Lyotard).

 

La résignation non plus n’est plus de mise, l’expérience démocratique exige de résister au rouleau compresseur de l’ordre néolibéral,  de la culture réifiée, et de tisser ensemble l’espérance de demain. 

 

Des indignés sparnaciens

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>Scène nationale, "Un truc de fou": dix jours autour de la folie (la provence)

 

(Article original sur laprovence.com)

Où commence la folie? Quand on dit d'une personne "elle est folle" sait-on vraiment ce que cela veut dire? "Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière". Cette phrase de Michel Audiard est reprise par la Scène nationale en préambule de la première édition de son "Exclamation". "Ce n'est pas un festival, mais un regard dans un temps donné autour d'un thème, d'une interrogation artistique. La première va porter sur la folie, débat de société très présent actuellement" souligne le directeur de la Scène Nationale, Jean-Michel Gremillet.

Beaucoup de spectacles (théâtre, danse), des expositions, un colloque, des documentaires, vont être proposés dans divers lieux de la ville. "Un truc de fou" durera du 10 au 19 novembre, avec une programmation très fournie, menée en collaboration avec les "psys" de l'hôpital de Montfavet, et ses ateliers de création très ouverts sur l'extérieur. Humour, théâtre, réflexion Dix jours (voire un mois pour les expositions), d'interrogation, d'immersion dans le monde complexe de la santé mentale.

"Louise, elle est folle" par le théâtre des Lucioles, sur un texte de la psychanalyste Leslie Kaplan, ouvrira le bal jeudi 10 à 20h30. Elle sera suivie par une création très originale, place du Clos, "Les Demeurées", vendredi et samedi après-midi. Pour ce moment de théâtre, il est nécessaire de réserver car chaque spectateur entrera toutes les 3 minutes dans une structure montée tout exprès sur la place et vivra cette histoire, emmené par des comédiens pendant 21 minutes! Psys et paroles de malades Plus professionnel, plus dans la réflexion, mais aussi pour le grand public, vendredi 11 et samedi 12, un colloque sur le rêve et la création, se déroulera au théâtre, organisé par l'association "le point de Capiton", clôturé par un moment plein d'humour avec Catherine Dolto, pédopsychiatre, et Emma la Clown (à 17h samedi 12 au théâtre), échange original, où la psy parle elle-même à la fin comme un clown.

À suivre aussi un forum qui sera sans doute passionnant "L'appel des 39 contre la nuit sécuritaire", mouvement d'alerte de la société, lancé suite au projet de loi sur la psychiatrie, voté au Parlement le 31 mai 2011 qui instaure les soins en ambulatoire, sans consentement, favorisant le remède chimique, en présence d'Hervé Bokobza, fer de lance de cet appel et de nombreux autres psychiatres. Le samedi 19 novembre (à 17h, gratuit sur réservation). Des échanges de "psys", mais aussi des paroles de malades qui seront retransmises dans la salle du Grenier avec les textes d'Arnaud Catherine qui a passé du temps dans un asile psychiatrique de Dijon. Le tout mis en musique au piano et à la guitare ("Il n'y a pas de coeur étanche", samedi 19). Au Grenier aussi, la question très oedipienne du rapport avec la mère sera interprétée par Christian Prigent (le 18). Le théâtre de l'Autre scène, du centre hospitalier de Montfavet – troupe hospitalière mais accueillant tout le monde- jouera un texte d'Eric-Emmanuel Schmitt, "Le Libertin"(le 17). Autres temps forts: la danse avec une chorégraphie d'Odile Duboc, du centre chorégraphique de Belfort (décédée l'an dernier) dimanche 13 novembre, précédant les textes interprétés par Françoise Sliwka sur les correspondances de Camille Claudel, avec sa mère, son frère… internée à Montfavet et qui y termina sa vie. L'Exclamation: achat d'une entrée générale puis le reste à 5€.

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>Rezo travail social : un réseau social pour…le travail psycho-social

 

Facebook explose… Tout le monde veut devenir votre ami. Des gens que vous ne connaissez ni d'Eve, ni d'Adam. C'est le pays de Bisounours généralisé. Et l'efficacité d'un tel réseau se dilue rapidement.

Si l'on veut en conserver le tranchant, l'avenir est aux réseaux sociaux par catégories biens repérées (amitiés, centres d'intérêt, professionnels, politiques etc)

Dans la foulée de PSYCHASOC nous venons donc de créer un réseau social en direction des travailleurs sociaux du monde entier.

REZO travail social.

Adresse: www.rezo-travail-social.com

Facile d'utilisation, convivial, rapide, efficace…

Testez-le, faites circuler…


Erwan et Joseph Rouzel 
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>Calendrier des 39 pour 2011-2012

Ce calendrier sera remis à jour au fur, il permet de connaître les lieux, dates et thèmes des événements auxquels des membres des 39 participeront.

 

18 novembre, Salle Bidault (Granvelle, à côté du Kursaal) à Besançon : à l'initiative du syndicat SUD-Santé-Social. Conférence-débat : psychiatrie, quelle hospitalité pour la folie aujourd'hui ?. Loriane Brunessaux, Matthieu Bellahsen.

18 novembre, Cinéma Lux de Cadillac à 21h : a l'initiative de l'association les passerelles. Etat des lieux autour du film "Un monde sans fous ?". Olivier Labouret.

19 novembre,  Cavaillon, Scène nationale, de 16h00 à 19h00 : à l'initiative du Point de Capiton : Simone Molina, Sylvie Prieur, Hervé Bokobza, Mathieu Bellahsen, Marie cathelineau, Olivia Gilli, serge klopp, Paul Machto.

19 novembre, Paris 5ème, de 13h30 à 15h30 : à l'initiative d'Attac. Sarah Gatignol, Françoise Nielsen, Françoise Labes, Bruno Tournaire

24 novembre, Paris 13è, 76 avenue Edison, Salle 103 (1er étage), 21h : L'institution dans tous ses états, projection du documentaire Solstices – Les enfants de la parole (une utopie réaliste).  Avec le réalisateur Bernard Richard. Pierre Gorce et Françoise L Meyer.

25 novembre, Villefontaine, Nord-Isère à 20h30 : projection au Fellini du documentaire « Un monde sans fous » suivi d'un débat avec Olivia Gili, Monique Vincent et Bénédicte Maurin.

28 novembre, Seynod à l'initiative des Croix Marines : journée régionale de travail et d'échanges "De l'exclusion à l'alliance: Quelle place pour les Familles dans le soin et l'accompagnement des adultes psychiquement fragiles ? Présence de Monique Vincent, Pierre Delion, Bernard Durand, Guy Baillon. Lien

8 et 9 décembre, Dax : journées de psychiatrie. Présence de  Paul Machto. Lien

9 décembre, Maison Blanche (Paris 20ème) : dans le cadre des 6èmes rencontres de psychothérapie Institutionnelle organisées par l'association scientifique et culturelle de Maison blanche : forum des 39 avec Philippe Bichon, Monique Vincent, Selma Benchella, Bénédicte Maurin, Patrick Chemla, Serge Klopp. 

 

21 janvier à 14h, salle du Conseil de la Mairie de Cherbourg-Octeville (50100) : Conférence sur la psychiatrie avec les Amis du Monde diplomatique de la Manche. projection du film « Un monde sans fous? » de Philippe Borrel, suivi d'une conférence-débat sur la psychiatrie en présence du réalisateur, avec des contributions de référence, Patrick Chemla, psychiatre et psychanalyste, membre du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, Catherine Herszberg, journaliste et écrivain, auteur de “Fresnes, histoires de fous” et Serge Portelli, magistrat et vice-président au Tribunal de Grande Instance de Paris, auteur de “Juger. Spirale sécuritaire, libertés en danger”. 

 

Samedi 3 mars 2012, cinéma NOVEl à ANNECY à 20 h. Débat après la projection du film LA PECORA NERA. Avec Patrick Coupechoux et Yves Gigou.

Dimanche 4 mars 2012, cinéma ACTUEL à ANNEMASSE à 16h30. Débat après la projection du film LA PECORA NERA. 

Dimanche 4 mars 2012, cinéma LE PARC à LA ROCHE SUR FORON à 20h. Débat après la projection du film LA PECORA NERA. 

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>Emission de radio : Hacker la psychiatrie (avec Philippe Bichon et Joël Kerouanton)

Do You Hack Me ? : hacker la psychiatrie, le 28 octobre à 16h

Do You Hack Me sur Radio Libertaire (89.4 FM sur Paris) a toujours prétendu parler du hacking au sens large et cette quatrième émission est là pour démontrer que beaucoup de hacks sont possibles, même dans un domaine comme celui de la psychiatrie.

Nos deux invités, Philippe Bichon et Joël Kerouanton sont respectivement psychiatre et écrivain. Mais pas seulement, et au delà de leur “titre”, ce sont des professionnels qui n’abordent pas les personnes en souffrance psychique avec le “logiciel” officiel. Ils vont nous aider à comprendre comment et pourquoi il est important de hacker la psychiatrie qui, avec les lois sur les soins sans consentement et les approches cognitivo-comportementalistes est devenue une machine froide qui prétend guérir les individus au “cerveau défaillant”, génétiquement prédisposés aux maladies mentales…

 

Ecrire en turbulence (la maison des écrivains)

Trouble 307.23 (Editions Champ Social)

 

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>La Parole errante, Montreuil : Les lieux et ceux qui portent le projet (28 et 29 octobre)

Vendredi 28 et samedi 29 octobre 2011
à La Parole errante, Montreuil

Quatrième rencontre autour de La Traversée des langages

Les lieux et ceux qui portent le projet

Tables rondes publiques et radiophoniques

La Traversée des langages, cycle d'une quinzaine de pièces écrit par Armand Gatti depuis 1994, a comme fil conducteur la résistance menée par Jean Cavaillès, à la croisée des langages de la science, de la philosophie, de la poésie.
Comment aborder ce théâtre qui se crée lors d'expériences créatives de quelques mois, avec des publics toujours renouvelés et dans des lieux à l'identité très marquée qui entrent en interaction avec l'écriture de Gatti ?

Sept expériences autour de La Traversée des langages se sont tenues de 1994 à 2010 dans différents lieux :

• une friche artistique à Strasbourg,

• un foyer de jeunes travailleurs à Sarcelles,

• les locaux du Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) à Genève,

• le théâtre universitaire à Besançon,

• l'hôpital psychiatrique à Ville-Evrard,

• une maison de quartier à Montpellier,

• un lycée agricole à Neuvic (région des maquis limousins de Gatti).

En présence d'Armand Gatti, nous recevons ce mois-ci celles et ceux qui ont suscité et concouru à la mise en œuvre et au déroulement de ces 7 expériences :

Jean Hurstel, alors directeur de la friche artistique La Laiterie à Strasbourg,

Olivier Derousseau, réalisateur, alors stagiaire à l'expérience de Sarcelles,

Philippe Macasdar, directeur du théâtre Saint-Gervais à Genève,

Lucile Garbagnati, alors professeur à l'Université de Franche-Comté à Besançon,

Fatima Kaci-Doukhan, médecin psychiatre à l'Hôpital de Ville-Evrard,

Camille Chevallier-Sudres, assistante de l'adjoint à la jeunesse de Montpellier,

Francis Juchereau, membre du Cercle Antonio Gramsci dans le Limousin.

Les membres de l'équipe d'Armand Gatti à la Parole errante seront eux aussi présents pour apporter leur témoignage :

Hélène Châtelain, réalisatrice et traductrice,

Gilles Durupt, coordinateur des projets,

Matthieu Aubert, assistant à la mise en scène.

Les entretiens et les débats seront tous disponibles à l'écoute sur www.radio-gatti.org

Vendredi 28 octobre 2011

14h : Entretien avec Gilles Durupt
Gilles Durupt est un compagnon de route d'Armand Gatti à Saint-Nazaire dans les années 70. C'est lui qui invite Gatti dans la MJC dont il est responsable pour une expérience théâtrale et militante autour de la dissidence soviétique : Les Canards sauvages qui volent contre le vent (1976-1977). Après un parcours de dirigeant culturel à Carcassonne, en Tunisie, etc., Gilles Durupt revient vers la Parole errante et assure la coordination de la plupart des projets artistiques de Gatti depuis vingt ans : Avignon (Nos empereurs aux ombrelles trouées en 1990), Marseille (Le Cinécadre de l'esplanade Loretto en 1991,Adam quoi ? en 1992-93), puis pour La Traversée des langages : Strasbourg, Sarcelles, Ville-Evrard et Neuvic. Il a suivi de l'intérieur, en interaction quotidienne avec les stagiaires, le travail que Gatti a mené avec les loulous (publics en réinsertion ou en formation), puis avec les étudiants.

15h30 : Entretien avec Lucile Garbagnati
Lucile Garbagnati est professeur de littérature à l'Université de Franche-Comté à Besançon. Son implication dans le théâtre universitaire l'amène à créer des ateliers et des colloques autour du dialogue entre théâtres et sciences, à interroger la représentation théâtrale au prisme de la crise de la représentation des mathématiques et de la physique modernes. En 2003, elle convainc Gatti d'animer une Université européenne d'été sous la forme d'une résidence-création de deux mois avec une quarantaine d'étudiants de quinze nationalités, une première pour Gatti. La pièce prendra pour nom : Le Couteau d'Evariste Galois avec lequel Dedekind invente la droite en mathématiques, ce soir trait d'hexagramme du Livre des mutations.

17h : Entretien avec Francis Juchereau
Membre et fondateur du "Cercle Antonio Gramsci" à Limoges, Francis Juchereau a participé à la création de plusieurs ouvrages avec Georges Guingouin, le chef du maquis limousin dès 1941. A l'initiative de Francis Juchereau et d'Hélène Châtelain, une rencontre entre Gatti et Guingouin est souhaitée. Mais Guingouin décède… Gatti lui consacre alors un long poème, Les Cinq noms de résistance de Georges Guingouin – Poème rendu impossible par les mots du langage politique qui le hantent, mais dont les arbres de la forêt de la Berbeyrolle maintiennent le combat. Par son toujours maquisard Don qui ?, qu'il lira en 2006 à Tarnac, Corrèze. C'est lors de cette lecture que naît l'évidence d'une expérience de Gatti sur le Plateau de Millevaches. En 2010, elle se concrétise à Neuvic en Corrèze et prend fortement appui sur l'histoire du territoire : Science et Résistance battant des ailes pour donner aux femmes en noir de Tarnac un destin d'oiseau des altitudes.

18h30 : Pause

20h : Projection de Le Couteau d'Evariste Galois avec lequel Dedekind invente la droite en mathématiques, ce soir trait d'hexagramme du Livre des mutations .
Captation filmique des représentations de l'expérience menée avec 37 étudiants à Besançon. Durée : 1h20'.
Précédé d'un entretien (30') réalisé avec Jacques Lautman, sociologue au CNRS, le fils d'Albert Lautman (philosophe et mathématicien, compagnon de résistance de Jean Cavaillès dans le réseau Cohors).
Propos de la pièce : Avec le colloque de l'université d'Erlangen en Bavière (1872), la droite devient courbe en mathématiques, mais continue dans tous les autres langages d’imposer sa ligne, sa rectitude. Jusqu’à mener Cavaillès, le fusillé du pentagone d’Arras au poteau d’exécution. Mais les traits pleins et brisés du livre des mutations chinois feront définitivement imploser la droite et lui offriront un « langage d'univers », celui du yin et du yang.

Samedi 29 octobre 2011

14h : Entretien avec Olivier Derousseau
Olivier Derousseau rejoint l'expérience de Sarcelles en 1997.

15h30 : Entretien avec Jean Hurstel
En 1968, Jean Hurstel alors responsable du théâtre de Strasbourg monte La Cigogne de Armand Gatti. En 1975, Jean Hurstel invite Gatti à réaliser une expérience d'écriture avec les ouvriers immigrés de Montbéliard Peugeot qui deviendront sept films vidéo : Le Lion, sa cage et ses ailes. Dans les années 90, il dirige la Laiterie Centre européen de la jeune création à Strasbourg, où il accueille Gatti et son équipe pour une nouvelle expérience avec les loulous strasbourgeois. Strasbourg sera le lieu de genèse de La Traversée des langages avec Kepler, le langage nécessaire, devenu le jour de la représentation : Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité – Frédéric Nietzsche.

17h : Entretien avec Philippe Macasdar
Philippe Macasdar dirige le théâtre Saint-Gervais à Genève. Il a mis, en prenant ses fonctions, Gatti sur sa feuille de route. Il invite Gatti qui écrit Les Incertitudes de Werner Heisenberg. Feuilles de brouillon pour recueillir les larmes des cathédrales dans la tempête et dire Jean Cavaillès sur une aire de jeu.

18h30 : pause casse-croûte

20h : Débat avec l'ensemble des intervenants sur le thème :
La part du désir dans les expériences de Armand Gatti

RADIO GATTI – Les Chroniques de l'arbre

Un cycle de six rencontres publiques et radiophoniques à la Parole errante accompagne la publication en 2012 de La Traversée des langages aux éditions Verdier. Toutes les tables rondes seront disponibles à l'écoute. Vous pouvez, d'ores et déjà, y écouter les émissions réalisées lors des trois premières rencontres sur La Traversée des langages qui se sont tenues à la Parole errante.
Deux entretiens supplémentaires autour des « Lieux et ceux qui portent le projet » seront disponibles sur
www.radio-gatti.org
dans la rubrique « Les Archives » :

Entretien avec Fatima Kaci-Doukhan.
Fatima Kaci-Doukhan est médecin psychiatre à l'Etablissement Public de Santé de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis. Persuadée que la thérapie ne peut exister sans la parole poétique, rejoignant en cela le courant humaniste et résistant de Lucien Bonnafé, elle fonde la Compagnie de théâtre des Diseurs à Ville-Evrard, lieu d'échange et de recherche entre personnel hospitalier et artistes. En 1992, sa compagnie participe au Chant d'amour des alphabets d'Auschwitz, texte d'Armand Gatti pris en charge par un collectif de metteurs en scène réuni par Stéphane Gatti et présenté dans différents lieux de Seine-Saint-Denis. Quand la Parole errante recherche en 2006 un lieu en Seine-Saint-Denis pour une nouvelle expérience de Gatti avec des étudiants, Les Oscillations de Pythagore en quête du masque de Dionysos, elle appuie ce projet auprès de la direction de l'hôpital.

Entretien avec Camille Chevallier-Sudres.
Camille Chevallier-Sudres est étudiante quand elle prend part à l'expérience de Ville-Evrard et réalise son mémoire d'Arts du Spectacle à l'université Paul Valéry de Montpellier sur les contextes socio-culturelles des publics touchés lors des expériences théâtrales d'Armand Gatti depuis les années 80. A son arrivée au secrétariat de l'adjoint à la jeunesse du maire de Montpellier, elle fait appel à Matthieu Aubert et Frédérick Darcy – assistants d'Armand Gatti qui se sont installés dans la région et qu'elle a rencontré à Ville-Evrard – à mettre en œuvre un atelier autour du théâtre de Gatti dans le quartier de la Mosson à Montpellier.

L'exposition

Depuis avril jusqu'à la fin de l'année 2011, une exposition réalisée par Stéphane Gatti dans les locaux de la Parole errante.
− Affiches en sérigraphie des expériences de La Traversée des langages, de Strasbourg (1994) à Neuvic (2010)
− Entretiens vidéo de Hourya Benis Sinaceur, Bruno Huisman, Gabrielle Ferrières, Lucie Aubrac, Jean-Toussaint Desanti, Henri Cartan, Pierre-Yves Canu.

L'exposition évolue, au fil des rencontres, jusqu'à la fin de l'année.

Prochains rendez-vous

− NOVEMBRE 2011 : rencontres avec les physiciens du CERN (en lien avec l'expérience d'A.Gatti à Genève en 1999).
− JANVIER 2012 : fête de la parution du livre d'Armand Gatti La Traversée des langages aux éditions Verdier ; exposition des photographies de Paolo Gasparini autour de Révolution culturelle, nous voilà ! introduction de La Traversée des langages.

La Parole errante – 9 rue François Debergue – 93100 Montreuil (M° Croix de chavaux – ligne 9

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>Pour la psychanalyse et une culture humaniste Contre le scientisme et le chosisme nord-américains

Pour la psychanalyse et une culture humaniste

Contre le scientisme et le chosisme nord-américains

Parution de trois livres :

Six Manifestes contre le DSM. Ravenne, Paris, Barcelone, Buenos Aires, São João Del Rei. Présentation et commentaires d’Émile Jalley. Tome 1.

La rédaction, en la période resserrée de tout juste un an (2010-2011), de six Manifestes contre le DSM représente l’un des événements les plus importants dans les sciences de la vie mentale, depuis la disparition de Jacques Lacan et de Jean Piaget en 1980-1981. Le DSM, ou Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, de source essentiellement nord-américaine n’en prétend pas moins à une hégémonie croissante mais de plus en plus discutée aussi sur l’ensemble de l’espace mondial. Or la rédaction et la publication communes des Six Manifestes de Ravenne-Italie (2), Paris-France, Barcelone-Espagne, Buenos Aires-Argentine et São João Del Rei-Brésil, organise  le fait sans précédent de la première émergence réelle d’un front unique des cultures latines contre l’impérialisme idéologico-scientifique nord-américain en matière de soins psychiques.

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>L'amour du métier : comment redonner ensemble de la valeur aux luttes sociales et culturelles ?

l’Appel des Appels organise le samedi 22 octobre à Saint-Denis une  journée intitulée : « L’Amour du Métier : comment redonner ensemble de la valeur aux luttes sociales et culturelles ? » à laquelle participent de nombreux collectifs et associations.

L’Appel des Appels s’est tout d’abord présenté sous la forme d’une pétition lancée fin décembre 2008 par deux psychanalystes Roland Gori et Stefan Chedri, se faisant l’écho d’une inquiétude profonde des professionnels de l’espace public, professionnels dont les métiers sont peu à peu colonisés, au travers des réformes gouvernementales, par des logiques purement financières et comptables, qui dénaturent les missions de Service Public qui leur ont été confiées. Cette pétition a été signée par près de 90 000 personnes. 

L’année suivante, l’Appel des Appels s’est constituée en association loi 1901 et elle compte actuellement près de 15 comités locaux répartis dans toute la France : Aix-en-Provence, Bordeaux, Brest-Bretagne, Caen, Clermont-Ferrand, Dordogne, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Paris, Rennes, Seine-Saint-Denis, Strasbourg, Toulouse Midi-Pyrénées.

L’Appel des Appels se déclare réseau de vigilance et de citoyenneté voué à donner autant que possible écho et amplification à tous les collectifs et à toutes les initiatives qui refusent les abus de pouvoir qui s’autorisent ou se légitiment de la logique néolibérale.

Seul, il est difficile de se battre sous tous ces fronts, et tout est fait pour que chacun soit isolé dans la masse anonyme. Une réponse  essentielle, selon nous, est de construire du « collectif » et de développer toutes les formes possibles de résistance aux normes lorsqu’elles pervertissent les finalités des métiers  en les transformant en instruments de contrôle social au mépris des finalités spécifiques qui les ont fondés.

Pour sortir du désespoir et de la colère, pour pouvoir penser ce qui nous arrive, il nous faut aussi, tant à l’échelle locale que nationale et européenne, co-organiser avec d’autres collectifs et organisations des événements culturels et sociaux afin d’inventer des alternatives à cette « mondialisation du pire » et avec le souci de promouvoir de nouvelles structures de liens émancipateurs, telles des « coopératives de production sociale et culturelle ».


Le lieu du rendez-vous

samedi 22 octobre 9h-18h

Bourse du travail de Saint-Denis
9-11, rue Genin
93200 Saint-Denis (Ligne 13, métro Saint-Denis Porte de Paris)

 

La capacité d’accueil de la Bourse du Travail ayant été atteinte, toute nouvelle inscription figurera sur une liste d’attente.

 

Site de l'Appel des Appels

 


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>Le meeting du 3 décembre n'aura pas lieu

 

Pas de salle assez grande pour vous accueillir qui soit disponible. En dépit de ce que nous vous avions annoncé, le meeting n'aura pas lieu.

Un grand rassemblement est en revanche prévu pour Mars, quelques semaines avant les élections. Il permettra aux partis politiques invités et présents de se prononcer au sujet des conditions d'accueil et de la nouvelle désorganisation en psychiatrie. Nous aurons ainsi l'occasion de mesurer l'engagement citoyen de chacun.

D'ici le mois de Mars, de nombreuses réunions seront organisées dans toute la France. N'hésitez pas à le signaler autour de vous.

Le rassemblement de Mars, préparé par ces réunions, doit initier un état des lieux des pratiques et les conséquences de la loi du 5 Juillet 2011. Le débat avec les politiques n'en sera que plus éclairant et fructueux.

Le Collectif des 39

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>Plan santé mentale : les quatre axes du gouvernement (le quotidien du médecin)

 

Le ministère de la Santé a soumis au comité d’orientation du plan Santé mentale 2011-2015 un document de travail fixant quatre grands axes stratégiques destinés « à prévenir et réduire les ruptures » : au cours de la vie du malade, au niveau de l’offre de soins de proximité, au sein des modes d’exercice et de « l’environnement sociétal » de la psychiatrie.

Les membres du comité d’orientation se sont réunis lundi après-midi au ministère de la Santé pour discuter d’un document de travail qui fixe le cap souhaité par le gouvernement pour le plan Santé mentale. Attendu pour le mois de décembre, ce plan ne devrait pas excéder les 15 pages (contre près d’une centaine pour le précédent plan 2005-2008).« Prévenir et réduire les ruptures pour mieux vivre avec des troubles psychiques », tel est le titre encore provisoire suggéré dans le document de travail ministériel. Quatre grands axes stratégiques y sont présentés. Le premier aborde la prévention et la réduction des ruptures durant la vie du malade. Il s’agit notamment d’« améliorer l’accès de la personne aux soins psychiatriques et somatiques dont elle a besoin », de « favoriser la réhabilitation psychosociale », d’« améliorer la continuité des soins et de l’accompagnement aux différents âges de la vie de la personne », sa qualité de vie et son accès aux droits. Le soutien aux aidants constitue une autre priorité de ce premier axe. Le deuxième axe ambitionne de « prévenir et réduire les ruptures selon les publics et les territoires ». Y seront entre autres inscrits, une meilleure répartition de l’offre de soins dans sa proximité et sa variété, la fin des« points noirs » en matière d’hospitalisation psychiatrique, l’adaptation de l’offre aux populations ayant des besoins spécifiques (prisonniers, sans-abri, handicapés), ainsi qu’une information beaucoup plus lisible sur les dispositifs de prise en charge.

Sortir des conflits d’école.

Le troisième axe arrêté par le ministère vise à la réduction et à la prévention des ruptures entre la psychiatrie et son environnement sociétal (représentations sociétales de la psychiatrie, relations avec la justice…). « Les représentations négatives des troubles mentaux, de la psychiatrie, des handicaps psychiques nuisent à la santé publique, en tant qu’elles retardent bien souvent la demande d’aide et le recours aux soins. Elles peuvent aussi mettre en échec les programmes d’accès au soin, de prise en charge et d’accompagnement, mais aussi isoler et faire souffrir les personnes et leurs proches », souligne le ministère.

Le quatrième et dernier axe s’attache à « prévenir et réduire les ruptures entre les savoirs ». Il s’agit ici de « sortir des conflits d’écoles », entre les différentes approches thérapeutiques, « toutes utiles et complémentaires ». À l’issue de la réunion de lundi, les membres du comité d’orientation du nouveau plan doivent faire part de leurs commentaires sur ces grands axes arrêtés par le gouvernement. S’ensuivront quatre autres réunions de travail – une par axe – qui permettront d’aboutir à la rédaction du plan à partir du mois de décembre.

Article original : http://www.lequotidiendumedecin.fr

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>Retour sur…. Les désobéissants en psychiatrie (France Culture)

 

 

Retour sur le Collectif des 39 par France Culture, avec Matthieu, Loriane, psychiatres et membres des 39

Les règles édictées pour le bien commun méritent parfois d’être contournées. Deux jeunes psychiatres révèlent quelques-unes de leurs techniques de survie en milieu psychiatrique. Retour sur leurs expériences deux mois après la mise en application de la loi du 5 juillet 2011 sur les soins sans consentement.

 

Reportage : Pauline Maucort

Réalisation : Viviane Noël

 

ECOUTER L'EMISSION

 

Thème(s) : InformationPsychiatrie

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>Schizophrénie : Comment j’ai enfermé mon frère – Récit d’une hospitalisation sous contrainte (France Culture)

 

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