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Ce que cachent les « bonnes pratiques » : actualité du péril soignant en psychiatrie et ailleurs

Ce que cachent les « bonnes pratiques » : actualité du péril soignant en psychiatrie et ailleurs

article extrait de la page du blog du collectif médecins de la CGT à cette adresse : http://medecins-cgt.fr/

Avec l’autorisation de l’auteur.

Treize hôpitaux psychiatriques ont obtenu en 2017 une dérogation à faire partie d’un GHT[1], conformément à la loi du 26 janvier 2016[2]. Dans la nébuleuse des services de psychiatrie français, vaste ensemble hétéroclite de services sectorisés ou non, il s’agit d’un nombre ridiculement faible d’établissements qui sont concernés par ces dérogations. Autant dire que ceux qui l’ont demandée, au nom de leurs spécificités, sont loin de représenter un danger pour l’équilibre budgétaire de l’Etat français…

Pourtant la ministre de la santé, depuis le 18 avril, n’a de cesse d’affirmer[3] que ces régimes dérogatoires doivent cesser. Pourquoi une telle insistance ? Qu’est-ce qui la dérange ? Mme Buzyn ne cache pas son argumentaire : la psychiatrie publique aujourd’hui, de son point de vue de ministre et néanmoins médecin universitaire, est dépassée, poussiéreuse, archaïque. Elle le martèle[4] d’abord en mettant en avant les soins somatiques dont bénéficient les patients souffrant de troubles psychiatriques, feignant d’ignorer que des soins somatiques de qualité sont mis en place dans les hôpitaux psychiatriques depuis bien longtemps, ou que les patients atteints de troubles psychiatriques sont aussi des personnes précarisées sur le plan social, familial, financier, professionnel, toutes situations qui renforcent les difficultés d’accès aux soins de ces patients. Elle place la responsabilité du côté de la psychiatrie, quand la pratique quotidienne des « psys » démontre que c’est le milieu de soin somatique qui, par manque de moyens autant que par peur ou méconnaissance, exclue les patients psychiatriques en entravant leurs prises en soins somatiques en milieu hospitalier général.

Comment donc comprendre alors qu’une éminente universitaire, qui se prévaut de son statut d’ancienne directrice de la HAS, et prétend de ce promontoire imposer à tout un peuple de soignants les « bonnes pratiques », se permette de raconter pareilles inepties ?

La psychiatrie est pourtant le terrain d’expérimentation et d’invention d’un soin humain, bienveillant, qui doit aujourd’hui servir de phare et d’horizon à tous les soignants de notre pays. Car si la dimension technique des soins en médecine ne peut pas être ignorée, il est désormais urgent de rappeler à ceux qui sont sur le point de nous imposer des pratiques soignantes autoritaires et maltraitantescf(. l’intervention fleuve désastreuse de Mme LEBOYER, universitaire et psychiatre sur l’antenne de France Inter le 7 septembre[5]), ce que doivent être les bons soins que l’on donne en France, qui n’ont rien à faire de l’application de protocoles. Tout au contraire de l’affirmation sidérante de la ministre, qui clame vouloir uniformiser[6] les pratiques en psychiatrie, il est urgent de faire savoir que les soins, partout, dans tous les services hospitaliers, relèvent par- delà leur technicité et leur garantie de sécurité, d’une rencontre entre un soignant et un patient, où émergera une parole, une écoute, un geste, un regard, et que cela ne peut être écrasé par les procédures bureaucratiques qu’exige notre ministre. Et ce geste ou ce regard, voilà bien qui ne sera jamais à même d’être uniformisé.

Il est temps aussi d’affirmer que si l’on exige d’une infirmière en psychiatrie la capacité d’accueillir la douleur morale d’un patient déprimé, et que cela passe par son écoute singulière qui n’a justement rien d’un protocole, c’est le même métier qu’exerce une infirmière en hématologie à l’heure de perfuser une chimiothérapie d’un patient en plein état de panique. A cet instant de la rencontre, aucune bonne pratique ne répond, il n’y a que la présence humaine dans la rencontre qui puisse traiter la douleur.

Dans ce combat pour des soins humains, les établissements psychiatriques qui ont obtenu une dérogation à faire partie d’un GHT ne sont que de petits ilots de résistance à la raison économique qui se cache derrière les « bonnes pratiques ». Mieux vaut en effet pour Bercy 24 séances de remédiation cognitive pour traiter un patient schizophrène, que de longues années d’hôpital de jour. Mais qui ne sait pas que lorsque le service universitaire a (évidement…) échoué à traiter la psychose à coup de protocoles de résonance magnétique transcrânienne, il renvoie le patient dans le secteur psychiatrique public ? C’est pourtant ce qui se passe, tous les jours. Les hôpitaux universitaires captent des budgets fléchés pour appliquer des protocoles de « bonnes pratiques », qui ne marchent pas, développer des centres expert dont l’expertise exclut tout le champ de la schizophrénie dite « résistante », et abandonnent les patients sitôt l’aveu de leur échec établi. C’est au nom de ces bonnes pratiques-là que l’on dit vouloir faire rentrer toute la psychiatrie en GHT, réduire ses budgets, régenter ses actes thérapeutiques, les contrôler. Où vont déjà, aujourd’hui, les patients psychotiques ? Ils sont renvoyés dans leurs familles, dans des GEM, en Belgique…

Alors que Mme Buzyn écoute enfin les soignants, les vrais, ceux qui donnent de leur corps, de leur voix auprès des patients, ceux qui donnent de l’oreille, qu’elle rabatte ses illusions scientistes, et que ses comités autoritaires de pilotage[7] de la psychiatrie se dissolvent et disparaissent ! Surtout, que tous les soignants en France se lèvent, et pas seulement les hôpitaux psychiatriques sous dérogation, tous les hôpitaux psychiatriques, tous les hôpitaux généraux, pour faire valoir que les « bonnes pratiques », c’est nous professionnels, qui les avons !

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Dr. Benoit Marsault

[1] https://www.apmnews.com/depeche/100696/309673/psychiatrie–entr e-ght–polyvalents-ou-non–et-derogations

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do?cidTexte= JORFTEXT000031912641&idArticle=JORFARTI000031913559&categorieL ien=cid

[3] https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2018/06 /28/agnes-buzyn-je-veux-favoriser-une-vision-moderne-de-la- psychiatrie-_859379,https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-2eme -partie/la-sante-cest-du-travail-entretien-avec-agnes-buzyn- ministre-des-solidarites-et-de-la-sante-2eme,https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand -entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-24-mai-2018, etc.

[4] https://www.apmnews.com/story.php?uid=100696&objet=308374

[5] https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand -entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-07- septembre-2018

[6] Ibid le quotidien du médecin : « Tous les établissements de santé mentale seront intégrés aux GHT, avec des projets partagés. Je veux favoriser une vision moderne de la psychiatrie. Elle doit répondre aux mêmes types d’évaluation et avoir les mêmes exigences de pratiques et de résultats que les autres disciplines. Pour avoir assisté à la certification des établissements de santé mentale, en tant que présidente de la HAS, on voit que les pratiques sont hétérogènes sur le territoire. Ça ne peut plus durer. »

[7] https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/breve/2018/06/2

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Appel de 111 parents de personnes autistes au Président de la République Française

Appel de 111 parents de personnes autistes au Président de la République Française

Monsieur le Président,

Vous allez intervenir prochainement sur la politique en faveur des personnes handicapées dans notre pays. Les 111 parents de personnes autistes signataires de cet appel voudraient, à cette occasion, attirer votre attention sur le vivre ensemble, mis à mal depuis des années dans le monde de l’autisme par des lobbies qui entretiennent une véritable guerre de religion à l’encontre des parents et des professionnels qui ne partagent pas leurs certitudes infondées.

En l’état actuel des connaissances aucune imagerie médicale ou aucune analyse biologique ne permet de poser le diagnostic d’autisme. Les causes des différentes formes d’autismes demeurent, à ce jour, largement inconnues malgré toutes les recherches menées dans le monde entier. Du côté des accompagnements de ces personnes, la HAS (la Haute Autorité de Santé) a reconnu qu’aucune étude scientifique n’avait permis de valider une approche particulière. Continuer la lecture de Appel de 111 parents de personnes autistes au Président de la République Française

Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

TRIBUNE       Publié dans le journal Libé.fr

le — 31 mars 2016 à 17:39

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Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

Les abus constatés récemment par Adeline Hazan, la Contrôleuse générale des lieux de privation de libertés, à l’hôpital psychiatrique de Bourg-en-Bresse, traduit une destruction générale, lente et progressive des soins en psychiatrie en France, au nom de l’efficacité économique et de la rigueur budgétaire.

Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention
«Nous n’avions jamais vu cela», déclare la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Madame Adeline Hazan, dénonçant : «Des pratiques centralisées, honteuses, et choquantes.» En France, en 2016, dans un hôpital psychiatrique ordinaire de l’Ain, des patients sont enfermés, sanglés, dépourvus de tout espace de liberté, abandonnés, maltraités. «Je suis sidérée que l’Agence régionale de santé, que la Haute Autorité de santé, que les différentes commissions départementales, toutes ces structures qui sont venues ces dernières années, voire pour certaines ces dernières semaines, n’aient pas observé ce que notre mission a vu. Et qu’elles n’aient en tout cas pas réagi. Cela me laisse sans voix.»

LIRE AUSSI :
Psychiatrie, l’enfer derrière les portes
Les médecins de cet hôpital et les universitaires qui les ont formés, les directeurs de cet hôpital et l’ARS, les experts de l’HAS (Haute Autorité de santé) et le directeur de l’HAS portent une lourde responsabilité dans l’assujettissement massif et systématique des patients de cet hôpital par le corps soignant. Comment a-t-on pu transformer un lieu de soins en lieu de détention voire de tortures, comment les responsables médicaux et administratifs de cet hôpital continuent-ils de minimiser cette enquête ? Hélas, la banalisation d’actes inacceptables, la soumission ou l’indifférence envahissent petit à petit un grand nombre d’équipes de soins. Continuer la lecture de Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention

> Résistance à Saint-Alban

Publié le vendredi 19 juin 2015 – Édition Libération

Droit d’asile chez les fous

Propos sans appel : «Nous sommes dans l’antichambre de notre propre liquidation… On se rencontre moins, on piétine. Comment se mobiliser pour résister à cette machine infernale ? Qu’en est-il de la valeur humaine de la folie ?» Voilà un texte rédigé par l’Association culturelle du personnel de Saint-Alban, et distribué ces jours-ci, au cours des Rencontres annuelles de Saint-Alban. Sinistre télescopage ! Alors que sort le récit de Didier Daeninckx sur les années de guerre de l’hôpital psychiatrique Saint-Alban – où se mélangeaient alors résistants, poètes et fous -, les héritiers du lieu se disent aujourd’hui effondrés, abattus, et évoquent leur disparation.
Et pourtant… S’il reste un lieu psychiatrique marqué du sceau de l’histoire, c’est bien à Saint-Alban, dans cette ancienne forteresse perdue en Lozère, situé à 1 000 mètres dans le plateau de grès rouge du Gévaudan. Ce petit village a toujours vécu autour de son château féodal, racheté en 1821 par des religieuses, puis devenu hôpital pour femmes aliénées ; avec le temps, le lieu s’est agrandi pour abriter jusqu’à plus de 600 malades. C’est dans ce bout du monde, qu’ont atterri, le 6 janvier 1940, François Tosquelles et, quelques mois plus tard, Lucien Bonnafé. Le premier est un anarchiste espagnol rescapé de la guerre civile, l’autre un militant communiste, résistant proche des surréalistes. Tous deux sont psychiatres. Et tous deux seront à l’origine de ce qui sera la plus formidable aventure de la psychiatrie d’après-guerre : la psychothérapie institutionnelle.

Bonnafé et Tosquelles sont inséparables, couple magnifique, unique, où les divergences théoriques sont fortes, les tempéraments aussi, mais une amitié sans faille les unit. Il fallait voir ce duo, dans les années 90, pourtant vieux et malade, revenant comme chaque année dans les ruelles de Saint-Alban au cours des «Rencontres annuelles». Lucien Bonnafé a été formellement le directeur de Saint-Alban de 1941 à 1943, mais Bonnafé restait toujours un pas en arrière de François Tosquelles, qui fut par la suite le directeur pendant plus de vingt ans, extraordinaire clinicien à l’accent catalan impossible.

JARDINAGE, COUTURE ET TROC
Saint-Alban fut un miracle, une incroyable ouverture à l’autre, dans un des endroits les plus reculés – ou abrités – de France. C’était l’idée qu’il fallait soigner l’asile autant que les personnes qui le fréquentent. C’était l’idée que «sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît». En 1941, François Tosquelles a beau n’avoir que 29 ans, il a un passé impressionnant de psychiatre qui a monté pendant les années de guerre civile des dispensaires sur le front, où il se servait des prostituées comme personnel soignant. Et quand il débarque à Saint-Alban, il n’a pas la tête dans les étoiles. Surgit une urgence : la faim. Dès 1940, apparaissent en effet des difficultés de ravitaillement. Et ce sont près de 2 000 personnes qu’il faut nourrir. Tosquelles ne se trompe pas d’urgence : toutes les valides sont mobilisés. Dans cette région agricole mais isolée, les malades vont alors sortir, assurer le jardinage, le ramassage de pommes de pin, de champignons. Des liens se créent. A l’intérieur de l’asile, les femmes font des travaux de couture, de filage et de tricotage pour les paysans du village : ils servent de troc contre des produits alimentaires introuvables, dont le beurre. Et ce n’est pas tout : les malades échangent la ration alcoolique qui leur est octroyée contre des pommes de terre. De ce fait, Saint-Alban est l’hôpital psychiatrique français qui a compté le moins de décès dus à la famine. En France, 40 000 malades mentaux sont morts de faim entre 1940 et 1944.

Couv.D.Daenincks_72dpi1L’AUDACE OMNIPRÉSENTE
Et ce n’est pas tout. Saint-Alban va devenir un territoire où la folie se fait résistante. Lucien Bonnafé, lors d’une rencontre, dans les années 90 : «A Saint-Alban, Tosquelles habitait un étage, moi un autre, et on s’est constitués en société savante, on a appelé nos réunions, les réunions de la société du Gévaudan.» Tosquelles : «Nos réunions étaient presque permanentes, on avait beaucoup de temps, il fallait attendre souvent, par exemple, le parachutage ou l’arrivée d’un visiteur clandestin. Alors, on parlait de psychiatrie. Des rencontres presque journalières, ou nocturnes. On analysait ainsi l’hôpital psychiatrique, on disait, entre blague et sérieux, que c’était un marquisat, le territoire d’un marquis. La structure du médecin chef était celle du châtelain, avec les classes sociales étagées, les infirmiers, les malades.»

A cause de la guerre et de cet emplacement difficile d’accès, l’audace est alors omniprésente. «On a beaucoup travaillé avec les paysans, les gendarmes. Il y avait beaucoup de gendarmes qui avaient participé à la résistance, ne parlons pas de quelques curés, des instituteurs», racontait Tosquelles. Lieu unique. Des fous et des résistants. A Saint-Alban, on vit, on travaille, on dessine, on peint, on écrit, on se bat, et on discute sans fin, avec Eluard qui passe, Tristan Tzara aussi, ou encore le philosophe Canguilhem, comme le rappelle Didier Daeninckx dans son livre. Un moment de grâce, où tout peut être possible. Soixante-dix ans plus tard, la guerre est finie. Et Saint-Alban s’épuise.

Eric FAVEREAU – Libération

> Isolement: L’article 13 relatif à la psychiatrie

Loi de Santé
L’article 13 relatif à la psychiatrie reçoit un accueil mitigé du secteur

Publié le 17/04/15 – 18h19 – HOSPIMEDIA
Des réactions divergentes venant de la part des représentants de professionnels, de patients et de familles du secteur de la psychiatrie ont suivi le vote de la loi de Santé. L’article 13, entièrement réécrit par amendement du Gouvernement, a permis des évolutions. Mais certains regrettent l’absence de questionnement sur les pratiques.
Après le vote de l’article 13 du projet de loi de modernisation de notre système de santé relatif à la psychiatrie par les députés, les professionnels du secteur restent partagés entre une certaine satisfaction face aux évolutions constatées et le sentiment que le texte reste insuffisant. « Le projet de loi sur la santé réduit la question des soins en psychiatrie à la portion congrue », regrette le Collectif des 39 créé pour lutter contre une réforme sécuritaire de la psychiatrie et qui rassemble à la fois des organisations de professionnels, de patients et de familles. Il estime que « le plus large débat est indispensable pour amener à une loi cadre pour la psychiatrie absolument nécessaire et réclamée par tous les professionnels, les associations de patients et de parents de patients. » Si l’adoption d’un amendement destiné à limiter et surveiller les isolements et les contentions a le mérite de questionner à nouveau ces dispositifs, les membres du collectif craignent qu’il conduise en même temps à les banaliser. En proposant que soit recensée dans un registre la mise en pratique de telles mesures, l’amendement « cautionne » leur utilisation sans s’interroger sur leur bien fondé, observe Dominique Besnard, psychologue et ancien directeur du département des politiques et pratiques sociales des Ceméa. « C’est une réponse administrative qui ne s’intéresse pas à ce qui va se passer concrètement », ajoute le Dr Paul Machto, psychiatre et psychanalyste, association Champ Libre, et membre fondateur du Collectif des 39. Et de prendre l’exemple de la mise en place d’un protocole de mise en chambre d’isolement par la Haute Autorité de santé (HAS) qui a été suivie par l’augmentation du recours à ce dispositif. Pourtant rappelle l’association de patient HumaPsy, « il est possible de se passer de ces dispositifs mais les soignants n’apprennent plus à la faire pendant leur formation. Dans les faits certaines équipes n’utilisent ni contention ni isolement. »
Une évolution positive pour le secteur

De leur côté la Conférence des présidents de CME de CHS, la Fehap, la FHF, la Fnapsy et l’Unafam ont fait part dans un communiqué commun de leur satisfaction quant à l’évolution « très positive » de la rédaction de l’article 13. « Sa formulation comporte à de nombreuses reprises la marque des propositions conjointes émises le 31 octobre 2014″, observe les organisations signataires. Elles se réjouissent que soit affirmée « l’importance des missions et de l’organisation sectorielle de la psychiatrie de service public, tout en en actualisant les termes et modalités » et que le texte présente « une approche décloisonnée de la politique de promotion de la santé mentale, impliquant également les usagers et leurs proches dans sa conception, comme les professionnels du champ social et médico-social dans sa mise en œuvre ». Elles notent aussi que nombreuses autres dispositions « témoignent de l’écoute attentive des pouvoirs publics » : sur l’intégration des conseils locaux de santé et de santé mentale dans la démocratie sanitaire de proximité, articulée avec les conseils territoriaux de santé, ou encore l’adaptation des groupements hospitaliers de territoire pour les établissements publics de santé. Les organisations signataires indiquent qu’elles se tiennent à la disposition des pouvoirs publics pour les travaux relatifs aux décrets d’application, ainsi que pour la co-construction du volet « psychiatrie et santé mentale » de la stratégie nationale de santé.
La mise en place d’une politique globale saluée

Le texte de l’article 13 « est à marquer d’une pierre blanche » salue dans un communiqué par le Collectif pour une psychiatrie de progrès, « d’autant qu’il va permettre des évolutions conséquentes dans notre façon d’envisager l’avenir de l’organisation de notre système de soins psychiatriques ». Le collectif nuance toutefois : « Il reste beaucoup à faire pour qu’il ne finisse pas au cimetière des réformes inachevées de notre psychiatrie française. » Il note en particulier l’évolution du cadre législatif de la psychiatrie qui selon eux, « correspond autant aux évolutions des attentes des usagers » qu’aux conceptions inscrites dans leur livre blanc de 2012. Parmi les évolutions positives, la mise en place d’une politique « globale » associant tous les acteurs et qui repose sur l’élaboration d’un projet territorial de santé mentale. Il est défini sur la base d’un diagnostic auquel participent tous les partenaires. Le collectif déplore néanmoins l’absence de référence « explicite » à l’exercice libérale. Reste à déterminer les conditions de la mise en place d’une « authentique » démocratie sanitaire.
Aude Malaret

> Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

A lire sur le site de Médiapart:

CONFLITS D’INTÉRÊTS ENQUÊTE
Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos
24 MARS 2015 | PAR MICHAËL HAJDENBERG ET PASCALE PASCARIELLO

La mise sur le marché de médicaments et leur remboursement sont soumis à des commissions supposées indépendantes. Or, plusieurs mois d’enquête ont permis à Mediapart de découvrir que, pendant des années, des membres éminents de ces commissions (dont un président) ont conseillé secrètement les laboratoires pharmaceutiques. L’affaire, au-delà des questions déontologiques et de conflits d’intérêts, interroge la probité du système sanitaire français.

Les gendarmes du médicament faisaient affaire avec les labos

via @Mediapart

> micro résistance locale en préparation du meeting du 1er novembre

Au centre Antonin-Artaud, «on met sur un pied d’égalité psy et patient»
PUBLIÉ LE 17/09/2014 dans le journal L’Union
http://www.lunion.presse.fr/region/au-centre-antonin-artaud-on-met-sur-un-pied-ia3b24n409241
Par Mathieu Livoreil

REIMS (51). Depuis sa création en 1985, ce centre propose une vision humaniste de la psychiatrie. Avec toujours cette question essentielle : quelle place pour les fous dans notre société ?

Ce matin-là, c’est jour d’assemblée générale à Antonin-Artaud, dans les locaux de la rue Talleyrand, en plein centre-ville. Dans une salle, une quarantaine de personnes ont pris place. Patients, psychiatre, infirmiers, éducateurs et stagiaires. Ici, il n’y a ni blouse blanche ni pyjama. Les projets des semaines à venir sont évoqués : journée de la solidarité, fête de la Salamandre, sortie en Alsace, etc. Une femme lève la main : « Et on ne pourrait pas faire une sortie au quai Branly ? » Patrick Chemla, fondateur du centre Antonin-Artaud, répond : « Oui, pourquoi pas ? Il faudra voir qui est intéressé… » Des personnes acquiescent déjà en silence. Ce qui frappe, c’est la qualité d’écoute. Est ensuite abordé le meeting qui se tiendra le 1er novembre, à Montreuil, avec le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire.
Au programme : les enjeux actuels de la psychiatrie, et dénoncer le projet de loi de la ministre de la santé Marysol Touraine « qui nous inquiète », commente M. Chemla. « La conséquence possible, c’est qu’on risque fort de se retrouver avec une absence de liberté et d’indépendance par rapport à ce que nous faisons. » Le projet de loi ne prévoit « rien de moins qu’une uniformisation » des pratiques psychiatriques. « Une homogénéisation qui se fait de manière extrêmement normative, avec toujours plus d’administratif, etc. On est mesurés sur notre capacité à appliquer le protocole. », nous détaillait quelques jours plus tôt M. Chemla. Lorsque nous avions démarré dans les années 80, on était presque des illégaux. On est passé de la tolérance à l’institutionnalisation. Et avec l’institutionnalisation est venu la normalisation. »
Retour à l’AG. Une femme au regard révolté propose une « grande pétition parce qu’un meeting, franchement je sais pas, les médias de toute façon, ils ne montrent que la guerre !» Clément, qui semble avoir un goût prononcé pour les horaires de train, se lance à son tour : « C’est peut-être utopique mais pourquoi on n’uniformiserait pas à notre manière ? » Sourires dans l’assemblée. «Les gens travaillent comme ils le souhaitent », lui répond doucement un autre psychiatre.
Ainsi va la vie au centre Antonin-Artaud, que certains sceptiques ont depuis longtemps rebaptisé « centre Antonin-Marteau », rit M. Chemla. L’idée de départ était celle du « club thérapeutique (…) On met sur un pied d’égalité psy et patients dans la prise en charge. La relation n’est pas hiérarchisée. Quand je vois un patient pour la première fois, je demande toujours : Qu’est-ce que vous voulez faire ? » Le choix des médicaments, s’ils sont jugés nécessaires, est débattu. Surtout, le médicament n’est qu’un élément de la thérapie proposée par l’équipe de M. Chemla. Pas question donc, de « mettre les gens dans des cases » mais au contraire de « responsabiliser » le patient, considéré « comme une personne. » Bien sûr, celui-ci, à Antonin-Artaud comme ailleurs, les rechutes sont possibles et certains patients peuvent par moments se retrouver davantage rassurés par un cadre hospitalier que par un centre de jour libre et ouvert. « Tout ce qu’on tente ne réussit pas forcément, bien sûr ! », rappelle en guise d’évidence M. Chemla.
Offre de soins plurielle
Comment arrive-t-on à ce centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) ? « Les patients viennent librement, peuvent être envoyés par leurs familles, par des psy ; il est aussi arrivé qu’un patient se soit vu recommander le centre par un autre patient», résume Gérard Rodriguez, cadre santé à Antonin-Artaud.
Centre de jour mais aussi appartements thérapeutiques, centre d’accueil rural et hôpital psychiatrique : l’offre de soins est plurielle. 90 % des patients sont suivis en ambulatoire, contre 10 % en HP. Entretiens, groupes d’entraide mutuelle (Gem), ateliers d’art ou discussion informelle autour d’un café, etc. : les soins, « basés sur la psychothérapie institutionnelle, avec une orientation psychanalytique», revêtent de multiples formes. Mais pour combien de temps encore ?
Au début des années 1980, il exista dans le pays, selon les souvenirs émus des psychiatres rencontrés, jusqu’à « une centaine de structures comparables » au centre Antonin-Artaud. « Là, on est les derniers dans la région, sûr. Et on ne doit pas être plus de dix en France. » Le volet psychanalytique de la formation des psychiatres a été réduit en poussières depuis une quinzaine d’années, et la spécialité psychiatrie s’est retrouvée supprimée.

> internement abusif au CH Sainte-Marie de Nice …

Médiapart -Édition : Contes de la folie ordinaire

Audience publique devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence jeudi 24 juillet, sur un internement abusif au CH Sainte-Marie de Nice
21 JUILLET 2014 | PAR ANDRÉ BITTON

La Cour d’appel d’Aix-en-Provence mettra-t-elle fin au clavaire que vit depuis le 9 janvier 2014 un jeune étudiant gabonais de 26 ans, hospitalisé sous contrainte au CH Sainte-Marie de Nice, sur fond de persécutions racistes sur le campus de Polytech-Nice Sophia Antipolis ?

l’article en suivant le lien ci-dessous:

http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/210714/audience-publique-devant-la-cour-dappel-daix-en-provence-jeudi-24-juill

> Connaître n’est pas mesurer

Nous proposons à la réflexion cet article

Connaître n’est pas mesurer

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.01.2014

Tout a peut-être commencé chez de très lointains ancêtres avec la récupération des « restes » des repas destinés à être consommés le lendemain, y compris sous la forme élaborée de soupes ou gratins. Eviter le gaspillage : qui ne souscrirait à un tel principe ? Puis on a affiné, innocemment, des outils mathématiques pour rechercher « l’efficacité » : recherche opérationnelle, optimisation discrète ou continue, etc.

Il devint alors nécessaire de quantifier : les ressources disponibles, leur utilisation, le comportement des utilisateurs. Peu à peu s’est répandue la croyance naïve que tout est mesurable et quantifiable, voire que c’est la seule manière d’appréhender le réel. Une manière de prendre au pied de la lettre l’expression attribuée au philosophe français
Léon Brunschvicg (1869-1944) : « Connaître, c’est mesurer » qui a inspiré, à rebours, le titre de cet article (1).

C’EST AINSI QUE FURENT INVENTÉS LES INDICES…

Comme – heureusement – beaucoup de choses échappent à la mesure ou à la quantification, on décida d’inventer puis d’appliquer de force des critères paramétriques à des objets non clairement mesurables : de manière politique avec, par exemple, la notion de « pollueur payeur » ou de manière économique avec, imaginons, des objectifs ou injonctions de « rendement ». C’est ainsi que furent inventés les indices. Destinés au début à contourner l’oxymore de la « quantification de la qualité », ils devinrent progressivement sacro-saints. Personne ne remet en cause (ou si peu) la
fabrication de ces indices, encore moins leur existence, ni même leur fondement épistémologique. Interrogeons nos voisins d’autobus : savent-ils (savons-nous) comment sont calculés l’indice du coût de la vie, le salaire moyen des Français ou l’espérance de vie ? Et même si beaucoup sentent confusément les manipulations insensées des instruments de « mesure », personne ou
presque ne remet en question l’idée même que l’on puisse vraiment mesurer tout et n’importe quoi. Pire, les idées véhiculées par l’exploitation de ces indices s’enracinent dans notre pensée : un seul exemple, il a tellement été martelé que le salaire moyen des fonctionnaires était supérieur au salaire moyen des autres salariés que ceci est communément
admis comme un dogme, sans même qu’il soit possible de faire remarquer que le calcul n’est jamais fait « à diplôme égal »…

L’IDÉOLOGIE ILLUSOIRE DE L’ÉVALUATION QUANTITATIVE

Tant que ces questions restaient dans le domaine de l’industrie (comme optimiser la découpe de vêtements dans une pièce de tissu), elles n’affectaient qu’indirectement la vie de tous les jours, sauf peut-être hélas celle des travailleurs soumis à des objectifs de rendement dont nous nous souvenons bien (notamment le chronométrage du temps passé aux toilettes). Mais voilà que ces indicateurs débordent dans des domaines où leur utilisation est encore plus illégitime : classement de Shanghaï des universités, rentabilité des services publics, mesure du bonheur et autres fariboles, sornettes et billevesées.

Dans le domaine académique, l’idéologie illusoire de l’évaluation quantitative – et l’un de ses corollaires, l’utilisation aveugle de la bibliométrie – a été dénoncée à maintes reprises (voir par exemple le numéro 37 de la revue Cités, www.cairn.info/revue-cites-2009-1.htm (http://www.cairn.info/revue-cites-2009-1.htm) ), mais continue hélas à être prise au sérieux par ceux-là mêmes qui ont les outils intellectuels pour en montrer l’inanité.
Entendons-nous bien : il ne s’agit pas, comme essaient de le faire croire ceux qui veulent imposer ces indices, de prôner un laisser-faire ou laisser aller général dans des domaines qui seraient ainsi privilégiés, mais de comprendre que non seulement ces « calculs » n’ont pas grand sens, mais encore qu’ils favorisent des comportements qui sont de fait nocifs pour la communauté tout entière et qui aboutissent à l’opposé du résultat recherché.

EFFETS PERVERS

Le délicieux livre de Maya Beauvallet Les Stratégies absurdes. Comment faire pire en croyant faire mieux (Seuil, 2009) donne plusieurs aperçus des effets pervers de l’utilisation d’indices et mesures : ainsi, pour tenter d’éviter que les parents ne viennent à la crèche trop tard pour chercher leurs enfants, le directeur décide que les retardataires paieront une amende
proportionnelle à leur retard ; et aussitôt les retards explosent : les parents ont calculé que l’amende leur coûtait moins cher qu’une baby-sitter ! Ou bien, pour favoriser le don du sang dans un pays, on décide de rémunérer les volontaires ; et les dons s’effondrent : ceux qui donnaient leur sang sont choqués qu’on puisse rémunérer ce qui, pour eux, relève de la solidarité humaine et s’abstiennent désormais, tandis que les autres trouvent que la rémunération est largement insuffisante et ne modifient pas leur comportement.
Naturellement, la mise en place et la « sanctification » de ces indices ne sont possibles que grâce à la complicité, volontaire ou pas, des individus à qui on les applique. Même lorsque ces derniers pourraient avoir le choix de contester le bien-fondé ou l’utilisation de ces critères quantitatifs, ou même lorsqu’ils en comprennent parfaitement le fonctionnement pervers, ils les acceptent, par passivité, de peur de déplaire aux « décideurs » ou parce qu’ils comptent bien tirer leur épingle du jeu… au détriment de leurs pairs.

« EXPERTS » AUTO-DÉCLARÉS AUX CONTREMAÎTRES EMPRESSÉS

Plus grave, s’il est possible, est l’émergence de plusieurs catégories d’agents, tout aussi illégitimes que les calculs qu’ils prétendent imposer : des « experts » auto-déclarés aux contremaîtres empressés (pour utiliser un mot désuet, même si le concept de la contremaîtrise n’a jamais été aussi présent), des gouvernements utilisant des chiffres choisis uniquement pour confirmer leur prise de décision idéologique aux vérificateurs maniaques de bas étage.
Le choix de ce dernier vocable, volontairement péjoratif, a pour but de dénoncer la « caporalisation » de la société dont nous voyons les progrès chaque jour : une fois la mesure (ou l’indice) choisie et son infaillibilité posée en principe absolu et incontestable, se développe toute une confrérie d’adorateurs de l’indice qui, sous couvert de respecter les critères d’optimisation venus « d’en haut », donnent libre cours à leur autoritarisme haineux, faux prophètes d’une religion qu’ils cherchent à imposer comme une eschatologie ou un messianisme prétendument aussi souhaitables qu’inévitables.

Jean-Paul Allouche est mathématicien, directeur de recherche au CNRS.

(1) L’expression « Connaître, c’est mesurer » est attribuée à Léon Brunschvicg ; nous n’avons pas retrouvé la référence précise, mais, dans « La Philosophie de l’esprit » (PUF, 1950), Brunschvicg écrit : « Cette condition de mesure est préalable à toute conception, à tout langage, même d’ordre scientifique : “Je dis souvent, écrit Lord Kelvin, que si vous pouvez mesurer ce dont vous parlez et l’exprimer par un nombre, vous savez quelque chose de votre sujet, mais si vous ne pouvez pas le mesurer, si vous ne pouvez pas l’exprimer en nombre, vos connaissances sont d’une pauvre
espèce et bien peu satisfaisantes.” »

Le supplément « Science & médecine » du journal Le Monde.

> Halte à la destruction d’un secteur Pilote

Halte à la destruction d’un secteur Pilote

L'administration de l'Hôpital Sainte Anne a décidé de rassembler sur un seul site, l’Institut de Puériculture de Paris (IPP) toute la pédopsychiatrie du Centre Hospitalier Sainte Anne (CHSA).
Concentrer sur un seul site, dans un projet unique, un axe pédopsychiatrique d’expertise non sectorisé et un axe pédopsychiatrique de soins sectoriels est un non sens en termes de complémentarité et d’articulation et va à l’encontre de l’esprit du secteur (cf circulaires de 1960 et 1972).
Le secteur de pédopsychiatrie du 14ème arrondissement s’est organisé en ayant des centres de consultations distincts tout en étant assez proches les uns des autres. Ces centres de consultation sont de petite taille, ou des maisons de quartier, recherchant la contenance et la sécurité nécessaires aux enfants accueillis tout en effectuant un travail de proximité facilitant l'accès aux soins des enfants et l'accompagnement de leur famille. Cette inscription au sein de la vie locale lui permet de tisser des liens de soutien et de complémentarité avec les différents partenaires que l'enfant rencontre dans son parcours de soin.

La Circulaire du 16 mars 1972 complète la circulaire du 15 mars 1960 et précise la raison d'être du secteur psychiatrique infanto juvénile en revendiquant l'originalité des objectifs et des moyens exigés pour l'approche des enfants et des adolescents dans leur milieu de vie habituel : « celui-ci n'est pas pure entité abstraite et statique mais il se définit par l'action d'une équipe dans un aire géographique donnée dont la situation, la délimitation sont en rapport direct avec la nature des besoins à satisfaire et des actions à entreprendre….. Cette limitation des distances permet également à une équipe médico-sociale, grâce à des déplacements restreints, non seulement d'avoir un meilleur rendement, mais aussi de prendre en charge des institutions diversifiées et implantées en des endroits distinct. »

Ce déménagement, concentrant l'ensemble de l'offre de soins sur la porte de Vanves, sans aucun projet médical et dans des locaux en l'état, avec l'attribution au 3ème étage de boxes de consultation le long d'un couloir borgne, va à l’encontre des missions de Secteur qui sont actuellement assurées au quotidien sur le terrain dans la complémentarité et à la satisfaction des patients, de leurs familles et des partenaires : écoles, collèges, lycées, services sociaux, médecins libéraux, PMI, MDPH.

La circulaire conteste la création de « complexes d'établissements » tel celui que Sainte-Anne est en train d’effectuer sur le site de l'IPP à travers le projet « Nouvel IPP Centre Référence Enfance » : « par le jeu de groupements, on ne peut être amené à envisager la création de « complexes d'établissements » importants ce qui n'est pas sans risque. Il faut éviter les groupements humains trop considérables sur une même assiette géographique, surtout si elle est restreinte.
On palliera cet inconvénient par un fractionnement de l'ensemble en des points géographiques distincts quoique assez proches les uns des autres, tout en maintenant l'unité de gestion. »

Afin de réaliser ce projet « Nouvel IPP centre Référence Enfance », un déménagement initial doit s’appliquer dès juillet 2014, aux unités de soins sectoriels implantées dans différents lieux du 14ème arrondissement.
Cette décision de l'administration de l'Hôpital Sainte Anne donne à penser qu'on pourrait se passer de la circulaire du 15 mars 1960 alors que le rapport d'information par la commission des affaires sociales en conclusion des travaux de la mission sur la santé mentale et l'avenir de la psychiatrie présenté par M. Denys Robiliard souligne que la prise en charge organisée autour du « secteur » est toujours un dispositif novateur.

Il est urgent d’intervenir afin de s’opposer à ce déménagement initial, premier pas vers le démantèlement de l’intersecter du 14éme.

Voir l’extrait de la lettre adréssée à Claude Evin, parue dans Libération
jeudi 23 janvier 2014 –

Il faut garder une psychiatrie de proximité

Par Sandrine Deloche pédopsychiatre et Yann Diener psychanalyste, pour le Collectif 14

Ernesto est l’enfant fou et génial de la Pluie d’été, publié par Duras en 1990. Ernesto est en retard sur certaines choses, en avance sur d’autres. Il est «dans sa bulle». Il refuse d’aller à l’école, «parce qu’on y apprend des choses qu’on ne sait pas». Ernesto aurait pu bénéficier de consultations au centre médico-psychologique (CMP) de son quartier. Les CMP font partie des secteurs de pédopsychiatrie mis en place dans les années 70 : structures extra-hospitalières, lieux d’accueil à taille humaine, loin de l’asile, ils sont inscrits dans la ville. Les enfants et leurs parents y viennent plus facilement qu’à l’hôpital, à la recherche d’une adresse pour parler des angoisses, des traumatismes, des difficultés scolaires et autres cauchemars qui peuvent compliquer la vie jusqu’à la rendre impossible. Le travail des équipes de secteur se fait en partenariat avec les écoles spécialisées, les hôpitaux de jour, les jardins d’enfants, dans un maillage local qui permet d’appréhender la complexité d’un symptôme dans son contexte. La proximité avec le lieu d’habitation de l’enfant et de sa famille permet ce travail d’orfèvre, sans lequel bien des instituteurs ne tiendraient pas longtemps, sans lequel la violence des adolescents serait encore plus vive.
Mais aujourd’hui, les agences régionales de santé (ARS) poussent les hôpitaux à faire des économies sur ce réseau extra-hospitalier qui a un coût. Pour tenter d’équilibrer son budget étranglé par l’ARS, l’hôpital Sainte-Anne s’apprête à démantibuler l’historique et symbolique intersecteur infanto-juvénile du XIVe arrondissement de Paris, créé et tissé pendant plus de trente ans, par Michel Soulé, Yann du Pasquier, Jean Bergès et beaucoup d’autres. Le CMP des 6-12 ans est ainsi en passe d’être fermé, et son personnel affecté à un bloc hospitalier excentré. Cela aura pour effet de démanteler les pratiques de proximité et de rompre les parcours de soin, que l’ARS est pourtant censée garantir. Ces économies à court terme auront, à long terme, un coût énorme pour la santé publique.
Nous avons affaire à une politique hospitalière qui tente de faire passer une pure opération gestionnaire pour un projet d’expertise : un soi-disant «pôle référence enfance» avec mutualisation des moyens. «Mutualisation des moyens» : une expression de la novlangue administrative pour ne pas dire fermeture de postes, appauvrissement du travail, isolement des équipes. Une régression qui va avec un alignement sur les méthodes comportementalistes : la psychanalyse est attaquée en même temps que le secteur, la parole des patients et des équipes se referment. Ce qui se profile à l’horizon de ces fusions-mutualisations, c’est une régression au temps où l’on saucissonnait les enfants pour traiter leurs «troubles» hors de leur contexte, selon une conception mécaniste et localiste du symptôme, qui réduit les intervenants à des techniciens spécialisés et cloisonnés.
Les professionnels de la santé, qui se réfèrent à la psychanalyse, doivent tenir sur la conception qu’ils se font du symptôme comme d’une vérité à entendre. Nous devons tenir sur nos pratiques pour que les symptômes des enfants, comme des adultes, puissent encore leur servir à dire non, et pour que nos interventions (et nos institutions) ne servent pas à les museler. Lorsqu’ils refusent la place qui leur a été assignée, les enfants comme Ernesto nous apprennent à dire non. Monsieur Evin, directeur de l’ARS de l’Ile-de-France, peut encore dire non : ne pas laisser faire le démantèlement d’un maillage nécessaire à la parole de ces enfants qui déjà ne la prennent pas facilement. Vous pouvez empêcher la fermeture de ces espaces de parole et de soin nécessaires au lien social.

Pour soutenir le collectif 14, une pétition est en ligne :

http://www.petitions24.net/defendons_les_droits_des_patients_aux_soins_de_secteur